DES BOUTS-RIMÉS
La rime nous amène naturellement à parler des boutsrimés, — On appelle ainsi des rimes disposées par ordre, et destinées d'avance à terminer des vers. Il faut, suivant le Dictionnaire de Trévoux, observer trois choses dans les bouts- rimes : 1° que les rimes soient toutes bizarres; 2° qu'il ne soit pas permis de les altérer; 3«" qu'on détermine le sujet des vers.
Le Ménagiana donne lorigine suivante aux bouts-riraés : « Un jour, dit Ménage, Dulot se plaignit, en présence de plusieurs personnes, qu'on lui avait dérobé quelques papiers, et particulièrement trois cents sonnets qu'il regrettait plus que le reste. Quelqu'un ayant témoigné sa surprise qu'il en eût fait un si grand nombre, il répliqua que c'étaient des sonnets en blanc, c'est-à-dire des bouts-rimes de tous les sonnets qu'il avait envie de remplir. Cela sembla plaisant, et depuis on commença à faire, par une espèce de jeu, dans les compagnies, ce que Dulot faisait sérieusement. » Ceci se passait en 1648, et dès l'année suivante il parut un recueil de sonnets en bouts-rimés. Cette mode, qui fit bientôt fureur, commençait à se ralentir, lorsqu'elle reprit de plus belle, en 1664, à l'occasion de la mort du perroquet d'une dame de la cour et de la prise de Sainte- Metiehould, deux sujets sur lesquels s'évertuèrent à l'envi tous les rimailleurs de la ville et de la province.
Sarrasin, qui avait partagé cet engouement, ne tarda pas à avoir honte de son mauvais goût, et composa en quatre chants, sous le titre de Dulot vaincu ou la Défaite des bouts-rimés, un poëme ingénieux qui a joui.
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dans son temps, d'une assez grande célébrité. Il a été réimprimé dans le tome IV de la Nouvelle Encyclopédie poétique. Paris, 1830, in-i8.
Pendant longtemps les membres de la Société littéraire de Toulouse, dits les lanteimistes, proposèrent annuellement les bouts-rimés d'un sonnet dont le sujet était Téloge du roi. Le bout-rimeur victorieux recevait une belle médaille d'argent. Les bouts-rimés suivants, proposés par cette Académie en llionneur de Louis XIV, farent remplis par le P. Gommire :
Tout est grand dans Je roi, l'aspect même de son àuste Rend nos fiera ennemis plus froids que des glaçoiu;
Et Gnillaume n'attend que le temps des flioiMtmt,
Poar se voir succomber sous un bras si robuête.
Qu'on ne nous vante plus les miracles dtAuguMe;
Louis de bien régner lui ferait des Uçom.
Horace en vain l'égale aux dieux dans ses charuaiu;
Moins que n'est mon héros, il était sage et Juste,
Modeste sans faiblesse' et ferme sans orgueily
Tandis qu'aux gens de bien il fait un doux accueily
Contre l'impiété ses lois servent de digue.-
Et seul de tout l'État conduisant les ressorte^
Par le charme secret des grâces qu'il prodigue^
Du prince et des sujets il forme les accords.
Le sonnet suivant fut compose en 1683 sur la perte d'un chat. Les rimes sont des noms de villes et de provinces. « L'invention était nouvelle, dit Ménage, et la difficulté était capable de faire quitter la plume aux
plus hardis. »
Aimable Iris, honneur de la Bourgognej
Vous pleurez votre chat, plus que nous Phil^bourg;
Et fnssiez-vous, je pense, au fond de la Gascogne,
48 CURIOSITÉS UTTÉR
On entendrait de ]à vos cris ju9qu*à Sa peau fut à vos yeux fourrure de On eût chassé pour lui Titi * du 11 ferait l'ornement d'un couvent de Mais quoil Ton vous Ta pris? l'on a bien
D'aller pour une perte, Iris, comme la Se percer sottement la gorge d'une Il faudrait que Ton eût la cervelle à V
Chez moi, le plus beau chat, je vous le Vaut moins que ne vaudrait une orange Et qu'un verre commun ne se vend à