‹ Curiosités littérairesChapitre 38 sur 84 · DU PLAGIAT PROPREMENT DIT · texte numérisé non relu

DU PLAGIAT PROPREMENT DIT

Les plus grands écrivains de l'antiquité n'ont pas été à l'abri des accusations de plagiat. Un auteur inconnu, cité par Porphyre, avait composé un traité où il accusait Hérodote d'avoir emprunté des morceaux entiers de la description de l'Egypte par Uécatée. Un certain philosophe d'Alexandrie et un grammairien nommé Latinus avaient composé des traités, le premier sur les plagiats de Sophocle, le second sur ceux de Ménandre.

Ëschine, au rapport de Diogène Laèrce, s'attribua des Dialogues dont il n'était pas l'auteur; Diodore de Sicile, suivant Saamaise, a copié des morceaux entiers d'Agatharchides ; Euripide, Tite-Live, Salluste, ont été aussi en butte à de semblables reproches.

Au moyen âge, on a quelques exemples de plagiat, surtout parmi les chroniqueurs, qui, favorisés par Tignoranc^ de leur siècle, semblent ne s'être fait aucun scru-

pule de piller leurs devanciers. Ainsi Matthieu de Westminster a pillé Matthieu Paris, qui, à son tour, a copié Touvrage de Roger, prieur de Wendoves. Villani a copié Malaspina sans le citer.

Ralph ou Ranulph Uigden, auteur du Polyc/ironicon*, résumé encyclopédique des connaissances au quatorzième siècle, n'a fait, comme on Ta reconnu plus tard, que retoucher le Polycratica temporumd'nn autre moine, nommé Roger.

Quant aux ouvrages littéraires proprement dits, le plagiat était plus difficile, et assez sévèrement puni quand il était découvert, s'il faut toutefois sVn rapporter au fait suivant, raconté par J. de Notre-Dame, dans son Histoire des plus célèbres et anciens poètes pro^tençtLUx. — Un troubadour, Albertet de Sisteron, congédié de sa dame, mourut de douleur à Tarascon, « et il bailla ses chansons à un sien ami et familier, nommé Feyre de Valieras, ou de VaUmaSy pour en faire un présent é la marquise de Nallespina ; et, au lieu de ce faire, il les vendit à Fabre d'Uzès, poète lyrique, se faisant ouïr qu'il les avait dictées et composées ; mais, ayant été reconnu par plusieurs savants hommes, au rapport qu'en fit ledit de Valieras, le Fabre dUzès fut pris et fustigé pour avoir injustement usurpé le labeur et œuvres de ce poëte tant renommé, suivant la loi des empereurs. » Cette loi des empereurs, comme Tobserve fort bien C. Nodier, est grandement tombée en désuétude*.

lx)rsqu'au quinzième siècle Tétude de l'antiquité eut repris faveur, les auteurs grecs et latins, dont il ne restait quelquefois qu'un seul manuscrit, offrirent beau jeu

* Les lettres initiales de chaque chapitre forment une phrase dont le sens est que Ralph, moine de «hester, esl auti ur de l'ouvi-age. Voy., dans les AmmUies ofliteiaturej de d'israeli, le chap. First tonnes of maaern hlêlory.

• Quniiim de lUtirêtun lég9le,iSi», in-8, p. 51.

aux plagiaires; aussi a-t-on^élevé contre quelques philologues de cette époque des accusations qu'il est assez difficile d'apprécier aujourd'hui.

Léonard Bruni d'Arezzo, plus connu sous le nom de Léonard Arétin, composa en latin une histoire des Goths en quatre livres, au moyen de l'ouvrage grec de Procope, dont il avait trouvé un manuscrit, et qu'il ne fit guère que traduire, puis donna cet ouvrage comme de lui, sans nommer une seule fois l'historien byzantin. Mais après sa mort, arrivée en 1 444, la découverte d'un second manuscrit grec fil reconnaître la fraude.

Perotti, archevêque de Manfredonia (mort en 1480), essaya de s'approprier quelques fables de Phèdre. Du moins, c'est ce qu'on peut conjecturer d'un manuscrit autographe de ce prélat, où, parmi les fables latines de sa composition, il a inséré textuellement plusieurs pièces de l'auteur latin.

P. Alcyono, Vénitien (mort en 1527), est accusé d'avoir détruit un manuscrit unique du traité de Gloria de Cicéron, après en avoir adapté les plus beaux endroits à l'un de ses propres ouvrages.

Machiavel s'y est pris plus adroitement dans un cas semblable : ayant en manuscrit les Apophthegmes des anciens de Plutarque, il choisit ceux qui lui plaisaient le plus, et les mit dans la bouche de son héros Gastruccio Gastruçani.

Barbosa, évoque d'Ugento, en 1649, a publié, parmi ses œuvres, un traité de Officio episcopi, qu'il s'était procuré d'une manière assez singulière. Un de ses domestiques, revenant du marché, lui en avait apporté une feuille servant d'enveloppe à un poisson, et il s'était empressé d'aller acheter le reste du manuscrit.

Plus tard, les auteurs qui cultivèrent là poésie grecque ou latine ne se firent aucun scrupule de piller les

anciens. Les poj^ies de Gilles Ménage, entre autres, ne sont guère que des centons tirés des écrivains anciens ou modernes S ce qui lui attira une sanglante épigramnie où, faisant allusion au nom latin de mademoiselle de Lavergne (Laverna), qu'il avait souvent chantée , ou ne s'étonnait pas qu'il eût pris pour muse la déesse des voleurs.

Les1)ia nuUa tibi, nulla est libi dicta Coriuna ;

Carminé laudalur Lcsbi i nulla tuo; Scd cum doctorum compiles scrinia vatnm,

Ml mirum si sitcuUa Lavcrna tibi.

Nous ne prétendons pas donner ici une liste complète des plagiats commis depuis le seizième siècle; nous voulons seulement énumérer les plus frappants parmi les ouvrages de littérature proprement dite et d'érudition.

Le dialogue rfe//fl Sla7npa(\bQ^y in-8*) du savant littérateur italien Louis Domenichi est pris tout entier dans les Marmiy ouvrage de Ant. F. Doni, imprimé dix ans auparavant. Nous avons tort de dire tout entier, car le plagiaire y inséra trois violentes invectives contre sa victime, et, dans Tune d'elles, il hii reprochait effrontément ses plagiats. Ce procédé était assez hizarre, mais, ce qui le fut encore plus, c'est que Doni, qui avait volé quelques années auparavant, à Sebastiano Manilio, une traduction de lettres de Sénèque, n'osa réclamer, et se tint pour injurié, pillé et content.

Coriolano Martirano, poëte latin,, mort en 1557, avait composé huit tragédies latines, deux comédies, et d'au-

* On sait que Molière, dans les Fetnmei sarontes^ Ta mis en scène sous le nom de Vadius, auquel il fait dire pat Trissotin :

Va, va restituer tous les hontein larcins Que roclament sur toi les Grecs et les Latins.

Ménage préparait, lorsqu'il mourut, un livre sur l'imitation et le larcin des poètes. Nous aut ious éiô curicuii de voir comment il aurait U'iité un sujet où il ne pouvait guère être impailial.

132 CURIOSITES LITTKRAIKKS.

très pièces, publiées en 1556, in-8*. Ce recueil, étant devenu excessivement rare, engagea, en 1736, un inconnu à le faire réimprimer sous son nom, en y joignant d'autres pièces de vers tombées dans Toubli. Mais le plagiaire commit l'imprudence d'en envoyer un exemplaire au savant J. A. Vol pi, professeur à Padoue. qui découvrit aussitôt rimposture, et se hâta de la démas {uer.

Ce genre de plagiat, le plus effronté de tous, a été souvent répété, et Ton trouve même des saints parmi ceux qui s'en sont rendus coupables. Ainsi Ignace de Loyola est accusé d'avoir copié littéralement des Exercices spirituels, qui avaient pour auteur Gisneras, abbé de Montserrât, mort en 1510.

« Rainsay, dit Voltaire, fit les Voyages de Cyrus parce que son maître (Fénelon) avait fait voyager Télémaque. 11 n'y a jusque-là que de Timitation. Dans ces voyages, il copie les phrases. les raisonnements d'un ancien auteur anglais, qui introduit un jeune solitaire disséquant sa chèvre morte, et remontante Dieu par sa chèvre. Cela ressemble beaucoup à un plagiat. Mais, en conduisant Cyrus en Egypte, il se sert, pour décrire ce pays singulier, des m^mes expressions employées par Bossuet : il le copie mot pour mot sans le citer. Voilà un plagiat dans toutes les formes. L'un de mes amis le, lui reprochait un jour ; Ramsay lui répondit « qu'on pouvait se rencontrer, « et qu'il n'était pas étonnant qu'il pensât comme Féne- « Ion, et qu'il s'exprimât comme fiossuet. » Cela s'appelle être fier comme un Écossais,

«Le plus singulier de tous les plagiats, continue Voltaire, est peut-être celui du P. Barre, auteur d'une grande histoire d'Allemagne en dix volumes. On venait d'imprimer VHistoire de 'Charles X//, et il en prit plu» de deux cents pages, qu'il inséra dans son ouvrage, il fait dire â un duc de I^orraine précisément ce que Charles XH

PLAGIAT. iaS

a dit.Jl attribue à Fempereur Arnould ce qui est arrivé au monarque suédois. Il dit de l'empereur Rodolphe ce qu*on avait dit du roi Stanislas. Valdémar, roi de Danemark, fait et dit précisément les mêmes choses que Charles à Bender, etc., etc., etc. Le plaisant de 1 affaire est qu'un journaliste, voyant cette prodigieuse ressemblance entre ces deux ouvrages, ne manqua pas d'imputer le plagiat à Tauteur de YHistoire de Charles A7/, qui pourtant avait écrit vingt ans avant le P. fiarre *.»

Servant, avocat général au parlement de Grenoble, avait, à la rentrée du parlement de cette ville, prononce un Discours sur les mœurs (1769, in-8"). Bacon-Tacon fit imprimer comme de lui, avec quelques légers changements, le même ouvrage sous le même titre, 1795, in-i2.

Un certain Cadot fit réimprimer à Paris, en 1757, sous son nom, en y changeant seulement une vingtaine do vers, le poème sur la Conversation, de Janvier, publié, en 1742, à Autun.

L'une des premières traductions du littérateur anglais Nackenzie, mort en 1851, avait pour titre 1 Homme sen^ sibUf et obtint un trës>grand succès. Un jeune ecclésiastique de Bath, nommé Eccles, voulut'profiter de ce que le nom de l'auteur était encore peu connu pour s'attribuer cet ouvrage. 11 le copia tout entier de sa main, fit des ratures, des corrections, etc., sur sa copie, et s'en prétendit l'auteur avec tant de ténacité et d'une manière si plausible, que les éditeurs de Mackenzie se virent obligés de réclamer, devant les tribunaux, contre cette fraude audacieuse.

Nul écrivuin, peut-être, n'a pcussé pins loin le brigandage littéraire que madame de Cenlis. kl le eut. à ce sujet, en 1850, un procès déplorable avec le libraire

* DietUmmiirê philosophique, article Plaaut.

154 CURIOSITÉS LITTÉRAIRtS.

Roret, éditeur de la collection des Manuels, ï,\\e s'était engagée, moyennant 400 francs, à composer pour lui un Manuel encyclopédique de Venfance, On allait imprimer le manuscrit, qui avait été payé, lorsqu'on s'aperçut qu'il était la copie exacte d'un livre du même genre, publié, en 1820. par M. Masselin. Il fallut un jugement pour que le libraire obtint la restitution de son argent.

Enfin, tout le monde se rappelle qu'en i841 le f^aiwnal apprit au public qu'un feuilleton inséré dans la Presse n'était que la reproduction exacte d*un roman publié vingt ans auparavant. 11 en résulta un procès intenté par la Presse à son collaborateur.

Si des plagiaires ont été assez bardis pour s'emparer d'ouvrages entiers qui ne leur appartenaient pas, il y en eut d'autres dont l'ambition fui plus timide , et qui se contentèrent de s'approprier quelques petites poésies. Ginguené raconte qu'il composa sa meilleure pièce de vers, la Confession de Ztdmé y au fond de la Bretagne, à vingt ans; que, quatre ans après, en i772, il vint à Paris, et la communiqua à Rocbefort. Celui-ci la lut dans diverses sociétés, où elle fut fort applaudie, et la laissa copier : si bien que cette pièce, dont l'auteur était alors complètement- inconnu , fut revendiquée par plusieurs personnes, tandis que d'autres, comme le duc de Nivernais, se la laissèrent attribuer dans plusieurs recueils. Ginguené eut toutes les peines du monde à s'en faire reconnaître pour le véritable auteur'.

*■ Quelque temps après la bataille d'Austerlitz. Napoléon, se faisant lire le Moniteur, y trouva une Ode à la grande armée ^ dont la poésie l'impressionna vivement. Tetlc ode était si<;née Lebrun. L'empereur fit imméiliatement expédier à Lebrun-Kcouehard un brevet de pension. Mais on ne tarda pas à découvrir qu'il s'agissait, non pas du chantre du Venffeury mais bien de t'ierre Lebrun, jeune liomme de vingt ans, qui composa plus tard la tragédie de Marie Stuart, La pension fut restituée 4 re dornier, au grand désappointrment do son homonyme.

En 1856, on a réimprimé à Paris, imprimerie de Belin, 16 pages in-8% une pièce intitulée Satn/ Thomas, et précédée d'un envoi où un M. G. Lajarry la donne pour uns rêverie émanée de ses loisirs ^ Or cette pièce est d'Andrieux, qui Ta publiée chez Davin, en 1802, après la mort de mademoiselle Ghameroy. Des cent soixantedix vers d'Andrieux, un seul a été changé; au lieu de : Vestris, Miller, Delille et cœlera, on lit : Taglionit Ves» tjis et caetera •.

Les plagiaires n'ont pas plus manqué aux ouvrages d'érudition qu*aux ouvrages littéraires. En voici quelques exemples.

La traduction de la Polygraphie de Trithème» par CoUange, 1540, in-4% fut publiée de nouveau en 1620, à Embden, en français et dans le même format, par uu Frison nommé Dominique de Hottinga, qui y mit son nom, et osa parler, dans sa préface, des longues veilles que ce travail lui avait coûté, sans faire la moindre mention de Tauteur ou du traducteur.

Pellier ou P. du Pelliei, gentilhomme breton, publia, en son propre nom, un ouvrage de Luciuge, intitulé : Histoire de l origine, progrés et déclin de Vempire des Turcs, 1614, in-8^ L'auteur, qui n était point mort, comme le croyait Pellier, et se trouvait alors à Paris, attaqua le contrefacteur en justice, et obtint à grand peine la restitution de sa propriété.

Le Traité des plus belles bibliothèques, de le Gallois, a été inséré presque en entier par Limiers dans Vidée générale des études, que celui-ci publia sous le nom de

' Voy. Journal det SavnUê, avril 1S56, p. 251. * On peul encore coo'ulter les traités de Th. Crenius, d'Almeloveen, de SaUier, etc., et les articles Udilxer, Poinsirlt, Dksiuks, Cakpari, 11av iLiO, Maiuxski, de la Bhgraphie Michaud : les quatre derniers appar- ' tiennent au supplément.

136 CURIOSITES LITTEIIAIRES.

Chevigny, 1713, in-i2, et, plus tard, dans Id. Science de Vhpmme de cour.

Au dernier siècle, la dissertation de Longuerue sur les Antiquités des Clialdéens et des Égyptiens fut pillée presque mot à mot par R. Simon. Ce plagiat fut relevé par Thoynard, qui publia : Phénomène littéraire, ou liessembtance de deux auteurs, 1705, in-8*.

Lefebvre de Villebrune, helléniste fort médiocre de la fin du dix-huitième siècle, renouvela, dans son édition d'Athénée, le- procédé que Domenichi avait employé à regard de Doni; il copia six mille deux cents notes de Casaubon ; et, non content de cela, il se laissa aller à injurier le savant bibliothécaire de Henri IV.

Un homme qui, malgré sa profonde ignorance, était parvenu à se faire, au commencement de ce siècle, une grande réputation comme orientaliste, Langlès, s'est signalé par ses impudents plagiats. Parmi les nombreux ouvrages qu'il a publiés, soit comme auteur, soit comme éditeur, qualités, a dit un biographe, qu'il ne distinguait pas scrupuleusement sur les frontispices, nous ne parlerons que du Voyage d'Abdoul-lHzx-ak, qu'il prétend avoir traduit du persan. On Ta cru longtemps; et les orientalistes mêmes regardaient cet opuscule, qui ne forme que la moitié d'un volume, comme Tunique essai de ses connaissances en langues orientales. L'illusion a été détruite, en 1812, par une découverte de M. Audiffret. 11 est bien constaté aujourd'hui que leVoyage d'Abdoulr-Pd%%ak a été pris en entier dans la traduction française faite par Galland d'une histoire de Ghah-Rokh et autres descendants de Ta merlan, par le même Abdoul- Rizzak, traduction dont il existe deux exemplaires manuscrits à la Bibliothèque du roi. Il est. pénible de déclarer que le prétendu traducteur a publié comme son propre ouvrage celui de Galland, et que, pour faire

disparaître les traces du plagiat, il a soustrait de Fun des exemplaires les cahiers qui contenaient les passages relatifs au voyage de fauteur persan, sans se rappeler qu'il existait un autre exemplaire, sur lequel il avait marqué, par des crochets, les mêmes paragraphes. Par suite de cette découverte, on reconnut aussi que Langlès avait pris déjà, dans la traduction de Galland, un opuscule non moins exigu qu'insignifiant, et publié en 4788, in-8*, sous ce litre : Ambassades réciproques d'un roi des Indes y de la Perse ^ et d'un empereur de la Chine*. i^ On voit, d'après tout ce que nous venons de dire, que le vol a rarement réussi aux plagiaires. Bayle leur applique ces paroles où Jérémie compare les gens devenus riches injustement à la perdrix qui couve ce qu'elle n'a point pondu '. « Les interprètes disent là-dessus, ajoutet-il, que la perdrix dérobe les oeufs des autres oiseaux, et qu elle les couve, mais que les petits qu'elle fait éclore ne la reconnaissent point pour leur mère, et qu'ils la quittent et vont trouver l'oiseau qui avait perdu ces œufs. Voilà le sort ordinaire des écrivains plagiaires. Ils moissonnent ce qu'ils n'ont point semé, ils enlèvent les enfants d'autrui, ils se font une famille d'usurpation; mais ces enfants enlevés font comme les autres richesses mal acquises, maie parla maie dilabun-^ tur; ils prennent les ailes et s'enfuient chez leur véritable père. Un auteur voie réclame son bien, et, si la mort

* Voy. Biographie dei Contemporains^ de Rabbe, t. lU , article Lak- OLis. Le suppiéineiit de la Biographie Michaud mentionne encore quelques exemples de plagiat. Ainsi il est dit (art. Lacuuht) que Léve&que de Pouilly a volé sa Disoertaiion sur l incerlitude des quatre premiers siècles de Rome à Lacourt, dont le manuscrit existe dans la bibliothèque de Reims ; et que Désormeaux a volé à Dingé (voy. ce nom) plusieurs ouvrages historiques.

* Bayle^ article Duarkh, note H. l\ est inutile d'ajouter que cjette comparaison du prophète repose sur un préjugé populaire.

Ten empêche» un fils, un parent, un ami, fait valoir ses droits. Un homme même qui ne sera pas de ses amis lui rendra ce bon office, afin de se faire honneur de la découverte du vol, ou afin de couvrir de confusion le plagiaire. Ce que l'amour de Téquité n'inspirerait pas, la vanité, la malignité, le désir de la vengeance, le suggéreront. Et ainsi, tôt ou tard, les productions enlevées abandonnent le voleur. Notez qu'il y a des plagiaires qui n'imitent pas en tout la perdrix; ils ne prennent pas la peine de couver; ils prennent les pensées et les paroles d'autrui toutes formées. »

Au dix-septième siècle, il s'établit à Paris un cours public dont le but était assez singulier. Richesource, misérable déclamateur, qui s'intitulait : Directeur de l'Académie des orateurs philosophiquesy enseignait à un individu, dépourvu de tout talent littéraire, à devenir un auteur distingué. Il publia les principes de son art sous le titre de : Masque des orateurs, ou Manière de déguiser toutes sortes.de compositions, lettres, sermons, panégyriques, oraisons funèbres, dédicaces^ discours, etc. Voici une brève analyse de son ouvrage.

L'auteur observe d'abord, avec beaucoup de justesse, que tous ceux qui s'adonnent à la littérature ne trouvent pas toujours dans leur propre fonds ce qui peut leur assurer le succès. C'est pour ces intelligences malheureuses qu'il travaille; il veut leur enseignera eueillir, dans les jardins des autres, ces fruits dont leurs terrains stériles sont privés, mais à les cueillir avec tant d'art, que le public ne puisse s'apercevoir de ces larcins. 11 décore cette nouvelle science du titre de plagiarisme» et s'exprime ainsi :

<i Le plagiarisme des orateurs est l'art, que quelquesuns emploient avec beaucoup d'adresse, de changer ou déguiser toutes sortes de discours, composés par eux, ou

sortis d'une plume étrangère, de telle sorte qu'il devienne impossible à Tau leur lui-même de reconnaître son propre ouvrage, son propre style» et le fond de son œuvre, tant le tout aura été adroitement déguisé. »

-Le professeur expose ensuite la manière dont il faut disposer le passage qu on veut copier ou changer. Elle consiste à en ranger toutes les parties dans un nouvel ordre» à remplacer les mots et les phrases par des mots et des phrases équivalents, etc. Si un orateur a dit, par exem}fle, qu'un ambassadeur doit posséder trois qualités, ]a probité, h capacité ei le courage, le plagiaire Boit dire le courage, la capacité et \2l probité. Ceci ne sert que de règle générale et ne saurait être mis en pratique fré. quemment, â cause de la simplicité du moyen; mais on peut, en changeant toutes les expressions, s'élever à un plagiat réellement original. 1^ plagiaire, en place de courage^ mettra force d'âme, constance ou vigueur de ca* . ractére; à probité, il substituera sincérité ou vertu. Il peut encore déguiser la phrase en disant que Vambassa^ deur doit être fermer vertueux et capable.

Le reste de ce singulier ouvrage se compose de passages extraits d'écrivains célèbres, et accommodés suivant la méthode de Richesource ; ils ne sont jamais embellis. Plusieurs écrivains célèbres, et, entre autres, Flécbier, qui lui a adressé des vers, fréquentèrent, dans leur jeunesse, les cours de ce professeur de littérature fabriquée, auquel on doit encore un Art d'écrire et de par 1er , ou Méthode pour faire toutes sortes de lettres*,

* Ces détails sont extraits du cliap. Pro [essors of Plagiarism and Obitcurity^ des Curiosities of Weratnre, de d'israeli, qui n'indique paf%, maUieureusenacnt, où il les a puisés.

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