INSIGNES. DEVISES
Suivant un usage conservé pendant bien des siècles chez la plupart des nations modernes, nos rois avaient pris pour première enseigne la bannière religieuse du. saint dans l'intercession duquel ils avaient le plus de foi. Saint Martin, l'un des premiers apôtres des Gaules et le
202 CURIOSITÉS HfSTORIQUES.
dans la retraite en n)*occupant de réducatlon de mes enfants, et laissant à Tempereur le soin de leur établissement : car je ne doute pas, si ce projet se vérifie, que je ne retrouve le cœur de mon frère et que, dans les intervalles où il se rappellera qu*il est homme, il ne trouve quelque consolation en retrouvant mon cœur pour lui aussi jeune qu'il y a trente ans.
» Enfin, j'aime mieux vivre sujet de l'empereur, en France, que de rester en Espagne roi nominal, parce que je serai bon sujet en France et mauvais roi en Espagne, et que je veux rester digne de l'empereur, et de la France, et de moi-même, s
Dans toute cette affaire, ce n'est pas tant peut-être de la conduite de Joseph qu'il faut s'étonner que de celle de sa femme, le poussant avec la plus gi*ande abnégation â consommer le sacrifice de sa grandeur. Celte détermination, si rare dans un roi, semble l'être encore davantage dans una reine. Qu'on songe, d'ailleurs, que 1 epouse de Joseph Bonaparte, deven^e, de simple fille du négociant marseillais Clary, belle-sœur d'un empereur et de plusieurs rois, puis reine elle-même, allait, en se décidant à quitter le trône, redescendre au niveau de sa jeune sœur, fille du général Antoine, et laisser au-dessus d'elle, sur le trône de Suéde, son autre sœur mariée à Bernadotle , et peut-être ce qu'elle fit dans cette circonstance paraîtra-t-il encore plus surprenant. Il y a loin d'une telle conduite â celle de celte princesse de Provence, dont parle Brantôme dans ses Dmnes galantes, qui, jalouse de voir ses sœurs sur le trône, employa tant de manœuvres pour y monter aussi :
« La quatriesme fille du comte de Provence, beau-pére de saint Louis, et femme â Charles, comte d'Anjou,
COULEURS NATIONALES. INSIGNES. &c. 203
frère du dit roy, magnanime et ambitieuse qu'elle estoil, se faschant de n'estre que simple comtesse de Provence et d*Anjou, et qu'elle seule de ses trois sœurs, dont les deux estoyent reinçs et Tautre impératrice, ne portoit aucun titre que de dame et contesse, ne cessa jamais, jusqu'à ce qu'elle eust prié, pressé et importuné son mary d'avoir et de conquester quelque royaulme, et firent si bien qu'ils furent eslus par le pape Urbain roy et reyne de Sicile, et allèrent tous deux h Rome, avec trente galères, se faire couronner par Sa Sainteté, en grande magnificence, roy et reyne de Jérusalem et de Naples, qu'il conquesta après, tant par ses armes valeureuses que par les moyens que sa femme luy donna, vendant toutes ses bagues et joyaux pour fournir aux frais de la guerre; et puis après régnèrent assez paisiblement et longuement ea leurs beaux royaumes conquis. »