‹ Curiosités littéraires et bibliographiquesChapitre 25 sur 89 · UN LIBRAIRE... D'ALENÇON · texte numérisé non relu

UN LIBRAIRE... D'ALENÇON

Aurélien Scholl et moi, nous avons eu jadis un éditeur comme on n'en reverra pas de longtemps, jeune, lettré, viveur, riche. Il faisait imprimer ses livres à Alençon, sa ville natale. Il publia dans des conditions exceptionnelles de bon goût les romans de Ghampfleury, les poésies de Théodore de Banville, celles de Lcconte de Liste, les Fleurs du mal, de Baudelaire, les Lettres sur la Hollande^ de Maxime du Camp, etc., etc.. Son seul chagrin au monde était de s'appeler Poulet-Malassis.

Vous pensez si l'on s'égayait sur ce nom ridicule ! Tantôt c'était l'auteur des Odes funambulesques qui écrivait :

Le typographe Malassis, Que tout bas invoque sans trêve Le poète inédit qui rêve Triste et sur une malle assis...

Tantôt c'était moi-même qui mêlais ma note à ce concert d'ailleurs inoffensif. Je retrouve dans mes papiers un couplet qui date de cette époque :

Air du Menuet d'Exaudet.

Malassis S'est assis Sur un trône.

Ce libraire d'Alençon Fait des livres qui sont A couverture jaune.

Grâce à lui, Weill a lui, Et Banville, Montégut et Louis Lacour, Ont occupé la cour, La ville.

Il a su, Aperçu Des critiques, S'ériger un piédestal Avec les Fleur?, du Mal, Bas-reliefs poétiques.

Ce succès (Ou procès) Populaire A fait plus grand et plus beau Le nom de Charles Baudelaire !

J'ajouterai, en dépit de toute modestie, que les livres édités par Poulet-Malassis, devenus très rares, se payent aujourd'hui au poids de For.

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