‹ Curiosités historiques de la musique, complément nécessaire de La musique mise à la portée de tout le monde;Chapitre 13 sur 25 · DES VIOLONS · texte numérisé non relu

DES VIOLONS

quel on donnait alors le nom de vielle ou viole* ; de là vient qu'on appelait aussi les ménétriers des vielleux. Yers i55o, la confrérie de Saint- Julien des ménétriers fut établie , et , l'année suivante, elle fonda l'hôpital qui a porté ce nom, et se donna un chef qui prit le titie de roi des ménétriers. Les actes de cette confrérie furent enregistrés au Châtelet, le 25 novembre i55i. On appelait alors menestrandie une société nombreuse qui se composait de chanteurs , de joueurs d'instrumens , et même de baladins et

1 Les mots viole et vièle qu'on trouve souvent dans les anciens poètes fiançais signifient évidemment le violon. L'instrument que nous appelons la vielle se nommait rote dans la langue romane. Ce qui prouve que la vicie n'était autre chose que le violon, c'est qu'on la jouait avec un archet.

« J'alai o (*vec) li el praelel « O tôle la vièle et l'archet « Si li ai chanté le muset. «

Poésies de Colin Muset.

Dans les Miracles de la Vierge (par Gautier de Coinsi, liv, n, ch. XIV, f" 166, manuscrit de la Bibliothèque du roi, fonds de l'église de Paris, MS. n° 20), il en est un intitulé : Du cierge que Noire- Dame Rochemadour envoia seur la vièle au ménestrel qui vièloil et chantait devant s'ymage. Ce ménestrel, nommé Pierre de Sygelart, ne passait jamais devant une image de la Vierge sans y faire une prière et sans chanter. La vignette placée en tête du miracle représent6 le ménétrier tenant son violon d'une main et l'archet de l'autre.

(Je faiseurs de tours. Les musiciens, humiliés de cette espèce d'association, se séparèrent de ces derniers, et firent, en 1397, ^^ nouveaux règlemens , qui furent confirmés par une ordonnance de Charles VI , en date du 24 avril 1 407. On voit par cette ordonnance que les ménestrels changèrent leur titre en celui de joueurs d'instnimem j tant liants comme bas ^ dénomination qui semblerait indiquer qu'il y avait déjà des espèces de basses de viole vers la fin du quatorzième siècle. On voit d'ailleurs, dans un Mémoire publié en 1692, en faveur des clavecinistes contre les maîtres à danser de France, que les ménétriers se divisaient en deux classes : les joueurs de violon ou de reùec proprement dit, et les joueurs de hautes-conlres, tailles, quintes ei basses j instrumens qui n'étaient que des variétés de la viole , et qu'on trouve dans les partitions deLulli. L'ordonnance de police du 29 avril 1689 donne aux ménétriers le t'ilre de joueurs d' instrumens tant hauts que bas, et hautbois. Louis XIV , qui confirma la charge de roi des violons, régla, par des statuts du mois d'octobre 1 658 , les droits et émolumens qui y étaient attachés. On y voit : 1" que l'on ne pouvait étn* admis à la maîtrise qu'après quatre années d'ap-

DES VlOLU.NS. .'^g.l

preutissage; 2° que les maîtres étaient obligés de faire inscrire leurs élèves chez le roi des violons , et de lui payer un droit pour chacun; en cas de fraude, le maître devait payer une amende de cinquante livres ; 5° les élèves qui voulaient se faire recevoir maîtres payaient soixante livres au roi des violons, et dix livres aux maîtres de la confrérie de Saint-Julien; 4° Ips maîtres étaient tenus d'une redevance de trente sous par an envers la confrérie ; 5" le roi devait envoyer des lieutenans dans les provinces pour f lire observer les règlemens, et pour recevoir les maîtres ; 6° il était défendu aux musiciens qui n'étaient pas maîtres de Jouer aux cabarets j chuinbrcs garnies et autres lieux j ni dessus de violons, basses et autres parties , à peine de prison ^ , et au cas de contravention , le roi des violons pouvait faire briser les instrumens. Les vingt-quatre violons de la graud'ban'Je de la chambre du roi devaient aussi se faire recevoir par le roi des

' Il y avait cependant une exception en faveur de ceux qui ne jouaient que du rcbvc. Le lebec était un violon grossier qui avait précédé l'usage de celui que nous connaissons. Il avait la Corme d'un battoir ,échaucré par les quatre angles, au lieu d'être arrondi comme le violon, et n'était monté que de (rois cordes : nu', la, rc.

Il parait, par une sentence du prévôt de Paris, du ?. mai i644» qu'il y avait des hautes-contres, des tailles et des basses de rt//fc.

violons, et lui payer un droit. Les deux Constantin , les Dumanoir et Guignon sont les plus connus de ceux auxquels on conféra la dignité de roi. Ce dernier était un violoniste très-reniarquablc.

Quelque étendue que fût la juridiction du roi des violons, elle parut encore trop restreinte à Dumanoir le jeune , qui , se fondant sur la dénomination vague de sa confrérie ( Ménétriers et joueurs d' instrumens ^ tant hauts que bas) , voulut obliger les organistes , les maîtres de clavecin et même les composileurs à prendre la maîtrise, et à lui payer un droit. Une sentence de police, du 16 juin lôgj, confirma ses prétentions, et assimila à des ménétriers des musiciens tels que François Couperin, suraommé le grand , -Nivers, et le Bègue, Ceux-ci appelèrent de cette sentence , et publièrent un Mémoire curieux , en réponse à celui de leur adversaire. Guil-

C<;t iiistruniint s't-.st maintenu eu FiTince jusqu'à la fin du <Ji.\->e|itlième siècle, et y lut loug-temps d'un usage général. On cuunait ces vers de la lo' satire de Régnier.

O musc! je t'invoque , eniuiielle-uioi le bec , Et bande <lr tes mains les nerfs de nion ri bec.

On trouve encore le rebec dans It-s mains de» paysans de chhIqiief. cantons de l'Angleterre.

DLS VIOLONS. liQ!

lauiueDumaDoir prétendait qiie la difficulté que faisaient les organistes et les maîtres de clavecin d'appartenir à la confrérie des ménétriers était injurieuse pour elle; que cette confrérie avait compté au nombre de ses membres des artistes du premier ordre et notamment LulU, qui, ayant été violon de la grand'bande du roi , n'avait pu en remplir les fonctions sans être reçu maître. Les organistes et compositeurs répondirent que loin d'avoir été de la communauté des violons , Lulli en faisait si peu de cas , veii le peu de facilité des maistres à jouer leurs parties sans les avoir étudiées , qu'il les traitait de maistres aliborons et de maistres ignorans ; qu'il était vrai qu'il eut joué du violon dans sa jeunesse, mais qu'il y avait renoncé pour s'adonner au clavecin et à la composition, sous la discipline des sieurs MetrUj Roberdet et Gigault, organiste de Saint- Nicolas -des -Champs ^ , qui vivaient encore et étaient au nombre des. appelans de la sentence du 8 juin iGga. 11 est certain que jusque-là , il n'y avait point eu en France de violoniste qui

^ Ces détails curieux sur les études de Lulli mil été incoiitius à tous ses biographes. Ils prouvent que c'est à tort qu'on l'a considéré comme ayant ap|)orté en P'ranre le ^ohi de la musique italienne de son temps.

ugS DL ROI

méritât quelque estime. Baptiste, élève de Corelli, fut le premier qui montra du talent. Un arrêt définitif du parlement, en date du 7 mai 1 695, donna gain de cause aux organistes et aux compositeurs.

Mais la confrérie des ménétriers de Saint- Julien ne renonça pas à ses prétentions : une occasion favorable se présenta bientôt, et elle la saisit. L'état déplorable des finances du royaiune pendant la guerre de la succession avait obligé Louis XIV à créer de nouvelles charges pour se [)rocurer de l'argent : la confrérie de Saint-Julien offrit de payer vingt-deux mille francs pour avoir le droit de soumettre à sa juridiction les maîtres de clavecin, de dessus et basse de viole . de théorbe, de Ivith, de guitare et de flûte allemande ; ce droit lui fut accordé par lettres-patentes du 5 avril 1707, et il fut défendu à tous les professeurs de ces instrumens d'en donner des leçons soit chez euXj soit en ville , avant de s'être fait recevoir maîtres à danser dans ladite confrérie , sous peine de quaire cents livres d'amende. Les argonistes, les maîtres de cla- ^ (cin et tous les professeurs de musique firent grand bruit sur cette nouveauté, et l'on fut con- Irainl de rapporter les lettres-patentes, pour

DES VIOLONS. 2yC)

leur en substituer d'autres ; mais ce qu'il y eut de plaisant , c'est qu'on garda l'argent de la confrérie pour lui confirmer ses anciens droits que personne ne lui contestait. Le 2.1 juin de la même année , les organistes de la chapelle et les professeurs de musique obtinrent des lettrespatentes qui leur conjfiiHMaient le droit d'exercer librement leur profession , et faisait défense aux maîtres à danser de les troubler dans cet exercice.

Dans toutes ces contestations , la confrérie avait été seule en cause, parce que Dumanoir le jeune s'était démis, en 1695, des attributions de sa charge de roi des violons. ]Mais, en 1 74 1 , Guignon demanda et obtint que cette charge fût rétablie en sa faveur. L'un des premiers actes de sa royauté fut de faire (en 1747) ^^ nouveaux règlemens , par lesquels il mettait sans façon tous les musiciens du royaume sous sa domination. Les organistes de Paris formèrent oppositon à ce règlement, le 1 9 août 1 ^47 î bientôt ceux des principales villes de province se joignirent à eux , et l'alTaire devint générale et décisive. Parmi les opposans on remarquait Daquin, Calvières , Armand-Louis (louperin . les deux Forqueray , les deux Clerasubaull ci

5oO DU ROI DES VIOLONS.

Marchand. Des Mémoires furent publiés de part et d'autre, et les procédures durèrent trois ans; <}nfin un arrêt définitif de la grand'chanibre du parlement, en date du 3o mai 1700, mit fin à ces contestations, et débouta pour toujours le roi des violons de ses prétentions. Guignon continua d'exercer sa charge jusqu'en i'J~ô; mais convaincu enfin de la nécessité d'affranchir la musique des entraves que sa ridicule monarchie opposait à ses progrès , il abdiqua au mois de février de cette année , et un édit du mois de mars supprima l'office de roi et maître des ménétriers.

11 y a dans le caractère de la musique de chaque peuple quelque chose de particulier, de caractéristique, qui résiste aux révolutions de l'art et à la fusion continuelle des goûts, résultat ordinaire des progrès de la civilisation. Ce caractère particulier se manifeste principalement dans les airs nationaux, soit de chant, soit de danse ; et telle est la physionomie de ces airs chez chaque nation que l'homme le moins initié à la musique ne confondra Jamais les ballades écossaises avec les tirannas espagnols , ou les barcarolles vénitiennes. La romance appartient à la France ; et, quoiqu'elle ait subi diverses modifications, quoiqu'elle ne soit pas précisément populaire, on ne peut disconvenir qu'elle n'ait conservé certain je ne sais quoi qui est le type de la véritable musique française.

11 n'est pas facile de fixer l'origine de ce genre de pièce : appartient-elle à la Gaule , ou nous

5oa SIR LA ROMANCE.

vient-elle des Maures^ comme on l'a prétendu? C'est ce qu'il ^st impossible de décider , parce que les chansons des Gaulois, bien que d'espèce diverse, se ressemblaient par la nature du chant. Les premiers chansonniers dont nos annales fassent mention, mais que de vagues souvenirs seuls rappellent , remontent à l'origine de la monarchie. Ils inventèrent , ou du moins s'approprièrent les chansons militaires , qu'on appelait clinnsons de gestes , parce qu'elles célébraient les hauts faits des preux, ^os romances historiques , qui étaient encore de mode vers le milieu du dix-huitième siècle, en étaient une imitation. Pour exciter leur courage, les soldats les chantaient en chœur lorsqu'ils marchaient au combat. Sidoine Apollmaire , qui nous a transmis la chanson de Clotairell*. dit qu'elle

* Voici les deux piemicrs coii|ilets de cette chansan de geste :

De Clotario est canere liegc Francorum ,

Qui ivll pitgnnre cum génie Saxonum ,

Oiiam graviter provcnissel mtssis Saxoniim ,

Si non fiiisxct inc/itus Faro de génie Burgundionum.

Çiiando veniunt in icrram Francorum , Faro ubi cral princeps, ynissi Saxonum , Insiinctu Dei transcunt per urbctu Mrldnriirii , \e inierficiantiir à liège Francorum.

fui chantée à pleine voix (niai,Miâ vociferalione) dans tout le royaume. Celle chanson , écrite d'un style bas et prosaïque, ne mériterait aiicvuie attention, si elle ne démontrait que les pièces de ce genre, sous la première race des rois de France, étaient en latin, et rimées. Tout le monde connaît de nom la chanson de Roland. Les historiens et les romanciers ont aussi cité celles de Charlemagne, d'Ogier, d'Olivier, de Roger et d'autres héros ; mais toutes ces pièces sont perdues depuis long-temps. C'est pai* erreur que plusieurs écrivains ont dit que la chanson de Roland n'était ?iutre que le fameux

TBADl'CTION.

« Chantons le lol Clotaire, qui alla combatti e la nation saxonne ;

• les envoyés saxons auraient été traités sévèrement, si Faron le "Bourguignon n'eût intercédé pour eux.

"Quand ces ambassadeurs vinrent en France, où Faron etiit » prince. Dieu leur inspira de passer par la ville de Meaux, pour Ifs

• sauver de la colère du roi des Francs. »

Un autre monument, qui n'est pas moins curieux que celui qu'on vient de voir, est l'espèce de romance composée par Saint-Paulin, patiiarclie d'Aquilée, sur la mort d'Éric, duc de Frioul, qui fut fait prisonnier vers 799. L'abbé Lebeuf est le premier qui ait découvert ce morceau, et qui l'ait publié. [Dissertation sur divers sujets relatifs à l'histoire de France, p. 4oiO Ce qui le rend intére-^sant, c'est qur le chant, en notation gothique, accomp.ngne les paroles, qui sont aussi en l;itin rimé.

5o4 SUR LA ROMANCE.

chant de l'Homme armé , qui a servi de théiiio à beaucoup de compositeurs des quinzième et seizième siècles. La perte de cette chanson doit j)araître d'autant phis extraordinaire qu'elle avait été répandue et chantée non-seulement dans toute la France , mais en Espagne, en Italie et en Allemagne. Elle était encore en usage en Normandie , dans le onzième siècle , lorsque l'Angleterre fut envahie par Guillaume , à la tête de ses iNormands; car Robert Wace , auteur du roman du RoUs dit que le ménestrel Taillefcr entonna les chansons de Charlemagne , de Roland et ' d'Olivier , au moment où devait commencer la bataille d'Hastings (le i/j octobre 1 066 * ) .

Les chansons badines sont moins anciennes que les chansons de gestes; cependant on ne peut déterminer le temps où elles commencèrent à être en usage. IMabillon^ cite plusieurs poètes et musiciens du onzième siècle qui avaient com-

' Taillefer ki molt bit^n cantoit,

Sus un ceval ki tosl aloit , Devant ax (eux ) s'en aloit cantaiil , De Carleiiiaine et de Rolanl , Et d'Olivier et de Vassaiis, Ki niouiuient à Hainsclicvaus.

- Annal., lib. XL, n" /(i. Arln sntirinnim, lib. 111, j). ^17'*^.

posé des chansons erotiques en langue vulgaire. Rien n'était plus conunun que ce genre de pièces au siècle suivant. Saint Bernard en avait fait dans sa jeunesse, car Berenger, dans son apologie d'Abeilard contre ce moine , lui reproche d'avoir composé des chansons boiijfonnes '. Abeilard lui-même en avait écrit pour Héloïse ; elles eurent un succès prodigieux , et long-temps après on les chantait encore en divers pays. Ce goût des chansons était si généralement répandu que les ménestrels gagnaient alors beaucoup d'argent à les débiter , non-seulement dans les châteaux , mais même dans les simples chaumières. Leur répertoire était à peu près le seul cours d'éducation des femmes" , au point que d^ns les longues processions , tandis que le clergé reprenait haleine, les jeunes filles, ne sachant point le chant des prières, étaient obli-

1 Caniiunculas mimlcas et m banos modutos siclilasti. Abœlaidi oppra, pag. 002.

2 Dans la plupart des provinces d'Espagne, les femmes rappellent parlailenient ce qu'on dit ici des Françaises du moyen âo-e; toutes leurs citations, qui sont assez fréquentes, se bornent à des couplets (copias), ou plutôt à des strophes d'anciennes lomances, de quatre petits vers chacune, de la même mesure, qui se chantent sur des airs généralement connus, et renferment presque toutes un tlouble sens, qui est fort commode pour les inirig'ues amoureuses,

gées de chanter des chansons badines , dont les paroles étaient souvent fort lestes.

Mais la chanson la plus usitée dans la bonne compagnie, et en même temps la plus noble et la plus grave, fut le lay , qu'on peut considérer comme la véritable romance. On donna généralement ce nom à des espèces de fabliaux mis en musique, composés de stances régulières, qui contenaient ordinairement le récit de quelque aventure amoureuse et quelquefois tragique. Le nom de lay ou /«/, qu'on trouve dans les manuscrits à la tête de ces pièces, fut longtemps le seul qu'on donna à cette espèce t!e chanson. Quelques étymologistes dérivent ce nom du mot latin lessiis j plainte, lamentation. Les Allemands disent encore liedj qui tire son origine du teutonique leoth. Les Irlandais appellent aussi liod une chanson plaintive. Quant au nom de romance ^ il paraît avoir été emprunté aux poètes espagnols, qui en faisaient usage long-temps avant les Français. Les lays ou romances se chantaient avec accompagnement de harpe. Les ménestrels, qui les exécutaienl, étaient presque toujours auteurs des paroles, en sorte que la qualité de poète était j)resque inséparable de celle de musicien. La réunion

de cestalcns, qui forma il le patrimoine des trouvères ou troubadours et des ménestrels, s'appelait \e gai-sçavolr (eu ^ToyewcaX gaysaber) . Ceux qui la possédaient finirent par former des associations, telles que la menestrandic ^ les cours d'amotirSj etc. La première cour d'amour se tint à Aix ; la seconde , à Avignon. Celle-ci fut présidée par Fanetle de Cautelme, tante die la fameuse Laure, tant chantée par Pétrarque : elle devint célèbre; et ce qu'il y a de singulier, c'est que les papes la prirent sous leur protection.

En 1 523 , les sept premiers troubadours toulousains formèrent la compagnie super gaye, qui donna naissance aux jeux floraux. Cette compagnie 1 qui, chaque dimanche, tenait ses séances dans un jardin, décerna des prix, qui se distribuaient le i" mai. Le premier consista en une violette d'or, qu'un troubadour, nommé Arnaud Vidal, obtint en i524, pour une espèce de romance à la Vierge. Cette institution subsiste encore.

Les troubadours . les trouvères , les ménestrels se multiplièrent excessivement dans ce siècle et dans les suivans, et tous composèrent un nombre infini de romances. Thibaut, comte

v5o8 SLR LA ROMANCE.

de Champagne et roi de Navarre; Charles d'Anjou, Perriii d'Angecort, Gautier de Coincy , Chrétien de Troyes , Auboin de Sezanne, le châtelain de Coucy et Gaces Brûlez se distinguèrent parmi ces poètes musiciens. Ils ne variaient guère les formes de leurs romances amoureuses : la plupart ne sont remplies que de lieux communs d'une fade galanterie , de tristes supplications à leurs maîtresses pour les attendrir , de plaintes éternelles contre les médisans ; le début en est trivial , et on le prendrait pour une formule, tant il est fréquemment employé. En voici des exemples : La verdure renaît ; le printemps revient; le rossignol chante ; je veux clu/n 1er aussi. On y trouve cependant quelquefois de la naïveté, de la grâce et du sentiment. Les airs étaient faciles et simples : ils n'étaient point mesurés, et l'on n'y trouvait d'autre différence de durée que celle des longues et des brèves ])our la prosodie , comme dans le plainchant. (^e ne fut que vers la fin du quatorzième siècle que ces airs commencèrent à prendre le caractère national et prononcé qui s'est ensuite conservé presque sans altération, et qui mil à la mode dans toute l'Europe ces chansons et ces romances. Au temps de François I". c'est-

à-dire vers iS^o, les Italiens eux-mêmes les chantaient avec délices, et en composaient sous lo titre de Canzonetle alla Francese. Quelquesunes de ces romances italiennes ont eu beaucoup de vogue , principalement dans le genre historique ; elles étaient intitulées : Le magnificenzie e dignità del Prête Janij — Lo innamorento di Melon e Beta, — La Rotla dl Babilonia^ — La Scliiatta de' Reali di Francia e de NarbonesCj — L'Istoria di Genevra e Diomcde ^ — Hippolita e Lionora.

Les formes de la romance commencèrent à se perfectionner en France vers la fin du règne de Louis XII, et surtout au temps de François I". Ce dernier prince, protecteur de tous les arts et de la poésie , fut lui-même poète et musicien. Les recueils du temps nous ont transmis quelques-uns de ses essais dans le genre de la romance , mais ne nous apprennent pas si les airs sont également de sa composition. En voici un exemple :

Est-il bien vrai, ou si je l'ai songé ,

Qu'il m'est besoin m'csioigner ou distraire

De votre amour et en prendre congé ?

Las ! je le veux et je ne le puis faire.

Que dis-je, veux? non c'est tout !c coutraiic ;

Faire le puis, el ne puis le vouloir.

JIO SLR LA ROMANCE.

Car avez là rang»- loiil mon vouloir, Que pins taschez à liberté me rendre ; Plus empeschés que ne la puisse avoir, Et coniiuandez ce que voulez défendre.

Tous ceux qui faisaient des vers daas le genre de Marot imitèrent ce style. Quant à la musique, elle acquit du rhythme, qui lui manquait auparavant, et prit peu à peu de l'élégance. Les compositeurs qui se distinguèrent le plus sont Faignent, ISoé, Lupi, le Heurteur, Vermont et Consilium,

La seconde époque du perfectionnement de la romance fut celle où vécurent Berthaud, évêque de Séez, Desportes et Ronsard, c'est-àdire les règnes de Charles IX , de Henri III et de Henri IV. C'est à celte époque qu'appartient cette romance si connue :

Au bord d'une fontaine, Tircis , brùlaut d'amour.

Contait ainù sa peine A.UX échos d'alentour :

Félicité passée , Qui ne peut revenir , Tourment de ma pensée , Que n'ai- je, en te perdant, perdu le souvenir!

Les airs que Beaulieu, Deschamps, Claudin

SLIl LA ROMANCE. 01 I

cl du Caurroy ajustaient sur ces paroles avaient plus de légèreté que la musique des auteurs que j'ai nommés précédemment; quelques-uns se sont conservés jusqu'à la fin du siècle dernier, et servaient de noëls ou de timbres aux chansons populaires. L'air de la romance : Aimemoi , bergère, et je f aimerai, appartient à ce temps ; il est de Jacques Le Fèvre d'Étaples. Parmi les auteurs qui se sont distingués à la fin du seizième siècle dans le genre de la romance, il faut ranger Baïf, Davi du Perron, et le bon Henri IV. Tout le monde connaît la romance : Charmante Gabrielle; l'air n'est point de Henri, comme on l'a cru; du Caurroy en est l'auteur. La romance suivante , qui est de ce prince , est charmante ; on croit qu'il en a fait la musique et les paroles. Elle est moins connue; c'est ce qui m'engage à la donner ici :

Viens, Aurore,

Je t'implore; Je suis gai quand je te vois;

La bergère

Qui m'est chère Est vermeille comme toi.

De rosée Arrosée ,

,)I 2 SUR LA KOMANCli.

La rose a moins de fraîcheur;

Une licrmine

Est moins fine ; Le lait a moins de blancheur.

Pour entendre

Sa voix tendre , On déserte le hameau ;

Et Tytire ,

Qui soupire, Fait taire son chalumeau.

Elle est blonde,

Sans seconde , Elle a la taille à la main ;

Sa prunelle

Etincelle Comme l'astre du matin.

D'amoroisie

Bien choisie Hébé la nourrit à part ;

Et sa bouche ,

Quand j'y touche.

Me parfume de nectar.

Sous Louis XIII , la romance fit peu de progrès sous le rapport de la poésie ; mais les airs de Boisset ou Boesset , surintendant de la musique du roi, devinrent célèbres. Ils furent publiés en recueil par Ballard , et les éditions s'en multiplièrent excessivement, sous le titre d'Jits de cour. INos compositeurs de romances les plus

SUR LA KOMANCt. 5l3

féconds ne pourraient soutenir la comparaison avec Boisset, car ce musicien en écrivit près de deux mille. Louis XITI , qui faisait des vers tant bien que mal, et qui était assez bon musicien, a composé les paroles et la musique de quelques romances, qu'on appelait alors, comme je viens de le dire, Jirs de cour. Voici un échantillon de sa poésie , où toutes les rimes sont masculines :

Tu crois , ù beau suleil , Qu'à ton éclat rien n'est pareil , En cet aimable tenis Que tu fis le ptintcms :

Mais, quoi ! tu pâlis Auprès d'Amaryllis.

On voit que ce prince n'avait qu'une connaissance fort médiocre du rhythme ; cependant les airs qu'on a de lui ne manquent pas d'une certaine cadence.

Le règne de Louis XIV, si favorable aux progrès des arts, fut aussi l'époque où la romance se perfectionna , sous le rapport de la poésie comme sous celui de la musique. L'abbé de Pure , qui n'est plus connu que par le vers où Uoileau l'a rendu ridicule , eut cependant le mérite d'écrire le premier des stances senlimen-

3l4 SLT. LA r.OMA.NC.E.

laies d'un style naturel, et qui ne manquaient pas d'élégance. Quinault le fît oublier par li perfection de sa poésie lyrique. La Monnoy , et plus tard Lamotte, écrivirent aussi des romances charmantes, qu'on appelait encore improprement des chansons. Boileau lui-même, Boileau, qui paraissait si peu disposé à parler le langage de l'amour, composa pourtant deux romances, qui sont à juste titre considérées comme des modèles. L'une est la traduction de l'ode de Sapho , que tout le monde sait par cœur ; l'autre , quoique parfaite , est moins connue; je ne puis me défendre du désir de la rapporter ici :

Voici les lieux cbarnians où mon âme ravie

Passait à contempler Sylvie Ces tranquilles momens si doucement perdus. Que je l'aimais alors ! que je la trouvais belle '.. Mon cœur, vous soupirez au nom de l'infidèle ; Avez-vous oublié que vous ne l'aimez plus ?

C'est ici que souvent, errant dans les prairies ,

Ma main , des fleurs les plus chéries , Lui faisait des présens si tendrement reçus. Que je l'aimais alors 1 que je la trouvais belle 1 Mon cœur, vous soupirez au nom de l'infidèle ; Avez-vous oublie que vous ne l'aiinez plus ?

Lorsque Boileau et ses contemporains écri-

SUR LA i'.OM.WCE. 3)5

virent dans le genre de la poésie lyrique, on n'avait point encore remarqué que le vers alexandrin n'est point favorable; à la musique; les compositeurs même n'étaient pas plus instruits sous ce rapport que les poètes : aussi n'est-ce point par le rhythme que les airs de ce temps méritent de fixer notre attention. Plusieurs musiciens en ont fait alors qui ne manquent point de grâce, quoique leur style ait vieilli. Parmi eux, celui qui eut le plus de réputation pour ces sortes d'ouvrages, fut Lambert, beau-père de Lully , dont Boileau a parlé dans ce vers :

Et Lambert, qui plus est, m'a donné sa parole.

Plusieurs recueils de ses chansons et de ses romances ont été imprimés. Avant son départ pour l'Angleterre, Lambert, qui depuis fut surintendant de la musique de Charles II, avait aussi publié quelques recueils du même genre', où l'on trouvait plus de force musicale. Enfin , vers la fin du règne de Louis XIV, Bernier se fit connaître par des airs semblables , avant de se livrer à la composition de ses motets.

Les moeurs de la régence firent disparaître ini instant la romance , pour lui substituer des

3l6 SLR LA ROMANCE.

chansons remplies d'équivoques et de propos libres qui plaisaient fort aux dames de la cour. Pendant près de trente ans , ce nouveau genre fut le seul à la mode, et la licence fut poussée aussi loin que possible. Tout devait être d'accord dans des mœurs semblables. Ce temps ne fut pas cependaïit perdu pour la romance; car la plupart de ces chansons exigeant un rhythme plus vif et plus marqué que celui des anciens airs , les poètes se servirent davantage des vers de huit et de six syllabes , et les musiciens commencèrent à prendre im ton plus léger. Colin de Boismont, de Bury et Campra se distinguèrent particLilièrement dans ce genre de composition; quelques-uns de leurs airs sont encore populaires.

Le règne de Louis XV vit renaître la romance plus élégante, plus tendre, plus gracieuse; c'est à cette époque que Charles-Henri Riboutet pubha son petit chef-d'œuvre , Que ne suis-je la fougère ! dont les paroles et l'air sont des modèles de perfection. Il est assez remarquable que l'auteur de cet air si joli ne se soit point fait connaître : on l'a attribué à plusieurs musiciens célèbres, et notamment à Mondonville ; mais rien ne prouv<' qu'il soit de lui. La romance de

SUR LA ROMAXCE. 5l7

Bernard, Tendre fruit des pleurs de l'Aurore; l'Orage j de Colardeau ; A' Départ de Lucile ^ de Gallet; l'Absenee^ du comte de ïressan; l'Apologie de l'Amour, de Saint-Marc ; Je l'ai planté 3 je l'ai vu naître , dont les paroles sont de De Leyre, et la musique de Jean-Jacques Rousseau, et les romances charmantes de Moncrif et de Pannard , dont les airs ont été composés par Biaise, basson de la Comédie-Italienne , sont connues de tout le monde, et ont vu le jour depuis 3 -/fO jusqu'en 1760.

C'est aussi vers le même temps que le duc de La Vallière mit en vogue la romance historique, genre dans lequel il fut imité par Berquin, et qui eut un instant beaucoup de vogue. C'est à cette espèce de romance qu'appartiennent Gahrielle de Vergy, les Malheurs de Comniinges et Geneviève de Brabant. Les parodistes se sont égayés aux dépens de ces romances , en trente ou quarante couplets, et l'on en a l'ail une critique assez amusante dans la romance burlesque qui commence par ce couplet :

Tout au brau milieu dos Ardennes Est un château, sur le haut d'un rocher;

Il y t'ait nuit toulo la semaine ; Les voyageurs n'en ofcnt approcher.

3 Ici SLR LA ROMANCE.

Sur SL's tours iVichent les vautours, Les oiseaux de malheur; Ilélas! ma bonue, que j'ai grand'peurl

Plus tard, la romance acquit de nouveaux charmes entre les mains de l'abbé Mongenot, qui se fit connaître comme poète et comme musicien par les Autours champêtres ^ la Manière d'aimer j et surtout l'air charmant de Tircisati bord d' une fontaine^ sur lequel Yiotti a fait des variations qu'on peut considérer comme un modèle du genre. La Harpe, par sa romance O ma tendre musette, dont l'air appartient à Monsigny; La (^habeaussièrc, par ses couplets sur la rose; Maréchal, par l Economie du plaisir; Favart, par l'Amour craintif el Annette et Luhin j dont les airs furent composés par sa femme; et Garnier , par le petit chef-d'œuvre, J\ii va Lise hier au soir , morceau aussi joli par la musique que par les paroles ; tous ces auteurs , dis-je , et une foule d'autres qu'il serait trop long de nommer , mirent le comble à la perfection de la romance sentimentale.

Quant aux musiciens, ils ne restèrent point en arrière des poètes. Outre les airs des romances d'opéras qu'on doit à Grétry , à Philidor, à

SIR LA ROMANCE. 5l9

Monsigiiy, parmi lesquels il faut mettre en première ligne la romance de llichard , Une fièvre hnïlante j, on eut des airs détachés , qui seront toujours estimés pour la grâce et le naturel dii chant. C'est parmi ceux-là qu'il faut placer la délicieuse romance de Gaviniès, et l'air de Martini , Plaisir d'amour , dont la première partie surtout est admirable. C'est de cette dernière production que date la révolution qui s'est faite dans la position des poètes et des musiciens à l'égard de la romance. Jusque-là , le poète était tellement en première ligne qu'à peine savaiton le nom de ceux qui composaient les airs sur leurs vers , et que ce n'est pas sans peine que je suis parvenu à en découvrir quelques-uns que j'ai fait connaître. Mais, vers 1790, le contraire arriva , soit que le goût du public pour la musique ail pris plus de vivacité, soit que les musiciens aient attaché plus de prix à se faire connaître comme auteurs des airs qui obtenaient la vogue, tandis qu'autrefois ces airs étaient composés sans prétention et sans qu'on y mît d'importance. Ouoi qu'il en soit, l'art du romancier musicien prit dès lors ])lus de consistance, et devint lui moyen de réputation. Le succès qu'obtenaient dans le monde la ro-

J20 SIR l.\ ROMANCE..

mancc de I\ina, et en général les petits airs de Dalayrac et de Dezède, fut sans doute une des causes qui déterminèrent quelques musiciens à se livrer de préférence au genre de la romance. Vers 179'^, l'un des frères Adrien, Lambert, Garât et Plantade devinrent les maîtres du genre. Les romances par lesquelles Garât commença sa réputation furent : Pauvre Jacques et Je t'aime tant. Sa manière étonnante de les chanter leur doima une vogue inouïe jusquelà : depuis lors il a composé le Chevrier ^ Bclisaii-e j, le Cid, le Chant arabe. Il était là^ le Ménestrel délaissé par sa mie , et beaucoup d'autres qui ont eu un succès prodigieux. Sa chaleur entraînante, son débit spirituel, sa prononciation parfaite, et sa richesse d'imagination dans lesornemens qu'il introduisait dans ses romances, leur donnaient un prix qu'elles n'avaient point lorsqu'elles étaient chantées par d'autres; mais on n'en voulait pas moins chanter les romances de Garât.

Plantade balança long- temps les succès de Garât par ceux qu'il obtint avec les romances (jui ont pour titre : Une jeune bergère , Ma peine a devante l'Aurore , Le Jour se /èvej et surtout Te bien aimer . ô ma cidre Zelie, dont il a été

vendu un si grand nombre d'exemplaires que leur produit aurait suffi pour faire la fortune d'un homme borné dans ses désirs.

Boïeldieu , dont le talent naturel était fait pour s'appliquer à tous les genres, débuta dans le monde musical par de charmantes romances qui furent accueillies avec empressement ; celles que ma mémoire se retrace sont ; S'il est vrai que d'être deux j Du soleil qui te suit ^ Le Rivage de Vauclnse^ Il faut partir, et le Ménestrel. Les opéras de ce compositeur contiennent aussi des romances qui ont été chantées par tout le monde.

Il est remarquable que, depuis l'époque dont je viens de parler, une série de compositeurs de romances s'est présentée sans interruption , et qu'il y en a toujours eu quelqu'un qui, pendant un certain temps, a tenu le sceptre du genre. Auber l'avait pris un instant par le Bonjour, et quelques autres romances; mais il se destinait à d'autres travaux, et négligea ce genre de réputation. D'Alvimare s'en empara par le Torrent j le Refus j Je reviendrai sur la montagne. Un jeune troubadour , et beaucoup d'autres. Blangini, qui débuta heureusement par des canzoneltcs italiennes , ne tarda point à se

faire une brillante réputation par ses romances françaises et par ses nocturnes , dont il a publié environ quarante recueils. Après lui, vient madame Gail , qui, pendant quelques années, jouit presque sans partage du privilège de charmer les salons par ses romances pour une ou deux voix. La mort, qui vint l'enlever au milieu de ses succès, laissa le champ libre à j\I. Romagnési, qui déjà s'était annoncé par des romances charmantes, et notamment par celle-ci : Depuis long -temps f aimais Adèle. Il y a peu d'exemples d'une vogue semblable à celle qu'obtinrent les ouvrages de ce fécond romancier. Pendant quelques années, il sembla être le seul qui écrivit , car on ne demandait , on ne voulait que des romances de Romagnési : à peine se doutait-on qu'il y eût d'autres musiciens qui en composassent. Alais la mode est , comme on sait, une déesse fort inconstante. L'auteur du joli nocturne : Dormez, mes chères amours. M. Amédée de Beauplan , vint enfin occuper aussi le trône de la romance, et, comme il y restait de la place , MM. Panseron et Edouard Brugière n'ont pas tardé à s'y asseoir. Ces deux compositeurs ont d'abord popularisé leur nom par des romances composées sur le modèle or-

dinaire ; mais , depuis quelque temps , ils ont adopté un genre nouveau qui paraît plaire au public , et qui rompt un peu la monotonie des formes usitées jusqu'ici : je veux parler des romances dialoguées avec vui instrument. Razctti et quelques autres musiciens avaient essayé ce genre, il y a environ trente ans ; mais ils n'eurent point de succès. MM. Panseron et Brugière ont été plus heureux ou mieux avisés, car leurs romances du Cor, de l'Echo^ du Retour au Pays, clu5'ow^£'ûf^T'</r/mîetd'autres,ontétéaccueillies par des applaudissemens unanimes

Dans l'éniniiération que je viens de faire, j'ai négligé quelques auteurs qui , pour être moins connus, n'en sont pas moins recommandables ; mais ils ont moins produit ; or, pour se faire une réputation dans le genre de la romance , il faut multiplier ses ouvrages. Ce seul avantage a manqué à Carbonel , auteur de Brigite et de la Pauvre Adèle; à Fabry Garât, dont la romance, Nymphes, pourquoi me fuyez-vous? annonçait le talent du genre; à Pradher, auteur de Bouton de Rose ; à Gustave Dugazon, à Zimmermann , etc. , etc. Madame Duchambge réunit à la grâce de ses conceptions la facilité par laquelle on multiplie son nom; ses ouvrages

5^4 Sl^^I*' I--^ ROMANCE.

ont du succès ; mais ils en auraient bien davantage , si elle chantait dans le monde , car c'est encore là une condition de la romance : les meilleures restent ignorées, si elles ne sont produites dans le monde par les auteurs eux-mêmes , car chacun chante les siennes.

Autrefois il n'y avait point de représentation à r.Opéra le 2 février, jour de la purification de la Vierge, le 25 mars, fête de l'Annonciation, depuis le dimanche de la Passion jusqu'à celui de la Quasimodo inclusivement, les jours de l'Ascension , de la Pentecôte et de la Fête-Dieu, le i5 août, fête de l'Assomption de la Vierge, le 8 septembre, jour de la Nativité, le 1" novembre, fête de la Toussaint, le 8 décembre, jour de la Conception, le 24 et le 25 décembre, veille et jour de Noël. Un musicien de la chambre et de la chapelle du roi, nommé Philidor' , conçut, en 1725, le projet de remplacer ces

' Le nom de famille de ce musicien était Danican. 11 descendait de Michel Danican, hautboïste de la musique de Louis XIII. On rapporte que ce prince, l'ayant entendu jouer de son instrument, dit à ceux qui l'entouraient : J'ai retrouvé un second PhUidon. Ce Philidor, ou plutôt Fitidori (de Sienne) était un fameux hautboïste de ce temps. Depuis lors, Miciicl Danican prit le nom de Philidor, el le transmit à sa famille. Il eut deux fils; l'aîné, Michel Danican

représentations par des concerts spirituels j c'està-dire des concerts où l'on n'exécuterait que de la musique instrumentale. Son idée fut goûtée, et il obtint le privilège d'établir ce concert au château des Tuileries , sous la condition de payer à l'Opéra une somme de six mille livres par an. Le premier concert eut lieu le dimanche de la Passion, 18 mars 1725. Il commença par une suite d'airs de violon de Lalande, sui.vie d'un caprice du même auteur, et de son Con~ fitebor. On joua ensuite un concerto de Corelli, intitulé la Nuit de No'él\ et le concert finit par le Cantate Domino de Lalande. Il avait commencé à six heures du soir et finit à huit , laissant l'assemblée, qui avait été très-nombreuse, dans le ravissement de ce qu'elle venait d'entendre.

En 1728, Philidor céda son privilège, qui fut successivement exploité par l'Académie royale de musique en 1 754; par Royer, en 1 74^ » P^r

Philidor, excellent bassoniste qui dédia quelques œuvres à Louis XIV, eut trois enfans d'un premier lit : l'ainé , Anne Danican Philidor, bon flûtiste, fut celui qui établit le concert spirituel. Michel Philidor, s'étant remarié, eut plusieurs enfans de son second mariage, entre autres le célèbre compositeur et joueur d'échecs (André Philidor), qui naquit à Dreux en 1726. ' C'est le 8» concerto de l'œuvre &".

(^aperan, en 1730; par Mondonville , en 1755; par d'Auvergne, en 1 762 ; par Berton, en 1 77 1 ; par Gaviniès et le Duc, en 1770, et enfin par Legros, qui s'en chargea en 1 777, et qui le garda jusqu'à ce que les évènemens de la révolution eussent détruit cette institution.

Les frères Besozzi , qvii firent un voyage à Paris , en 1 755 , furent les premiers musiciens étrangers qui se firent entendre au concert spirituel*. Ces artistes célèbres, qui firent pour les instrumens à vent la révolution que Corelli avait

^ La famille Besozzi, qui est originaire de Parme, s'est illustrée depuis 1690 jusqu'au commencement du dix-neuvième siècle. Les deux frères dont il est ici question étaient fils de Joseph Besozzi, musicien distingué. L'aîné, Alexandre, naquit à Parme en 1700. Il se livra de bonne heure à l'étude du hautbois, et y acquit une grande habileté. Vers i-Jo, il passa au service du roi de Sardaigne, et devint premier hautboïste de sa chambre et de sa chapelle. Loisque Burney le vit en 1772, il avait plus de soixante-onze ans, et néanmoins il jouait encore du hautbois avec une perfection rare. Il ne s'était jamais marié, et vivait depuis plus de quarante ans dans une douce intimité avec Jérôme, son frère, célibataire comme lui. La conformité de leurs goûts était telle qu'ils se vêtissaient exactement de la même manière. Depuis leur entrée au service du roi de Sardaigne, ils n'avaient quitté Turin que deux fois; l'une, pour un voyage fort court à Paris, l'autre, pour revoir le lieu de leur naissance. Leur position était aisée : ils avaient maisons de ville et de campagne, et toutes deux étaient ornées de bons tableaux. Alexandre est mort à Turin en 1770 ; on a gravé de lui, à Paris et à Londres, six œuvres de trios et de solos pour violon ou hautbois.

528 sur. LE CONCERT SPIRITUEL.

faite pour le violon , excitèrent l'enthousiasme , dans les duos de hautbois et de basson qu'ils exécutèrent alors. Leur exemple a été suivi depuis par les instrumentistes les plus habiles, tels que Bertrand ^ Heisser, Rodolphe, Yiotti,

Jérôme Besozzi , né à Parme en 1772, s'adonna à l'étude du basson , et y acquit un degré d'habileté égal à celui de ses frères sur le hautbois. Sa longue cohabitation avec son fière Alexandre , et les études qu'ils firent ensemble, leur donnèrent à tous deux un fini d'exécution qu'ils n'auraient peut-être pfs eu s'ils eussent travaillé séparément. Ils avaient composé ensemble de la musique pour hautbois et basson , uniquement consacrée à leur usage , et qui n'a point été publiée après eux. Jérôme est mort vers xjSô.

Antoine, frère puîné d'Alexandre, naquit à Parme en 1707. 11 devint premier [laiitboïste de la cour de Dresde en i/io» et se trouvait encoie dans cette ville en 1772, lorsque Bnrney y arriva. Après la mort de son frère Alexandre, il se rendit auprès de Jérôme à Tuiin, et y mourut en 1781. Ses compositions pour son instrument n'ont point été publiées.

Gaëlan, le plus jeune des quatre frères, naquit à Parme en 1727. 11 entra d'abord au service de la cour de Naples comme hautboïste ; delà il passa en France et enfin à Londres, où il se trouvait encore en 1795. Quoiqu'il eût alois soixante-huit ans, il étonnait par la précision et le fini de son jeu. Il ne paraît pas qu'il ail fait imprimer ses concertos.

Charles Besozzi, fils d'Antoine, naquit à Dresde en ijjS. Élève de son père pour le hautbois , il le surpassa en habileté, et devint le rival de Fischer. On ignore l'époque de sa mort.

Enfin Jérôme, fils de Gaétan, et comme lui hautboïste, entra au service du roi de Fiance vers 1769. C'est lui que Burncy entendit au concert spirituel eu 1770. 11 est mort à Paris en 1785, laissant un fils quia e[f flûtiste à rOpéra-Comiquc.

SLR LE COJNCERT SPIIUTLEL. J29

Jarnowich, etc. , et par les chanteurs les plus renommés , comme Farinelli , CafFarelli et Davicle. La réputation de ce concert devint même si bien établie que nul ne croyait avoir mis le sceau à la sienne s'il ne s'y était fait entendre. Si quelque musicien se distinguait dans son art, ses amis l'obligeaient en quelque sorte à se rendre à Paris pour s'y faire entendre an concert spirituel ; eux-mêmes l'accompagnaient pour jouir de son succès, et bientôt son nom, inconnu jusqu'alors, se répandait en Europe. Il résultait de l'intérêt qu'on prenait à cet établissement, que les étrangers et les habitans les plus distingués des provinces abondaient à Paris dans la quinzaine de Pâques , et que cette saison était la plus brillante pour la capitale.

Cependant, malgré le goût que toute la nation manifestait pour le concert spirituel , et quoiqu'on y eût entendu des virtuoses étrangers qui eussent dû servir de modèle , il ne paraît pas qu'on eût songé, avant 1770, à sortir de la mauvaise route où l'on était en France, tant pour le choix de la musique que pour le mode d'exécution. Voici ce que dit Burney sur ce sujet.

«J'allai à cinq heures au concert spirituel (le

35o SLR LE CO-NCJiin Sl'lRITLEL.

» i4 juin 1 770 ), le seul amusement public qui «soit permis dans les jours de grande fête. Le » premier morceau fut un motet de Lalande , » Dominus regnavitj composé à grand chœur, M et exécuté avec plus de force que d'expression. » Le style était celui du vieil opéra français , et « me parut fort ennuyeux , quoiqu'il fût cou- » vert d'applaudissemens par l'auditoire. Il y eut » ensuite un concerto de hautbois, exécuté par » Besozzi , neveu des célèbres basson et haut- » bois de ce nom, à Turin. Je suis forcé de dire, I pour l'honneur des Français , que ce morceau » fut très-applaudi. C'est faire un pas vers laré- » forme que de tolérer ce qui devrait être adopté. » Après que Besozzi eut achevé son morceau , «mademoiselle Delcambre cria YExaudi Deus n avec toute la force de poumons dont elle était » capable, et fut aussi bien accueillie que si Be- «sozzi n'eût rien fait. Mut ensuite Traversa, «premier violon du prince de Carignan, qui » joua fort bien un concerto qu'on goûta peu. » Madame Philidor chanta un motet de la com- » position de son mari ; mais, quoique ce mor- » ceau fût d'un meilleur genre pour le chant et » pour l'harmonie que ceux qui avaient été «chantés précédemment, il ne fut pas applaudi

«avec l'enthousiasme qui ne laisse pas de doute » sur le succès. Le concert se termina par un nBeatus vir . motet à erand chœur, mêlé de »solos. Le chanteur qui récitait ceux de haute- » contre beugla aussi-fort qu'il aurait pu le faire » si on lui eût mis le couteau sur la gorge. Je «n'eus pas de peine à m'apercevoir, par la sa- » tisfaclion qui régnait sur toutes les pliysiono- «mies, que c'était la musique que les Français » sentaient et qui leur convenait le mieux. Mais ') le dernier chœur mit le comble à leur plaisir. » De ma vie je n'ai entendu un tel charivari. J'a- » vais souvent trouvé que les chœurs de nos ora- » torios sont trop fournis et trop bruyans ; mais , «comparés à ceux-ci, c'est une musique douce « et mélodieuse , telle qu'il la faudrait pour in- >> viter au sommeil l'héroïne d'une tragédie. » L'arrivée de Gluck et de Piccini en France, en 1774 et en 1776, opéra dans le goût français une réforme nécessaire , et l'administration de Legros améliora considérablement le concert spirituel. Le choix de la musique fut mieux fait ; des encouragemens furent donnés aux jeunes artistes et aux compositeurs , et Legros prit pour principe d'accueillir tout ce qui se présentait à lui , de faire essayer les composi-

532 SLR LE CONCEiîT SPIRITLEL.

lions nouvelles et les artistes soit chanteurs, soit instrumentistes , et de ne rejeter que ce qui était reconnu médiocre ou mauvais , sans distinction de noms. 11 obtint de Louis XVI la permission de transporter le concert dans la grande salle des Tuileries , aujoLird'hui la salle des Maréchaux. Elle fut décorée avec luxe; on y con-' struisit des loges ; ce qui n'avait point eu lieu jusqu'alors, les spectateurs n'ayant eu précédemment que des chaises et des banquettes pour s'asseoir ; un orgue fut ajouté à l'orchestre, celui-ci devint plus nombreux. Ce ne fut que peu de temps avant les évènemens de i '^89 que le concert fut transporté dans le local où est maintenant la salle de spectacle, aux Tuileries, et c'est là qu'il a pris fin en 1 791 .

Dans les trente dernières années du dix-huitième siècle , Paris n'avait point été borné aux concerts spirituels ; ime autre entreprise d'un genre analogue avait été fondée vers 1775 par M. de la Haye , fermier-général , et par le baron d'Ogni fils, surintendant des postes, sous le nom de Concert des Amateurs. Le local choisi fut l'hôtel de Soubise ou de Rohan, rue de Paradis et Yieille-rue-du-Temple , au Marais. On n'y entrait point en payant à la porte comme

SUR LE CONCEHT SPIRITUEL. Où.)

au concert spirituel , mais au moyen d'une souscription dont les personnes les plus distinguées de la cour et de la ville faisaient les frais, 11 était dirigé par Gossec, et le fameux chevalier de Saint-Georges en était le premier violon. Ce fut à ce concert qu'on entendit pour la première fois des symphonies avec instrumens à vent , telles que celles de Toelsky, de van Malder , de Vanliall , de Stamitz et enfin de M. Gossec, qui, le premier, commença à y mettre du grandiose et du brillant. Mais toutes ces compositions disparurent devant les immortelles symphonies de Haydn , qui furent apportées en Fiance pour la première fois en 1779 par Fontesky , violoniste polonais , qui depuis a été attaché à l'orchestre du Théâtre-Français et à celui du Concert des Amateurs.

En 1780 , ce concert fut transporté rue Coq- Héron, dans la galerie dite de Henri III : ce fut alors qu'il prit le titre de Concert de la loge Olympique. 1/orchestre présenta à cette époque la réunion la plus extraordinaire qu'on ait vue de talens du premier ordre. Les violonistes comptaient dans leurs rangs Viotti, ]\Icstrino , Lahoussaie, Gervais, Bertheaume, Fodor, Jarnowich, Guénin, les deux Blasius. etc. ; parmi

les basses se trouvaient les deux Duport , les deux Jeanson, les deux Levasseurs et IMuglais Crosdill, lorsqu'il était à Paris ; enfin on trouvait dans les instrumens à vent Rodolphe pour le cor, Rault et Hugot pour la flûte, Salentin pour le hautbois , Ozi et Devienne pour le basson ; Aavoigille aîné , l'un des meilleurs chefs d'orchestre qu'il y ait eu en France, dirigeait celui-là. Ce fut là que les symphonies de Haydn furent exécutées dans leur style véritable , et qu'elles obtinrent tout le succès qu'elles méritaient. Les directeurs de ce concert avaient fait un arrangement avec ce célèbre musicien, pour qu'il en composât un certain nombre pour leur usage : ce sont celles qui , dans les premières éditions , portent le titre de Répertoire de la loge Olympique^. Les évènemens de la révolution

^ Haydn remettait le manuscrit de sa partition à un banquier devienne, qui était chargé de lui compter 6oû francs; c'était peu de chose en compaiaison du mérite de ces beaux ouvrages si l'on considère que des marchands de musique paient aujourd'hui beaucoup plus cher de misérables fantaisies pour le piano; mais c'était alors quelque chose. D'ailleurs, après que les symphonies avaient été exécutées , les directeurs du concert vendaient le droit de les graver aux marchands de musique les plus en vogue, moyennant mille ou douze cents francs , et se hâtaient d'envoyer ces somnnes à Haydn , comme un hommage rendu à ses tjijens. De pareils procédés valent mieux que l'argent.

ont détruit ce bel établissement, dont les concerts de Feydeau et ceux de la rue de Cléry n'ont été que de faibles copies , quoiqu'ils aient obtenu le plus grand succès en 1 796 et en 1 802. Ce succès fut dû surtout aux grands artistes qui y jouèrent des solos et qui y chantèrent. Rode, Kreutzer, F. Duvernoy , Garât et madame Barbier- Valbonne s'y firent admirer ; mais quoique l'orchestre fût fort bon , il n'égalait pas celui du concert de la loge Olympique.

Cependant la formation du Conservatoire de Musique avait ouvert vuie nouvelle source de prospérité à cet art en France. Les premières années avaient été employées à préparer des moyens d'exécution pour des concerts, qui prirent d'abord le titre modeste d'Exercices des élèves du Co?iservatoire. Ces exercices , qui finirent par remplacer tous les autres concerts , acquirent bientôt une grande importance, et devinrent le rendez-vous des artistes , des amateurs et des étrangers de distinction. La symphonie y fut exécutée avec un feu, une verve de jeunesse qu'on ne trouvait point ailleurs. Les symphonies de Mozart et de Beethoven , devant lesquelles l'orchestre du concert de la rue de

Cléry avait reculé, y firent pour la première fois leur apparition devant un public français , et ne furent bientôt plus que des jeux faciles pour la jeunesse ardente et studieuse qui peuplait cette école célèbre. Les solos d'instrumens étaient aussi dignes d'elle ; mais , quoique plusieurs chanteurs remarquables y aient été formés, jamais l'exécution des masses chantantes ne fut complètement satisfaisante , et jamais cet orchestre bouillant ne sut se former à l'accompagnement. Les concerts du Conservatoire étaient célèbres dans toute l'Europe, mais dans un genre spécial : celui de la symphonie et du solo instrumental. Ils avaient cependant produit un grand bien, même sous le rapport du chant : c'était d'avoir fait connaître quelques chefs-d'œuvre des compositeurs allemands et italiens , dont l'existence était ignorée auparavant.

En i8o5, l'administration du Théâtre-Italien entreprit de rétablir les concerts spirituels , et débuta par les litanies de Durante, un offertoire de Jomelli et quelques morceaux de /a Création de PLaydn. Quoiqu'on y employât les meilleurs chanteurs français et italiens , l'exécution fut très-faible, et le succès ne répondit

pas aux espérances qu'on avait conçues. Néanmoins on ne se rebuta pas, de nouveaux efforts, plus ou moins heureux, se reproduisirent chaque année , et les concerts spirituels continuèrent d'être exploités par les diverses administrations du Théâtre-Italien, tantôt au Théâtre-Louvois, tantôt à l'Odéon, ensuite à Favart, et enfin à Lou vois de nouveau. Ce n'est que depuis trois ou quatre ans que l'administration de l'Académie royale de Musique les a transportés dans le local de l'Opéra, en essayant de les établir sur une plus grande dimension. iMais le laisser - aller qui se faisait apercevoir dans toutes les parties de cette administration se manifestait encore dans ces concerts , qu'il était cependant facile de rendre intéressans. A la vérité quelques instrumentistes fort habiles s'v sont fait entendre , surtout dans les concerts du vendredi-saint et du jour de Pâques (car ceux du lundi et du mercredi de la semaine-sainte sont ordinairement sacrifiés et n'attirent personne] ,^ mais nulle variété dans le choix de la musique, nul soin dans l'exécution. Quelques versets du Stabat de Pergolèse , un ou deux airs de Lf Création de Haydn, Y Ave verwn de Mozart et quelques morceaux de l'oratorio de Beethoven

538 SUR LE COXCEHT SPIRITLEL.

le Christ au Jardw des Oliiners composent à peu près tout le répertoire des concerts spirituels depuis dix ou douze ans; ajoutez à la monotonie de ce répertoire les vices d'une exécution négligée, et vous aurez une idée du genre de divertissement qu'on y offre au public. Ce n'est pas tout : les chanteurs italiens qu'on réunit à ceux de l'Opéra sentant qu'ils n'ont plus la tradition de la musique sacrée, et ne voulant pas compromettre leur réputation, ne chantent ordinairement que des morceaux extraits des opéras qu'on entend habituellement au théâtre, et par là faussent l'institution Enfin , quoiqu'on ait la faculté de choisir parmi les symphonies de Beethoven, de Spohr et de IMozart des ouvrages ou complètement inconnus, ou rarement entendus , l'on s'obstine à ne point sortir du cercle de sept ou huit symphonies ou ouvertures qui reparaissent à tour de rôle , malgré le désir que témoigne le public d'entendre du nouveau.

Il y a toujours du succès à espérer d'une chos'' spéciale à laquelle on donne la physionomie qui lui est propre , et dont on ne néglige aucun détail : celui qu'obtiennent les exercices des élèves de M. Choron en est une preuve convaincante.

sur, LE CONCERT SPIRITUEL. ô3g

Je voudrais donc que l'administration de l'Opéra , qui a de si beaux moyens à sa disposition , voulût donner à ses concerts spirituels l'aspect austère qui leur convient, et commençât par en exclure toute musique profane , à moins qu'elle ne participât du style sacré par l'époque à laquelle elle appartiendrait, comme les madrigaux du seizième, du dix-septième et du commencement du dix-huitième siècles.

Je voudrais, si l'on n'est point au courant des sources où l'on peut puiser, qu'on s'adressât à quelque musicien instruit qui, sans doute, se ferait un plaisir de donner tous les renseignemens désirables. Les bibliothèques du Roi et du Conservatoire regorgent de chefs-d'œuvre de tous les temps. Les admirables compositions de Haendel , de J\larcello , de Jean-Sébastien Bach, de Léo, de Mozart, deJomelli, de Haydn, de Chérubini et de Palestrina même offriraient une source inépuisable de variété. Le goût qui présiderait au mélange de toutes ces choses éviterait la monotonie. Mais après qu'on aurait fait de bons choix, il faudrait bien se persuader que l'exécution fait tout en mu<<ique, et que ce n'est pas avec une répétition de quelques heures qu'on peut en obtenir une satisfaisante.

34o SUR LE CONCERT SPIRITUEL,

Il ne faudrait rien négliger pour rendre les masses imposantes : la réunion de toutes les ressources de l'Opéra et du Théâtre-Italien ne serait pas surabondante. Le style sacré a besoin d'une majesté qu'on ne peut obtenir que par des orchestres et des chœurs très-nombreux. D'ailleurs , il est une vérité qui a frappé tous les musiciens observateurs : c'est que, par la disposition de l'orchestre sur le théâtre, une partie du son se perd dans le cintre et dans les coulisses ; aussi celui de l'Opéra, malgré le nombre considérable de ses musiciens , produit-il bien moins d'effet que ne le. fait celui du Conservatoire dans les mêmes ouvrages.

Ceci me conduit à faire remarquer que les salles de spectacle sont peu convenables pour les concerts. Paris est , sous ce rapport , moins favorisé que la plupart des villes de province , même de second ordre , car partout on trouve une salle de concerts plus ou moins belle : Paris seul n'en a pas. J'ai souvent pensé qvi'il est singulier que, dans une ville où l'on trouve des gens disposés à faille des spéculations de tonl genre, il ne sesoit pas rencontré un homme qui ait voulu faire celle de bâtir une belle salle de concerts, disposée comme une salle de spectacle

quant aux loges , aux galeries et au parterre , mais dont l'amphithéâtre des musiciens serait enceint de murs, et dont les voûtes seraient disposées de la manière la plus avantageuse à la propagation du son. Le bâtiment pourrait en outre contenir diverses salles plus petites pour les matinées et les soirées de musique , une bibliothèque musicale, et tout ce qui serait nécessaire pour le service des concerts. Il serait digne du gouvernement de consacrer des fonds à l'érection d'un pareil édifice.

Depuis trois ans, les anciens élèves du Conservatoire, devenus des professeurs distingués, se sont réunis aux nouveaux, qui marchent sur leurs traces , pour rétablir , sous le nom de Société des Concerts ^ les admirables concerts du Conservatoire, et par l'énergie, le fini et l'ensemble de leur exécution , ont surpassé la perfection relative qu'on admirait autrefois. Il n'existe point en Europe vm orchestre comparable à celui de ces merveilleux concerts.

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