M"^° LA REVUE... DES DEUX-MONDES
Si chaste d'habitude, la Revue des Deux-Mondes a consacré une page tout entière au Portier des Chartreux.
Le titre seul de cet ouvrage constitue un outrage à la morale publique. C'est le roman le plus infâme et le plus corrupteur qui ait jamais été écrit au XYIIP siècle.
L'épais cahier de la famille Buloz n'en juge pas ainsi; il a des excuses et des atténuations:
Avec la légèreté d'esprit et de causerie de la société d'alors, — clit-il, — quand les femmes les plus polies se vantaient d'être esprits forts et que le relâchement des mœurs dans les couvents défrayait Vinnocente gaîté des honnêtes gens, un tel livre n'était qu'une amusante historiette de moinerie, un peu gauloise sans doute, mais tout à fait propre à chasser les vapeurs.
On croit rêver...
Cette dissertation sur un des livres les plus honteux du monde est contenue dans un article intitulé : Les Filles de Louis XV, par
M. Jules Soury. Elle a trait à l'anecdote de cettOi^ame d'honneur accusée d'avoir prêté le livre en question à la jeune Adélaïde, alors âgée de quatorze ans.
L'auteur de l'article prend en main la défense de cette dame d'honneur, qu'il taxe tout au plus d'étourderie ; peut-être n'a-t-elle pas prêté le livre, peut-être est-il tombé de sa poche, peutêtre Adélaïde l'a-t-elle ramassé et n'a-t-elle pas voulu le rendre, — et vingt autres simagrées semblables.
Le Portier des Chartreux ^ — ajoute-t-il, — est illustré, comme on sait, de gravures très libres.
Comme on sait est superbe !
Mais il n'y a que vous qui le sachiez, espérons-le.
Bref, M. Soury ne voit pas là dedans de quoi fouetter un chat.