V. ci-dessus, p
immortel ouvrage: le chevalier Léonard Salviati déclarait , au nom de l'académie de la Crusca , qui venait de s'établir, que « la Jérusalem ne méritait point le
titre de poème et qu'elle ne rachetait par
aucune beauté ses innombrables défauts » ; comme, cinquante ans plus tard, l'Académie française débutait aussi, mais avec plus de politesse, par ses Sentiments sur la tragi-comédie du Cid, qu'avait rédigés Chapelain. Ce n'est que dans la troisième édition du Vocabulaire de la Crusca que la Jérusalem fut admise parmi les testidi lingua; les deux premières l'avaient rejetée.
Il fut interdit au Tasse de sortir , soit pour entendre la messe, soit pour se confesser, comme il avait coutume. Quelques vers du Tasse, avant de se confesser, sont très beaux :
« Seigneur, je me tourne vers toi, et déjà je me « repens du désir qui résista à ta volonté, et par la ^ douleur que je sens de mes fautes, je tire vengeance, « en moi, de tant d'offenses. Toi, oublie-les, pardonne, « maintenant que je redoute tes colères allumées par « mon péché. Ainsi, que la douleur et la crainte qui « m'angoissent, s'enflamment et se changent en ton « divin amour. »
Signor 3 a te mi volgo , et già mi pento Di quel desio clt al tuo voler contese : E col clotor cite di mie colpe io sento Fo la vendetta in me di tante offese; Tu l'obblia, tu perdona , or cli iopavento Dell' ire tue che F mio peccato accese. Onde quel duolo , e quel timor che m' ange Net tuo divino amor s'infiammi e cange '.
Un passage d'une de ses lettres au marquis Buoncompagno, général de l'armée du pape , du 12 avril 1585 , que j'avais copié sur un autographe de la bibliothèque de Fcrrare et que j'ai été surpris de ne retrouver ni dans sa vie ni dans sa correspondance impri-
1 Mme IV, 120.
niée , indique toutefois quelque adoucissement à son sort au milieu de ces rigueurs : « Le seigneur duc ne « me retient pas dans une prison , mais à l'hôpital « Sainte-Anne, où les frères et les prêtres peuvent me « visiter à leur gré et ne sont point empêchés de me « rendre service (Il sig. duca non mi tiene in alcuna sua prigione ma nello spéciale di S. -Anna : dove i frati e i preti possono visitarmi a voglia IprOj, ne sono impediti di farnxi giovamenlo). » Des lettres inédites de cette même année prouvent que dans sa captivité il ne manquait pas d'une sorte de recherche et de soin. Il se plaint à un ami de ne pas avoir de sucre pour la «salade du lendemain soir (ta salata di domani a sera l) » ; il le prie de lui en acheter du plus fin (qualclie libbra del piiifino). La préoccupation poétique n'allait pas chez lui , comme il est quelquefois arrivé à d'autres 9 jusqu'à se laisser sans chemises , qu'il tenait à avoir nombreuses et bien entretenues. Il désire encore que son bonnet de jour soit de bonne qualité , il s'arrangerait assez que le velours en fût de Moclène ou de Reggio., quoique celui de Gênes ou de Ferrare soit meilleur. Enfin , il va même jusqu'à recommander, dans une de ses lettres inédites2, que son bonnet de nuit soit des plus jolis et des plus élégants (de pià gentili e belli che si possan ritrovare).
Ces lettres inédites du Tasse contiennent encore d'intéressants détails sur son enfance , son caractère et son poème. Dans une longue lettre à Buoncompagno, du 27 mai 1580, par laquelle il regrette de n'avoir point encore reçu la visite du chapelain de Sainte- Anne , et de n'avoir pu se confesser ni communier, il rappelle qu'élevé aux Jésuites, ils lui firent faire sa première communion avant l'âge de neuf ans, car il en paraissait douze pour la taille et la précocité d'es-
, Let. LXXIX.
» Let. LXXXIII.
prit. Mais telle fut la manière dont il avait été instruit, qu'il ignorait, ainsi qu'il l'avoue lui-même, que le corps de Jésus-Christ fut réellement dans l'hostie : E quando io mi comunicai non avevaancora inteso cite nell' ostla fosse realmente il corpo di Cristo. Il peint naïvement l'impression et la satisfaction religieuse qu'il ressentit , toutefois , par l'effet du culte extérieur et de la piété de ses voisins : N ondimeno mosso da non so quai segreta divozione che la gravita, e la riverenza del luogo e l'abito e C mormorare e l' battersi di petto de' circostanti avevano in me gêner ata, andai con grandissima divozione a ricevere il corpo di Cristo e sentii dentro non so quai nuova insolita contentezza. Le Tasse n'était point, à ce qu'il paraît, aussi grave et silencieux que l'a représenté Ginguené * ; il écrit à son intime et fidèle ami, Luca Scalabrino, qu'il n'a jamais rien dit qui pût lui déplaire, « quoique l'homme le plus babillard du monde (il plu loquace uomo del mondo). » Avant ses affreux malheurs, le Tasse était un poète, un gentilhomme et un Italien de son temps, brave, bruyant, moqueur, coquet, aimant le plaisir et faisant gaîment son carnaval ; il montre plus d'une fois une aversion très marquée pour la retraite2. Il convient plusieurs fois de sa légèreté en amour :
E se non fu de9 più ostinati cori
Ne' vani affetti il mio
ecl incostanti amori
Furo i miei sempre . . . . \
et il n'avait ni la mélancolie philosophique du dernier siècle , ni la sentimentalité allemande du Tasse de Goethe. M. le chancelier Muller, trente ans le digne ami de ce dernier , m'assurait qu'à une reprise du
' Hist. Ult. d'Italie. V, 309.
2 V. ses Lc/lrcs diverses, DXXXII , DLVI1T , la lettre CLXIX (les lettres recueillies par Muratori et autres. 8 V. les son. 1 et CCXX1 des Mme.
Tasse , pour une fête de la cour de Weimar, l'auteur, qui depuis très long-temps n'avait relu sa pièce , lui avoua qu'elle lui avait semblé écrite sur la pointe d'une aiguille. L'épisode d'Olinde et de Sophronie , donnée comme une allusion aux amours du Tasse pour Léonore, semble tout simplement une imitation perfectionnée de la nouvelle de Boccace sur les amours de la jeune fille d'Ischia, Restituta, et de Gian di Procida, tous deux condamnés à périr sur le bûcher par le roi de Sicile , Frédéric , qui finit par leur faire grâce et les unir *. L'ancienne opinion n'a point été suivie par M. Aug. Trognon, dans ses notes judicieuses jointes à la traduction en vers de M. Baour-Lormian. Les lettres inédites offrent aussi de tristes détails sur la lenteur et les scrupules des vice-inquisiteurs chargés de censurer la Jérusalem, et le tort qu'éprouvait le Tasse de ces retards 2.
Le Tasse sortit de l'hôpital Sainte-Anne, le 5 ou 6 juillet 1586, et vécut encore un peu moins de neuf ans. Malgré les divers asiles qu'il trouva momentanément chez quelques princes ou amis généreux , malgré de courts divertissements et son tardif et stérile triomphe, sa vie est pleine de misères. Il réclame à plusieurs reprises de César d'Esté qui avait assez timidement négocié sa délivrance , trois caisses et une valise contenant ses hardes , restées à Sainte-Anne : « Je « prie Votre Excellenne, lui écrit-il de Mantoue le « 22 septembre de la même année, de ne pas me re- « fuser la commodité de ces effets, et par réserve, ir- « résolution ou toute autre considération , de ne pas « m'exposer à souffrir du froid cet hiver (PregoV. E. che non mi nieglii la commodità di queste robe, e non voglia consentire ehe io patisca freddo questo verno, per modestia, o per irresoluzione > o per altro rispetto). » Le
1 Decam. Giorn. V, Nov. 6,
2 Let. CGLXXXIX.
duc de Mantoue, Guillaume Gonzaga, qui le trouve trop lent à le remercier et à le louer, retient ses livres afin qu'il se hâte , malgré sa déplorable santé. Il est contraint , pour les ravoir, de caresser adroitement l'amour-propre du duc. Voici un passage de sa lettre, datée de Naples, le 24 septembre 1588 : « J'ose écrire « pour vous prier de ne pas vous soucier de retenir « mes livres , puisque vous n'avez pas voulu me retenir u moi-même en prison. Ne les gardez pas comme gage « ou otage de ma fidélité, craignant que, tandis que « je demeure éloigné, je ne parle ou écrive mal de
« vous Votre Altesse peut être sûre que je
« lui suis très affectionné. Monseigneur, on aime les « louanges; et si je n'ai pas voulu vous louer encore « comme l'exigeait votre théologien, je ne m'y suis « pas refusé par haine , mais parce que les prières doi- « vent aller avant les louanges , et les grâces se placer i « entre toutes deux. Je vous ai prié , et je vous prie de « nouveau de m'accorder les livres ; je ne pouvais « vous louer de cette grâce, Votre Altesse ne me les « ayant pas encore envoyés ; mais je devais espérer « d'être favorisé dans mes études, puisque ma santé « est presque désespérée. D'ailleurs , supposé que « j'eusse mal parlé de vous, votre colère devait-elle, « pour cela, être implacable? Ne savez-vous pas que « benè facere, etmalèaudire, regumest? Si j'avais blâmé « quelqu'une de vos courtoises opinions , il vous serait « arrivé ce qui arrive aux plus grands rois, tandis que « les autres vous assimilent aux tyrans qui prétendent « être loués des choses qui ne le méritent point. Ainsi, « en retournant cette proposition, malè facere cl benè « audires lyrannicum est . Votre Altesse est plus aimée « de moi avec la vérité que de ceux qui vous conseil- « lent autrement avec le mensonge , et vous êtes plus « honoré par le silence que par une louange impor- « tune. Je veux vous égaler aux rois; ceux-là ;m\
« tyrans. Je voudrais que vous fussiez tel clans toutes « vos actions , que même le blâme et l'invective tour- « nassent à votre louange ; les autres par les éloges les « plus inconvenants , tâchent de ternir votre gloire. « Je vous propose l'exemple d'Alexandre et de César; « les antres celui des cruels et des injustes. Que Votre « Altesse considère l'action de César dont vous êtes « aussi éloigné par la fortune , que vous devriez en « approcher par la vertu. César, déchiré par les vers « de Catulle, poète véronais, l'accueillit, l'invita à « souper avec beaucoup de politesse : qu'il vous serve « comme de miroir et de lumière, pour ce qui con- « vient aux grands princes. » (Ardisco di scriverle, pre gondola che non si curi di ritenermi i librij, poichè non voile ritener me stesso in prigione „ ne gli voglia quasi pegni jy o quasi ostaggi délia mia fede ., tenundo <> cke men-
tre sîo tontano j, o non dica mal di lei , o non scriva ;
\e V . A. pub esser sieur a ^ ehe io le sia affezionatissimo. S'amanOj signor mio > le cose lodate; e sio non ho voluto di nuovo lodarla , corne voleva il suo teologo ,, non ï/io ricusato di fare per odio , ma perche le pre g hier e cleono andare avanii alla Iode ^ e fra tune e Caltre interporsi le grazie. U ho pre gâta > e la prego di nuovo a concedermi i librij ne poteva lodarla di questa grazias non gli avendo ancora V . A . mandati, ma dovcva sperare a esser comfiaciuto negli studj ^ poichè ne lia salut e son quasi disperato. Ma postOj cli io avessi detto mal di lei > dov.vaper (juesta cagione esser iwplacabile il suo sdegno? Non sa die bene facere, et maie auclire regum est? E s'io avessi biasimata alcuna sua coriese opinione , le sarebbe avvenùto quel ; cli avviene a' grandissimi re > laddove gli altri la fanno sirnile a' tiranni > cercando Iode per quelle cose , per le quali non la meritino, Impcrocchè > rivolgendo quella proposizione al contrario : maie facere, et bene audire, tyrannicum est. V. A . è da me piit amata col vero , che da coloro , che altrimenti la consigliano
colla falsità > e pià onorata col silenzio , cke colla Iode importuna, lo la voglio agguagliare a' re, essi a' tiranni. Jo vorreij, che fosse taie in ogni sua opcrazione, che i biasimi ancora e l'invetlive le tornassero in Iode , "li altri meno amorevoli colle men convenienti lodi vanno procacciando che si oscuri la sua gloria. lolemetto avanti fesempio d' A lessandro > e di Cesare, gli altri quel de' crudcli, e degV ingiusli ; ma consideri V. A. Vazione di Ccsare > dal quale tanto è lontana nclla forluna, quanto dovrebbe esser vicina nella virtit. Cesare , lacerato dci ver si di Catullo poeta veronese^ il raccolse , e l'invitb a cena con grandissima umanità : questo le sia quasi specchio , e quasi lume di quel,, che si conviene a
principi valorosi l).
Un grand nombre des lettres du Tasse sont alors de véritables pétitions. La mendicité de rue et de .carrefour du vieil Homère était moins humiliante que cette mendicité de « gentilhomme et d'homme de lettres » , ainsi qu'il le dit lui-même (e quel cli è pià odioso a ricordare dotto e gentiluomo*), que cette sollicitation perpétuelle, adressée aux riches et aux grands, afin d'en obtenir la table , le logement , des habits ou même quelque parure. C'est ainsi qu'il écrit à Horace Feltro, de Naples, le 10 avril 1594 , pour le prier de lui faire cadeau de bas de soie , parce qu'il craignait d'être repris cle vanité en se donnant lui-même cette magnificence \ Le loisir littéraire (ozio letterato) auquel il aspire 4, n'est doux et noble qu'avec l'indépendance et sur-tout la dignité , comme aurait dit Cicéron. Sa négligence domestique , son inexpérience des affaires , le réduisent aux plus fâcheuses extrémités, malgré ses privations et sa frugalité. 11 paraît avoir été
• Lel. LXVI.
» Ibld. CCIX.
3 LeL ined. CCV.
\ lirid. XCV1I.
fréquemment volé par ses domestiques; il fut aussi trompé dans la confiance qu'il accordait à des gens peu sûrs. Après un vol de trente écus, il ne lui restait point d'argent pour acheter un manteau, à l'entrée de l'hiver *. A Naples , dont il ne parle jamais qu'avec la plus touchante tendresse , qu'il voulait revoir avant de mourir, qui lui rappelait sa mère, son enfance, qu'il regardait comme une très chère patrie, et qu'il désirait comme le paradis 2, un médecin refuse d'aller le voir, parce qu'il ne peut lui payer sa visite. A Rome, il reste au lit, faute de vêtements ; il se réfugie à l'hôpital des Bergamasques, fondé par un seigneur, cousin de son père. Sa vie est une mort continuelle 3 , et dans sa langueur funeste , il offre des louanges et l'immortalité à ses indifférents protecteurs 4. Le procès qu'il eut à soutenir en 1592 , trois ans avant sa mort, contre les héritiers de son oncle et contre le fisc, vint encore mêler ses ennuis à tant de maux. Solliciteur et plaideur, tel fut le Tasse pendant cette dernière partie de sa vie; il semble qu'elle devait être encore plus cruelle pour ce pc^ète infortuné , que le prétendu délire de Sainte-Anne.
Une solennelle et vive controverse s'est récemment élevée en Italie sur les causes de la prison du Tasse. M. le professeur Rosini, de Pise , en sa qualité de poète, avait suivi le système des amours. Il a été relevé et défié par M. le marquis Gaétan Capponi, de Florence , qui prétend , d'après les documents nouveaux extraits par lui des archives de Toscane , que les mal-
* Let. inecL CCLXXVII , écrite à Jean-Bapliste Manso.
' Let. ined. CXCII , CCXX et CGLXXVI.
0 Let. ined. CXCII.
4 Let. ined. CCXI , à Horace Feltro.
lieurs du Tasse lui furent attirés par l'offre d'un traité fait en mars 1575, au nom de Scipion Gonzaga, depuis cardinal, pour l'engager à quitter la eour d'Alphonse et passer au service des Médieis. Le pari littéraire proposé par M. Capponi au professeur Rosini , était de cent sequins à donner aux pauvres. L'Institut de France fut un moment assez bizarrement annoncé comme arbitre de ce débat, soumis depuis avec plus de convenance aux Académies de Turin, de Modène et de Milan , et qui paraît avoir avorté. L'actif et exact bibliographe M. Gazzera , secrétaire de l'Académie royale de Turin , a exhumé de la riche bibliothèque de la faculté de médecine de Montpellier, le traité perdu: délia Dignitàj, et d'autres écrits inédits du Tasse, traité dans lequel il donne le pas au Sacerdoce sur l'Empire , et rétracte quelques-unes des opinions du dialogue sur le même sujet, composé à l'hôpital Sainte-Anne. Le champion des amours trouva encore un rude et assez brutal adversaire dans M. Cavedoni , de Modène, armé des manuscrits de la bibliothèque de sa ville natale, qui fut l'ancienne et célèbre bibliothèque de la maison d'Esté, dont elle a conservé le nom. Enfin, M. le comte Mariano Alberti , de Rome, est arrivé avec la publication in-folio et figures des Manoscriltl inediti di Torqualo Tassa ^ cd altri pregevoli documcnti , dont six livraisons ont paru à Lucques de 1837 à 1839, et qui a été interrompue pour être, dit -on, reprise et recommencée à Naples. Les manuscrits étaient donnés comme provenant de la bibliothèque Falconicri de Rome; mais de fortes suspicions se sont élevées, de Ja part d'hommes très instruits, sur l'authenticité du plus grand nombre. Souscripteur trompé de l'édition de Lucques, j'ignore ce qui est advenu de l'édition napolitaine, ël je ne sautais m'y intéresser; car, d'après ce que j'ai ouï dire à Rome au commencement de 18/jO de celle publication , le système {\r^ amours, au
lieu de ne s'appliquer pudiquement qu'à Léonore, devait y recevoir une extension passablement scandaleuse. La gloire du Tasse est dans ses œuvres, et non dans ses bonnes fortunes : transformer le poète chevalier de la Jérusalem en une sorte de Don Juan, de Lovelace de la cour d'Alphonse , est à la fois quelque chose de malhonnête et de ridicule, et des détails puérils ou lascifs ne valent pas la peine d être imprimés et lithographies. Il serait temps, après bientôt trois siècles, de laisser en paix l'honneur des princesses et des grandes dames de Ferrare , et de ses diverses Léonores, car on sait que trois maîtresses de ce seul nom furent attribuées au Tasse. Qu'il ait possédé les deux sœurs du duc, et même l'archiduchesse Barbara sa femme , que les louanges poétiques qu'il leur accorde, et dont le champ d'ordinaire est si vaste, ne soient que l'expression de ce fait ; cela n'est aujourd'hui qu'une indigne partie d'une si touchante et si douloureuse histoire.
Une admirable strophe apparaît au milieu de ces matériaux inutiles ou suspects. L'écriture a été reconnue par le savant cardinal Mai ; mais sa poésie la certifie encore mieux, et elle pouvait se passer de cette décisive autorité. Il est impossible de protester, de -s'indigner avec plus d'éloquence contre la réputation de folie que le Tasse avait un moment acceptée, et d'accuser Alphonse avec plus d'amertume et de colère :
« Puissant Seigneur, tu aurais pu m'arracher la vie : ; « c'est le droit des monarques l ; mais m'arracher cette « raison que je tiens de la bonté infinie , parce que « j'ai écrit d'amour (d'amour auquel la nature et le « ciel nous invitent), c'est un crime pire que tout « autre crime. J'ai demandé mon pardon , tu me l'as
1 Cet aveu naïf du pouvoir absolu des rois à cette époque , doit aujourd'hui paraître fort étrange.
« refusé. Adieu : je me repens à jamais de m'ètre « repenti. »
Tormi potevi , alto Signor, la vita, Clie de' monarclii e dritto ; Ma tormi quel clic la bout à in finit a Sennomi dië , perche d' amore ho scritto, ( D'amorc , a cui natnra c il ciel n invita) v E délit to maggior d'ogni délit to.
Perdon ckiedeiy tu mel ncgasli : addio» Mi pento ognor del pcnlimento tnio»
— -—-«—nag^jyg'gt-i;