‹ Curiosites et anecdotes italiennes--Chapitre 40 sur 53 · L'ARCHEVEQUE DE TARENTE, CAPECE-LATRO · texte numérisé non relu

L'ARCHEVEQUE DE TARENTE, CAPECE-LATRO

*Parmi les voyageurs que l'amour des arts et de Fétude attire en Italie, il n'en est point qui n'aient visité à Naples , l'ancien archevêque de Tarente, Capece- Latro , et qui ne gardent de ce vénérable monument de science et dégoût , le plus cher souvenir. Telle était sa renommée, que le prince Henri de Prusse, après avoir été annoncé, lui dit en français, pour premières paroles : « Quand on vient à Naples , il faut y voir Pompéi , le Vésuve et l'archevêque de Tarente. »

Quelques détails sur la longue carrière de ce prélat, empruntés à l'Éloge historique qu'en a publié M. le chanoine Candia , son secrétaire , les souvenirs de plusieurs voyageurs distingués et les miens offriront peut-être de l'intérêt ; ils se rattachent à l'histoire morale, politique et littéraire de l'Italie contemporaine, pendant près d'un siècle.

Cette terre de Naples , digne héritière de la grande Grèce , n'a point cessé de produire des philosophes et des législateurs célèbres : Campanella, Telesio, Vico, Gravina, Filangieri, Mario Pagano auquel l'essai généreux de ses théories devait coûter la vie, M. Galluppi et un autre profond et moins célèbre philosophe, M. de Grazia, auteur de YEssaisur la réalité de la science humaine. Par un effet étrange, c'est au Nord qu'appartiennent les premiers poètes de l'Italie ancienne et moderne, et de la France : Catulle, Virgile, Pétrarque. Dante , Boccace , Arioste ' et les sept ou huit grands'

. Horace et Ovide sont à excepter parmi les poètes latins. Le père

L ARCHEVÊQUE DE TARENTE- iWà

poètes dont notre littérature s'honore , tandis que le Midi, comme en Italie, a produit les moralistes et les publicistes, Montaigne, Pascal, Massillon, le plus éloquent des moralistes sacrés, Vauvenargues et Montesquieu.

Joseph Capece-Latro était né à Naples le 23 septembre 1744. Il appartenait à une antique famille dont l'origine , d'après les curieuses recherches qu'il publia en latin, à l'âge de quatre-vingt-six ans1, remonte à Ginello Capece, consul de Naples en 1009. Les Capece figurent avec éclat dans l'histoire romanesque des empereurs et princes de la maison de Souabe , Frédéric Barberousse , Frédéric II , Manfred , le chevaleresque bâtard de celui-ci, et l'infortuné Conradin. Après la défaite et la mort de Manfred à Bénévent , les Capece se rendirent en Allemagne comme députés de la noblesse gibeline , afin de décider Conradin à ressaisir l'héritage paternel. Conrad Capece avait obtenu l'alliance de la république de Pise ; bientôt il passa en Afrique , d'où il ramena les huit cents chevaliers napolitains , anciens partisans comme lui des Hohenstaufen et réfugiés à Tunis. Déjà les Capece avaient soumis presque toute la Sicile, lorsque après l'exécution de Conradin, Jacques et Marin, pris par les Français , furent mis à mort , et Conrad livré par les habitants de Centurbia au barbare Guillaume-l'Etendard , fut pendu après qu'on lui eut arraché les yeux. Antoine Capece , célèbre professeur de droit féodal à la fin du XV. e siècle, avait publié un recueil de Décisions j, et quelques troubles s'étant élevés en Sicile , le

du Tasse était de Bergame ; son fds semble né par hasard à Sorrente. Les premiers poètes contemporains de l'Italie, Alfieri, Monti, Cesarotti, Hippolyte Pindemonte, Manzoni, Silvio Pellico, Grossi, appartiennent à l'Italie du Nord.

'De antiquîtate et varia Capyciorum fortuné, Naples, 1830,

sh l'archevêque de tarente.

vice-roi de Naples le désigna à Charles-Quint comme l'homme le plus capable de les apaiser, mission qu'il remplit avec succès. Scipion , fils d'Antoine Capece , auteur dés poèmes de Principiis rerum et de Vate maximo j, publiés pour la première fois à Naples, en 1534, par Octavien Capece, évêque de Nicotera, et réimprimés plus complets par les soins d'Antoine et de Justin Capece , tous deux abbés du Mont-Cassin ; cet écrivain estimé, pour son élégance, de Bembo et de Paul Manuce qui donna à Venise une édition de ses poèmes, fut encore l'ami de Bernardo Tasso et du célèbre historien et poète espagnol Garcilasso de la Vega. Celui-ci l'avait invité à publier les commentaires de Donat sur Virgile, d'après un manuscrit de la bibliothèque de Pontano. Scipion composa, vers la fin de sa vie, un poème sur la Nativité de Jésus -Christ ( Genêt Idiacon Jesu-Ckristi) 3 que le hasard fit découvrir parmi les livres de l'érudit prince Caposele. Malgré ses quatrevingt-huit ans, Joseph Capece ne se montra pas un éditeur moins zélé pour la gloire de Scipion qu'Octavien, Antoine et Justin ; il publia avec une préface latine l'œuvre posthume l , que , d'après l'intention du poète, il dédia au savant et trop violent pape napolitain Paul IV (Caraffa), et le Genetkliacon eut l'honneur d'être traduit par le docte Urbain Lampredi.

Joseph parut doué, dès l'enfance, d'esprit, de mémoire et d'une raison précoce. Il racontait plaisamment avoir été à l'école chez des capucins de la Pouille, moines un peu trop réjouis qui aimaient la comédie et la jouaient. Il semble que leurs représentations pouvaient assez faire le pendant de celles du couvent des Donne Pericolanli* peintes par le comte Giraud, le Daricourt romain, où sa vocation comique lui fut révélée à une farsetta. Car si ces dames jouaient les

1 (iencililiacon Je$u~Christi. Naples, 1881, \u-f\.\

->V. sur les Donne Pericolanti 9 les Voyages, liv, VII, chap. 1J.

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rôles d'hommes avec l'épée au côté , l'habit habillé et le chapeau à trois cornes , mais sans quitter le jupon ; les capucins enveloppaient et cachaient la barbe de leurs actrices dans un petit sac de soie rose.

Une singulière vocation militaire, que la haute naissance de Capece devait favoriser, fut sacrifiée à la tendresse maternelle. 11 fut élevé au collège du Mont des Capeci , une des anciennes fondations d'enseignement ducs à sa famille et consacrées à ceux de ce même et illustre nom. De là , il passa au collège des Nobles, un de ces gymnases privilégiés qui ne sont propres aujourd'hui qu'à corrompre l'enfance par les prétentions d'un orgueil suranné , mais qui déclinent partout en Italie , à moins qu'on ne finisse par admettre des élèves appartenant aux classes éclairées et aisées de la société. Ces collèges aristocratiques pour l'étude des lettres n'existaient point en France : l'antique Université de Paris , qui avait imité la forme et la constitution du gouvernement de la république romaine , qui appelait comices les assemblées de ses facultés et attribuait aux dignitaires élus \& pourpre et les faisceaux*, cette institution , libre et populaire au sein de la monarchie , avait eu pour écoliers le grand Coudé, le prince de Conti, des Montmorency, des la Trémouille , des Villars , des Duras , et l'on a vu depuis sur les bancs de l'Université nouvelle tous les fils d'un roi. Capece resta au collège des Nobles jusqu'à dixhuit ans , et à son entrée dans le monde on fut frappé de son savoir, de sa distinction et de sa modestie.

Peu d'hommes ont eu la fortune de rencontrer des maîtres comparables à ceux qui formèrent la jeunesse de Capece -Latro. Genovesi lui apprit les sciences

1 V. sur cette introduction des formes républicaines de Rome dans le gouvernement de l'Université , la neuve , l'ingénieuse Vie de Rollin , par M. Patin , insérée dans ses Mélanges de Littérature ancienne et moderne, publiés en 18/i0. 1 vol. in-8.°.

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philosophiques; Cirillo, le droit romain, et Mazzocchi, l'antiquité. Afin de repasser les doctrines philosophiques, il se rendit à Bologne, où il suivit les cours de la fameuse Laure Bassi sur la physique expérimentale; et, comme chez les Grecs ses ancêtres, Périclès étudiait en même temps la métaphysique sous Anaxagore et la musique sous Pythocîidès (ces deux maîtres, dit Plutarque, parvinrent à en faire un grand homme d'Etat) , Capece-Latro apprit la musique, et fit des progrès sous le fameux père Martini.

De retour à Naples et à peine revêtu de la prêtrise, il publia à vingt-deux ans son premier ouvrage sur les Fêtes des Chrétiens ' , peu après avoir été nommé chapelain du trésor de saint Janvier. Cette place appartient àvsa famille, et je l'ai vue occupée par dom Nicolas, son frère, homme excellent, plein de jugement, dont le sang-froid dans une circonstance périlleuse sauva le trésor. Championnet, après trois jours de l'héroïque résistance des lazzaroni, venait d'emporter Naples, et pour satisfaire aux nécessités de son armée, il allait s'emparer du riche dépôt confié à dom Nicolas. « Je ne puis rien contre vous , dit avec honhomie ce dernier au général français ; mais vous connaissez le culte des lazzaroni pour saint Janvier; à leurs yeux, je suis responsable du trésor, je désire donc que vous permettiez qu'un certain nombre d'entre eux, et des plus influents, assistent à la saisie, afin qu'ils répondent aux autres que j'ai été forcé. » On se garda bien d'accéder à une telle offre ; le trésor resta intact, et à la demande du fameux Michel, dit le Fou (il Pazzo)3 chef des lazzaroni (Capo Lazzaro) 2, créé colonel

1 Délie Feue dei Cristiani, Naples, 17G6, et Rome, 1772.

» L'élection annuelle du Capo Lazzaro par ses pairs, se faisait un jour de fête sur la place du marché. Ou ne comptait ni les voix ni les votants, mais on prenait celui dont le nom retentissait le plus fort : il élait nommé à la majorité, OU plutôt à l'intensité des cris. Au moment de sa révolte, Masaniello avait déjà été choisi, d'après ce bizarre mode dVIec-

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français l , saint Janvier obtint même une garde d'honneur républicaine de deux compagnies de grenu-

d. M. KJ Çj

îers.

Joseph Capece fut envoyé à Rome à l'âge de vingtcinq ans en qualité d'avocat consistorial pour la nation napolitaine , charge importante de la prélatine, Son discours d'inauguration traita un point cle jurisprudence alors fort discuté , et eut un grand succès 2. Le docte Ganganelli lui témoigna une tendresse presque paternelle , et il fut dans la confidence du destructeur des Jésuites, hardi alors de ce courage forcé dont parle le poète :

Fortis virtute coactâ 5.

Naples fut un des premiers Etats de l'Europe où commença cette émancipation civile et politique, attribuée trop exclusivement à notre Révolution, qui l'a bien plutôt compromise et retardée par ses excès. Les réformes de Tanucci sous Charles III et au commencement du règne de Ferdinand, avaient précédé celles du sage Léopold en Toscane. Ce ministre philanthrope et vraiment progressif, proposa Gapece-Latro à peine âgé de trente-deux ans pour le vaste diocèse et l'antique siège de Tarente. Saint Cataldo, le patron , était un de

tion , comme Capo Lazzaro. Alors les lazzaroni étaient , dans les édits des vice-rois , traités honorablement de peuple.

1 Parmi les reparties de Michel-le-Fou, on cite les deux suivantes. Interrogé sur ce que c'était que l'égalité , il répondit en se montrant luimême : « C'est de pouvoir être lazzaro et colonel. Les seigneurs étaient colonels dès le ventre de leurs mères, je le suis par l'égalité; alors on naissait à la grandeur, aujourd'hui on y arrive. » Un homme du peuple lui demandant ce que signifiait le mot citoyen : « Je n'en sais rien , dit-il , mais ce doit être un bon nom, puisque les Capezzoni (on appelle ainsi à Naples les chefs de l'Etat) l'ont pris pour eux-mêmes. Lorsque chacun es! appelé citoyen , les seigneurs n'ont plus l'excellence , et nous ne sommes plus lazzari; ce nom nous fait égaux. »

a De legatis et fideicommissis , Rome , 1773, in-4.°

5 Lucain , Pliars. , liv. IV.

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ces évêques que Charlemagne envoyait au loin pour aider à la civilisation de son empire, et il était né en Irlande comme saint Colomban et saint Gall, quiévangélisèrent deux siècles auparavant la France et la Suisse. Son origine paraît illustre ^ puisque le nom de Catheld est celui d'un roi de Connaught retiré à l'île d'Iona, où il mourut en 786. Mais il est probable qu'avant ce rénovateur, Tarente eut des évêques du rite grec , puisque l'Evangile continue encore à s'y dire en grec, à moins que cet usage neprovienne de l'ordre donné en 968 par l'empereur Phocas aux églises de Fouille et de Calabre de suivre le rite grec. Le nouvel archevêque releva les études du séminaire dont il rédigea le plan ; huit bourses furent créées sur sa proposition , car Tarente, malgré l'éclat et l'antiquité de ses souvenirs, était fort pauvre de fondations propres à développer le mérite naissant. Il rétablit l'usage des conférences acadédémiques hebdomadaires, et il y assistait. Le palais archiépiscopal fut rebâti par lui et avec le goût, la solidité et la magnificence convenables à un homme de sa maison. Il rendit publique sa bibliothèque particulière qu'il accrut considérablement, bienfait signalé, car dans l'ancienne patrie d'Archytas et dans toute la province , il n'y avait pas une seule bibliothèque publique. La fête de saint Cataldo se célébrait par des jeux profanes et périlleux, puisqu'ils imitaient le bruyant jeu du pont qui a plus d'une fois ensanglanté Pise ' : Capece-Latro parvint a calmer les factions entre lesquelles la ville était divisée à cette occasion. Tel l'ut son ascendant qu'il excita la délation jalouse, mais impuissante, des autorités publiques auprès du gouvernement. Son instruction canonique sur le baptême conditionnel, dans laquelle il traite les questions les plus difficiles sur l'administration de ce sacrement, telles

1 V. ci-dessus, [). 157.

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que les cas de monstres , de fœtus incomplets , etc. , fut réimprimé deux fois à Naples *; elle obtint les honneurs dune traduction française par l'abbé Clémaron , et elle sert encore de règle dans quelques parties de la France. Une lettre pastorale de 1790 au clergé, traite des pratiques superstitieuses dans l'adoration des saints, que le peuple en Italie met souvent au même rang que Dieu. L'Eglise vénère les saints, dit Capece , mais adore Dieu seul.

L'antique tribut de la Haquenée , que le pape réclamait de la cour de Naples,, déplaisait à Tanucci, parce qu'il impliquait une idée de vasselage. Le hardi et heureux favori qui peu de temps après le remplaça au ministère , Acton , amené à la même répugnance , chargea quelques publicistes napolitains d'attaquer les prétentions du Saint-Siège. La science de Capece-Latro le désignait assez pour un des champions ; mais le côté politique de la question lui donnait des scrupules dont l'ordre du roi et la reconnaissance qu'il lui devait triomphèrent. Son discours historique sur Y Origine ^ progressi e decadenza del ckiericato su i béni temporali 3 qui est encore un abrégé de l'histoire du royaume des Deux-Siciles 2, trouva un digne adversaire dans le cardinal Borgia , dont le livre est resté.

C'est alors qu'il fut tvjnté de renoncer à son archevêché pour se retirer dans la solitude du Mont-Cassin , et s'y livrer tout entier le reste de ses jours aux études ecclésiastiques qui lui avaient fait tant d'honneur. Mais, retenu par les instances de son clergé , il resta à Tarente.

Il reçut en 1797 une visite de plusieurs jours du roi Ferdinand et de sa femme, satisfaits du zèle qu'il avait montré à exciter aux armes ses ouailles et à offrir son

1793 et 1817, in-8°.

Les éditions napolitaines sont de 1788 et 1820.

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argenterie, celle de son église et deux mille ducats, afin de repousser l'irruption française.

Lors de la création de la république Parthénopéenne de 1798, le devoir le retint au milieu de son troupeau. La ville flottant entre ses opinions monarchiques , et la peur de résister aux ordres de la République , trouva expédient d'élire l'archevêque président de la municipalité. Il résista vivement et parvint à détourner le choix sur un autre. Il s'était refusé à se trouver a la plantation sur la grande place de l'arbre de la liberté , disant que ce genre de cérémonie n'avait pas besoin de la présence du pasteur. Il consentit toutefois à assister dans sa cathédrale au Te Deumque l'on y chanta. Son discours, prononcé en présence des autorités républicaines , prêche évangéliquement la paix et la soumission aux puissances, mais il n'y abjure point ses sentiments d'affection pour les princes expulsés. Les lettres pastorales qu'il publia sont pleines de charité, de raison, et de la véritable indépendance épiscopale. Il habitait alors à un demi-mille de la ville, le casin de Sainte-Lucie , rustique retraite sur le rivage riant appelé petite mer de Tarente , où bien avant la science moderne on observait les inertes et stupides mollusques, près des bords de l'antique Galèse, aussi pauvre d'eau que riche de souvenirs poétiques. Il . était bien loin d'y jouir du repos satisfait du vieillard de Virgile ou du calme philosophique que voulait s'y préparer Horace :

Si le courroux des dieux à ce dessein s'oppose, .Tirai voir les beaux champs que le Galèse arrose , Où Phalante régnait, où de limpides eaux

Abreuvent les troupeaux.

Plus que tout l'univers j'aime relie retraite;

L'abeille y cueille un nectar aussi doux Que le miel odorant dont se vante l'Hymette, Et de nies oliviers le Vcnafrc est jaloux.

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Le printemps s'y prolonge , et d'une main amie

L'arbitre des saisons y tempère l'hiver ;

Enfin , grâce à Bacchus , notre Aulon toujours vert

Au Falerne orgueilleux ne porte point envie.

Venez ; ces monts , ces bois , mon cœur, tout vous convie.

0 mon cher Septime, c'est là Que vos pleurs couleront sur la cendre endormie

Du poète qui vous aima.

« Undè si Parcœ prohibent iniquœ

« Dulce pellitis ovibus Galœsi ,

« Fiumen , et regnata petam Laconi

« Rura Phalanto.

« IUe terrarum miki prceter omnes 9 « Angulus ridet ubi non Ilymetto « Me lia decedunt viridique certat

« Bacca Venafro :

« Ver ubi longum tepidasque prœbet « Jupiter bramas, et amicus Aulon « Fertili Baccho minimum Falernis

« Invidet uvis.

« IUe te mecum locus et beatœ « Postulant arc es : ibi tu c aient em « Débita sparges lacrymâ favillam

« Vatis amici \ »

J'ai visité naguère le joli casin de Sainte-Lucie , possédé par un des hommes les plus honorables de Naples, le général Florestan Pepe, qui a voulu en être acquéreur depuis la mort de Capece , par respect pour sa mémoire. A l'entrée se lit une longue et piquante inscription composée par l'archevêque en 1797, et qui retrace, dans le style et les formules antiques, ses goûts et ses habitudes. Cette petite maison peint encore aujourd'hui son ancien maître 2.

Un jour qu'il sortait pour se promener après avoir dit la messe, un courrier expédié de Naples lui apporta l'ordre de venir siéger au corps législatif. Il écrivit à l'instant une lettre par laquelle il déclina doucement

* Carm., lib. II, ode VI et traduction de Daru.

* La description détaillée du casin de Sainte-Lucie se trouvera dans le Voyage en Sicile , en Calabre, en Pouille et à Bênévent, que l'auteur publiera incessamment.

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cette part de la souveraineté, et fit agréer son refus au Directoire napolitain.

La constitution de la nouvelle république Parthénopéenne était l'œuvre savante et sage de Mario Pagano qui , obligé de subir quelques parties de la constitution française de 1793, avait introduit dans celle de Naples plusieurs institutions excellentes, propres à être adaptées aux diverses formes d'états libres , et à y servir de frein. Tel était ce tribunal de censeurs , magistrats de l'opinion , chargés de la réforme et de la conservation des mœurs , imitation de la censure domestique , qui selon Montesquieu , produisit à Rome tant de prodiges. Tel était encore ce tribunal des Ephores, qui avait pour attributions de veiller à ce que la constitution fût exécutée fidèlement , que les fonctionnaires ne dépassassent point les limites de leur autorité , qui les rappelait à la modération quand ils s'en écartaient , et annulait leurs actes, enfin, qui proposait au sénat les amendements à la constitution que l'expérience faisait juger nécessaires.

Capece-Latro, calomnié auretour de la cour, en 1799, pour sa modération et les faveurs que la République lui avait offertes, la junte d'Etat, qui avait barbarement emprisonné le cygne de Naples, Cimarosa, l'arracha tout à coup de Tarente , pour le jeter en prison. Le magistrat chargé d'exécuter cet ordre , redoutant la popularité du prélat, ne voulut prudemment l'emmener que de nuit. Il avait mis dans son arrestation de si bonnes manières , que celui-ci, dix années plus tard , devenu ministre de l'intérieur , l'apercevant à son audience, l'embrassa, le remercia de son honnête conduite et aida à son avancement dans l'ordre judiciaire. Capecc fut enfermé au Castcl-Nuovo, grand et insignifiant monument d'un homme de génie , Nicolas de Pise, assez pareil, dit-on, à notre ancienne Bastille, encore debout, et qui a bravé les perpétuelles révoltes

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du peuple napolitain \ A l'exemple de l'apôtre , Capece n'oublia point dans les fers, le soin de son troupeau, et publia une instruction sur la clôture des religieuses et la nécessité de sa stricte observation 2. Au mois de novembre de cette même année, 1799, il lit paraître et dédia noblement au sacré Collège dispersé , l'éloge de Pie VI , comme lui captif, et qui venait de mourir à Valence. De nombreuses députations accourant de Tarente réclamer instamment la liberté de leur pontife , la junte d'Etat crut devoir se rendre au château Saint-Elme où il avait été transféré. Voici le texte curieux et rare de l'interrogatoire, vraiment dramatique, subi parCapece. Il y a, dans ses réponses, de l'évêque , du grand seigneur , du savant et du dilettante. Un exemplaire lui fut montré par la reine Caroline , quand elle le reçut avec grâce après son élargissement 3.

• Il existe un livre italien intitulé : Relation de la* vingt-septième révolte de la très fidèle ville de IV aptes ; titre bizarre que pourrait expliquer le cri ordinaire des insurrections napolitaines : Viva il re, muoia il mal governo (vive le roi, meure le mauvais gouvernement). Masaniello même , interpellé à sa fenêtre par ce personnage masqué que Ton a cru être un Français, agent du marquis de Fontenay-Mareuil , ambassadeur de France à Rome , sur la noble couronne que la fortune lui préparait sans qu'il l'eût espéré, l'interrompit avec indignation , par ces mots : « Que dis-tu? Je suis un pauvre homme et ne me soucie d'autre couronne que de celle de la Madone (calembourg qui indiquaitle rosaire , en italien coron a). Je n'ai d'autre pensée que de soulager ma chère patrie de tant de charges. Dèsque j'aurai conservé ce royaume à mon roi, je redeviendrai tel que je fus, pauvre pêcheur, et j'échapperai de toute ma force à l'infâme nom de rebelle. » Et cependant le chef de l'insurrection napolitaine était alors au faîte de sa puissance, et, comme un prince absolu, il disait : « Mon peuple » {popolomio) à ses concitoyens. Storia napolelana deiï anno 1647, di Michèle Baldacc/dni , Lugano 1834, in-8.°.

2 Naples, 1801.

3 Cet interrogatoire, alors très répandu à Naples et jusqu'à Palerme, et dont les exemplaires furent depuis rigoureusement poursuivis par la police , n'a pu même être inséré dans YElogio Storico dcll' Arcivescovo Giuseppe Capece-Latro , par M. le chanoine Candia. Naples, 1837, in-8,°,

574 l'archevêque de tarente.

«U Archevêque. Messieurs, pour quel sujet êtes-vous venus ici?

Sambuti. Nous désirons avoir un entretien avec Monseigneur.

L'Archevêque. Il me paraît difficile de deviner quel sera le sujet de l'entretien : peut-être parlerons-nous de sciences, de littérature ou de beaux-arts? Mais je crains que vous n'y soyez point assez versés pour en faire le sujet d'un entretien.

Guidobaldi 3 faisant les fonctions de fiscal. Nous devons parler de votre arrestation.

U Archevêque. Arrestation?... Croyez-vous avoir le caractère de mes juges? Si tel est votre dessein, vous pouvez vous retirer; un prélat de l'Église ne doit pas être soumis à l'examen cle la justice laïque.

Guidobaldi. Les crimes d'Etat n'admettent point d'exception.

L'Archevêque. Tais-toi, ignorant! Il n'y a point de rébellion quand on respecte le droit de conquête. Les Français ont conquis le royaume, et Ferdinand l'a reconquis. Ceux-là seuls devraient subir la rigueur des lois , qui tenteraient de détruire le gouvernement dominant , bien qu'après la capitulation on ne doive point se livrer à de nouvelles recherches sur la rébellion.

Guidobaldi. Le roi a repris le royaume usurpé par une révolution.

L'Archevêque. Mais le roi , par l'entremise de ses représentants, a signé une capitulation avec ses sujets, et celle-ci, contre toutes les lois, n'a pas été observée. Vous direz peut-être qu'une femme vile induisit le faible Nelson à un acte aussi honteux. Mais ce sera toujours un crime pour le gouvernement de n'avoir pas tenu ce qu'il avait juré \ Outre cela, le roi ne devait

1 M. Dominique Sacchinolli, ecclésiastique, aujourd'hui retiré à Monteleone de Calabre , a publié des Memorie Sloricke , sur la vie du car-

l'archevêque de tarente. o75

pas se nommer reconquérant , dans une proclamation imprimée et publiée par tout le royaume , et dont voilà une copie. Il a usé, avec ce caractère, de tous les droits d'une conquête nouvelle, aboli la justice seigneuriale (sedili délia Nobiltà), donné une nouvelle forme à l'administration municipale, détruit tous les privilèges qu'il avait juré d'observer à son avènement au trône , et accompli , en un mot , tout ce qu'avait fait son père Charles , en conquérant le royaume sur les armes autrichiennes. Charles, conquérant, ne parla jamais de rébellion , comme ne devait point en parler Ferdinand à sa reconquête. Notre patrie fut occupée par presque toutes les familles princières de l'Europe ; on devrait ainsi compter autant de rébellions que de nouveaux maîtres. Il y a la rébellion de Masaniello , il y a celle des barons , et elles sont comme telles notées dans nos annales. Mais les peuples des Deux-Siciles ne furent jamais rebelles, quand ils passaient, de temps à autre , sous l'obéissance de nouveaux maîtres. Vous avez trompé le souverain qui fut toujours l'exact gardien des droits de son peuple. »

Ces inquisiteurs monarchiques confondus, stupéfaits,

dinal Fabrice Ruffb (Naples, 1836, in-4.°), dont il fut secrétaire. Ce livre, intéressant par les faits et le ton de vérité , démontre que l'infraction de la capitulation des forts ne peut être attribuée, ainsi qu'on Ta tant de fois répété, au roi Ferdinand et à la reine Caroline. Avant rétablissement des télégraphes et des bateaux à vapeur, il était impossible qu'en trente heures la capitulation fût portée de Naples à Païenne et que Tordre de la révoquer revînt à Naples. Les vrais coupables , comme l'avance l'archevêque de Tarente , furent Nelson , iady Hamilton et son débile époux, alors ambassadeur d'Angleterre. Une lettre de Hamilton, au cardinal Ruffo, du 24 juin 1799, à cinq heures après midi, et donnée en fac simile par M. Sacchinelli, annonce que « milord Nelson désapprouve entièrement de ces capitulations, et qu'il est très résolu de ne point rester neutre avec la force respectable qu'il a l'honneur de commander. » Quant au reproche fait à Ferdinand , d'avoir acquiescé tacitement à cette infraction, nous n'avons que trop appris en 1815, combien les monarques restaurés sont impuissants contre les actes de violence et de réaction de leurs alliés victorieux.

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levèrent la séance. Ils allèrent même jusqu'à prier l'archevêque de les recommander à Dieu : « Oui, repartit avec charité et dignité le prélat , car vous n'en avez malheureusement que trop besoin. » Ces paroles furent prononcées en présence du public qui, sur la propre demande de Capece et la généreuse condescendance du général russe , Stefanoff, commandant le fort , avait été introduit. Les cris « Vive l'archevêque de Tarente! il a soutenu son innocence et confondu les scélérats! » retentirent dans tout le château, tandis que les juges sortaient à la fois honteux et tremblants et ne cessaient de répéter : « Jamais nous ne verrons un tel prélat ; » et que tous les employés subalternes de la junte se pressaient pour lui baiser la main. Le triomphe de cette mise en liberté , après une détention de sept mois, excita les transports du diocèse de Tarente; mais l'archevêque ne crut pas devoir y retourner avant la réparation solennelle que lui paraissaient exiger à la fois l'honneur du sacerdoce et la justice royale.

Lorsque le roi Ferdinand , abandonné de ses alliés russes et anglais qui étaient débarqués à Naples , peu après la bataille d'Austerlitz , avait été contraint de retourner à Palerme, l'administration napoléonienne, si habile partout à rechercher et à employer le mérite , créa Capece-Latro conseiller-d'Etat et président de section. Alors s'ouvrit, pour cet esprit ferme, sans dureté, indépendant à la fois et modéré, une nouvelle carrière où il put répandre ses lumières. Le ministre des cultes ayant proposé la suppression de quelques évêchés , Capece-Latro s'y opposa avec succès, et prouva qu'il y avait plus de mœurs, de civilisation dans toute ville où se trouvait un évêque, et qu'ainsi leur nombre, au lieu d'être réduit, devrait plutôt être augmenté. Il combattit encore, moins heureusement à la vérité, l'abolition des ordres monastiques ; il démontra que, dans un Liât tel que Naples, où les fondations

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pieuses étaient communes et les institutions littéraires rares , les couvents devenaient comme de petites universités qui , bien qu'imparfaites , étaient utiles à l'instruction ; que l'ignorance , ainsi qu'on le vit bientôt , succéderait à leur suppression, puisque les instituteurs publics qui leur seraient substitués, et dont le premier séminaire manquait , n'auraient point la confiance des familles. Mais, en proposant de maintenir les monastères, il ne négligeait point d'indiquer les réformes qu'ils réclament impérieusement , que désirent les vrais amis de la religion et qui doivent un jour s'accomplir. Les avis émis par Capece-Latro dans le conseil , et qui existent manuscrits , forment un vrai code moral et politique ; ils offrent cette alliance de l'homme d'église et de l'homme d'Etat qui semble d'un autre siècle.

Quand Murât passa roi de Naples, Napoléon voulut que l'archevêque de Tarente fût mis au ministère de l'intérieur, que venait d'occuper avec honneur et distinction M. Miot, obligé de suivre en Espagne Joseph Bonaparte. Sous ce ministère, l'existence municipale reprit plus de vie. Les fouilles de Pompéi reçurent une organisation meilleure et plus active , et sous sa présidence, l'académie d'Herculanum étendit ses publications sans parvenir toutefois à les rendre beaucoup plus utiles l. Le collège de musique , unique et impuissant successeur des quatre anciens et célèbres conservatoires de Naples, fut créé. L'éducation des demoiselles napolitaines , si négligée jusque dans les plus hautes classes , reçut d'importants perfectionnements par la fondation des trois instituts, des Miracles, de Saint-Marcellin à Naples , et de Saint-Laurent à Averse. Il rédigea lui-même les règlements de ces maisons, et la sœur de Napoléon , plutôt souveraine que simple femme de roi, s'en étant déclarée protectrice, voulut

j V, les Voyages, liv. XIII , chap. 3.

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que Capece-Latro eût encore la présidence du conseil de ces instituts. Le déblaiement de la place du Palais- Royal , décorée depuis avec tant de magnificence et si peu de goût, fut commencé. Mais le fardeau d'un tel ministère était trop lourd pour la santé délicate , l'âge sexagénaire , et sur-tout le caractère paisible de Capece-Latro ; il obtint d'en être déchargé et rentra au conseil d'Etat. Il conserva la présidence du Musée royal et la direction des instituts de filles, qui, malgré l'âpre opposition des ministres et des financiers de France, reçurent de bonnes dotations. Joachim le créa grand-officier de la Couronne, premier aumônier de la reine, et grand'-croix des Deux-Siciles.

Invité par la souveraine, d'après l'ordre de Napo- Içon , à se rendre au simulacre de concile convoqué à à Paris, Capece-Latro s'excusa sur la longueur du voyage. «Votre Majesté, ait-il, sait bien que je mets trois heures pour aller à Averse visiter le nouvel Institut ; voyez donc combien de mois ne me faudrait-il pas pour arriver à Paris. » Caroline insistant, il fit devant elle, et dans son cabinet même, cette lettre à l'Empereur : « Les plus grands remerciements doivent répondre aux plus grands honneurs; mais on ne doit pas cacher la vérité aux souverains. Peut-être le concile ne répondra pas à vos vues ; mais , supposez que cela arrive , de quel poids seront les décisions d'un concile national célébré clans votre palais, et je dirai encore sous votre inspection? Sire, si la politique vous suggère un tel moyen, vous répandrez quelque ombre sur votre toute-puissance, » (Ai sommi onori corrispondono sommi ringraziamenli; ma la verilà non deve nascondcrsi ai sovrani. For.se il concilio non sarà di accordo colle vostre mire : ma lo sia pure : di quai peso saranno le decisioni di un concilio nazionale celebrato ne lia vostra reggia , e dira ancora sotto la vostra ispezione? Sire! se un bisogno polilico vi suggerisce questo

L ARCHEVEQUE DE TARENÎE. 379

mezzo , vol spargerete qualcke ombra su lia vostra ognipossanza). Il prédit que ce concile avorterait: « Un prêtre pris à part , dit-il à la reine , peut être un poltron ; mis en face d'un autre prêtre et d'autres prêtres, il sera invicible et pourra devenir martyr. » Napoléon écrivit depuis à sa sœur : « Ce coquin d'archevêque ne m'a rien caché de son métier. »

Un mois avant la seconde et irrévocable chute de l'Empire , Murât, qui l'avait un instant ingratement méconnu et bravé , disparut du trône , poussé par les Autrichiens vaincus tant de fois par lui lorsqu'il combattait pour la France. Le deuxième fils du roi, le duc Léopold prince de Salerne , alors en crédit, pendant la disgrâce du prince héréditaire soupçonné d'inclinations libérales , entra à Naples avec le général Neipperg, afin de présider à l'administration en attendant le retour du roi Ferdinand. Le prince accueillit honorablement Capece-Latro qui lui fit hommage de ses statuts pour les maisons des jeunes filles, dans la direction desquelles le ministre Medici allait brutalement lui donner un successeur, lorsque, selon l'hypocrite expression employée alors à Naples pour désigner ces sortes de destitutions, il fut esonerato (déchargé). Il appela de nouveau l'examen sur sa conduite dans les extrémités de 1799, et il écrivit, à ce sujet, une lettre pathétique au Pape, par laquelle il offrait de renoncer à son siège. Pie VII en fut ému jusqu'aux larmes, se rappelant peut-être que lui-même si saint, si vénéré, n'avait point été sans faiblesse au milieu des mêmes orages. Le diocèse de Tarente éprouva de profonds regrets de la perte de son archevêque. Il n'avait point oublié ses nombreux bienfaits et comment, lors de la disette de 1810, il avait abandonné, pour le nourrir, le produit des terres de la mense épiscopale.

Capece-Latro s'établit à Naples dans sa jolie maison à Cappella Vecchia, point solitaire et quelque peu élevé

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de Chiaja, d'où Ton jouit d'une vue si riante, si animée de la Villa-Reale , la plus délicieuse peut-être des promenades publiques, du Pausilype et de la mer. « A mon âge , disait-il , en faisant observer le caractère de cette vue, il ne convient plus d'entendre, mais seulement de voir le bruit. » C'est là qu'il fut tout entier aux lettres, à l'amitié , à l'antiquité et à cette hospitalité cosmopolite qui l'a rendu encore plus célèbre. Il n'avait guère conservé, des pratiques du ministère ecclésiastique, que l'usage de dire chez lui la messe de minuit pour quelques amis invités. Sa réputation de science était ancienne et étendue. Catherine II l'avait gratifié d'une riche croix pour la lettre qu'il lui avait adressée sur la conchyliologie des mers de Ta*< rente 4. Le sage Léopold , grand-duc de Toscane , le considérait comme le plus docte des prélats. Tels furent le haut mérite et la facilité de vivre de Capece- Latro , qu'à l'exception de la courte calomnie révolutionnaire de 1799, il obtint la faveur ou la confiance des princes et princesses qui passèrent tour à tour sur ce trône charmant, joyeux, fleuri, parfumé de Naples : du vieux et populaire Ferdinand et de l'archiduchesse sa fière et courageuse épouse , de Joseph Bonaparte , du brave Joachim , de la digne sœur de Napoléon , du roi François I.er qui, par son vaste savoir, n'était pas indigne de son brillant homonyme, de sa femme Isabelle qui se plaisait à envoyer à Capece d'ainicals présents et chaque année une provision d'excellent quinquina venu d'Espagne , et du jeune prince régnant. Ce dernier, à une fête que lui offrait le noble représentant

1 Naples, 1780, in-/i.°. Capece, toujours passionné pour l'antiquité, avait tenté de retrouver l'ancienne pourpre de Tarente , citée par les anciens comme ne le cédant qu'à celle de Tyr, et dont les traces de la fabrication existent encore par quelques bassins et tuyaux souterrains rougis. Les nombreux coquillages cozze, dont vit le peuple, lurent broyés, bouillis, analysés; mais, malgré les progrés de la chimie moderne, cas opiniâtres et coûteux essais furent sans résultat.

i l'archevêque de tarente. 381

de la France, le marquis de la Tour-Maubourg, fit au vénérable vieillard un accueil dont le bruit se répandit par toute la ville. Capece-Latro, qui déjà ne pouvait plus sortir, assistait à cette fête, parce que l'ambassadeur avait loué une partie de sa maison : Ferdinand II s'approcha de son fauteuil, lui défendit de se lever, lui baisa la main et reçut sa bénédiction. L'impression fut telle, que les danses, la musique s'arrêtèrent, et que ce bal devint un moment immobile et recueilli!

Préoccupé uniquement du progrès social, et , comme on dirait aujourd'hui, humanitaire, Capece s'inquiétait peu des instruments que la Providence chargeait de l'opérer; les noms propres étaient sans influence sur ses opinions et sa conduite. Il servit avec un zèle et une affection également sincères , la légitimité et la conquête. Depuis la Restauration de 1815, il avait conservé et montrait dans son salon , les portraits de Joachim et de sa femme. Lors de la mort de la reine Caroline d'Autriche, il était entré chez M.me Murât, et la lui avait annoncée ingénument avec douleur; il vanta l'esprit, la bienfaisance, le courage de cette princesse ; il la regardait comme étrangère à la réaction de 1799 qu'il n'attribuait qu'aux ministres, et la nouvelle souveraine eut le bon goût de ne point paraître offensée de tels regrets.

Capece avait écrit en français cet agréable, ce judicieux portrait de la reine Caroline d'Autriche, resté parmi ses manuscrits, et qu'il composa le 20 août 1813, pour M.me la baronne de Rebech :

« Jamais une reine ne fut plus accessible, jamais princesse n'eut, comme elle, pour tout homme distingué,

e quelque pays, de quelque rang, de quelque profession qu'il fût, l'affabilité de la vraie grandeur, et même l'intérêt de la curiosité. La voit-on? on n'oublie plus ce visage à la fois noble et doux , ce regard plein de feu et de grâce , cette physionomie si mobile et si

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prodigieuse, qu'à chaque instant , suivant la situation, les personnes, la conversation, les pensées, elle change d'expression et de nuance; cette majesté qui ne consiste ni dans une attitude d'apprêt, ni dans l'habitude d'un grand rôle, ni dans un extérieur de magnificence, mais qui , avec le maintien le plus simple , malgré un costume quelquefois négligé, vient toute de son ame, de son caractère , et sans doute aussi de ce prestige de beauté , qui , comme une vapeur divine , est répandu sur sa personne, et l'environne tout entière.

« Sa conversation est souvent en questions ; telle est inévitablement celle de tous les rois , puisque le respect qu'on a pour eux les condamne toujours à l'embprras de parler les premiers ou à l'ennui du silence. Mais ces questions ne sont jamais ni vides , ni oiseuses ; et quand elle entre dans un sujet, elle donne au dialogue ce mouvement et cette liberté qui sont les ressorts de la discussion et les moyens de l'analyse. Jamais elle ne cherche à mettre mal à l'aise par l'ascendant du trône ; mais peut-être abuse-t-elle quelquefois de celui de son esprit , sorte de vexation qui n'est guère plus dangereuse.

« Peut-être se plaît-elle quelquefois à tendre des pièges à la prétention , et à écraser la médiocrité. Jamais aucune princesse n'a essuyé plus de libelles, et jamais elle n'en a puni aucun. Elle sait bien que la vengeance accrédite les libelles, et qu'elle en fait naître de nouveaux , parce que les méchants redoublent leurs coups dès qu'ils voient qu'ils ont frappé leur victime à l'endroit sensible.

« Elle ne cessera de régner et d'être capable (h régner qu'en cessant de vivre. On oppose à sa >i<4 quelques dérèglements, dans son administration quelques fautes, dans son caractère quelque tache. Mais ces petits détails se perdent dans la masse, et ce n'est qu'en grand qu'il faut juger les grands. N'est-ce pas

l'archevêque de tarente. 383

ainsi, peut-être, qu'il existe des contradictions et des dissonances nécessaires dans les plus réguliers et les plus harmoniques ouvrages de la nature? Que font aujourd'hui à la renommée de César les anecdotes de Suétone? C'est à l'ensemble, c'est à l'effet total qu'il faut s'attacher. La seule chose qui fait haïr ou mépriser la mémoire des rois, c'est quand ils ont des vices, et qu'ils font des fautes sans mettre en opposition rien qui en dédommage.

« Voilà le portrait de cette reine des Deux-Siciles , dicté par la vérité. Je sais bien qu'il y a des gens qui ne peuvent supporter le poids de l'admiration, qui cherchent à tout atténuer et à tout obscurcir, qui appellent cela aimer la vérité et se dégager de l'aveuglement de l'enthousiasme ; mais je sais bien aussi que ces messieurs-là n'ont dans le fond que le but criminel de dégrader la gloire. »

Mais, on doit le répéter, la première gloire de Capece- Latro fut dans cette hospitalité artistique et littéraire qu'il exerçait envers les étrangers de distinction attirés à Naples des divers points de l'Europe. La liste de tous ces rois , de toutes ces reines , de toutes ces altesses impériales ou royales, de tous ces grands-ducs et de toutes ces grandes-duchesses, aurait l'agrément et le mérite de vérité connu des premières pages de YAlmanach Royal. Le mot flatteur du prince Henri de Prusse a été précédemment cité. L'héroïque , l'éloquent, l'infortuné roi de Suède, Gustave III, aimait à raisonner fréquemment et long-temps , avec Capece- Latro , sur l'ancienne discipline de l'Eglise. Pressé un jour par les arguments catholiques du prélat, il lui dit spirituellement : « Pourquoi nous battre , n'êtesvous pas archevêque et moi fils d'évêque? (Abbasso le armij voi siete arcivescovo cd io fi g lia di vcscovo?). » Or le père de Gustave-Adolphe , Frédéric de Holstein , avant de régner , était prince évêque de Lubeck. La

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sœur de Louis XVI, la sainte reine de Sardaigne, Clotilde , avait honoré l'archevêque de son estime et de ses lettres.

Les amitiés scientifiques de Capece-Latro furent nombreuses, diverses et parfois un peu étranges ; je ne parlerai que des morts. Le grand astronome napolitain Piazzi , immortalisé par la découverte de la Cerès, voulut être assisté par lui à sa dernière heure. Ce fut un beau spectacle que ces deux hautes intelligences abaissées ensemble devant Dieu. Capece-Latro fut lié avec les illustres napolitains: l'abbé Galiani, redevenu dans sa patrie et au sein de sa dévote famille, prêtre et napolitain , dont il avait vu et racontait les pompeuses et singulières funérailles *; avec le profond et malheureux Mario Pagano; avec le spirituel poète en dialecte, Nicolas Valletta, l'auteur du livre sur la Jettaturci; dans lequel il prétend prouver que la faculté de jeter un sort par des paroles ou un regard , comme on le croit à Naples , est une chose réelle et qui remonte à la plus haute antiquité2; avec le célèbre publiciste Filangieri; l'historien de saint Marin, Melchiore Delfoco, qui a écrit l'ouvrage ingénieux et paradoxal Pensieri sull' istoria, e suit' incertezza ed inutilità délia medesi?ncij et qui mourut à quatre-vingt-onze ans, une année avant Capece-Latro ; avec le savant , l'éloquent médecin et anatomiste Cotugno , et toute cette bonne

t Le convoi passait au moment où Gapecc rentrait à Naples; l'abbé étant le visage découvert, en perruque et en surplis, un homme du peuple dit à Capcce : « Venez donc voir l'abbé Galiani,, que l'on enterre en polichinelle, a

* Capece, en vrai napolitain, ajoutait foi à \ajettatiira. Une jour qu'on lui annonçait le duc Cainpomele, célèbre jettatore, et que le roi Ferdinand, qui partageait le même préjugé, n'osait inviter à sa chasse, de peur qu'elle ne réussît point, Capcce se hâta de se lever pour faire dire qu'il était sorti , et dans sa course précipitée il s'écorcha le nez contre la porte. Puis il reprit, en plaisantant : «N'ai-jc pas raison de croireque le duc Cainpomele est un jettatore et la jettatura une chose très véritable? »

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compagnie de Naples , si naturelle, si accueillante, dont plusieurs membres , tels que le marquis Gargallo qui a composé une très belle et la meilleure traduction italienne des Œuvres complètes d'Horace s et le duc Serradifalco , sont au premier rang des poètes et des antiquaires de l'Italie. Parmi les autres lettrés italiens, amis de Capece-Latro , furent Scipion Maffei; le trop fécond poète Frugoni; Cesarotti ; Morcelli; Verri , l'auteur des Nuits Romaines; Volta; la célèbre Clotilde ; Tambroni , ce grand professeur de grec à l'Université de Bologne ; Ugo Foscolo ; Monti ; Cicognara ; Napione; Zannoniet Fea. On distingue parmi les rapports de Capece-Latro à l'étranger : le père Jaquier; l'abbé Barthélémy; Dolomieu; Millin ; M.nie de Staël; l'abbé Grégoire; Mazois ; Cuvier; Herder; Goethe; le baron de Stolberg ; le voyageur anglais Swinburne ; Walter- Scott; le bienfaisant lord Guilford; sir William Gell; le docteur Hallam; le baron de Zach, l'historien cle la Livonie ; l'excellent baron de Bray , que nous avons vu ministre de Bavière à Paris ; le général Laharpe , l'instituteur de l'empereur Alexandre, et je ne sais quel dey de Tunis qui fournissait Capece de tabac, comme un de ses prédécesseurs avait envoyé une selle, un cheval, des armes et même un tigre et deux autruches, à Paoli ; présent de ménagerie royale, que le chef de l'insurrection corse eût sans doute troqué contre quelques barils de poudre l.

Lame sensible de l'archevêque de Tarente gardait un tendre et long souvenir des personnes qu'il avait connues. Je ne puis oublier l'impression douloureuse qu'il ressentit lorsque je lui annonçai la mort d'une femme, M.me deCustine, qui peut, sans disconvenance, être aujourd'hui citée à la suite de tant cle renommées,

1 V. les Voyages en Corse, à l'île d'Elbe et en Sardaignë, liv. I.«r, ehap. 94.

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et dont le nom rappelle à la fois l'infortune, l'héroïsme et les talents d'un esprit observateur et fin. J'avais, en 1826, retrouvé à Genève et à Lausanne, M.me deCustine que je connaissais de Paris. Déjà défaillante, elle espérait, en gagnant la montagne, que l'air des Alpes ranimerait une vie près de s'éteindre. Un mois ne s'était point écoulé et son cercueil repassait par les mêmes lieux où je l'avais vue quelques instants. Elle était morte à Bex , dans les premiers jours du mois de juillet, M.me de Custine , digne émule de Sombreuil , s'était fait remarquer parmi tant d'autres femmes par l'intrépidité qu'elle avait montrée au temps de la Terreur. Pendant toute la durée du procès de son beau-père, elle ne le quitta point et parut constamment à ses côtés au tribunal révolutionnaire; sa jeunesse, les grâces de sa personne, les beaux cheveux blonds dont elle enveloppait ses yeux et son visage afin de cacher ses pleurs et l'indignation qu'elle ressentait contre de tels juges, lui donnèrent, au sein même de ce terrible auditoire, une sorte de popularité qui parut redoutable. Ce simple et touchant aspect faillit à sauver l'infortuné général et fut à peu près sa seule défense. Elle porta publiquement son deuil, malgré la menace des lois de cette époque, alors que le voile de la douleur était un emblème séditieux et que le crime lui-même, effrayé de ses meurtres, tremblait devant cette muette accusation de toute la France. Ces lois rappelaient le génie de celles de Tibère contre les larmes des femmes (ob lacrymas)* M.,nc de Custine a une ame si terme joignait un esprit aimable et enjoué; chez elle la force n'avait point détruit la grâce, et malgré les traverses de sa vie, ses sentiments de femme avaient encore toute leur délicatesse et leur douceur. Une Nie retirée, le goût des voyages avaient conservé ;\ son caractère le naturel, la vérité, la sensibilité , qui s'eiïsfcent quelquefois dans le monde. Indifférente aux

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succès de l'amour-propre , à cette considération facile qui n'est souvent que le résultat d'avantages extérieurs dûs au hasard , ou de qualités négatives et froides , sa mort fut à peine remarquée. Elle attrista profondément l'archevêque qui avait gardé les lettres vives, piquantes, affectueuses, telles que M.me de Custine savait les écrire, ainsi que son portrait peint par elle.

Les dons nombreux laissés à Capece-Latro par les voyageurs à leur départ étaient exposés dans une grande et belle armoire vitrée; ils attestaient à quel point on tenait à ne pas être oublié d'un tel homme , et prouvaient encore sa vaste tolérance ; car sur deux petites tasses de porcelaine on voyait les portraits de Voltaire et de Rousseau. Parmi les titres divers de Capece-Latro à la reconnaissance des étrangers et des Napolitains , il est un fait gastronomique peu connu de ceux mêmes qui en jouissent, et que je ne crois pas devoir omettre. Ce fut d'après ses conseils et sur sa proposition , que le roi Ferdinand importa au lac Fusaro l'industrie des huîtres qui font la renommée de la Tarente nouvelle. Gette belle partie d'huîtres à l'ancien casin royal , bâti sur le lac, est encore aujourd'hui une très agréable station au milieu de la visite laborieuse des curiosités naturelles et des monuments delà côte de Baies.

Les riches collections de médailles , de pierres gravées et de vases grecs, formées par l'archevêque, sont aujourd'hui à peu près éparses : les médailles sont à Vienne 4, les vases et les bronzes en Danemarck. Il semblait, me disait-il d'une manière touchante, se préparer ainsi à quitter tout le reste. Sa dernière publication fut une traduction italienne de l'Éloge de Frédéric, par Guibert , qu'il enrichit de notes nom-

1 Capece n'échappa pas toujours aux fraudes (les trafiqueurs de médailles et il n'était point très scrupuleux pour faire à son tour d'autres dupes. C'est ainsi qu'il troqua, avec un seigneur russe , une médaille fausse contre des diamants qui se trouvèrent faux.

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breuses , travail commencé anciennement et interrompu par les affaires *.

Il avait peu après dicté une illustration d'une peinture qui se voit dans le temple cru d'Isis à Pompéi , écrit qui témoigne à la fois de son érudition et de son amour pour les chats , égal à celui de son compatriote Galiani, moins difficile, moins délicat dans ses choix 2, Il les défend d'une manière spécieuse contre l'opinion et contre le savant Pierio Valeriano, delà réputation de fausseté. L'amour des chats de Capece n'était point toutefois de l'amour pur, car il était produit par sa terreur des souris. Il racontait que , dans sa jeunesse , disant la messe à Saint-Pierre, une souris lui passa entre les jambes, et qu'effrayé il avait fui en habits sacerdotaux jusqu'au pont Saint-Ange. Cette notice sur l'ancien archevêque de Tarente (c'est ainsi qu'il signa depuis sa renonciation) semblerait incomplète si on n'y parlait de la momie de chat qu'il possédait, et sur-tout des trois superbes chats, commensaux de son logis , Othello, Pantalon, Colombine; de ces chats que toute l'Europe a caressés , de ces chats de salon , que l'archevêque avait fait peindre à l'huile , représenter en mosaïque sur le parquet, qui mangeaient à table et qui, par leur beauté, leur maintien, leur discrétion, n'étaient point indignes de tels honneurs. De tous les présents offerts à l'archevêque, le plus précieux au-

. Berlin, 1832, in-8.".

■ Galiani parle fréquemment clans ses lettres de sa passion pour les chais et des ressources que leur société et leur observation lui offraient au milieu de l'ennui, de la pesanteur et de la tristesse que ses regrets de Paris lui font beaucoup trop reprocher à Naples. Au sujet de la morl de l'un de ses chais, il déclare que c'était l'ami le plus raisonnable qu'il eût là. « Mes recherches sur les mœurs des chattes, dit-il, m'ont donné des soupçons très forts qu'elles sont perfectibles , mais au bout d'une longue traînée de siècles.... Léchai cherche ses puces aussi bien que l'homme; mais il n'\ a que M. de l.éaumur qui en observe le baltementdu cœur. » Correspondance inédile et Correspondance de Grimm et de Diderot.

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jourd'liui est certes une très jolie aquarelle de chats, par la princesse Marie , ce statuaire si vrai, si pathétique, si pleuré, de la Jeanne d'Arc de Versailles.

Cet intérieur de l'archevêque, autant que la convenance permet d'y pénétrer et d'en parler, était à la fois singulier et respectable. Adoré de ses gens , chaque année à sa fête, le fidèle majordome Saverio et les autres domestiques le traitaient à dîner chez lui ; ils avaient soin de réunir, de lui servir en quelque sorte les personnes pour lesquelles leur instinct très sûr avait remarqué son goût ; cette invitation des valets devenait ainsi on ne peut plus flatteuse.

Après la vie si remplie, si honorée du prélat italien, on peut s'étonner qu'il n'ait point été revêtu de la pourpre romaine , mais celle-ci manque de Françoisde-Sales^ de Bossu et et de Fénelon. L'archevêque avait donné au Saint-Siège en 1835, des explications sur l'esprit de son livre de la Haquenée; il déclarait dans une lettre écrite de sa main à Grégoire XVI , que la recherche concernant l'autorité spirituelle sur le pouvoir temporel des princes n'avait été ni dogmatique, ni morale, ni de discipline, mais purement diplomatique et dictée par l'ordre exprès du roi son maître; qu'il n'avait jamais cru que cela pût le faire soupçonner d'avoir failli à ses devoirs spirituels envers le successeur de saint Pierre ; qu'il adhérait à la bulle Auctorem fidei contre le prétendu concile de Pistoie , et aux doctrines de l'Encyclique, publiée par le pape au commencement de son pontificat. Les explications de Capece-Latro furent accueillies par le saint-père, et il chargea de l'embrasser ce nonce Ferretti, qui par son intrépide charité au chevet des malades du choléra et par ses aumônes aux familles décimées , a fait l'admiration de Naples !. Les personnes qui ont connu particulièrement l'archevêque ne peuvent toutefois se dissi-

! V. ci-après, p. 393.

390 LÀRCHEVÈQUE DE TARENTE.

muler que cette même bienveillance qui lui fit accueillir si gracieusement tant d'étrangers divers, n'ait valu la même hospitalité à quelques-unes de leurs opinions. C'est ainsi qu'il inclinait au mariage des prêtres pour lequel même il n'avait pas craint d'écrire ', et à quelques autres principes qui ne s'accordent guère avec la discipline moderne de l'Eglise.

Comme le Titien , mort de la peste à quatre-vingtdix-neuf ans , il fallut le choléra pour détruire Capece- Latro. De telles organisations semblent ne devoir céder qu'aux plus terribles fléaux, et le temps, à lui seul, est impuissant à les vaincre. Il succomba le 2 novembre 1836, âgé de quatre-vingt-douze ans et quarante jours. Sa physionomie si noble paraissait à peine altérée. Il voulut être enterré sans pompe dans le cimetière des pères d'Alcantare de Chiaja, religieux de la province de Salente, ses voisins qu'il avait aimés, et chez lesquels il allait parfois se reposer des visites mondaines et de brillantes importunités.

1 V. les Voyages en Allemagne , dans le Tyrol et en Italie , par M.me de la Recke, traduits de l'allemand par M.me de Montolieu.

LE CHOLÉRA A IVAPLES

Si les plus grands peintres de mœurs, anciens et modernes , Thucydide et Lucrèce, dans la peste d'Athènes, Boccace et Manzoni, dans celles de Florence et de Milan , ont montré les excès divers de l'égoïsme et de la débauche, produits par la douleur et la terreur du mal ; si de grandes capitales modernes , fières de leur civilisation et de leur liberté, ont vu de nos jours des attentats non moins odieux1, il peut sembler consolant et utile d'offrir un tableau de peste d'un caractère bien différent.

L'honneur d'un tel contraste appartient à Naples qui, au milieu de si terribles circonstances, présenta le constant spectacle de l'ordre, du dévouement, de la mansuétude, de la confiance et de la résignation. L'aspect de la ville ne fut point changé , la peur tant reprochée aux Napolitains parut alors sans effet sur leurs vives imaginations, et les malades, au lieu d'être fuis, étaient entourés de soins tendres et empressés. On avait bien tenté d'abord de répandre quelques bruits de poison; mais le roi se rendit aussitôt dans le quartier infecté ; il visita les malades , prodigua les secours , les consolations , les espérances; il entra chez les marchands, goûta le pain, le vin , les divers comestibles, et en fit manger et boire à son chevalier de compagnie et à ses aides-de-camp. L'exemple profita aux médecins et aux employés, qui firent tous leur devoir.

i Les massacres commis pendant le choléra à Paris et à Saint-Pétersbourg, et les excès de la population de Philadelphie pendant la grande fièvre jaune de 1792.

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