‹ Curiosités littérairesChapitre 52 sur 84 · DORAT · texte numérisé non relu

DORAT

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Ua.

Sur un front blanc comme l'ivoire.

* Année 1842, p. 3,V^.

Dea\ petits arcs de couleur noire Étaient mignardenient voûtés, D'où ce dieu qui me fait la ^erre, Foulant aux pieds mes libertés, Triomphe sur toute la terre.

Mille rayons ensorcelés Sortent de vos yeux étoiles.

Ses beaux yeux causent cent trépas ; Ils éclairent tous ces climats, Et portent en chaque prunelle Le soleil.

YorruRE.

Umême.

YOITDJIE.

beaux yeux qui pleuvez tant de feux et de traits t

Desportes.

Belles dont les regards vont dépeupler l'État, Après l'avoir mis dans les chaînes.

BeKSEnADE.

l'Jlle avait sur son teint cent roses contre un lis.

HONTREUIL.

En quel amoureux magasin, Bel œil homicide, bel œil assassin, Prenez-vous tant de plomb, Et tant de poudre à canon?

Je crois qu'il vous en coûte bon.

SCABEOV.

Les purs regards sont mes flèches mortelles ; Les plus doux yeux sont mes pires carquois.

Victor Hctgo.

Deaia.

, lév

Un rang de perles nonpareiiles r4omposc Tordre de tes dents.

Et de Véclat de deux rubis ardents Tu fais celui de tes lèvres vermeilles.

Mallevilie.

Car je sais qu'il est dit en France :

Petite bouche et dents d'émail, Avec deux lèvres de corail, Doivent avoir la préférence.

Ces lèvres du plus beau corail, Ces dents du plus brillant émail, Ce teint d'incarnat et d'albâtre.

Près de ses lèvres ravissantes, Trente-deux perles éclatantes.

Que polit la main de l'Amour, Ressemblent aux pleurs que l'Aurore, Sur la rose qu'elle colore, Répand au matin d'un beau jour.

Mille fleurs fraîchement écloses, Les lis, les œillets et les roses, Couvraient la neige de son teint ; Mais dessous ces fleurs entassées, Le serpent dont je fus atteint Avoit ses embûches dressées.

Votre teint en tous lieux A toujours des fleurs écloses, Et TAmour couché dans ses roses, Y fait la guerre aux dieux.

De perles, d'astres et de fleurs, Bourbon, le ciel fit tes couleurs.

PEIAT.

Σ même.

l£même.

VOITDRC.

îjb même.

l£ même.

Et votre peau blanche et trè«-iine Est d'une hermine.

YOITORC.

Rien de plus ridicule que le style des panégyristes et des harangueurs au seizième et au dix-septième siècle. Senecey, faisant Téioge du chancelier Boucherat, le compare sans cesse à un coq; madame de Harlay, sa fille, à jine poule blanche, et ses enfants à de jeunes poussins.

Gabriel de Minut, baron de Costeras, sénéchal de Rouergue, composa, en Thonneur de Paule de Viguier, conjiue sous le nom de la Belle Paule, un livre singulier, intitulé: De la beauté, discours divers, pris sur deux belles façons de parler, desquelles le grec et V hébreu usent: Vhébreu tab et le grec galon, VAgathon, voulant signifier ce qui est naturellement beau et naturellement bon, avec la pacle-graphte, ou description des beautés d'aune dame toulousaine, nommée la belle Pacle. Ce livre rare, publié en 1587, du vivant de Paule de Viguier, pourrait donner une idée peu avantageuse de la vertu de cette dame, car on y trouve décrites minutieusement, sans en excepter une seule, toutes les perfections de son corps.

Guillaume Duval, lecteur royal et philosophe au Collège royal, fit imprimer, en 1611, in-8, sous le titre de Spelunca Mercurii, une harangue qu'il avait prononcée devant le cardinal Duperron, dont elle est le panégyrique. Dans la première partie, il piasse en revue toutes les montagnes et toutes les cavernes dont il est parlé dans rhistoire; dans l'autre moitié, il fait Téloge des professeurs royaux, et loue le cardinal Duperron, entremêlant le tout d'emblèmes tirés de la Bible et des poëtes anciens.

On conçoit très-bien que, si Henri IV entendit beaucoup de discours pareils à celui de Duval, il eut raison

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de dire, comme le rapporte Tallemant des Réaux, un jour qu'il se trouva beaucoup de cheveux blancs : « En vérité, ce sont les harangues que Ton m*a faites depuis mon avènement à la couronne qui m'ont fait blanchir comme vous voyez. »

Voltaire disait, en parlant du style des Éloges de Thomas, qu'il ne fallait plus dire du GalimathiaSf mais du Galilhomas.

Les écrivains orientaux, dont le style est ordinairement si ampoulé, donnent dans les panégyriques libre carrière à leur imagination. On pourra en juger par ces phrases que Assa-Effendi, historiographe de Tempire, écrivit en l'honneur du sultan Mahmoud, après la destruction des janissaires (1826) :

• Mahmoud est un Iskender (Alexandre) terrible. Le moindre signe menaçant de son visage arrêterait, comme une muraille, les efforts de cent mille Yadjoitdj. Un seul de ses gestes puissants écraserait les émules impies de Cheddad qui oseraient se mettre en hostilité contre lui. Telle est la force, telle est la rectitude de son esprit, qu'il réduit au silence les métaphysiciens et les logiciens les plus subtils.... Pour- ne citer que quelques-uns de ses mérites, son écriture, d'une beauté extraordinaire, dont les points sont autant d'étoiles fixes, est une merveille digne d'être suspendue à la voûte des cieux. Sa générosité est telle, que les eaux de la mer ne seraient qu'une cuillerée de ses bienfaits; les mines de la terre qu'une poignée de ses dons ^ »

* On raconte que des officiers d'artillerie ayant présenté au premier ministre de Perse des requêtes écrites par un docteur, et où le style était si confus et si embarrassé de compliments, qu'il était diflicile d'en saisir le sens, le ministre lit donner au docteur deux cents coups de bâton sous la plante des pieds, et, l'ayant fait ensuite porter devant lui : c Un grand visir, lui dit-il, a bien d'autres choses à faire que do lire tes méchants compliments et de débrouiller le chaos des requôtos

Les livres scientifiques, qui devraient toujours être rédigés d'une manière si claire et si nette, ont été, pendant longtemps, écrits d'un style pitoyable.

Dans les Entretiens physiques d'un certain P.RegnauU, on trouve des phrases comme celle-ci : « Hercule était un physicien, et Ton ne pouvait résister à un physicien de cette force. » Ailleurs Tauteur examine la question du vide, et dit fort ingénieusement : « Voyons s'il y a du vide ailleurs que dans la bouteille ou dans la bourse.»

L'abbé Famin, mort en 1830, a composé un Cours de physique que lui aurait certainement envié le P. Regnault. « La boussole, dit-41, est un instrument au moyen duquel on peut voyager sur les mers, sans crainte et sans danger... Le paratonnerre, en détournant la foudre, établit une paix constante entre le ciel et la terre... Toutes les sciences sont sœurs; heureux qui peut en approfondir le plus! 9

Rivarol, dans son discours De VUniversalité de la langue françaisey a écrit quelques lignes pleines de* sens sur le style naturel et le style figuré :

« Le style naturel ne peut être que vrai, et, quand il est faux. Terreur est de fait, et nos sens la corrigent tôt ou lard. Mais les erreurs dans les figures et dans les métaphores annoncent de la fausseté dans Tesprit et un amour de l'exagération qui ne se corrige pas.

« Une langue vient à se corrompre lorsque, confondant les limites qui séparent le style naturel du figuré, on met de Taffectation à outrer les figures et à rétrécir le naturel, qui est la base, pour charger d'ornements superflus rédifice de l'imagination.

« Ce défaut perd les écrivains des nations avancées; îls

que lu écris. Use (Tuu style plus clair et plus simple, ou n'écris point pour le public ; autrement je te ferai couper les mains. » * Lettre de Voltaire au marquis irArgens, ^ juin 1737.

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veulent être neufs et ne sont que bizarres; ils tourmentent leur langue pour que l'expression leur donne la pensée; et c'est pourtant celle-ci qui doit toujours amener l'autre. »

On a beaucoup reproché à notre siècle le style vantard et menteur des prospectus et des annonces qui remplissent actuellement les pages des journaux. On a tort, car nos pères auraient pu nous en remontrer. Écoutons plutôt ce que dit Voltaire dans sa correspondance. « Il m'est tombé entre les mains l'annonce imprimée d'un marchand de ce qu'on peut envoyer de Paris en province pour servir sur table. Il commence par un éloge magnifique de l'agriculture et du commerce; il pèse, dans ses balances d'épicier, le mérite du duc de Sully et du grand ministre Colbert; et ne pensez pas qu'il s'abaisse à citer le nom du duc de Sully, il l'appelle l'ami de Henri IV; et il s'agit de vendre des saucissons et des harengs frais! Cela prouve, au moins, que le goût des belleslettres a pénétré dans tous les états; il ne s'agit plus que d'en faire un usage raisonnable. Mais on veut tonjours mieux dire qu'on ne doit dire, et tout sort de sa sphère. »

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