‹ Curiosités philologiques, géographiques et ethnologiquesChapitre 11 sur 31 · CHANSON DE LÀ MONTAGNE · texte numérisé non relu

CHANSON DE LÀ MONTAGNE

Une jeune bergère des montagnes de SainUClaude, exprime avec ingénuité le désir d*aYoir un amant comme sa sœur aînée»

Vint cai, pitet ttaoutoUt Tini, que dze ta caressa !

Que n'é-te berdzi meg;DOn, ^er que seye ta metrcssa !

Va cumin ma grand seraou On gU dct nom ma gneilleta ; Ma per ma quin na delaou D'etrou tourdz truet piteta !

Cou pou dari nun bosson, t soutchi per la feuilleta, On drolou das piu megnon Que gii dezi ma gneilleta.

Rota n'emaillia de çan Le resti biu intredeta»

Quind le visa, quaqu'efni, Que n.era traet piteta.

Viens il moi, petit moatoiit Viens que je te caresse !

Que n'es-tu berger mignon, Pour qae je sois ta maîtresse !

Vois comment ma grande soeur.

On lui dit nom ma poulette !

Mais poor moi quelle douleur D'être toujours trop petite.

Caché derrière un buisson, II sortit pour la flUette, Un berger des plus mignons Qui loi dit ma poulette.

Toute émerveillée de ça, Elle resta bien interdite, Quand eOe vit, quoique enftnt, Qu'elle n'était pas trop petite.

fciTBMsioM DB LA CAifGUB f AANÇAisB. ~ Sulvant Pînkerton , dés le milieu du xi« siècle, le français fut en usage à la cour d*Ëcosse, comme il Vêtait déjà à la cour d'Angleterre. Une monnaie de Guillaume le Lion , frappée lors de son avènement , en i46S, porte pour légende : Le rei Willau, Presque toutes les pièces relatives aux débats de Jean Balliol et Robert Bruce sont écrites en français ^

Il est certain que sous Edouard le Confesseur, les nobles anglais envoyaient leurs enfants en France , afin qu'ils y perdissent, dit Gervais de Tilbury, .la barbarie de la lan-

i Celait à Edimbourg U Ungue de la êoor , et l'on t ci'oU il bien que eo devait èlré eicluiivenieiil uii idioiHe ari»locraliquë l|oe, selon Henry Estietineiles Écossais qui Tcnaltont a Paris s*é^ tonnaient d'y voir les tnêndiants demasde^ l'auniône «n français.

guedelear pays. Longtemps auparavant, Alfred le Grand avait introduit en Angleterre l'usage de récriture française. Suivant Ingulfe, le premier soin de Guillaume le Bâtard, après la conquête, fut de proscrire Vanglo-saxon à la cour et dans les écoles, où l'on enseignait en français. L'ignorance de cette dernière langue fut, pendant longtemps, un motif d'exclusion des charges publiques. Ce ne fut qu'à l'avènement de Henri Y que Von permit de plaider en anglais devant les tribunaux civils * ; mais le français continua d'être employé devant la haute cour du parlement et les autres cours de justice, c De plus, dit A. Thierry, l'usage se conserva, dans tous les tribunaux, de prononcer les arrêts en langue française et de rédiger dans la même langue les registres qu'on appelait recordi. En général, c'était l'habitude et la manie des gens de bien de tous les ordres, même lorsqu'ils parlaient anglais, d'employer à tout propos des paroles et des phrases françaises, comme t ah t Sire, je vous jure, oh ! de par Dieu ! à ce j*€tssenie^ et d'autres exclamations dont Ghaucer ne man* que jamais de bigarrer leurs discours lorsqu'il en met quelqu'un en scène *. t

Ce n'étaient pas seulement les gens de lot, mais toutes les personnes voulant se donner des airs de bonne compagnie, même les habitants des campagnes, qui, au dire de Ralph Iligden, mêlaient sans cesse des mots français dans leur conversation Ce français, parlé en Angleterre^ étant de moins en moins cultivé, s'altérait chaque jour par l'introduction de l'accent et des mots sâxons. Aussi Ghaucer, raillant une abbesse de haut parage, disait : f Elle parlait français parfaitement et correctement comme

< H jllam, V Europe au moyen âge^ tt, ft79.

a Hiêloire rf.' la conquête de V Angleterre, Conclusion, «h. r.

on l'enseigne aux écoles de Stratford-Athbow ; mais le français de Paris, elle ne le savait pas *..,

Depuis Tannée 1400, les actes publics paraissent avoir été rédigés indifféremment en français et en anglais. Le premier acte de la chambre dçs communes, écrit entièrement en anglais, date de 1425; et à compter de 14B0, on n'en trouve plus aucun en français dans la coUectioa imprimée des actes publics. Le français <iut pourtant être employé encore devant les tribunaux, dans quelques cas particuliers, car, dans un acte du parlement de 1731, il est fait mention d'une interdiction , non-seulement du latin mais encore du français dans les procédures judiciaires et les actes publics.

Un demi-siècle après l'importation de l'imprimerie en Angleterre, les Anglais faisaient encore imprimer en France leurs livres de lois écrits en français, et pour donner une idée du style et de l'orthographe de ces ouvrages, on n'a qu'à lire, dans les Cunosités hihliogxaphiques 2, le titre d'un recueil de décisions judiciaires publié par Fitz-Herbert en 151 G.

Aujourd'hui encore, un assez grand nombre de formules françaises sont employées dans les actes parlementaires de la Grande-Bretagne et dans les cérémonies du sacre des jsouverains, comme : Le roi le veuH, le roi s'adoisera, le roi mercie ses loyaux subjects^ etc.

L'Université de Paris, où l'on venait étudier de toutes les parties de l'Europe, contribua puissamment à répandre la connaissance de notre langue dans les contrées les plus éloignées. S'il faut en croire un écrivain danois cité par Schwab dans sa Dissertation sur les causes de Vuniver-

* V. U. Gomonl, Efude gur Cfiaucpr, «Pag. 9S.

salité de la langue française, dans un livre islandais, composé au xiie siècle, et qui est une espèce de spéculum regale, il est recommandé d^apprendre les langues, et surtout le latin et le français, comme d'un usage plus nécessaire.

Au siècle suivant, les qualités de notre langue si éminemment propre à la discussion, étaient déjà appréciées partout. Arnold, abbé de Lubeck, écrÎTait à cette époque que les nobles danois envoyaient à Paris leurs enfants, qui, ayant appris à connaître notre langue et notre littérature, en revenaient beaucoup plus habiles dans la dialectique, propter naturalem Hnguœ celeritatem ^.

Le Laboureur, dans son épître à Louis XIV, en tôte de sa traduction du religieux de Saint-Denis, dit : c J'ai cru de mon devoir de dépouiller ce bon français d'un habit étranger, et de lui faire parler une langue à laquelle vos armes, sire, ont confirmé Va^antage d'être la premièi e du monde. >

Licbhorn,- écrivain distingué de l'Allemagne moderne, s'exprime ainsi dans son Histoire générale de la civilisation et de la littérature : c La France du moyen ôge servit la première d'exemple aux peuples modernes. De la Méditerranée à la Baltique, on imita sa chevalerie et ses tournois ; sur une moitié du globe on parla sa langue, nonseulement dans l'Europe chrétienne, mais à Constanfinople même, dans la Morée, en Syrie, en Palestine et dans l'île de Chypre. Ses ménestrels, courant d'un pays à l'autre, y portèrent leurs romans, leurs fabliaux, leurs contes; ils les chantèrent dans les cours, dans les cloîtres,

i Chroniea Slavorumy lib. III , c. 6. — Il y avait à Paris un collège pour les Danois. {Hist. lill. de France, IX, 70.) — Y. aussi Revue des deux Mondes^ i!» juin ^838.

dans les villes elles hameaux /Partout leurs poésies furent traduites et servirent de modèles. L'Italie et l'Espagne imitèrent les poëtes français du sud ; l'Allemagne et les peuples du nord imitèrent ceux des provinces septentrionales; enfin l'Angleterre même, pendant plusieurs siècles, et l'Italie, pendant quelque temps, rimèrent dans l'idiome du nord de la France, »

Le irançais, qui est la langue de la haute société dans la plupart des États européens, est en outre parlé exclusivement ou fort lépandu parmi les populations des pays suivants : la Belgique , le duché de Luxembourg, l'Archipel anglo-normand, les cantons suisses de Berne, de Neufch&tel, de Fribourg, de Yaud, de Genève, le Bas- Valais, la Savoie et le Val d'Aoste.

Outre les colonies appartenant actuellement à la France, notre langue est encore parlée dans nos anciennes possessions maritimes, comme l'Ile deFr^inoe et ses dépen* dances, aux îles du Vent, à Sainte-Lucie, aux îles Sousle-Vent, Saint-Domingue et surtout au Canada. Dans ce dernier pays, elle est non*seulement répandue parmi . les Canadiens d'origine française, mais encore parmi les indi« gènes. A la Nouvelle-Orléans, toutes les proclamations et les papiers publics sont imprimés à deux colonnes, en anglais d'un côté, en français de l'autre : les voyageurs qui s'enfoncent à l'ouest, dans l'intérieur do l'Amérique, ont un très-grand besoin de savoir Iç français pour se faire comprendre des habitants d'origine française, et pouvoir communiquer avec les sauvages *.

i En Amérique, on compte 1,243,000 indÎTidus parlant rrançais.

s Des liYres français sont publiés journellement à Québec; un d'eux a été réédilé récemment, à Piiris, sous le titre de Légendes canadiennesy Jannet, is<)^, in-l2.

LANGUE FKANCAISE. 57

KirBANfSEBs QUI oKTEcaiT EK FRANÇAIS.-^ Un très-grand nombre d'étrangers ont écrit dans notre langue ; une nomenclature complète serait impossible et, d ailleurs, fastidieuse; nous ne citerons que les principaux.

Lltalie, comme toutes les autres nations, avait subi Tin- Huence de notre langue dès le xiiie siècle. Le mattre de Dante, le célèbre Florentin Brunetto Latini, qui vint en France en 1360, y composa en «français une espèce d*en-> cyclopédie intitulée : L% thrésors qui parole de Iol naiê- 9ànce dé touU choie ; c et se aucuns demandois pourquoi chins livre est écrit en romanche selonc le pato's de iran • che, puis ke nous sommes Italques, je dirois que chest pour deus raisons : l'une que nous sommes en Franche; ^ l'autre pour chose qui la parleure est plus délitable et plus kemune à tous langages. >

Le Vénitien Martinodu Ganale, qui écrivait vers ft75. traduisit en français un morceau d'histoire vénitienne, en donnant pour raison que la langue françoise cort parmi le monde et ett la plus déliiahle à lire et à oir que nulle aultre.

Citons encore les Guerres dltalie, par Guillaume de la Pirène (1378); la Guerre d*Atiila^ par Nicolo de Gasola, contemporain de Boccace; le Chevalier errant, roman en prose .mêlé de vers, par Thomas, marquis de Saluces (1395).

Dans le siècle suivant, Benveuuto d'Imola, célèbre commentateur du Dante, s écriait : c Je m'étonne et je m'indigne quand je vois des Italiens, et surtout des nobles, qui apprennent la langue française, affirmant qu'aucune langue ne la surpasse en beauté. >

Il est -prouvé maintenant que Marco -Polo, célèbre voyageur du xiu® siècle, a écrit son voyage en français. Gattari, astrologue du x vi^ siècle, a écrit sa Géomancie en fran-

çais; Goldoni a écrit, en français^ \e Bourru bienfaisant^ V Avare fastueux et ses Mémoires ;

Losuna : Recherches entomologiques;

Gras3i, philologue piémontais : Aperçu sur l'ancien Piémont.

Galiani a écrit en français ses spirituels dialogues sur le commerce des grains, c II semble, dit Voltaire, que Pla ton et Molière se soient réunis pour composer cet ouvrage. •

Carpas, auteur de Pensées sur la grammaire universelle^ en français.

Brunswick^WoIfenbutel (le prince de) : la Mexicade, poëme en vers français.

Euler a écrit ses Lettres en français.

Koenigsmarkt (comtesse de) : Poésies françaises.

Letbuitz a écrit quelques-uns de ses ouvrages en français, entre autres sa lettre à Tanglais Toland ; on rencontre des gallicismes dans ses ouvrages latins.

Dalberg : Méditations sur le système de Vunivers^ 1773 ; Mémoires\ Remarques sur le règne de Charlemagne.

Bareulh (princesse Sophie de) : ses Mémoires.

Elisabeth-Christine (l'impératrice) a aussi écrit en fran* çais,

Christine de Prusse (la princesse] a traduit en français les Méditations de Sturm.

On sait que Frédéric II n'écrivait qu'en français, ne parlait que français et n'aimait pas la langue allemande. En fondant Tacadémie de Berlin, il ordonna qu'on n'y parlerait que français.

Rose, physicien du xviu* siècle, a composé un poème sur Vélectricité^ envers français. Goethe a écrit, dans son enfance, un drame en français, et tout le monde connaît la Valérie de madame de Krudener.

LANGUE fRANÇAISE. 59

Lady Craven est auteur de la chanson : t Non, je n'irai plus au bois, etc. > Elle a écrit en français son Voyage en Crimée, Elphinston et la duchesse de Devonshire ont composé des vers français. Tomlay a traduit Hudibras en vers français. — La langue de Bolingbroke, de Hume, de Gibbon, de Chesterfield est presque française.

La plus ancienne grammaire française que l'on connaisse est composée par un Anglais, Palsgrave. — Wollaston a écrit : Tableau de Ja religion naturelle, 4726.— Gibbon: Essai sur Vétude de la littérature, — Ramsay : Discours sur le poème épique, en tête du Télémaque. — Jérém!e Bentbam a écrit son premier ouvrage en français.

Bilderdyk ouvrit, en Angleterre, des cours de poésie trèsfréquentés ; et ce qui est digne de remarque, c'est que pour être généralement compris, il se servait de la langue française. Voici cependant ses aménités contre la langue de Racine et de Voltaire : c Loin d'ici, jargon aux sons bâtards, glapi par les hyènes et par les chacals, renié par la postérité comme tu as renié ton origine, créé pour la mo querie qui se joue de la vérité; ta prononciation nasillarde et mal articulée sait à peine se faire entendre. Exécrable français î tu n'es digne que du diable, toi qui veux t'imposcr au monde avec tes contorsions de singe. »

Klaproth et Mackintosh ont écrit en français, ce dernier son ouvrage pour défendre la Révolution française contre Burke. — Qui n'a pas lu les œuvres de l'écossais Hamilton, du moins ses Mémoires du chevalier de Gram^ mont ? Enfin l'on connaît les ouvrages de lord Brougham en notre langue, entre autres celui sur Voltaire et Rotts^ seau.

Maldegbem, seigneur flamand, a traduit Pétrarque en vers français. II prouve que Laure n'a jamais été mariée.

Binaud, chansonnier de Gand, a rompo?é des poésies

françaises. — Uno société fut établie dans cette ville pourpropager notre littérature.

Le célèbre Huygbens, hollandais, a écrit dans notre langue ses ouvrages les plus remarquables : Traité de la lumière; Digcours sur la cause de /(» pesanteur ^.

Dickeyman, trouvère flamand du xili^ siècle, a traduit en français les distiques de Caton.

Henri UI, duc de Brabant, cultivait la poésie française,

Ertborn, magistrat hollandais, a écrit en français sas Recherches sur l'Académie d'Anvers,

L'impératrice Catherine U a écrit en français son Anti^ dote. On a lu ses lettres à Voltaire.

La princesse Dashoff a écrit ses Mémoires en français.

De Hammer : Origines russes, Pétersbourg, 1835.

Ouvarof, ministre de 1* instruction publique, en Russie, né à Pétersbourg en 1786, est l'auteur des ouvrages suivants : Essai d'une académie (asiatique , Pétersbourg, 4812; Essai sur les mystères d'Eleusis, 1813; Mémoire sur les tragiques grecs, 1823 ; Notice sur Goethe, 1833.

Le prince Beloselsky a écrit des poésies et divers ouvrages en français. '—> Geeldenslaidt, 1777, avait lu un dis* cours en français à Tanniversaire de l'académie de Péteisbourg.

Voici un exemple curieux du style français de Paul l^^,

c On apprend de Pétersbourg que l'empereur de Russie, voyant que les puissances de l'Europe ne pouvaient s'accorder entre elles, et voulant mettre lin à une guerre qui le désolait depuis douze ans, voulait proposer un lieu où il inviterait tous les autres souverains de se rendre et y combattre en champ-clos, ayant avec eux pour écuyers, pages de camp et h '>rauts d'armes, leurs ministres les

* Leyde, 1600.

plus éclairés et les généraux loi plus habiles, tels que MM. Thugut, Pitt, Bernstorf, lui*inôme se proposant de prendre avec lui les généraux de Pahlen et Kutusof, On ne sait si on doit y ajouter foi ; toutefois la chose ne paraît pas destituée de fondement en portant Tempreinte de ce dont il a souvent été taxé. » Kotzebue voulut corriger ce fnm* çais de cosaque; lempereur ne le permit pas.

Pins récemment encore, et tout à hii de nos jours, le prince Elim Mestcberskï, quune longue et cruelle maladie a enlevé si jeune aux lettres et à ses amis de France, a publié sous le titre ie : Roses noiret, deux volumes de poésies traduites du russe.

L*uae de ces années dernières un de ses compatriotes, le prince Alexis Soltykoff, a foit paraître ici une relation de ses voyages aux Indes et en Perse, qui se distingue par une sincérité à racheter la mauvaise réputation de ceux, qui viennent de loin, et par une modestie à réhabiliter le corps un peu calomnié des écrivains et aussi celui des peintres ; car le prince Soltykoff est Tun et Tantre, et son crayon le dispute à sa plume de naïveté piquante et d*art. dissimulé.

Nous pourrions citer d'autres exemples ; mais loin de là, . nous nous demandons s'il n'aurait pas fallu supprimer ceux qui précèdent ; car loisqu*il s* agit de langue française, les Russes peuvent-ils être considérés comme étrangers, encore moins comme ennemis ?

Manteufel, courlandais, est auteur de la comédie des Deuœ sages. — - Malte-Brun, le célèbre géographe, était danois. — • Worden, danois, a écrit en français son Voyagg d'Egypte et de Nubie. — Fabrice, diplomate suédois : Lettres sutr Charles XU. — Le comte de Borch, polonais, a écrit en français. -^ Llorente, espagnol : Etudes sur GUhIas, — • MauiT", espagnol, a traiuit un recueil de poé-

62 CURIOSÏTÉS PHILOLOGIQUES, ETC.

sies de sa langue dans la nôtre. — Oliveiro, portugais : LeHres familières. — Heitner, publiciste danois : Essai sur Vhist. du droit j etc.

Françaisqui ont écrit enlancuë étrangère. — Les Français passent généralement pour avoir peu de dispositions et même peu d^aptitude à apprendre les langues étrangères. Cependant plusieurs de nos compatriotes ont écrit dans ces langues, et quelques-uns même avec un talent remar. quable. Nous nous bornerons à citer les suivants :

. Montgaillard, poète du xvi^ siècle, a écrit des vers en espagnol.

Crozet, religieux, -est auteur de plusieurs ouvrages en cette langue.

Chantreau a écrit en espagnol une grammaire qui est encore classique en Espagne.

Gros, poète lyonnais du xvi* siècle, Meziriac et Desorgues ont composé des poésies italiennes.

Maumont, gentilhomme limousin du xvi« siècle, a écrit en italien une vie de René de Bisague.

Dulcis, voyageur du xvi^ siècle, fut employé par le connétable d'Aviln à écrire en italien les anciens privilèges accordés aux principales familles grecques, et que personne n'entendait plus, étant écrits en vieux français.

Yeneroni, auteur d^une grammaire italienne très-connue, passait pour italien, quoiqu'il n ait jamais été en Italie. Son véritable nom est Vigneron.

Antoine Motteux, chassé de France par la révocation de Tédit de Nantes^ a traduit Don Quichotte en anglais ; sa traduction, préférée à celle de Smollett, est classique en Angleterre. On lui doit une version de Rabelais dans la môme langue. Elle est fort estimée.

Hermet, Hérissant, Boisgelin, ont écrit en anglais.

ORTHOGRAPHE, m

^ Grèvecœur, agronome normand, a écrit en anglais (1782).

Marat a écrit en anglais ses Chaînes de Vesclacage, et Marignié sa brochure : Le roi ne peut avoir tort (48i9)-

Voltaire écrivit d*abord en anglais son Eisai sur la poésie épique et envoya à Gradock le distique suivant qui n*a pas été imprimé :

f Tbanks to your Muse, a foreign copper shines c Turn d into gold and turn*d in sterling lines. 9

Mozin, auteur du grand Dictionnaire allemand, a écrit en cette langue.

Pètis de la Croix, l'orientaliste à qui l'on doit une version célèbre des Mille et un jour s^ a traduit en arabe V Histoire de la campagne cfe Louis XI F contre les Hollandais, histoire qui fut répandue dans tout l'Orient.

Régnier Desmarets faisait des poésies en diverses langues. Ménage dut à ses vers italiens d'être reçu de l'Académie de la Crusca.

De l'analyse à laquelle M. Fauriel a soumis la langue d'oc (le provençal), il résulte que cette langue n'a que trois mille mots qui ne soient pas dérivés du latin. Ges trois mille mots sont d'origine grecque, basquO; arabe ou celtique.

Un fait assez remarqaablO) c est que la plupart des mots de la langue d'oil qui ont passé dans la langue fraa* çaise, ne l'ont fait qu'en gardant la forme du régime.

Un autre fait qui vaut aussi la peine d'être noté, d'autant plus qu'il est commun à la langue des trouvères et à celle des troubadours, G^est que lorsque plusieurs adverbes terminés en ment se trouvaient à la suite les uns des autres, cette terminaison ne se plaçait qu pue fois soit après le premier, soit après le dernier.

Dans la langue d'oil, on prononçait généralement les deux voyelles des diphthongues ; ainsi par tradition nous disons encore aujourd'hui la langue d'oïl ^i non pas d'ot(. Aide se prononçait oûide, haine, haine, traître, traître; dans ce même dialecte, femme rimait avec sème, et son orthographe si éloignée de la prononciation actuelle, garde ainsi trace de T ancienne, Or se prononçait oué, Dajos beaucoup de cas, les consonnes placées à la fin des mots, et dont nous tenons compte aujourd'hui, ne se prononçaient point alors. Il reste encore bien des traces de ces habitudes, surtout dans le midi. On n'y fait pas plus, sentir r après courir qu'après marcher; n'est-ce pas une élégance, parmi les chasseurs, de dire nupiqueu pour un piqueur, un cer pour un cerf?

Dans la langue d'oil, eu se prononçait u, c'est encore la prononciation du participe passé du verbe avoir»

C'est de l'anoien dialecte bourguignon que la prononcialion actuelle du français se rapproche le plus.

Quand Voltaire avait quelque réforme à réclamer, il revenait sans cesse à la charge, et la grammaire n'avait pas en lui un défenseur moins persévérant que la philose* phie. Une de ses plus grandes préoccupations en ce genre, ce fut la diphtongue oi; elle fut aussi Toccasion d'un de

ses triomphes les phis incontesteble. H n'est personne aojourd'hui qui n'écrive français , j'allais, etc. , avec un a au lieu d'un o, et personne qui ne sache que cette innovation est due à Voltaire.

Mais ce qu'on sait peut«^tre moins généralement, c*est que cette réforme ^avait déjà été demandée en 1676 par un avocat au parlement de Rouen, nommé Bérain, et auparavant encore par un grammairien nommé Honora Rambaud ^, et parce qu'il n'a pas eu Thonneur du succès, ce n'est pas une raison pour lui enlever l'honneur de l'initiative.

n est vrai que son mérite n'est encore que re!atif, et qu'il avait été lui-même devancé par d'autres novateurs. C'est l'histoire de tous les réformateurs, et on peut ajouter de tous les inventeurs aussi. Les inventions et les réformes ont pour origine des besoins réels, généraux, à la satisfaction desquelles une foule d'intelligences travaillent ; jusqu'au jour où un dernier venu s'emparant de toutes ces ébauches, en compose un ensemble qui lui vaut le nom de réformateur ou d'inventeur.

Ainsi dès le xvi^ siècle, à une époque ou anglais s'écrit vait avec un o, et se prononçait comme danois, des téméraires osaient proposer non^seulement la prononciation, mais encore l'orthographe d'aujourd'hui. Le docte Etienne Pasquier en pousse des gémissements amers, c On ne doit pas, écrit-il dans ses lettres familières ^, on ne doit pas prendre modèle de la vraie naïveté de notre langue à la cour , où elle ''se corrompt avec les mœurs. Le courtisan aux mots douillets, écrit*il ailleurs à Ramus 3, nous couchera

1 Voir dans le Bulletin du bibliophile Tart. que Nodier lui consacre, et aussi les Nouveaux mélanges d'une petite bibliothèque. 'i Liyre II, lettre 12.

3 Livre III, lettre 4.

de ces paroles : ret/ne, allet, tenei, menet,,. Ni \ous ni moi (je m asseure) ne prononcerons et encore moins encores écrirons ces mots de reyne^ allet, tenei, etc.

Un autre érudit du même siècle, Henri Estienne, partage l'indignation de Pasquier et sa douleur. Dans ses Deux dialogues du noMieeau langage français italianisé et autrement desguisé, imprimé à Paris en 1579, entre autres reproches sanglants qu'il fait aux partisans de ce nouveau langage, il dit : c à vous surtout

Qui lourdement barbarisant Toujours j'o/Wofis, je venions dites...

Et ce mot français desguisant Par très-sotte raignarderie, Aimez mieux que français on die, Pource que ce seroit pécher, La bouche sucrée fascher De madame ou mademoiselle.

Après une telle réprobation, il n'est pas étonnant qu'il ait fallu toute l'ardeur révolutionnaire et toute l'influence de Voltaire pour forcer la main à TAcadémie. Racine avait bien eu une velléité d'indépendance. La première édition d' Andromaque, acte lU, scène 1 , portait :

Lassé de ses trompeurs attraits.

Au lieu de l'enlever, seigneur, je la fuirais,

Mais le poète qui devait mourir du chagrin de n'être plus bien en cour, ne pouvait persister dans un tel excès d'audace, et , remplaçant sa rime riche par une rime suffisante, il mit dans les éditions suivantes :

Lassé de ses trompeurs attraits, Au lieu de l'enlever, fuyez-la pour jamais.

On d\i orthographe, mais 'on devrait dire orthographie^ de même que Ton dit géographie^ topographie ; orthogra phe devrait, comme géographe, topographe^ être réservé pour celui qui enseigne la science. Mais ce tyran aveugle qu'on appelle l'usage a prévalu; et cependant auirefois Tusage et la logique étaient d'accord. On disait orthogror^ phie, témoin cette phrase de Ronsart (Abrégé de VAri poétique^ édition de 1561) ;

c Tu cuiteras toute orthogrrophie superflue et ne mettras aucunes lettres en tels mots, si tu ne les prononces en lisant, etc... >

Et cependant aujourd'hui le verhe ne mérite pas le même reproche que le substantif. On dit orthographier et non orthographer.

Longtemps avant M. Marie, bien des tentatives ont été faites pour la réforme de l'orthographe française ; elles n'ont pas eu plus de succès que la sieane. Il est à remarquer, cependant, que c'est depuis l'observation de Mal* herbe que les rois de France signent Louis au lieu de Loys^

Vers la fin du xv^ siècle, Sauvage voulut réformer l'orthographe, et, dans son livre projeté, introduire deux nouveaux signes de ponctuation leparenthésisme et Ventre jet.

Au xvi« siècle, un certain Louis Meygret ayant publié un ouvrage sur la nécessité de rendre l'orthographe française conforme à la prononciation. Des Autelz fit paraître une critique de cet ouvrage. Meygret répondit avec humeur, et les deux antagonistes se prodiguèrent les èpithètes les plus injurieuses. Chacun prit parti alors pour l'un ou pour l'autre ; il y eut des meygretistes et des anti-meygretistes. Ces derniers l'emportèrent, puisque le changement n'eut pas lieu. Peletier, littérateur et mathématicien mancefiu, publia en ilîoO un livre dans lequel il rendit l'or-

thûgrapbe conforme à la prononciation ^ Il y fait usage de deux nouveaux caractères destinés à distinguer deux espèces d*e. Ce livre lui fit une querelle avec Meygret. Il est à remarquer que sa prononciation ,diffère autaat de celle de Meygret que l'acoent manceau de l'accent lyoa«* nais. L'ouvrage de Peletier n*a pas un seul alinéa.

Le célèbre Ramus^ proposa de nouveaux caractères pour les sons simples composés de deux lettres, tels que au, eu, ou, et de distinguer les trois sortes d'à, ce qui aurait porté à dix le nombre des voyelles»

Quelques années après Ramus (1570), un médecin, nommé Laurent Joubert, avait imaginé pour lui-même une orthographe qui peignit le plus exactement posatbie la prononciation, et dont son neveu nous a transmis le système, € parce que, dit-il, dès longtemps j'écris sous lui, et ay transcrit beaucoup de ses evures fransaises 3. i

Legaynard, auteur de l'un des premiers dictionnaires de rimes qui aient paru, et d*un autre ouvrage intitulé : AprenmoUre français, pour apprendre leê ieunes enfants et les estrangers à lire en peu de tems les mots des eficrû' txires françoiaes, nouoellement inventé et mis en lumière, avec la vraie orthographe française, pa/r Pierre Legay^ nard, seigneur de la Chaume et de la Vergne sur Sesure ("Sèvre) dédiei à monsieur de la Boullais *, propose quel ques changements pour l'orthographe et de nouveaux caractères. Les lettres y sont divisées d'après leurs formes en petiettes, longuettes, rondelettes, jambues, ventrues et biaisées. L'ouvrage est en vers et en prose*

i Dialogue de Vorlografe «I pronœikeiaiiùn françoite» Poilierf. 8 Gramère fransoèxef Paris, 1562, ia-8. — V. Nodier, Mélan^ gei d'une petite bibliothèque, 386-407.

s Traité du lire, 1579, In-lJ.

4 Paris, Befjon, 1609.

Monei > jésuite savoyard , mort en 1(U3, veut qn*on écrive le français comme on le prononce, et c'est d*après ce principe qu'if orthographie ^

Caral, conseiller et aumônier du roi, poète du ivii« aie* de» voulait qu'on supprimât les doubles consonnes, sans égard pour l'étymologie.

€ C'est d'un tems immémorial, dit Mallet, ingénieur et littérateur français ' que ces retrancbemans et change* mans ont été proposés ; et même j'é en min, ou en ma propre posesion , plusieurs gramères ou élémaas de la langue fransèze imprimés il y a plus d'un siècle, antre léquels on voit les écris et mémoires de François de l'Arche et de Claude le Franc, et la gramère de M. laque 6il* vins médecin, cèle de mètre Louis Mégrei,|etc. » Son principe fondamental est d'écrire comme on prononce, sans égard pour Fétymologie, comme dans les mots suivants : hùurjoèê, fissicien, jans^ ils ém'ent, pour baurgeM, phyâv* cietij gens, ils aiment»

N. Lartigaut, grammairien, tenta de réformer Torthographe et se ût réfuter par Régnier Desmarais.

Afin de ne pas trop nous étendre sur ce sujet, nous ne citerons que pour mémoire l'abbé Dangeau, mort en 1733, Vex-jésuite Ainault, 1747, Beauzée etRétif de la Bretonne; leurs systèmes ne diffèrent pas des plus radicaux dont nous ayons fait mention. Celui de Dumarsais est beaucoup plus raisonnable : il consiste principalement à supprimer les lettres doubles dans le cas où, contraires à l'étymologie et à la prononciation, elles ne signifient absolument rien. On voit que nous avons affaire ici à un grammairien philosophe.

1 Inventaire det deux langues lat. et fr., Lyon, 1636. 8 Progrèi de la vérit. ortografe, ou Vorlografe f^ancèxe fondée aur le* prineipet, etc. Paris, 1669» in-ll.

Duclos croyait à la possibilité d'une réforme orthographique, f Lorsque, dit-il^, la réforme dont la proposition paraît aujourd'hui chimérique, sera faite, car elle se fera,, on ne croira pas qu'elle ait pu éprouver de la contradiction'. »

Voltaire, dans sa lettre à Maupertuis, du 20 décembre ^7S8, disait : cN.B. Je vous supplie d'écrire toujours français par un a, car l'Académie l'écrit par uu o. » Ce car est peu respectueux pour l'illustre compagnie.

Wailly était zélé partisan de la réforme orthographique déjà tentée par Dumarsais et Duclos. Sa méthode consistait à retrancher les lettres qui sont inutiles à la prosodie, à faire un usage plus général des accents, à rapprocher enfin, autant que possible, l'orthographe de la prononciation, en écrivant : aiencion , filosofie , frase , Vome, la famé, etc . Il fit imprimer, d'après ce système, y abrégé de versification placé à la fin de sa grammaire. Depuis lui, la question n'a plus été soulevée jusqu'au radical M. Marie.

Les grammairiens français ne sont pas les seuls qui se soient occupés de réformer l'orthographe de la langue nationale. Parmi les Anglais, nous mentionnerons : Butler, au xvi^ siècle, qui, en outre, voulut introduire de nouveaux caractères, les uns tirés de sa propre imagination, les autres empruntés à l'alphabet saxon ; Smith, qui pro-

1 II avait été élevé dans Teapéce de pensionnat que dirigeait l'abbé pour les neyeux des clievaliers de Saint-Lazare, et toute sa lie, on le voit, il fat fidèle aux principes orthographiques qu'il y avait puisés. Voici, par exemple, comment il écrivait famé.

s A la fin du son traité De recld et emendah'ore Hnguœ grœeœ pronuncialione. Paris, 1SG8.

ORTHOGRAPHE. 7i

posa un nouvel alphabet de S9 lettres ^ ; Hit^n, né en 1752, inventeur d'une orthographe bizaire qui rend la lecture de ses ouvrages très-pénible ; Norton, qui vivait soas Charles U, et enfin Franklin qui, choqué de la barbarie des sons, propose de donner des voyelles finales aux mots qui finissent par des consonnes. Ainsi quack serait devenu quaco, that ferait (ha ; et pour les pluriels, pens îcraii penaypapers,papera, Franklin a fait imprimer dans ce système ridicule la vision de Mirza tirée du Spectoteur *.

Il se publie en ce moment même à Londres un petit journal dont Terthographe figure la prononciation.

Zesen, WalkeetSe<ffert,danslesxviie, xviite elxix« siècles, ont également proposé, pqur la langue allemande, des réformes qui n*ont pas été adoptées.

Bartoli, littérateur italien du xvi» siècle, introduisit une orthographe nouvelle dans sa traduction de Marsile Ficin. — Figari, religieux augustin de Yenise, dans le siècle suivant, tenta de faire substituer le fc au ch. Il fit usage de ce système dans le Trattato mcLssimo délie venete loorune*, publié sous le nom de l'abbé Rasiki. — Salvini, dans sa traduction d'Appien * emploie sur l'e et l'o l'accent circonflexe qu'il aurait voulu introduire dans la langue italienne. Le Trissin avait eu la même idée.

La substitution du ft au c fut vainement proposée en Espagne par Gorreas, grammairien, en 1630.

Silvèrstaple, historien suédois du xviii^ siècle, dans sa Théorie invariable de la langue suédoise^ charge cette langue de nouvelles lettres et de nouveaux accents.

i Rem. sur le chap. Y de la §ramm, de Pori'Royal, ^ D*lsraelif Amen, 11, 1-8.

3 Venise, 1714, In- «.

4 Florence, 1798. in-^.

Il n*est pas jusqu'à la Chine immobile qui n'ait essayé de sortir de son antique cercle orthographique. Il est vrai que la tentative d'innovation se produisit par une femme.. . varium et mutabile iemper femina, comme nous le savons tous depuis nos classes, par les soins du bon Virgile. Cette femme n'était rien moins qu'une impératrice, née bien avant la Révolution française, bien avant Luther, et qui, malgré son pouvoir absolu, ne put faire admettre sa réforme par ses trés-humbles et trés-obàissants sujets» C'est que. . . mais nous n'avons mission que de faire de la philologie, et si nous y mêlions de la politique, le lecteur judicieux ne manquerait pas de nous rappeler à l'ordre en nous lançant le reproche d*Horace: N(m erai hie /oéua*

Revenons à notre impératrice. Elle s'appelait Wou-heou, nom célèbre, je vous prie de le croire, famà auper œthera notus. Elle conçut le projet de changer plusieurs caractères de l'écriture chinoise, et en composa qui- sont re-* marquables par leur bizarrerie. On en a conservé une partie dans les dictionnaires, comme objet de curiosité. Wou-heou mourut en 70B. Son alphabet l'avait précédée au tombeau.

Mbthodb poua apprknou l'orthogeaphs. — S'il y a eu des réformateurs, il s'est trouvé aussi des initiateurs qui se sont donné la tâche de rendre l'étude plus facile. L'usage des jeux de cartes instructifs date du xv« siècle, et c'est par ce moyen que Philésius apprit les règles de la versification à l'école de Lefebre d'Ëslaples. Dans la grammaire de Ringmann ^, littérateur allemand du xvie siècle, les parties du discours sont représentées par autant de personnages : le nom par un curé, le pronom

1 GramnuUica /igurata, etc. Deodalum Saiol*]>ié, ilîOO, ia-4.

par un chapelain, le yerbe par un roi, l'adverbe par une reine, le participe par un moine, la conjonction par un écbanson, la préposition par un marguillier, et l'interjec* lion par un fou.

On a d'un nommé Mercier un jeu pour apprendre l'ofthographe en joiuint avec un dé ou avec vn rotin ^

Barthélémy est auteqr dç la Cantatrice gi^ammairienne^ ou nouvelle Méthode d'apprendre l'orthographe française par le moyen de chansons , sans le secours d'aucun maître *. ' ,

C*es^ aussi au xvi® siècle, que, par une innovation digne compagne de Tautre, Baïf, composa des yers mesurés à la manière des Grecs et des Latins^ et se faisant honneur de celte invention, donna aux vers de ce genre le nom de ha'ifins. Il employait un alphabet bizarre, et comme il suivait le système de Meygret, son orthographe ne l'était pas moins, Voici un exemple de celle-ci lEtrénes de poézies françoises en vers mesurés 8. Nous croyons que de toutes les langues, la nôtre est la moins apte à adnr.ettre dans sa versification la quantité grecque ou latine.

La langue allemande, au contraire, s'7 prête parfaite-

1 Lyon, 4685, in-13.

8 Lyon, «787, in-».

5 V. Nodier, Mélange» d'une petite bibliothèque.

ment. Elle possède, en ce genre, les merveilleuses traductions d'Homère et d'Horace par Yoss, et l'on trouve, dans Schiller et d'autres poètes, des exemples de vers métriques très-satisfaisants.

Yillegas, célèbre poète espagnol, a soumis sa langue à la mé!rique ancienne ; on regarde comme un chef-d'œuvre 1$ pièce de vers en rbythme saphique qui commence par ceKii-ci ;

f Dulce vecino de la verve sel va. >

Nous avons lu, il y a déjà assez longtemps pour que nous ne nous rappelions pas si elles sont de Fantoni ou de Frugoni, de fort belles odes italiennes diversement rhythmées à la manière d'Horace.

Plus on remonte vers les premiers temps de la poésie fran • çaise, plus on y rencontre d'hiatus ; sous Louis XIY, ils ont tout à fait disparu. Ce n'est que de notre temps, lorsque les libéraux de la littérature, connus sous le nom de romantiques, faisaient la guerre à l'abus des périphrases, que quelques-uns d'eux, Auguste Barbier entre autres et Alfred de Musset, ont risqué d'écrire en vers; 'ai été j j'ai eu ou autres phrases équivalentes.

Heureusement pour les conservateurs qu*avait dû scandaliser une telle audace, l'exemple ne paraît pas avoir été contagieux. Un trône à renverser, c'est l'affaire de quel- « qiies jours ; mais l'Académie, c'est bien autre chose» Introduire des hiatus dans la prosodie, quelle énormité révolutionnaire!.. Et cependant qu'est-ce donc, s'il vous plaît, que la rencontre des terminaisons an, en, in, on, un, avec la voyelle qui commence le mot suivant? ne sont-cepas autant de véritables hiatus? à moins de lier ces deux mots ensemble dans la prononciation, romme le font les Nor-

roands, ou comme nous le faisons nous-mêmes par exception dans les phrases que voici : un-hiattis, et^Amérique, boHHimi, rien-oubliéy rien-appris. Nous neprétendons pas dire que ce soit toujours adoucir la prononciation, que d adopter la mode normande ; de loin en lain^ de quelque façon que vous le prononciez, sera toujours dur, mais enfin ce ne sera point un hiatus; et puisqu'ils vous inspirent un tel effroi , vous serez , au moins, conséquents : ce qui est assez rare pour être précieux par le temps qui court.

Dans son Diacourfi à MM. de l* Académie aur les voyelles , Dangeau a fait un travail de pptience, dont les résultats nous reviennent de droit, c En sortant de TAcadémie, dit-il, je pensai, en moi-même, que si ce que je vous avais dit était vrai, un poète normand s'apercevrait moins qu'un autre de ces sortes de bâillements ; et pour voir si j'avais bien rencontré, je lus le Cinnn de Corneille, et le MiihH^ date de Racine ; je marquai soigneusement tous les endroits où le choc de nos voyelles sourdes, avec d'autres voyelles, faisaient des bâillements; j'en trouvai vingt-six dans Cinnaj et je n'en trouvai qu'onze dans Mithridate ; et même la plupart de ceux de 3lithridate sont dans des occasions où la prononciation sépare de nécessité le mot qui finit par une voyelle sourde, d'avec celui qui commence par une voyelle. Je fus assez content de voir mon raisonnement confirmé par cette expérience et je voulus pousser plus loin. Je jugeai qu'en prenant une pièce d'un homme qui fut en même temps acteur et auteur, j'y trouverais encore moins de ces bâillements : je lus le Misanthrope de Molière, et je n'y en trouvai que huit. Continuant toujours à raisonner de la même manière, je crus que je trouverais encore moins de ces rencontras de voyelles si je lisais des pièces fnites pour être chantées, et faites par

un homme qui connût ce qni est propre à être chanté. Dans cette vue, je lus un volume des opéras dé Q'uinault, qui contenait quatre pièces ; et de ces quatre pièces, il y en avait une tout entière où je ne trouvai pas un seul de ces bâillements : il y en avait fort peu dans les trois autres pièces ; encore étaient-ils presque tous dans des endroits où le chant suspend de nécessité la prononciation, et sépare si fort les voyelles sourdes d'avec les autres, que leur concours ne peut faire aucune peine à Toreille. »

A ce même propos, l'abbé d'Olivet raconte que Têvôque d*Avranches, Huet, reçut un Jour de Ségrais une lettre écrite au nom de l'académie de Caen, pour inviter TAcadémie française à décider s*il fallait dire bon- à monter^ hùn^ descendre ^, ou ne point faire tinter la consonne finale de bon. Sur quoi TAcadémie française répondit que, puisqu'on ne pouvait introduire un adverbe entre bon et la particule et, comme si, par exemple, on voulait dire bùn rarement à monter^ bon cependant, bon quelquefois à descendra, de là il s'ensuivait que bon doit être prononcé sans liaison avec la particule d. Mézerai^ en qualité de Normand, fut seul d'un avis contraire ; mais, comme secrétaire de la compagnie, il fut contraint de rédiger la dé* cision, à laquelle il ajouta en riant : Et sera ainsi prononcé nonobstant clameur de haro.

La raison donnée par TAcadémie nous a paru asse2 étrange, sauf le respect que nous devons à un corps aussi solide; et c'est l'étrangeté même de cette raison qui nous a déterminé à citer cette anecdote, plus encore que le mot spirituel qui la termine.

1 C'est dans une épigramme, bienconDiM4leSaiol*(ieUif>,11Ué •0 Iroutaieut les phrases, objet de la discusf i d.

ÉTYMOLOGlES.-NOiMS PROPRES. ~

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