‹ Curiosités historiquesChapitre 4 sur 13 · ENTREPRISES HARDIES. CONSPIRATIONS. &C · texte numérisé non relu

ENTREPRISES HARDIES. CONSPIRATIONS. &C

Nous commencerons par Thistoire des gens dont ces sortes d'entreprises furent toute Texistence et qui élevèrent le vol organisé jusqu à la hauteur de la conquête. Nous voulons parler des pirates.

De toute antiquité, la piraterie infesta les mers. Les premiers navigateurs grecs furent de vrais pirates; les argonautes si vantés n'étalent que les dignes ancêtres des corsaires de Psara et des uskoks de TAdriatique ; leur voyage ne fut qu une expédition de forbans. Les héros de la guerre de Troie n'étaient riches eux-mêmes que du butin pillé sur les mers. Nous voyons dans Ylliade Ménélas se vanter fièrement des cent vingt-deux talents qu'il a recueillis dans ses courses, et YOdyssée nous montre Ulysse ravageant avec toute l'avide férocité d'un corsaire la ville des Ciconiens.

La piraterie, ccHnme le vol, était chez les Grecs un penchant inné et avoué ; Âristote ne le dissimule point, et Thucydide, racontant avec complaisance les courses et les ravages de ses ancêtres, ne craint pas d'écrire : « Les Grecs embrassaient autrefois avec ardeur la profession de pirates; ils reconnaissaient l'autorité absolue de leurs chefs^ choisis constamment parmi ceux qui possédaient les plus hautes quaUtés. Ces chefs devaient à la fois enrichir les aventuriers qui se confiaient a leur sagesse, et

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pourvoir à la subsistance des pauvres de la communauté . aussi honorait-on la piraterie comme un exercice qui menait souvent à la gloire. »

Les lois d'Athènes, à ses commencements, aulorisèrent même les associations de pirates; souvent, pour grossir ses flottes, la république faisait appel à leurs vaisseaux. Mais plus tard, quand ils purent se procurer par les seules transactions du commerce les richesses que la force conquérait seule pour eux autrefois, les Athéniens cherchèrent à réprimer les moyens illicites de la piraterie qui, n'étant plus utile, devenait un mal. Les croisières furent défendues sévèrement, et, de peur que les vaisseaux marchands ne s'armassent en pirates, le conseil des amphictyons régla quelle devait être la force de chaque équipage. Les pirates n'en furent pas moins nombreux dans l'Archipel, et, traitant désormais en ennemis les Athéniens leurs anciens alliés, ils inquiétèrent les côtes de l'Attique et poussèrent même jusqu'au Pirée. Il fallut, pour se garder de leurs attaques, recruter dans la jeunesse d^Athènes la milice particulière des Déripoles,

Les autres côtes de la Grèce et tous les rivages de l'Afrique n'étaient pas infestés avec moins d'audace, si bien que, dans sa sollicitude pour le commerce, Ptoléroée Philadelphe voulut que deux escadres tinssent continuellement la mer pour protéger la navigation.

Rome souffirit elle-même des incursions de ces pirates sortis par innombrables flottilles des ports de l'Archipel, de la Carie et de la Cilicie dans l'Asie Mineure. Ce sont des pirates ciliciens qui , rencontrant dans le golfe de Pharmacusa César revenant de la cour de Nicoméde, le prirent et le gardèrent prisonnier jusqu'à ce qu'il eût

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payé une rançon de vingt talents. La destruction des flottilles ciliciennes et le supplice des pirates fut, comme on le sait, sa vengeance. Mais la Méditerranée n'en fut point purgée pour cela.

Les escadres des Ciliciens se joignirent aux derniers débris de la marine de Mithridate dans le Pont-Euxin, aux navires errants que la ruine de Carthage et de Corintfae laissaient sans abri ; puis cette flotte, formée de tant d'éléments divers, sortit du port de Séleuce^ où elle s'était réunie, et commença ses affreux ravages. Les pirates attaquèrent la flotte romaine dans le port d'Ostie et la brûlèrent ; ils interceptèrent les convois de grains venant d'Afrique, et Rome fut menacée d'une aflreuse disette.

Alors Publius Servilius, commandant une escadre puissante, vint tenir la mer et les repoussa jusqu'en Crète. Mais ils se vengèrent de cet échec sur Marc-Antoine, qui lui succéda. Us détruisirent sa flotte, rentrèrent avec plus d'audace que jamais dans la mer d'Étrurie, et le commerce de Rome eût été anéanti pour toujours si Pompée n*eût été choisi par le sénat pour repousser cet imminent danger. En quarante jours, il nettoya la mer, et sur les eûtes d'Afrique, dans le voisinage de la Sardaigne ou de la Sicile, on ne vit plus un seul pirate.

La puissance des corsaires ne se releva un instant dans la Méditerranée que pendant le triumvirat, avec Taide et sous les ordres de Sextus Pompée, le fils de leur premier vainqueur. Leur défaite fut le plus beau triomphe d' Agrippa.

Quand la puissance romaine commença à déchoir, leç pirates reparurent; mais ceux-là étaient des brigands barbares menaçant l'empire à ses frontières; c'étaient ces pirates goths ou germains, Getinaniœ prœdones, dont

deux siècles auparavant Pline s'était contenté de signaler Texislence, et qui celte fois ne devaient disparaître qu'aprés avoir détruit et s'être partagé le monde romain.

Tandis que les Golhs s'emparaient du Bosphore et de ses côtes, de la mer Egée et de l'Adriatique, les Vandales, renus de Scandinavie, s'établissaient à Carthage, et, naftres de la Méditerranée, ravageaient sans merci les côtes d'Espagne, de France et d'Italie.

Plus tard, dç ces mêmes races de pirates Scandinaves et de Vandales africains devaient sortir de nouvelles générations de brigands. Les Normands, dont il n'est pas besoin de rappeler les ravages en France au neuvième siècle; les Warèffhes, qui s'établirent en Russie, venaient tous de la Scandinavie, des côtes de Norvège, des Hes danoises, et des côtes nord-ouest de la Germanie.

Quant aux Barbaresques, les plus hardis pirates des temps modernes, s'ils ne sont pas les descendants directe des Vandales de Carthage, ils continuèrent du moins en dignes successeurs les traditions de vol et de cruauté.

L'histoire moderne .consigne à chacune de ses pages les sanglantes déprédations des pirates barbaresques et les héroïques efforts des chevaliers de Rhodes et de Malte pour en purger la mer.

Au seizième siècle, la puissance de Charles-Quint luimôme échoua contre l'tudace intrépide de Barberousse; et au dix-septi%)e siècle, les forces imposantes de la marine française ne purent tenir en respect les forbans de Maroc, d'Alger, de Tunis,. de Tétouan, de Salé et de Tripoli.

Avant que Louis XIV eût organisé nos forces navales, les attaques de ces pirates étaient si incessantes que les vaisseaux marchands ne tenaient la mer qu'armés en

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