HANS HOLBEIN
La Passion du Christ, tant de fois traduite par les poètes et les peintres de tout pays, relève-t-elle uniquement de l'exégèse philosophique, ou bien est-elle susceptible de supporter la critique médicale? Bien entendu, il ne s'agit nullement ici de mettre en
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doute le moindre article de foi. Nous avons des lecteurs de toutes opinions, et ces opinions nous ne nous permettons pas de les juger. La critique s'arrête au seuil de la conscience.
Cependant, parmi les innombrables Passions que nous ont laissées les peintres de la Renaissance et des temps modernes, nous pourrons glaner des observations importantes, relativement à l'iconographie médicale. Là encore, — tout comme M. Jourdain faisait de la prose sans s'en douter, — les grands a,rtistes qui ont élevé ces monuments de la pensée humaine ont donné des preuves d'une observation intuitive, et créé, pour ainsi dire, des types particuliers, soit de psychopathes, soit de mystiques, soit de bourreaux sadiques et cruels.
Hans Holbein, a laissé dix dessins, plus éloquents que bien des tableaux, dans lesquels il a retracé, avec une fantaisie Imaginative doublée d'une grande vérité dans la documentation, les épisodes éternels du long martyre subi par l'Homme-Dieu.
Point n'est besoin ici de rappeler ces épisodes, si longuement décrits dans le Nouveau Testament, et qui sont présents dans toutes les mémoires. Ce qui frappe, au premier abord, dans la série de ces dix dessins d'PIolbcin, c'est la puissance de renouvellement qui sait rajeunir des motifs vieillis, le sentiment des compositions mouvementées, l'inépuisable recherche de l'ornementation, la virilité d'un trait qui a toutes les énergies, parce qu'il a toutes les certitudes; c'est enfin une sorte de sauvagerie touchante (P. Mantz).
Dans le premier dessin, le Christ est amené devant le grand prêtre juif, le Caïphe; il a les mains liées et son attitude de résignation douloureuse qui ne le quittera plus jusqu'au calvaire. Les hommes qui le conduisent ont un visage féroce et bestial, notamment celui du premier plan, vêtu d'une cotte de mailles, au faciès prognathe, à l'oreille décollée, au cou quasi-proconsulaire, stigmates évidents de dégénérescence. Un autre est également prognathe, - celui dont la tête apparaît entre le Christ et son gardien
Albert Durer.
CURIOSITÉS MÉDICO-AKriSTIQOES^Jj,^
de gauche, llolbem a^douc ),obéi au . préjugé ^'populaire jqui fait du prognathisme inférieur un indice de férocité et de cruautéj Au second acte, c est la flagellation rnôTic remarque pour celui
Le ClirisL devant Caïplie.
qui frappe avec un faisceau. Le Christ, au contraire, présente un type de beauté, classique chez les Italiens et les peintres allemands : le front haut et droit, le nez sans aucune déviation, le menton bien en ligne avec le maxillaire supérieur : la régularité des traits contraste avec le masque tourmenté et tragique de ses bourreaux.
SUPPLICES ET TORTURES
Puis, c'est l'insulle des soldats, habillés comme des reitres allemands,'portant le justaucorps et la dague; puis, la couronne d'énines, placée sur la tête de Jésus par un jeune seigneur contera-
La flaeellalion.
porain d'Holbeia. Le corps de l'Homme Dieu s'allaisse; le poids des iniquités humaines, fait fléchir ses épaules; ses paupières se ferment, sa tète tombe, lasse, sur la poitrine essoufflée, le ventre se creuse — cependant qu'un sinistre valet lui présente un sceptre dérisoire.
La scène du gouverneur Pilate se lavant les mains et s'en rap-
portant à lajustice du peuple est traitée avec moins de vérité. Ce n'est pas là le masque de l'habile diplomate qui esquive toute responsabilité, et qui, plus hypocrite que les autres, laissera mar-
Jésus insulté par les soldats.
tyriser Jésus, le sachant innocent. Holbein est à l'ordinaire mieux inspiré dans l'expression de sa physionomie. Le Ponce Pilate qu'il a dessiné ne le cède en rien en dureté et férocité aux autres personnages, les inconscients, ivres déjà du sadisme de la crucilication prochaine.
Nous retrouvons Pouce-Pilate dans la présentation au peuple,
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communément appelée en iconographie religieuse ïEcce Homo. Cette fois, il a le visage hypocrite et perfide : le nez, pointu, s'avance vers le menton prolongé d'une barbe qui accentue le pro-
Le Christ couronné d'épines.
gnatisme ; la main est énorme — celle d'un acromégalique. Quant à Lui, il est plus lamentable encore que dans les dessins précédents. La cage pulmonaire est étroite, l'épaule mal attachée, les bras maigres; il personnifie la douleur, — douleur physique, plus que douleur morale.
Au contraire, dans la montée au Calvaire, le Christ, qui défaille
SOUS le poids de l'immense croix qu'il porte, semble dire devenu insensible à la souflrance corporelle; il est aneslbésié, pour ainsi dire, mais l'àme est torturée d'angoisses éternelles; le Christ pleure
Pilale se lavant les mains.
sur l'égarement de ses bourreaux. Et quand ses vêtements lu sont brutalement arrachés, il n'est plus qu'une loque passive, sans réaction, sans rébellion ; sa bouché entr'ouverte exhale un cri plaintif et prolongé.
Mais voici qu'on l'étend sur la croix et que les sinistres bourreauxjui clouent les paumes. D'autres que Jésus hurleraient de
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douleur et tordraient leur corps sous la rude poigne des soldats Mais lui, sachant qu'il doit jusqu'à la lie boire le calice amer et jusqu'à la mort souOrir les cruautés et les injures des hommes, il
Le Christ dépouillé de ses vêtements.
ne se révolte pas. Et quand enfin il est en croix, entre les deux larrons, son regard s'abaisse, pitoyable, sur ceux « qui ne savent pas ce qu'ils font », et sur .Joseph d'Arimathie, accompagné des saintes femmes qui sont venus assister à la longue agonie.
Holbein a très peu divinisé la figure du Christ; il semble qu'il ait voulu rendre la Passion plus émouvante, en laissant à Jésus toute sa personnalité humaine. Si une flamme divine illumine son
SUPPLICES ET TORTURES
âme, du moins ne perce-t-elle pas à travers son regard résigné. D'autres peintres n'ont pas manqué d'auréoler son front et de laisser au Christ sa sérénité de Dieu fait homme. Holbein nous l'a
montré souffrant réellement dans sa chair, martyr innocent d'une foule égarée et sauvage.
Celle-ci, au reste, n'est ni meilleure, ni pire que les autres foules. Elle subit une impulsion irrénéchie, se lance sur la voie du crime légal avec autant de passion que sur celle du massacre injustifié. En réalité, le sadisme des foules n'est pas un vain mot •
CURIOSlTliS MÉDICO-ARTISTIQUES
elles jouissent âprement à 4a vue du sang, au spectacle des tortures; les dillérentes révolutions de l'humanité nous les montrent constantes dans cette mentalité. Celle qui crucilia Jésus et inventa
Jésus ealre les deux larrons.
pour insulter à sa misère, d'éponger ses lèvres avec du fiel ou de lui percer le flanc d'un coup de lance, fut ni plus ni moins une foule révolutionnaire, aux instincts déchaînés, faisant retour à l'animalité ancestralc.
La hantise de la mort a toujours pesé sur l'humanité, attirée et efïrayée par le mystère de l'au-delà. Si certains hommes, artistes ou écrivains ont plaisanté sur ce sujet macabre, d'autres en ont fait le fondement d'une philosophie plus ou moins pessimiste, plus ou moins diverse aussi.
Une de ces formules philosophiques a" dominé le moyen âge ; c'est celle qui se dégage des multiples danses macabres qui ornaient cloîtres, murs de cimetières, voire des ponts, comme celui de Lucerne actuellement démoli. Elle peut se résumer par ce symbole : l'égalité de tous devant la mort permet aux pauvres de supporter leurs misères : empereur et paysan seront vaincus par la Camarde, il n'est mortel qui ne puisse y échapper; — philosophie déprimante au demeurant, car si elle est une consolation, d'autre part, elle annihile les énergies et rend l eSort inutile, puisque la Mort implacable viendra tôt ou tard, — la grande niveleuse qui entraîne les générations vers l'éternité et vers l'oubli.
11 n'est point besoin d'insister sur les conséquences de cette formule sociale ; elle avait pour eSet de justifier aux yeux des petits la domination des grands ; c'est la paraphrase de la formule évangélique:« Les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers. »
Il est inadmissible que, sous couleur d'égalité absolue devant la mort, les hommes soient les victimes de toutes les iniquités naturelles ou sociales. Somme toute, la consolation suprême, la revanche que la philosophie du moyen âge offrait aux serfs ladres et affamés se résumait en ces mots : « Qu'importe, puisque les puissants y passeront, tôt ou tard, comme les faibles ? » Un tel langage aboutit à la résignation, ennemie de l'effort, à la passivité qui éloigne toute idée d'affranchissement.
Voici d'abord la grande danse macabre d'Holbein, copiée sur les fresques qui ornaient le mur du cimetière de l'église Saint-Jean, à Bâle. On voit défiler des représentants des différents milieux sociaux : l'empereur, le cardinal, le médecin (placé le troisième, s'il vous plaît), l'usurier, le gentiliiomme, la dame, l'abbesse, l'invalide, le ménétrier, le bourreau, le colporteur, le juif, le paysan. Chaque dessin est accompagné d'une légende versifiée, dont certains vers rappellent ceux de notre grand La Fontaine, dans la Mort el le Mourant.
Le plus semblable aux morts meurt le plus regret.
On remarquera que la Mort n'est pas toujours figurée d'après le même type iconographique : elle est tantôt complètement squelettique, tantôt simplement décharnée, tantôt barbue... Elle emprunte même la forme du diable lorsqu'elle parle à l'usurier. Elle est observatrice, découvrant le péché mignon de chacun de ses interlocuteurs qu'elle entraine sur le gouffre. Elle est béquillarde lorsqu'elle conduit, l'invalide, elle est féroce avec le féroce bourreau, elle dit certainement une chanson à boire au pauvre ménétrier... C'est là un document remarquable par la variété de l'inspiration de l'artiste et le pittoresque documentaire.
Puis ce sont les Simiilachres et historiées Faces de la Mort, autant élégamment pourtraiclées que artificiellement imaginées. D'après Paul Mantz, ces planches sont dues à la collaboration d'Holbein et de Hans Lutzelburger, maître graveur sur bois.
Ce qu'il faut considérer surtout, dans cette suite des Simulacres, c'est la fantaisie ironique, moqueuse, cruelle, macabrement farce dont l'artiste s'est inspiré. Le grand peintre de la mort nous a représenté celle-ci comme une sinistre personne, aimant à rire — mais de quel rire ! — se dissimulant adroitement comme en un jeu de cache-cache pour apparaître tout d'un coup aux yeux épouvantés de qui ne l'attendait pas.
Ainsi que le dit très justement un critique avisé, à parcourir ces quarante-cinq dessins, on perçoit au rythme de certaines atti-
LES IMAGES DE LA. MOnT 231
tudcs le refrain d'une chanson qu'on n'entend pas. Au reste, la Mort n'est-elle pas une excellente musicienne? L'orchestre de cuivre et de timbales n'emplit-il pas les enfers de son assourdissante cacophonie ?
La Mort siège en permanence, à côté du Pape, coadjuteur de son trône ; elle assiste l'empereur, elle verse à boire au roi François 1", elle promène l'impératrice par le bras et tient à la reine des discours de Triboulet ; elle enlève l'évêque à son troupeau de fidèles, et le malheureux abusé par la parole hypocrite suit l'horrible spectre sans souci de la désolation qu'il laisse derrière lui.
Tous les puissants du jour sont entraînés par elle, mais pour chacun, elle a des arguments nouveaux. Elle se collette avec le frère quêteur, mais elle terrorise l'abbé dont elle a pris la crosse ; le prédicateur enseigne aux fidèles la bonne parole, mais la Mort est montée dans la chaire etderrière lui, fait des gestes comme un guignol de foire. Elle se déguise en sacristain pour conduire le prêtre; elle introduit le majadechez le médecin (lequel, soit dit en passant, commence par tendre la main), elle inspire l'astrologue.
Elle prend les femmes par la coquetterie en revêtant la comtesse d'une splendide parure, elle joue la marche nuptiale des époux, aux sons d'un tambourin infernal. Les hommes de guerre, le comte, le chevalier, le gentilhomme, le soldat, sont impuissants à lutter avec elle, car elle connaît le défaut de leur cuirasse. Les hommes de loi, conseiller, avocat, juge, perdent leur temps à réclamer des épices et ne songent pas au spectre qui les assiste.
Quant aux gens du tiers et du quatrième État, ils sont les jouets de la maudite vieille qui exerce à leurs dépens sa verve macabre : elle arrête le colporteur, arrache le marchand à ses ballots, brise le mât du navire, où, devant la tempête, tremblent des marins; elle fait trébucher le cheval du charretier et profite du désarroi pour vider les muids avec un chalumeau ; elle emballe les chevaux du laboureur, qui ne le conduisent pas assez vite vers l'heure fatale.
Dans l'ordre passionnel, mêmes exercices variés : elle enlève l'or de l'avare, elle invite les ivrognes à boire, sachant bien que c'est le meilleur moyen de les précipiter dans la tombe : elle s'asseoit à une table de lansquenet.
Quant à ceux qui sont déjà penchés vers la tombe, elle les y fait trébucher aux accents de sa trompeuse cithare, et ainsi elle endort les vieillards qui croient à l'éternelle jeunesse. Tous y passent, l'aveugle, le mendiant, l'enfant, le fou... pour ressusciter au jour du jugement dernier et comparaître devant le Tribunal Suprême.
Si cotte philosophie était encore d'une monnaie courante, et si un nouvel Holbein] reprenait cette série, il ne manquerait pas d'y ajouter l'ouvrier mineur ni l'automobiliste, sans oublier le morphinomane et les amis de la roulette...
Mortel, avec respect?contemple ta peinture : Tels sont ces corps hideux, tel tu seras enfin; Ainsi la fleur des champs qui fleurit au malin Le soir n'est pluâ qu'un^j^foin aride et sans figure.
LES IMAGES DE LA MORT
La Mort à l'Empereur.
Vous avez trop longtemps, Seigneur à barbe grise,
Ajourné votre repentir.
Allons, disposez-vous : il n'est plus de remise Et mon fifre discord vous invite à partir.
Réponse de l'Empereur.
Je pouvais, en héros, agrandir mon empire, Protéger et venger l'humble à qui l'on fait tort; Mais au comble arrivé, tout mon pouvoir expire; Suis-je encore Empereur? je ne suis plus qu'un mort.
La Mort au Cardinal.
Votre barrette rouge eut des droits dans le monde; Mais où je vous conduis, chacun est votre égal; Ceux que vos doigts levés bénissaient à la ronde Vont danser avec vous, Monsieur le Cardinal.
Réponse du Cardinal.
Je devins Cardinal par le choix du Saint-Père; Le monde sur ma téte entasse les honneurs; N'importe, il faut mourir! mourir, lorsque j'espère Monter en moins d'un an au faite des grandeurs!
LES IMAGES DE LA MORT
La Morl au Médecin.
Des morts, dont vos talents ont peuplé mon empire Mon squelette mouvant vous offre tous les traits; Leur corps du corps humain vous apprit les secrets Quelque jour sur le vôtre on pourra s'en instruire.
Réponse du Médecin.
Les deux sexes chez moi venaient avec mystère M'apportcr certaine eau qui m'apprenait leur mal; Qui voudra voir la mienne et me tirer d'affaire? — Jlélas! il est trop tard : voici l'instant fatal.
La Mort à l'Usurier.
Infâme usurier, âme vile, Est-ce ainsi que tu suis la loi de l'évangile? Reprends, reprends ton or, et de ce pas, voleur, Suis les traces d'un guide aussi noir que ton cœur.
Réponse de l'Usurier.
Je me souciais peu de cette loi sévère ; le disais : mon métier produit plus et vaut mieux; Et maintenant il faut laisser tout sur la terre... Que me sert désormais ce commerce odieux?
LES IMAGES DE LA MORT
La Mort au Genlilhomme.
Relevez donc, Seigneur, ce glaive formidable. Montrez-vous homme encore, et défendez vos droits. Vain efforti vous allez, châtelain redoutable, Recevoir sans délai le prix de vos exploits.
Réponse du Genlilhomme.
Maint brave enharnaché d'une armure pesante Succombant sous mes coups, a demandé quartier; Mais le nouveau champion qui vient me délier Terrasse sans effort ma bravoure impuissante.
La Mort à la Dame.
Eh ! que me font à moi ton rang et tes aïeux,
Tes traits nobles et fins, l'or de tes blonds cheveux"?
Tout est fini pour toi. Regarde cette glace :
De ton minois charmant reconnais-tu la grâce?
Réponse, de la Dame.
O terreur! qu'ai-je vu? Découverte cruelle! Signe horrible et certain qui me prédit mon sorti En vain, à ce miroir autrefois si fidèle, Mes traits montrent la vie... Il réfléchit la mort!
LES IMAGES DE LA MORT
La Morl à l'Abesse.
Dites-nous, Dame Abbesse, honneur du monastère, D'où vient cet embonpoint qui semble vous gêner?
Je ne veux rien imaginer :
Mais enfin pour jamais je vais vous en défaire.
Réponse de l'Abesse.
Au pied du Saint-Autel, dans un pieux accord, Les vierges du Seigneur et raoi-mùme à leur tôte. Nous chantions tous les jours les hymnes du Prophète, Ohl si ces chants divins pouvaient fléchir la morti
La Mort à l'Invalide.
Pauvre, vieux, impotent, que fais-tu dans le monde? Un mortel comme toi n'est pour lui qu'un fardeau. Mais pour moi, tout est bon ; le pauvre dans ma ronde Danse l'égal des rois : c'est la loi du tombeau.
Réponse de l'Invalide.
Dans ce monde, insensible au sort de l'indigence, Le pauvre estropié n'a jamais eu d'amis, La mort seule veut l'être; et, grâce à sa puissance. Dans les rangs des humains je vais me voir admis.
LES IMAGES DE LA MORT
La Mort au Ménétrier.
Ça, quel air allons-nous jouer?
Quoi? la chanson du gueux, ou l'air du Pot qui danse? Mais le jeu ne vaut rien, il le faut avouer, Si tu n'y viens sauter pour marquer la cadence.
Réponse du Ménétrier.
Il n'était point.de fête où, malgré la distance. On ne me vit porter mon instrument joyeux, Adieu tous mes profits! Sa bruyante" cadence Ne doit plusfanimer nilles danses ni jeux.
IS
La Morl au Bourreau.
Pendant ta longue vie, tu répandis le sang, Et c'était là pour moi sacrifice agréable. Je te voyais, bourreau, de ton glaive sanglant Abattre la victime, innocente ou coupable.
Péponse du Bourreau.
Oui, je faisais tomber les têtes, rouge.s fleurs, Sur elles, mon épée s'abattait en cadence. Mais je n'étais, ô mort, qu'un valet de seigneurs Ce sont eux qu'il te faut conduire dans la danse.
LES IMAGES DE LA. MORT
La Mort an Colporleiir.
Depuis assez longtemps, docteur en tricherie, Avec tes riens Ijrillants tu cours par le pays; Laisse à ton concurrent qui meurt de jalousie Ton industrie et tes profits.
Réponse du Colporteur.
0 combien celte mercerie Dans mes habiles mains aurait fructifié! O mort : attends du moins, attends, je t'en supplie
Que mes débiteurs m'aient payé!
. La Mort au Juif.
Malheureux Juif, hâte-toi de me suivre Ton peuple ôta du nombre des vivants Celui par qui tout homme doit revivre : Viens, ton erreur a duré trop longtemps.
Réponse du Juif.
Maître et docteur dans la Sainte-Écriture, Dont je n'ai su poUr moi tirer que du venin, Je m'occupai beaucoup d'une coupable usure, Et fort peu du sauveur promis au genre humain,
LES IMAGES DE LA MORT
La Morl au Paysan.
Sous le poids du labeur et d'un dur vasselage Tu ne gémiras plus; je viens t'en décharger; Donne-moi ce fléau, ce sabre, ce bagage : Sans perdre un seul instant je veux le soulager.
Réponse du Paysan.
Il est vrai, je souffrais ; mais, ô mort, mort terrible! Le sort le plus cruel vaut encor mieux que toi ; Rends-moi mon bien, mes maux, ma carrière pénible; Eh! quel cas ferais-tu d'un vilain tel que moi?
Le, Prêtre.
Le Médecin.
L'abbesse.
Les Prédicateurs.
LES IMAGES DE LA MORT
Le Chevalier.
Le Marchand.
L'Electeur.
Le Ckanoine;
LES IMAGES DE LA MORT
LES IMAGES DE LA MORT
L«es Ivrognes.
Les Joueurs.
La Comtesse.
Les Mariés.
Le Voleur
Le Conseiller.
L'Enfant.
Le Fou.
LES IMAGES DE LA MORT
Le Jugement dernier.