‹ Curiosités littéraires et bibliographiquesChapitre 7 sur 89 · LUCRÈCE BORGIA · texte numérisé non relu

LUCRÈCE BORGIA

Il y a deux Lucrèce Borgia : celle de Fhistoire et celle de Victor Hugo. Elles se confondent souvent. Mais certains érudits d'Italie et d'Allemagne se sont mis, depuis quelques années, à la tête d'une réaction en faveur de l'intéressante fille d'Alexandre YI. Le marquis Campori a composé un mémoire intitulé : Une victime de r histoire; M. F. Grcgorovius a écrit deux gros volumes : Lucrèce Borgia, d après les correspondances contemporaines. Tous les deux plaident les circonstances atténuantes.

Selon le sensible Allemand, elle porte le fardeau d'une injuste malédiction; elle fut plus malheureuse que coupable, et c'est un procès à refaire. Je n'y contredis point. Mais, toutes les pièces vues et toutes les correspondances lues, le mot de la situation me paraît être résumé par le traducteur de Gregorovius :

Bien que descendue aujourd'hui du piédestal sinistre où la tradition la faisait trôner à côté des Phèdre, des Médée et des Clytemnestre, la fille

d'Alexandre Borgia reste encore une figure essentiellement tragique par sa présence, sinon par son concours, aux drames épouvantables où elle assista dans l'attitude ambiguë d'une complice ou d'une victime de la scélératesse des siens.

Lucrèce Borgia avait, à rencontre de toutes les idées qu'on pouvait s'en faire, un minois enfantin et un nez retroussé. Les médailles frappées pendant qu'elle était duchesse de Ferrare sont là pour l'attester.

Lucrèce Borgia, un nez retroussé î Essayez donc, après cela, de faire vrai au théâtre !

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