DE LA CESSION D'OUVRAGES
11 s'est rencontré de tout temps des auteurs qui, par un motif quelconque, ont consenti à céder des écrits qui leur étaient dus en partie ou en totalité. Aussi en est-il résulté, pour rhistoire littéraire, des problèmes fort difficiles à résoudre; car la critique doit craindre avant tout d'ajouter foi à Tun de ces bruits injurieux qui s'attacl^nt toujours aux grandes réputations.
L'une des questions 'de ce genre qui ont été agitées dans Fantiquité est relative à la part de collaboration prise aux comédies de Térence par Scipibn Émilien, ou le second Africain, et Laelius. On a été jusqu'à prétendre que Tauteur de VAndrienne ne faisait que prêter son . nom à leurs ouvrages.
On s'est appuyé, pour soutenir cette opinion, sur un passage du prologue des Adelplies, où Terence s'exprime ainsi : « Quant à ce que disent des malveillants, que d'illustres personnages aident le poète et travaillent assidûment avec lui, loin de le prendre, comme ils se l'imaginent, pour un'^anglant outrage, il se trouve fort honoré de plaire à des hommes qui ont su plaire à vous tous et au peuple romain, et qui, sans orgueil, ont rendu service à chaque citoyen en toute occasion, dans la guerre, dans la paix, dans les affaires privées. » Dans ces paroles, nous le pensons, on ne peut reconnaître qu'une ingénieuse flatterie pour les illustres personnages protecteurs de Térence; d'ailleurs, Lselius et Scipion étaient tous deux bien jeunes, et assez inconnus lorsque Térence était déjà célèbre. Le poète, à ce qu'il nous semble» doit donc rester en possession de toute sa gloire. Telle n'était pas, toutefois, l'opinion de Montaigne : « Si la per-
CESSION D'OUVRAGKS. 141
fection de bien parler, dit-il, pouvoit apporter quelque gloire sortable à un grand personnage , certainement Scipion et Lselius n'eussent pas résigné rhonneu> de leurs comédies et toutes les mignardises et délices du langage latin à un serf africain. Car, que cet ouvrage soit leur, sa beauté et son excellence le maintient assez, et Térence Tadvoue lui-mesme, et me feroit-ou desplaisir de me desloger de cette créance*. »
Les femmes surtout ont été soupçonnées fréquemment de n'avoir pas composé les ouvrages qui paraissaient sous leur nom. Mais rarelnent elles ont mérité cette accusation autant que Claudine, la veuve de Colletet, laquelle venait réciter à table, comme d'elle, des vers faits par son mari. Ce dernier, pour abuser plus longtemps ses amis, poussa la précaution jusqu'à composer, pendant sa dernière maladie, une pièce par laquelle sa femme était supposée dire adieu aux Muses. Ce fut en vain, le mystère ne tarda pas à être découveit après la mort de Colletet, et cette Claudine, dont le talent avait fait beaucoup de bruit, redevint alors ce qu'elle avait été» une servante sotie et ignorante. Aussi la Fontaine, qui lui avait adressé quelques madrigaux, se vengea d'avoir été sa dupe par quelques stances dont voici la première :
Les oracles ont cessé, Colletet ei^t trépassé.
Dès qu*il eut la bouche close, Sa femme ne dil plus riep ; KJIc enterra vers et prose ATec le pauvre chrétien.
On a voulu attribuer à tort à Hesnault, poète fort médiocre, les poésies de madame Deshoulières, que l'on accusa en même temps d'avoir pris dans les Promenades de Coutel la jolie idylle des Moutons^ tandis qu'il est
' Liv. I, chap. xxxix.
U^2 (JtJlUOSITÉS LlTTÉUAÎRfclS.
probable que ce dernier n'a fait qu'insérer dans sou recueil une pièce qui courait manuscrite et dont il n'était pas Fauteur. On a aussi essayé d ôter à la Rochefoucauld le Livre des Maximes pour le donner à CorbinelU; mais il n'est pasi permis de supposer que ce dernier, mort cinquante-six ans aprèâ la Rochefoucauld, se fût résigné pendant un si long espace de temps à ne pas réclamer la moindre part d'une gloire qu'il \oyait revenir à l'auteur de ce livre.
1*68 mêmes motifs ne peuvent s'alléguer en faveur de Raynal, auquel ses contemporains et même ses amis ont contesté la propriété de Y Histoire philosophique des deux Indes. « Qui ne sait aujourd'hui, dit Grimm dans sa correspondance, que près d'un tiers de l'ouvrage appartient à Diderot? » Celui-ci, on effet, y avait travaillé près de deux ans. Dans la première édition, plusieurs morceaux appartenant à Pechméja furent distingués par la lettre P. Onnecrut pas devoir agir de même à l'égard des autres collaborateurs, comme Dubreuil, la Roque, Naigeon, d'Holbach, Deleyre, qui a fait le dix-neuvième livre, etc., car alors il serait resté trop peu de chose au pauvre abbé. Non content de cette collaboration, il paraît que Raynal emprunta encore textuellement des pages entières à d'autres livres, et on ne manqua pas de le lui reprocher lorsqu'il eut rompu avec le parti révolutionnaire. « Le plat auteur du Stathoudérat, dit Anacharsis Glootz, se fit une superbe' queue de paon avec la plume des Pechméja, des Dubreuil, des Diderot, des Naigeon, des Dolbach, etc., sans compter tous les écrivains qu'il pilla malgré eux; mon oncle Pauw, l'auteur des Recherches sur les Américains^ se frotta les yeux en voyant des pages entières de son ouvrage incorporées, sans italique ni guillemets, dans l'ouvrage de rcntreproneur Raynal. r^
CESSION D'OUVRÂâES. I4:>
On n*a jamais apporté de raisons suffisantes pour prouver que Crébillon ne fût pas l'auteur de ses tragédies. Ses ennemis prétendaient qu'elles étaient Touvrage d'un frère qu'il avait chez les chartreux. On raconte qu'un jour ayant récité devant un jeune homme une scène d'une tragédie qu'il venait de composer, celui-ci, qui avait bonne mémoire, lui en répéta surle-champ plusieurs tirades. « Monsieur, s'écria gaiement Crébillon, seriez- vous par hasard le chartreux qui fait mes pièces ' ? »
La France littéraire, de M. Quérard, contient, é l'article us Cases, la note suivante, dont nous laissons la responsabilité à son auteur :
« Si Ton devait ajouter foi à tous les on dit, le nom d'A. Lesage, sous lequel Y Atlas historique a été publié, ne serait point un pseudonyme du comte de Las Cases, mais le nom d'un prêtre français réfugié en Angleterre, d'après les uns, ou d un prêtre irlandais, d'après les autres, véritable auteur de V Atlas, On prétend que M. de las Cases eut occasion, pendant son émigration, de faire connaissance avec ce dernier, qui se trouvait dans une pénurie extrême. L'ecclésiastique proposa au comte de lui céder son travail moyennant une somme de cinquante louis; le marché se conclut. L'ecclésiastique mourut peu de temps après» et M. de las Cases put publier V Atlas historique comme son propre travail à sa rentrée en France. C'est une assertion dont nous sommes loin de garantir l'authenticité, mais à laquelle les notices concernant M. de las Cases, imprimées dans plusieurs
* On mconlc encore que, quelqu'un lui ayant un jour demanda le> quel de fos ouvrages lui paraissait le meilleur : « Je ne sais, rôpondit-il, mais voilà, je crois, le plus mauvais, » ajoula-t-il fn moolrani son iils, qui répondit aussitôt avrc vivacité : « C'est que ce'ui là n'es pas du cliarirtiix. >
144 CURIOSITES LITTEBAIUKS.
biographies modernes, peuvent donner quelque appa- ^a rence de vérité. • «i
Nous nous bornerons à ces exemples, bien que nous *l soyons loin d'avoir épuisé le sujet; car à combien d'au- 'T teurs pourrait-on faire une épitaphe analogue à celle-ci : >?(
Ici gît qui se nommait Jean ; ^i
Il croyait avoir fait Hercule et Soliman ^ |
Il est arrivé fort rarement pour des ouvrages litté- il raires, mais fréquemment pour des écrits politiques, k que les auteurs qui ne voulaient pas se faire connaître ui se soient servis de prête-noms complaisants que Bayle 01 (art. Boccalin) compare assez heureusement à « certaines lii personnes qui, pour épargner à leur patron ecclésias- k tique la honte d'avoir engrossé quelque servante, disent 1 que ce sont eux qui Tont fait, et se marient avec la i\\ servante, résolus à l'adoption de tous les enfants quiip pourront venir de la même main. » âai
fh(
On sait que le savant jésuite J. Uardouin affirma ha>. diment, dans la Chronologie expliquée par les médailles *, «o que rhistoire ancienne avait été recomposée entièrement, dans le treizième siècle, à Taide des ouvrages d'Homère, ^^ d'Hérodote, de Cicéron, de Pline, des Géorgiques Je Virgile, des Satires et des Êpltres d'Horace, ouvrages, selon k lui, qui appartiennent seuls â l'antiquité; les Bucoliques iri et y Enéide de Virgile, les Odes et VArt poétique d'Horace m et toute cette collection de poètes, d'historiens et d'écri- pi
* Celte épilaphe a élé composée pour la Tiiuillerie, acteur et poêle ^ dramatique. Les deux tragédies A'HenuU et Soliman étaient, à ce qu'il \( paraît, du P. de la Hue et de l'abbé Abeille.
* Chronologtœ ex numuis antiqn.s restiht/œ specimefkprimhtny Paris, 1696, in-4. tj
SUrPOSlTIOX B'AUTSl}RS, 145
,|y^., vains qve nous admirons, ayant été, dufiiuili fabriqués i par des moinas du moyea âge^ Sans vottloir a^met^ve ioi> eetle fotte hypothèse, il est probable, pour ne pas dire ;,ijj certain, qnil s'est glissé dap» ks œuvras attnbuées aux ml anciens des ftfèces appartenant à des temps plus ms^r (ternes.
H n'est pas de po($te (jélèbve auqud on n'hait attribué jtH quelques-uns de ces petits poignes qui, à toutes les iiJ époques, courent le monde, sans qu'on en eannaisai; ilti« jamais Tauteur. Pour ne ester qu'un exemple entre mille, ;iv! fious ne parierons que du Culex et du dm, que Ton a inf fait passer longtemps squs le nom de Virgile, et que ,ia^ Yineent de Beauvais lui a retirés le premier. 5eiii Mais ee qui, jusqu'à la renaissance des lettres, ne s'é- Q 1} tait guère lait que par ignorance, se fit par supercherie qii partir de cette éfioque; et c'était un plaisir que se doninaient souvent les savants du seizième siècle, de cher- Icher â se mystifier les uns les autres. Joseph Sealiger !ne put jamais pardonner à Muret le tour que lui joua , fce dernier, qui lui envoya comme des fragments de \< NuK anciens comiques latins quelques vers de sa cornai jsltion, et l^s lui fit insérer dans une édition de Varron, ,y:mm le nom des auteurs supposés, Attius et Trabèaa.
ire.
l'irloi
|u'il ri?-
Voici rénumération des supercheries \e» plus remat iquables que nous ayons pu recueillir.
L*iin de0 plus grands savants du seiaièmo siècle, le Modénois Sigonio, déeouvrit quelques frogmanto du traité de Cicéron, de CansôlaliéMe, au moyen desquels il redomposa un ouvrage entier^ qu'il fit longtemps passe pour être de Torateur roQiAin. Tiraboschi lui^nème ne fut détrompé que par des lettres qu il trouva à Modène, vers 1 W5, lettres où Sigonio avouait sa supercherie.
* Ceii Ce qui feis&it dire ft Bttltisjiu qttll liunltftrt lOMé l se iroaver avec Trère Virgile et rtolAllOraee.
146 GUUIOSITÉS LITTÉRAIRES.
Gorradino» poëie vénitien du dix-huitième siècle» ayant prétendu avoir retrouvé à Rome un manuscrit de Gatutle, plus ancien et plus correct que tous ceux dont on s'était servi jusqu'alors, publia sa découverte sous le titre de C. Valerim Catullus, in integrum restUulus, Venise, 1758, in-folio. Cette publication fit quelques dupes, et fut même reproduite dans Tédition de Catulle, donnée par Coustelier, Leyde, 1743, in-i2; mais elle tomba bientôt dans Toubli qu'elle méritait.
Vers 1788, le poëte latin Heerkens, ayant annoncé la découverte d'une tragédie intitulée Teretis, qu'il attribuait à Lucius Varus, poëte tragique du siècle d'Auguste, s'adressa au baron de Breteuil, et lui demanda qu'on imprimât cette pièc-e à l'imprimerie du Louvre. Le ministre de la maison du roi en référa à l'Académie 'des inscriptions, qui demanda communication du manuscrit, ce que Heerkens refusa. On ne tarda pas, du reste, à s'apercevoir que les fragments publiés par Heerkens dans ses IcaneSt 1787, in-8% appartenaient â la Progné de Grég. Corrario, imprimée à Venise, en \ 558, in-4\
En 1800, un Espagnol nommé Marchéna, attaché alors à l'armée du Rhin, s'amusa, pendant l'hiver que Tétatmajor de l'armée passa à Baie, à composer un morceau de Pétrone S qui fut publié in-i2, sous le titre de Fragmentum PetroniU ex bibliothecx S, Galli anUquissimo
ms, excerptum galliee veriit ac noiis perpetuis iUus-
trwnl Lallemandus, S. Theologisd doclor.
Voici ce qui avait donné lieu à cette publication. Marchéna et quelques-uns de ses amis avaient en portefeuille et voulaient faire imprimer cinq notes sur des
* Ce n'étail pas la premièra fois qu'on supposait des fragments de Pétrone, dont nous ne possédons qu une très-petile partie. En 1688, un nommé Aodot prélendit en avoir trouvé à Belgrade un manuscrit complet, quil publia, sans grand succès, eu 1094.
SUPPOSITION D'AUTEUKS. 447
sujets erotiques. Comme ils ne trouvèrent pas de texte auquel ils purent les adapter, Marchéna en fabriqua un, et choisit un passage de Pétrone, où il inséra un récit qui, offrant une liaison merveilleuse entre ce qui précède et ce qui suit, sembla combler une lacune que personne n avait encore remarquée. Malgré le ton de plaisanterie qui régnait dans la préface et dans les notes, Fauteur avait si habilement imité le style de Pétrone, qu'un grand nombre de savants y furent pris; pour les détromper, il ne fallut rien moins qu'une déclaration publique du libraire-éditeur. Le succès de cette mystification mit en goût Marchéna, et; en 1806, il publia sous son véritable nom, chez Didot, un fragment de Catulle, qu'il prétendit provenir d'un manuscrit déroulé récemmenl à Uerculanum. Mais cette fois il fut battu avec ses propres armes, et un professeur d1éna, Eichstàdt, annonça, au mois d'août 1807, que la bibliothèque de cette ville possédait un manuscrit très-ancien, dans lequel on trouvait les mêmes vers de Catulle, avec des variantes assez importantes. Le savant Allemand, sous prétexte de corriger des erreurs de copiste, indiquait plusieurs fautes contre la prosodie, commises par Marchéna, et donnait en outre une vingtaine de vers où, continuant les allusions politiques de l'Espagnol, il faisait annoncer à Catulle le pacificateur de Tunivers '.
On ne sait vraiment pas quand on se lassera de trouver des soi-disant fragments d'auteurs classiques. Car voici qu'en 1844 un certain M. E. Bégin, de Metz, annonce avoir retrouvé en Espagne, il y a longues années, des lettres de Claudius Numatianus flutilius, poêle latin du cinquième siècle. Comme M. fiégin a fait sa découverte dans des contrées lointaines, il s'est évité la diffi-
' Voy. les verbdaus le Répertoire de la lUlirature ancienne, do ScbœU, -8", i. I, p. 184.
ii» CURIOSITÉS LltTÉHAlUES.
cuUé • toujours fort grande «a pareii eaA> de r«préMnler aux incrédules le manuscrii original; mais rien, à ee qu'il aemble, n'aurait dû i'empècher, au lieu d*en donner simplement la troduction en français, de publier en entier le texte des deux lettres, dont il s*est borné A eiter cette seule phrase : A Ita et éurea societas, la haute société dorée. Que dire de cette latinité? On conçoit îteilement, d'après Téchantillon qu'il nous en donne, que M. Bégin ne se soit pas hasardé à publier le texte entier de iiutilius.
Nous ne saurions énumérer tout oeque l'on a fabriqué de chroniques particulières, d'actes et de pièces bistoriques, pour venir en aide À quelque généalogie suspecte, ou à quelque système historique, comme celui du aieur Dempster, littérateur écossais du seizième siècle. • Il eût voulu, dit Baillet, que toue les écrivains fussent Ëoossais. 11 a forgé des titres de livres qui n ont jamais existé, pour relever la gloire de sa patrie; et il a commis diverMS autres fourbes, qui Tout décrié parmi les gens de lettres*. »
L'une des aupercheries de ce genre qui firent le plus de bruit lors de la renaissance des lettres fut celle du dominicain Annius de Viterbe. il publia à Rome, en 4498, in-folio, sous le titre de AnUqfdtatum tfariamm voittmina XVII, un rebueil des ouvtagéd oHginaiik df$ BéroM» Fabius Pictor^ Myt^ile, Sempfonilis, AUcfaibque, Catotti MégasU)èU«, Manéth(9t)^ëtè.,t}U'il piiîtéhdàlt avoir retrouvés à MâUtbue. Golntiie oH ftisait tiha(|tté jbdi^ des découvertes analogues^ feétte pUbllcatlisti fUt àbcli«illie avec empressement, surtout en ttaliii} (jarté qtitt le^ villes de là péninsule y tl^uvaient des passages qiii AlMieht remonter leuir origine é line antiquité etctfsiivëinétit reculée. Mais les érudits ne tardèrent pas à crier â
* Jugement des savanU, 1. 11, p. 101.
Sl}P^O&iTION D'AUTEURS. 149
rimfKMture» et» «près de vires cotitroveneu» où Annios ocHnpU pafmi ses défeneeure des hommes éetoir^, il fut bien établi que les fragments publiés étaient su{Vpoeés* Mais où ignore si Atinius de Vilefte les avait fabriqués iui*mèmé, ou si, les ayant trouvés, il y avait été trompé le premier, et avait publié, de bonne foi, ee qu'il regardait comme vrai et authentique.
L'Espagne a produit plusieurs faussaires signalés. A la fin do seizième siôele, un jésuite nommé Jérôme Romain Higuera chercha à réparer le silence des his« toriens sur l'établissement du christianisme en Espagne. A Taide des traditions populaires et des documents de tout genre qu'il put réunir, il composa des chroniques et en attribua la plus importante é Flavius Dex ter, bis* torien eité par saint Jérôme, et dont les ouvrages étaient perdus» Seulement il déploya, dans cette supercherie, Fadresse qui manque bien rarement aux bons pères de son ordre, et sut éviter habilement la difficulté, toujours si grande pour un faussaire, de montrer le manuscrit original. Il prit pour confident Tun de ses conftières, Torialba, et celui-ci, étant parti pour FAllemagne, ne tarda pas à annoncer qu'il venait de trouver, dans la bibliothèque de Fulde, un manuscrit Authentique ren-> fermant les chroniques de FI. DeKter, de Maxime, de S. BrauHon et d'Helecan. Les jésuites accréditèrent oe bruit, et Torialba adressa une copie du manuscrit â J. Caldérofli q}ài le publia à i^ragosse (1619, in4*),sous le titre de Fragmentnm chrwfici FI. Dexlri cum chrih môo Mâtri M^ximî et adéilitmibm S. BrauUûtih et He* lecani, Higuera^ qui, pour mieUx détourner les soupçons, s'était contenté d'éciait«ir différents passages du texte par des notes> mourut en 16H, avant la publication de Touvrage, et ne vit pas les querelles qui en résultèrent. Gabriel Pennot, augustin de Novarre^ fut le premier à
attaquer Tanthenticité de ces chroniques, et il eut pour adversaire Thomas Vargas, qu'il réduisit bientôt au silence.
Au commencement du dix-septième siècle, Michel de Luna , interprète d'arabe au service de Philippe Itl , roi d'Espagne, publia, sous le titre d'Histoire de la conquête d" Espagne par le^ Arabe%*, un ouvrage qu'il prétendit être une traduction d'une chronique arabe. L'auteur original, nommé AbuM'acim, aurait été, suivant lui, contemporain des événements qu'il racontait. Cette histoire, composée avec beaucoup d'art et d'adresse, jouit d'un grand crédit en Espagne depuis la fin du dix-septième siècle jusqu'au moment où D. Nicolas Antonio et quel- . ques autres en démontrèrent la fausseté. Mais malheureusement elle avait servi de base à la plupart des histoires nationales composées à cette époque, et pendant longtemps l'influence de cette supercherie se fit ressentir dans les travaux historiques en Espagne.
Gurzio Inghirami, antiquaire italien, publia en 1637, in-folio, Etkruscarum antiquitatum fragmenta^ d'après des manuscrits qu'il prétendit avoir découverts luimême dans un terrain voisin de sa maison de campagne. Ces fragments, qui étaient annoncés comme devant renverser toutes les idées reçues sur les premiers siècles de l'histoire romaine, furent bientôt reconnus pour avoir été déterrés par celui qui les avait enfouis.
Au commencement du dix-huitième siècle, il parut dans les Analecta Belgica de Gérard Dumbar. 1719, in-8**, une chronique nmée des comtes de Hollande de 1,100 à 1,2.00 vers. On l'attribuait à un bénédictin de l'abbaye d'Egmond (près de Harlem), nommé Kolyn. Cette publication fit grand bruit et obtint une confiance générale ;
* Elie a été traduite en français par Leroux, 1680, 2 vol. in-li, cl })ar Lobineao, 1706, in-12«
SUPPOSITION D'AUTEiJRS. loi
mais vingt ans après des doutes s*éleyërent sur son authenticité, et les savants ne tardèrent pas à reconnaître qu'ils avaient été dupes d^une mystification dont on ignore encore le but et Fauteur.
De toutes les impostures du genre de celles que nous convenons de mentionner, la plus singulière est, sans contredit* celle qui eut pour auteur un nommé Joseph Vella, chapelain de Tordre de Malte. Étant à Palerme en 1782, il accompagna l'ambassadeur de Maroc Mohammed-ben-< ttham dans une visite que ce dernier fit à Tabbayede Saint^Martin , où on lui fit voir un manuscrit arabe fort ancien.* Ayant appris que depuis longtemps on avait conçu le désir et Tespoir de trouver dans les écrivains arabes de quoi remplir une lacune de deux siècles dans Thistoire de la Sicile, Vella s'empara de cette idée et ne tarda pas, après le départ de l'ambassadeur de Maroc, à publier que celui-ci avait trouvé dans la bibliothèque de Tabbaye un manuscrit précieux, contenant la correspondance entre les gouverneurs arabes de la Sicile et les souverains de l'Afrique.
Pour confirmer Fauthenticité de sa prétendue décou* verte et en augmenter l'importance aux yeux du prélat AiroldK archevêque d'Héraclée, qui s'était déclaré son protecteur et ne se refusait à aucune des dépenses que la publication de Touvrage semblait exiger, Vella supposa une correspondance avec l'ambassadeur qui était retourné dans le Maroc. Il résulta de cette correspondance, outre Tassurance qu'il existait dans la bibliothèque de Fez un second exemplaire plus complet du manuscrit de l'abbaye de Saint-Martin, la découverte d'un autre ouvrage qui servait de continuation à celui-ci, et d une suite de médailles confirmatives de l'histoire et de la chronologie dudit manuscrit.
L'imposture eut un tel succès, que le roi de Naples, à
1^ CVAIOSITÉS LITTÉRAIRES.
qfA Yêlta préieMa sA ktdtiction fcnaiHiflcrile^ youlm ie diârger dSine mission dans h Maroc potir n^i^r d«6 hibliothèqoea de ce pays toas les manuserila arabes qui pourraient intéresser l'histoire de son royauœe. Mais divers éTêfiements firent avorter ce pro^ti
La tfaduotioA du maituscHt arabe avait été aaaonoée dès 1766 dans tous les journaux de i'Europ(dt Le premier volume fut publié en 1789» sous le titi^ de GêdUe dipU^ nuiUCo di SidUa lotto il govertié éegli àretbU pnbiîcaie per opefii e stn4io di Aifmtb Airêldi; le silièiae pam en 47^) et devait eneoi« être suivi de deux autres. Le premier volume f^t dédié au roi de Naples et le secoad  la reine.
Le protecteur du faussaire, le prélat Aitoldi^ voulut faire imprimer aussi le pî^têndu texte érabe» et se procura une fonte de (caractères arabes de Bodoni. Un ai^ iiste> nommé di Bélla^ fut chargé de l^raver les mo»'naies des émirs et idiverses autres pièces de la fabrloaiion de Vella, qui, pour rendre son imposture plus difficile à découvrir, avait rendu à ^eu près iUÎMble le manuscrit ofiginal de Tabbaye dé SainNtfaHin; enfin, en i795^ on vit paraître é Palerme, aux frais du roi de Naples » le fM^nlier volume de deux éditions, dont la principale) iniblio, contenait le texte arabe arec la traduction italienne du prétendu tnanuscrit découvert à Fes^ et intitulé : £ttaé âivwi meéf, ou hibi'û delcmsigliû é'Egitte. Mais* pendant qu*on imprimait le secohd volume, un orientaliste «ile^ niand, I. Hager» qui voyageait en âtoiie, ayant examiné attentivement cette publication, reeonnut bien vite Tim* posture, et se hâta d'attaquer Velle, que Ton se vit obligé de traduire en Justibe. Airoldi, élaconnaissanœ duquel raffairé était dévolue^ votitànt é toute Ibree le Sauver forma un tribunal composé de cinq personnes reeom-> mandabtes, mais qui n'avalent pas même 4a plus légère
teintttre â«9 élémefitt de tu iMigtte iii%l»e. Ile devatent l^féœawr an prévenu le iéXU «mbe iu Co(<lf*é éiplvmt^ Uto^ ei l'obliger é li^ttirë, à livre o«yeH, lél endttiil ipi'ilB jttgeraieni A {proposée Itli itidiq«ier. Setraduellon itelietitte devait le«if servir de pièee de eotnpttraison polir reeoAtiatire «Il tmdoisiiit bien , et s'il ne se tfdUvalt pas en ootltradielion avec It^i-même. Mttiti, daii« ce tritanai, rabaenee de iDUt homme sachant Tarabe rendait la vérification illusoire. Vella apprenait par eœur une ou deux lettrés de ëa traduction ; et, qnand le manuscrit arabe Ini était pi'éienté par les commissaires) il iadiquait lelle année qu'il lui plaisait , comme s'il tftt tombé Véritablement sur cette année i Touverture du livre; puis il récitait ce i}tt*il avait appris par cœur, ia^ mais les commissaires ne se seraient tirés de ce procès difficile, Bi Vetia n'eOt éhiin confessé lui-même toutes see imposture». Pmt rendre ses aveux pluà complets, on fnt obligé de le H^nacerde la (Question. BnAn, en i796, il fut condamné A ^uinUé ans de prison | le bénéfice de Sainv^ancrace et «ne pension qui lui avaient été accordés furent, avec ses autres biens, à rexceptioti d'une rente atimentairs de 30 onces d'or, adjugés au flsé, jusqu'au rembounemënt des dépenses faites par lé trésor royal pour le KiPêtb. Oh détruisit toute la partie du se» eond volume qui était déJA imprimée ^
Au commencement de i896, les journaux français et étrangers annonoèrent que la traduction grecque de l'historien phénicien Sandioniathon, par ftiilon de By^ i>los> vuMîi d'èire retrouvée dans un couvent du tH)r*
tugal. Cette découverte mille monde savaut en émoi ; car il ne nous est reeté de rktstoire dé la Phénicie de jSanchoniathon qm» des fragments inséras t^ar Ëusèbe
* ihHfMi* enqfiiopédi^, 5* avtaée^ t. 1V, ^. ^ «t «aft., èl 6* \knnée, t. V, p. 81R et nrinr.
154 CURIOSITif.S LITTÉRAIHKS.
dans sa Préparation évangélique, fraements^ui ont rapport seulement à la cosmogonie*. Quelques mots plus tard, il parut enfin à Hanovre une brochure allemande» intitulée : Analyse de Vhistoire primitive des Phéniciens, par Sanchoniathon, faite sur le manuscrit nouvellement retrouvé de la traduction complète de Philon, avec des observations de F. Wagenfeld. Cette brochure contenait en outre un fac-similé du manuscrit et un avant-propos du savant Grotefend, directeur du lycée de Hanovre. Mais ce dernier ne tarda pas à reconnaître qu'il avait été complètement dupe de Wagenfeld, jeune étudiant à Brème, dont louvrage, du reste, décelait une grande imagination et une connaissance profonde des antiquités sémitiques. Malgré les annonces pompeuses qui en furent faites plusieurs fois, le texte grec n'a jamais paru. Les fragments dont Wagenfeld avait donné une version allemande ont été traduits en français par M. le Bas.
L'histoire littéraire du dix-«huitième et du dix-neuvième siècle offre quelques exemples assez remarquables de suppositions d'auteurs. Parlons d'abord des poésies attribuées â Ossian. Depuis le moment de leur apparition elles ont donné lieu à de vives et longues discussions.
L'Écossais Jacques Macpherson, n'étant que simple précepteur, publia en 1760 : Fragments de poésie ancienne , recueillis dans les montagnes de V Ecosse, et traduits de la langue erse ou gallique. Cette publication eut un immense succès en Angleterre, et, comme le bruit s'était répandu qu'il était possible de retrouver d'autres poèmes de ce genre, on ouvrit une souscription pour
* Beck raconte qu*il existe encore un fragment de cet auteur dans la bibliotlièque de Médicis, à KIorence. Un autre fragment, recueilli en Orient par Peiresc, fut porté au P. Kircher, qui refusa de le publier. Léon Allatius prétend avoir tu, dans un monastère des environs de Rome, un manuscrit de Philon de Byblos. *— V'oy. un article intéressant de M. le Bas, Bévue det Deux Mondes^ septembre 1836.
SUPPOSITION D'AUTEUKS. 455
payer les frais d'un voyage de Macpherson dans le nord de l'Ecosse. Le résultat de cette excursion fut la découverte de nouveaux poëmes, publiés à Londres, 1765, 3nrol. in-folio, texte et traduction. Des doutes s'élevèrent alors sur Tauthenticité de ces poésies, et Macpherson, accusé de les avoir fabriquées et d'avoir fait traduire ses propres compositions en Jangue erse pour mieux tromper le public, n'en retira pas moins douze cents livres sterling de son entreprise. 11 s'ensuivit une longue et vive querelle, où, attaqué de la manière la plus violente par le célèbre Johnson, Macpherson fut défendu par le docteur Blair, les poètes Gray et Cesarotli. Aujourd'hui il est à peu près prouvé que le fond de ces com* positions est véritablement gaélique, mais que la forme a été beaucoup modifiée et souvent altérée par l'éditeur.
Chatterton» à peine âgé de seize ans, ayant trouvé sous sa main quelques anciens parchemins, s'amusa à composer des poésies en langue du moyen âge. En 1768, à loccasion de l'ouverture du pont de Bristol, il envoya au journal de cette ville une Description de moines passant pour là première fois sur te vieux pont, tirée d*un ancien manuscrit. Encouragé par le succès de cet opuscule, qu'on ne pouvait attribuer à un enfant de quinze ans, il continua à donner d'autres pièces sous les noms supposés de plusieurs anciens [ioëtes, et entre autres de Rowley, moine, dont il rapportait l'existence au quinzième siècle. On trouve de grandes beautés dans toutes ces poésies, qui sont bien reconnues maintenant pour être de lui, et qui ont été recueillies soigneusement lorsqu'il se fut donné la mort à dix-sept ans, en 1770.
En 1805, C. Vanderbourg, littérateur distingué, publia de charmantes poésies sous le nom de Glotilde de Surville, femme poète, que Ton disait avoir été contemporaine de Charles Vil. L'éditeur prétendait les avoir trou-
i5G GUHIOSITKS LITTÉRAIRES.
vées dans les (Mpkrs à^n den âewendaiits de Glotilde, h marquis de Sttrvili« , fusillé é la Plèebe, sous le Di« reetoire. Le public fut d'abord dupe de cette supereberie; mais bienUM les critiques» en examinant plus attentive» ment les vers attribués à (>lotilde, y trouvèrent des preu'» vespea équivoques de leut AOn«autbsntieité. « iodépen-' damment, dit€h. Nodier,- de la pureté du langage» du choix varié des mesures, du scrupule des élisions, de Taltemative des genresde rimes> règle aujourd'hui con» sacrée, mais inconnue au temps de Clotilde, de la per-' feotion enfin de tous les vers, le véritable auteur a laissé échapper des indices de supposition, auxquels il est im*^ possible de se méprendre. On se laisserait persuader à toute force qu*une dame inconnue a pu écrire, du temps d'Alain Ghartier, des vers qui ne diffèrent des meilleurs de notre temps que par une orthographe ancienne, souvent recherchiie jusqu'à 1 affectation ; on s'efforcerait en vain de croire qu'elle a pu se rencontrer avec Voltaire, dans la disposition d'un conte auquel on ne connaît point de source commune, et avec Berquin, dans le Bei^ timent d'une romance charmante; enfin Tesprit ne verrait pettt^ire dans 1 allusion manifeste aux événements des dernières années du dix^^huitième siècle qu'offre ÏHëfV^ à éértnger qu'un tableau de ceux qm trou^ blaient le siècle même du poète ; mais comment expli^^ quer» dans ce poème Ih Im nature et de l'Hmvêts, que (Clotilde Avait, dit*on» commencé à dix^pt ans» e'est^é-» dire vers iêt%% la citation de Lu(drèce, dont les œuvres n'étaient pas encore découvertes par le Pogge^ et né pénétrèrent probablement en France qu'après être sorties) vers i475, des presses de Thomas Ferrand de Bresse? Gomment comprendre qu'elle ait pu parter, â cette époque, des sept satellites de Saturne», dont le premier fut observé^ pour la première foi^, por Huygbens,
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m 4635>|ei le dernier ptr HersoheU en I78tt*?» Ajoutons encofe qu'on trouve» en tète de« poésies de Glotilde, une traduction d'une ode de Snpho. Or, comment Glotilde fturvil^elle pu faire cette traduction, puisque e*e»t seulement bien postérieurement à sa mort que les fragments qui subsistent de Tamanta de Phaon ont été publié»? £nfin disons que, pour quiconque a un peu Thabitude de notre ancien langage, la fraude est reoonnaissable au premier coup d'ceiU Du reste, qu'elles aient pour auteur le marquis de Surville ou Vanckiiioorg, ces poésies, nous le répétons, sont pleines de grâce et de délicatesse. On en jugera par les strophes suivantes, tirées de la pièce intitulée VeneUU à mon premiermé :
ch«r enfantelet, Trai p<ran:(rait de ton pèrt, Uen «uf le seyn que ta bouche a pfetié!
Don, pclioi ; doz, auiy, tur le seyn do ti mène* Tien doulx œillet par le somme oppresst' 1
Rel amy, «lier petiot, que ta popillo tendre GoiLste un^ sommeil qui plus n'est iaict pour m y !
Je Teilie pour te veoir, te nourrir, te défendre . . A ira qu'il m'est doulx no veiller que pour toy I
Ihirs, mien enfMtelet, mon soulcy, mon idole ( Dors sur mon seyn, ie seyn qui t*« porte !
Ne m'esjouit encor le son de la parole, Bien ton soubi iz cent fois m*aye enchanté 1
A Tépoque où parurent les poésies de Clotilde de Surville, Fttbre d'Olivet publia les PeéskêeccitimiqueSt ouvrage qu'il donna comme traduit du provençal et 4u languedocien; et dans ses notes il inséra des fragments prétendus oiiginaux» en langue oecitanique. t Ces passages, dit Raynouardf écrits avee esprit et grâce» et souvent avec énergie, ont trompé des iitiérateurs qui les ont crus originaux, et cités comme tels. Voulant assurer à
> Quextiotts ée iiitéralure liftâtes tMSs ti4) f » %i%
ces divers fragments de sa composition l'avantage de passer pour authentiques, Fauteur employa un procédé aussi ingénieux que piquant. Dans Tun des ouvrages prétendus traduits, il mêle des passages tirés de poésies manuscrites des troubadours; et, par ce mélange de pièces véritables avec les pièces supposées, il parvint encore plus aiîjément à séduire la crédulité des littérateurs. 11 lit plus : comme la langue des anciens troubadours dont il citait des passages dans ses notes eût offert quelques différences, quelques nuances qui, par leur disparate, auraient peut-être facilité les moyens de reconnaître la supposition des pièces produites, il abaissa le langage de ces troubadours à Tidiome dont il se servait lui-même, et, par ce moyen, il devint beaucoup plus difficile de douter de Tautlienticité des productions supposées, qui, au reste, ont un mérite réel sous tous les rapports*. »
11 ne se passe pas d'année sans qu'on voie annoncer dans les journaux la découverte de nouvelles fables de la Fontaine, de lettres ou de contes inédits de Voltaire, etc. L'un des derniers puffs de ce genre est celui qui a été inséré dans Vlllustraiion (1845). où l'on a donné, comme retrouvée â Venise, une suite au Doti Juan de lord Byron.
La question de supposition d'auteur nous amène naturellement à parler des livres apocryphes, des altérations et interpolations qu'ont subies l'Ancien et le Nouveau Testament, et de la manière dont les Évangiles ont été composés. Nous nous bornerons le plus souvent à donner, sans discussion, les résultats auxquels sont parvenus les critiques modernes, et que nous avons puisés en partie dans YHistoire abrégée de la littérature grec-
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que sacrée et ecclésiastique de Schœll *. Le nom seul de cet auteur est une garantie d'impartialité.
g I». ANCIEN TESTAMENT.
On a appelé apocryphes des livres qui n'ont jamais fail partie du canon hébreu, et qui ont été ajoutés à la version grecque des Écritures. Ce nom» qui signifie cachés, douteux, inconnus, ne leur fut donné que parce qu'on ignorait quels en étaient les auteurs, à quelle époque ils avaient paru, et par quel esprit ils avaient été inspirés.
Ce ne fut qu'à une époque très-rapprochée de nous, comparativement, que TËglise catholique admit ces compositions au nombre des livres sacrés. Le résumé suivant démontrera que cette admission est loin d'avoir été conforme aux traditions des Juifs ou des premiers siècles de l'Église chrétienne.
Il paraît certain que ce fut peu de temps après l'époque d'Antiochus Ëpiphanes (mort 164 ans av. J. G.) que les Juifs arrêtèrent définitivement et fixèrent à vingtdeux le nombre des livres qu'ils regardaient comme authentiques et qui étaient tous rédigés en hébreu.
« On n a garde de voir parmi nous, dit l'historien juif Josèphe, un grand nombre de livres qui se contrarient: nous n'en avons que vingt-deux, qui comprennent tout ce qui s'est passé et nous regarde depuis le commencement du monde jusqu'à cette heure, et auxquels on est obligé d'ajouter foi. Cinq sont de iVioïse, qui rapporte tout ce qui est arrivé jusqu'à sa mort, durant près de trois mille ans, et la suite des descendants d'Âdain. Les prophètes, qui ont succédé à cet admirable législateur, ont écrit en treize autres livres tout ce qui s'est passé depuis sa mort jusqu'au règne d'Ârtaxerxès, fils de
' 2« édil., Paris, 1832, iii-8. .
Xerx«8, roi des Perwii ei lf« quatre wiv^ c&B^^vmit des hymnes et de» cantiques bit» à U louAa^e d« Dieu, et des préceptes pour le règlement de nos mœurs. On a aussi écrit tout ^ qui a'eal pasa4 dapuis Artaxerxès jusqu'à notre temps; mais, à cause qu'il n'y a pas eu comme auparavant une suite de prophètes, on n'y ajoute pas hi même foi qu'aux livres dont je viens de parler, et pour lesquels nous avons un tel respeet, que personne n'a jamais été assea hardi pour entreprendre d'en ôter, d'y ajouter, ou d'y changer la moindre chose *. »
Ajoutons que les Juifc de nos jours ne reçoivent pas les apocryphes eomme divins, et ne les expliquent jamais au peuple.
On vit de même les Pères de rÊgiise se montrer trèsprudents et très^^rupuleux à l'égard des livres apocryphes.
Au milieu du deuxième siècle, Méliton, évêque de Sardes, entreprend tout exprès un voyage en Judée pour constater l'exactitude du catalogue des livres de l'an- ^nne alliance.
« Étant donc retourné en Orient, écrit-il à Onésime, et ayant pris de soigneuses informations dans les lieux où les grftces de la révélation ont été annoncées et se sont accomplies, j'ai mis par ordre et t'ai envoyé les livres soigtietisement reconnus du Vieux Testament. Les voici : lefs cinq llVi^s de Moïse, la Cenèse, rfixode, le Lévitiqtie, les Nombres, le Detitéfonome; ensuite Josué, les Jugés, lltiih, les quatre livres des Aois, les deux livres des Chroniques, les Psaumtis de tWVid, lés l'roverbes de Salomon, lEcclésiàsté, lé Canth]tte des Camiques, Job, les prophètes Ésatè, iéfémie, un livre seul des Amt^ pfopfatited, Daniel, Ézéehlel, Êsdras. i
* Réponse à Appiof, liv. 1, cTiap. ii. Traduction d'Arnauti d*AnJiUj, 17U0, in4% t. 11, p. 438.
Dans le troisième sièele, Origène sanctionne le canon de Méliton ; il compte vingt-deux livres dans le Vieux Testament, et ne mentionne nullement les apocryphes. Son témoignage se trouve confirmé par Ruffîn» saint Alhanase, saint Épiphane, saint Cyrille de Jérusalem» saint Grégoire de Nazianze et saint Hilaire de Poitiers. Saint Augustin, il est vrai, appelle quelques-uns des apocryphes canoniques , «ans donn^-à ce mot le mémo sens qu'aux livres divins; mais il faut ajouter que, de . son temps même, les Églises des Gaules le blâmaient de s^en servir quelquefois.
Venons enfin au témoignage de saint Jérôme, dont la version a été rendue canonique par le concile de Trente. « T^ous avons, dit*il dans sa préface sur les livres de Salomon, trois livres de Salomon : les Proverbes, TEcclésiaste et le Cantique; mais pour le livre intitule TEcclésiastique, et cet autre qui est faussement appelé la Sapience de Salomon, il en est d'eux comme des livres de Judith, de Tobie et des Machabées; TÉglise les lit à la vérité, mais elle ne les rei^oit pas entre les canoniques; c'est seulement pour l'édification du peuple, et non point pour prouver ni autoriser aucun article de foi. »
Après les Pères viennent les conciles, qui confirment leur témoignage. Tel est le concile de Laodicée, tenu au milieu du quatrième siècle. On y rendit un décret (le 59*) ainsi conçu : c On ne doit point lire dans les églises les livres qui ne sont |^s dans le canon, mais [seulement les livres canoniques du Vieux et du Nouveau Testassent... » Suit la liste de tes livres, dans laquelle ne figurent nullement les apocryphes.
Cette décision fut confirmée par plusieurs conciles.
D'après tous ces témoignages, auxquels nous poUr^* rions ajouter ceux d'un grand nombre d'écrivains ecclésiastiques, on a donc lieu de s étonner que les Pères du ^
162 CURIOSITES LITTÉKAIRKS.
concile de Trente, en admettant comme canoniques les livres apocryphes, aient tenu aussi peu de compte de Topinion des Juifs, des Pères de TËglise et des conciles antérieurs.
Voici maintenant quelques détails sur les livres apocryphes.