‹ Curiosités médico-artistiques (volume 2)Chapitre 3 sur 26 · CHARLATANS DENTISTES · texte numérisé non relu

CHARLATANS DENTISTES

La mode se perd en France des dentistes ambulants s'en allant de ville en ville, juchés sur une voiture estrade et opérant en public à grand renfort de grosse caisse et de trombone. La loi sur l'exercice de l'art dentaire a porté un coup fatal à cette industrie peu banale. C'est évidemment tout profit pour les malheureux atteints du mal d'amour, mais c'est autant de perdu pour le pittoresque et l'originalité. Tout se modernise, et par conséquent devient banal.

Ces professionnels du charlatanisme ont fait longtemps la joie des caricaturistes. 11 suffit de feuilleter un album d'estampes du siècle dernier pour retrouver, peintes très fidèlement, des scènes du plus haut comique relatives à la pratique empirique delà dentisterie.

Voici, par exemple la scène classique. Le charlatan, habillé en général de révolution sud-américaine, arrache les molaires à l'aide de son grand sabre. Tam-tam, dextérité et suggestion, tels sont ses trois arguments décisifs. Les clients ne manquent pas comme on peut voir : le trottin, le pioupiou, le bourgeois, font la queue et attendent leur tour. Quand la séance sera terminée, le charlatan continuera par des tours de physique : où est la rouge, où est la noire, passez muscade!

D'autre fois, le charlatan est vêtu comme un marquis Louis XV. Il porte la perruque ondulée, poudrée et frisée ; son vêtement est orné de dentelles et de brandebourgs, il a la culotte et les bas de

soie blancs. L'extraction des dents n'est pas toujours des plus aisées, et la clef de Garengcot n'est pas un levier très solide dans ses mains. Mais bah ! la dent vient quand même, bonne ou malade, qu'importe ? Si on se trompe, on recommence, et c'est

[Sans efforts.

tant pis pour le client dont les contorsions et les hurlements font la joie des badauds.

Cependant, le charlatan tarde quelquefois à revenir dans sa bonne ville, et les clients sont impatients. Quand le cas est pressé, un voisin veut bien apporter son modeste concours. Mais qu'y connaît-il ? 11 n'a ni chapeau à plumes, ni grand sabre : le malade n'a pas confiance, c'est tout dire... Et la peur du mal donne le mal de la peur.

Epfln voici le grand charlatan, époque du Direcloire, Tout

MÉDECINS ET MALADES

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comme ses prédécesseurs, et ses successeurs, il procède à l'esbroufle. Un flot de paroles, appuyées de gestes énergiques, hypnotise les auditeurs qui restent bouche bée.O inlluence des discours

La peur du mal duriac le mal de la peur

(D'après lilhogr. de Daijol).

de la volubilité du personnage I II possède la panacée universelle, il le dit, il le crie, il le répète, — ou le croit. Il peut vendre n'importe quoi, de la graisse de héron pour les pêcheurs à la ligne, ou des crayons Mangin ou des ballons Godard ou des Pilules de Longue vie, sa fortune est assurée, car il connaît l'art d engluer les jobards.

Après tout, pourquoi lui jeter la pierre ?

CURIOSITÉS MÉDICO-A.RTISTIQUES

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