‹ Curiosités historiquesChapitre 7 sur 13 · INSIGNES. DEVISES · texte numérisé non relu

INSIGNES. DEVISES

Suivant un usage conservé pendant bien des siècles chez la plupart des nations modernes, nos rois avaient pris pour première enseigne la bannière religieuse du. saint dans l'intercession duquel ils avaient le plus de foi. Saint Martin, l'un des premiers apôtres des Gaules et le

premier patron de notre monarchie naissante, fut donc celui dont les rois francs choisirent la chape pour s*€n faire un étendard.

Cette chape, qui était moins, sans doute, le propre vêtement du saint que la bannière de son abbaye, était peinte en bleu, couleur qui, selon les rites de TEglise, était spécialement adoptée pour ces saints confesseurs. Se trouvant ainsi affecté à Tétendard que les rois se faisaient un devoir religieux de porter à la tête de leurs armées, le bleu devint la couleur nationale des Français sous la première race. 11 en fut ainsi jusqu'à ce que Tavénement de la dynastie nouvelle des Carlovingiens vint rendre nécessaire un changement dans Tétendard national et dans sa couleur.

 la chape de saitit Martin, dont la couleur fut toutefois CQnservée dans le blason royal, on substitua la bannière de saint Denis, patron choisi par la dévotion des nouveaux rois. Or cet étendard des Carlovingiens n'est autre que celui qui devait être si célèbre dans notre histoire sous le nom d'oriflamme. Celte bannière, à laquelle les historiens devaient laisser longtemps encore son nom de vexillum sancti Dyonisii, était, comme on sait, de soie rouge, sans ornement d'or ni d'argent, « de cendal roujoyant et simple, sans pourtraicture d'aucune affaire, » dit Guillaume Guyart en son Royal lignage.

Le rouge, que l'Église consacre à ses martyrs, devint ainsi à son tour la couleur des rois de France : ils la portèrent sur leurs cottes d'armes pendant tout le temps des guerres saintes; à la fm du quatorzième siècle, ils étaient même encore fidèles â cette glorieuse livrée. « Du Guesclin, dit M. Rey *, portait la croix rouge en

* Hist. du drapeau.

' COULEURS NATIONALES. INSIGNES. &c. 805

1380 contre la croix blanche des Anglais en Poitou. » Mais lorsque l'oriflamme eut cessé de paraître à la tète de nos armées après la défaite d'Azincourt, lorsque surtout le roi d'Angleterre, Henri VI, devenu mattre de Paris et de Tabbaye de Saint-Denis, et\t pris le titre de roi de France et arboré à ce titre notre étendard national, force fut bien aux Français d'abdiquer une cou* leur devenue ennemie. Le rouge disparut donc de leurs drapeaux, et, par un troc bizarre, ce fut le blanc, abandonné lui-môme par les Anglais, qui prit sa place.

Le culte pieux que Charles VII et son fils Louis XI vouaient à la Vierge fut peut-être une des causes qui firent choisir cette couleur, et qui la conservèrent sur nos drapeaux comme un symbole immaculé de cette protection de la Vierge, que le vœu de deux rois, Charles Vit et Louis Xill, avait appelée sur la Franee. Le blanc ne fut cependant pas toujours, même au temps des derniers Valois et des Bourbons, la couleur exclusive des Français. Ainsi nous savons que, pendant les guerres de religion, Charles IX et Henri III donnèrent à leurs soldats des écharpes et des drapeaux rouges, tandis que le roi de Navarre et les troupes calvinistes arboraient la bannière bhinche. La couleur tricolore, que la révolution devait impatroniser en France, fut même, en plus d*une circonstance, adoptée par nos rois, sinon comme un drapeau, au moins comme une livrée. François I*% Henri II, François II et Henri III, en avaient fait la couleur de leurs pages dans un temps où les costumes mi-partis étaient encore de mode comme vêtements d'apparat. Sous Henri IV, nous retrouvons encore les trois couleurs dans l'uniforme des hailebardiers et dans le costume des valets de pied du m ; et ce n'était pas là un dioix capricieux :

poor HeDii IV, déjà le tricolore, ainsi arboré par les gens de sa maison, était réellement la livrée nationale des Français.

Vers la fin de son règne, la Hollande, qoi achevaùt de constituer sa nationalité, fit demander à Ifenri IV quon lui accordât le droit de s attribuer les couleurs françaises. Il y consentit, et le drapeau qu il envoya pour preuve de son contentement au stathouder d* Amsterdam était un drapeau aux trois couleurs. Depuis, la Hollande n*en a point eu d'autre.

A Tépoque du mariage de Louis XIV, la livrée royale présentait la disposition bizarre d*un damier à carreaux tricolores opposés et contrastés entre eux. Le costmne porté depuis Louis XIV par les gens dtt roi, et dans lequel on retrouve toujours le fond rouge et les galons blancs et bleus, n*est lui-même qu*ttn souvenir de cette livrée tricolore.

Mais voici un fait plus étrange* Au commencement du dix-huitième siècle, prés de cent ans avant la révolution, nos soldats portèrent un instant les trois couleurs; c est à Tépoque de la triple alliance entre les rois de France et d'Espagne et l'électeur de Bavière. Quand les trois 'armées s'étaient combinées, on était convenu de doaaer aux soldats une cocarde qui, pour figurer mieux par un emblème l'union des trois peuples, reproduisit la eouleiir de chacun. C'est ainsi que le blanc pour la France, le rouge poor l'Espagne, se trouvèrent fa^lement unis au Ueu, couleur nationale de la Bavière.

Il ne faudrait pas cependant imputer à ces faits, plutôt fortuits que médités, l'origine du drapeau et de la cocarde tricolores adoptés par la révolution. En 1789, le vert, popularisé par Camille DesmouliAs au Palai^^Hiqfd, faillit

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devenir rembléiue national; mais on se souvint que c*était la couleur de la livrée du comte d*Artois, le plus impopulaire des princes, et on chercha une autre cocarde. C'est alors qu'on chercha à s'approprier les couleurs de la ville de Paris : le rouge et le bleu, déjà célèbres dans plus d'une émeute populaire, quoique empruntés tdus deux au blason de nos premiers rois, sont les mêmes que le prévôt Etienne Marcel avait arborés en 1458 sur son chaperon révolutionnaire. Le nouvel étendard du peufrie réunit bientôt à ces deux premières couleurs le blanc, qu'avait choisi la garde nationale de Paris, fidèle encore à la royauté et à ses emblèmes. C'est quelques mois apréR la prise de la Bastille que la cocarde tricolore fut définitivement adoptée. Bailly et Lafayette l'offrirent à Louis XVI dans la grande salle municipale de l'hôtel de wile. La conventi<m maintint ce choix de nos couleors, et le consacra même dans sa séance du 27 pkiviôse an 2 par le décret suivant :

« Le paviUon, ainsi que4e drapeau national, sera formé des trois couleurs nationales, disposées en trois bandes égales, de manière que le bleu soit attaché a la garde du pavillon, le blanc au milieu, et le rouge flottant dans les airs. »

On voit que la disposition adoptée aujourd'hui pour l'arrangement 4es couleurs est la seule bonne, la seule qui soit historique. La motion de M. Caussidière, tendant à intervertir cet ordre après février, loin d'être révolutionnaire, était encore en contradiction flagrante avec le décret des révolutionnaires de la convention.

Plusieurs décrets, entre autres la loi du 30 juin 179i sur le drapeau de la république» et celle du 44 octobre

20a CURIOSITÉS HISTORIQUES.

1791 sur les drapeaux de la garde nationale, sanctionnèrent encore et toujours, dans la disposition plus haut décrite, les trois couleurs de notre drapeau. Mais ce qui vaut mieux pour leur glorification, c*estque d'innombrables victoires et trois révolutions les ont consacrées. Un patHote ne leur demandera pas d'autres titres. Si l'archéologue pourtant, amoureux des vieilles origines, ne se trouvait pas satisfait, et demandait plus de vétusté réelle pour Tétendard d'une nation vieille comme la France, nous lui répondrions qu'en cela encore le drapeau tricolore est le seul digne de faire flotter ses plis sur le sol de cette France centralisée, faite tout entière des morcellements et des débris de la Gaule antique. Seul, en effet, fatalité étrange! il réunit sur le champ de sa bannière les trois couleurs adoptées, il y a dix-huit siècles, par les trois grandes iiations gauloises : le bleu de la Gaule celtique, le blanc de la Gaule belgique, le rouge de la Gaule aquitanique.

Nous lijouterons ici quelques détails relatifs à Yoriflamme et aux échai^es.

Ce furent d'abord les comtes de Vexin qui , comme premiers vassaux de l'abbaye de Saint-Denis, eurent seuls le droit de prendre sur l'autel abbatial et de déployer à la tête de leurs vassaux V oriflamme, bannière des moines. Quand Louis VI fut devenu comte de Vexin, il usa du droit que ce titre lui donnait sur le saint étendard, et il en fit la bannière des rois de France. Chaque fois qu'ils paraissaient à la tête de leurs troupes , l'oriflamme s'y trouvait avec eux.

Pour compléter ce qui en est dit dans le passage des royaux lignages, cité tout à l'heure, répétons avec André Dw^sne que Toriflamme était « une bannière de ver-

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nieil toute semée de fleurs de lis d'or; » et ajoutons que la bannière, ou plutôt le pennon de taffetas rouge, se terminait par trois pointes ou fanons garnis de houppes vertes sans franges d*or , et que la hampe était de bois doré ou seulement de bois blanchi. Du reste, rorifiamme étant renouvelée de siècle en siècle, sa forme fut, chaque fois, modifiée.

Un ancien inventaire du trésor de Saint-Denis, dressé en 1470, et qui, par le seul fait de cette description , servirait a démentir ceux qui prétendent que cet étendard fut pris à Azincourt, en 1415, nous décrit ainsi l'oriflamme vieillie et délaissée : « Étendard d'un sandal fort épais, fendu par le milieu, en forme de gonfanonfort caduc , envdoppé d'un bâton couvert de cuivre doré et un fer longuet aigu au bout. »

Quand le roi partait pour l'armée , il allait lui-môme recevoir, à genoux , l'oriflamme. des mains de l'abbé de Saint-Denis, puis il en confiait la garde à l'un de ses plus braves barons. Quelquefois, suivant Galand, il la portait lui-même autour de son cou sans la déployer. Au retour de la campagne , on rapportait le divin palladium à Saint-Denis avec la même pompe. On peut lire dans un manuscrit de la Bibliothèque impériale , ayant pour titre : le Jardin des nobles, par Pierre le Gros, et portant le ïï^ 6853 , la description du cérénH>nial observé à Saint*Denis pour la prise de l'oriflamme.

Parlons maintenant de Yécharpe. Ce fut d'abord un insigne chevaleresque. Celle des preux avait toujours la couleur préférée par leur dame. Souvent la dame ellemême faisait don de l'écharpe à son chevalier ; alors elle devenait une emprise, et, d'après une règle chevaleresque, déjà en usage chez les Germains, selon M. Dureau

210 CURIOSITÉS HISTORIOUES.

de la Malle ', on la gardait jusqu'à ce qu'un chaiiq[»ion plus heureux eût remporté sur tous quelque avantage daas un touruoi, ou même jusqu'à ce que l'entreprise ordonnée par la dame au chevalier eût été accomplie.

Quand les ordres cte chevalerie se constituèrent, Técharpe, par sa forme et par sa couleur, leur servit à se distinguer entre eux ; les chefs d'armée et les che£s de parti s'en firent aussi, dés lors, un insigne dislinctif. L'écharpe fut pour eux et pour leurs soldats ce que la eocar(26 est pour-nous. L'écharpe des croisés était blanche, et ils la portaient en sautoir , comme on continua de le faire jusqu'au dix-septième siècle ; c'est même de cette position oblique de Vécharpe qu'est venue la locution prendre en éiàarpe, pour dire prendre obliquement.

Pendant la guerre des partis d'Armagnac et d'Orléans entre eux , l'écharpe des premiers était rouge et celle des autres était une simple bande de Ùnge blanc, Quelques historiens, et entre autres Paradin ^, croient même que l'usage qu'on fit des écharpes blanches dans les armées royales, à partir de Charles VU, est venu de là. Jusqu'au règne de Henri II, les différents corps s'étaient distingués entre eux par la couleur de leurs caswipies d'ordonnance ; mais dés lors ce fut l'écharpe seule qui fit la différence.

Outre l'écharpe nationale qu'on commença à attacher à la lance du drapeau, chaque corps eut alors sou écbarpe d'uruforme, nuaitcée suivant la fiinlaisie du commandait.

Pendant les guerres de partis qui suivirent ce régne, on vit plus que jamais les écharpes changer de couleur.

* Mœun des Germains, note 22.

* Annales de Bfntrgagne, Uv. I, p. 527.

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Celte des hugoenots était rouge ; celle des ligueurs fut noire à partir de la luort des Guise, mais elle fut verfe lorsque l'assassinat de Henri 111 eut permis de changer ce signe de deuil en signe d'espérance.

Pendant la Fronde, lecharpe de Mazarin fut verte; celle de Condé , isabelle. Alors , au Keu de dire, comme aujourd'hui, changer de cocarde, on disait changer d'écharpe, expression encore consacrée par la Fontaine *, et souvent employée dans les pamphlets du temps de Henri IV. Ce n'est qu'en 1692, après la bataille de Steinkerque, que l'écharpe, devenue la cravate, fut remplacée par la cocarde comme insigne national des armées. Comme emblèmes nationaux, nous trouvons en France le coq, qui a , du moins , la prétention d'être gaulois, et l'aigle qui ne peut être que romaine.

De quel temps date chez nous cet insigne du eoggau- Im ? C'est une question très-difficile à résoudre.

Le coq ne ûgure nulle part sur les monuments des Gtnkns, ni même sur les monuments étrangers , atlusifs à ee peuple, mais encore les auteurs qui ont traité des usages et de l'agriculture de la Gaule ne le mentionnent jaHais.

Le trouve-t*on chez les barbares qui, en se ruant sur la Gaule, renouvelèrent sa population, ses usages, et qui, par U , auraient pu de même lui imposer Tun de leurs InsigMs? Pas davantage. Les seuls barbares chez qui le coq se rencontre comme emblème , sont les Goths , et Ton sait que ce sont aussi les seuls qui se contentèrent, dans les Gantes, d*une invasion rapide, sans aucun éta- Uisfiement durable.

•Fable 5, IW. II.

Au moyen âge, noôme absence de Voiseau national. Il ne figure même pas parmi ces animaux symboliques qui ornaient, entourés d'une devise, le blason personnel de chacun de nos rois.

Philippe-Auguste avait choisi des lions.

LomsVllU des sangliers.

Saint Louis, des dragons.

Philippe le Hardi, des aigles,

Charles le Bel, des léop<a*d$.

Le roi Jesm, des cygnes.

Charles Y, des lévriers et des dauphins.

Charles VII et Charles VIII, des cerfs ailés.

Louis XII, leporc-épic.

François P", la salamandre.

Et aucun n'a choisi le coq.

Au dix-septième siècle enfin , on le voit paraître sur quelques médailles. En i665, le Quesnoy ayant été délivré, on frappa un jeton sur lequel se voit la ville au fond et sur le devant un lion qui fuit : c'est le lion espagnol, et un cogqui le poursuit. Celui-ci représente évidemment la France, comme le lion figure VEspagne. Il fallait un animal qu'on pût opposer à un autre. Le Français n'en ayant pas dans ses insignes nationaux, on s'avise de latiniser son nom; on trouve Gallus, qui signifie a la fois Gaulois et coq, et l'on prend le coq pour représenter le Gaulois. Une chose contribua aussi à faire choisir cette allégorie : c'est la croyance, relatée par Pline, où l'on était que le coq fait fuir le lion par son cri : aussi miton pour légende autour du jeton : Cantax, fugaL

Dés lors le coq nous est acquijs comme emblème. En 1679, il reparaît sur une 'autre médaille, au-dessus d'un globe où est écrit Luccia : il est figuré les ailes éployées.

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.avec ces mots : Galltis protector stib timbra alarum. Nos ennemis s*en emparèrent alors pour nous le renvoyer en caricatures.

Sur une médaille relative à la jonction du prince Eugène et de Marlborough, qui avait causé la dispersion de Tarmée française en 1706, on voit la France représentée par un coq qui se laisse prendre à un hameçon sur lequel il s*est avidement jeté. Ce sont les Hollandais surtout qui ont multiplié ce signe en représentant sur plusieurs médailles, et 'de différentes manières, le lion batave ou belge poursuivant le coq français. Sur une de ces médailles on lit : Nunc tu Galle fiigis, dum leo Belga frémit. Sur une médaille de 1712, on voit le coq qui demande la paix au lion batave et au léopard anglais,

^ qui la lui refusent. Enfin, sur une médaille de 1 760,

' c*est Taigle impérial qui déchire le coq gaulois et lui arrache les plumes.

« En réalité, esl-il dit dans un curieux article ' qui nous a été de la plus grande utilité pour cette brève notice, le coq prétendu gaulois est fils de la révolution française, puisque de son ère seule date son origine comme emblème national.

» En effet, c*est en 1789, avec la garde nationale, qu'il prit naissance.

» Lorsqu'il s'agissait alors de choisir un emblème, on

. ne rêva point que le coq était gaulois, on se souvint que c'était Voiseau du dieu Mars, et c'en fut assez pour déterminer son adoption ; » encore , pendant cette longue

. période de notre histoire, ne fut-il pas longtemps employé. Son image ne s'associe qu'aux plus belles pages

* Galette littéraire, I, 742.

des annales républicaines. Il parât avec la gloire et disparut devant le joug; les T^sceaux, le niveau et te bonnet, de triste mémoire, le remplacèrent bientôt. Dans toute la longue liste des assignats, il ne se montra guère que sur ceux de 1792; et Ton peut assurer que, vers 1793, il était presque complètement abandonné.

L*aigle a figuré dans les armoiries de tous les grands peuples guerriers. Il avait donc de droit sa place dans les armoiries de la France.

Qu on fouille la mythologie où Thistoire, Faigîe est partout. 11 embrasse chaque mythe de son envergure immense, toujours sacré, toujours vénéré, toujours redouté même, car il porte les foudres. Mais c'est surtout comme oiseau protecteur qu'il apparaît, protéger et sauver étant les plus beaux droits de la puissance et de la force. Il sauva Hélène, que le couteau des prêtres avait choisie pour victime; il sauva Valeria Lupera, qu'on menait à l'autel pour l'immoler. Ainsi, fort et immortel, il était partout l'ennemi de la mort, partout comme le symbole ailé de cette existence qui ne petit finir en lui.

Le voyait-on planer sur un bûcher, c'était un signe d'apothéose et d'immortalité : il venait recueillir l'âme du héros, dont la gloire ne devait pas mourir; ou bien plutôt il était l'image du génie, qui remonte an sein des dieux. C'était la croyance antique, et pour que le symbole prît plus de réalité, au moment où le bûcher s'allumait, on donnait l'essor à un aigle, qui se dégageait a plein vol des torrents de flamme et de fumée, comme l'âme se dégage des nuages de la mort. Point d'apothéose et de déification sans que l'aigle en fût le minisire. Pour éterniser l'image des honneurs divins rendus à Jules César, on grava sur des bagues, dont une seule

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nous a été conservée , la figure d*un aigle enlevant la foudre, le regard fixé sur une étoile, et portant â son cou le nom de Julius.

Ce que Taigle est avant tout, c'est Toîseau des victoires et des dominations. Les Romains ne furent pas les premiers à le comprendre. Longtemps avant qu'il parût au sommet de. leurs enseignes on l'avait érigé, lui qui voit au delà des nuages et ne craint pas de regarder le soleil en face, lui, le porte-foudre, en emblème de la souveraineté et de la gloire.

En Egypte, il était le symbole du Nil, le fleuve-dieu, et sur quelques monuments on le retrouve volant à essor égal avec le globe ailé, autre emblème de la puissance des Égyptiens. Chez les Perses, Mithra, voulant se révéler sous une forme visible, prit la figure d'un aigle; et c'est une pareille image, taillée dans l'or, que Cyrus plaça au sommet de ses étendards. Ézécliiel l'entrevoyait-il i travers la, pénombre de ses visions, cet aigle de Cyrus, quand il désigna les princes dominateurs sous le nom de l'oiseau victorieux? Mais pourquoi alors n'y vit-il pas aussi un symbole sauveur pour sa nation, puisque , avec l'aigle de Cyrus planant sur Babylone , la liberté revenait pour le peuple juif, comme â plus de vingt siècles de là devait revenir pour lui , avec notre aigle impérial, la protection la plus bienveillante sous l'aile de laquelle il se soit jamais reposé.

Les Romains l'avaient adopté de bonne heure. D'à* bord, selon Denys d'Halicarnasse, ils en, couronnèrent le sceptre de leurs rois; puis, les rois chassés, ils en firent l'ornement du sceptre de leurs triomphateurs et l'unique enseigne de leurs légions.

Sous la république, V aigle romaine fut de bois, puis

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d'argent avec un foudre d*or dans les serres. César, le premier , voulut qu*elle fût d'or tout entière; mais il lui enleva le foudre sur lequel elle se posait. Pour marquer son infatigable activité et sa perpétuelle aspiration vers de nouvelles conquêtes , on la représentait toujours les ailes déployées.

Chaque légion avait son aigle d'or posée à la pointe d*une lance. On l'entourait de la plus religieuse vénération, on jurait par elle comme par une divinité, et ces serments-là étaient les plus sacrés. L*oiseau guerrier gardait encore la son caractère protecteur : le soldat coupable, prêt à être frappé par la hache des centurions, l'ennemi menacé de mort, n'avaient, pour être épargnés, qu'à venir se placer sous la sauvegarde de l'aigle, en tenant embrassée la lance de Yaquilifère '.

Les jours de triomphe , on parait l'aigle de toutes les coquetteries de la victoire ; on la couvrait de couronnes de lauriers et de guirlandes de fleurs. Quand une légion prenait ses campements, on plaçait l'aigle au centre du quartier ; et s'il arrivait que deux légions dussent camper ensemble , on posait alors sur la limite des deux camps ime aigle double à têtes et ailes opposées. C'est ce qui explique, sans nul doute, l'aigle double qui se voit sur la colonne Antonine, et qu'il faut bien se garder de prendre pour le prototype de celle qui fut plus tard adoptée par les premiers empereurs byzantins, comme em* blême de leur double empire d'Orient et d'Occident.

Les jours de défaite, l'aigle ne devait jamais tomber aux mains des ennemis; quand Taquilifère voyait commencer la déroute, il brisait en deux sa lance et cachait

* Porte-étendard,

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en terre Taigle et le fragment qu'elle surmontait. C*est ce qui arriva au funeste combat de Trasiméne, et nous devons à pareille précaution d'un aquillfére la seule aigle de légion qui ait été conservée. Elle a été trouvée en Allemagne, sur les terres du comte d'Erlach; elle est de bronze doré, baute de treize pouces, et ne pèse pas moins, de huit livres. Dans une attaque de Germains, où la légion, qu'on croit être la vingt-deuxième, aura eu le dessous, Taquilifére, avant de fuir, aura sans doute enfoui dans la terre Taigle dont il avait la garde.

Ainsi, les ennemis de Rome pouvaient bien être victorieux, mais il ne leur était pas donné de pouvoir étaler les plus beaux insignes de leur victoire. Varus, pourtant, eut la honte de voir détruh*o ses légions et de perdre ses aigles. Il est de tradition chez les peuples du Nord que les bandes d'Arminius, vainqueur, en enlevèrent deux : la première, qui était noire, c'est-à-dire ' de bronze, fut donnée aux Germains; l'autre, qui était blanche, c'est-à-dire d'argent, fut laissée aux Sarmatcs auxiliaires; et l'on ajoute que l'aigle noire qui figure dans les armes de l'empire, et l'aigle blanche de l'écusson de la Pologne, n'ont pas une autre origine.

Pour mon compte, je ne crois pas à la légende, et pour mille raisons. Il est vrai pourtant que l'empire, qui porte aujourd'hui l'aigle double dans ses armoiries, n'eut longtemps que l'aigle simple. Mai$, n'en déplaise à la tradition, celle-là n'était pas l'aigle de Varus. C'est en souvenir des Césars romains que les Césars germains l'avaient prise. Bientôt ils ne s'en tinrent pas là; il leur fallut l'aigle bicéphale. N'étaient-ils pas les successeurs de Charleraagne,'qui l'avaient prise pour blason impérial, et chaque jour n'enlevaient-ils pas d'ailleurs un lambeau

• 'iiS CURIOSITÉS HISTORIQUES.

à l*empire de ces Palcologues de Constantinople, qui Tarboraient aussi pour faire croire, par cette aigle aa double front, qu'ils portaient encore la double couronne de rOrient et de TOccident? Othon IV la fit graver sur son sceau d'empereur, et au quinzième siècle, Sigismond, ' plus hardi, en fit tout à fait le seul fond des armoiries de j'empire.

Les Russes, dont la puissance grandissait, furent jaloux de cet emblème , et le czar Ivan III , qui venait d'épouser la fille de Michel Paléologue, se crut en droit, par raison d'alliance, de prendre le même blason. Il ordonna de graver sur ses monnaies une aigle double, en tout point pareille à celle des empereurs allemands et des empereurs grecs. Mais au lieu d'avoir le vof montent comme l'aigle des Césars, elle eut le vol abaissé, Ivan n'eut^ pas plus tôt appris la différence qui existait entre l'aigle moscovite et l'aigle des Césars, qu'il fit pendre les graveurs et les dessinateurs de sa monnaie. L'aigle russe resta avec le vol abaissé ; mais elle n'en a pas moins atteint et même distancé l'aigle allemande au vol montant.

Je vous donne du reste cette légende pour ce qu'elle vaut, et je fais aussi bon marché de ses présages que de ceux dont quelques héraldistes voyaient la cause dans une position de notre ancienne aigle impériale. Elle était, disaient-ils, contournée, c'est-à-dire ayant la tête portée du côté gauche, ce qui est signe de forfaicture. Maintenant l'aigle qui surmonte le drapeau français porte sa tête a droite.

Le Psalmîste a dit de l'aigle qu'il est comme le phénix. Il a le don de renouveler sa vie, et, par une suite de rénovations successives, d'en centupler la durée. Ce n'est sans doute la qu'une* magnifique métaphore, et le roi

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prophète , en parlant ainsi , n'a certainement voulu faire qu'une belle allégorie. II s'est pourtant trouvé au quinzième siècle un savant italien-, nommé Panciroli, qui a posé en fait réel cette grande image des psaumes. Il a été jusqu à indiquer les moyens que Taigle emploie pour retrouver ainsi sa jeunesse première. Je doute fort que la science admette la preuve qu'il avance ; mais en revauche, grâce à la solennelle journée du 10 mai 1852, ce don de renaître que possèdent les aigles est désormais un fait acquis à Thistoire.

Maintenant, pour finir, quelques mots des devises historiques.

La devise , on le sait , est celte] sorte de métaphore figurée à Taide de laquelle on représente un objet par un autre avec lequel il a de la ressemblance ; une pensée par une figure ; la vie d'un homme, son origine, ses hauts faits, par une pensée ou- par me image. Les anciens &isaient usage des devises. Lem^s rois et leurs chefs en portaient sur leurs boucliers et sur leurs enseignes ; mais le plus souvent ce n'étaient encore que des emblèmes sans légende. Ainsi, au siège de Thébes, le devin Amphiaraûs portait un dragon sur son bouclier, Persée une gorgone, Capanée une hydre, et Polynice un sphinx, souvenir symbolique de la manière dont son père Œdipe était arrivé au pouvoir.

Dans Virgile, tous les' compagnons d'Énée ont aussi leurs devises, mais ce ne sont toujours que de simpleis emblèmes non expliqués par des légendes. Plus t^nd, ei^n, la devise se formule avec plus de clarté. La figure y marche avec son exergue. Auguste, par exemple» fait graver sur ses monnaies une ancre enlacée d'un dai^^hia, . avec ces mots : Fe^tina Unie:; et Ve§pasien y fait vt^-

senter un papillon et une écrevisse, ou bien encore un palmier chargé de fruits portant ce seul mot pour légende : Mature. César, avant eux, avait même pris une devise sans emblème, quand il avait adopté son fameux Veni, vidi, viei.

C'est au moyen âge que la science des devises devait surtout s'étendre et se perfectionner, grâce aux tournois, aux carrousels et à toutes les fêtes de chevalerie qui rendirent nécessaire Tusage de ces galants et belliqueux emblèmes.

Alors on commença à en distinguer de quatre sortes, savoir : les devises figurées à l'imitation des arabesques maures, par des couleurs ou des mélanges de couleurs, et dont les lacs d'amour qui entourent encore aujourd'hui récusson des rois de Sardaigne sont un dernier souvenir; puis les devises ne renfermant que de simples paroles, et nommées pour cela âmes sans corps; ensuite les devises n'ayant, au contraire, qu'une figure sans roots, un corps sans âme ; enfin, celles qui avaient tout à la fois un corps, c'est-à-dire la représentation matérielle de l'idée, le dessin de l'image; et une àme, c'est-à-dire la légende, l'exergue, le mot qui anime l'objet, molio en italien.

Les devises n'ayant qu'une légende sans figure allégorique ne doivent pas être confondues avec le cri de guerre ' pour défi, invocation, ou par avènement ; le plus souvent elles en étaient tout à fait distinctes; en cela même il n'y a que de fort rares exceptions, pour les Montmorency, par exemple, pour les comtes de Chartres et les Molac de Bretagne, qui prenaient leur cri de guerre pour devise, et réciproquement. Il faut aussi les distinguer des légendes es armes, sentences placées sous l'écu , sur une banderole.

Ces iégendes et armes étaient souvent héréditaires,

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tandis que la devise, au contraire, contenant presque ' toujours une allusion au caractère de celui qui Tavait adoptée, ou à un événement de sa vie, était le plus sou* vent personnelle. La légende es armes était pour la race, la devise pour Thomme. Plus d'une fois elle était, en un seul mot, l'image la plus parfaite de celui qui l'avait choisie. Ainsi fut lelle de saint François de Paule, Cha^ ritas, et celle aussi de saint Charles Borromée, HumUitoB. Ces devises en légendes sont seules employées encore aujourd'hui. Quant à celles qui n'ont qu'une image sans pardes, devises muettes qu'on doit ranger plutôt parmi les emblèmes, elles n'ont pas été fort en usage depuis les : anciens. On ne saurait guère en citer d'autres exemples que le Cest ailé, dont, en 1580, suivant Juvénal des Ursins, Charles VI fit supporter ses armoiries; le compas qui faisait toute la devise du duc d'Albe, suivant l'usage laconique des Espagnols; et enfin les deux A A dans un cercle, sorte de rébus héraldique signifiant chacun A son tour, et bien digne des ambitieux Guise, qui l'avaient pris pour emblème. Les devises qui réunissent à la fois la légende et l'image furent plus longtemps à la mode. L'art de les composer fut soumis aux régies les plus sé^ vères, s'attachant les unes à la figure, le corps; les autres aux paroles, rame. Ainsi il fallut que la devise fût composée de corps et. d'âme en tels rapports l'un avec l'autre, que l'âme expliquât toujours le corps; la légende, dut être concise, légèrement détournée, comme dit Ménage, sans aucun subterfuge et par un élégant sous-en--' tendv.

EHe dût toujours être applicable à la personne aussi bien qu'à l'objet matériel formant ^ corT»; déplus, il: fallait toijyonrs que la devise ne fùX ni tirée de choses in-

connues, ni trop émpoatiqae, ni trop facile, ni trop hnnibie, ni surtout trop orgueilleuse : « L'âme de la devise, dit Henri Estieiine, doit toujours être assez modeste pour que celluy qui l'ariiorre en puisse faire application sur lui-même, et qu'il puisse en avoir faiet composition sans oultre euydanee ou vanité malseyante. »

La figuration de la devise devait toujbnrs être agréa» ble à rœil, et la pensée belle; nuUe figure humaine n'y était admise; la devise se fût ainsi trop rapprochée du genre des emblèmes. Bien plus, elle n'était parfaite que lorsque le corps était unique, et Tâme ou mot pris dans une langue autre que la langue maternelle du porteur.

En outre de ces conditions de rectitude, il en fallait d'autres exigées pour la brièveté de la légende. Âinâ la devise ne devait pas avoir plus de hnit syllabes. On ne faisait exception qu'en faveur de quelques vers latins, italiens, français, « et si toujours failoient-ils qu'ils fassent des plus excellents. » Quelques devises composées selon toutes ces exigences méritent d'être citétô. Ainsi celle de Léon X, qu'on voit encore au Vatican, c'est un joug, avec le au)t Suave (le joug du seigneur est doux); celle de Henri lil, roi de France ei de Poiogoe : deux courosses sont à terre, une ferobiénie au ciel, avec ces mots : Mtmet ultima eœh ; celle aussi de CiiarlesM}mnt, représentant les colonnes d'Hercule et portant ces nwls pour légende : Nec flms ti/lf».

La devise plaintive de Valentine de Milan est aussi restée célèbre ; on sait que c'est une dumU^leun (arrosoir), avec ces mots : Riens ne m est pins, plus ne m'est riens. La derâe des sires ëefiaurkto : une épée« avec ce mot : Pentêrabii, fiit presqpKBn présage de b hatite for-. tuM de eetté niniion.

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La mode des devises, presque perdi» à ta fin du seizième siècle, quand les tournois eurent cessé, se rafira sous Louis XIII et sous Louis XIV, pour les brillants carrousels de la place Royale et des Tuileries.

C'est dans la dernière de ces fêtes chevaleresques que Louis XIV porta pour la première fois sa fomeuse devise formée d*un soleil dardant ses rayons sur un globe, avec ces mots : Nec plurilm impar. L'antiquaire Douvrier l'avait composée pour lui d'après une vieille devise espagnole faite pour Philippe II.

Depuis lors , l'usage des devises se perdit tout à fait; au dix-huitième siècle, Voltaire s'en moquait déjà comme d'une mode éclipsée : « Les devises, disait-il, sont, par rapport aux suscriptions, ce que sont des mascarades en comparaison des cérémonies augustes. » Aujourd'hui on n'en compose plus guère ; les seules qu'on retrouve datent des derniers siècles, et se sont perpétuées avec le blason des anciennes famiHes.

Les élus figurent toutefois encore dans les emblèmes donnés comme récompenses civiles ou militaires, et qu'on appelle décorations. Nous allons en dire quelques mots.

Chez les Athéniens, et ensuite chez les Romains, une couronne variant de forme , suivant les exploits dont elle était la récompense, fut h décoration, attribuée le plus ordinairement aux généraux vainqueurs sur terre ou sur mer, et môme aux simples citoyens recommandés par leur courage.

Chez nous , les déconations ne furent pas d'abord des rémunérations nationales , mais bien plutôt des marques dtstinctives d'une dignité quelconque, ou surtout des signes particuliers à certains o^dtés de chevalerie, créés tous dans un but pieux et presque toujours pour la dé*-

fensé de la foi ; ces ordres devaient prendre pour insigne naturel, pour décoration symbolique, le signe de la rédemption : c'est ce qui arriva.

Dans l'ordre de la Sainte-Ampoule, qui passe pour le plus ancien , quoiqu'on veuille à tort» selon nous, en faire remonter la fondation jusqu'au règne de Clovis, la croix est déjà la décoration des quatre chevaliers. Une description des ordres militaires, imprimée à Paris en 1671, nous dit que cette croix de la Sainte-Ampoule, dont le tronc et les branches étaient triangulaires, portait quatre fleurs de lis dans les angles et au centre , la Sainte-Ampoule soutenue par une main, et couronnée par le Saint-Esprit.

Les chevaliers de Saint-Lazare, institués au douzième siècle, portaient la grande croix àhuit pointes, d'un côté émaillé d'une amaranthe, avec l'image de la Vierge, et de l'autre émaillé de vert, avec l'image de saint Lazare sortant du tombeau. La décoration des chevaliers du Temple était la croix patriarcale rouge, sur l'habit blanc; celle des hospitaliers de Jérusalem, plus tard chevaliers de Rhodes et de Malte, était une croix blanche à huit pointes sur un fond noir; la croix d'or adoptée plus tard ne fut qu'un ornement et non un insigne.

L'ordre fondé par saint Louis en 1234, sous le titre étrange de la Cosse de genêt, et, par suite, de la Genette, avait pour marque distinciive un collier composé de tiges et de cosses de genêt, émaillées et entrelacées de fleurs de lis d'or, avec la devise : Exaltai humiles.

La décoration de l'ordre de r Étoile, fondé par le roi Jean, et devenu plus tard l'un des privilèges du chevalier du guet, se composait d'une étoile d'or à cinq rais soutenue par un collier à trois chaînes d'or, entrelacées de roses

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d*or émaillées allernativement de blanc et de rouge.

Les chevaliers du Porc-Epic, institués par le duc d'Orléans, père de Louis XII, se distinguaieïït par le mantelet d*hermine et la chaîne d'or, d'où pendait un porc-épic de même niétal, avec cette devise : Cominus et emmus.

Un collier, composé de coquilles entrelacées et posées sur une chaîne d'or, à laquelle était suspetidu un médaillon représentant l'archange saint Michel, était la décoration dii fameux ordre de Saint-Michel, fondé par Louis XI.

Celui du Saint-Esprit, institué par Henri Ilï, avait pour décoration une croix d'or à huit pointes pommelées et cantonnées de fleurs de lis d'xîf , avec une colambe d'un côté, et de l'autre l'image de saint Michel. Le ruban était bleu céleste moiré.

Un autre ordre fondé par Henri III, sous le nom de la Charité chrétienne, en faveur des soldats estropiés au service de l'État, avait pour insigne un manteau portant brodé, au côté gauche, une croix d'or avec ces mots : Pour avoir fidèlement servi.

L'ordre de Saint-Louis, institué par Louis XÎV en 1 698, comme l'indiquait sa légende : Ludovicm Magnm tnsfitutt 469S, écrite en lettres d'or sur la bordure d'azur de sa croix , avait pour devise ces mots : Bellicœ virtuMs prœmium, qui indiquent assez le but tout militaire de son institution.

La croix de Saint^Louis devait, selon un édit du fiiois d'avril 1719, n'être décernée qu'aux officiers eathorliques ; et c'est pour réparer ce que cette ordonnance avait de trop exclusif que Louis XV ftmda, en faveur dés officiers non catholiques , l'onife spédai du Mérite mili^ taire. Il avait pour marque distinctive une croix d'#r

à huit pointes suspendue à un ruban bleu foncé, et portant d un côté une épée en pal, avec ces mots : Pro virtute bellicâ, et de i*autre la couronne de laurier et la légende : Ludovicus XV instituit 4739,

L'ordre de la Légian d'honneur, qui devait remplacer tous les autres, eut d*abord, comme on sait, pour décoration une étoile émaillée de 'blanc, à cinq rayons doubles, avec une couronne de chêne et de laurier, au milieu de laquelle étaient, d'un côté Teffigie de Tempereur, son fondateur, et la légende : Napoléon, empereur des Francm; et de l'autre côté l'aigle armé de la fojudre, et la devise Honneur et patrie. Lors de la restauration, la croix garda aa devise; sa forme et ses attributs furent seuls modifiés. Ainsi on remplaça par l'effigie de Henri IV celle de Napoléon , et on substitua à l'aigle impérial des fleurs de lis qui elles-mêmes furent remplacées, en 1830, par un fond d'argent orné de deux drapeaux tricolores. Cette croix, attachée à un ruban moiré rouge, est en argent pour les chevaliers, et en or pour les autres membres. Les officiers la portent à la boutonnière, mais avec ime rosette au ruban ; les commandeurs, qu'on nommait commandants sous l'empire, la portent en collier, avec un ruban un peu plus large que les officiers; les grands officiers portent sur le côté droit de leur habit une plaque en argent large de sept centimètres deux millimètres ; quan t aux grands'croix (grands-cordons sous l'empire), leur décoration consiste en un large ruban moiré rouge passé en sautoir et supportant la croix, et en une plaque d'argent large de dix centimètres, portant quatre drapeaux à ses ao^es, et attachée sur le côté gauche de l'habit.

Parmi les principales décorations étrangères, nous citeroDS : en Angleterre, celle de l'ordre de la Jarretière, qui

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consiste : 1® en une jarretière de velours bleu foncé brodé d'or, avec la devise : Honni soit quimal y pense, et attachée sur le genou gauche avec une petite boucle d*or; 2« en un médaillon d*or à l'effigie de saint Georges, soutenu par un large ruban bleu foncé ; 3® et enfin en une étoile d'argent brodée sur le manteau, au côté gauche de la poitrine. L'ordre du Chardon, qui fut d'abord particulier à l'Ecosse, a pour insigne une médaille d'or représentant, d un côté saint André avec la croix de son martyre, et de l'autre un chardon, avec cette légende : Nemo me impunè lucessiL

L'ordre du Bain, qui ne compte que trente-six chevaliers, se dislingue par un ruban rouge moiré soutenant une médaille dont voici la devise : Très in uno, allusion aux trois vertus théologales, dont le symbole était mieux' représenté par les trois couronnes que portait l'écbarpe bleu céleste des anciens chevaliers.

En Russie, l'ordre de Saint-André, qu'on obtient en même temps que le grade de lieutenant général, a pour décoration une croix d'or portant â ses angles les quatre initiales de cette devise : Sanettis Andréas patronm Russim; au revers, on lit, en langue russe : Pour la foi et la fidélité.

L'ordre de Sainte-Catherine ne se donne qu'aux dames du plus haut rang, et voici ses marques distinctives : une plaque avec ces mots en langue russe : Pour lapatne; et une croix portant cet exergue : ^quat moma eom^ paris.

L'ordre de Saint-Wladimir a pour insigne une plaque portant cet exergue autour de l'écu : Utilité, honneur, gloire; et au centre quatre lettres russes qui signifient : Saint prince Wladimir semblable aux apôtres.

'En Autriche, Tordre de la Tomn-dVr se distingue par une décoration surmontée d*une pierre en émail bleu, avec ces mots . Pretiumlahoris non vile; et par ces mots chevaleresques brodés sur rextréme lisière du manteau de l'ordre : Je lay empris. Une croix d*or, portant dans son écules initiales de cette devise : Sando Stephano régi apastolîco, et la légende : Ptiblicum meritormn pretium, est le signe distinctif de Tordre de Saint-Étienne.

Quant à celui de Léopold, il a pour légende» sur la face de sa croix : Integritati et merito, et celte devise, qui fut celle de Léopold !«' : Opes regum corda siMitorum.

L'ordre de la Couronne de fer a pour décoration une couronne surmontée de Taigle double, et de plus, pour les chevaliers de première classe, une étoile à quatre rayons, brodée sur le côté gauche de Thabit, portant au centre la couronne de fer et la légende : Avita et aucla.

En Espagne, Tordre de Charles III porte sur Técu de ses grands-croix Timage de la Vierge, et sur la croix des simples chevaliers un C entrelaçant le chiffre III, et cette devise : Virtuii et merito.

Les chevaliers de première et seconde classe de Tordre Aq Saint-Ferdinand forieni une cToh y avec cette légende autour de Técu : El rey y la patria, tandis que ceux de troisième classe ont cette devise : Al merito mililar.

Quant à Tordre militaire de Sainte-^Herménégilde, ses signes honorifiques sont la croix et la plaque, avec celte légende autour de Técu : Premio à la constancia mi- Ktar,

En Portugal, Tordre du Christ, institué pour continuer celui des Templiers, rappelle en effet par ses insignes le costume des dievaUers du Temple. Chaque membre porte une longue robe de laine Uunche, et sur

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ia poitrine une croix patriarcale rouge chargée d\ine autre croix d'argent.

L'ordre de la Tour et celui de VEpée se distinguent par une croix et une médaille, portant tous deux sur leur face le buste du roi régnant et sur le revers cette inscription : Valore e lealdade (valeur et fidélité).

En Prusse, Tordre de V Aigle rouge a pour devise actuelle : Sincère etconstnnter; et, depuis 1814, on a substitué à la médaille d'or, son ancienne décoration, une croix d'argent supportée par un ruban blanc liseré d'orange.

L'ordre de la Croix de fer a pour principaux attributs «ne croix d'argentet un ruban, tantôt noir liseré de blanc, tantôt blanc liseré de noir.

Dans le royaume de Naples, l'ordre de Saint-Ferdinand et du mérite porte sur l'écu de la croix la légende : Fidei et merito ; celui de Saint-Georges de la Réunion distingue ses grands-croix par la devise : In hoc sigtw vinces; enfin l'ordre de François /«', dont une médaille d'or pour les commandeurs et une médaille d'argent pour les chevaliers sont les signes distinclifs , a ces mots pour légende : De rege optimo merito:

Dans les États de l'Église, l'ordre célèbre de YÉpe-ron d'or rappelle, parla croix de ses chevaliers, celle des hospitaliers de Jérusalem. L'éperon suspendu à une petite chaîne entre les deux pointes inférieures en est la seule différence.

L'ordre nouveau de Saint-Grégoire a pour insigne une croix octogone émaillée de rouge, dont l'écu est à l'effigie de Grégoire le Grand, et dont le revers porte la devise : Pro Deo et principe, avec cette légende : Gregoriiis XVI, P. M., anno 1, Le ruban est rouge et jatine.

En Suède, l'ordre de Wa«a porte sur le médaillon ovale qui lui sert de décoration la gerbe symbolique (wasa en suédois) , et cet exerjgue : Gustaf den tredie instiktare 1770. L'ordre de VEtoile polaire a pour légende de sa décoration, ces mots : NeBdt oceasum.

L'ordre des Séraphins a pour insigne une croix suspendue à un ruban bleu et présentant sur sa surface les lettres J. H. S. (Jésus Hominum Saîvatar), tandis qu'on lit sur le revers les initiales de ces mots : Frideticus rex Suedœ.

En Danemark, les chevaliers de l'ordre de Y Éléphant, ou de Sainte-Marie, portent un collier composé de plusieurs éléphants entrelacés de tours , et auquel est suspendu un éléphant d'or émaillé de blanc , le dos chargé d'un château d'argent maçonné de sable (noir) , sur une terrasse de sinople émailiée de fleurs ; un manteau de velours doublé de satin blanc, portant, brodée en or sur Je côté gauche, une croix entourée de rayons, est l'habit de cérémonie.

Enfin, en Belgique, où nous ne trouvons que l'ordre de Léopold, la décoration consiste en une croix émailiée de blanc, dont une couronne de laurier et de chêne réunit les rayons. L'écu, émaillé de noir avec un bord rouge entre deux cercles d'or, porte sur sa face le chiffre du roi, et sur le revers les armoiries, avec la devise : L union fait la force.

Un dernier mot à propos d'un insigne chevaleresque qui joua un grand rôle au moyen âge. C'est Yemprise.

Par ce mot, qui n'est qu'une abréviation à* entreprise, consacrée encore dans l'italien emprese et l'espagnol empresas, on désignait > au moyen âge , ces aventures que

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les chevaliers faisaient serment de mener à bonne fin pour leur honneur et le plaisir de leur dame.

Le preux qui chargeait une emprise en portait Vinsigne sur ses armes. C'était un anneau, un bracelet, un fer de prisonnier, des chaînes, ou autres marques attachées par la main des dames elles-mêmes. On ne pouvait s'en dépouiller qu*au bout d*une ou de plusieurs années, suivant les conditions du iserment, et jamais sans avoir accompli le fait d'armes qui était l'objet du vœu chevaleresque. II se pouvait pourtant qu'avant ce temps le chevalier rencontrât quelque preux qui, s' offrant de faire armes contre lui, le délivrait en lui kvant son emprise, c'est-à-dire en lui ôtant le gage qu'il portait, ce qui était un grand déshonneur.

On voit dans Monstrelet * un écuyer d'Aragon qui a fait un défi à des chevaliers anglais, et qui, portant à la jambe droite un tronçon de grève, ne doit quitter cette emprise que lorsqu'il en aura été délivré par l'un des chevahers.

Dans le roman du petit Jehan de Saintré *, c'est, pour le seigneur de Loiselench , môme vœu , même emprise • « Il portoit une emprise d'armes à cheval et à pié, deux cercles d'or, l'un au-dessus du coulde du bras senestre, et l'autre au-dessus du coulde du pié, tous deux enchaînez d'une assez longue chaîne d'or, et ce par l'espace de cinq ans... jusqu'à ce qu'il trouvast chevalier ou escuyer de nom et d'armes sans reproche qui le délivrast. »

Quelquefois plusieurs chevaliers s'engageaient à courir* la même aventure et prenaient la même emprise. On vit» en 1414, le duc de Bourbon et seize de ses seigneurs»

* Cliap. i*\

* Ghap. XLViii.

chevaliers et écuTers» faire ¥(ea de porter pendant deux ans, tous les dimanches, à leur jambe gauche, un fer de prisoonier en or pour les chevaliers, en argent pour les écuyers, jusqu'à ce qu'ils eussent trouvé pareil nombre de preux pour les-combattre.

Tant que le chevaUer portait Temprise , il était inviolable et sacré. L'écujer qui lui vouait son service ne devait lui prêter serment qu'en touchant l'emprise et soy agenouillant bien bas ^

Pour lever l'emprise , il fallait la permission du seigneur en la cour duquel on se trouvait^.

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