SS2 CURIOSITES DES TRADITIONS
été éla évêque de Glermont par le peuple, deox sœurs d'un candidat, nommé Apollinaire, allèrent le trouTer, et lui dirent : « Saint homme, qu*il suffise à ta vieillesse d*aToir été désigné pour évêqne, et permets à ton serviteur Apollinaire de monter à ce poste d*homieor. S'il parvient à cette dignité, il sera soumis à ton plaisir, el c*est toi qui gouverneras, d Quîntien ayant accepté cette offre moyennant une pension alimentaire, ApiolUnaire alla trouver le roi Tbéodoric , lui fit beaucoup de présents, et en obtint Tépiscopat ^. »
Les vies de sainis et les chroniques fournissent de nombreux exemples de l'influence que les femmes, en Gaule, exerçaient souvent nu moment des élections, infloence qui rappelle celles dont jadis les druidesses avaient été en possession.
« Après la mort de Vénérande, évéque de Clerment , il s* éleva parmi les citoyens une honteuse querelle au sujet de répiscopat, dit Grégoire de Tours; et comme les partis en désaccord voulaient chacun élire un évéque, il y avait parmi le peuple une division très-animée. Pendant que les évoques siégaient un dimanche , une femme voilée et vouée à Dieu s'avança hardiment vers eux, el leur dit : « Ecoutez-moi, pontifes du Seigneur : left hommes « que ces gens-là ont élus pour le sacerdoce ne plaisent « point à Dieu, car le Seigneur choisira lui-même aujouru d*hui son évéque. Ne soyez donc pas en contestation, el ff ne troublez pas le peuple; mais soyez un peu patients, «car le Seigneur vous amène maintenant celui qai doit a gouverner cette Eglise, p Tandis qu'ils s'étonnaient de ces paroles, arriva tout à coup un liomme appelé Rasti-
1 G régi, de Tonrs, 1. m, cb. 9.
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ÉLECTION D'ÉVÉQUÊS. 555
<|0«, p^redu diocèse même de la ville de Glennént; il avait déjà été désigné à celte femme dans une vision. L'ayant vu , elle dit : (( Voilà celui qu'a choisi le Sei- ^1 gneor; c'est là le pontife que le Seigneur vous a u destiné : qu'il soit nommé évéque. î> La foule , entendant ces paroles, mit un terme à toute querelle, proclamant que c'était un bon et digne évéque; Rustique fut donc placé sur le siège épiscopal, à la satisfaction du peuple*. )>
Un prêtre de la même Eglise, nommé Gaton, que sa réputation de sainteté avait fait choisir par les clercs et le peuple de Glermont pour être évéque de cette ville, choix que Glotaire ne voulut pas ratifier, ((fit, dit Grégoire de Tours , venir une fois pour de l'argent une femme dans îéglise, et lui ordonna de crier, comme si elle eût été emportée par la force de sa conviction , qu'elle le reconnaiss;ûl pour un grand saint chéri de Dieu \ »
Les conciles d*Anlioche, en 541 , de Rome, en 465, de Paris, en 615, défendaient aux évêques de se donner un successeur, même à leur lit de mort, et déclaraient nulle toute nomination faite de cette manière. En &50, le pape Boniface H, ayant, après un schisme d*un mois, succédé à Félix IV , assembla dans la basilique de Saint- Pierre un concile, où il fit signer aux évêques un décret qui Tautorisaît à se choisir son successeur. Il nomma le diacre Vigile , que les évêques jurèrent de reconnaître. Mais plus tard , s'étant aperçu qu'il avait contrevenu aux <;anoas, il assembla un aulre concile oiï il fit casser le décret du premier, et le brûla en présence du clergé et du sénat.
' L. II, eh. 15, eollect. Guizot, t. i,p. 7 . * L. IV, ch.ll.
384 GUKIOSltiS if&S TKABITIONS.
Suraot te 3*eaiM» du eoneiîe de Barcelone, en 58^, le ckrgé et le peopledevaieiit eboîsîr àtmx on trois candîdits dont la» noms seraient tires su sort.. Leiaélropsfilaiii et les é¥écpies de la provîoce esasacreraieni celui de» Mi& que le liasard aurait ainsi désigné.
« On D^élira pow évé^ne d'ooe TJUe , dit le 96^ canoD du coneilede BeiiB% en 09fô, qWitne^pefaeme tg suit de la yîtte oèéme; et TélecGion se fera par le sniftafftde lent le peuple, du consentement des ëTêques de Ja pro^ûnee. Si qaelqu*ua est promtt àFëpiscopat pnr nnennlretoie, qn'il soit déposé ; et qjHe cénx qni ramrobt ordonné oeient suspcBKtes trais ans des Cbnelionsde lève Bahulstèse.» CeUe lég^islalion dangea an oonvièBie sîèele> ea? k» 8^ canon dtt eoneile de Saionaièress f rèsde 1o«d, eadSO , oidoina que dans la promolion d'un éaéfae, on fr*ettrBffflrterait au métffopolitaia etaui éi«êq|Bes*Toisîns^liefeiiple ne deyaît prendre aueime part à rélœtion.
losqn'au règpe de Skurlemagne' , on iFÎt la oleifé essayer do latter contie rinânenee tiartée par le ponvair teaipoittl dans les nonmatlons d'évêqoes.. Le oonailod'Orléans , en 540, en défendanl d'aobeier répiaoapal par (a comipiioa ou des langues, défioaa tant éiéqne quiaorait été imposé an peuple par des personnages puissants. Senlemeni, <o«uaie le coasentemeal do roi élaii néceasaiR, on sa figure feeilemeal qaeces prescriptions dnaent aproîr pcn d* effet. 4irégoffe de Tonrs offre àchaipe insaw& des preuves de ce fue nous avançons K
Ce fiit asses tard (eonctie de Bapedena, en S68ji qae Ton défendit de promouvoir des laiqnesà FdfHsenfal.
iVoy. dans les formnles de Marcnlfe, I.i, les formales t, yi et tu, intitulées : Prœceptum de epiteafiati* imUmka nfyif?-«l êfim.wftm wt alium benedicat; Concessio civiumpro episcopatu.
ELECTIO N D * B V^QUË S. 3tt
défense qui ne fvt igoère obserrëe, ear sous tes rois fnuics cette digallé semiite , dans quelques provinces de la Gaule, en Av^rgne, par exempAe, avoir éié le partage exclusif de quelques anciennes faButles n^les et puis* sautes. Un évècké ce donnait soiivenC, oonime plus tard oa donna ées fiefs. ^ Le bea«*pére de Sldoke ÂpoUi- Vaiêo Tempereur iviliis, ayant été chassé d« trène en 4S5, Milui dionsa Tévéché de PLateance en compensation.
En 938, le comte Herbert ayant fût h paix avec le léL Raaol, « «Mot de lui, dkBkher, l'évéché de Bekw foi fat donné a son fils encraie eniant ; et eauane ce dernier était trop jeune pour f enqjilir les fondions épisoor pales, il lat pémis à ma. nomaié Odek*ic, <pie les Mgandagea des. pirates avaient iioroé de quitter Ywédké d'Aoqs (en Gaaoogiie), de t^r à sa place répiscopat ^. »
Xès érèqaes Ainsi nammés menaient uae vie digne des peuples liatbares qu^ils étnient appelés à gouwnràr. Td étmt l'évéque PaiHieoiiB, a«i|ael Palladins, eonle de Ja« voate^ dliaatt : « Où aont tes maris av^ec ksqoeAs «nm dans la fconte et Tinlanile '. » Teàs étaient les deux frèreB S^^itlaire «et fiaimie'i|tti|pa8sèaent leur vie au milieu des eambats; et GantÎQ.^ ëv/è^ue deClermont, fin « aviiail qnèlfHcMs aine idlequanlitéde via, que fuain àommeaanlifiaîeatiiieMe pour r«nponter de êalde*. » Tek étaîant eacaie les «véques Pidiade et fieitraNd jqai, à la iiMemôme .dii raî <]kMilBan, « «'étant'éaMK de «idèae l'un eoutae rautre, se jeprochèffant jnutimlleBeMt èeauooup
i iw. i,iclu as. — À ia fia du qiianèBie siècle on «retreuve êttcùne aa exemple d*an abas pareil. AiDsi le cardinal Georges d'Amboise n^ayaut que quatorze ans, fat, en 1470, nommé évêqae de Montaaban.
> Grég. de Toars, I. iv, ch. 40.
3 Ibid., ch. la. '
d*adullères , de fornications et de parjures ^. » — Te! était plus lard cet archevêque de Reims, Manassé , qui disait : <( LVcbevêcbé de Reims serait bien bon, s*il ne fallait y cbanter messe '. »
Sous Gharlemagde et ses premiers successeurs, la nomination des évoques semble avoir été, en général, fiaite directement par l'empereur ou le roi. L*ouvrage du moine de Saiut-Gall , qui , sous une forme légendaàre et pittoresque , peint son époque d'une manière si vivante, en offre de nombreux exemples. Bornons-nous à dter les deux anecdotes suivantes*, qui témoignent, sur ce point, de Fomnlpotence royale.
a L'empereur Charles, dit-il, avait fait un jeune homme pauvre', chef et écrivain de sa chapelle... Un jour «pi'on annonça la mort dHin évèque au très-prudent Char* les , il demanda si ce prélat avait envoyé devant lui , dans Tautre monde , quelque portion de ses biens et du fruit de ses travaux : a Pas plus de deux livres d*argent, seigneur, » répondit le messager. Le jeune homme dont il 8*agit, ne pouvant contenir dans son sein la vivacité de son esprit, s'écria malgré lui, en présence du roi : «Voilà « un bien léger viatique pour un voyage si grand el de « si longue durée. » Après avoir délibéré quelques instants en lui-même, Charles, le plus prudent des hommes, dit au jeune clerc : <iQu*en penses-iu? Si je te donaab « cet évécbé , aurais-tu soin de faire de plus considénh « blés provisions pour ce long voyage?» L'autre, se bâtant de dévorer ces sages paroles, comme des raisins mûrs avant le terme et qui seraient tombés dans sa booche
1 Grég. de Toars, 1. viii, ch. 7.
* Gaibert de Nogent, 1. 1, ch. 11.
ÉLECTION D'ÉVÊQUËS. 357
eDtr'ouverte, se précipita aux pieds de son maître, et répondit : a Seigneur, c*est à la volonté de Dieu et à votre a puissance à en décider. )> — « Cache-toi , reprit le roi » « sous le rideau tiré derrière moi, et lu apprendras corn- « bien tu as de rivaux pour ce poste honorable. » Dès que la mort de Tévéque fut connue , les officiers du palais , toujours prêts à épier les malheurs ou tout au moins le trépas d'aulrui, impatients de tout retard et s*enviant les uns les autres, firent agir, pour obtenir Tévéché, les familiers de Tempereur. Mais celui-ci, ferme dans son dessein, les refusa tous, disant qu*ii ne voulait pas manquer de parole à un jeune homme. À la fin, le reine Hildegarde envoya d*abord les grands du royaume, et vint ensuite elle-même solliciter cet évêché pour son propre clerc. Le roi reçut sa demande de Tair le plus gracieux , l'assura qu'il ne pouvait ni ne voulait lui rien refuser, mais ajouta qu*il ne se pardonnerait pas de tromper son jeune clerc. À la manière de toutes les femmes, quand elles prétendent faire prédominer leurs désirs et leurs idées sur la volonté de leurs maris« la reine, dissimulant sa colère, adoucissant sa voix naturellement forte, et s*efforçant d*amoUir, par des manières caressantes, Tâme inébranlable de Charles, luidit : a Cher prince, monseigneur, « pourquoi perdre cet évêché en le donnant à un tel en- « font? Je vous en conjure , mon aimable maître, vous, « ma gloire et mon appui, accordez-le à mon clerc, votre ir serviteur dévoué. » A ces paroles, le jeune homme à qui Charles avait enjoint de se placer derrière le rideau, et d^écouter les prières que chacun ferait, s'écria d*un ton lamentable, mais sans quitter le rideau qui Tenveloppait : « Seigneur roi, tiens ferme; ne souffre pas que péril sonne arrache de tes mains la puissance que Dieu t*a
588 GURIOSrrBS BES TRADITIONS.
a doDttëe. » Alors oe j^inoe, am eonrageux de la rite, ordonoa à son devc de se monlier, el hii dit : f Re- « çois cetévécbë, mais apporte les soins les plus em- « firessés à eoToyer devant moi et devant toinBème^ dans < Taatre monde, de i;rawles aam6nes et un bon viatique « pour le long voyage doiâ on me revient pas ^ i
« Un autre prélat étant mort, dit aiMeurs le même ehro^ alqiieur, Charles loi donna peur suooesseor vn jemie homme qui, tout content, se prépara à partir. Ses 8ervîp< teurs loi amenèrent, comme il convenait à la gravité épiscopale , un cheval qui n*avait rien de fringant, et fai préparèrent iin escabeau pour se mettre en selle, indigné qu'on le tvaitât comme un infirme, il s'élance de terre sur sa bête et si vivement, qu'il eat grande peine à se retenir et à ne pas tomber de Taulre celé. Le roi, qui de son palais vit ce qui se passait, fit appeler cet homme , et hii dit : K Mon bnrve, tu es vîf , agile, prompt, et 4n as bon « pied : la tranquillité ^lenolre empire est , m le sais , «sans cesse troublée par la guerre; nous aaroqs be* « soin dans notre suite d'un dere tel que toi : reste daee « pour être le compagnon de nos fatigues, puisque lu « peux monter si lestement ton ehe^l '. »
Malgré la teneur fennelle d*un capttuhire de l'auBée 802, capilulaire qui rétablit r>ôlection des évéques parile clergé et le peuple, sjbIob l'iusage frimitif et le droit légad de l'Eglise, Obarlemape ii*eserça pas moins un p^uvaif absolu sur leséuèqoes, qu'il nommait ou déposait à son «hoix ; « et même après sa mort, dit M. Guinc, sawass fâus fiiibles successeurs, rinservevtiott deja royauté en
1 Vie âe Chtirlâmagve, eotlect. Gnitot, t. m, p. f 7S. s ISId.,p. Mf..
éLfiCTIOH riTffQUES. S59
p&reille matière fttt avouée par ses plus jadoux maux. i> fia 855, le pape Léon IV écrivait k l'empereur Lothaire : • Nous suppiiona Yetns Mansnéliide de doooer otite Eglise à gouvemer à Golonae, fanraible âiacve, afia <pi^eD sfznà reçnpermifigioiitfe voii&, noiispiiiasioBs, avee Taiie de IKeu, le consacrer évéqoe; si voo» ne ¥oidez pas qikTil . soit ëvéqnedaDs ladite Eglise, qne Vetre Sérénité daigne ki confiner celle deTuscvlnm^ veuve anssl de son pastenr.»
Ylngt-six ans pl« lard , le pape Jean VIII adressait au roi Carlontan vne demancle senblable ponr Téglise de Yefeeil.
En France , an onâème siècle et an doniième y Téleedon semble avoir été plus indépendante dv pouvoir Tojtkly bien que Guibert de Nogent parle encore maintes fois «dès gea» qui n'obtenaient la prék^nre^^eii afiTeelanl la plus grande crahte pomr l^nitorité dnroj. v (L. m, ck. 3.) Puis slhtrodoisitrttsage, dans les électioiis douleoscs, de s'en rapporter an jugement da pape ^, jugement fui , le pins souvent, s'acbetaît à beaox deniers ; ea^r , comme ledk le même chronîqneQr (1. m , cb. 4] : « G*est Tusage des officiers du palais papal de s'apprivoiser dès qu'ils entendent résonner le nom de l'or. » Les faits suivants, racontés par lui r donneront une idée exacte de ia manière dont )es cboees se passmem en pareil cas.
Utt simple clerc, nonmiéGaiidri, référendanho d» roi 'd'Angleterre, et qui avait toujours mené la vie d'un chevalier, fut nonnné évéque de Laon, grâce à ses richesses. L'élection ayant donné lien à quelque opposition, Fafùiire
* Toy . ian» le IT» iHaamn nur Pki9t(^re êeciênagtifue, pnr Fletry, ' 1À eieeHeB» obapitfes 5 et 6 sar lés AfpelkÊtiem et VExiettsiim4e r«wtoriU du pape.
fat portée devant le pape Pascal II, alors à Langres. 6aîberlde Nogent, chaud parlisan deTévéque élo, prononça en sa faveur un discours devant le souverain pontife qai ratifia l'élection. « Aussitôt, dit-il, voilà que les cardinaox font cercle autour de moi, me pressent, m^accablent d'ardentes protestations, et me disent : « Votre discours nous « a fait un grand plaisir, d Ce plaisir. Seigneur, mon Dieu, tu le sais, avait moins sa source dans Tëloquence de mes paroles, que dans l'espoir d'avoir bonne part aux deniers dont Gaudri était arrivé chargé. Mon collègue, Fabbé de Saint-Vincent , Adalbëron et moi , nous leur avions apporté chacun vingt livres d'argent monnayé; c'en futasser pour élancher la soif qui dévorait tous ces avides solliciteurs , et les déterminer à soutenir Gaudri et ses défenseurs ^
(( Lorsqu'enfin ils se furent retirés , le camerlingue du seigneur pape , un nommé Pierre , moine de Gluny, qui avait recueilli à Rouen quelques renseignements sur Gaudri , au moment où nous demandions au roi des Anglais de nous le donner pour évêque, vint à mor, et me dit en particulier : <c Puisque le seigneur pape a bien « voulu accepter votre témoignage en faveur de la pertt sonne que vous désiriez , et vous écouter avec bonté , <( vous devez au moins engager l'homme sur qui s*esi porté « votre choix , à obéir en toutes choses aux ordres du <r pontife, et à le servir dans- ses affaires, afin qu'à son tour
* En iSSf, suivant Mathien Paris, les évèques d'Angleterre désirant se délivrer de la tyrannie de Tarchevèqoe de Cantorbéry, envoyèrent à Rose leur procaraleor, chargé de dépenser, s'il le fallait, jusqu'à la somme de quatre mille marcs d'argent; a car, dit le chroniqoeur, la coor romaine a l'habitude coiisianie de favoriser et de soutenir ceux qui donnent de l'argent. »
ELECTION D'ÉVÉQUES. 56t
« s^il eu est besoin de nouveau, le pape vous écoule favo^ « rablemeut, en tout ce qui intéressera, soit votre évê* H que, soit d'autres. » Voilà comme on enduit de miel les bords d'un vase rempli d'une liqueur amère. Quoi de mieux, en effet, que de se conformer aux voloutés du pape ? Mais quoi de pire que de faire sa cour aux hommes, et de les payer pour en obtenir les grâces de Dieu. Quant à moi , je refusai fortement et avec horreur de me rendre Tentremeiteur d'une telle affaire ^ »
D'après le testament de Philippe-Auguste partant pour la Terre -Sainte, lorsqu'un évêcbé ou une abbaye royale venait à vaquer, les chanoines ou les moines devaient demander à la reine et à l'archevêque la permission d'élire librement un successeur à l'évéque ou à l'abbé décédé. Cette permission devait leur être accordée sans contestation '.
Enfin, par le célèbre concordat de 1516 où Léon X et François V^ se donnèrent mutuellement ce qui ne leur appartenait pas, le pape accorda au roi de nommer à toutes les dignités ecclésiastiques.
Si rélection d'un évêque ou d'un abbé donnait lieu aux Intrigues les plus honteuses, à des actes de simonie cou* tre lesquels les conciles et les réformateurs de l'Eglise ne cessaient de protester ^, Thistoire témoigne assez des
1 De VUa sua, I. m, cb. 4, collect. Guizot, t. x, p. 16.
t Rec. des Historiens de France, t. xvii, p. 50. — Voy.pourle même prl- Tilége accordé ao chapitre de Mâcoo, en IS09 , Brussel , Ifoupei' examen de Vu»age $iniral des fiefs, t i, p. 306. — Voy. aussi GniUaume le BrelOD, PhiUppidet ch. viii, collection Gaizot, t. xii, p. 235..
* Au concile de Reims, en 1049, Tévêque de Langres, convâincn de si- «onie, fut excommanié ; l'évéque de Neverâ, dont les parents avaient aehelé des soffrages à son insu, jeta sa crosse aux pieds dn pape Léon IX qui présidait le conc>le. Le pontife, d'après Tavis des Pères, loi rendU les
sa CURIOSITÉS DES TRADITIONS.
scaiidalû8;qùi fiîgaalaîait félectUm des papes. Dès la ^ du cinquème siècle, en 499, un concile tenii à Rome a?ait cherché en vain à remédier à ces désordres par les canons snivants
tt Si quelque prêtre, diacre ou derc, du vivant du pape, et sans sa participatiob, est convaincu d*av4Hr donné ou promis son suffrage pour élever quelqu'un àla papauté, il sera déposé, qu'il ait promis son suffrage par blHet oa par serment. La même peine est décernée contre eeox qui auraient délibéré sur le même sujet en quelques assemblées particulières. Outre la déposition, on les me-» Dace encore d'excommunication.
Le ^ ordonne que, a celui qui viendrait à déconnîr les brigues que l'on aura faites, et en donna'a des {Nrenves, non-seulement sera absous, s'il en est complioe, mais encore sera récompensé convenablement. »
Les honteux marchés qui signalaient Félectiondes papes étaient un tel scandale pour la chrétienté, queRaoïd Giaber disait ( 1. iv, ch. 4 ) : «c Les Romains ont trouvé aa singulier moyen pour pallier leur Iraiic insolent dans l'élection des papes. Sitôt qu'ils ont £ait choix d*mi pontife, ils le dépouillent de son premier nom pour lui don-, ner celui de quelque pape célèbre, comme slls voulaient honorer du moins, par ce nom emprunté, un homme que son mérite n'honore pas assez. »
innetioiis «piteopÉles, et M àanm «ne mre-crane. Uévêque et MaMes,qui «'avoua coa|iable de simonie, M priyé de la dignité tfiriaespak; « lui ôta l'anneanet la cresse, mais on loiiaissal'cxercice des iiMkctioasdft prêtre. — Au ooncile de Tealease, en i«se, Bérengst, lieomte de 9i«bomie, accusa Guàftol , ardievè<ine deNarbonne, dteoir adielé sod an duvéché cent mille sons, et d'avoir défiensé la ntae waunà poar imtdooBerrévIebâd'Uryelii seAfeèi?. .
ELECTION m PAPE. 385
Le eoncHè géaénd detyoûyea 4974, régla de la manière suivante les formaliiés qui devaient être observées kirs de l'élection da somveRiin pontire.
m Les cardÎDaax qui se tronveioftl dans la viUe ùk le pape Biovrni, aettendrom les absents dorant huit jonraieilenent. Gedélai espÎFé, ks pvéiaispiéteiils s*assenbterMit dms le palais da pontife^ n'ayaiU chaenn poorks servir qu^on derc ov on Udqae, et deuB au pins «an eas d'ëfidente néoessilé. Hs luduiteroBt tons en eomniOB dans la • Bié»e salle, sans séparaiioit de nmisnt d'autre cheee, > excepté peur la garde-robe. L'appartement sei» fermé de telle sorte, qu*on ne puisse ni entrer ni sortir. Nul ne pourtu Voir les cardtBattx, ni leur parier en secret Les personnes qu'on appellerait ne serom admises que pour Tafiatire de TéleetioB et du consentement de tous. Défense d'envoyer courrier ou lettres à tous ouà quelqu'un d'eux, sous peine d'excommunication aux contrevenants. On ne laissera an conclave «(u'une sim|de onvertnre, destinée à faire passer lesalknents. Si, au bout de trois jours, l'Ë^ise n'est pas pourvue d'un pasteur, les cinq jours suivants, on ne servira qu'un mets, tant le matin que le aoip , aux cardinaux'; au delà de ce terme , rien autre chose que du pain, du vin et de l'eau, jusqu'à ce que Té- , leeâon soit fiiite. Durant le con<&ve, les cardinaux netecerront rien de la chambre apostolique ; ils ne traiteront . d'aucune autre affaire , sans im besoin ltès>pi>essamt. Si un cardinal, présent dans la ville, n'entre pas aussitôt, ou sort sans raison ou maladie réelle, on procédera à l'élacti<^, et on ne l'admettra plus. On ne asra pas obligé d'attendre son suiïcage, quand même la cause de sa sortie aurait été raisonnable. G^endatnt le malade, guéri^ et les itoents fat ^^nâveront. tard; pourront ètna refus aivant
réiectiou, et prendre part à TafTaire au point où ils la trouveront. »
On montre encore à Viterbe la salle où sept ans plus tard se liiit le conclave qui, après six mois de vacance, élut le pape Martin IV, le 92 février 1282. On a laisse découverte la partie du toit que fit enlever le capitaine du peuple Baniero Galti, afin de forcer les dii-bnlt cardinaux siégeant à ce conclave de hâter Téiection ; et Ton garde aux archives communales une lettre de ces cardinaux datée du palais sans toit de Viterbe, où ils demandent qn*on laisse sortbr quelques-uns de leurs collègues malades.
Voici, pour compléter ce que nous venons de dire snr les nominations aux dignités ecclésiastiques, la traduction d'une pièce assez curieuse. C'est une lettre par laquelle le sultan Bajazet demande au pape Alexandre VI de nommer cardinal, Cibot, archevêque d'Arles.
« Le sultan Bajazet Cban, par la grâce de Dieu, roi trèsgrand , et empereur des deux continents de rAsie et de r Europe, à rexdellent père des chrétiens , au seigneur Alexandre, par la divine providence très-digne pontife de l'Eglise romaine. Après une convenable et juste salutation, nous faisons connaître à ton suprême Pontificat, que le révérend archevêque d'Arles, le seigneur Nicolas Cybo, est homme digne et fidèle, et depuis le temps do précédent pape, le suprême pontife, le seigneur Innocent, jusqu'à aujourd'hui, temps de Ta Grandeur, il n'a cessé de cultiver avec nous la paix et l'amitié, et il a toujours servi et sert encore fidèlement d'âme et de cœur les deux parties. Il est donc juste et convenable pour nous qu'il soit élevé à une plus grande dignité. Aussi nous avions prié de le faire cardinal , le souverain pontife qui avait accueilli