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ÉTUD-ES EN FRANCE

avait fait de savantes expériences sur les maladies et d'autres accidents inattendus *. »

Un autre passage dOrderic Vital (t. 11, 1. III, p. 88) montre, du reste, quelles étaient, à la fin du onzième siècle, les études auxquelles on se livrait dans les monastères. « Osbern, fils d'Erfast, abbé d'Ouche, savait, dit-il, contenir à merveille les jeunes gens, et les forcer à lire, à psalqiodier, ainsi qu'à écrire, en employant, comme jl fallait, les réprimandes et les corrections. Il fabriquait lui-même des écritoires pour les enfants et les ignorants, préparait des tablettes cirées, et ne négligeait pas de faire remettre tous les jours, par chaque individu, la tâche de travail qu'il lui avait imposée. »

Le système d enseignement suivi dans les écoles pendant tout le moyen âge avait pour base le trivitiniy comprenant la grammaire, la rhé orique et la dialectique, et le quadrivium, comprenant Farithmétique, la géométrie, la musique et laslronomie, divisions déjà adoptées dans les écoles de Tantiquité.

On donnait le nom de grammaire à Tétude du latin; et cette étude, qui ne comprenait guère que le latin d'église, était pourtant bien négligée, malgré les prescriptions de plusieurs conciles. Ainsi, à Toulouse, le légat du pape et le comte Raymond exigèient qu'il y eût en chaque, monastère un mattre de langue latine, « parce que, disaient-ils, les ténèbres de l'ignorance ont trop prévalu dans ces contrées. »

* Histoire ie Nonmmdiey collection Guizot, t. XXVI, 1. Ill, p. 25 et 64. — Baoul flnit. comme tous les hommes éclairés de son siècle, par embrasser la vie l'eligi^'use. « Ayant enfin abandonné les séductions du mon e, dit Orderic Vital, il se retira à Marmoulicrs. s'y iii moine sous l'ablté Albert, et pria Uiçu avec Terveur de couvrir son corps de la maladie incurable de la lèpre, alin que .son âme fût purifiée des ordures du péché. Cette pieuse prière fut exaucée. 11 mourut heureusement près de six ans après sa conversion. »

L'étude de la langue grecque était, bien entendu, encore plus négligée. Cependant, par suite de la croisade qui pla^ un prince français sur le trône de Constanti* nople^ on commença à connaître et à traduire en latin quelques livres grecs, comme Âristote, Platon, TAlmageste de Ptolémée, Esope, les Pères de TÉglise, plusieurs ouvrages de mathématique et de médecine, etc. On rapporte même que Guillaume-Bernard de Gaillac, Al diocèse d'Alby, traduisit, de latin en grec, les œuvres de saint Thomas d'Aquin, travail qui supposerait une connaissance approfondie de la dernière langue. Cependant ce fut vers cette époque que le proverbe : Grsscum est, non potest legi commença â être en usage. • Ce proverbe, dit Bayle (art. Accurse), pourrait avoir tiré son origine de la coutume des glossateurs. On prétend que, lorsqu'ils tombaient sur un mot grec, ils cessaient d'interpréter, et en donnaient pour raison que c'était du grec, qui ne pouvait être lu, et, après avoir ainsi sauté cette fosse, ils reprenaient l'explication du latin. »

lues conciles, qui cherchèrent à répandre dans le clergé l'étude du latin, tentèrent souvent de s'opposer à Tétude des sciences et de la philosophie. Un concile tenu à Tours, en 1163, e;xcommunia les moines qui professeraient le droit ou la médecine.

« Dans ce temps (au commencement du treizième siècle), dit Guillaume le Breton, on lisait à Paris des ouvrages composés, dit-on, par Aristote, et qui apprenaient la métaphysique. Ils avaient été récemment apportés de Constantiuople, et traduits du grec en latin. Comme par des maximes subtiles ils pouvaient engendrer des hérésies, on ordonna de les brûler, et il fut défendu,, dans le

* Vempereur Haiidouin envoya à Paris de jeunes Bjanlio».

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concile de Paris, d^oser jamais les transcrire, les lire ou les tenir de quelque façon que ce fût ' . »

Les maîtres traitaient, en général, avec la plus grande brutalité les écoliers confiés à leurs soins. Les coups formaient une partie essentielle de Téducation privée ou publique. Dans un ouvrage manuscrit de Gautier de Metzi on voit une miniature représentant une scène d'école. Le maître a la tète nue; il est assis et vêtu d'une robe et d'un capuchon bleu; sa main est levée et armée d une poignée de verges, dont il menace des enfants qui tiennent chacun un livre, et sont nus depuis la tète jusqu a la ceinture.

Un jurisconsulte du treizième siècle, Philippe de Navarre, dans un petit traité de morale encore manuscrit, s'exprime ainsi sur la manière dont on doit châtier les enfants: « Lichatizdoit estre de verge, et se ce ne vaut, si soit en prison : po (peu) d'enfants périssent por chastier (pour avoir été châtiés) et trop, por soffrir lor maies enfances*. »

Pour se former une juste idée de l'éducation particulière au moyen âge, on n'a qu'à lire Tépisode suivant de la vie de l'abbé Guibert de Nogent, mort en 1424. C'est lui-même qui parle, a II y avait, un peu avant cette époque, (vers 1060), et même encore alors, une si grande rareté de maîtres de grammaire, qu'on n'en voyait pour ainsi dire aucun dans la campagne, et qu'à peine en pouvait-on trouver dans les grandes villes; encore étaient-ils* d'une si faible science, qu'on ne pouvait les comparer aux clercs, qui sont maintenant errants dans les campagnes. Or celui auquel ma mère résolut de me confier avait appris la grammaire dans un âge avancé, et se

' Guillaume le Brefon, Vie dé Philippe-Augusley colleclion Guizot, tome XI, p. 34^.

* Bibliothèque de VÈeole de» Chwrtesy 1840-4i, (ome 11, p. U.

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trouvait d'autant moins familier avec cette science, qu*il s^y était adonné plus tard; mais il était d'une si grande modestie, que tout ce qui lui manquait en savoir, il le remplaçait par sa vertu... Dès le moment où je fus placé sous sa conduite, il m'instruisit à une telle pureté, il écarta si bien de moi tous les vices qui accompagnent ordinairement le bas âge, qu'il me préserva entièrement des dangers les pius fréquents. Il ne me laissait aller nulle part sans m'accompagner, ni prendre aucun repas ailleurs que chez ma mère, ni recevoir de présent de personne qu'avec sa permission... Mais il était tout à fait inhabile à réciter des vers ou à les composer selon les règles. Cependant il m'accablait, presque tous les jours, d'une grêle de soufflets et de coups, pour me contraindre à savoir ce qu'il n'avait pu m'enseigner lui-même. S'il lui arrivait de lâcher quelque sottise, comme il tenait tous ses sentiments pour infaillibles, il la soutenait et la défendait au besoin avec des coups. Un jour que j'avais été frappé, ayant interrompu mon travail pendant quelques heures de la soirée, je vins m'asseoir aux genoux de ma mère, rudement meurtri, ert certainement plus que je ne l'avais mérité. Ma mère m'ayant, comme de coutume, demandé si j'avais encore été battu ce jour-là. moi, pour ne point paraître dénoncer mon mattre, j'assurai que non. Mais elle, écartant, bon gré mal gré, ce vêtement qu'on appelle chemise, vit mes petits bras tout noircis et la peau de mes épaules toute soulevée et bouffie des coups de verges que j'avais reçus. A cette vue, ?e plaignant qu'on me traitait avec trop de cruauté dans un âge si tendre, toute troublée et hors d'elle-même, les yeux pleins de larmes : « Je ne veux plus désormais que « tu deviennes clerc, ni que. pour apprendre les lettres, « tu supportes un tel traitement. » A ces paroles, la regardant avec toute la colère dont j'étais capable : c Quand

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