PRÉFACE
Avant de clore ces quelques lignes d'introduction, qu'il nous soit permis d'adresser l'expression de notre sincère gratitude aux directeurs - propriétaires du Correspondant médical, MM. Dalloz, Fleury et Martinet, qui ont bien voulu mettre à notre disposition les nombreux clichés qui illustrent ce volume. Leur dévoué collaborateur est heureux de saisir cette occasion pour les assurer de ses sentiments affectueusement reconnaissants.
Docteur L. N.
Depuis qu'il existe ici-bas des hommes qui font profession de guérir leurs semblables, ceux-ci ne leur ont épargné ni la raillerie de leurs satires, ni les boutades, ni parfois la calomnie.
Au fond, c'est un sentiment très naturel. L'homme bien por-
Le Médecin à l'abonnement.
Lilliographie de Delelain.
tant éprouve un malin plaisir à dénigrer le médecin, le praticien indispensable, dont, tôt ou tard, il aura besoin. Et n'est-on pas toujours porté à diminuer ceux auxquels on est obligé d'obéir ? La satire est la revanche des futurs malades. " Les médecins ne seraient pas des philosophes, s'ils se fâchaient de ces railleries. Ils sont les premiers à prendre la plaisanteriedu bon côté, pensant, à part eux, que rira bien qui rira le dernier
Les caricatures médicales sont innombrables. Si elles font la joie du public, elles dilatent la rate des docteurs qui, n'étant ni meilleurs ni pires que les autres hommes, s'empressent de les
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Le savant d'autrefois.
appliquer à leurs confrères, sans songer à eux-mêmes : l'éternelle histoire de la paille et de la poutre. Abel Faivre a eu bien des prédécesseurs, — moins spirituels que lui, sans doute ; il aura bien des successeurs, pour la plus grande joie de ses victimes.
Voici une série d'estampes fort amusantes, datant du siècle dernier, qui sont encore et toujours d'actualité.
MÉDECINS ET MALADES
C'est d'abord le médecin à Vabonnement, monté sur une rossinante fringante et qui part en tournée. Comme les afïaires ne marchent pas fort, il aaccepté des forfaits de 30 sous par an, espérant, par ce prix modique, « faire la barbe » à tous ses confrères.
Un voisin lui dit :
— Trente sous pour un an ! Y pensez-vous, mon cher ?
— Je ne vous prendrai rien.
— Ah ! c'est encore trop cher.
Puis, c'est la caricature classique, et combien de fois répétée : dessin à deux fins. D'une part, le savant d'autrefois, visage grave, lunettes d'or, le front couronné de lauriers. Retournez l'image et vous voyez le savant d'aujourd'hui, tète d'àne portant œillère et bridon. Avouons, du reste, que la planche est bien mal dessinée et ne fait guère honneur à son auteur. Mais y regarde t-on de si près quand on ridiculise le médecin ?
Voici maintenant les consultations.
L'une se tient dans la chambre même du malade que guette déjà la Mort, accroupie derrière le fauteuil d'un des morlicoles. L'un des praticiens, le grand maître appelé par ses confrères, expose véhémentement le cas qui les intéresse. Il énumère les arguments de son raisonnement logique, ce qui a la propriété d'endormir, non le malade, niais les consultants.
A la caricature suivante, quatre autres confrères, béatement installés dans de confortables voltaires, sont plongés dans le plus profond sommeil. C'est ainsi qu'ils discutent le diagnostic et le traitement de leur client. La conférence sera longue, si aucun bruit ne vient les réveiller : aussi la note sera-t-elle salée. Qu'importe si le malade est sauvé ? Il n'en gardera pas moins la conviction qu'il doit son salut à ces lumières de la science dont la réputation s'accroît ainsi. Preuve que, parfois, la fortune vient en dormant.
Les nouveaux traitements ont toujours fait les Irais de la caricature. On sait combien la vaccine inspira les humoristes anglais. Aujourd'hui, c'est la chirurgie audacieuse et téméraire qui fournit à Abel Faivre les meilleurs de ses sujets. Bientôt ce sera le radium. El puis, ne pouvons-nous pas considérer à l'égal de caricatures ces ineptes dessins qui traînent à la quatrième page des journaux et représentent un athlète recevant les fluides magnétiques de la ceinturç du professeur Y ou de l'illustrissime Américain Z ?
Quand apparut l'acupuncture, on crut tenir le procédé thérapeutiquesouverain qui guérissait aveugles et paralytiques et ferait rentrer dans la boîte de Pandore toutes les maladies qui s'en étaient échappées.
Vicq-d'Azyr, puis Cloquet mirent l'acupuncture à la mode. Elle fit rage pendant les trois années 1824, iS'io eH826. Puis la vogue tomba : il fallut bien se rendre à l'évidence : les paralytiques conservaient leurs béquilles et les rhumatisants leurs douleurs. Combien de« traitements souverains » auront ainsi passé dans le ciel d'Esculape et seront retombés tôt après dans les ténèbres de l'oubli ? En dépit, de saint Sébastien, patron indiscutable de l'acupuncture, celle-ci n'a pu maintenir sa renommée : les piqueurs d'aiguilles ne font fortune qu'en Extrême-Orient.
S'il arrive que les clients se laissent abuser par les Robert Macaire qui pratiquent en marge du code médical (je ne dis pas cela pour Vicq-d'Azyr ou pour Clloquet, — Dieu m'en garde!), le public se laisse aussi — passez-moi l'expression — monter le coup par les professeurs de la « mendicité à forme morbide ». L'anecdote est connue de l'aveugle refusant une pièce du pape, du culde-jatte se sauvant à toutes jambes à la vue d'un agent, du manchot qui boxe avec un rival. Le retour à l'Hôtel des Miracles s'inspire de ces scènes qui alimentent les mots d'esprit (?) des éphéroérides.
llyatoute une étude médicale à écrire sur les laux malades qui formaient la cour des truands et malandrins dont Hugo a fait une si magistrale description. Un de nos confrères, le docteur Barraud, s'y est essayé dans un curieux, mais trop court article de son intéressant volume : Promenades d'un Médecin à Iravers
Les grands effets merveilleux de l'acupuncture.
l'Histoire. Autres temps, autres mœurs. Les simulateurs, chassés de leur royaume, se sont adaptés aux besoins de l'heure présente. Aujourd'hui, ils se font embaucher par les pèlerinages pour feindre un miracle divin, ou bien ils entrent dans les hôpitaux, sous couleur de sciatique ou de maladies nerveuses. J'ai vu, pour ma part, une fausse sclérose en plaques, si bien imitée, que les meilleurs spécialistes s'y étaient laissés prendre. On se souvient en outre, de cet escroc qui fut guéri deux fois, à Lourdes, d'une aflection qu'il n'avait jamais eue, et qui « tapait > indignement
MÉDECINS ET MALADES H
les âmes charitables en étalant sa détresse. Pouvait-on laisser mourir de faim celui que l'intervention divine avait marqué de la grâce?
11 n'y a plus de Cour des Miracles, mais il y a toujours des simulateurs.