Idiote crétine Fig. 11. — Idiote
TÊTES d'aliénés, de GABRIEL
a beaucoup insisté sur les rapports de l’épilepsie et de la folie.
Pour terminer, un lot de quatre idiotes, bien typiques malgré que chacune des quatre représentées ci-contre (9, 10, 11, 12) ait une expression différente; elles ont de commun la bouche du
Fig. 12. — Crétine.
crétin, l’asymétrie du visage, et ce regard perdu qui ne reflète ni pensée intelligente ni sensation normale.
Tels quels, ces dessins, parleur valeur artistique, et aussi par la contribution qu’ils apportent à l’étude de I histoire de la pyschologie morbide, méritaient d'être tirés de l’oubli. Voilà qui est fait...
Ues ^îaÎI^s
Les nains étaient-ils, aux siècles passés, plus nombreux qu’aujourd’hui? On serait tenté de le croire, si on s’en rapportait exclusivement aux documents artistiques de ces époques. Nombreuses sont les toiles fameuses où des nains sont en scène. Nous en avons déjà reproduit pas mal (1) : le nain de Charles-Quint, par Antonio Morro ; le nain de cour espagnole, par Velasquez ; les nains de Fyt, de van Kassel, etc. La série est loin d’être épuisée, mais elle ne contient presque pas de modernes.
On aurait tort toutefois de conclure à une disparition progressive des nains, parce que leur iconographie est en baisse. La vérité, c'est que l’article est bien moins demandé et que l’extrême faveur dont jouissaient les pygmées a disparu. On les considère aujourd’hui comme des incomplets, et les peintres, avec juste raison, préfèrent les beaux modèles pleins de force et de grâce aux avortons lilliputiens. L’Espagne, terre classique des nains, en produit encore, si nous en croyons Falguière, qui a tracé de deux d’entre eux un portrait douloureusement réaliste. Tous deux sont des béquillards infirmes, atteints de quelque paralysie infantile qui les a atrophiés, et traînent, mendiants errants, la vie lamentable des déchets humains. Les nains de cour d’autrefois étaient souvent de jolies poupées bien proportionnées et dissimulant adroi tement les déformations de leur torse ou de leurs membres. Ceuxci, point.
Les célèbres Menines de Velasquez, peintre officiel des nains, sont de gracieuses automates, richement habillées, offrant plus d’un point de ressemblance avec les bébés Jumeau, vêtus de soie et de broché, remuant, marchant et disant papa, maman. 11 semble
(1) Cf. 1'® série.
Falguière. — Les Nains (Musée du Luxemboui’g).
membres inférieurs atrophiés ; Nino de Vallecas, idiot au visage asymétrique; le Boho de Coria, le Sébastian de Movra^ avorton
qu’à les dessiner si gentiment, Velasquez ait voulu donner la contre-partie de ces portraits violemment réalistes : le Pr/wo, aux
LES NAINS
sournois et méchant. Tout au contraire, ses Menines, sans doute fort embellie par la flatterie du pinceau, nous réconcilieraient avec la race des nains, en général d’humeur peu accommodante et fort jalouse.
Par contre, ce n’est pas un prix de beauté, ce nain du seizième
Velasquez. — Les Menines.
siècle, dont nous avons retrouvé le portrait dans une collection de bois de l’époque ; comme la plupart de ses congénères, il présente un chef beaucoup plus volumineux que ne l’exigent les proportions de son corps, la bouche est grimaçante, l'expression vieillotte, ainsi qu’il est de règle chez les lilliputiens. Le personnage représente, croyons-nous, Tabarin, non point le Tabarin qui illustra les tréteaux de la foiré au seizième siècle, mais un de ses prédécesseurs immédiats.
Le nain de Molenaer est barbu, ce qui est l'exception, d’abord parce que souvent les pygmées n’arrivent point à l'àge de la barbe, et ensuite parce que leur infantilisme se manifeste jusque dans
le système pileux. Au reste, il faut avouer que la barbe, qui virilise si nettement un visage masculin, enlaidit le nain et fait davantage ressortir sa difformité. 11 ne conserve quelque grâce qu’avec un menton glabre et une certaine puérilité des traits. Le jour où
LES NAINS
Jean Molenaer. — L’Atelier du peintre.
Granière. — Mariage de deux nains de la cour des Miracles.
LES NAINS
Granière. — Festin de noces de deux nains de la cour des Miracles,
. DE Beaumont. — Le Bal des nains (tiré des JSains célèbres, d’Albani et Falh).
LES NAINS
il devient barbu comme un sapeur, il cesse d’être pitoyable pour devenir ridicule.
Au reste, le nanisme, s’il a excité la commisération attendrie des Velasquez, des Molenaer ou des Jan Steen, a alimenté également la verve des satiristes qui ont vu, dans leur anatomie bur-
E. DE Beaumont. — L’orchestre du bal (tiré de> Nciinff c'lèbres, d’Albani et Fath\
lesque déformée, matière à œuvre caricaturale. Les habitués du cabinet des Estampes, à la Bibliothèque nationale, qui ont feuilleté le fameux dossier Tf\, connaissent les deux gravures de Granière consacrées aux noces de Rolin Trapu et de Catin Bonbec, deux personnages de la cour des Miracles. Ce sont là des documents fort curieux d’iconographie médicale.
Toute la cour est sur pieds (c’est une manière de parler), Rolin Trapu et sa fiancée sont culs-de-jatte et portés, l’un dans une brouette, l’autre sur le dos hospitalier de sa mère. Triboulet, garçon d'honneur, accompagne le marié en marchant sur les genoux et les mains. Puis viennent l’aveugle Roger à la barbe chenue, Talbot le bossu, Jean le Sybillot, Janin, autre cul-de jatte. A noter
uo
l’attitude très caractéristique du béquillard tout contorsionné^ affecté d’une étrange paralysie des membres inférieurs et des
E. DE Beaumont.— Un Couple d’amoureux (tiré des iVaz/î.s ce7è6re.s, d AlbanietFath)
mains, d’une contraction sterno-cléido-mastoïdienne et d’une paralysie faciale.
Au festin de noces, grandes ripailles ; nous retrouvons les invités se prêtant mutuellement une aide efficace. Ceux qui ont l’usage de leurs mains font manger et boire les paralytiques. Leux tei-
LES NAINS
gneux et un pelé (ce dernier tirant la queue du chien) mènent la danse au son d’un orchestre de fortune. Talbot, le bossu au genu variim, vide son estomac, — pour mieux le remplir, cette indispensable opération terminée.
Carvéno de Miranda. — Une Naine.
Ces noces burlesques avaient eu un précédent historique. La sœur du czar Pierre, la princesse Nathalie, avait eu, un jour d’ennui, l’originale idée de réunir à son palais tous les nains et naines de l’empire, de les convier à un grand bal, puis, à l’issue de ce bal, de les marier.
Les plus grotesques, disent d’Albani et Fath auxquels nous
empruntons cet épisode, étant alors les plus recherchés par les hauts personnages, chacun des invités s’efforça d’exagérer ses difformités. Les couples se formèrent, suivant les affinités d’un chacun. Un bossu qui avait planté un nœud de rose sur sa bosse courtisait une naine macrocéphale aux pieds plats ; un goitreux, aux oreilles éléphantiasiques et aux jambes atrophiées, flirtait avec une naine hideuse. D’autres se caressaient sous une table. Un orchestre de pygmées sonnait à pleins cuivres. Spectacle grotesque et lamentable. Le lendemain, vingt-cinq carrosses conduisaient les couples à l’autel. Mais, hélas ! disent les historiens, la postérité que la princesse Nathalie attendait impatiemment de ces couples fut nulle. Ces petits ménages, eurent, à l’exemple déplus grands, beaucoup de querelles, de coups distribués et rendus, de bouderies, de méchancetés gratuites, d’exigences sans fin, mais d’enfants, point.
Et c’est fort heureux, ajouterons-nous.
Clystena^a
On a copieusement écrit sur le clystère. Et ce n’est pas fini, comme disait cet excellent Plessis qui, lui, a bien fini, puisque, voici quelques mois à peine, on le conduisait à sa dernière demeure. Aussi bien, deux de nos meilleurs écrivains médicaux viennent de publier tout un lot de documents sur le clystère, ses grâces et ses méfaits (1).
Après eux, nous nous bornerons donc, non point à refaire une fois de plus l’histoire du lavement, mais à réunir une série d’amusantes pochades, les unes assez médiocres, les autres véritables bijoux d'art, ayant toutes trait à l’œuvre de M. Purgon.
En réalité, c’est un chapitre de l’histoire des mœurs qu’il faudrait écrire sur ce sujet ; encore faudrait-il tenir la plume d’une main aussi légère que l’apothicaire d’autrefois maniant la bienfaisante seringue. L’instrument de Molière date du dix-septième siècle. Sous la Renaissance, on employait un procédé singulier dont la recette nous a été transmise par un Recueil de la Ribliothèque nationale, ms fr. 640.
« On voulait donner des clistères avec manche ou poche de cuir qui pour mieulx doit estre de peau de chat, qui est plus mouffle que nul autre. Et lors on commençait à replier la manche par un bout, et on continuoit de la replier et entortiller en soy mesme, et, en ceste sorte, le clistère couloit doucement. Mais ceste façon est plus longue et moins commode que la cyringue qui depuis a estée trouvée, avec laquelle un homme seul donne aisément le clistère. 11 est vrai qu’elle foist toujours du vent à la fin. En Espagne, on
(1) Cf. WiTKOwsKi et Cabanes, Gaienten d'Esculape.
CURIOSITES MEDICO-AUTISTIQÜËS
attribua cette invention à Avicenne, et on appelait l’onération « jouer de la cornemuse ».
Cette seringue qui venait d'être inventée était appelée à la