RÉVOLUTIONS
nombre considérable de trous , pour laisser échapper le son ; les plus petites s'appelaient flageolets, le dessus était nommé flûte douce, le ténor ckalumeaii, et la basse de llùte, laridon. Fous ces instrumens formaient des harmonies complètes qu'on appelait concerts de flûtes \
A l'égard des instrumens de cuivre, ils ne servaient au théâtre que pour exprimer les mouvemens de guerre ou la chasse ; ils comprenaient la trompette militaire, qui était semblable à notre trompette de cavalerie; la trompette droite , appelée bombarde , qui était percée de sept trous, avec une clefpour boucher le septième^ ; le cor. ou cornet à bouquin, qui était aussi percé de sept trous, dont l'un se bouchait avec une clef : son embouchure était celle de la trompette ^ ; enfin le trombone, que
* La flûte travcrsièie , qui était percée de six trous, sans clef, était connue alors, mais seulement en Allemagne ; plus tard, elle s'est introduite en France, en Itab'e et en Angleterre, et y a pris le nom de fliilt allemande.
' Cette disposition de la bombarde et du cornet à bouquin a été n produite et perfectionnée de nos j(jurs dans les trompettes à clefs, les opliiclcides, etc.
^ Le cor ou cornet à bouquin avait la forme d'iiue corne ; on s'en servait encore au commencement du règne de Louis XIV. Ce n'est qu'à la fin du dix-septième siècle qu'on a appris à tourner les cors ronds; ils ne servirent d'abord que pour la cbasse.
DE l'oRCIIESTKE. S^S
les Français appelaient ^aquebute^ et les Allemands posaune, et qui avait déjà la forme que nous lui voyons maintenant.
On avait, en Allemagne, dès le commencement du seizième siècle, un grand hautbois rustique qu'on appelait krumhorn (cor courbé), parce qu'il avait la forme d'un bâton pastoral. Cet instrument était percé de six trous; il y en avait de diverses grandeurs pour jouer le premier et le second dessus, le ténor et la basse; mais jusqu'au dix-septième siècle on ne ^e servit au théâtre de hautbois d'aucune espèce,
l.e plus ancien monument qui soit venu jusqu'à nous sur la composition d'un orchestre, est l'opéra d'OrfeOj, composé par Monteverde, en 1607, c'est-à-dire environ dix ans après que le premier essai de musique dramatique eût été fait à Florence. Cet ouvrage a eu deux éditions ; la première, en 1 608, la seconde, à Venise, en 1 6 J 5 ; on y trouve en tête l'indication des instrumens qui servent à l'accompagnement, dans l'ordre suivant :
Duol gravicembanl (deux clavecins) ;
Duoi contrabassi da viola (deux contre-basses de viole) ;
•J-.6 r.ÉVOLITlO.NS
Dieci viole du brazzo (dix dessus de viole);
Un arpa doppia (une harpe double * ) ;
Duoi violini plccoli alla Francese (deux petits violons français);
Duoi cliitaroni (deux guitares);
Duoi organi di legno ( deux orgues de bois *);
Tre bassi da Gamba (trois bases de viole);
Quatro iromiumi ( quatre trombones );
Un regale (un jeu de régale ^ );
Duoi cornetti ( deux cornets ) ;
Un flautina aile vigesilna seconda ( un flageolet');
Un cla?'iuo contre trombe sordine (un clairon avec trois trompettes à sourdines ^ ) ;
' La liarpe ddiible avait deux rangs de cordes pour augmenter la l'orce du son ; elle avait été inventée en Irlande, dans le moyen-âge.
^ Par orgue de bois l'auteur entend un jeu de flùle bouclié, ou bourdon, tel qu'on le fait dans nos grandes orgues.
' Le jeu de regale était un petit orgue composé d'un jeu d'anche monté sur pied, mais sans tuyaux; le son avait de l'analogie avec celui du pliys-harmonica de nos jours. On trouve encore un jeu de régale dans quelques orgues anciennes.
* Le flageolet est indiqué ici sous le nom de flautina alla vigeshna seconda, parce que sa note la plus grave sonnait la tiiple octave aiguë du tuyau d'orgue de quatre pieds, qu'on prenait pour base des voix et des instiuniens.
5 Je n'ai vu lis trompettes à sourdine indiquées dans aucun autre endroit, et j'ignore ce que c'était. Le rlairon était une jietile trompette qui sonnait l'octave aiguë.
DE L onCHESTKE.
Ces iuslrumens ne jouaient point tous à la fois. Mouteverde les a disposés de manière à ce qu'ils s'appropriassent à la qualité des personnages qu'ils devaient accompagner. Ainsi les deux clavecins jouaient les ritournelles, et l'accompagnement du prologue, qui est chanté par la Musique personnifiée. Les deux contrebasses de viole accompagnaient Orphée; les dix dessus de viole faisaient les ritournelles du récitatif que chantait Eurydice; la harpe double servait à l'accompagnement d'un chœur de nymphes; l'Espérance était annoncée par une ritournelle des deux violons français ; le chant de Caron était accompagné par deux guitares; le choeur des esprits infernaux, par les deux orgues ; Proserpine , par trois basses de viole ; Pluton , par quatre trombones ; Apollon , par le petit orgue de régale; et le chœur finale des bergers, par le flageolet, les deux cornets, le clairon et les trois trompettes à sourdines. Il y avait sans doute; de la maigreur dans la séparation de tous ces instrumens ; mais on ne peut nier qu'il en résultât beaucovip de variété.
Plus tard on réunit les instrumens en masses plus imposantes de violons, de violes et de