ÉTUDES EN FRANCE
chute de la dynastie carlovingienne» l'impulsion donnée par Charlemage se fit encore sentir sous Louis le Débonnaire, et surtout sous r.harles le Chauve. II y eut à la cour de ce dernier une véritable renaissance des lettres grecques et latines. Les contemporains furent frappés de Téclat que jeta Técole palatine, où Charles le Chauve avait appelé des savants étrangers. Suivant Ilerric, moine de Saint-Germain-rAuxerrois, on ne disait plus Vécole du palais, mais le palais de l'école, et la Grèce pleurait ses enfants, qui la dédaignaient et accouraient en Gaule, attirés par les bienfaits de Terapereur*. L'usage du grec était si familier à la cour de ce prince, qu'on ne cessait d'insérer des mots grecs dans des vers latins, ou même des vers grecs entiers dans des poésies latines.
Après la mort de Charles le Chauve Tlgnorance et la barbarie régnèrent de nouveau sur toute la France. Le concile tenu à Tresly (province de Reims) en 909, parle de certains abbés qui répondaient nescio litteras lorsqu'on leur présentait quelque chose à lire.
Dans le diocèse de Bourges, au neuvièipe siècle, lors de Texamen que Ton faisait subir aux prêtres, on leur faisait deux questions qui prouvent assez le peu de savoir que Ton exigeait d'eux. On leur demandait, dans les formules du baplême, comment ils distinguaient le genre féminin du genre masculin et le pluriel du singulier.
Le chroniqueur Adhémar de Chabannes, mort en 1050, rapporte que Benoît, prieur de Cluse en Lombardie, disait : « bn Aquitaine, il n'y a aucune science. Tous sont ignorants, et si quelqu'un a appris quelque peu de grammaire, il se croit déjà un Virgile. En France, il y a du sa-
1 C« fut à cette époftue qu'un couvent de moines grecs s'établit en Lorraine^
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voir, mais peu. Cest en Lombardie, où je me suis instruit le plus, que Ton trouve la source du savoir. »
Pourtant, au milieu de cette ignorance générale, il y avait quelques rares exceptions. Ainsi Ekkard, moine de Saint-Gall, mort en 998. savait le grec, et il paraît qu'on enseignait cette langue dans son monastère, car le moine Nother, écrivsint à Lambert, lui disait : Salutant le Ellenid fr aires.
L'historien de Normandie Orderic Vital parle aussi d'un chevalier fort instruit nommé Ranulfe ou Raoul, cinquième fils de Giroie, Tun des plus puissants seigneurs de Normandie. Voici les renseignements transmis sur ce personnage par le chroniqueur : d H fut, diton, surnommé Male-Couronne, parce que, dans sa jeunesse, il ne socxîupait que d'exercitës militaires et d^autres frivolités... 11 se livra ensuite à Tétude des lettres, et, parcourant les écoles de France et d'Italie, il parvint à acquérir la connaissance des choses les plus secrètes. En effet, il était noblement instruit dans Tastronomie, de même qu'en grammaire et en dialectique, ainsi qu'en musique; if possédait même si complètement la science de la médecine, que dans la ville de Salerne, où florissaient, depuis les temps anciens, de célèbres écoles, il ne trouva personne qui pût l'égaler dans cet art, si ce n'est une certaine dame très-savante. Malgré une si grande connaissance des lettres, il ne s'abandonna pas cependant à Foisiveté; il se livra longtemps aux travaux de la chevalerie, et donna de fréquentes preuves de sa vaillance et de son habileté dans les affaires militaires, où il se distingua parmi ses rivaux. Les habitants de Monlreuil rapportent de lui, encore aujourd'hui, beaucoup de choses qui nous semblent merveilleuses, et qu'ils ont vues eux-mêmes, ou qu'ils ont apprises de leurs pères, pour lesquels il fut plein de bonté; car il