LA SOCIETE DES AMIS DES LIVRES
Un catalogue de livres en vente aux prix marqués tombe sous mes yeux, et j'y lis ceci :
MuRGEu (Henry). Scènes de la Bohème, Paris, un vol., publication de la Société des Amis des livres, 150 francs.
Cent cinquante francs !
Qu'est-ce qu'aurait dit Murger en se voyant édité à un prix aussi triompliant?
La Société des Amis des livres, d'institution récente, est une réunion de cinquante amateurs, pas davantage. Les dames peuvent en faire partie,— témoin M""" Edmond Adam. Je relève au hasard, parmi les noms des fondateurs: MM. Eugène Paillet, Charles Cousin, Octave Uzanne, le duc de Rivoli, le duc d'Aumale, Henri ïloussaye, le baron de Saint-Geniès, Sixdeniers, le docteur Cusco, etc., etc.
La société a pour but de publier de beaux livres, — tout simplement, — « qui, par leur il-
lustration et par leur exécution typographique, soient un encouragement aux graveurs aussi bien qu'un motif d'émulation pour les imprimeurs français ».
Ces livres sont choisis en assemblée générale. Jusqu'à présent, elle n'en a publié que trois : la Chronique de Charles IX, par Prosper Mérimée, les Scènes de la Bohème, et le Fortunio de Théophile Gautier.
Veut-on avoir une idée des conditions de luxe suprême et de curiosité dans lesquelles ces livres sontexécutés?PrenonsFor/wmo.Le chefd'œuvre de Théo est orné de douze compositions dessinées et gravées à l'eau-forte par Milius, tirées avant la lettre en doubles épreuves sur vélin et sur japon; — plus, de quatre-vingtun petits dessins d'Avril, fleurons, culs-delampe et lettres, en doubles épreuves aussi, noir et bistre, sur chine volant. Le caractère a été fondu exprès et le papier fabriqué spécialement; il porte dans son filigrane : Société des Amis des livres.
Allons, les Fermiers généraux sont retrouvés.
Malheureusement, ces livres exceptionnels ne sont édités qu'à cent exemplaires, dont la
plupart sont souscrits par les sociétaires euxmêmes. Ceux qui se glissent dans le commerce ou qui apparaissent dans les ventes publiques atteignent sur-le-champ à des chiffres fabuleux. Je n'ai à reprendre qu'un seul article aux statuts de la Société des Amis des livres, mais il est mélancolique en diable :
Art. XI. — Les Amis des livres seront invités à assister aux obsèques des membres de rassociation par une convocation du secrétaire.
ET BIBLIOGllAPllIQUES 191