‹ Curiosités médico-artistiques (volume 2)Chapitre 18 sur 26 · LES FOUS EN TITRE D'OFFICE · texte numérisé non relu

LES FOUS EN TITRE D'OFFICE

On sait qu'à la cour des rois, aussi bien en France qu'en Espagne ou que dans l'Empire, vivait autrefois un être bizarre, décoré du nom de fou. A proprement parler, le fou n'était pas aliéné, mais bien un badin de profession, qui avait son franc parler, critiquait, gourmandait, raillait, et en réalité pratiquait l'espionnage au profit de sou maître, ou trahissait celui-ci pour le compte des conspirateurs.

Ce n'est donc pas en tant que fou que ce personnage intéresse le médecin. Mais le prince avait soin de le choisir difforme, laid, bossu ou nain," bref, affligé d'une infirmité incurable, de manière que, véritablement, il représentât un échantillon inférieur de l'espèce humaine. Au reste, c'était là une tradition invétérée. Les fous de cour ont leur origine d'une part dans les orgies allégoriques, connues sous le nom de fêles de /"ohs, pendant lesquelles le pouvoir ecclésiastique passait des mains de l'évêque à celles de l'enfant de chœur, et qui accordait pour vingt-quatre heures la suprématie aux pauvres d'esprits; d'autre part, dans les romans de chevalerie où le fou jouait des rôles importants, deus ex machina de l'intrigue, nain sonnant du cor, bossu faisant concurrence aux troubadours en récitant lais et virelais, nègres serviteurs des palais magiques.

On les recrutait surtout parmi les nains, plus ou moins contrefaits. Le fou devait avoir l'agilité du singe pour sauter et gambader dans les salles de châteaux; il jouait de la cornemuse, de la trompette, du rebec, imitait le chant des oiseaux. Son bavardage ne devait jamais cesser, sa réserve de bons mots, de contes et de motets était inépuisable. Bref, il devait en toutes manières marquer sa supériorité sur les animaux favoris du maître, car en réa-

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lité il n'était qu'un animal, un singe à face humaine et à langue déliée.

Aussi le rcprésente-t-on la plupart du temps en compagnie d'un

Velasquez. — Nain de cour espagnole (Berlin).

chien, lévrier ou danois plus gros que lui. 11 avait un gouverneur, comme le chenil ses valets de chiens à table, on lui servait les bons morceaux, comme dans la volière aux éperviers et aux paons ; dcvait-il être puni ? on lui donnait les étrivières et on le mettait en pénitence aux cuisines.

Le fou était donc un homme ravalé au rang de bête ; on avait pour lui do l'afïection, mais nulle estime. Par/ois quelque dame lui accordait ses faveurs, mais cette peccadille ne tirait pas pour elle à conséquence, et son mari n'en était point jaloux. Situation

Frans IIals. — Le fou {Rij les muséum, Amsterdam).

abjecte à coup sur, et qui exigeait de la part de celui qui l'acceptait le renoncement à toute dignité humaine.

Les nains de cour étaient à l'ordinaire difformes. Lorsqu'ils étaient bien proportionnés, ils atteignaient une valeur incomparable. Le fou de Charles I^'' d'Angleterre, Jeffery Iludson, n'avait que 47 centimètres; il mourut à soixante-treize ans. Le plus célèbre fut celui du roi Stanislas, père de Marie Leczlnska, et qui est connu sous le nom de Bébé. Il pesait à sa naissance une

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livre et quart, son berceau était un sabot; on le porta au baptême sur une assiette. 11 mourut à vingt-trois ans; sa taille était de

Antonio Moruo. — Le nain de Charles-Quinl {Masce du Louvre).

0 m. 93. Son contemporain Borulawski vécut jusqu'à quatre-vingtdix-huit ans et ne dépassa pas 0 m. 75 de hauteur.

Les fous de France qui comptent parmi les plus connus, Thevenin, enterré à Senlis dans l'église Saint-Maurice, Caillette, Tribouiet, Brusquet, Sibilot, Chicot, Angoulevent, l'Angcly, etc., étaient un peu plus grands que ces microscopiques personnages.

Cependant, Caillette, le fou à l'oreille clouée, parait avoir été audessous de leur taille moyenne.

Les lous d'Espagne avaient la réputation d'être infiniment petits. Qui ne connaît le célèbre tableau de Velasquez : Le Nain de Philippe IV 1 Mais il faut reconnaître que ce furent plutôt des demiculs-de-jatte, dont les membres inférieurs ne s'étaieut pas développés, alors que le tronc et la tête suivaient leur évolution normale. Les nains de Philippe IV El Primo et Sebastien Morra rappellent volontiers ce personnage singulier qui s'est longtemps exhibé dans les concerts tunisiens des fêtes foraines.

Aujourd'hui les nains n'ont plus la chance de vivre à la cour des rois. Il leur reste Barnum et les musées Dupuytren ambulants.

Supplices et Tor'feures

Supplices et Tortures

L'iconographie médicale a beaucoup à puiser dans toutes les représentations de martyres. On peut, en compulsant cette collection, tout d'abord se faire une idée des cruautés inouïes dont firent preuve les persécuteurs, — raffinements qui tiennent de très près au sadisme, — et d'autre part du courage extraordinaire montré par les victimes, courage qui ne peut guère s'expliquer que par l'anestiiésie dont les illuminés sont souvent atteints.

Voici par exemple le martyre de sainte Agathe, dû au pinceau de S. de Piombo. Par ordre du gouverneur Ouintien, elle fut condamnée à avoir les seins tenaillés avec des pinces rougies au feu, supplice atrocement douloureux et qui devait arracher à la patiente des cris épouvantables. L'artiste, au contraire, nous présente une sainte quasi impassible se débattantà peine, les traits calmes: elle est tout entière à son illuminisme religieux et fort heureusement pour elle, sa sensibilité se trouve atténuée. La Vie des Saints dit textuellement : « On n'aperçut même pas sur ses traits la plus légère impression de souffrance ».

D'autre part, ce sont bien des sadiques qui exécutent les ordres reçus. Celui de droite, cherche à surprendre une expression de douleur sur le visage de la victime, l'autre, les mâchoires contractées, les lèvres pincées, une jouissance indicible dans le regard, s'applique avec soin à prolonger le supplice. Au demeurant, cette composition est fort belle; le corps de la femme est admirablement traité, au point de vue anatomique, et le contraste est saisissant entre cette chair blanche et nacrée, et les visages sombres des bourreaux. Sainte Agathe, issue d'une famille patricienne, était d'une grande beauté; l'artiste n'a pas failli à la tradition. Lorsque

la sainte, dit l'iiistoire, eut été tenaillée, elle fut roulée nue sur des pots cassés et des charbons ardents. On voit, au dernier plan à droite, le brasier qui s'apprête pour libérer enfin dans la mort cette malheureuse victime du fanatisme idolâtre. Le martyre de saint Denis a inspiré, entre autres artistes, notre

Le Martyre de St-Denis (Panthéon), par Bonnat.

grand peintre Bonnat qui lui a consacré une fresque au Panthéon. Le saint vient d'être exécuté, la téte a roulé à terre, et, suivant la pieuse légende, il la ramasse de ses propres mains. A noter que Bonnat a placé un billot, or on sait que la plupart des artistes qui ont représenté une décollation, la figurent sans billot. L'exécuteur fait voler la tête du tranchant de son épée ou de sa hache. L'œuvre de Bonnat, d'un solennel un peu factice (pourquoi le bourreau est-il nu ?) fait grand effet au Panthéon, parmi celles de Puvis, de Gustave IVIoreau, de Meissouier et Cabanel.

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Quant à la scène du supplice do saint Jean-Baptiste, elle a été fréquemment retracée par les peintres, surtout par ceux de l'école italienne. Cependant Rubens, Gérard Dow et Durer ont laissé, soit en gravures, soit en tableaux, des compositions analogues.

Celle que nous reproduisons ici est due au Pérugin, l'artiste ombrien qui mêla si délicatement aux sujets religieux la grâce de l'antiquité païenne. Il s'est conformé, dans la conception de son tableau, au texte évangélique. Le bourreau, d'un seul coup de son glaive, a tranché la tète du saint et la présente à Salomé qui la reçoit sur un plat. On notera que saint Jean n'a point posé sa tète sur un billot et que le bourreau a dû, pour ainsi dire, la faire voler, ainsi qu'on décapite une fleur d'un coup de baguette. Et voici qui tient du miracle, le corps agenouillé ne s'est pas affaissé, il reste dans la même attitude de prosternation, les mains jointes dans une suprême prière. En outre, l'artiste a commis une erreur en plaçant une scène en plein air, c'est à l'intérieur de la [irison que saint Jean subit le supplice.

Pour finir, citons un trait qui caractérise le Pérugin. Il était d'une avarice sordide et ce vice s'accentuait d'année en année. Un jour, on commit un vol à son préjudice. Son émotion fut si forte qu'il en mourut. 11 est vrai qu'il avait soixanle-dix huit ans.

Le garrot, ou, plus grammaticalement, la garrotte, est, comme chacun sait, le mode d'exécution capitale pratiqué en Espagne. Le pays de Charles-Quint et de Philippe II n'a pas voulu adopter la moderne guillotine, si élégante et si bien machinée : il s'en est tenu à l'ancien supplice, qui, lui non plus, n est pas dénué de qualités précieuses.

Tout d'abord, il est très propre : pas une goutte de sang versée; il est fidèle : le bourreau ne manque jamais son coup, puisqu'il n'a qu'un tour de vis à donner à la manivelle. Enfin il est très impressionnant, si tant est qu'un supplice doit être impressionnant.

Au point de vue médico-légal, la garrotte présente un avantage précieux : la strangulation est un des genres de mort les plus

prompts et les plus rapides, elle agit en arrêtant la respiration, en comprimant les carotides et les nerfs, notamment le pneumo-gas;

Goya. — Le Garrot (Musée de Lille).

trique et les nerfs laryngés, d'où syncope immédiate et asphyxie. Le tableau de Goya est, comme tous ceux de ce scrupuleux réaliste, conforme à la vérité scientifique : les extrémités sont violacées, la face est cyanosée; les yeux sont saillants. Pour être plus exact, l'artiste aurait dû nous montrer la langue tuméfiée, projetée

Michel-Ange. — Le Bûcher.

entre les arcades dentaires. Toute/ois, l'impression ne laisse pas d'être sinistre à la vue de cet échaufaud surmonté du garrot, où le cadavre reste exposé. Autrefois on y suppliciait les condamnés de l'Inquisition; aujourd'hui ce sont les anarchistes qui utilisent, à leur corps défendant, ce mode de strangulation, héritage du moyen âge.

Le bûcher est complètement proscrit d'Europe. Ailleurs, les Chinois, raffinés en supplices, et les coloniaux qui se délectent à expérimenter sur les nègres les coutumes antiques, connaissent l'art de lier un homme vivant au bûcher. Michel-Ange nous montre un athlète superbe, d'une puissante académie, — comme tous les personnages que sa palette a traités — , attendant que le bourreau vienne allumer le feu. Lorsque le bourreau était curieux d'une lente agonie, il se gardait bien de construire le bûcher avec du bois sec. 11 y mettait au contraire des branches vertes et des troncs récemment sciés : c'était alors un feu sans flamme et produisant beaucoup de fumée, la mort était lente à venir; seuls les pieds du condamné rôtissaient légèrement; l'asphyxie provoquée par le gaz de la combustion et la fumée faisait progressivement son œuvre, et le patient subissait mille tortures atroces avant de rendre le dernier soupir. C'est de cette façon que mourut Urbain Grandier. Aussi conçoit-on que la faveur suprême implorée par la victime était d'être étranglée avant d'être attachée. M. de Paris se faisait largement graisser la patte pour accorder cette dernière grâce; il avait acquis un tour demain remarquable pour étrangler son sujet sans que la foule s'en aperçût. Mais celui de Michel-Ange est bien vivant et aura longtemps à se débattre avant que le mort libératrice ne le délivre de la justice des hommes.

Les anciens étaient très experts en matière de tortures, on peut dire qu'ils ont utilisé pour faire souffrir et mourir leurs semblables, toutes les armes qu'ils avaient à leur disposition. Saint Sé-

Antonello de Messina. — Saint Sébastien,

CURIOSITÉS MKDICO -ARTISTIQUES

bas tien,. comme on sait, servit de cible aux flèches qu'on lui décocha : sujet maintes lois traité par les peintres. Ceux-ci semblent s'être donné le mot pour mettre sur pied un Sébastien quasi hermaphrodite. Antonello de Messina en a fait un jeune adolescent, peu musclé, aux formes arrondies. En réalité, le martyr avait près de la quarantaine lorsqu'il fut dénoncé comme chrétien et condamné. 11 ne succomba pas à ce premier supplice, mais après sa guérison, il alla insulter l'empereur qui le fit périr sous le fouet. Tout cela ne nous dit pas pourquoi on l'invoque en Italie contre les maladies contagieuses.

Saint Erasme fut laparotomisé vivant, sans anesthésie préalable bien entendu. L'opération telle que le Poussin l'a représentée fut horrible. On lui ouvrit le ventre de bas en haut; puis on le vida en déroulant les intestins : martyre atroce, qui a fait de lui, par ironie sans doute, le patron des femmes en couches. Ce .tableau du Poussin qui se trouve à Dresde, est une réplique de celui du Vatican, brossé également par le Poussin, et qui fait l'admiration de tous les visiteurs de Rome.

Ribera a traité le martyre de saint Rarlholomé. II n'a pas suivi la tradition qui veut que cet apôtre ait été d'abord écorché, puis crucifié, la tête en bas. Le peintre espagnol s'est contenté de nous faire assister à sa mise en croix. Cette croix n'était pas fixe, comme celle du Christ, mais montée comme une vergue de navire; après avoir attaché les mains du patient à la barre transversale, on hissait celle-ci par la manœuvre d'une poulie : supplice terrible, puisque les pieds n'ayant plus de point d'appui, le corps se trouvait suspendu par les mains ; supplice fort long, car en dépit de la douleur, la mort devait tarder à venir, puisque le jeu de la respiration restait intact.

Le martyrologe des premiers chrétiens a enregistré l'écorchement. Celui-ci, à vrai dire, n'était qu'une répétition de la légende païenne : d'après la mythologie, Marsyas, inventeur de la flûte, avait défié Apollon et fut vaincu par lui. 11 était à la merci du dieu, qui punit son audace en l'attachant à un pin, puis en l'écorchant tout vivant; suite funeste d'un tournoi musical. Une si belle tradition ne pouvait être perdue pour les bourreaux. Leur sadisme se délecta à dépecer les martyrs ; mais ce supplice nécessitait un

SUPPLICES ET TORTURES

iiBEiiA. - Martyre de saint Barthélémy {Berlin.)

SUPPI.ICKS ET TORTURES

tour de main assez délicat pour faire souffrir le plus longtemps possible les victimes et retarder la mort qu'ils appelaient à grands cris.

D'autres tortures, comme le tenaillement de la langue au fer rouge (supplice de sainte Apollonie) étaient réservées aux femmes, ainsi que le déchirement des seins ou la mutilation : cette fois il s'agit bien de sadisme proprement dit. L'artiste Torre, dont nous reproduisons la toile, n'a pas eu raison de représenter la scène à deux personnages : bourreau et victime. En réalité, la torture avait lieu en présence d'une foule nombreuse dont les instincts cruels se satisfaisaient à ce répugnant spectacle. Jamais le sadisme des foules ne s'est donné plus libre cours que pendant les persécutions des premiers siècles de notre ère.

Rien n'égale en horreur, cependant, cette scène atroce, retracée par Albert Durer, de dix mille chrétiens martyrisés en Perse par l'ordre du roi Sapor. Ce sinistre fauve à face humaine a fait montre d'une férocité qui n'a jamais été égalée. C'est lui qui, ayant capturé son ennemi, l'empereur Valérien, l'abattit comme un chien, puis de sa peau, teinte en rouge et empaillée, fit un épouvantail qu'il suspendit dans un temple.

Le Massacre des dix mille fut fertile en incidents variés. Ces malheureux étaient, soit précipités par groupes du haut d'une falaise sur des lits d'épines; d'autres étaient mis en croix, d'autres décapités ou assommés, ou percés de lances : hommes, prêtres, femmes, enfants désignés à la mort par le potentat, périrent tous de la plus cruelle façon. Journée lamentable, unique peut-être dans l'histoire de l'humanité, si souillée de crimes cependant. Et il existe encore des snobs pour nous vanter l'antique civilisation orientale si raffinée et si délicate ! Ne leur en déplaise, nous préférons notre barbarie occidentale.

Et cependant, cette barbarie occidentale, de quels crimes n'estelle pas chargée. Qu'on jette donc les yeux sur le carcero da/'o, la prison italienne où l'on enfermait les condamnés politiques. On ne se contentait pas de priver les détenus de leur liberté, ni de les charger de chaînes. On les soumettait aux pires tortures, fout en ayant soin de bien les nourrir, pour prolonger leurs souffrances. Le principe en vigueur était de les astreindre à une immobilité absolue

ToRRE. — Martyre de sainte ApoUonie.

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dans une attitude terriblement fatigante. C'est ainsi qu'on cadenassait leurs pieds dans une boite, sorte de carcan de jambes, d'où ils ne pouvaient sortir. C'était la punition la plus /aible. D'autres étaient maintenus la tête entre les genoux, les bras

Bouts. — Martyre d'Hippolyte (Bruges.)

sous les cuisses, par des anneiux rivés à leur chair et qui leur interdisaient tout mouvement. D'autres étaient attachés aux murs, d'autres pendus. Tout ce que l'imagination délirante d'un sadique peut inventer, les despotes l'appliquèrent avec une férocité inouïp.

Au reste, les prisons italiennes sont restées célèbres. A 'Venise, c'étaient les Plombs et les Puils, popularisés par Silvio Pellico.

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Monreale c'étaient les damnusi, à Rome les souterrains de Saint- Ange, les vade in pace. Mais rien n'égalait le carcere durissimo, ni les fours de Monza, petites cellules construites de telle sorte

GiOTTO. - Le massacre des Innocents.

que les malheureux qu'on y enfermait ne pouvaient se tenir qu'accroupis et pourrissaient lentement dans leurs ordures.

Les ilaliens avaient de qui tenir. Jamais peuple ne fut peut-être aussi cruel. Cet instinct était un héritage du bas-Empire.

L'écartèlement que la loi française réservait aux régicides, nous vient également d'Italie. 11 y fut peu pratiqué toutefois. Le plus célèbre de ces supplices est celui d'ilippolyte, évèque du troisième

siècle, qui dut à son nom ce douloureux supplice. Comme il passait en jugement devant le préfet deRome, celui-ci, qui avait quelque littérature s'écria : « Eh bien ! qu'il soit comme le fils de Thésée traîné par des chevaux. »

Le tableau de Bouts nous montre l'écartèlement; les articulations commencent à craquer, les membres s'allongent, les chevaux tirent : mais le bourreau n'intervient pas, comme plus tard au supplice de Damiens, pour sectionner les chairs palpitantes et abréger les épouvantables tourments.

Terminons cette série par une reproduction du tableau de Giotto, le massacre des Innocenls. Là encore nous trouvons réveillés les plus bas instincts de la bête humaine : cruauté et sadisme sont associés dans les mobiles de ce carnage. C'est un sujet fréquemment repris par les artistes, mais qui ne repose sur aucun fondement historique.

La légende dit qu'Hérode, pour être sûr que le Messie succomberait, ordonna de mettre à mort tous les enfants de moins de deux ans ; celte tradition n'est appuyée par aucun historien sauf par Macrobe qui la rapporte dans une phrase d'un sens douteux.

Quoi qu'il en soit, ce sujet a magnifiquement inspiré Rubens, Fra Angelico, Lucas Crauach et bien d'autres. Le tableau de Giotto est curieux par la naïveté des gestes du bourreau et l'entassement des petits cadavres tous percés d'une lame étroite et profonde.

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