‹ Curiosités littéraires et bibliographiquesChapitre 81 sur 89 · RETIF DE LA BRETONNE · texte numérisé non relu

RETIF DE LA BRETONNE

Qui est-ce qui ne va pas être content? C'est M. Emile Zola, en apprenant qu'on réimprime Rétif de la Bretonne, le Zola du XVIIP siècle, l'ancêtre du naturalisme, l'auteur du Paysan perverti, des Contemporaines, des Françaises, des Parisiennes, du Palais-Royal, du Brame de la vie, du Pornographe, des Nuits de Paris, etc., etc., et de plus de cinquante autres ouvrages marqués tous au coin de la plus brutale réalité.

Si M. Emile Zola espérait bénéficier de l'oubli profond qui semblait envelopper Rétif de la Bretonne, il s'est mis, comme on dit vulgairement, le doigt dans l'œil; on va connaître maintenant les origines de l'Assommoir, du Ventre de Paris et de Pot-B ouille.

Rétif de la Bretonne, que, de son vivant, on appelait le romancier des femmes de chambre, le Rousseau des halles, l'écrivain dont les œuvres honnies et méprisées ont traîné si longtemps

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sur les parapets des quais, dans la boîte à quatre sous des bouquinistes, se voit aujourd'hui réimprimé à grands frais et à grand luxe.

Quant à ses éditions originales, elles sont hors de prix. Le libraire Auguste Fontaine, du passage des Panoramas, après maintes années de recherches, est parvenu à en réunir la collection complète, et l'a vendue, il y a quelque temps, au prix de vingt mille francs.

A l'heure qu'il est, des libraires qui hésiteraient devant une réimpression des Mémoires de Saint-Simon ou de la Somine de saint Thomas, n'ont pas hésité devant la réimpression du 3/o;^sieur Nicolas, en quatorze volumes, de Rétif de la Bretonne.

Monsieur Nicolas, conçu dans le goût des Confessions de Rousseau, comprend l'histoire générale de la vie de Rétif, de ses relations et de ses aventures secrètes et publiques. La première partie, consacrée à la peinture de son enfance au sein des campagnes de la basse Bourgogne, est une idylle d'une forte venue, odorante et chargée de fleurs sauvages, comme un buisson au printemps. Les pages qui suivent n'ont plus cette âpreté naïve, et, plus on avance dans la vie du héros, plus on regrette de le voir

grandir; ses amours sont racontées avec une verdeur de langage qui n'a été égalée que par son contemporain Casanova.

Du vivant de l'auteur, Monsieur Nicolas eut peu, très peu de succès. La publication en dura trois ans, — de 1794 à 1797, — et fut plusieurs fois interrompue, faute de ressources. L'époque, d'ailleurs, n'était pas favorable à la littérature. Les Allemands seuls, qui sont toujours restés fidèles à Rétif et à Mercier, s'intéressèrent à Monsieur Nicolas, comme l'atteste cet extrait d'une lettre de Schiller à Goethe :

Avez-vous lu par hasard le singtdier ouvrage de 'Kéiii \ Monsieur Nicolas, ou le Cœur humain dévoilé ? En avez-vous du moins entendu parler? Je viens de lire tout ce qui en a paru, et, malgré les platitudes et les choses révoltantes que contient cet ouvrage, il m'a beaucoup amusé. Je n'ai jamais rencontré une nature aussi violemment sensuelle ; il est impossible de ne pas s'intéresser à la quantité de personnages, de femmes surtout, qu'on voit passer sous ses yeux, et à ces nombreux tableaux caractéristiques qui peignent d'une manière si vivante les mœurs et les allures des Français.

Il est impossible qu'un ouvrage ainsi recommandé par un homme de la valeur de Schiller

n'excite pas la curiosité de la génération actuelle.

C'est égal, avoir songé à réimprimer Moyi52e?/r Nicolas,.. Nous vivons dans un drôle de temps.

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