LE PLAISIR DE L'ÉTÉ
En- âortoni de ceèain doné la fraicAeur cÂar/Tianâej, Plidcs nous connoissons çaoug/ddc ooâre aüente De Cupidon ajou ccdmer lesJvuocJ^ Ce p,elttDLea- aest saueé dans vos ÿeaxJ,
J-B. Pater, — Le Plaisir de l’été.
a-t-il transcrit comme devise, au-dessous de son léger tableau :
En sortant de ce bain dont la fraîcheur charmante De Cupidon a su calmer les feux,
Philis, nous connaissons qu’au gré de votre attente.
Ce petit dieu s’est sauvé dans vos yeux.
Il nous faut arriver à la Révolution pour entendre proclamer qu’avec le retour aux vertus des vieux âges, le retour à la propreté était indispensable. Le peuple fréquente enfin les établissements
LES BAINS
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de bains qui se créent aux divers coins de Paris. Ne faut-il pas, du reste, imiter de point en point l’antiquité romaine? A défaut de thermes somptueux, les Incroyables du Directoire se rendront aux bains économicjues de la rue de la Tannerie, à quinze centimes. L’établissement manque évidemment de confortable, mais on ne saurait trop exiger; la dépense est modique, et pourvu que l’eau
Le Bain économique des « Incroyables » de la rue de Ja Tannerie, à quinze centimes.
de la piscine soit de temps en temps renouvelée... Mais il n’y a rien de moins sûr.
Les humoristes de l’estampe ont été souvent inspirés par les scènes de bains « à quatre sous ».
Faut-il rappeler les pochades de Gavarni, de Daumier pour ne citer que ces deux maîtres de la caricature ? Tous nous montrent la joyeuse humeur des baigneurs, leur entrain, leurs plaisanteries un peu grossières. Nous n’en produirons qu’une, de Langlumé; elle est fort amusante ; deux femmes sont occupées à glisser un regard furtif' par le trou de la cloison qui ferme le bain des hommes;
ceux-ci étant complètement nus, on comprend l’intérêt que le spectacle présente pour les deux donzelles. Comme la lithographie date d’environ 1820, elle permet d’établir que la mode — fâcheuse — des caleçons lui est postérieure.
Enfin, pour terminer, deux tableaux de composition fort difïé-
Langlümé. — A mon tour ! (1820)
rente : l’un, le Bain maure, de l’excellent orientaliste Girardot, nous fait assister à la toilette de la femme qui vient de quitter la vasque où elle a rafraîchi son corps sculptural; ses servantes l’essuient; la frottent de parfums, la préparent à recevoir son seigneur et maître; c’est une remarquable étude de nu, qui fu fort admirée au Salon de 1903.
LES BAINS
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L’autre, d’un réalisme moins poétique, est dû au pinceau du
Girarfot. — Le Bain maure (Salon de 1903).
peintre Larteau . La baignade militaire est prise là sur le vil : bras musclés, torses souples, ossatures solides, les hommes sont
Larteau. — Baignade militaire (Salon de 1903).
LES BAINS
de beaux gars dont l’anatomie ferait loucher plus d’une fille. La scène est animée, bien observée et pittoresque.
Ainsi le bain pénètre peu à peu parmi les coutumes usuelles de ' notre temps. Il perdra, en se vulgarisant, sa note pittoresque. L’art n’y trouvera plus son compte, mais l’hygiène y gagnera : ne nous en plaignons pas.
Ua yHédecÎPi^
daris portrait
La plupart des portraitistes modernes ont la sotte manie de flatter outre mesure leur modèle^ tels de bons photographes qui retouchent leurs clichés, effacent les rides, suppriment les verrues et autres ornements de laideur, rajeunissent le sujet et font de lui un portrait qui ne lui ressemble que de très loin. Toute leur science ne consiste le plus souvent qu’en de jolis effets d’éclairage, en des chatoiements d’étoffes et autres accessoires. Quant à la vérité, elle se trouve souvent offensée. / *
C’est au dix-septième siècle, sous le grand Roi, que cette manie de flatterie et de flagornerie a commencé à sévir. Avec les peintres officiels, elle a pénétré dans les différentes écoles et s’y est solidement installée. Cependant, aujourd'hui, avec les artistes ultra-modernes, une réaction se produit en sens contraire, et l’on rencontre, dans les divers Salons saisonniers, nombre de portraits qui, je l’espère pour leurs modèles, sont horriblement défigurés. 11 nous a été donné de voir, récemment, exposé à la galerie Bernheim un portrait de jeune femme qui pourrait admirablement illustrer une monographie sur l’érysipèle facial : tout y était, l’épaississement de la peau, son inflammation, et surtout sa caractéristique teinte écarlate. Je doute cependant que le portraitiste — en l'espèce le maître Besnard — ait eu comme cliente cette horrible érysipélateuse... Mais la mode est dans l’outrance; pauvre vérité artistique !
Les vieux dessinateurs ne flattaient ni ne défiguraient. Leur crayon reproduisait ce qu’ils voyaient, et ils voyaient comme tout
le monde, sans aberration visuelle spéciale. Nous avons trouvé, dans le vieux Recueil d’Arras conservé à la bibliothèque de l’abbaye de Saint- Waast, un certain nombre de ces dessins qui intéresseront
certainement nos lecteurs. La vérité n’y est ni fardée, ni outragée.
Voici par exemple un Cliarles-Quint qui n’a pas beaucoup de traits communs avec ses portraits officiels. Mais quelle belle tête de vieillard à la bouche démeublée, aux rides frontales profondes, aux yeux séniles ! Et comme son prognathisme familial est nettement accentué, sans exagération cependant ! 11 a la lèvre autrichienne des Habsbourg, signe de dégénérescence, comme nous
LA MÉDECINE DANS LE PORTRAIT
rétablissons dans les Névrosés de Vhisloire, après le docteur Galippe. L'empereur nous est représenté, ici, franchement usé, au
Le frère du Turc, Zéliin (Recueil d’Arras),
physique comme au moral, par ses excès de toutes sortes, par son arthritisme, par ses déboires aussi. Combien peu ce portrait res-
semble au personnage que V. Hugo a campé dans Hernani, monologuant devant le tombeau de Charlemagne !
Tout au contraire, nous trouvons une expression de force, de
Jules II, pape (Recueil d’Arras).
volonté et même de cruauté dans le portrait de Zélim, le frère du sultan retenu en -otage chez le pape, et qui y mourut de douleur et de rage impuissante. La réplique de ce dessin figure dans les Apparlemenls Borgias. Lèvres minces, œil profondément encastré sous farcade sourcilière, nez violemment busqué à sa base, effilé à
LA MÉDECINE DANS LE PORTRAIT
la pointe, cou épais et court, tout contribue à donner à cette intéressante physionomie un caracère vindicatif et volontaire.
Le portrait du pape Jules II n’est pas moins intéressant au point de vue psycho-physionomique. Ici encore, les traits du visage
nettement accusés trahissent la mentalité du sujet. Le prognathisme est accentué par la barbe qui avance au-devant du menton, le regard est assez vague, perdu dans une rêverie peutêtre mélancolique, mais la bouche hermétiquement fermée, aux lèvros puissantes et mobiles, laisse deviner quel flot de passions
agite l’àme du souverain pontife. C’est la bouche sensuelle par excellence, trahissant des instincts impérieux et mal refrénés. Sous
Sot du bon duc Philippe de Bourgogne (Recueil d’Arras).
le masque, la volonté n’est au service que des instincts et des passions.
Tête étrange et énigmatique, celle de Jean Huss — le prédécesseur de Luther — qui mourut sur le bûcher, condamné par le concile de Constance, auquel il s’était rendu sur la foi d’un sauf-
LA MÉDECINE DANS LE PORTRAIT
conduit. Le regard est intelligent, la bouche est fine, mais d'un dessin amer et ironique. Quant au nez, il est in\raisembablement long, effilé, aux ailes battantes, aux narines largés. iT tient tout le'visage' ce nez, et ceux qui échafaudent des théories psycholo-
giques — ou autres — ; sur la longueur des nez ont ici un beau modèle à étudier.
Mais voici des portraits qui relèvent de la clinique. Et d’abord, celui du sot du bon duc Philippe deBourgogne. il est inénar-
rable de bêtise, ce sot ; ce n’est plus un fou, ni un bouffon de cour, mais un superbe crétin à la face simiesque (son angle facial le rapproche des macaques), au regard abruti, au nez épaté, à la bouche hideuse par cette lèvre inférieure épaisse et proéminente,
Maître Jean Bellegambe, peintre (Recueil d’Arras).
au menton fuyant, à l’oreille immense comme un pavillon de trompe.
Puis c’est le « frère Jehan qui ne mangeait point ». Sur son portrait peut s’exercer la sagacité des amateurs de diagnostic rétrospectif. Pourquoi ce malheureux frère Jean ne pouvait-il fermer la bouche, ce qui lui interdisait de mâcher? Sans doute, à potre avis, en raison d’une luxation de la mâchoire inférieure
LA MÉDECINE DANS LE PORTRAIT
le prognathisme du maxillaire inférieur ne paraît peut-être point assez prononcé, mais le sujet est vu de face, ce qui atténue un
Pierre Dumoutier. — César de Balzac (Bibliothèque Nationale).
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peu cette propulsion en avant de l’os luxé. On sait qu’il existe des luxations récidivantes qui déjouent les tentatives les plus habiles: c’est apparemment à un de ces acçideqts que frère Jean devait sa désolante infirmité,
Maître Jean Bellegambe, peintre, était loucheur, ou, si l'on veut une expression plus académique, bigle. Le dessinateur du Recueil d’Arras n’a pas masqué sa discordance visuelle, mais il a eu soin de camper son modèle de trois quarts, afin d’atténuer, dans la
mesure du possible, cet inesthétique défaut, sans pour cela offenser la vérité. Ces portraits de loucheurs sont rares. Celui du Recueil d’Arras peut faire pendant à celui du cardinal Sughiraroi, par Raphaël. A noter que maître Jean Bellegambe fut, en dépit de son infirmité, un peintre excellent.
Aussi rares, croyons-nous, sont les portraits de varioleux, ex-
LA MÉDECINE DANS LE PORTRAIT
ception faite, bieu entendu, pour ceux de Mirabeau, dont on dissimule toujours les ravages épidermiques. Celui que nous reproduisons ici, nettement caractéristique, en dépit de la barbe rare,
représente César de Balzac, qui devint marquis d’Entragues, autrement dit le mari de la belle Marie Touchet, la bourgeoise maîtresse de (Charles IX. Mari honoraire qui ne prit de l’activité qu a la mort du roi Charles. L’amant n’était point beau, mais on avouera que le mari était peu ragoûtant, suivant l’expression que Molière devait consacrer au siècle suivant.
Enfin la paralysie faciale. Elle n’est point fréquente dans les portraits, et pour cause. Le portrait du pape Pie V ne laisse
aucun doute sur ce diagnostic rétrospectif ; il suffit d'avoir vu une seule fois une paralysie faciale pour la reconnaître dans ce dessin. De même pour le grand peintre Louis David, dont Rude a sculpté deux bustes; l’un de ces bustes représente David atteint de paralysie faciale gauche : la commissure des lèvres est fortement abaissée, l’asymétrie se retrouve aussi bien dans les plis du front que dans les muscles de l’œil, le sillon naso-génien et le menton. IMais la bouche, surtout, est typique ; c’est bien là le malade qui « fume la pipe », suivant l’expression clinique.
Le buste, un des chefs d’œuvre de Rude, est au Louvre : il faut entendre les réflexions amusantes des visiteurs, ignorants, bien entendu, de la symptomatologie de la paralysie faciale. C’est un bon moment à passer que de s’arrêter devant ce buste : il est vrai qu’il serait mieux à sa place à la Salpêtrière.
l.€ Rîr«
Mieulx est de ris que de larmes écrire,
Pour ce 'que rire est le propre de l’homme.
C’est par ces mots que maître Rabelais Alcofribas, abstracteur de quintessence, présente à ses lecteurs la vie très horrifique du grand Gargantua. Et, de fait, les pages qui suivent cet appel sont uniques dans la littérature, car le rire y sonne clair et franc comme une fanfare joyeuse et endiablée.
Pourtant, il y a des hommes qui ne rient jamais. On les décore du nom helléniste diagélasîes. Crassus, Phocion, Caton le Censeur, Nerva, dont Apollonius prédit l’élévation à l’empire « de ce qu’il ne l’avait vu ni rire ni pleurer ». M. Bertrand, auquel nous empruntons ces citations (1), ajoute que, suivant une légende ancienne, on ne riait plus jamais quand on avait pénétré dans la caverne de Trophanius, et que Lazare ressuscité ne se dérida plus.
Le rire a été autrefois considéré comme un signe d’infériorité intellectuelle. Alors qu’au contraire l’homme devait s’enorgueillir de pouvoir donner une manifestation matérielle de ses sensations morales, tandis que l’animal les supporte impassiblement, les philosophes de l’antiquité et les scholastiques du moyen âge estimaient que le rire est une passion dont les hommes de haute sapience doivent savoir se libérer.
C’est apparemment suivant ce faux précepte, que le caricaturiste auquel nous avons déjà emprunté ses satires dessinées contre
(1) Bertrand, Mes vieux Médecins (Une théorie du rire, Laurent Joubert). Storck, édit, à Lyon, prix : 3 fr. 60.
Gall, a réuni quelques types de grimaces et de rires. Évidemment, ce sont les échantillons de basse humanité, comme si le rire était signe de dégénérescence.
Cependant au seizième siècle, Rabelais et Laurent Joubert ont réhabillité le rire et l’ont restitué à ses destinées-humaines. Rien
d’étonnant du reste à ce .que ce soit deux médecins, ayant une connaissance soit intuitive, soit raisonnée, des rapports du physique et du moral, qui se soient voués à cette œuvre de réparation.
M. Alexis Bertrand, le savant professeur de LUniversité lyonnaise, a analysé dans son volume si pittoresque. Mes vieux Médecins, la théorie du rire de Laurent Joubert. L’étude psychologique de notre ancêtre est extrêmement curieuse : elle indique les conditions nécessaires au déclanchement du rire : perception d’une
LE RIRE
Le Parmesan. — Deux jeunes gens riant (Naples, Musée National).
chose laide, impropre à émouvoir notre pitié, imprévu, nouveauté, rapidité de la plaisanterie, déception de l’esprit qu’il explique par l’exemple suivant : on nous annonce une ravissante beauté, et nous voyons paraître une vieille « ridée, barbue, velue, frisée.
Franz Hals. — Tête d’enfant (Musée de Dijon).
borgne, chassieuse, crassée, punaise, puante, morveuse, baveuse, édentée, rogneuse, pouilleuse, vide et sale, bossue, tortue, escropionnée et plus difforme que la même laideur, il y a bien de quoi rire de nous voir ainsi moqués ». C’est assurément un spectacle analogue qu’ont eu sous les yeux les deux jeunes gens portraicturés par Le Parmesan et dont la gaieté est réellement communicative.
LE RIRE
Au fur et à mesure que l esprit acquiert de la maturité, le rire devient plus difficile à déclancher. Pourquoi ? Parce que l'imprévu devient rare, ainsi que la nouvelleté dont parle Laurent Joubert. Aussi les enfants rient pour un rien, aussi facilement qu’ils pleurent, du reste. Et ce rire, ils l’ont non seulement sur
Goya. — El Tio Paqueti (Collection particulière).
les lèvres, mais plus encore dans leur regard où la joie passe comme un éclair. C’est ce qu’a très bien compris Franz Hais, dont l’enfant rieur présente une vilaine bouche, mais dont les yeux sont pétillants de gaîté : point seulement sonore, elle est rayonnante, lumineuse, pour ainsi dire.
Mais le rire est souvent, chez les faibles d’esprit, chez les innocents, perpétuellement figé sur leurs lèvres, par le même principe psy-
chologique, sans doute, qui fait que le rire diminue chez l’homme au fur et à mesure des , acquisitions de son esprit. C’est ce qui explique pourquoi Ja plupart des artistes exécutant le portrait d’un niais, l’ont fait rire sottement : Vélasquez et Goya nous montrent leurs Isujetsja bouche entr’ouverte, mais le regard vague ;
Velasquez. — Le Niais deXoria (Madrid, Galerie du Prado).
leur hilarité ne concorde point comme celle des sujets du Parmesan ou de Franz Hais, avec un éclair malicieux de leur regard. Tout au; plus, chez l’horrible rieur de Goya, la face édentée, aplatie et bestiale est-elle quelque peu éclairée d’une lueur d’intelligence : encore est-il cousin germain du niais de Vélasquez.
Le paysan de V. Ostade est plus fin que les deux modèles précédents. H rit sans mesure, largement, à bouche ouverte, mais
LE RIRE
l'œil bridé par la grimace; entre les paupières filtre un regard plein de malice astucieuse : le paysan flamand n"a rien à envier sous ce rapport à son confrère normand.
Van Ostade. — Paysan riant.
Le Joyeux Buveur, de Fr. Hais et le Gai Musicien, d’Houthorst rient sous l’empire d’un excitant artificiel qui, suivant les tempéraments, met l'homme en gaieté ou en tristesse. Car le rire renferme non seulement un élément psychologique, mais encore estil intimement lié aux régimes et aux diathèses, aux tempéraments
de chacun. Tout d’abord, il est de notoriété banale que les gens, porteurs d'un bon estomac et d’un intestin docile, sont prédisposés à la gaîté. Les dyspeptiques et les constipés sont au contraire d'humeur acariâtre et portés à la mélancolie. D’autre part, il est
Franz Hals. — Le Joyeux Buveur.
non moins certain que les différents événements de la vie sexuelle influent sur la tendance psychologique de l'individu. Sans doute, l'extrême chasteté de Bossuet, qu’on disait vierge, justifiait-elle son anathème : « Malheur à vous qui riez, car vous pleurerez ! » Et l’adage latin posl coilum animal Iriste confond maladroitement la tristesse avec la fatigue résultant d’wn acte psychologique particulièrement déprimant.
LE RIRE
Steen. — Les Rhéloriciens.
CURIOSITÉS MÉOICO-ARTISTIOUES
Si donc le vin met en gaîté, l’amour n’y contribue pas moins. C’est ce que pensent les personnages du tableau de J. Steen, les rhétoriciens. Pendant qu’un philosophe, bavard et niais, expose à l’assemblée ses théories métaphysiques, un joyeux compagnon lutine la femme du rhéteur et rie aux éclats; son désir amoureux
Houtiiorst. — Le Gai Musicien.
provoque — suivant l’expression de Laurent Joubert — l’ouverture de la bouche, l’allongement des lèvres, l’élargissement du menton, et jusqu’à ces petites fossettes qui se forment aux joues, et qu’il nomme (jelasiiis ; ses yeux étincellent de splendeur joyeuse, et aussi de l’ivresse prémonitoire du tête-à-tête prochain.
Quant aux épicuriens, uniquement préoccupés de satisfaire aux deux règles de leur vie, la faim et l’amour, nous les trouvons sous
LÈ nmË
le pinceau de Jordaens dans sa toile le Roi boit du musée de Lille. L’artiste s’est montré soucieux de choisir des modèles ayant leur raison d’être hilarants : le roi a une bonne grosse face rubiconde et réjouie, adornée d’un triple menton et sur laquelle la mélancolie n’a point prise. Sa compagne et ses compagnons, ignorant la maladie, eux aussi, subissent la contagion du rire, déclanché par quelque plaisanterie salée.
Cette contagion du rire est plutôt marquée encore dans la Fêle
Jordaens. — Le Roi boit.
des /?o/5, de J. Steen. Car c’est encore un des caractères psychologiques du rire que cette puissance de contagion : « Les diaphragmes, écrit M. Bertrand, sont comme les cordes des clavecins qui vibrent à l’unissôn. » Ici encore, c’est sous l'empire de l’alcool qu’une grossière hilarité secoue les convives de J. Steen Une farce d’ivrogne, à cheval sur un tonneau, suffit à déchaîner le rire. Comme la philosophie ne perd jamais ses droits, l’artiste a placé derrière la table le spectre menaçant de la camarde qui leur présente un plat de son choix, une tète de mort. Mais il s’agit bien de l’avenir : les personnages de J. Steen ne pensent qu’au présent et se pochardent comme des Polonais; ils ont l’ivresse joyeuse et heureuse.
CURIOSITÉS mÉDICO-ARTISTiOUËîÎ
Jean Steen. — La Fête des Rois (Bruxelles) .
LË kîRÈ
Brouwer. — Paysans ivres.
Ceux de Brouwer sont plus répugnants , Sur les sept ivrognes qui font le sujet delà toile dont nous donnons ci-contre une fidèle reproduction, une femme est ivre-morte, un homme s’est endormi bestialement sur sa chaise haute, deux ou trois seulement rient, sans trop savoir pourquoi, sans doute, de ce rire morbide que Joubert appelait le rire faux ou bâtard, et qui se rapproche tant de celui des idiots.
Ainsi le même phénomène naturel, la même manifestation matérielle, le rire, sert à traduire les états d’ùmc les plus divers : joie malicieuse de l’esprit, obnubilation de 1 intelligence, ivresse sordide. Mais nous n avons envisagé ici que la modalité visuelle du rire. Sa modalité auditive est encore plus variée : « 11 y en a, dit Joubert, que vous diriez quand ils lient que ce sont oies qui sifflent, et d’autres que ce sont oisons grommelants. 11 y en a qui rapportent au gémir des pigeons ramiers ou des tourterelles en leur viduité, les autres au chat-huant et qui au coq d’Inde, qui au paon. Les autres résonnent un piou-piou à mode de poulets. Des autres, on dirait que c'est un cheval qui hennit, ou un âne qui brait, ou un porc qui grunit, ou un chien qui jappe et qui s’étrangle. Il y en a qui retirent au son des charrettes mal jointes, les autres aux cailloux qu'on remue dans un seau, les autres à une potée de choux qui bout; les autres ont une résonnance, outre le minois et la grimace qui est en divers si diverse que rien plus... » Si le rire est l’apanage de l’homme, il n'a pas toujours lieu d’en être fier.
U^5;^pressïon artîstîqü^
la Douleur
Si le rire es! le propre de l’homme, au dire de Rabelais, la douleur lui est autant familière, et l’accompagne comme un recors tenace, pendant son rapide passage sur la terre. Il naît, il meurt dans la douleur, et il est bien peu d’événements de sa vie qui ne soient fonctions d’une souffrance quelconque, physique ou morale.
Les philosophes de toutes les écoles ont disserté à perte de vue sur l’origine de la douleur, voire sur sa nécessité. Bien peu, du reste, ont songé à en rechercher la cause physiopsychologique, comme si les choses de l’àme étaient absolument indépendantes des fonctions corporelles. Spinosa, cependant, avait édifié une théorie de la douleur très ingénieuse et qui tenait compte de cette unité étroite : pour lui, la douleur a pour cause l’idée ou le sentiment de notre impuissance ; le plaisir, au contraire, est provoqué par le sentiment de notre puissance. Aussi, le plaisir et la douleur correspondent aux diverses phases de la lutte pour l’existence. La vie étant un perpétuel conflit entre notre force et les forces extérieures, le plaisir et la douleur traduisent les péripéties de ce conflit, suivant que nous remportons une victoire ou que nous subissons une défaite.
C’est probablement en vertu de cette loi que l’enfant, être neuf, ne reçoit jamais sans indifférence les sensations nouvelles qui viennent s’enregistrer sur son cerveau. Il les interprète aussitôt, suivant le cas, par le rire ou par les larmes. Mais plus I homme avance dans la vie, plus sa sensibilité s’émousse, et quand il devient vieillard, il est fermé, pour ainsi dire, 'aux grandes joies comme aux grandes douleurs. De ce fait on traite le vieillard
CURIOSITÉS MÉniCO-ARTISTIOUES
d’égoïste.. En réalité, ce n’est point l’égoïsme proprement dit, qui le caractérise : il ne réagit plus aux impressions venues du dehors, parce que la lutte qu'il soutient contre les forces extérieures est moins active, et que, d’autre part, sa puissance de réaction
Inconnu. — Enfant pleurant (Musée de Rouen).
(qui est une manifestation de defense) est notablement diminuée.
La douleur se traduit souvent chez l'homme, et sui tout chez la femme et l’enfant, par les larmes. Les artistes ont interprété à l'infini le sentiment de la douleur, et leur interprétation diffère suivant le tempérament des races auxquelles ils appartiennent.
Toutefois, l’enfant ne manifeste sa souffrance — combien légère parfois ! — que par les larmes, accompagnées d’une grimace exprès-
l’expression artistique de la douleur
sive. h'Enfant pleurant du musée de Rouen a été, par l’artiste inconnu, croqué sur le vif ; paupières gonflées et fermées, bouche entrou-
Bazzilt SoDOMtsTi. — Saint Sébastien (Musée des Offices, Florence).
verte et asymétrique, nez relevé, sillon nasogénien profondément marqué, tout est exact dans ce petit portrait, traité avec humour. D’autres fois, lés artistes ont interprété q la fois la douleur
physique et la résignation morale. C^est ainsi que l'élégant saint Sébastien de Bazzili (au musée des Offices) lève vers le ciel un admirable visage que la souffrance n'a pas crispé, mais où roulent cependant les larmes du martyre. Des nombreux documents iconographiques de saint Sébastien, celui-ci est assurément un des meilleurs, par l’humanité quiyest si heureusementtraduite. Ajoutons, pour être complet, que l’illustre Pazzili portait fièrement un surnom significatif : on l’appelait le sodomiste. Il est vrai qu’il pouvait le partager avec beaucoup de ses contemporains, et non des moindres.
La sainte Madeleine, de Quentin Massys, pleure devant le cadavre du Christ. Elle aussi est traitée avec beaucoup d’humanité : l’inclinaison de tête, les yeux baignés de larmes, la bouche fermée révèlent la douleur muette telle que les Flamands la concevaient. Les Méridionaux ont la douleur bruyante et déclamatoire ; les gens du Nord, engourdis par la rigueur du climat, sont sobres de manifestations criardes, ce qui ne les empêche poinlde souffrir autant, sinon plus que d’autres, car leur souffrance reste intérieure et n'a pas l’exutoire des sanglots ni des gémissements. Ceci est si vrai, que lorsqu’un artiste italien veut traduire la douleur avec sobriété, comme Carlo Dolce dans sa Mater Dolorosa, il ne parvient qu'à faire œuvre fade et sans aucune vérité.
Paul Mantz a dit de lui qu’il a peint des Christ doucereux, des Vierges agréablement éplorées, des Saintes tournant vers le ciel des regards mystiques et galants. Cette critique peut en toute justice s’appliquer à la toile reproduite ici.
Par contre, quelle admirable vérité dans la Déposition, de Bellini, à Milan. Pour notre part, nous connaissons peu de chefsd’œuvre aussi propres à évoquer la pitié que ces deux visages du Christ mort et de sa mère épiant, à travers ses larmes, si un souffle léger ne traverse plus les lèvres entrouvertes du crucifié. L’amincissement du nez, les paupières irrémédiatement closes, les lèvres glacées, les gouttes de sang séchées surles joues, traduisent avec une vérité étonnante la mort qui enfin a libéré le Christ de ses supplices. Quant à la douleur, incarnée par la Vierge, nous ne pensons pas quelle ail jamais été conçue avec plus de poésie, de tristesse, d’humanité, d’inspiration élevées. D'autres artistes que
l’expression artistique de la douleur 201
Bellini ont apporté dans cette scène, si souvent reproduite, plus de
Quentin Massys. — Sainte Madeleine’(Galerie Royale de Berlin).
sentiment religieux, mais aucun n’a mieux traduit, sur la loile,
Caklo Dolce. — Maler Dolorosa (Grande Galerie, Vienne).
Rien ne nous rend si grands qu’une grande douleur...
Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
Et j en sais d’immortels qui sont de purs sanglots.
Un degré de plus, et nous avons celle douleur bruyante, écla-
les affres de la douleur morale, et. devant cette interprétation si haute, on se remémore les vers immortels :
Bellini — La Déposition (Milan, Musée Brera).
L‘E?tPRËSSIÔN ARtIStiQÜÉ DÉ LA DOULEUR 20o
Giotto, — La Déposition, autre détail (Pacloue).
Jeunes filles pleurant près d’une stèle et guerrier. Terre cuite de Tanagra (collection particulière).
CURIOSITES MEniCO-AkTtSTtOÜËS
l’expression artistique RE LÀ douleur
Girodet. — - Élude de nu pour la mort de Phèdre (Louvre).
208 CÜftiÔSITES MEDÎCO-ARTISTÎQÜÊS
tante, familière à ceux qui apportent à tous les actes de la vie une intensité romantique d’expression, tel Giotto, dont la Vierge ne pleure point, mais grimace sans souci de l’esthétique, et sanglote éperdument sur le cadavre de son fils.
Le même Giotto, dans le même tableau, a donné de la douleur une interprétation toute différente, en montrant les mauvais anges précipités du ciel. Ceux-ci ont des attitudes contractées (surtout celui qui occupe le milieu de la reproduction) comme pour prévenir et amortir la chute inévitable. Leurs traits sont extraordinairement convulsés en une inexprimable grimace, indice de la souffrance atroce que leur cause le châtiment suprême : mais, comme la Vierge, ils ne pleurent point, leur douleur s’exhale surtout en lamentations, et se traduit par le geste.
Si nous voulons trouver lesouci de l'esthétique alliéà la représentation de la douleur, il nous faut remonter à l’antiquité, à l’époque où tous les actes de la vie devaient, suivant la formule philosophique du temps, s’accomplir en beauté. Les terres cuites de Tauagra nous montrent souvent laZ)ou/eurantique, sous les traits d’une fiancée venant pleurer près de la stèle commémorative d’un guerrier tué à l’ennemi ; en dépit de la souffrance amère qui déchire le cœur des pleureuses, rieti n’est dérangé des plis harmonieux de leurs vêtements drapés avec une science à rendre jalouses nos plus belles actrices; assurément, il y a là beaucoup de convention, mais aussi beaucoup d’art, délicat et tendre comme l’âme des jeunes vierges affligées.
La douleur de l’homme, au contraire, est plus puissante. Dans le dessin de Girodet pour la Mort de Phèdre (laquelle, entre parenthèses, ne paraît point ici s’être étranglée de ses propres mains),* les deux hommes, Thésée et son confident, sont admirables de mouvement. Tous deux semblent donner raison à la théorie de l’impuissance de Spinosa. L’un est accablé, comme sous un fardeau trop lourd pour ses épaules, l'autre éprouve un sentiment d’épouvante, on le sent prêt à s’enfuir. Seule Aricie tente de porter secours à sa maîtresse.
Combien toutes ces images de la douleur, tantôt muette, tantôt bruyante, donnent raison au poète :
L’homme est un apprenti; la Douleur est son maître,
Et nul n’a pas vécu, tant qu’il n’a pas souffert 1
Sn AiarS^ rAïT)our
Que n’a-t-on pas dit, écrit, chanté sur ce thème vieux comme l’humanité : l’amour — mobile d’actions quelquefois belles, le plus souvent fort laides ? Tous les sentiments, toutes les passions qui agitent l’âme, gravitent autour de l’instinct delà reproduction que notre mentalité d’êtres supérieurs a décoré de ce beau nom.
— Eh quoi ! dira-t-on, l’amour n’est-il que l’attirance brutale, physiologique de deux sexes opposés, et ne compte-t-on pour rien le sentimentalisme délicat qui distingue l’homme de l’animal et fait que le centre de /’amour, suivant l’expression de Grand-Carteret, est établi dans les fibres même de notre cœur ?
— ^ D’abord, répondrons-nous, qui dit que l’animal n’est point, lui aussi, un sentimental, et qu’il est indifférent à ce qu’on pourrait appeler la poésie sexuelle ? Le cerf brame d’amour par les chaudes nuits d’été, lorsque le talonne l’aiguillon du désir. Le rossignol module éperdument les variations de ses trilles, à l’époque de sa lune de miel. L’étalon est transfiguré lorsqu’il hume dans l’espace l’approche de la cavale ardente... On pourrait multiplier les exemples : l’homme n’a point le monopole d’extérioriser ses sentiments, de les envelopper de poésie, de masquer ainsi la brutalité de son appétit génésique.
Ce que nous avons ajouté à cet instinct passionnel, c’est un attribut d’amour-propre et de propriété individuelle : il se traduit par des mots sonores, mais bien souvent méconnus, — honneur, honnêteté, pudeur, — et par une perversion : la jalousie. Au fond, Baudelaire avait peut-être raison :
Maudit soit à jamais le rêveur inutile Qui voulut le premier dans sa stupidité,
S’éprenant d’un problème insoluble et stérile,
Aux choses de l’amour mêler l’honnêteté !
Ce que le philosophe doit voir surtout dairs l’amour, c'est l’hommage éternel à la Beauté. Armand Silvestre, qui se connaissait en la matière, écrivait fort justement : « Aimer la femme pour sa beauté est le premier des devoirs. L’amour qui s’attache aux splendeurs plastiques est tout. simplement le sauveur delà souche humaine et en retarde l’abâtardissement. »
Mais ce n’est point pour philosopher que nous avons ouvert ce chapitre. Rien ne sert de disserter sur l'amour, attendu que les centaines d'écrivains qui l’ont tenté n’ont jamais modifié la mentalité ni le tempérament d’un seul adolescent. A chacun son appétit, ses vices et ses tares, ses vertus et son auréole étroitement déterminés par des lois dont le mécanisme lui échappe.
Contentons-nous donc de glaner à travers l’œuvre figurée des artistes ce qui semble de nature à resserrer les rapports de l’art et de la médecine.
A tout seigneur, tout honneur. Commençons par l’amour conjugal. Le coucherdela mariée, deGiovannida San Giovanni, nousretiendra un instant parle pittoresque de sa mise en scène. Lejeune homme, nu comme un ver, est déjà au lit, il tend à sa jeune femme des mains prometteuses de vigoureuses étreintes :1e gars est solide, bien musclé, ses pectoraux saillent sur sa poitrine, et son regard brille de convoitise. Sa partenaire, qu'on lui amène, est légèrement effarouchée, comnoie il sied à toute vierge digne de ce nom. Elle est aux trois quarts déshabillée, soutenue par ses sœurs, ses amies, dont une regarde, non sans envie peut-être, le lit étroit qui sera tout à l'heure le champ de bataille où triomphera l'amour.
La toile est d'un réalisme cru, et amusera ceux qui s’intéressent à la date d’apparition de la chemise de nuit. On voit que du temps de l'artiste (commencement du dix-septième siècle) on ne s’embarrassait point de ce pudique vêtement.
Les lunes de miel sont de courte durée. De même la fidélité des femmes. La Jrahison de la femme, la faiblesse de l'homme, a dit Bourget, cruelle, cruelle énigme. C’est pour prévenir cette trahison
EN MARGE DE L AMOUR
GiovaNiM DA San Giovanni. — Le Coucher de la mariée.
qu’un mari inventa un jour la ceinture de chasteté. Pendant longtemps, celle-ci fut infligée aux femmes soupçonnées par leurs époux. La gravure ci-contre, du seizième siècle, nous montre le mari cornard faisant ses adieux à sa femme, après avoir assujetti et fermé l’appareil de contrainte. Mais l’artiste anonyme a eu soin de nous montrer derrière l’alcôve le galant, accompagné d’une proxénète qui lui remet une fausse clef. On aurait tort de croire, au reste, que les ceintures de chasteté ne sont plus que des objets de musée. 11 s'en vend toujours, à Paris même, ainsi que l'a nettement prouvé le docteur Caufeynon. Parmi de nombreux documents, notre confrère rapporte la circulaire d’un notaire de province, dépositaire d’une ceinture de pudeur. Plus de viols ! s’écrie le tabellion.
Appareil gardien de la fidélité des femmes. Avec armure et serrure simples 420 fr.
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C’est pour rien, comme on voit.
L’amour vénal, autant sinon plus que l’amour honnête — conjugal ou libre — a été poétisé par les écrivains et les artistes. Rien ne s’y prête moins cependant que la prostitution, si dégradante pour la femme, et qui n’offre point au mâle de ces triomphes sublimes, de ces victoires éclatantes dont il a lieu de se glorifier.
Pourtant, quelle poésie mièvre et tendre dans le charmant tableau de M. Hippolyte Lucas : les Tanlalidcs au mur de Graffiti. Les Tantalides, ce sont les courtisanes de Baïes — la jolie cité d’amour dans l’antiquité — qui venaient le soir déchiffrer les inscriptions gravées dans la journée par les riches jeunes gens sur le mur réservé à ce marché. Avidement elles lisaient le prix offert et les noms de ces passants d’amour ; si l'affaire leur plaisait, elles attendaient patiemment, à demi dévêtues, luttant de grâce et de séduction, l’arrivée du généreux amant. Coutume latine renouvelée d’Aristophane qui, dans ï Assemblée des femmes, nous apprend que le même marché se tenait à Athènes, au mur du Céramique.
Mais la bestialité de l’amour ne se pare point toujours de cette
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[La Ceinture de chasteté (Gravure flamande du xvi'* siècle).
Brakenburg. -- Scène galante.
sent point le charme des bagatelles de la porte et vont droit au but : la procréation brutale, dans l’ivresse. Les voilà bien, les sauveurs de souche humaine, chantés par Armand Silvestre! Revenons à l’amour vénal.
Si le mur du Céramique ou de Graffiti a disparu de notre société plus pudique que la société aniique, la proslilution n’a point cessé de s’étendre, comme une lèpre incurable. Une gravure du dixseptième siècle, flamande également, nous lait assister à un
grâce exquise. Aussi bien, il]suffit de jeter les yeux sur une scène galante de Flamand, — celle de Brakenburg, par exemple,— pour y trouver plus de réalisme, plus de brutalité ; les faces sont allumées ^ par l’alcool et le désir ; les attitudes sont insouciantes de toute esthétique. Les deux amants sont de bellès brutes qui ne connais-
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Hippolyte Lucas. — Les Tanlalides au mur de Graffiti,
marchandage d’amour : on ne saurait mettre moins de formes que ce reître à débattre le prix d’un quart d’heure de plaisir ; pour un écu la dame lui ouvrira le paradis, — à moins d’une tromperie, toujours possible, dans l’exécution du contrat.
L Amour vénal (Gravure flamande du xvii® siècle).
D’autres fois, c’est l’entôlage que nous montrent les artistes, témoin cette autre estampe, contemporaine de la précédente, où l’on voit la scène classique et immuablement traditionnelle: l’homme occupé à des batifolages plus ou moins légers avec une dame de mœurs gaies, cependant qu’une complice profite de son
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