MEGOLLO LERCARO. — ANCIENNE PUISSANCE BU COMMERCE ITALIEN
Si de nos jours le commerce et l'industrie dominent véritablement les couronnes par le poids de leurs capitaux ; s'ils peuvent influer sur la guerre ou la paix , les individus sont bien loin d'atteindre à la force directe et à la puissance maritime et militaire des marchands flu moyen-âge. L'exemple du génois Dominique Lercaro, dit Megollo, suffit à le prouver x. Ce marchand, admis à la cour de Trébisonde > y reçut un soufflet de la main d'un jeune page favori de l'empereur, avec lequel il jouait aux échecs. N'ayant pu obtenir la réparation solennelle qu'il exigeait, il revint à Gênes, arma en peu de jours deux galères. Arrivé dans les parages de Trébisonde, il combattit et prit les navires de la nation à laquelle il avait déclaré la guerre; il opéra de fréquents et désastreux débarquements , et pénétra même jusque dans l'intérieur. Il fit de nombreux prisonniers qu'il renvoyait après leur avoir coupé le nez, et les oreilles , comme pour témoigner de l'injustice de leur souverain. Celui-ci résolut enfin d'en-
1 L'action de Megollo est rapportée à l'année 1880, par Augustin Giustiniani , dans ses Annali di Gcnova; et par Hubert Foglietta, dans son liis/oria Gcnaensiumcl ses Clarorum Ligurum Elogia, mais elle est donnée comme de 1314, par Federico Federici, rameur du traité intitulé Scrutinio délia Nobitià Ligustica,
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voyer quatre galères contre Megollo ; mais après un combat de quelques heures, elles furent prises ainsi que tout l'équipage. Déjà les soldats génois se préparaient à ensanglanter le visage de leurs captifs , quand un vieillard vint implorer la pitié de Megollo et offrir I sa propre vie pour épargner à ses deux fils la honte d'une telle mutilation. Sa prière fut accueillie ; la clémence du vainqueur s'étendit même aux autres prisonniers ; mais il dit au vieillard : « Va trouver ton maître, et rapporte-lui ce large vase rempli des oreilles et des nez de ses sujets, et qu'il sache que je ne discontinuerai mes attaques , que lorsqu'il m'aura remis le misérable qui a osé m'insulter. » L'empereur, obligé de se soumettre, livra son page. Megollo lançant à ce dernier un regard plutôt de mépris que de colère, lui dit : « Garde cette vie que je ne pourrais t oter sans m 'avilir ; retourne vers ton prince, car ma propre injure a obtenu une satisfaction suffisante. Mais je dois songer à l'honneur et aux avantages de mon pays. J'exige qu'on bâtisse à Trébisonde un vaste magasin pour les marchandises, avec des logements pour ceux de ma nation. Qu'elle jouisse de franchises et de privilèges, et que sur la porte du magasin soit sculptée l'histoire de ce fait , afin que la postérité apprenne comment les Génois savent venger leur honneur outragé. » M. Libri, qui, dans sa belle histoire des Sciences Mathématiques en Italie s dont l'inimitié contre le christianisme est l'unique tache, a rappelé en quelques mots le trait de Megollo, et il y trouve un noble exemple de générosité et de modération. Megollo fut magnanime envers le jeune page; mais, certes, il ne dut paraître ni magnanime, ni sur-tout modéré, à la multitude des malheureux et innocents captifs pris en combattant, ou enlevés de leurs demeures, dont ce flibustier du moyenâge avait coupé le nez et les oreilles; et il n'y avait ni utilité , ni justice dans ces barbares représailles.