‹ Curiosites et anecdotes italiennes--Chapitre 6 sur 53 · TRADITIONS DE ROLAND EN ITALIE · texte numérisé non relu

TRADITIONS DE ROLAND EN ITALIE

Quelques mots d'Eghinard sur la mort de RutlanduSj à Roncevaux, ont produit deux siècles plus tard les mille traditions poétiques sur Roland, et sa célèbre chanson du XII. e siècle, publiée en 1837 avec la plus scrupuleuse fidélité par M. Francisque Michel, d'après le manuscrit de la bibliothèque bodléienne à Oxford. Ces traditions se sont rapidement répandues par toute l'Europe. La France avait de nombreuses grottes de Roland, sa roche, sa mer, c'était le golfe de Gascogne. La brèche de Roland pourfendue par sa terrible épée, la Durandal, s'admire parmi les cimes neigeuses et les gorges hérissées de sapins des Pyrénées. Sur les bords du Rhin divers lieux portent le nom de Roland, et l'on cite près de Bonn Roland- Seck^ Pic de Roland. Les lettres de Busbek , l'habile négociateur de l'empereur près Soliman II, l'introducteur du lilas qu'il avait vu à Constantinople et dans l'Asie-Mineure , rapportent que la gloire du paladin français avait pénétré jusqu'en Orient , et qu'il avait entendu des chants en son honneur chez les Géorgiens.

Mais nulle part les souvenirs du neveu de Charlemagne ne sont aussi fréquents et peut-être aussi singuliers qu'en Italie, et c'est là que le héros de l'épopée chevaleresque du moyen-âge a trouvé son joyeux Homère.

Lalande raconte avoir ouï dire , qu'à trois lieues de Suze , on voyait une figure de Roland , et que l'on y montrait une pierre énorme fendue par lui d'un coup de son épée , suivant la tradition du pays.

llili TRADITIONS DE ROLAND.

Une très ancienne chronique milanaise qui copie une autre plus ancienne, parle « d'un théâtre de danse et de musique sur lequel on chantait encore de la même manière que Ton fait aujourd'hui, de Roland et d'Olivier. »

A Pàvie, une espèce d'aviron garni de fer, suspendu à la voûte de la cathédrale, se donne pour la lance de Roland.

La figure de Roland et de son fabuleux acolyte Olivier, semble comme en faction à la porte de la cathédrale de Vérone, monument dû à la piété de trois reines : la mère de Charlemagne, Berthe aux grands pieds , héroïne d'un gracieux poème de la fin du XIII. e siècle , publié par M. Paulin Paris ; la femme de Charlemagne et sa fille Ermangarde, femme de Didier. Les figures des reines, mises aussi à la façade, ont été transformées en celles des trois vertus théologales : ingrate métamorphose à laquelle ont échappé les deux chevaliers. Ceux-ci sont sculptés debout sur les pilastres gothiques , au milieu de mille figures symboliques de griffons, de lions, d'oiseaux, de fruits, de chasseurs, de prophètes et de guerriers; ils portent la moustache haute, l'épée nue : c'est la Durandal (Durindarda et non Durlindana , comme dans l'Arioste) , car ce nom s'y lit encore. Les armures singulières des deux chevaliers ne se ressemblent pas.

Les mêmes figures de Roland et d'Olivier apparaissent sculptées à la petite et très ancienne église des Saints-Apôtres de Florence, chef-d'œuvre primitif qui, pour l'élégance de ses proportions, a mérité d'être étudie par Brunelleschi lorsqu'il éleva la belle église du Saint-Esprit.

Des statuts de la république de Bologne, de l'année 1288, défendent à des chanteurs français de stationner sur les places publiques, parce que ces improvisateurs provençaux accompagnaient du son des instruments

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