CALIBAN ET CALIBAN
On parle du Caliban de M. Ernest Renan.
Ce que voyant, j'ai fouillé dans ma bibliothèque, — qui n'est pas la bibliothèque de tout le monde, — et j'ai trouvé un autre Caliban.
Caliban, par deux Ermites de Ménilmontant rentrés dans le monde. Deux volumes in-S*"; Dénain, libraire, rue Vivienne, n° 16, à Tentresoi. — Paris,
Ces deux volumes, très recherchés par les amateurs de la période romantique, — et signalés dans la Bibliographie d'Asselineau, — sont illustrés de deux vignettes à l'eau-forte de M. Albert Aubert.
L'une représente le Caliban de Shakespeare, à mi-corps, portant un fagot sous son bras; monstre difforme, nu, crépu, barbu, camard, aux dents horribles, aux vastes oreilles. Le sylphe Ariel voltige au-dessus de lui.
La seconde montre une femme échevelée et blanche soutenue par un magistrat.
Pour ce qui est du titre de notre livre, — est-il
dit dans la préface, — le nom de Caliban, qui s'est offert à nous en lisant Shakespeare , nous a paru aussi bon que tout autre, d'autant qu'il y a dans le personnage quelque ressemblance avec notre ouvrage fait homme : — un mélange de forme et d'idées, une figure qui se place entre le ciel et l'enfer, une sorte de milieu entre ce qui est vice et vertu, milieu considéré comme absence ou confusion de ces deux termes jadis si éloignés...
Et maintenant, Messieurs et Dames, c'est le tour de Caliban; avancez ici, vieux monstre, faites la révérence à l'aimable compagnie, — et commencez!
Les deux auteurs de ce Caliban sont : Edouard Pouyat, mort depuis longtemps, et M. Charles Ménétrier, vivant, très virant celui-ci, et bibliophile des plus aimables.
M. Ernest Renan ne leur a rien emprunte; il s'est contenté de faire comme eux : il a décroché l'enseigne de Shakespeare pour l'accrocher à sa propre maison.