‹ Curiosités littéraires et bibliographiquesChapitre 4 sur 89 · MADEMOISELLE BEATA · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE BEATA

Un des romans d'Alphonse Royer qui ont fait le moins de bruit est Made}noisell€ Béata [Farisj Dumont, 1840, un vol.).

Il va sans dire que c'est celui où il a mis le plus d'originalité et d'humour. C'est un conte hollandais, rempli de détails locaux les plus amusants du monde. J'y ai remarqué un repas de fiançailles chez M. Gottfried, riche marchand de fromages de Saardam.

On descendit dans la salle à manger, où M"° Olympie, selon Tusage néerlandais, s'occupait à préparer le thé pour les convives. Auprès de la bouilloire anglaise, frissonnant sur un réchaud ardent, de larges et plates tranches de bœuf fumé s'étalaient sur des assiettes japonaises bariolées de magots bleus et de nuages incarnats. Aux deux bouts de la table, deux chiens de beurre, fort joliment colletés de colliers peints en vermillon, semblaient se regarder et s'entendre , le museau allongé et les pattes trempant dans Feau. Une singulière circonstance, c'est que la table consistait simplement en une simple planche carrée, recouverte d'une nappe et appuyée sur deux tonneaux.

Le marchand de fromages du Nord-Hollande

avait, ce jour-là, endossé son habit gris à boutons de nacre, et M"° Olympie, quoiqu'il fût à peine dix heures du matin, était coiffée en cheveux, avec deux tulipes à la reine enfoncées dans son chignon bien lissé, en guise de plumet. Un tel dérangement dans les habitudes de la maison indiquait qu'il se passait quelque chose d'extraordinaire , et que le thé, les tranches de bœuf sur porcelaine du Japon, Texhibition de Thabit gris et les chiens de beurre barbotant dans Teau fraîche , avaient été employés comme décoration de quelque coup de théâtre imprévu.

N'est-ce pas que c'est là un aimable tableau ?

Le coup de théâtre, le voici :

M. Gottfried, après avoir vidé deux fois la théière, se lève tout à coup, enlève la table dans ses bras et laisse à découvert les deux tonneaux en question, remplis jusqu'aux bords de pièces d'or frappées à l'effigie de tous les souverains des Pays-Bas.

(( Ceci est la dot de ma fille unique, s'écrie le négociant en fromages, 200,000 florins bien comptés ! Cela vous va-t-il ? »

On ne fait plus assez de ces petites histoires d'un ton soigneux, à demi fantastiques, doucement spirituelles, comme Mademoiselle Béata.

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