‹ Curiosités historiques de la musique, complément nécessaire de La musique mise à la portée de tout le monde;Chapitre 15 sur 25 · SIR L OPÉRA-COMIQUE · texte numérisé non relu

SIR L OPÉRA-COMIQUE

née, qui étaient alors très-nombreuses , et que les maladies, décès ou anniversaires de tous les princes de l'Europe étaient aussi des causes de clôture ; en sorte qu'on ne donnait pas beaucoup plus de cent cinquante représentations par an, qui ne pouvaient être calculées à plus de i,5oo livres. Le produit était donc de 225,000 livres , d'où il fallait soustraire quatre-vingtseize mille livres pour les frais. Le bénéfice net était de 129,000 livres, et pour chaque acteur de dix mille livres environ ; ce qui était considérable alors.

En 1721 , l'entrepreneur de l'Opéra, au mépris du traité qu'il avait fait pour quinze ans avec Catherine Vanderberg pour la cession du privilège de l'Opéra-Comique, traita d'un second privilège avec la Lause , pour le prix de 6,000 livres par an, et, le 9 août de la même année, il en accorda un troisième à Francisque, qui éleva aussi son théâtre à la foire ; mais à peine les dispositions de ces nouveaux entrepreneurs furent-elles fuites que les comédiens français et italiens , jaloux des succès qu'oblc;nait l'Opéra-Comique, obtinrent la suppression de ce genre de spectacle. On voit -que ce n'est pas d'aujourd'hui que date la rivalité des théà-

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très , et les cris qui s'élèvent contre leur multiplicité.

Les comédiens italiens, persuadés que le succès des théâtres de la Foire était la conséquence de leur emplacement, transportèrent leur spectacle au Théâtre de l'opéra-comique , à la foire Saint-Laurent ; mais ils n'y firent pas fortune , et furent contraints de l'abandonner pour retourner à l'hôtel de Bourgogne. Cet échec les rendit plus traitables envers le spectacle qu'ils considéraient comme leur rival. Une compagnie se présenta pour ouvrir un nouveau théâtre d'opéra-comique , en obtint le privilège , en 1724, et fit l'ouverture de son spectacle le 26 juillet de la même année. Le Sage, Dorneval et Fuselier firent la fortune de ce théâtre par des pièces remplies d'esprit et de gaîté. Cette époque est aussi remarquable par l'usage qui s'établit de composer des airs nouveaux pour chaque pièce au lieu des vaudevilles connus dont on s'était servi jusqu'alors. Un musicien, nommé de Gilliers . fut le premier qui essaya cette nouveauté dans un prologue intitulé : Les Dieux à laFoi7'ej\ec\uc[ fut représenté le 22 septembre

La mort du régent, arrivée le 25 décembre

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1^25, changea la position des comédiens italiens ; car ils furent autorisés à prendre le titre de Comédiens ordinah^es du Roi , et une pension de quinze mille livres leur fut accordée , sous la condition qu'ils seraient soumis à la surveillance des premiers gentilshommes de la chambre du Roi. Ce fut là l'origine des malheurs qu'ils ont éprouvés depuis. D'abord les premiers gentilshommes n'ont désiré d'exercer leur autorité sur les théâtres que pour satisfaire les habitudes de libertinage qui étaient alors du bon air; aujourd'hui c'est autre chose. Les quinze mille francs qu'ils obtinrent du roi donnèrent aussi lieu à une institution qui est une des causes de leur ruine; je veux parler des pensions pour les acteurs retirés , qui datent de cette circonstance.

Les succès de l'Opéra-Comique allaient toujours en augmentant; la musique s'y perfectionnait et devenait d'un meilleur style. Au lieu des quatre violons auxquels nous avons vu que son orchestre était borné autrefois , il y en a^'ait alors huit, avec plusieurs basses, un hautbois, une flûte, un basson et deux cors. On ne se bornait pas seulement à lui faire accompagner des couplets de vaudeville ; les danses et les

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pantomimes des divertissemens obligeaient souvent cet orchestre à jouer des symphonies et des ouvertures. Tout cela était plus léger , plus vif que la musique de l'Opéra. Aussi voyait-on la foule se précipiter au Théâtre de la Foire, tandis que les Théâtres - Français et Italien étaient souvent dans la solitude. En » ~ô^ , un nommé Pouteau devint entrepreneur de l'Opéra-Comique , et le prit à bail directement de l'Opéra, moyennant quinze mille livres par an, sept mille cinq cents livres pour chaque foire. Un homme beaucoup plus habile que ses prédécesseurs, Monnet, s'en chargea en i'jl\^ù, et n'épargna rien pour lui donner un nouvel éclat; mais la jalousie que firent naître ses succès causa sa ruine; les comédiens français et italiens parvinrent à le faire supprimer en i ;744- Cependant, sur les représentations du bureau de la ville, il fut rétabli en i^Sa. Ce qu'il y eut de plaisant, c'est que, pour satisfaire les acteurs des Théâtres-Français et Italien , on défendit à Monnet de faire parler ses acteurs; il fit mettre on couplets toutes ses pièces nouvelles ; mais aussitôt l'Opéra jeta les hauts cris. Peu s'en fallut qu'on ne défendît aussi aux pauvres acteurs forains de chanter. Le ridicule était ce-

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pendant trop ôvident : on finit par affranchir l'opéra-comique de toutes ses entraves.

Au moisde juillet i 752, Cambini, chef d'une troupe d'opéra bouffe, ayant foit un traité avec Rousselet , directeur de la comédie à Rouen . pour donner des représentations svir le théâtre de cette ville, la direction de l'Opéra de Paris s'y opposa, et fit jouer cette troupe à l'Académie royale de Musique. La première représentation eut lieu le 2 août 1752. Le succès lut prodigieux. 11 y avait dans la troupe un chanteur nommé Maiielli, qui parut merveilleux; \aprhna donna, M"' Tonelli, excita aussi le plus vif enthousiasme, et la musique alors incomparable de la Serva Padrona ^ de Pergolèse , acheva de faire tourner la tête aux amateurs avides de nouveautés.

Ce triomphe toutefois ne s'obtint qu'au gi\ind scandale des partisans de l'ancienne musique française. La fameuse lettre de J.-J, Rousseau fut le signal de la guerre, et donna lieu à j)lus de cinquante brochures , presque toutes dirigées contre le citoyen de Genève, dont l'éloquent écrit a seid survécu à la circonstance qui le fit naître. Le parti de la gloire nationale eut assez de crédit })our faire renvoyer les bouffons

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tjn 1 754; mais la révohuioii était faite, au moins dans le goût du public.

Dès l'année précédente , d'Auvergne avait écrit un opéra-comique dans la manière des intermèdes italiens ; cet ouvrage , intitulé (es Troc/ueurs , eut le succès le plus décidé. C'est ce même opéra que M. Hérold a remis en musique, et qui a été joué à Feydeau il y a quelques années. 11 fut suivi du Jaloux Corrigé , pasticcia de morceaux italiens, arrangé parBlavet, célèbre flûtiste, A peine les bouffons furent-ils |)artis qu'on s'empressa de traduire lein-s meilleurs opéras. Le premier ouvrage qu'on choisit fut la Servante Maîtresse ; M'"''Favart, qui jusque-là n'avait chanté que des vaudevilles, remplaça la Tonelli, et Rochard, qui n'était pas [)lus expérimenté dans l'art du chant, se chargea du rôle de Manelli. Les applaudissemens qui furent donnés à cet essai donnèrent lieu à d'autres traductions : N mette à la Cour ^ le Maître de Musique^ la Bohémienne ^ le Chinois^ se succédèrent, et firent courir le public au Théâtre- Italien et à celui de l'Opéra-Gomique. Les traductions et les pastiches occupèrent ainsi la scène jusqu'en 1708; alors Laruette et Duni commencèrent à écrin; des opéras -comiques

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français. Le premier débuta par l'Heureux Déguisement ^ qvii fut joué à la foire Saint-Laurent; l'autre donna, sur le même théâtre, Nina et Lindor.

L'année 1769 fut remarquable par le commencement de la carrière dramatique de Monsigny , qui , pour la première fois , fit entendre de la musique frauçaise expressive et dramatique, dans les Aveux indiscrets. Un autre musicien distingué, Philidor, débuta, le 9 mars de la même année, par Biaise le Savetier. Enfin l'opéra-comique français existait et avait pour soutien deux compositeurs, dont l'un (Monsigny) était doué d'un talent naturel plein de charmes, et dont l'autre (Philidor) possédait plus de science musicale que tous ses compatriotes.

Les théâtres de la Foire s'étaient emparés presque seuls du genre de l'opéra-comique; ils prospéraient, et le Théâtre-Italien n'avait plus qu'une existence languissante. En vain avait-il fait l'acquisition de Caillot, acteur remarquable et bon musicien; car il était presque le seul qui sût chanter. Enfin, en 1762, on sentit la nécessité de rassemblera un seul théâtre les élémens de succès qui existaient dans plusieurs ,^

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et l'on réunit l'Opéra-Comique à la Comédie- Italienne. Clairval , Audinot , Laruette et sa femme furent les principaux acteurs dont la Comédie -Italienne fit l'acquisition par cette réunion. Ce fut le 5 février de cette année que toute la troupe débuta par la Nouvelle Troupe j |)ièce de circonstance, Biaise le Savetier et Oii ne s'avise jamais de tout. Peu de temps après, Trial vint compléter l'ensemble des chanteurs de l'époque.

Dès ce moment, une activité productive se fil remarquer à la Comédie-Italienne (l'Opéra- Comique avait conservé ce titre ) : dans l'espace de onze mois on y représenta le Maréchal , le Tonnelier , Annette et Lubin , le Procès ou la Plaideuse , t Amant Corsaire ^ Sanclio Pança^ les Sa'urs Rivales, la Nouvelle Italie, le Roi et le Fermier et le Milicien , et de plus quelques comédies italiennes et françaises. C'est alors que commença une époque de prospérité qui se prolongea jusqu'en 1789, et qui fut telle que la part de chaque comédien sociétaire s'élevait annuellement jusqu'à trente-deux mille francs La réunion rare de compositeurs tels que Grétry, Monsigny, Philidor. et de plusieurs autres qui ont moins produit , mais qui ont eu des

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succès, la fécondité de ces auteurs, le talent des acteurs pour jouer la comédie , l'ennui qu'on éprouvait au grand Opéra et qui en éloignait le public , tout concourait à donner la vogue au genre de l'Opéra-Comique , qui est évidemment celui qui plaît le plus aux Français. L'état florissant où se trouvaient les théâtres de province fournissait d'ailleurs à chaque instant des sujets nouveaux pour remplacer les anciens.

La Comédie-Française avait obtenu, en i 7G8, qu'on défendît aux comédiens italiens de jouer des pièces françaises sans musique, et s'était emparée des ouvrages de Marivaux et de Boissv, qui appartenaient à la Comédie-Italienne ; mais la défense fut levée dix ans après. En 1 779, les canevas italiens furent abandonnés, et Camcrani , qui avait été le dernier comédien italien reçu , et qui s'était distingué dans les rôles de Scapin, devint le régisseur du théâtre. 11 conserva cet emploi jusqu'en 18 15 En 1791,1a comédie fut définitivement supprimée , et il ne fut plus joué sur le Théâtre des Italiens que des opéras et quelques vaudevilles. Ce fut alors que le titre de Comédie-Italienne fut abandonné pour celui à' Opéra-Comique.

StR l'oI'ÉKA- COMIOLli. .")6 1

La salle Favart ayant été achevée en 1780, rOpéra-Comiquc quitta l'hôtel de Bourgogne et vmt s'y établir. 11 y resta jusqu'à sa réunion avec le Théâtre-Feyde ni , dont je parlerai plus loin.

Il était décidé que la musique italienne et la présence de l'Opéra-Buffa à Paris exerceraient toujours une influence salutaire sur la musique française. En 1778, de Yismes avait rétabli ce spectacle qu'on n avr/it pas eu depuis son expulsion en 1754. Mais le moment n'était pas favorable; l'attention publique était alors trop occupée de la révolution opérée par Gluck dans la musique dramatique, pour se partager sur d'autres objets. L'Opéra-Bulfa fut supprimé, l'année suivante , parce que le produit de ses représentations ne couvrait pas ses frais. En 1786, Léonard, coiffeur de la reine Marie-Antoinette , obtint , par la protection de cette prin ■ cesse, le privilège d'un nouvel Opéra-Italien. Cet homme, qui avait du sens, comprit qu'il n'avait pas les connaissances nécessaires pour l'organisation d'un spectacle de ce genre ; il s'associa Violti , qui, devenu l'âme de l'entreprise , y versa toutes les économies qu'il avait faites dans ses voyages, et qui organisa la troupe la

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plus parfaite qu'on ait entendue à Paris, et qui ait peut-être jamais existé. Cette troupe se composait de chanteurs ou d'acteurs du premier ordre , tels que Raffanelli , ^îandini , Rovedino, Viganoni, Mengozzi, et de M"" Baletli et Morichelli. Un orchestre excellent, dirigé d'abord par Mestrino, et ensuite par Puppo et Lahoussaye, secondait à merveille cette troupe excellente; parmi les artistes qui y furent réunis on distinguait Ferrari, qui tenait le clavecin, ]Navoigille, qui dirigeait les seconds violons, Bruni, qui était chef des premiers , Rode , Fonteski , qui fut le premier à introduire les symphonies de Haydn en France , Valotti et Breval , violoncellistes , Devienne et Blasius aux bassons , Garnier et Delcambre aux hautbois , Duvernois le jeune, à la clarinette, Othon Vaudenbroeck et Frédéric Duvernois aux cors. Enfin M. Chérubini, nouvellement arrivé en France, fut chargé de diriger la partie musicale, et de composer des morceaux qu'on ajoutait aux divers opéras de Cimarosa, d'Anfossi, de Guglielmi, etc. (l'est à cette circonstance qu'on doit le quatuor délicieux des Viaggiatovi felici ^ les morceaux de YJtaliana in Londra j et plusieurs autres. Lo début de la Iroupe eut lieu le 26 janvier

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1789, à la salle des Tuileries; mais, après la journée du G octobre, qui raoïeiia le roi et la famille royale à Paris, la direction fut obligée de quitter cette salle , aux réparations de laquelle elle avait dépensé 2jo mille francs, et de se transporter à la foire Saint-Germain, dans la salle de INicolet, en attendant qu'on eût bâti la salle de la rue Feydeau. A cette époque, un Opéra français fut joint à ce spectacle , et joua alternativement avec la trouj)e italienne. Parmi les chanteurs on remarquait Martin dont la voix admirable s'est soutenue pendant près de quarante ans , Le Sage , Gaveaux et Adrien , qui depuis est passé à l'Opéra. Le théâtre , organisé de cette manière , prit le nom de Théâtre de Monsieur j parce qu'il était sous !a protection du comte de Provence, depuis, Louis XVIiï.

On trouve dans un almanach des spectacles du temps une anecdote assez singulière, concernant la nouvelle salle Feydeau. On avait obtenu du ministre la permission de la construire, et déjà l'on avait acheté le terrain ; mais il fallait que cette permission fût visée par le président de la municipalité. Lorsqu'on la présenta à Bailly, qui remplissait ces fonctions, il l'arracha des mains d<' celui qui en était jjorteur , cl

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la déchira en s'écrianl : Nous n'avons besoin ni de baladins ni de farceurs! Ln pareil eiiiportement paraît bien peu d'accord avec la gravité du caractère de cet homme célèbre.

Le 6 janvier 1791 , l'ouverture du ïhéâtre- Fevdeau se fit par les Nozze di Dorina. On y réunit l'opéra italien, l'opéra français, la comédie et le vaudeville. Les opéras français ne furent d'abord que des traductions, parmi lesquelles on cite surtout le Marquis de Tulipano , où brillait la voix de Martin. Le premier ouvrage qui ait été composé pour ce théâtre fut la Nuit Espagnole j paroles de M. Fiévée, musique de Pcrsuis ; le second fut Lodoïska , de M. Chérubini; celui-ci fut, avec Eupkrosine , de Méhul , qu'on venait de jouer à l'Opéra-Comique, le signal d'une révolution complète dans la musique dramatique française.

Les évènemens de la révolution , qui se succédèrent rapidement , en 1792, ayant fait fermer les spectacles momentanément, les artistes italiens qui composaient la trou])e de l'Opéra- Bufi'a quittèrent précipitamment la France, et se dispersèrent ; dès lors l'administration de l'cydeau borna son spectacle au genre de l'opéra français. Les acteurs deviin^cnt plus nom-

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breux, et firent des acquisitions précieuses. On v^omptait parmi les hommes Gaveaux, Gavavidan , ]\Iartin, Juliet, Le Sage et Rézicourt, et les premiers rôles de femmes étaient remplis par M"" Scio etRolandeau ; des chœurs nombreux, composés de belles voixetd'excellens musicieils, joints au meilleur orchestre de Paris, faisaient de ce théâtre le rendez- vous de tous les vrais amateurs de musique. Une heureuse rivalité s'établit entre ce spectacle et l'Opéra-Comique; les meilleurs ouvrages de Méhul, de Dalayrac, de MM. Berton , Chérubini, Lesueiir et Kreutzer , Roméo et Juliette ^ de Steibelt, et une foule d'autres bonnes productions de différens genres, furent le résultat de cette lutte; les théâtres s'enrichirent , le public y gagna du plaisir , et la France eut la gloire de pouvoir opposer aux étrangers un genre de musique qui lui appartenait.

J'ai dit que les théâtres s'enrichirent : il est incontestable que , malgré les troubles qui agitaient la capitale, les années i 795 à i -9- furent extrêmement productives pour l'Opéra-Comique et le Théâtre-Feydeau, Cependant la liberté que chacun avait acquise d'établir des théâtres, les avait multipliés à l'excès; Paris

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renfermait à celte époque tous ceux dont les nomssuivent: 1° l'Opéra; 2° le Théâtre-Français, alors le Théâtre de la Nation (à l'Odéon ) ; 5° le Second Théâtre- Français, sous le nom de Théâtre de la RépublU/ue (au Palais-Royal); 4° l'Opéra-Comique national (à la salle Favart) ; 5° le Théâtre-Feyde. u; 6° le Théâtre de la IMontagne, ou Montansier (au Palais-Royal ) ; -"le Théâtre- National, rue de Richelieu, où l'on jouait des comédies civiques, des pantomimes, des ballets et des opéras ; 8° le Théâtre du ÎMarais, où l'on jouait des tragédies et des drames : Baptiste aîné y fit sa réputation dans Robert, chef de brigands ; 9° le Théâtre des À mis de la Patrie, à la salle Louvois: on y jouait des opéras et des vaudevilles; 10° le Théâtre du Lycée des Arts, rue Saint-Honoré, où l'on représentait des pantomimes, des opéras et des vaudevilles; 1 \° Théâtre de l'Ambigu-Comique , sur le boulevard du Temple, pour les vaudevilles et les pantomimes; 1 2°Théâtre du Vaudeville , rue de Chartres ; 1 5° Théâtre des Variétés amusantes, boulevard du Temple; 14° Théâtre de la Gaîté, boulevard du Temple, pour les vaudevilles, les petits opéras et les pantomimes; 1 5" Théâtre desDélassemens comiques, boulevard du Temple, où l'on jouait la tragédie.

SUIi LOPÉr. A-COMIQUE. 36 y

la comédie et l'opéra-comique ; 1 6° Théâtre Patriotique , boulevard du Temple , pour les pièces de circonstance ; 1 7° Théâtre sans Prétention, boulevard du Temple; 18" Théâtre JMolière, rue Saint-Martin ; 1 9° Théâtre de la Cité ; 20° Théâtre Lyrique et Comique , qui devint ensuite le Théâtre des Jeunes Artistes, au coin de la rue de Lancry; on y jouait l'opéra-comique et la comédie; 21° Théâtre des Sans-Culottes ^ pour les pièces révolutionnaires; 22° Théâtre de la rue Saint-Antoine; 20° Théâtre de Doyen, rue de Nazareth ; 24° Théâtre des Jeunes Élèves :, rue Uauphine; 2 5" enfin, Théâtre de la rue du Bac.

Pour pouvoir lutter avec avantage contre une telle multitude de théâtres, on conçoit qu'il fallait une activité prodigieuse ; aucun spectacle ne l'emporta, sous ce rapport, sur le théâtre de rOpéra-Comique de la salle Favart ; car dans la seule année 1 790 on y donna : r le 12 janvier, Ambi^oise ou f^oUà ma Journée ^ musique de Dalayrac; 2" le Déserteur de la Montagne de Hanij, musique de Kreutzer, le 6 lévrier ; 5° le 20 du même mois, le Pelletier de Sainl- FargeaUj, en un acte, musique de Blasius; 4" le 16 mars, le Bar hier de Séville, en quatre actes,

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iiiusique de Paisiello; 5° le 25 du même mois. Clarice et Belton^ en trois actes, musique de Grétry ; 6" le 28 mars , le Jeune Sage et le Vieux FoUj musique de Méhul; -° le 2 m- i , Arnill^ en un acte, de Dalayrac; 8° le 22 mai, Ine^ et Léonore, en trois actes, musique de Breval ; 9° le 25 mai, la Blanche Hacquenée ^ en trois actes, musique de Porta; 10° le 10 juin, le Coin du Feu ^ en un acte, musique de Jadin;

1 r le 1" juillet, reprise du Corsaire, de Dalayrac ; 1 2° le 23 du même mois , Adélaïde , ou la Victime , drame en trois actes, d'Hoffmann ; 1 5° le 17 août, la Cause et les Effets, en un acte, musique de Trial fils; i/f le 5 septembre, la Moisson j, en un acte, musique de Solié; i5°le 9 septembre, la Fête Civique, en un acte ; 1 6° le

2 5 vendémiaire, Urgande et Merlin, eu trois actes, musique de Dalayrac; 17° le 1" brumjîire, f Homme et le Mal/uur, en im acte, musique de Parenti; 18° le 16 brumaire, Marat dans les souterrains des Cordeliers, comédie en un acte; 19° la Veuve du Républicain, comédie en trois actes; 20" et enfin le !\ nivôse, ou 5() décembre, l'Intérieur d'un Ménage Républicain, vaudeville.

Celte activité C(>nlinu<''e pondani les années

SUR l'opéra-comique. 569

suivantes , finit par faire pencher la balance en laveur de i'Opéra-Comique , et par causer des ])ertes au Théâtre-Feydeau , dont le directeur fit banqueroute en 1 798. Après quatre mois d'interruption, ce théâtre ouvrit de nouveau, sous la direction de Rézicourt ; et, peu de temps après, le grand succès des Deux Journées, opéra de jM. Chérubini , } ramena la foule. Alors la fortune changea, et, malgré l'ensemble délicieux qui résultait de la réunion d'acteurs tels que Elleviou, Martin, Dozainville, Moreau , Chcnard, Solié, M""" Gonthier, Dugazon, Carline, Jeiiny Bouvier, Saint-Aubin, Phillis, Gavaudan et les deux Pingenet, I'Opéra-Comique se vit abandonné par le public; le mal empira chaque jour; Feydeau lui-même retomba dans son ancien état de malaise, et, dans le mois d'avril 1 801 , les deux théâtres furent fermés.

Les gens de lettres et les compositeurs entreprirent alors de les réunir ; des négociations furent entamées, l'acte d'union se fit peu de temps après, et, le 16 septembre de la même année, l'ouverture de la salle Feydeau eut lieu avec un choix des deux troupes. Tout alla bien d'abord ; mais, à la fin de l'année, des

5^0 SLR L OPÉRA-COMIQUE.

embarras se manifestèrent de nouveau , et l'on fut obligé d'avoir recours à des emprunts.

Après avoir organisé son empire, ^apoléon accorda des subventions aux théâtres principaux , en les mettant sous la surveillance du préfet du palais ou de ses chambellans; le théâtre Feydeau passa dans les attributions de M. Auguste de Talleyrand, qui y mit M. de Campenon comme commissaire impérial. A la restauration, les gentilshommes de la chambre réclamèrent leur autorité sur les théâtres, et le duc d'Aumont eut l'Opéra-Comique en partage. Sa protection a eu pour effet d'amener, en 1824, les comédiens à renoncer aux droits de leur gestion; de les chasser de chez eux en 1827 , et de les mettre en état de faillite l'année suivante. On ne put éviter la banqueroute complète qu'en obligeant les comédiens sociétaires à renoncer à leur propriété , et le privilège d'exploiter rOpéra-('omique fut concédé à un entrepreneur.

Il est de la nature des entreprises de théâtres d'avoir des momens de crise : les chutes multipliées de pièces nouvelles , les pertes d'acteurs aimés du public , les caprices de celuici, la vogue qu'obtiennent des divertissemens

SLR LOPERA-COIIIQLE. ôj I

nouveaux , sont autant de causes d'embarras qui mettent en défaut les prévisions des meilleurs administrateurs. Je l'ai déjà dit plusieurs fois : toute entreprise qui a pour objet les plaisirs du public est ruineuse. Les recherches que j'ai faites sur la situation des théâtres de toute l'Europe m'ont démontré que, pendant plus de cent cinquante ans , tous ceux qui s'en sont chargés y ont perdu leur fortune ou fait banqueroute, sauf quelques exceptions rares, qui ne sont pas applicables aux théâtres d'opéras. En ce moment, tous les théâtres d'Allemagne qui ne sont pas défrayés par les princes , presque tous ceux de l'Italie et de l'Angleterre, tous ceux de nos départemens , presque tous ceux de Paris sont dans une situation analogue à celle de Feydeau , et jamais un état de malaise si général ne s'est fait apercevoir. Qu'en faut-il conclure? qu'il ne faut point de théâtres? cela serait absurde. De hautes considérations d'ordre public et de morale s'opposent à ce qu'on les laisse périr. Les gouvernemens doivent les considérer comme une de leurs charges obligatoires ; c'est à eux de venir au secours des administrations dramatiques , lorsque celles-ci périclitent. Des fonds doivent être en réserve

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pour ces circonstances, et, s'ils sont insufTisans , il faut les augmenter.

Plusieurs causes concourent à rendre l'exploitation des théâtres plus difficile à l'époque actuelle; ce sont 1° la rareté des bons auteurs, qui provient de ce que les esprits élevés se sont tournés vers les sciences politiques et morales ; 2" la rareté non moins grande de bons acteurs ; 3° les exigences du public, qui augmentent à mesure qu'il se civilise; 4° l'action des con^égations sur la société; action qui est telle que la plupart des fonctionnaires n'osent se montrer au spectacle, et que beaucoup de femmes en sont détournées par les terreurs religieuses qu'on excite dans leur esprit. 11 y aurait des recherches curieuses à faire sur ces difficultés ; mais elles demanderaient plus de savoir et d'habileté que je n'en ai. 11 me sufllt de les avoir fait apercevoir.

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Dès l'année i35o , le chant des airs français avait pris un caractère de rhythme et de mesure qu'on ne trouve pas dans les psalmodies qu'on appelait les chansons des troubadours et des trouvères des onzième et douzième siècles. On en peut juger par l'air du Jeu de Robin et de Marion^ composé par Adam de Le Haie, que j'ai donné dans le prospectus et spécimen de la Revue musicale. Ces chansons s'étaient ensuite excessivement multipliées, et étaient devenues l'objet du goût dominant de la nation française, qui en a toujours conservé quelque chose.

Ce goût était si généralement répandu depuis le règne de Louis XI que les compositeurs de musique d'église furent contraints de prendre pour thème principal de leurs messes et de leurs motets les motifs des chansons les plus populaires, et que c(;t usage se conserva, même en Italie, jusqu'après la mort de Palestrina. Les motels français de liaïf. do Ronsard et

374 S*^'^ ^^^ A.NCIKXS AIRS FHA.NÇAIS.

(le quelques autres rimcurs étaient appelés chansons spirituelles , parce qu'on les chantait sur des airs profanes. Il en était de même des psaumes de Marot; ce poète ne traduisit d'abord que trente psaumes en vers français : il les présenta à François i" en i536. Ils eurent le plus grand succès; mais ce qui contribua le plus à leur fortune fut la facilité qu'on avait de les chanter sur des airs qui couraient la ville, et que tout le monde savait à la cour. Bayle nous apprend, d'après les auteurs contemporains, que François I", le Dauphin, depuis Henri II, la Dauphine, Catherine de xMédicis, les duchesses d'Étampes et de Yalentinois, ainsi que le roi et la reine de Navarre, avaient adopté chacun leur psaume , qu'ils -chantaient continuellement. Le psaume qui plaisait le plus à François 1" était sur le vaudeville très-connu : Que ne vous requinquez-vous ^ vieille j que ne vous requinquez-vous donc? Henri II , qui était grand chasseur , préférait celui qui commence par ce vers :

Couime le cerl luit du cùtc de l'eau.

11 le chantait en courant dans les bois, sur un air de cor et de trompe. Catherine de Médicis

chantait le sixième sur un air italien; et la duchesse de Valentinois, qui était jeune et jolie, aimait beaucoup à répéter le de Profundis en vers marotiques , sur l'air d'une chanson fort leste qui commençait par ces mots : Baisezmoi donc 3 beau sire ! Personne ne prenait garde au ridicule de ces travestissemens de prières en chansons plaisantes.

Plus tard , la traduction des psaumes ayant été achevée par Théodore de Bèze, des compositeurs habiles, tels que Goudimel, Roland de Lassus, Philibert Jamie-de-Fer , Claudin-le- Jeune et autres, mirent ces psaumes en musique nouvelle à trois et à quatre parties, et les recueils qui s'en multiplièrent firent oublier la méthode de les chanter sur des airs populaires. Des éditions en furent publiées en Italie, en France et en Allemagne. Celles que Aicolas Duchemin, Adrien Le Roy et les Ballard donnèrent à Paris, vers le milieu du seizième siècle, furent très-estimées ; Philippe II accorda à Plantin la permission d'imprimer des recueils de ces psaumes en musique , et Charles IX permit à Jean de Tournes d'en faire une nouvelle édition en 1 56i , à condition . dit le privilège, qu'ils feront en banne ynusique.

5^6 SUn LES Ai\ClE.\S AiRS FKAiNÇAlS.

Toutefois les chansons vulgaires s'étaient conservées parmi les catholiques, qui s'en servaient pour des cantiques spirituels, comme les missionnaires de nos jours ont fait usage de nos airs de vaudevilles. Telle fut l'origine des noëls, dont le sujet n'était pas toujours relatif à la Nativité de Jésus-Christ, quoique les plus amusantes de ces chansons pieuses soient celles où il est question de l'adoration des Bergers, auxquels on a fait prendre le langage des paysans des diverses provinces de France. Le principal recueil de ces cantiques, auxquels on a joint la musique, est intitulé la Grande Bible des Noëls. Il y en a un grand nombre d'éditions , dont les plus complètes sont de la fin du seizième siècle ; mais les premiers noëls ont été composés et imprimés pendant les règnes de Henri II et de ses fils. Pierre Certon, maître des enfans de chœur de la Sainte-Chapelle; Maillard, Arcadelt , Clément Jannequin, Mornable, les deux Vermont , Fevim et Du Buisson furent les principaux auteurs de ces vieux airs. Du Caurroy, qui fut maître de chap{^Ile de Charles IX , de Henri III et de Henri lY , passe pour en avoir écrit un grand nombre. L'air si connu de la romance Charmante Gabriellc . qu'on attribue

SUK LES ANCIENS AIRS FUAAÇAîS. 0~';

faussemeiil à Henri lY, et qui appartenait originairement à un noël , est de la composition de Du Caurroy. Parmi ces chansons pieuses, les plus célèbres ont été : i° Joseph est bien marié à la fille de Jessé ; 2° Les bons bourgeois de Châtres et ceux de Montlhéri ; 5° Laissez paître vos bêtes; 4° Chantons , Je vous prie, Noël hautement. Mais le plus curieux est un cantique sur la conversion de la Magdeleine , dont les détails sont d'une naheté rare. On peut aussi citer , pour sa singularité, le noël qui commence par ce couplet :

Un jour le sauveur du mundc,

OEllladant la terre et l'onde ,

Voulut choisir ici-bas

Une plante iolictle ,

Pour porter sa lh;ui- doucette;

Mais Satan ne voulait pas.

Outre les noëls , on avait des chansons héroïques, galantes ci gagUardes. Leurs airs avaient été composés par les musiciens que j'ai nommés, auxquels il faut ajouter Gentian , Hesdin. Gervaise, A. Cartier, Le Gendre, Du Tertre, Morel, Mitliou, Chardavoine, Bonnard et beaucoup d'autres dont la liste serait trop étendue. Le nombre des recueils de ces chansons, im-

primées avec la musique par Attaignant, Nicolas Duchemin , Adrien Le Roy et les Ballard, est de plus de deux cents, et celui des airs qu'où y trouve surpasse six mille.

LExcellence des Chansons musicales , publiée en 1072 par Arcadelt; te Parangon des Chansons^ que Jacques Moderne fit paraître en 1676; les trois recueils de chansons à quati^e , six et huit parties , que Jean Pervin mit au jour en 1578; les Chansons gagUardes de Gilles Maillard . 1 58 1 , in-4'' , celles de Lagrotte , organiste de Henri III , 1 585 , et les Chansons plaisantes , amoureuses et recréatives j, publiées à Lyon, par Rigaud, i588, contiennent des modèles de ces airs qui étaient à peu près la seule musique qu'on connût à la cour et à la ville. Les rois et les courtisans faisaient aussi quelquefois les paroles et les airs de quelques chansons. On en connaît trois de Marie Stuart. Charles IX en a écrit ime assez jolie pour Marie Touchet, sa maîtresse , et Henri III en fit une autre, dont l'air ne manque pas de naturel. Elles se trouvent dans V Anthologie française de Monnet.

Sous les ministères de Richelieu et de Mazarin. les chansons changèrent d'objet et de forme ; f ar elles devinrent des épigramnies, des satires.

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et même des recueils d'injures grossières contre la cour, contre les courtisans et surtout contre les ministres. Le plus grand nombre de ces chansons n'a d'autre mérite que celui de la malignité. Celles qui ont été composées dans le temps de la Fronde se distinguent cependant par des traits assez spirituels. Quant aux airs qu'on y adaptait, ils n'étaient autres, pour la plupart, que ceux des anciens recueils dont je viens de parler; on les choisissait de préférence, parce qu'ils étaient connus du peuple, et plus faciles à retenir que ceux qui auraient été faits exprès.

Les airs que les poètes choisissaient pour leurs chansons étaient souvent pris de certaines danses de caractère alors en usage. Les noms de toutes ces danses étant peu connus maintenant, il n'est pas inutile de rappeler leur origine, ni de dire quel en était le caractère.

Dans le moyen âge, les danses se divisaient en deux espèces ; l'une grave , lente et fort ennuyeuse; l'autre vi>e, gaie, mais indécente, et semblable à celles dont les bayadères offraient des exemples , à l'époque de la conquête de l'Inde par les Anglais. Les défauts de ces danses

.ISo sur. LES ANCIENS AIRS FRANÇAIS.

avaient fait négliger les premières, et proscrire les autres par les bulles des papes et les édits des rois Ce ne fut qu'au quinzième siècle que la danse se releva du discrédit où elle était tombée , et reprit une nouvelle vie . comme tous les arts.

En 1 362 , le concile de Trente étant assemblé, le cardinal Hercule de IMantoue y présidant, le roi d'Espagne Philippe II y vint, et l'on y proposa de lui donner une grande fête , dans laquelle la danse entra pour beaucoup. Deux cardinaux furent les ordonnateurs du bal , où le roi et plusieurs prélats, évêques et abbés, dansèrent avec les princesses et dames italiennes et allemandes qui s'y étaient rendues en foule. Toutes les danses qu'on y exécuta étaient sérieuses, et de l'espèce qu'on appelait alors basses danses^ c'est-à-dire où l'on marchait plutôt qu'on ne sautait , si l'on s'en rapporte à un auteur italien nommé CV.sar AV^r/, milanais, qui a publié un traité des danses de son temps ( 1600 ) , où l'on trouve tous les airs qui étaient alors en usage pour cet exercice. Ce fut Catherine de Médicis qui détermina les demoiselles de sa cour à porter des jupes plus courtes qu'on ne l'aN-iit \W\[ jusqu'alors, afin (juc leurs

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jambes fussent plus libres pour adopter les danses vives.

Alors, au lieu des airs lents du branle et de la pavanne , ou eut les vives bourrées et les gigues, sur lesquelles les dames de la cour sautaient avec délices. Marguerite de Valois, fille de Catherine de Médicis, ayant les jambes fort belles, outra la mode des jupons courts , et sauta de manière à donner lieu à quelques aventures plaisantes, et à scandaliser quelques vieilles dames. Les fêtes qui eurent lieu à Bayonne, en i565, lors de l'entrevue de Catherine de Médicis avec sa fille amée, Elisabeth de France , furent l'occasion où ces danses nouvelles commencèrent à prendre faveur. L'époque est d'autant plus remarquable que ce fut alors , dit-on, que le massacre de la Saint-Barthélemi fut résolu, quoif|u'il n'ait été exécuté que sept ans après.

Lorsque les anciens airs, tels que les branles et les pavan?ies, furent passés de mode à la cour, ils continuèrent d'être en usage dans les provinces, et les branles de Poitou restèrent célèbres. On en trouve un assez grand nombre , qui étaient joués par les hautbois et les violons, dans le recueil formé par Philidor , musicien

(le Louis XIV , dont il a été parlé dans le premier volume de la Revue musicale. Les autres airs de danses étaient, comme je l'ai dit, les pavan?ies, les bourrées, les gigues, les passepied, les allemandes, les gagliardes, les sarabandes , les courantes, les gavotes , elles charivaris. Chacun de ces airs avait un caractère particulier. Le recueil dont je viens de parler en contient beaucoup : mais on en peut voir des exemples dans une collection plus connue , qui a été publiée sous le titre de VOrc/iesographie , d'abord en 1690, et ensuite en 1096, in-4'*? J» Lances, sous le pseudonyme de Tlioinot Arbeau. Le véritable auteur de ce recueil est Jean Tabourot , officiai de Lances. Ce livre est un dialogue entre un musicien et un maître à danser, nommés Capriol et Arbeau. On y trouve beaucoup d'airs originaux notés, et l'on y voit que la plupart de ces airs . après avoir servi à faire danser , avaient été convertis en chansons, dont Tabourot donne les paroles. Une partie de ces airs s'est conservée dans les provinces de France, et particulièrement dans la Provence , la Bretagne, l'Auvergne et la Bourgogne. On croit que l'air de Malbrough remonte à cette époque reculée.

Les vaux-de-vire ou vaudevilles et les romances ont insensiblement lait disparaître tous ces anciens airs, et le mélange de quelques-unes des formes italiennes et allemandes dans les airs populaires français a fini par ôter à ceux-ci le caractère national qu'on ne retrouve plus que dans quelques provinces, qui sont restées fidèles à leurs souvenirs.

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