DE QUELQUES OUVRAGES VERSIFIÉS
La manie de versifier a toujours été si grande che» quelques écrivains dépourvus complètement dlmaginalion, que, plutôt que de renoncer à écrire, ils se sont bornés à mettre en vers des ouvrages en prose. On ne s'est pas contenté de versifier des ouvrages littéraires *,
^ Le Festin de Pierre, de Molière, a été mis en vers par Th. Corneille; lés Précieuses ridicules, par Sonieize. Tèlémaque a été mis en vers dans presque toutes les langues de IT.urope Voici un spécimen du style de Pelletier, qui, à la fin du siècle dernier, rima le septième livre de ce dernier ouvrage :
Mais quel est ce Mentor? Par sa*siinpUcHé ' Sans peine oa le croirait né dam robscarité:
Mais, altentÏTement quand on le considère.
Il semble â*un mortel bien surpasser la sphère.
on a versifié des ouvrages d'histoire, de droit, de théologie, de science, et des règles de monastère. Ainsi, au treizième siècle, -Richard d^Annebaut, poète anglo-nor-' mand, rima lés Institutes de Jusiinien, et Nicolas Dourbaûlt. publia, en 1280, la Coutume de Normandie^ en vers de huit syllabes. L'Ancien et le Nouveau Testament ont été rimes un très-grand nombre de fois.
Plus tard, un Espagnol mit en vers le traité Adversus omnes hasreses, de l'archevêque de Compostelle, Castro, mort en 1568. Le célèbre jurisconsulte italien Gennaro, mort en 1761 , traduisit le Digeste en vers latins. Garnier Desehênes est auteur de la Coutume de PariSf mise en vers français, 1 768 , ' i n-1 2 , ouvrage qui eut trois éditions. Un avocat, Flacon, publia à Paris, en 1805, le CôdeMvil,misen vers. ^
£n revanche, des écrivains du Bas-Empire s'amusèrent à remettre en prose lés fables d'Ésope, que Rabrius avait versifiées. Dans les bas siècles de la latinité on avait fait la même chose pour les fables de Phèdre. Nous ne savons si on était inspiré alors par les mêmes motifs qu'un pasteur protestant, Uucommun, qui, ayant mis en prose les fables de la Motte, en donna pour raison que tout le monde n'aime pas les vers, et que d'ailleurs la prose semble mieux convenir que la poésie au style simple et naturel de la fable.
Les ouvrages techniques çn vers sont assez nombreux. Parmi les traités de grammaire, le plus connu est le Jardin des Racines grecqjies, de Lancelot, précédé de cet avis au lecteur :
Toi qui chéris la doc<e Grèce, Où jadis fleurit la sngcsse
Entre en ce jardin non de fleurs Qui n'ont que de vaines couleurs.