‹ Curiosités littéraires et bibliographiquesChapitre 3 sur 89 · LA DUCHESSE DE PRASLIN · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE DE PRASLIN

(drame en cinq actes)

Acheté ce matin sur le quai Malaquais une pièce italienne dont le titre était bien fait pour tirer l'œil :

« La Duchessa di Praslin^ dramma in un prologo et cinque atti, di Leone Fo7His,rappresentato per laiwima volta in Padova nel anttinno 1847.»

C'est-à-dire que la pièce fut représentée à Padoue l'année même du crime. Le signor Leone Fortis n'avait pas perdu de temps.

Yoici la distribution des personnages :

Teobaldo, duca diPraslin, pari di Francia.

Armando, cavalière Didier.

YiscoNTE DE Laroche.

Barone di Montrisor.

Conte Dupuy.

Giovanni Morent, intendente délia duchessa

Amelia, duchessa di Praslin^ nata Sebastiano.

Donna Clara di Las-Vargas.

Emma Didier.

Marches A di Lambert.

Baronessa di Yillèle.

Un giudice cVistruzione.

{L'azione è in Parigi, d 841-1847.)

La pièce est un mélange de vérité et d'invention. A la donnée historique connue de tout le monde, — l'assassinat de la duchesse de Praslin par son mari, — Fauteur associe des faits qui relèvent purement de son imagination.

Teobaldo a connu et aimé à la cour de Madrid une grande dame, Clara de Las-Vargas. Abandonnée, elle jure de se venger. Elle se jette à la traverse de ses plans politiques et de ses intrigues amoureuses, — et finit par le pousser au meurtre.

La mise en scène de ce meurtre est celle d'Oihcllo. La duchesse repose dans son alcôve. Une lampe éclaire la chambre de sa lueur tragique. Le duc entre par une porte dérobée, en proie à une sombre agitation. Après quelques moments d'hésitation et deux ou trois réflexions sur le silence de la nuit, le calme de la nature, etc., il se précipite dans l'alcôve.

Brève silenzio, — dit le texte italien.

Il en ressort livide, effaré... et se trouve en

présence de Clara de Las-Vargas, qui a tout vu. C'est elle qui le dénonce et le livre à la justice.

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L'auteur de la Duchesse de Praslin a la prétention de peindre et de flétrir les mœurs corrompues de la fin du règne de Louis-Philippe.

Au premier acte, un groupe de jeunes Français causent dans un salon.

« Je vous parie mon vote à la Chambre des députés ! s'écrie l'un d'eux.

— On ne parie pas un vote.

— Tu as raison, il vaut mieux le vendre. »

Çà et là quelques velléités littéraires.

Une scène se passe entre la duchesse de Praslin et une jeune fille qu'elle a recueillie.

Celle-là lit à haute voix le Lys dans la vallée y du signor Balzac.

Emma, lisant. — « ... Tourmentée, blessée. Aujourd'hui, demain, toujours; fâme blessée par tous ceux qui l'approchaient... »

La Duchesse. — Emma, c'est assez. Cette lecture me déchire le cœur !

Emma. — Pauvre M™° de Mortsauf ! si belle et si malheureuse!

La Duchesse. — C'est le destin de tous ceux en qui le sentiment prédomine. Vrai lys dans la vallée créé pour une vie de parfum et de lumière, elle devait bientôt s'étioler et périr. Un air trop froid et trop lourd pesait sur elle.

Emma. — Et comment cette frêle tige a-t-clle pu rester si lontemps debout et battue par le vent?

La Duchesse. — Croyez-moi, Emma, certaines douleurs minent sourdement l'existence. C'est un déchirement de tous les jours, de toutes les heures... Que nous serions heureuses si elles tuaient d'un seul coup!

Plus loin, on vient dire à la duchesse de Praslin qu'une fôte s'organise au profit des inondés de la Seine.

La Duchesse. — N'avez-vous pas inscrit mon nom?

Le Vicomte de Laroche. — Je voulais d'abord vous en demander l'autorisation.

La Duchesse. — C'était inutile. Quoique je n'approuve pas cette charité du siècle, qui fait de tout désastre un prétexte à des bals, à des fêtes joyeuses, cela vaut mieux que rien... Cela vaut mieux que la charité de nos voisins d'outre-Manche, qui jeûnent

par ordre supérieur pour venir en aide aux Irlandais mourant de faim.

C'est doux, en somme. Dennery aurait fait mieux avec ce sujet-là.

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