‹ Curiosités littérairesChapitre 60 sur 84 · ORDRES BURLESQUES. S · texte numérisé non relu

ORDRES BURLESQUES. S

corruption qui régnait au siècle dernier, a fait naître un grand nombre d'ouvrages devenus assez rares, comme le Formulaire du cérémonial en usage dans l'ordre de la Félicité, i745, in-\^; VAntliropophile ou le Secret et les Mystères de la Félicitéy 1746, in-12; Y Ordre Hermaphrodite ou les secrets de la sublime Félicité, i748, in-12; le Moyen de monter au plus haut grade de la marine sans se mouiller y in -12; Dictionnaire de t" ordre de la Félicité, par Kleury, in-8.

L'ordre des Fendeurs, sur lequel il existe une instniction, 1788, in-8.

L'ordre des chevaliers Feuillants et des dames Philtéides. Cet ordre, établi en Bœta^e, avait pour parole : « Avez-vous effeuillé les roses? — Et les pampres?

L'ordi*e de la Fidélité dérive de celui des Fendeurs *.

Les chevaliers de la Grappe, institués à Arles, par Damas de Gravaison. Les statuts et ordonnances ont été publiés en 1697, in-12.

L'ordre des chevaliers de la Joye, dont Vlnstitution sous la protection de Bacchus et de V Amour ^ a été publiée, 1696, in-8.

L'ordre des Lanturelus. Le marquis de Croismare, ami de madame de h Ferté-Imbault, imagina, à l'époque (1771) où les manœuvres de Maupeou attristaient Paris, de fonder l'ordre des Lanturelus *. Il s'en établit luimême grand maître. Madame de la Ferté, nommée d'abord grande maîtresse, fut ensuite élue reine par tous

* Nous o»ons à peine mentionner en note la société des Francê-Péteurf, instituée à Caen vers 1756. >on secrétaire per|iéluel, le Corvaisier, a publié: V Esclavage rompu^ ou là Société des Francs-Péleura. Pordepolis, & l'enseigne du Zéphyre-ArtUleur^ 1756 in H.

* « Livlurlu-Latu ure^ dit le hicliomave de Trévoux, est le refrain d'un fameux air de vaudeville qui eut grand cours en 16i9. » ('e refrain ayant été adopté par les révoltés de Hijon, en 1630, le nom de Lauturlu resta à celte insurrection.

r»5i CURIOSITÉS LITTÉRAIRES.

les habitués de sa maison, qui avaient pris part à la nouvelle institution. Quelques pièces de vers, émanées de cette société, étant parvenues jusqu'à Catherine II, elle recommanda aux seigneurs russes de se faire recevoir Lantnrelm, honneur qu'obtinrent le fils de la czarine, sa belle-fille et quelques princes. Il ne reste aujourd'hui de cet ordre burlesque que des poésies insérées dans les recueils du temps.

L'ordre de la Malice. Nous avons trouvé la mention et la description de cet ordre dans des feuilles manuscrites conservées au cabinet des estampes de la Bibliothèque royale *. Rien de plus inoffensif que cet ordre, institué, disent les statuts, par très-aimable et très-digne dame, madame Agrippine de la Bonté même, le 1" janvier 1754. Voici quelques vers de la préface :

Celui qui veut de la Malice Devenir insigne profès, Doit si bien tendre ses filets Pendant le temps qu'il est novice, Qu'il no passe jamais un jour Sans avoir fait quelque bon tour.

Mais que l'aimable politesse, L'esprit fin, la délicatesse, Brillent en toute occasion, El que jamais malice noire, De fait ou bien d'intention, Ne ternisse la belle gloire Que dans Tordre il faut acquérir, etc.

Viennent ensuite les statuts, dont quelques dispositions sont assez plaisantes :

Art. 1". 11 n y aura de dignités que celles de grande maîtresse, lieutenante, chancelière et trésorière, quatre commandeurs et quatre chevaliers, dont l'élection se fera

• roUeclion de Y Histoire de France. Portefeuille de l'année WA.

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eu conscience et connaissance des mérites et talents en ijfialice.

Art. 2. Tous ceux et celles qui se présenteront pour postuler dans cet ordre doivent avoir les qualités requises pour occuper les places où ils pourront être employés.

Art. 3. Ils seront obligés de proover deux années au moins d'exercice réel ou (J^intenlion, ce qui sera vérifié par titres qu'ils soumettront à Texamen de la cliancelière de Tordre.

Art. 4. Le noviciat sera d*iine année, et pendant ce temps les novices seront obligés de donner à la lieutenante, deux fois par jour, les moyens les plus fins et les plus adroits d'attraper et de faire donner dans le panneau ceux que Tordre voudra favoriser de son amitié et de sa bienveillance.

Art. 5. On ne sera reçu profès qu'après avoir exactement rempli les obligations du noviciat, ce qui sera certifié par la lieutenante et examiné en pleine assemblée.

Art. 6. Les profès seront obligés de faire trois vœux : obéissance, privation de tout ce qui peut nuire à la santé, pauvreté ou détachement du bien d'autrui.

Art. 7. Défenses sont faites de prendre aucun domes-^ tique champenois, suisse ou picard.

. Art. 8. On ne pourra faire élever dans sa maison dindons, oies, ni moutons. »

Art. 9. Mais on aura, pour le bon exemple, beaucoup de singes, de chatç, de perroquets, de chouettes, de renards et de pies.

: Art. iO. Les principaux livres de la bîbliotlièqjie seront : Y Espiègle, Richard'Sans-Peur, Buscon, Gusman (V Alfarachef Gil BlaSj le Pince sans rire^ Y Histoire des pages, et les Anecdotes des pensionnaires, des religieu-^

La décoration de Tordre consistait en un petit médail - Ion suspendu à un ruban lilas, et portant d'un côté un singe et de Fautre les vers suivants :

Pour vous imiter je suis fait, C'est là mon plus uoblo exercice ; Aussi, par un retour parfait, Vous me ressemblez en malice.

La société des frères et sœurs de Tordre de la Méduse, dont les règlements ont éu^ publiés à Marseille, sans date, in-12, sous le titre de : Les agréables divertissements de la table.

L'ordre des Mopses, sur lequel on a publié un livre. Amsterdam, 1745, in-12.

L ordre de la Mouche à miel. Cet ordre, institué le 1 1 juin 1703, figurait au nombre des amusements de la petite cour formée à Sceaux parla duchesse du Maine. La médaille de Tordre, gravée dans les Récréations numismalignes de Duby, offre la tète de la duchesse du Naine avec la légende : L. BAR. D. SC. D. P. D L. 0. D. L. M. A. M. (Louise, baronne de Sceaux, directrice perpétuelle de V ordre de la Mouche à inieL) Dans le champ du revers, une abeille se dirige vers une ruche, avec la devise : Piccola si, fa ma gravi le ferite (je suis petite, mais pourtant je fais de profondes blessures). — Les chevaliers auxquels on conférait Tordre prononçaient le serment suixant : < Je jure, par les abeilles du mont Hymette, fidélité et obéissance à la directrice perpétuelle de Tordre, de porter toute ma vie la médaille de la Mouche, et d'accomplir, tant que je vivrai, les statuts de I ordre, et, si je fausse mou serment, je consens que le miel se change pour n)oi en fiel, la cire en suif, les fleurs en orties, et que les guêpes et les frelons me perçant de leurs aiguillons. »

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La médaille était d'or, et pesait 14 grammes 65. L'ordre de la Persévérance, établi en mars 1777. Lors de la réception d'un membre,, on y érigeait trois autels: à l'honneur, à l'amitié et à rhumanilé.

L'ordre de la Ribalderie, institué à Paris, en 1612. L'ordre des Sophisiens, institué par Cuvelier, en 802. L'ordre des Tancardins, célébré, au dix-septième siècle, dans les chansons de Lainez.

Les chevaliers de VUnioriy établis à Vienne (Dauphiné), en 1734.

Les sociétés ou les ordres littéraires et burlesques n'étaient pas, dans les autres pays de l'Europe, moins nombreux qu'en France.

Le Modénois (irillenzone, mort en 1551, fonda une société littéraire dont les membres se réunissaient à table. Pendant le repas, tantôt ils devaient composer une épigramme grecque ou latine, un sonnet ou un madrigal sur chacun des mets, tantôt ils ne pouvaient demander à boire que dans la langue dont le chef du banquet s'était servi le premier. Un autre jour, chacun devait citer tous les proverbes relatifs à un animal, à une plante, à un mois, à un saint, etc.

« Une société entière d'esprits distingués, dit Ginguené, s'était formée à Venise vers 1740. Pour s'opposer au torrent du mauvais goût, elle employait à la fois les discussions sérieuses et les critiques légères, quelquefois même des satires d'un sel plus acre et jusqu'à des facéties d'un burlesque un peu trivial, pour comb2|,ttre les prétentions et troubler les succès des corrupteurs de la l'jngueet du goût. Celte singulière académie avait pris le titre de Société des Granelleschi, c'est-à-dire de ceux qui avaient deux granelU pour armoiries; un çranelli est un sot, un niais, un imbécile. Dans cette académie, enrôlés Kousune pareille enseigne, étaient cependant, et enasseE

grand nombre, des hommes aussi distingués parleur rang, par la gravité de leur caractère, par la profondeur et retendue de leurs connaissances, que par le tour piquant de leur esprit. Chaque séance s'ouvrait par ce qu'on pourrait nommer des bordées de productions les plus ridicules qulls pouvaient imaginer, et les plus analogues â leur emblème et à leur litre. Leur véritable séance s'ouvrait ensuite, et les lectures qu'ils y faisaient, les principes littéraires qu'ils y développaient, excitaient Tadmiration et entretenaient à Venise le feu sacré du goût. Malgré le soin que prenait leur président- de ne rien dire d abord qui n'eût le caractère d'imbécillité exigé par les statuts, il pouvait s'oublier quelquefois; mais une découverte que fit TÂcadémie la mit à l'abri de ce danger. On lui fit connaître un homme complètement stupide, et, ce qui achevait de le rendre parfait, ayant de grandes prétentions à la science et aux talents littéraires, 'remplissant chaque jour des pages de bêtises les plus grossières, les lisant à tout le monde, et prenant pour des signes d'approbation les rires et les moqueries de ceux qui se faisaient un jeu de son excessive simplicité. 11 se nommait Josepb Secchellari; la société lui envoya unedéputation, le reçut dans son sein, le nomma, à l'unanimité, prince et président de Tacadémie des Granelleschi, avec le titre d'Arcigranellotie, titre créé pour lui. On fit avec solennité rinstallation du nouveau président. On lui mit une couronne de prunes; on lui adressa des discours et des pièces de vers du sérieux le plus comique, remplies d'éloges ironiques dont il était aussi fier que de sa couronne. 11 avait pour trône un fauteuil antique très-élevé. L'Arcigranellone ne manquait jamais d'ouvrir la séance par une de cescomposr- ^ions d'un ridicule inimaginable dont il avait peut-être offert le premier modèle. On l'interrompait bien vite à force d'applaudissements, et l'on arrêtait l'insertion

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de ce chef-d'œuvre dans les actes de TAcadémie *. p

Au quatorziènie siècle, époque de décadence pour la littérature allemande, la poésie fut exclusivement cultivée par le peuple, et il se forma des mailrises ou jurandes, dans lesquelles on était admis en remplissant certaines conditions qui se bornaient à la connaissance de règles insignifiantes sur la quantité et les rimes. Souvent même on se faisait recevoir en payant une somme d'argent. Les membres de ces sociétés adoptèrent la dénomination de meisLers^sasngers (maîtres-poètes). Pour s illustrer, il fallait inventer quelque nouveau rhythme que Ton décorait d'un nom baroque. Tels étaient les rhythmesde V Escargot , de V Encre, des Étudiants joyeux, de VOr, des Roses, etc. Mayence, Strasbourg et Nuremberg possédaient les jurandes les plus fameuses. Il y en avait aussi à Memmingen, à Ulm, à Augsbourg et dans d'autres villes de la Souabe. Leurs réunions, qui avaient ordinairement lieu dans les cabarets, finissaient toujours par des orgies.

La plupart de ces maîtrises subsistèrent depuis 1550 jusqu'aux premières années du seizième siècle, époque à laquelle Luther opéra une réforme complète dans la langue allemande. Mais quelques-unes subsistèrent fort longtemps. La maîtrise de . Strasbourg existait encore dans la première moitié du siècle dernier.

On ne voit figurer dans les listes que Ton a conservées des membres de ces jurandes que des tisserands, des boulangers, etc.

A la renaissance des lettres, les Allemands eurent, comme les Italiens, un grand nombre de sociétés litté* raires, qui se proposaient exclusivement d'épurer et de perfectionner la langue et la littérature nationale. L'une des plus anciennes date de 1 480, et fut établie à Heidel-

* Biographie MUhfiitdy art. iiom.

berg, sous le titre de Socielas lilteraria rhenana. On s" y occupait de latin, de grec, d'hébreu, d'astronomie, de musique, de poésie et de jurisprudence. Lès associés se délassaient souvent de leurs travaux par des bals et des festins où on les voyait, dit Jugler, more Germanontm inveteraio slrenue potare.

En 1617, Teutleben, maréchal de la cour de Weimar. fonda la société des Fructifiants, qui dura jusqu'en 1668, et compta, au nombre de ses membres, un roi, cent cinquante-trois princes, et plus de soixante barons, nobles ou £avants distingués.

Vers 1644, Jean Clay, dit le Jeune, fonda à Nuremberg, de concert avec Philippe Harzdorf, VOrdre des Bergers et des Fleurs de iaP^gm^z-, société dont le but était le perfectionnement de la langue allemande. Cent ans plus tard, Herdegen, qui en faisait partie, sous le nom à" Amarante, publia sur elle une notice historique» 1744, in 8. — Au milieu du dix-septième siècle, Philippe de Zesen avait institué, à Hanxbourg, une Société des Beaux Esprits allemands.

Le roi de Hongrie, Matthias Corvin, avait conçu le vaste et singulier projet de bâtir une ville académique qui pût contenir 40,000 étudiants avec leurs maîtres, médecins, chirurgiens, domestiques, etc. 11 en donna lui-même le plan et en fit jeter les fondements sur les bords du Danube, au-dessous de Bude. Mais les guerres qu'il fut obligé de soutenir contre ses voisins absorbèrent les sommes destinées â cette gigantesque entreprise, et il établit dans Bude même l'université qu'il avait projetée.

En 1548, un Polonais nommé Przonka fonda, dans le palatinat de Lublin, une société joyeuse^ qui offrait une parodie piquante de la république polonaise. Elle fut appelée la République de Babin, du nom d^n village du

palatinat de Lublin*. Un Mémoire anonyme, compo^ au dix-huitième siècle, et publié récemment, renferme sur cette société les détails suivants :

« Modelée sur la république de Pologne, celle de Babin avait les mêmes charges et les mêmes dignités. On y voyait des palatins, des castellans, en un mot, des gens ornés de tous les différents titres qui sont en vogue dans la patrie du fondateur. Mais, pour montrer qu'on avait sagement secoué le joug des préjugés nationaux. Ton admettait aussi les titres étrangers, quand quelque occasion valable lexigeait Les diètes étaient fréquentes, mais fort courtes, car elles navaientordinairementqu'une séance. Aucune loi n empêchait de les tenir dans diveis endroits; néanmoins, elles s'assemblaient la plupart du temps dans un village qui, pour celte raison, fut surnommé Gelda, terme slavon employé pour signifier un lieu où Ton babille constamment et à perte d'haleine'.

« Dans ces sortes de diètes, on ne s'amusait pas à chercher la miraculeuse unanimité des suffrages; c'était la pluralité des voix qui décidait de tout. Les brigues et les manœuvres souterraines n'avaient poin 1 1 ieu , lessénateurt et les nonces ignoraient également la corruption; ainsi, jamais de rupture, jamais d'issue infructueuse. Ou exa« minait les qualités des personnages les plus notables du pays, et, suivant le jugement qu'on portait sur leur compte,. ils se trouvaient bientôt décorés d'une patente de telle ou telle charge dans la république de Babin. Quelqu'un montrait-il en même temps de l'ambition et du penchant à une vie molle et tranquille, sur-le-champ il devenait évêque. Celui qui parlait continuellement de sa

*■ D'israêli, dans ses CuriotUiet of Lileralure^ lui donne le nom d« Hepublic of Uuboonery,

* Gelda dési^jne aujourd'hui une Bourse, un lieu de conférence pour les afiaires de commerce.

valeur, sans en avoir donné des preuves, était fait grand ou petit général. D'autres parvenaient subitement au ministère pour prix de leurs dissertations politiques et leurs vastes projets dressés sans la moindre connaissance des intérêts des princes. Enfin chacun était traité souvent selon son goût et toujours selon son mérite. Un festin accompagnait 1 heureuse clôture de rassemblée; et, comme on peut bien Tima^iner, il était de fondation qu'on y bût à la santé des nouveaux dignitaires et qu'on chantât leur louange.

« Rien ne ressemble mieux à nos brevets du Régiment de la Calotte que les patentes dont il s'agit : j'en ai vu d assez bien tournées. Avec un pareil badinage, la société en question donnait souvent des leçons frappantes tou chant la distribution des grâces de la cour, car il arrivait quelquefois des changements prodigieux dans le sort d'un seigneur qui passait de la république de Pologne â la république de Babin. Par exemple, on y métamorphosait le primat intéressé en frère quêteur; le palatin pillard, en archer des douanes: le général tîinide, en courrier; et le mauvais magistrat, en marchand. ' « Un jour qu'on parlait de cet établissement en présence de Sigismond-Auguste, il demanda si Pon y avait aussi créé un roi. Przonka lui dit gravement : « A Dieu « ne plaise, Sire, que nous concevions jamais une sem- « blable pensée du vivant de Votre Majesté l Régnez heu- « reusement sur nous comme sur la Pologne entière. » Quoique, suivant les circonstances du temps, la réponse parût susceptible d'une interprétation maligne, Sigismond entendit raillerie et ne témoigna aucun mécontentement.

« Pendant plusieurs années, cette troupe d'observateurs badins fut le fléau des vices et du ridicule. On a|)erfevait de tous côtés les fruits de leur plaisanterie .

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ear la crainte d'être immolé aux risées publiques produisait un changement heureux dans les mœurs et dans la conduite des petits et des grands. Enfin la société tomba, ou par un effet des révolutions qui arrivèrent en Pologne sous les règnes suivants» ou bien faute de gens d'esprit qui pussent figurer convenablement dans de telles assemblées. Quoi qu'il en soit, Fhistoire des derniers temps montre que le pays a quelque sujet d'en regretter la perte *. »

Le huilièfne discours du Spectateur renferme quelques détails sur des sociétés assez bizarres établies en Angleterre. « Tout le inonde, dit Tauteur de ce dis* cours, a sans doute entendu parler de la société ou plutôt de la confédération des Rois. Cette grande alliance se forma un peu après le retour de Charles 11, et Ton y adinettait indifféremment toutes sortes de personnes, de quelque condition ou qualité qu'elles fussent, pourvu qu'elles ne refusassent pas de prendre le titre de HoL On voulait par là repousser' tous les hommes imbus d'idées républicaines ou antimonarchiques

« 11 est arrivé souvent qu'un nom de baptême a servi d'occasion à établir une société et à la distinguer des autres. C'est ainsi que l'on a vu, de nos jours, la société de Saint-Georges, qui s'assemblait le jour de Saint-Georges, à l'enseigne de Saint-Georges, et qui jurait par ce saint.

« La coterie des Nigauds, dont j'ai été autrefois membre, moi indigne, était composée de fort honnêtes gens, d'un naturel paisible, qui demeuraient assis les uns avec les autres, et fumaient leur pipé sans dire un mot jusqu'à minuit. »

Vers la fin du dix-septième siècle il se forma, à Lon-

* Idée de la république de Pologue^ oianuscril de la BililioUièque royale de Paris, publié par Ed. Kurzweil, 1H40, in-8, p. W^ei >niv.

dres, un club du Silence, La loi fondamentale était de n*y jamais ouvrir la bouche. Le président était sourd et muet; comme les autres, il parlait des doigts, et encore n'était-il permis de déployer cette éloquence mécanique que fort rarement, et dans les occasions importantes. Après la fameuse journée d'ilochstedt, un membre, transporté de patriotisme, osa annoncer de vive voix la nouvelle de cette victoire; aussitôt il fut renvoyé, à la pluralité des suffrages qui, selon Tusage de Tancienne Rome, se donnaient en pliant les pouces en arrière *.

Au dix-septième siècle, un voyageur anglais, Bugg, fonda Tordre des Chevaliers troyenSf et le conféra, sur les ruines de Troie, à Tun de ses compagnons. Th. Coryate, qui prit le titre de Premier Anglais créé chevalier troyen. Après sa réception dans un ordre dont il fut certainement le premier et le seul chevalier, Coryate improvisa un discours où il raconte fort gravement les détails de cette cérémonie.

En 1804, un homme d'État anglais. Aberdeen, institua la Société des Voyageurs athéniens^ société dans laquelle on ne pouvait être admis qu'après avoir fait le voyage de la Grèce.

Peu de temps avant sa mort, Alûeri, daiis le but de se récompenser lui-même d'avoir appris le grec dont il avait entrepris l'étude à quarante-huit ans, imagina un collier d'ordre, sur lequel devaient être gravés les noms de vingt trois poêles et dont il voulait se décorer. Ce collier aurait été d'or, enrichi de pierres précieuses. Sur un camée, représentant Homère, on devait graver deux vers grecs de la façon d'AlQeri, qui les traduisit ensuite en italien. Leur sens était : 4 Alfieri, en se faisant lui-

' (le club a probablement donné à Tabbé Blanchei l'idée de son joli conte de V Académie siieiuieuse. Voyez Apologuet el Coweg oritAtaux^ 1785, in -8.

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même chevalier d*IIomère, inventa un ordre plus no« ble que celui des empereurs. »

En Amérique, près de Boston, il se forma, à la fin du dernier siècle, une Académie où Ton s*attachait à former des femmes sans sexe, d'après les principes de mistress Godwin, la femme du célèbre auteur de Caleb Williams, Mistress Godwin prétendait que la femme est appelée^ par la nature, à partager avec l'homme toutes les fonctions élevées que celui-ci s'est arrogé exclusivement; que l'homme n'a d'autre supériorité que celle de la force musculaire, et que c'est uniquement en subissant l'influence de l'amour que le sexe féminin est tombé dans Tétat de dégradation où il se trouve aujourd'hui. Cette Académie, que bien des femmes de nos jours vou« draient voir ressusciter, n'eut pas une longue durée.

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