‹ Curiosités littéraires et bibliographiquesChapitre 79 sur 89 · LES DOUZE JOURNEES DE LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

LES DOUZE JOURNEES DE LA RÉVOLUTION

Acheté aiijourd'lmi, sur les quais, les Douze Journées de la Révolution, poème, par Barthélémy (Perrotin, éditeur; un voL in-8% Paris, 1835; avec douze eaux-fortes par Raffet, Tony et Alfred Johannot). Des merveilles!

L'auteur de Némésis est déjà presque un o?^- Zi/zV^ mais ce ne sera jamais un dédaigné, ca,r son vers est superbe, — bien supérieur à celui de Méry, son collaborateur. Pourtant Méry a emporté la meilleure part de cette collaboration : c'est que Méry avait plus de brillant, de chatoyant, de superficiel.

Il ne me paraît pas que les Douze Journées de la Révolution aient eu un grand retentissement lors de leur apparition. Le public a été injuste comme souvent, car il s'agissait d'une belle œuvre, écrite dans une belle langue.

Les Douze Journées sont divisées de ]a sorte :

le Jeu de Paume, la Bastille, le Peuple à Versailles, le Peuple aux Tuileries, le Peuple roi, les Prisons, la Mort de Louis XVI, les Gii^ondins, la Chute de Robesjnerre, le Peuple à la Convention, Bonaparte, Saint-Cloud.

Pour donner une idée de la poésie de Barthélémy, je n'ai qu'à prendre au hasard, — ce morceau, par exemple, de la journée du 10 Août :

C'est ainsi qu'en tombant craque une monarchie.

Vous qui lisez, voyez que de débris il faut

Pour faire une charpente au royal échafaud !

Ces trois mille martyrs, trois mille en quelques heures,

Ont rougi le pavé des royales demeures;

Trois mille renversés avec la balle au front,

Qu'à leur foyer du soir les mères pleureront.

Et, pendant que leurs corps ensanglantent la fange.

Dites, que fait le roi, le roi de France? il mange.

Tel est leur héroïsme : abrutis sur leur sort.

Les rois, comme les bœufs, mangent devant la mort.

Ce dernier trait n'a rien de forcé. Arrivé dans la loge du Logographe, au moment où sa royauté tombait sous le canon du 10 Août, le premier soin de Louis XYI fut de se faire servir à diner.

Au retour de Varennes, il lui fallut deux repas copieux.

Citons encore ces vers, — qui ne sont pas moins beaux que les précédents :

Un glaive pend toujours sur les têtes régnantes,

Et la moitié des rois meurent de morts saignantes.

Ils ont beau se vêtir de cuirasses d'airain,

Quand leur dernier jour sonne au cadran souverain,

Le spectre inexorable entre sous leur alcôve.

Piété, repentir, vertus, rien ne les sauve.

En vain, l'âme abattue et le frisson au sang,

Dès que sur leurs palais un nuage descend.

Vers le ciel électrique ils tendent les mains jointes :

La couronne des rois est un cercle de pointes;

Ils offrent un aimant à l'éclair sulfureux ;

Dès que la foudre passe, elle tombe sur eux.

On peut juger maintenant.

Les Douze Journées de la Révolution, c'est une coulée de bronze.

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