‹ Curiosités philologiques, géographiques et ethnologiquesChapitre 27 sur 31 · PHILOLOGIE EMBLÉMATIQUE. H · texte numérisé non relu

PHILOLOGIE EMBLÉMATIQUE. H

Pour le signe de \oir, posez sous Vœil le doigt le plus proche du ponce.

Pour le signe de laver les pieds , tournez svccesskement le dedans des deux mains, et remuez un peu ainsi le haut de la main de dessus.

Pour le signe de bien , poses le pouce sur une mâchoire et les autres doigts sur Vautre, et faites-les descendre sur le menton.

Pour le signe de mal , poses les doigts çà et là sttr la face y et simulez la griffe d'un oiseau qui attire quelque chose en le déchira fit.

Que les hommes aient vu dans le soleil et la lune des divinités , qu'ils leur aient attribué un sexe différent, et que la plu[)a*rt des peuples, toujours portés par leur instinct à juger d'après eux, aient fait du plus gr^nd, du plus puissant de ces deux astres un dieu, et du plus petit, du plus faible, une déesse, nous n'y trouvons rien qui doive étonner; que d'autres peuples, infiniment moins nombreux, soient partis d'une idée contraire, et, frappés peut-èlre de la fécondité du soleil, aient préféré en faire une mère, nous l^ïdmettons encore. Les savants, d'ailleurs, en donnent de si bonnes raisons ! Wachter, par exemple, ne dit-il pas, dans son grand Glossaire germanique ^ — -

liO CURrOSITÉS PHILOLOGIQUES, ETC*

il se donne comme Torgane de plusieurs autres grammairiens, — que la beauté appartenant par excellence au genre féminin, et rien n*élaut aussi beau dans la nature que le soleil, il avait bien fallu le faire féminin? L'historien Egenoff émet, quant à lui, une opinion moins galante mais aussi remarquable, c Le soleil, dit-iU ne doit pas être classé au nombre des mâles, parce qu'il ne produit rien par lui-même ; il faut qli'on lui confie des germes qu'il couve seulement et fait éelore par sa chaleur, comme fait la poule de ses œufs. » Encore une fois, nous acceptons tous ces systèmef?; ; mais ce que nous comprenons plus difficilement, c'est que certains peuples qui regardaient le soleil comme un dieu et la lune comme une déesse, aient attribué le genre féminin au soleil et le genre masculin à la lune. Ainsi, l'ancien idiome islandico-norwégien, dans lequel est traduit l'Edda, fait le soleil féminin et la lune masculine , et néanmoins le soleil, dans ce célèbre monument de la mythologie du Nord, est constamment nommé Kirleitt gvd, Dieu à la belle face, et Scinanda gvd, Dieu éclatant ^ ; mais il n'y est jamais nommé Gydia^ déesse. Constamment aussi la lune est appelée mans, man ou men, ètymologie du mot alle;nand mond, et moti, en islandiconorwégien, voulait dire femme et fille.

Le cas était assez embarrassant pour tenter les érndits; voici l'explication qui fut proposée à la société des antiquaires ^ :

€ Il faut d'abord observer que, dans toits les monuments celtes ou germains, on ne voit jamais le soleil personnifié sons la figure d'une femme, mais bien sous celle d'un jeune homme... Ces peuples du Nord ont souvent adoré

< VoyezltCrimiM-mat, patii^ àéVEdda memundina, « Recherches gur la dênominatitm allemande du wfeH ( t de la /ui»(>,parP. R. AugnU.

leur grand légiskt.'ur Odin sous les traits du soleil, et les ont souvent confondus; mais quant à la lune, on la voit quelquefois sous l'emblème d'une jeune fille, et le plus souvent sous celui d'un homme qui soutient de ses deux mains un disque sur lequel est dessiné de profil un visage humain exprimant la lune croissante.

» Il est donc raisonnable de croire que les premiers habitants de la Germanie, dans les temps les plus reculés, ont regardé le soleil comme un dieu et la lune comme une déesse,.. Mais d'où viennent ces emblèmes mâles de la lune ? Il est évident que c'est à quoi nous devons nous arrêter ; cet homme, qui représente la lune, a quelquefois des cornes sur la tête, comme Corunus: quelquefois un croissant qui es£ derrière lui, et dont les pointes dépassent sur ses épaules, et il est assez constamment vêtu d'une tunique courte et d'un bonnet particulier. Plusieurs des monuments où il se trouve portent la double inscription de men et de lunus. Ceci est un trait de lumière*

» J'ai déjà dit que men appartenait aux langues du Nord. Sans doute c'est la racine celtique ; mais hii\us appartient saps contredit à une langue orientale, qui est la langue phrygienne. On trouve ce dieu lunvs, tel que je viens de le dépeindre, sur quantité d'anciennes monnaies phrygiennes... Ouvrons Spartien (Vie de Caracalla), et nous ne douterons plus que la lune n'ait été révérée comme un dieu mâle par les Phrygiens. Il en donne même une raison assez plaisante, f C'était chez ces peuples, dit-il, une ancienne croyance, qu'en adorant la lune comme déesse, on deviendrait tout à fait soumis à sa femme, ce qu'on appelle aujourd'hui en Allemagne être som la pantoufle ; » et qu'au conti aire, en l'implorant comme dieu, on conserverait sans doute l'empire marital...

» Tout cela une fois admis, il est facile de voir comment

loi CURIOSITÉS PHILOLOGIQUES, ETC.

les noms de men et de lunvs ont dû èlre attribués à la même divinité. Les Asiatiques, apportant avec eux Tidée. d*un dieu, et non d'une déesse, pour présider à la lune, ont bien pu prendre le nom de men, .qu'ils ont trouvé dans le pays, mais ont conservé l'idée première du sexe masculin de lunus, qu'ils ont attribué à men, et qui a passé dans la suite à mond. qui en dérive. Cela me paraît assez plausible : la lune était un dieu dans la Phrygie ; des Phrygiens peuplent l'Allemagne et y font un dieu de la lune.

f Mais d'où vient que le soleil se trouve féminin? Par la môme raison que j'ai rapportée dès le commencement. Partout où nous voyons uh couple, nous supposons volontiers l'homme et la femme; et si l'on commence par supposer la lune mâle, il s'ensuivra naturellement que le soleil deviendra femelle. »

— Sémiramis, après avoir fait la conquête du pays, fonda la ville de Van, qu'elle appela de son nom Sémiramidocerte, et elle y écrivit sur la pierre son histoire et celle de ses successeurs^ Ces témoignages de sa puissance, tracés en caractères cunéiformes sur l'immense rocher qui s* étend derrière la ville et d'où s'élevait la citadelle, sont les seuls qui nous soient parvenus.

€ Tout le rocher, dit M. P. de G. dans une lettre datée de Mossoul, 24 décembre 1844, et dont un fragment fut inséré dans la Rente britannique *, tout le rocher est couvert de ces inscriptions cunéiformes : il y en a une qui pourrait faire plusieurs volumes à elle seule, car cette page de pierre n'a pas moins d\ine demi-lieve dé long, s' élevant à pic tout le long de la ville qu'elle protège contre les vents. Une de ces inscriptions est suspendue à plus

* Mars 1843. V. aussi Curiotitét des arts et de Varchéo^o(fie.

de trois cents pieds de terre, et il y en a au moins deux cents à pic au-dessus : il est impossible d'y arriver; on ne peut les copier qu'à la longue vue. On arrive aux autres par des escaliers taillés dans le roc, mais sans aucun appui du côté vide ; marches usées, inégales, où la pierre a éclaté, et qu'il faut descendre -avec précaution pour ne pas faire un saut de deux cents pieds. Le rocher contient une espèce de palais souterrain, des [lièces immenses creusées avec une patience et un art admirables, car la pierre est des plus dures. Ces magnifiques salles ont dû contenir des tombeaux des rois assyriens ; on y a découvert des restes d'urnes et d'ossements. Les sépultures furent pillées par les soldats de Gengis-Khan. La plus grande salle peut avoir trente pieds de haut et soixante de long, tout cela taillé dans le roc ; il y a un nombre infmi de petites salles et quatre autres grandes salles. »

« Le seul historien arménien qui existe, Moïse de Khoresme, a écrit que ce rocher était un ouvrage de Sémiramis, et composé d'énormes pierres rapportées *. Le docteur français Schultz est le premier qui ait copié les inscriptions de Van ; mais son travail est plein d'inexactitudes. >

t riOmme s'il était possible d'improviser un rocher d'une demi lieue ou d'en bèlir un sans qu'on vîl les jointures: MoVsc de Kho* resme avait écrit sans voir.

Géographie. — • Cabtes. — La véritable géogiaphie ne diffère de l'histoire que parce que Tune se règle sur le temps et l'autre sur Tespace. La Géographie n'est au fond qu'une histoire qui s'arrête pour considérer le présent. [Malte»Brun.)

— Orlelius, né à Anvers en i5^7 , est l'auteur du premier atlas géographique du monde connu. Cet ouvrage, qui a servi de base à tous les travaux géographiques entrepris depuis , valut à son auteur le surnom .de Ptolémée moderne. Il parut à Anvers en 1S70, dans le format infolio et sous le titi^ de Theatrum orbis terrarum^ et a été souvent réimprimé et traduit. On lui doit aussi le premier dictionnaire de géographie ancienne, qui mérite ce nom, à savoir-, le Thésaurus geogi'aphicvs. Son Parergon est en quelque sorte l'atlas du Thésaurus geographkus. ,

— Giraud le Gallois, mieux connu sous son nom latin de Giraldus Camhrensis , s'exprime avec franchise sur les moines dans son Itinerarlum Camhriœ. Aussi dans les diverses copies qu'ils en ont fait faire , ont-ils eu soin de supprimer tout ce qui n'était pas honorable pour l'ordre auquel ils appartenaient. Mais comme ils se sont bien gardés de rien retrancher de ce qu'il pouvait contenir d'offensant pour les autres ordres , la postérité n'a rien perdu, et on a pu , en comparant leurs manuscrits , rétablir le texte dans son entier.

C'est dans cet ouvrage qu'on voit ^ qu'au douzième

1 Lirre tecond, chapitre 3.

siècle , il y avait des Castors dans le pays de Gallrs , mais seulement sur une rivière que l'auteur nomme Teivi : In fuvio Teivi jvxtaCUgnram. La Topographia Hiherniœ ^ qui rapporte le même fait, dit au chapitre 24 : In Teyvensi flumine aptid Kairdigan. Il y a en effet sur les cartes une rivière de Tyvy près de Cardigan ; la carte de KiU chin lui donne le nom de Teive.

« Nation heureuse et fortunée , et dont le sort serait doublement à envier , s*ils avaient de bons prélats et do bon*; pasteurs, et un seul prince qui fût bon; -^ Félix gens et foitunata , utrdque sorte beata, si praelatos haberent bonos et pastores , unoque gauderent principe et îllo bono. >

A cette description du pays de Galles , il joignit celle de rirlande, où il fait mention de canards qui naissent des arbres , de poissons à dents dorées, et de monstres moitié hommes , moitié taureaux. Mais n*allez pas croire que ces absurdités aient nui le moins du monde à son succès. Est • ce que Irf vérité a jamais plu aux hommes? Elles y nuisirent si peu qu il fut obligé , à Oxford , de lire trois jours de suite , en public , sa description de l'Irlande ; le premier jour aux pauvres; le second, aux docteurs des différentes Facultés et aux étudiants d'un certain rang; et le troisième, aux autres étudiants, à la bourgeoisie et à la garnison *. -

Cartes ancieiNnes. — La première carte connue fut dressée par Aristagoras de "Milet, environ 480 ans avant Jésus-Christ. D'autres l'imitèrent, et plusieurs des anciens philosophes transportèrent les degrés des cieux à la terre, et devinèrent qu'un degré terrestre était d'environ 69 4/J milles, comme la SfiO** partie de la sphère Ce qui n'a pas

1 Sprfngel, Histoire dex priwipafe* dêcourfrteg géographiques.

empêché que la rotondité de la terre fui traitée d'hérésie.

L'édition de Ptolémee, Rome 1*108, renferme les premières cartes gravées que l'on connaisse.

La première collection de cartes en Angleterre est V Atlas atiglicanus de Christophe Sexton . Londres 1374-9 , qui obtint de la reine Elisabeth un privilège de dix ans pour imprimer des "cartes.

Une des plus anciennes cartes de géographie du moyen ôge , est celle de Saint-Gall au sixième siècle. Charlemagne avait, dit-on , une carte du monde gravée sur tiois grandes tables d'argent, que son f^.etit>fils Lothaire fît fondre pour pouvoir payer ses troupes*. Un des manuscrits cottoniens du British Muséum contiorit une carte anglo-saxonne de la fin du dixième siècle ^. Dans le douzième et le treizième siècle , les caries se multiplièrent. Les plus anciennes avaient été calquées sur des cartes. romaines ; mais à partir du onzième siècle , elles devinrent le résumé des connaissances de l'époque. Les légendes, les figures d'hommes, d'animaux et de villes qui s'y trouvent en font de vrais traités de géographie figurée. Une carie du treizième siècle du Brithh Miisetim contient une note curieuse dans laquelle l'auteur se réfère aux quatre cartes qui étaient alors regardées en Angleterre comme ayant le plus d'autorité, à savoir :

La carte de Robert Melkoleia ,

Celle de l'abbave de Waltham,

*■ Ces sortes de carlei ou itinérairet gravés sur argent n'étaient pas rares dans l'antiquité; on a retrouvé dernièrement en Italie, dans des fouilles fuitesauxenyirunsd'unesourced'eaux Ihermales» une coupe sur laquelle était figuré le tracé du c hcmin è suivre de ces eaux jusqu'en Espagne.

^ V. une bonne description de cette carte curieuge : MHh'cn de faits, page 13S1.

GÉOGRAPHIK. W

Celle de la chambre du roi à Westminster,

Et celle de Mathieu Paris.

La mappemonde conservée en Angleterre dans la cathé* drale de Hereford , parait être du commeocement du treisième siècle. A la partie supérieure , est figuré le Sauveur assis , pour le jugement suprême des vivants et des morts. Au bas , dans l'angle de gauche , une peinture prise au commencement d'Ethicus et des cosmograpbies courantes du moyen âge, représente César- Auguste envoyant tro^s savants pour mesurer la terre; Tun desquels mesura le Nord et 1 Ouest, Vautre l'Est, le troisième le Sud. C'est une légende fondée sur liri passage de l'évangile de saint Luc. Auguste délivre aux trois savants un rescrit scellé de son sceau. Dans l'angle opposé , une figure semble représenter Richard de Haldingham et de ïJafford , par les soins duquel, comme nous l'apprend une inscription en vers franco-normands, la carte fut exécutée.

Une grande partie des figures et des indications marquées sur la carte de Hereford sont prises dans les ouvrages de Sollinet d'Isidore, les deux livres populaires du moyen âge ; un bon nombre d'entre elles attestent une étrange naïveté, telles que la femme de Loth changée en statue de sel*, le labyrinthe de Crête , les colonnes d'Hercule, les bizarre? représentations de CharyMe et de

Scylla.

Quatre villci^ célèbres figurent toujours avantageusement sur les cartes de cette époque :

1» Jérusalem, qu'une très-ancienne légende désignait comme le point central, l'ombilic du monde, et quiest indiquée dans la carte de Hereford d'une^ manière très-curieuse;

2*>Babylone, avec sa fameuse tour, représentée ici d'une grandeur extraordinaire; .

158 CCRIOSITÉS PHILOLOGIQUES, ETC.

3<> Rome, la capitale du monde, à laquelle est attachée •ci cette légende :

Roma capHi mundi lenei orbiê frena roinndi.

A^ Troie, ou , comme le dit Ja carte, Troja civitas bellicosimma,

A rinfluence des anciens , se joignait alors celle des; Arabes, et la carte de Hercford en offre également des traces. Mais la partie I9 plus intéressante de la géographie du moyepâge est celle qui pà et là reproduisa't les résultats dos recherches et de^ découvertes individuelles. Sur la mappemonde de Herefprd, l'Asie principalement est représentée de la manière la plus confuse. On croyait alors, et on fut longtemps avapt de renoncer à celte idée, que le Paradis eh occupait l'extrémité la plus éloignée. Les Arabes, du reste, étaient dans la môme erreur, et cette opinion, comme tant d'autres , nous était venue d'Orient.

Si nou5 portons les yeux vers l'autre côté de la carte , nous verrons que le moyen âge nous a laissé de. mystérieuses traditions de voyages qui sembleraient indiquer au moins des tentatives d'exploration de l'Océan dans la direction de l'Amérique *. Saint-Brandan , d'après la légende, n'avait-il pas trouvé le Paradis après un long voyage à l'Ouest? Tou> les savants d'alors savaient que la terre est ronde ; de là , l'idée d'aller au Paradis par mer. Ne rapporte-t-on pas que l'équipage de Christophe Colomb croyait y toucher lorsqu'il approcha des côtes de l'Amérique ? Mais la superstition luttant contre la science, on craignait, en suivant cette direction, de tomber en Enfer; carie bruit courait qu'à une certaine distance dans

t V. sur ces anciennes cartes, presque toutes Porlugalses, le curieux travail de M. de Sanlarem relatif «nx l*oH»l«nif ctc.

GÉOGBAPHIE. iS9

rOaéat) la roer cachait on gouffre qui meuait tout droit aux régions infernales. — Pourquoi lé soleil se couche*t* il si rouge ? demande-t-oa dans un livre d'études àTusage des gens d'église. — Parce qu'il regarde en enfer, répond l'interlocuteur.

D'ailleurs^ ce n'était pas tout que d avoir reconnu quo la terre élait sphérique , il fallait encore savoir cooime elle était suspendue. Selon les uns , elle était comme un œuf dans son coquetier, là partie supérieure restait seule en dehoi^s ; selon d'autres , c'était une pomme nageant dans Teau , et ne présentant non plus que la partie supérieure. Si la carte de Hereford, comme la plupai't de celles d'alors, est de forme circulaire , ce n'est pas qu'on ait voulu par là représenter un hémisphère : c'était simplement la forme de la portion considérée comme habitable. Tout autour est une ceinture d'eau , qu'on supposait occuper la partie torride ou inhabitable; au delà de celle ceinture, était une seconde partie habitable , mais qu'^n n'affirmait nullement être habitée , attendu qu'on doulail fort que personne pût y pénétrer à cause de la chaleur de la mer intermédiaire , chaleur telle que les poissons mêmes n'y pouvaient vivre.

bans quelques anciennes cartes , une partie de cette terre habitable du Sud est représentée en bas ; et cette vieille tradition s'est conservée dans des cartes d'une époque beaucoup plus reculée , sous le titre de Terra incognita amtralis.

Là carte de Hereford , ainsi que toutes les autres , présente l'Afrique entourée d'eau , ce qui remonte à la plus baute antiquité. Seulement, .cette portion du continent n'était, dans les premières cartes , qu'une étroite bande parallèle à la Méditerranée , bande qui s'est élargie au fur et à mesure des découvertes. On doit remarquer d»os la

carte que nous décrivons, près de l'entrée de la mer Rouge, une Ile qui parait représenter Madagascar et dont Unscription spécifi^ sa distance d'un cap de Tlnde, avec celte observation que la côle était navigable jusque-là. Des indications semblables de distances sont échelonnées d'île en île jusqu'au voisinage de celle de Canarie, qui porte ellemême l'inscription suivante :

Insula Canaria abwidat 'magnin mMus ^.

Entre autres cartes curieuses antérieures à rexpédilion de Colomb et ses guides probables , citons le Portulan de Pietro Viscoiili (1318) conservé à Vienne, une carte espagnole de 1346 possédée par notre bibliothèque impériale ; celle de 1334 qui se trouvait à Venise et qui, acquise depuis par M. Walcknaer, atteignit un si haut prix à sa vente ; celle de Giroldi (1426); eîifîn celle de Pareto qui date do 1433 et que M. Andréa publia à -Naples, cette même année. On y trouve indiqué le nom, de l'île, Antilla, plus de trente ans avant la découverte de Colomb.

Cartes CURIEUSES. — Au nombre des cartes curieuses , On peut citer celle qu'a dressée le major Sleeman^t qui indique les hèles ou stations de meurtres adoptées par les Thugs dans le royaume d'Oude. Sur un parcours de 1,406 milles que forment les roules que ces étrangleurs investissaient entre les principales villes, on compte 274 de ces hèles, c'est -à-dirc* une de ces stations par 5 milles 1/i; et l'on eût obtenu le môme résultat , disent le major Sleeman et le capitaine Paton , adjoint au résident de Lucknow , si l'on eût appliqué à l'Inde entière ce môme calcul Quelques-uns de ces bêles pris aif hasard donnent

< NolicB de M. Thomas Wrîglil, OrHith arch?oiogicaf attO' tialUmy ts marf f8«6.

GÉOGUAPHIF. «61

enlre eux les dislances suivantes : de Luckiiow à Cawnpour, 5? milles, 13 ft^/f«;deLucknowà Allaliabad, 137 milles, 'i^ bêtes; deLucknow à la frontière dcZownpour, i^O milles. ZShHes.

La terre ferme, dans les deux hémisphères, offre une superficie de près de trente-huit millions de milles carrés ; Tancien monde, ç'est-à-dire l'Europe , l'Asie et l'Afrique, n'en contient pas moins de vingt-quatre millions, l'Amérique onze millions, TAuslralie et ses îles trois millions à peine. L'Afrique est trois fois, et l'Asie plus de douze fois plus grande que l'Europe. Par suite du nombre des mers intérieures que contient celle-ci, le développement de ses côtes maritimes, plus considérable relativement à sa superficie que celui d'aucune autre partie du monde, est d'environ 17,000 milles depuis lé détroit de Waygalz, dans la mer Polaire, jusqu'au détroit de Caffa, et celles d'Afrique ont 16,000 mil les d'étendue. Les deux Amériques offrent une ligne de cotes de 31,000 milles. Le rapport du nombre des milles linéaires des côtes maritimes à celui des milles carrés de surface est de 1 à 164 pour l'Europe , 359 pour TAniérique, 376 pour l'Asie, 530 pour l'Afrique *.

De la Tërbe. — Les mots survivent longtemps aux idées quils représent nt : témoin les termes do longitude et de latitude. Ces termes avaient un sens pour les anciens , qui croyaient la terre plus étendue de l'est à l'ouest que du sud au nord; mais aujourd'hui ils ne sont plus qu'un démenti continuel donné par la routine à la science.

Homère pensait, sa description du bouclier d'Achille le prouve, que l'Océan formait une ceinture à la terre. Venu quatre siècles plus tard , Hérodote re peut s'empêcher du

« Physical geography^ par Mary Souerville, î vol. in-S", Londref, 1818.

i« CURIOSITÉS PHILOLOGIOUES, ETC.

rire de celte idée; mais sa moquerie va plus loin , elle s applique à ceux qui prétendent que la terre est ronde comme si elle avait été travaillée au tour, et que TAsie est égale à TEurope. Or , sur cent parties de la terre :

L'Asie continentale en occupé. . • . S5

L* Afrique i . , 21

L*Amérique du Nord 46

L'Amérique du Sud 16

La Nouvelle Hollande S

L'Europe 7

roo

Si la,sphère des connaissances positives d'Homère en géographie ne dépasse pas 450 kilomètres ou environ 100 lienes de rayon, le cercle des connaissances positives d'Hérodote ne va pas à plus de 1,S00 kilomètres , et celui des notions moins positives à plus de trois mille. Pour un esprit si railleur, c'est rester bien loin de la vérit)é qui , par la, bouche de la science moderne, fixe à 40,000 kilomètres la circonférence de la terre, b'en loin même de Possidonius qui fe croyait de 180,000 stades , c'est-àdire de 30,000 kilomètres.

Sur un total de 54,427,000 milles géométr'ques carrés,

L'Asie en contient . , . 1:2,118,000

L'Amérique 11,000,00»)

L'Afrique 8,316,000

L'Europe 2,793,000

Sur un total de 716,700,OCO I abitants, L'Asie en contient 390,000,000 c'est-à-dire 1 pour 26 acres

L'Europe. . . . 2^7,700,000 | lO

L'Afrique. , . . 60,000,000 f 115

L'Amérique. . . 39,000,000 | $50

Voici maintenant la dimension relative en milles géographiques carrés de trente des plus grands Etals :

Ru^ie (européenne et asiatique) 5,919,000

Angleterre (Euiope, colonies et dépendances). 4,457,598

Chine 4,070,000

Brésil et dépendances $,3i3,000

Etats-Unis et dépendances 3,300,000

Mexique iM^.OOO

Empire Ottoman 1,000,000

Colombie 8^8,000

Buenos-Ayrcs, etc 683,000

Portugal et colonies 430,000

Pérou 373,000

Perse 350,000

Danemark et colonies..- 344,000

Bolivie 300,000

Annam (en Asie) 270,000

Pays-Bas et colonies $5^^000

Espagne et colonies 394,400

Suède .et Norwége 933,000

Tiîpoli 908,000

Autriche i94,500

France et colonies 188-, 000

Japon 180,000

Boukharie 173,000

Caboul 179,000

Khiva 148,000

Birmai) l>]O,000

i6i CURIOSITÉS PHILOLOGIQUES, ETC.

Maroc 450,000

Chili '. 429,000

Siam 424,000

Abvssinie 420,000

CoîiRBUBB DELA Terre. — Poui faire comprendre que la terre est ronde , on a imaginé un lableau gradué des distances auxquelles l'œi' placé à telle ou telle hauteur peut apercevoir un objet sur la mer, lorsqu'elle est calme. Avant de passer à l'examen de .ce tableau, constafons que t>i l'œil était placé au niveau de la surface de la mer, h courbure de la terre est telle qu'il ne distinguerait pas un« planche qui flotterait dessus , à une distance de plus d^ cinquante toises.

]iiaiit.d(îlVil

. Dist. ù

laquelle on voif

Unul. de lUriU Dist. àlaqrk'IW OA vrh

pieds.

pouces.

toises.

pied .4.

pouce».

toises.

2,aoo

Ces deux derniers chiffres équivalent à diie qu'un homme qui serait au bord de la mer et à un peu moins d'un quart de lieue au-dessus de son niveau , apercevrait un objet à près d*un degré terrestre ou vingt-cinq lieues de distance.

A ce premier tableau nous en joindrons un second qui servira à expliquer un autre effet produit par la courbure de la terre , à savoir la diminution progressive des degrés de longitude,. soit au nord , soit au sud , à partir de l'équaleur jusqu'aux pôdes , c'est-à-dire de 55 lieues à zéro. Ce premier degré de 35 lieues, nous le diviserons en 1,000 parties , lesquelles ainsi que les lieues diminueront à mesure que nous nous éloignerons de Téquateur.

Degrés*

Parties.

Lieues

. Toist s. •>

Dcgn's

. Parties.

Tiieues

. Tcises.

Au .^r

Au W

iSÔ

io

MÉBiDiENs COMPARÉS. — Il n'cntre en aucune façon dans

notre plan de faire ici un cours de géographie, à plus forte raison d'astronomie ; mais nous nfe croyons pas nous eif écarter en présentant au lecteur , encore sous forme de tableau , un relevé des différences qui existent entre les méridiens de divers pays. Nous prendrons, comme de raison, Paris pour point de départ. Ainsi , lorsqu'il est midi à Paris , voici quelle heure il est dans les lieux suivants :

A Dijon midi > iO 44

Besançon n 44 44

Vesoul » 15 12

Rome » ^0 30

Malle » 48 32

Vienne (Autriche),.. » 56 12

Varsovie 1 12 »

Athènes \ 27 9

Constautinople 1 46 10

Pélersboorg 1 51 56

Au Caire. 1 57 32

Jérusalem 2 12 36

Bagdad ^.. 2 52 8

Ispahan 3 20 48

Ormus 3 38 »

Surate 4 39 52

Goa 4 42 40

Agra(Mogol) 5 3 36

Siam 6 33 *

Batavia 6 57 48

Pékn 7 36 20

Méaco 8 56 36

Aux îles de Jéso 9 1 12

l'île de Paraxos.... 9 4 20 rî!e de Saint-Pierre

septentrion 11 43 20

Aux îles des Amis minuit. » »

Santa-Fé , matin. ., i 48 »

Au Mexique i 56 »

Panama...-. 6 37 48

Lima 6 42 4i

Philadelph'e 6 49 40

GÉOGRAPHIE. t«7

APotosU,, 7

Québec 7

A la Martinique [au fort}. 7

Cayenne 8

Olinde 9

Aux îles Açoros JO

L'île de Fer iO

Aux Canaries 10

Lisbonne Il

Madrid 1i

Dublin H

Edimbourg fi

Bordeaux Il

Londres . ; 44

Rouen 11

Calais 11

Versaillefi 11

Nous n'avons pas cru qu'il fût utile de compliquer ce tableau en en présentant l'inverse, c'est-à-dire l'heure qu'il est à Paris , lorsqu'il est midi dans chacun des endroits susdits. Quelle que soit l'heure , la proportion entre les lieux reste toujours la même.

Climats de l'Europe. — Les détails intéressants que nous donnons ici sur les climats de l'Europe sont tirés de la Revue britannique ^ qui, elle-même, comme son titre l'indique, les avait empruntés à la presse d'Angleterre,

En Europe , la température moyenne décroît, en règle générale, à mesure qu'on s'avance du midi au nord. Ainsi, la température moyenne annuelle est :

( Janvier l>i7, p. i'rflel iuivanle?.

SI

tl

A Naples de 63 degrés 5 minutes K

Rome €0 — 44 -r-

Paris 51 — 44 —

Vienne 50 — 5 —

Londres 50 — » —

Varsovie . . , . 4S — 6 —

Upsal il — 9 —

Moscou ^0 — I —

Pétersboui g . 38 — 8 —

La chaleur moyenne de Tété dans les parties méridionales de TEurope est de 70 à 75 degrés , tandis que le froid moyen de l'hiver est de 17 degrés à Pétersbourg. La température moyenne de la Grande-Bretagne est d'environ 48 degrés et demi.

 mesure que la température s'abaisse en avançant vers le nord , la quantité de pluie diminue aussi 2. A l'équateur. il tombe annuellement 93 pouces d'eau ; en Italie, 45 ; dans le nord de l'Allemagne, 22 pouces et demi; et à Saint-Pétersbourg , 17 pouces seulement; mais la plus grande quantité de pluie tombe sur les côtes occidentales de l'Europe, par lu raison que les vents du sud et de l'ouest, ayant une température élevée ônns leur passage an-:lessus de l'Atlantique, absorbent une plus grande quantité d'humidité. Cette humidité , ils la déposent en entrant en contact avec la terre et les froids courants septentrionaux, qui balayent le nord et le nord-ouest de l'Europe. De là vient que la quantité de pluie diminue en avançant

i Thermomèlre de Farcnhelt, donl le 630 équivaut à 170 2i cen« grades.

s On mesure les qunnlités de pluie avec un inslrumcnl nommé ombrotnètre; le plus parfait jusqu'à présent est du à M. Horner de Zurich. V. Koemtz, Traité dé météorologie, l. I, p. 413,

des côtes à rintérieur du coiilinent, et qu elle atteint son minimum dans les contrées nord-est. Les chaînes des hautes montagnes dont les sommets sont taillés à pic ont pour effet de pcécipiter la chute de la pluie. On i)eut citer pour exemple la Norwège , où les montagne^ sont trèsélevées et situées sur la côte occidentale ; la grande chaîne alpestre , au centre de l'Europe ; et les districts montagneux de la Grande-Bretagne , où il tombe beaucoup plus de pluie que dans la plaine. Le même effet n'a pas lieu sur ^ les plateaux élevés. Ainsi, bien que la quantité de pluie annuelle soit considérable sur les côtes occidentales de l'Espagne et du Portugal , il n'en tombe que 10 pouces sur le plateau des Castilles.

Une circonstance digne d'observation , c'est que les pays où il tombe la plus grande quantité de pluie annuelle sont ceux qui comptent le moins de jours pluvieux ^

Le nombre des jours pluvieux augmente en avançant vers le nord. Il est par an :

A Gibraltar 68

Bans le midi de la France 76

Dans la péninsule italique 89

Dans les plaines de la Lombardie. . • 96

En Hongre i\2

Sur la côte orientale de l'Irlande. . . 2€8

Dans les Pays-Bas 170

En Angleterre 1

En France (le Midi excepté) j <55

Dans le nord de l'Allemagne )

1 On le comprendra qnand on saura que dans la presqu'île de rinde la quanlilc d»eau tombée pendant une seule saison est Ircss'ipérieure à celle qui tombe cbez nous pendant toute une année. Elle s'élève de i»3 à S50 centimètres.

no CURIOSITÉS PHILOLOGIQUES, ETC.

Au contraire, dans le nord-est de l'Europe et en Sibérie . il 8'écouîe des mois entiers sans qu*il tombe une goutte de pluie , sans qu un nuage obscurcisse le ciel clair et serein.

Soas le rapport des saisons pluvieuses on peut diviser l'Europe en trois régions :

\o La région des pluies d'hiver, comprenant une partie des contrées méridionales de l'Europe, depuis les côtes sud -ouest du Portugal, longeant la Méditerranée, la Sicile, l'Italie méridionale, la Grèce et l'Archipel grec*

20 La région des pluies d'automne, comprenant la Laponie ; une partie de la Suède , la Norwége , la Grande- Bretagne , le-midi de la France, le Portugal j l'Espagne , les régions alpestres et des Apennins et la Hongrie;

30 La région des pluies d'été, contenant la partie intérieure et centrale du continent , le nord de la France une partie de la Suède , l'Allemagne , la Prusse , la Pologne et la Russie.

Le lieu de l'Europe où il tombe la plus grande quantité de pluie est probablement Coïmbre, dans la vallée du Mondégo, en Portugal. Cette ville est située sur le penchant occidental d'une montagne de 7,500 pieds de hauteur , remarquable par son sommet dentelé. Les observations météorologiques qu'on y a faites, n'embrassent que deux années, et on révoque en doute leur exactitude. La quantité annuelle de pluie y a été éva'uéeà 225 pouces; mais certanes réductions la font descendre au chiffre plus probable de 136 pouces.

Dans le Chili central , il ne tombe aucune pluie pendant neuf mois de l'année ; dans le Chili méridional , il n'en tombe qu'une fois fous les deux ou trois ans. Les Andes péruviennes sont séparées de Ja mer Pacifique par

GÉOGRAPHIE. ni

un désert de sable large d'environ so'xante-neur milles , où il ne tombe jamais une goutte de plate.

f Des courants d'air chaud se font sentir parfois sur la crête des Andes, étrange phénomène dans des régions gia<p&^ ! On n'en a point encore trouvé l'explication. Ce» Êl^fents soafflent, en général , deux heures après le couctier du soleil; leur action est locale et circonscrite; ils n'ont pas plus de quelques toises de largeur, et ressemblent aux bouffées d'air également chaTid qu'on respire dans les Alpes. On observe un autre pbénoméfne curieux dans les Andes du Chili, à Mendoza ; c'est une singulière clarté répandue sur les' montagnes, nne sorte de lueur rougeâtre impossible à décrire , qui disparaît pendant les pluies d'hiver et qui ne s'aperçoit pas les jours de soleil. Le docteur Pœppig l'attribue à la sécheresse de l'air , et il s'est confirmé dans cette opinion en remarquant plus tard une lueur semblable sur la côte du Pérou. La même observation a été faite en Egypte *. >

Le nombre des jours où il tombe de la neige en Europe augmente à mesure qu'on avance du midi au nord. Ainsi, chaque hiver, en moyenne , le chiffre des jours de neige est :

A Palerme '. . de i et demi.

Rome .• < — .

Florence < un tiers.

Nice. » moins de un demi.

Venise » 5 et demi.

Mi4an »....;... 10 -- '

Paris.,.; ;.* J2 —

* Pkyiical geàyraphy, par MaKy SttMF.RVii.i.r, p. I?57-I3», t ?ol.

Ht CURIOSITÉS PHILOLOGIQUES, ETC.

ÂCarIsrube î6 —

Copenhague 30 —

Sai nt-Pétersbourg. ... {7\ —

Daas cette dernière ville, la première neige commencé à tomber en octobre , et la dernière tombe \ers le miliea d'avril. Dans les vallées du midi dfr TEurope, où la* lempéralnre de l'hiver varie de 47 à 59o , il ne peut tomber que rarement de la neige et elle ne dure guère. Dans la plaine de Rome il neige très-rarement , bien que les sommets des montagnes vo'sines , qui ont une élévation de f à 3,009 pieds soient fréquemment blanchies par la neige < Sur la chaîne des Apennins, la neige est encore plus abondante et elle dure plus longtemps. Il neige quelquefois à Lisbonne , tandis que sur la côte des Algarves ce phénomène est inconnu, A Gibraltar la neige est très*rare , et on n'y voit jamais de glace plus çpaisse qu'un dollar es^ pagnol. A Malte, il ne tombe jamais déneige. Cependant vers la fin do Tbiver et au commencement du printemps , la plupart des localités du midi de l'Europe sont aasaillies par un vent de nord-est froid et sec extrêmement dés^ agréable et très-pénible iîi supporter, surtout pour les valétudinaires.

Dans quelques pays il tombe de la neige rongé , phénomène sérieusement étudié par MM. Wollaston , de Gandolle , Thenard et Bauër. Les expériences de ce dernier l'ont amené à reconnaître que le principe colorant venait d'une substance végétale tenue en suspension dans l'eau dont s'était formée la neifi:e.

Des Fleuves et des Montagnes. — Voltaire raconte que dans son enfance il a vu soutenir des thèses où l'on prouvait que les fleuves et toutes les fontaines venaient de In m«r. C'était le sentiment de toute l'antiquité. Ces fleuves

passaient dans de grandes cavernes, et de Ja se distribuaient dans toutes les parties da monde.

Lorsque Aristéo va pleurer la perte de ses abeilles chez Cyrène, sa mère, déesse de la petite rivière Enipée en Thessalie. la rivière se sépare d'abord et forme, deux montagnes d*eau à droite et à gauche pour le recevoir, selon l'ancien usage; après quoi il voit ces belles et longues grotte.^ par lesquelles passent tousies fleuves de la terre,

At illum , Gurvata in mootis factem circumstetit unda , AdcepUque sinu vaslo , misitque sub amoem.

Jamque domum mirans genitricis , et humida régna , S|)eluncisque lacus clauses , lucosque sonantes , Ibat , et , iogenti motu stupefactus aquarum , Omnia sub magna labentia flumina terra Spectabat diversa locis , Phasimque , Lycumque , Etcaput , unde altus primum se erumpit Enipeus ; Unde pater Tiberinus ; et unde Aniena fluenla , Saxosumque sonant Hyi>anis, Mysusque Caïcus^ Et gemina auralus taurino cornua vultu Eridanus : quo non alius per pinguia culta In mare purpureum violenlior effluit amnis ^

L'onde respectueuse , A ces mots suspendant sa course impétueuse , S'ouvre , et se repliant en deux nïonts df cristal , Le porte mollemeut au fond de son canal.

Le jeune dieu descend , il s'étonne , il admire Le palais de sa mère et son liquide empire :

Il écoute le bruit des flots retentissants , Contemple le berceau de cent fleuves naissants, Qui , sortant en grondant de leur grotte profonde ,

* Virgile, Géorgiq^ieâ, liyrt IV.

I7i CURIOSITÉS PHILOLOGIOUKS, ETC.

Promènent en cent lieux leur source vagabonde; De là partent le Phase et le vaste Lycus , Le père des moissons, le riche Caïcus, L*Enipée orgueilleux d'orner la Thessalie , Le Tibre encor plus fier de baigner Tltalie , L'Hypanis se brisant sur des rochers afffeux , Et l'Anio paisible , et l'Eridan fougueux , Qui, roulant à. travers des campagnes fécondes, Court dans les vastes mers ensevelir ses ondes *.

Cel'e étrange physique, le Tasse Taccepte aveuglément. Lorsque Ubaldc et le Danois vont à la recherche de» Renaud qui s'oublie dans les bras d'Armide, un vieillaid leur apparaît au bord des flot« qui baignent les murs d*Ascalon , et il leur fait la môme proposition que fait Cyrèiie à son fils Aristée :

Disse ; c clie lor dia loco Tacqua impose :

Et ella tosto si ri tira , e cède :

E quinci , e quindi di montâgna in guisa Curvata pende , ë'n mezzo appar divisa.

Ei presigli per man , ne le più interne Profondità sotto quel rio lor mena.

Débile , o incerta luce ivi si scerne , Quai tra boschi di Cintia ancor non piena :

Ma pur gravide d'acque ample caverne Veggiono ; onde tra noi sorge ogni vena , La quai zampilli in fonte, otn fiumc vago Discorra , o stagui , o si dilati in lago.

E veder ponno , onde il Pô nasca , et onde

1 Celle Irddaclioa de r«bbê Dclillc suffit k notre objet; mais nons no pouvons non s empêcher, en passant, de faire observer Cumbieu elle est plaie ^t longue.

ïdaspe , Gange , Eufrate , Istro derivi :

Onde esca pria ]a Tana : e non asconde Gli occulti suoi principi il Nilo quivi «.

Il dit, et il ordonne aux flols de se diviser : soudain Tonde obéit et des deux côtés s'élève une montagne humide.

Le vieillard prend les deux guerriers par la main , et les conduit sous le lit du fleuve, dans une grotte profonde : là ne pénètre qu'une lumière pâle et tremblante : cependant, à celte faible lueur, ils voient d'immenses réservoirs, d'où sortent le^ eaux qui jaillissent en fontaines, qui forment les fleuves , les étangs et les lacs.

Us y découvrent les canaux secrets par lesquels filtrent les ondes de TEridaB, du Gange, de l'Euphrarte ; les sources du Tanaïs , et les veines inconnues qui portent au Nil ses liquides trésors *. »

Voltaire, cet infatigable ennemi des préjugés, signale encore au sujet des fleuves une autre eireur assez facile à constater pourtant, c'est qu'ils coulent pour la plupart vers l'occident. En avançant ce fait , c on a plus consulté, ditil , Tesprit systématique que la nature. . Les fleuves coulent en tous sens selon la disposition des terrains.

c Le Guadalquivir va droit au sud depuis Yillanueva jusqu'à San-Lucar ; la Guadiana de même juqu'à Badajoz. Toutes les rivières dans le golfe de Venise, excepté le Pô, se jettent dans la mer vers le midi. C'est la direction du Rhône de Lyon à son embouchure. Celle de la Seine est au nord nord-ouest. Le Rhin , depuis Bâle court droit au septentrion. La Meuse de même depuis sa.source jusqu'aux terres inondées. L'Escaut de môme. >

* Tasso, il GoATretlo, canlodecimo quarto, st. S6-8.

t Traduction de Lebrun, si Cfla peut s'appeler une trdauctl^n.

ne CURIOSITÉS philologiques, etc.

Et le Danube , pour ne citer que des fleuves d'Europe, est le seul fleuve qui coule, à ce que dit M. Victor Hugo, de l'occident à l'orient.

Ce système au sujet du cours des fleuves, on l'appliquait à la direction des grandes chatnes de montagnes , on voulait qu'elles s'étendissent aussi d'orient en occident. Pour le réfuter , il ne fallait que consulter la carte, c Débarquez , disait Voltaire , au cap de Bonn^Espérance . vous trouverez une chaîne de montagnes qui règne du midi au nord jusqu'au Monomotapa. Peu de gens se sont donné le plaisir de voir ce pays et de voyager sous la ligne en Afrique. Mais Calpé et Abyla regardent direct ement le nord et le midi. De GibraHar au fleuve de la Guadiana, en tirant droit au nord, ce sont des montagnes continues. La Nouvelle-Castille et la Vieille en sont couvertes, toutes les directions sont du sud au nord, comroe celle des montagnes de toute l'Amérique.

Et les Alpes , sans aller chercher si loin ! Disons donc avec le grand redresseur d'erreurs , pourquoi chercher à se tromper , pour a^oir le plaisir de faire des systèmes el de tromper quelques ignorants ?

C'est une opinion accréditée depuis longtemps à Marseille , que de celte ville on peut voir le mont Canigou qui est à 300 kilomètres dans les Pyrénées. Le baron Zach, auteur de la Correspiyndânce astronomiqve , raconte que , comme la chose n'était pas mathématiquement impossible , puisqu'à cette distance la. courbure de la terre n'est point suffisante pour cacher un sommet de 2,785 mètres , il voulut vérifier le fait. La difficulté était de déterminer les circonstances propices à cette expérience. Voici comme il y parvint : •

€ Tous les voyageurs qui ont monté sur le Canigou assurent que l'air y est très-sec et très-pur, et que son sbm-

met est généralement au-dessus des brouillards et des nuages. Comme le climat du midi de la France est presque toujours beau et serein, et que néanmoins il est fort rare de voir cette montagne , j'ai pensé que la cause en devait être toute autre que l'obscurité, les vapeurs et l'opacité de l'air. Cette réflexion m*a conduit à l'idée que peut-être la montagne ne se montrait bien que lorsque le soleil se couchait derrière elle, et qu'alors elle se projetait, pour ainsi dire, en silhouette sur le fond doré du ciel crépusculaire. Il fallait dpnc calculer à quelle époque le soleil vu de Marseille se coucherait précisément derrière le Canigou. Le résultat me montra que ce phénomène devait avoir lieu vers le commencement du mois de février , et vers la fin du mois de novembre. '

» L'an 1818 , j'étais à-Marseille ; le jour du 8 février fut remarquablement beau et serein. Je me transportai dans l'après-midi , avec mes instruments , sur la montagne de Notre-Dame-de-la-Garde. Plusieurs savants et des amateurs m'accompagnèrent pour être témoins de l'expérience.

1 Après avoir pointé ma lunette sur le point de l'horizon où devait se trouver le Canigou , nous ne vîmes rien d'abord. Le soleil donnait droit dans la lunette, et devait par conséquent empêcher toute vision distincte des objets terrestres, soit avec des instruments d'optique , soi l à la vue simple. Ce n'était qu'après le coucher du soleil que le spectacle devait avoir lieu.

* Cet astre s'approchant de l'horizon , nous attendîmes avec impatience son coucher. A peine le dernier rayon avait-il disparu , que, comme par un coup de baguette, nous vîmes , pour ainsi dire , tomber à l'instant le rideau, et une chaîne de montagnes noires comn.a jais , avec deux p'cs élevés, vinrent au point nommé frapper nos regards avec tant d'évid^jnce et de clarté , que plusieurs specta-

teurfl eurent peine à croire que ce fussent les Pyrénées. On les aurait prises pour des montagnes du voisinage, tant elles paraissaient distinctes et proches de nous ; tandis que nos spectateurs s'émerveillaient, faisaient leurs réflexions et étaient occupés à tracer le dessin des contours et des pics de ces montagnes , je me dépêchai d'observer ces pics ; et balayant Thorizon avec ma lunette , je découvris au nord le sommet du Ventoux , près de Carpentras , lorsque la nuit tombante mit lin à mes observations. »

— DansTIndesetrouveunemontagnesonnante. Le lieutenant Wellsted, qui constata ce phénomèi.e en 1837,1e décrit ainsi dans une lettre qu'il écrivait du SinaT le 36 septembre et qui fut aussitôt insérée dans le journal de la Société asiatique du Bengale : « Vous m'avez exprimé le désir d'avoir quelques renseignements précis sur le DJibbel Narcono ou montagne sonnante , qui a été le sujet de tant de discussions et de tant de doutes en Europe. Je l'ai visitée dans mon voyage ici, elle est située sur le côté de ta mer à environ 8 milles de Tor. Une pente solide du plus fin sable s'étend sur le côté de la mer, de sa base au sommet (600 pieds), faisant un angle de 40 degrés environ avec l'horizon. Elle est cerclée ou plutôt demi-cerclée par une ceinture de rochers de giès s'élevant comme des créneaux pointus et ne présentant qu'une très-petite surface propre à renvoyer un écho. Elle est enoore remarquable en ce que, quoiqu'il se trouve en cet endroit beaucoup de collines de la même forme , elle seule produit ce qu'on appelle le rugissement ou le son de la montagne sonnante. Nous descendîmes de nos chameaux et nous restâmes en bas, pendant qu'un Bédouin la gravissait ; mais nous ne pûmes entendre le son que quand il fut arrivé à une hauteur considérable. Ce son roule en bas , et il commence par un accord asse^ semblable aux notes faibles d'une

ftÉOGttAPHÎË. m

harpe éolienne , ou à celui que Ton produit avec le doigt mouillé sur un verre. Il augmente de force, à mesure que le sable ^oule jusqu*à la base, et il devient aussi fort que le tonnerre; de sorte qu'il faisait trembler le rocher sur lequel nous étions assis et que nos chameaux (animaux qui comme on sait ne s'effraii^nt pas facilement) étaient épouvantés et se sauvèrent au loin, i'ai donc été convaincu , ainsi que le capitaine M.... et tous mes compagnons. »

Découvertes. -^ Les chroniques du pays de Galles , dit Eyriès , rapportent qu'en l'an H 70 il y eut une guerre civile pour la succession au trône , et qu'un bâtard enleva l'héritage aux enfants légitimés du prince. Alors Madoc . son fils légitime , quitta sa |)atrie bvec une petite flotte. Après quelques semaines de navigation vers Touest , il découvrit une terre où il trouva toutes sortes de choses nécessaires à la vie , et de l'or. L'air y était frais et pur. Les habitants différaient totalement des Européens. Après un assez long séjour, Madoc y laissa i^ hommes et revint heureusement dans son pays , on il équipa une flotte de dix vaisseaux , montés par un nombreux équipage , et chargés de toutes sortes de provisions. Il retourna dans le pays qu*il avait découvert, promettant de revenir ou de donn^ de ses nouvelles ; mais, depuis. Ton n'en entendit plus parler. Ceux qui adoptent ce récit croient que Madoc avait abordé sur les côtes de la Virginie ou de la Caroline, et citent à l'appui de leur opinion l'histoire d'un Gallois qui , voyageant dans l'intérieur de l'Amérique septentrionale , rencontra , entre l'Ohio et la mer , une peuplade indienne qui parlait la langue galloise.

Au xv» siècle, plusieurs savants prétendirent que Martin Behaim, navigateur bohémien, avait vu, en 1460, l'Amérique et le détroit de Magellan , ce qui aurait fourni à Colomb l'idée de son \ oyage au Nouveau-Monde ; mais^

M. Murr, en mettant sous les yeux du public h description et la copie réduite du globe terrestre de Behaim , a prouvé que qette découverte était imaginaire , ce navigateur ayant placé Ttle de Cipangu, nom que Marc Polo donne au Japon , à la véritable place où se trouve l'Ame' rique.

Ce qui est incontestable, c'est un voyage des Scandinaves en Amérique au x^ siècle sous la conduite de BiarneHeriulfson, et leur incursion dans une grande partie du nouveau continent après laquelle ils revinrent au Groenland ou Plnland qu'ils colonisèrent *.

Voici ce que racontent les traditions savamment recueillies dans des mémoires récents 2.

c L'an 1004 , l'Islandais Biorn , cherchant son père au Groenland , est poussé par une tempête fort loin au sudouest ; il aperçoit un pays plat tout couvert de bois , et revient par le nord*est au lieu de destination. Son récit enflamma l'ambition de Léif , fils de cet Eric Randa qui avait fondé les établissements du Groenland. Un vaisseau est équipé , Léif et Biorn partent ensemble ; ils arrivent sur la côte que ce dernier avait vue. Une île couverte de rochers se présente ; elle est nommée Helleland. Une terre basse, sablonneuse, couverte de bois, reçoit le nom de Markland. Deux jours Uiprès , ils rencontrent une côte , au nord de laquelle s'étendait une Ile ; ils remontent une rivière... Etant parvenus à un lac, d'où la rivière sortait, nos voyageurs résolurent d'y passer l'hiver : dans le jour le plus court, ils virent le soleil rester huit heures sur l'horizon ; ce qui suppose que cette contrée devait être à peu

1 V. U mémoire publié à c« sujet par 1« fuédois M. Rafo et Iradait par M. X. M armier.

• Gnumlandia antigtia, «2S, 44, iOS.

près par les 49 degrés de latitude* Un Allemand, qui était du voyage, y trouva des raisins sauvages, il en expliqua l'usage aux navigateurs Scandinaves, qui en prirent oc-* casion de nommer le pays Finland , c'est-à-dire pays du vin. Les parents de Léif firent plusieurs voyages au Yin--

land

9 Révoquer en doute la véracité de rapports aussi simples et aussi vraisemblables , ce serait outrer le s epticisme ; mais , si on les admet, il est impo siblede chercher Yinland autre part que sur les côtes de l'Amérique septentrionale. Get'e partie du monde avait donc été découverte par des Européens , cinq siècles avant Christophe Colomb ; et cette découverte , la première qui soit historiquement prouvée, ne lui fut peut-être pas inconnue.

> Car, sans reparler ici du voyage douteux, attribué à . Madoc-ap-Owen vers l'an 1170, nous possédons les documents authentiques des navigations exécutées dans le quatorzième siècle par les deux Zeni, nobles Vénitiens qui, entres en 1380 au service d'un prince des îles Féroer et Shetland, visitèrent de nouveau les contrées découvertes par les Scandinaves , ou du moins en recueillirent une description qui , à travers beaucoup d'obscurités , confirme les relations islandaises , et qui a dû être connue do Colomb. >

— L'/^t«tra/a«ie ou plutôt Australie, qui forme aujourd'hui la cinquième partie de la terre, comprend le continent de la Nouvelle-Hollande , la terre de Van-Diémen ou Tasmanie ^ la Nouvelle^Guinée, la Nouvelle-Bretagne, la Nouvelle-Zélande , etc., découvertes la plupart dans l'espace de deux siècles. Do A/enzès reconnut la Nouvelle- Guinée en lol6; Mendona, les îles de Salomon en 1567. La Nouvelle-Hollande fut d'abord visitée à l'île de Hartegh , en 1616 , par un vaisseau hollandais; et plus tard

ut CDRIOSITÉS PHILOLOGIQUES, ETC.

explorée par d'autres bâtiments de cette nation. Le Hollandais Tasman découvrit la terre de Van-Diémen et la Nouvelle-Zélande en 1643 ^ Dampîerre, la Nouvelle- Bretagne et la Nouvelle-Irlande en 1699; Roggewein, r Archipel qui porte son nom, et qui comprend les îles Penryn, Beaumann, etc., en 1722; Wallis, les îles de la Société, en 1765 ; Cook, la Nouvelle-Calédonie en 1774, et les îles Sandwich, en 1778; Wilson, les îlesPelewea 1797; Turnbull, l'île de Phillips «, l'île de Holt et une autre; Freycinet, l'île de Bonaparte, celle de Decrès et la terre de Napoléon. Botany-Bay et Port-Jackson furent découvertes par Cook et colonisées en 1787.

La population indigène de l' Australasie , quoiqu'elle soit égale en surface à l'Europe ne s'élève point, selon toutes •probabilités, à 100,000 âmes.

Les habitants de la terre de Van-Diémen , lorsqu'elle fut découverte, connaissaient l'art de faire du feu avec deux

i Aiasi «ppelée da nom de lir Richard Philipps, rtulêar dii Million of facis qui n'a guère fourni que son titre au ^Million dé faits françaii, maig qui, s'il pèche sous le rapport du plan et s'il manque de méthode, est écrit dans un esprit très-libcral. tout à fait dègagô des préjugés auxquels les Anglais même les plof éclairés semblent se soumettre par calcul, et abonde en détails curieux dont le lecteur nous saura gré d*a?oir fait notre profit.

s Tasman visita et reconnut tous ces parages : « Il parait, dit Dumont d'Urtille, que c'est à la suite de ces reconnaissances que celle grande terre reçut déûniiivement le nom de Nouvelle-Hollande, et qu'ayant lui on l'avait généralement indiquée sous le nom de grande terre du Sud ou terret Auslralet. Le nom de Nouvelle- Hollande a longtemps prévalu parmi les géographes ; mais il doit faire place k celui d'iîuf^rafi> plus rationna et plus vrai, que les Anglais, établis sur ce territoire, ont adopté avec raison et maintenu. »

GÉOGRÀt^HIE. I8â

cailloux, art ioconna dans la Nouvelle-Hollande et dans plusieurs autres lies de rÂustralasie.

li vient d'être fait au nord du cap de Bonne^Espérance une des plus grandes découvertes 'géographiques des temps modernes. La nouvelle qui en a été donnée par le journal anglais le />at/t/*2Veto<, est d*uae date encore trop récente, — janvier 48S(), — pour ne pas obtenir une place dans un recueil de faits intéressants et peu connus. M. Moffat a eu le bonheur de trouver , après un voyage de 566 milles anglais, le grand lac intérieur, dont 1 existence problématique a depuis si longtemps tourmenté la curiosité de tous les voyageurs. M. Moffat appelle ce lac Nama ou Ngama. Deux grandes rivières s y déversent ; ô en juger par la douceur et la limpidité des eaux, ces courants viennent du nord et do* vent surtout leur origine aux neiges des monlagnes. Les tribus qui habitent ce pays ressemblent aux Betkuanes, mais elles ont un teint plus basané; des arbres creusés leur servent de canots, dans lesquels on les voit préparer leur nourriture, dormir comme dans des maisons et naviguer avec beaucoup d'adresse. Elles sont très-douces de caractère, et ne vivent que de poisson, quoiqu'on y trouve en abondance beaucoup de bétes à cornes. Pour ce qui est de la position géographique du lac qui ouvre une si large perspective de piospérité à celte partio. de l'Afrique, les dernières observations du soleil donnent 19 degrés? minutes.

Depuis que nous.avons transcrit ces détails, de nouveaux renseignements sont venus confirmer les premiers, et nous croyons devoir également en donner connaissance au lecteur.

La découverte d'un grand lac d'eau douce occupant le centre du continent africain paraît aujourd'hui certaine. Cette mer intérieure est située a 19 degrés de latitude sud, et a 5(S0 milles nord-nord-ouest de Kolobeng.

Le révérertd Robert Livingston, longtemps missionnaire chez les Rechouanas, avait quitté Kolobeng, chef -lieu de la tribu des Rakouains, accompagné de M. Oswt'll, employé dans Tadministration civile de Madras, et M. Murray, de Lintrose. Après un voyage assez fatigant, pendant lequel il n'a rencontré d'obstacles que les animaux sauvages de ces contrées, et les difficultés d*un sol vierge el sans roules praticables et frayées, il a vu s'étendre devant lui une immense nappe d'eau semblable au lac Ontario et au lac Cbamplâin, en Amérique.

Les détails de l'expédition des |rois voyageurs anglais ne sont pas encore connus; ce qui est certain, c'est qu'ils sont arrivés, tout en chassant, au bord de cette mer inter eure dout les dimensions exactes ne sont pas encore déterminées. Ainsi le centre de l'Afrique, comme celui de TAmérique et celui de l'Europe, sans doute aussi comme le centre de l'Australie, est occupé par un ou plusieurs bassins qui servent de réservoirs aux eaux douces prove^ nant des sources souterraines ou découlant des grandes chaînes de montagnes; il y a pour chaque continent un grand système de lacs ou de mers intérieures : en Europe, les lacs Léman, de Constance, Majeur, etc. ; en Amérique, sur une échelle beaucoup plus vaste, les lacsChamplain, Ontario, Michigan, etc. Selon les conjectures des plus récents voyageurs, le bassin central de l'Australie présenterait un phénomène équivalent.

Cette découverte, qui paraît authentique, est destinée à produire une grande sensation dans le monde des géographes, qui jusqu'ici possédaient peu de renseignements sur la partie sud de l'Afrique. On parle de richesses mi néralogiques curieuses à exploiter, et de forêts magnifiques peuplées d'arbres jusqu'ici inconnus à l'Europe, sous lesquels coulent des riv'ères également ignorées^ qui vont

se perdre dans le lac. D*autres explorations subsidiaires et également heureuses ont eu lieu dans le sud de l'Afrique. M. Oswell a suivi jusqu'à une assez grande distance an nord-ouest le cours du fleuve Oury, dont on ne connaissait jusquici qu'une très-faible partie. Accompagné d'un Anglais, il a découvert une autre rivière, le Molokoné, qui se déverse dans l'Oury .

Les rivières sont, dit-on, ombragées par de beaux arbres; leur lit n'est jamais à sec, même dans les temps les plus chauds. Les tribus qui en habitent les bords sont pa-*cifiques ; et il paraît que les chasseurs trouvent de gran des lessources dans ces contrées peuplées de quadrupèdes gigantesques^ dont quelques-uns sont totalement ignorés de la science européenne.

Le lieutenant Christopher^ dans ses explorations sur ta côte nord-est d'Afrique, de Keleva à Hafan, a découvert une rivière importante qu'il a nommée Haines, en l'honneur du résident politique anglaisa Aden. Cette rivière prend «a source au pied du revers méridional du grand plateau d'Abyssinie, et après un détour à travers les plaines, s*approclie à dix milles environ de la mer, dans la latitude de 10 40* Nord et la longitude 44» 35' Est, à un endroit appelé Galwen, d'où elle court parallèlement à la côte vers Barawa (distance de quarante-cinq milles), et là enfin, traçant une ligne divergente dans les terres, elle se perd dans un lac sans écoulement visible. Enlre la rivière et la mer s'élève une chaîne de collines sablonneuses de deux cents pieds do hauteur, à travers lesquelles il paraîtrait que la plus grande partie de l'eau atteint la mer par infiltration. Sur les bords do la rivière, le sol est riche et bien cultivé par une race hospitalière, qui occupe d'anciens établissements ayant appartenu autrefois au Portugal *.

« Revue britannique j février 184 i.

En opérant la reconnaissance du district de Teotilan, dans le but de déterminer le tracé le plus Cavorable pour le percement d'une route^ Tingénieur Rafaël ViHa Cromez a découvert les ruines d'une grande cité {foblaeion). Elle n*avait encore été explorée qu*en partie à la date du 90 novembre \ 843 ; mais les restes de plus de cent maisons avaient déjà été observés, et, au dire des guides, les eûtfices principaux, se trouvaient plus avant. On appelle ces ruines dans le pays c les pala's de Mitla. i Elle présentent un caractère d architecture qui ne ressemble en rien aux styles connus de Tart ancien ou moderne ; et cependant elles ne manquent ni de cette symétrie de plans, ni de cettegrâce de proportions, ni de cette richesse de détails, qni constituent la beauté de Tensemble. La ville ruinée doit avoir été construite par une race antérieure aux Mexicains ; mais cette race est-elle celle dont les sauvages offrent le type dégénéré, ou api)arlenait-elle à une espèce plus ancienne et aujourd'hui effacée? c'est une question qui est laissée à la sagacité des antiquaires K

Modifications géographiques. — « On a estimé à environ sept ou huit milles, dit mistress Somerville dans la Géo^ .graphie physique, l'épaisseur des couches fossilifères jus- :qu a la fin de la formation tertiaire» Le temps nécessaire à leur accumulation a dû être immense. Toutes les riviè**es charrient du limon, du sable et du gravier à la mer. Le Gange dépose plus de 700,000 pieds cubes de limon par lieure, la rivière Jaune en Chine 3,600,000, et le M ississipi filus encore. Cependant l'hydrographe italien, Manfredi, a calculé que si l'on répartissaitle sédiment de toutes les ri- .vières du globe sur le lit de l'Océan, il faudrait mille années pour l'exhausser d'un pied. D'après ce même calcul, 3,960,000 années suffiraient à peine pour l'élever d'une

i Journal de Baltimore,

GiûGRAPflie. 497

haoteur égale à Tépaisseur des coaches fossilifères, c'està-dire de sept milles et d^mi, abstraction laite di) creusement des côtes par la mer. Mais si au lieu du lit de TOcéan, il s agissait du globe entier, la durée de l'opératiou serait presque quadruple, en admettant même, ce qui n'est pas, que les dépôts d'alluvions soient uniformes sous le double rapport du temps et de l'espace. »

-^ c II n'est guère possible d'évaluer la quantité do glace contenue dans les Alpes j on dit néanmoins qu'indépendamment des glaciers des Grisons, il existe dans la cbatne alpestre i,300 milles carrés de glace de quatre^ vingts à six cents pieds de profondeur, Gertainsglacierssçnt statiomiaires depuis un temps immémorial ; d'autres occupent aujourd'hui des terrains où l'on récoltait autrefois du blé, ou qui étaient couverts de forêts... Dans les Alpes, les glaciers se meuvent a raison de douze à vingt-cinq pieds par an, et, comme pour les rivières, le mouvement est plus rapide au centre,.... Par l'étude des moraines et des stries ^ que leur passage a laissées sur les rochers, M. Agassiz a acquis la certitude que la vallée de Ghamouny fat occupée jadis par un glacier qui s'était mû vers le col de Balme. Une moraine située à 3,000 pieds au-dessus du Rhône, à Saint-Maurice, montre qu'à une époque reculée, la Suisse était couverte de glaciers à une hauteur de 3,155 pieds au «dessus du lac de Genève 3. >

— Le sable acquiert parfois au désert un tel degré de finesse de grain et de mobilité que le baron Wrede y enfonça une sonde à la profondeur de 360 pieds sans atteindre le fond.

< Les Moraines sont des bloci erratiquet eniraXnéB par le mouvement des glaciers. Les Iries sont les sillons immenses qa'its se sont tracés au passasse.

> Phygical geography, par mi!%.lress Somerrille, p. 5I-39L'

— (( La vaîlée du Jourdain est l'exemple le plusfrappant de raffaisscment de la terre au-dessous de la surface générale du globe. Le creux qui s'étend du golfe d*Accabah, sur la mer Rouge, à la bifurcation du Liban, est de 6^8 pieds plus bas que le niveau de la Méditerranée dans la mer de Galilée ; les eaux croupissantes de la mer Morte offrent un affaissement de 1,230 pieds. Cette particularilé de la vallée du Jourdain n*a\ait point échappé aux Romains, qui lui donnèrent le nom de Cœlé -Syrie ou Syrie creuse. Les petits lacs amers de Tislhme de Suez sont des cavités de même nature, ainsi que les lacs de nalron dans le désert de Libve, au sud du Delta du Nil *. »

L*aspect du sol de la Grèce n'est évidemment plus ce qu'il était dans l'antiquité ; sans avoir changé de position les rivières et les montagnes ont subi des modifications sensibles. Ainsi, pour ne parler que des rivières, le Céphise n'est plus qu'un ruisseau qui ne suffit pas même à arroger les jardins de la plaine de l'Attique, cependant il fut un temps où il était assez profond pour opposer une barrière à l'invasion de Xerxès. L'armée perse, ne pouvant le traverser, fut obligée de camper sur ses bords. L'Ilissu? est tout à fait à sec, et jadis ses eaux avaient douze à qua torze pieds de profondeur. Voyez les arcs-boutants du pont superbe qui rattachait le bord athénien du fleuve au Stadium encore existant. L'arche avait cinquante pieds de diamètre. A Sparte, on voit encore, à travers les pierres qui forment les quais de l'Eurotas, les anneaux de fer dont on se servait autrefois pour amarrer les galères. L'eau de celte rivière atteint à peine un homme aux genoux 2.

1 Phyiical geography, par Mislress SomerTille, p. 107, 109. ^ Aalrefoisauconlraire,rEurotas avait plusds profondeurque desupeiQcie. Les Grecs modernes l'appellent Vlri jusqu'à sa jonc-

GÉOGBÂPHIË. i89

Enfin l'Inachus, qui était navigable jusqu*à Argos, u*eat plus qu'un lit de torrent desséc Lé, excepté pendant la saison pluviale'.

Les révolutions volcaniques dont TAsie Mineure a été récemment le théâtre ont eu pour effet de miner en divers endroits la surface du sol . Un grand nombre de rivières ou de ruisseaux disparaissent subitement dans des canaux souterrains, et vont reparaître aune distance de plusieuis milles. Quelques lacs présentent des phénomènes encore plus frappants. Nul cours d'eau visible ne se jette dans le lac d'Egirdir, et il en sort une rivière abondante. Le IdC Soghla est encore plus extraordinaire, à certaines époques, les eaux qui le forment s'échappent tout à coup par les fentes des rochers et laissent son lit à sec,

« Il se vide, dit M. Hamilton, tous les dix ou toys le quinze ans, et son lit reste à sec pendant quatre, cinq oi» six ans; les eaux s'échappent par diverses fentes des rochers qui ne se trouvent pas dans le lit du lac, mais près de Boghaz ; quand le lit du lac est tout à fait sec, on y sème du blé et on y récolte d'abondantes moissons... Le lac de Soghla est al'mienté par une rivière qui sort du lac de Bay Sheher. Quand il se vide, cette rivière coule le long de sa rive occidentale, au pied des montagnes, et elle va se perdre dans les fentes des rochers où ont déjà disparu les eaux du lac. Après un certain temps, ces ouvertures se bouchent peu à peu ; les eaux, n'y trouvant plus une issue suffisante, inondent d'abord la plaine ; puis lorsquelles ont atteint une certaine hauteur dans le Sogla Ghieul, elles disparaissent dans le ravin situé entre Eski

lion aveclaTiasc, il prend ensuite le nom de VasUlpoiamo».!! peut avoir devant Sparte la larfear «e la Mirna au-deiatta de Charenton.

i Slrong, pag. 1C7, 409.

m CURIOSITÉS PHILOLOGIQUES, ETC.

Serai et Kara Euran, et se perdent dans la plaine de Koniyeh. C*est sans doute un phénomène fort curieux et très-intéressant, qui explique d'ailleurs les contradictions apparentes de plusieurs écrivains au sujet de la largeur et de la longueur du lac, et des diverses localités qui ont élc placées sur le Palus Trogîtes, dont le lac Soghla est incontestablement le représentant moderne, i

Mais un phénomène encore plus extraordinaire, c'est celui qu'offre un ruisseau de la Céphalonie, qui, à Topposé de tous les autres cours d'eau, sort de la mer au lieu de s'y jeter.

«f Après avoir coulé par un court espace dans une espèce de canal, il disparaît sous des débris de rochers. Il se trouve situé à Fextrémité septentrionale de la langue de terre qui forme la côte orientale du havre d*Argastoli ; jamais il n*a diminué do volume, ni cessé de couler, et il n*est pas encore parvenu à remplir la cavité souterraine dans laquelle il se perd. Un propriétaire de Ttle a vainement fait pratiquer une large ouverture dan< ces rochers, afin de suivre son cours mystérieux ; après être arrivé à une profondeur de trois mètres, il découvrit que les eaux s'engouffraient dans des fentes naturelles à trois ou quatre mètres au-dessous de la surface de la mer, dont elles n'étaient séparées que par une étroite muraille de pierre *. » L'existence de ce phénomène a donné lieu à la construction d*un moulin placé près du gouffre, sur les bords de la mer, dont Teau, après avoir mis la machine en mouvement) se- jette dans le gouffre et y disparaît. M. Condoguris, natif de Céphalonie, a donné en 1838, connaissance de tous ces faits à l'Académie des sciences.

. . •» Découverte par Christophe Colomb, à son secofid

* EdîHbHrgh Berieui Rerue bHianniqtt/>, ftorembre tailla

voyage, le 3 mai 1494, au matin, la Jamaïque était devenue iMir la suite le rendez-vous de tous les pirates du Nouveau-Monde, et le dépôt de leurs rapines, lorsque le 7 juin 16dî, à midi, tandis que la population de Port- Royal admirait le butin dont les boucaniers avaient encombré le rivage, voilà que les montagnes voisines poussent un affreux mugissement, et que la mer, comme irritée de tout ce brigandage, inonde les quais de vingt pieds d'eau. 'Comme d'mtelligence avec elle, à. ce signal, la terre ouvre ses flancs et engloutit avec les édifices de cette ville opulente, trois mille de ses tiabitants, ne hiis-r sant debout que le fort et 3eux cents maisons, ffàm une frégate, le Swan, qui, entraînée par Tinondatlon, navigua avec de grands dangers au-dessus de toutes ces ruines, le nombre des victimes eût été bien autrement cof^idérable.

Port-Royal, au reste, ne fut pas seul à éph^uW les effets de ce tt^emblement de terre; l'île entière téssènlit une .secousse tellement violente, que le cours des rivières, la forme des montagnes et des vallées en furent rèmar* quablement modifiés. Quand la mer est calme et limpide, on distingue .encore à présent au fond de ses eaux, des ruines qui, mieux que tous les récits, donnent une idée de la gravité de ce désastre.

La ville de Kingston, aujourd'hui la plus considérable, fut bâtie l'année suivante pour servir de refuge aux habitants sans asile et au commerce ruiné de Port-Royah .Ello a été érigée en cité en 1803,

,— La Barbarie abonde en mines de sel ; ses lacs et ses sourCvS sont salés, ce qui porte à croire que le désert du Sahara était jadis le bassin d'une grande mer intérieure qui donnait dans la Méditerranée, au golfe de SyctisL ■

— Au nombre des pbénomèBes bizarres qui ménleat une

in CURIOSITÉS PHILOLOGIQUES, ETC.

place dans ce recueil, nous ne pouvons omettre ces excrob^sances subites et éphémères qui apparaissent à la surface du globe .

La. petite tle de Gounong-Api, dans la mer Pacifique, contient un volcan d'une activité extrême, et la pression de bas en haut du feu sous-marin est tellement forte dans cette partie de V'Océan^ qu'une masse de basalte noir, assez cons dérable pour combler une baie de 260 pieds de profondeur, fut soulevée en une nuit, et si paisiblement que les habitants de la côte ne surent ce qui se pas^Lt que lorsque Teffet fut à peu près produit*.

Au commencement du xi.^ siècle, on vit sortir de la même mer deux Iles nouvelles, l'une de cinq milles de cii^^pférence, Tautre de 3,000 pieds de hauteur, dans une partie si profonde de l'Océan, qu'on n'en put attein- ^re le fond avec une sonde de 1,200 pieds. De l'autre c6lé de la mer Pacifique, la chaîne entière des Andes et les îles adjacentes de Juan Fernandez et des Galopades offrent une vas^e surface volcanique dont l'exhaussement continue.

Par opposition à ce mouvement de soulèvement il faut remarquer celui d'abaissement graduel qui s'opère dans une partie' du Groenland. Observé en 4 777 par Aretander, il a été étudié de nouveau et trouvé plus sensible par le docteur Pingel2.

Pebgbment de l^isthue de Panama. — Dès l'année 1S20, Fernand Cortez, selon M. de Humbold, proposait à Cliarlcs-Quint de couper l'isthme qui sépare les deux Océans et indiquait le détroit de Téhuanlépec comme le

i fkfftieatgéography.

« y. i^oeiéU geoloj, de Lonâret, 7 novembre iSS^.

GÉOGRAPHIE. <9ô

secret du détroit. On voit que celte idée date de oin. Dieu sait si jamais elle se réalisera !

On a souvent agité cette grave question depuis 1 ors, et Ton a reconnu que la communication d'une mer à Tautre peut s'établir plus particulièrement sur les cinq points suivants, en allant du nord au sud : l'isthme de Téhuantépec, l'isthme de Nicaragua, l'isthme de Panama, l'isthme de Darien et le canal de laRaspadura. Ce projet a éveillé la sollicitude des Etats-Unis. En 1855, le président Jackson a envoyé le colonel Biddle étudier la question sur place; mais il paraît probable que le colonel en sera pour srs études, non pas seulement à cause de la difficulté de dépenser deux cents millions sur un terrain qui appartient à autrui, mais parce qu'il est sorti, de cette difficulté même, un autre projet plus aisé à exécuter et plus favorable au développement du la puissance américaine.

Il s'agit d'un chemin de fer qui partirait du lac Michigan, et s'étendrait, en suivant à peu près la quarante* deuxième parallèle, jusqu'à l'océan Pacifique; ou dont le point de départ, selon d'autres, serait un endroit plus au sud sur le Mississipi, tel que Memphis, et aboutirait à Monterey ou, à San-Francisco, sur la côle de la Californie.

Du port de mer servant de point d'arrivée au chemin de fer, rayonnera presque tout le commerce de l'océan Pacifique. De là, effectivement, on sera à environ quinze cents lieues des ports de l'empire chinois. Un officier distingué de la marine des Etats Unis, M. Mauny, a dressé le tableau comparatif suivant, des distances des principaux points du grand Océan aux ports de la Californie, et do l'autre à ceux de l'Angleterre.

i94 CURIOSITÉS PHILOLOGIQUES, ETC.

Tableau de$ distances par mer.

Eq Angleterre, £a Californie.

Pu golfe Persique millts ii .300 i0.400

PeBombay — H. 500 9.800

— Calcutta — 12.200 9.300

— Singapore — M.50Q . 7.400

•-.Canton — iS.TOO 6.100

— Chang-Hai ^ 14.400 5.400

^ Peddû — 15.100 4.500

^ la Nouvelle-Guinée... — 44,000 6.000 ^— la pointe nord ouest de

la Nouvelle-Hollande... — 11.800 7.800

*- — nord-est — 13.500 6.90O

^ la Nouvelle-Zélande... — 13*500 5.600

Ainsi on ira, au moyen de bateaux à vapeur, en quelques jours de navigation aux lies Sandwich et à la plupart des archipels du grand Océan, en quelques semaines à la Chine et dans llnde. Et à l'autre extrémité du chemin, on sera sur Tocéan Atlantique, à quelques semaines à peine de navigation do l'Europe et de TAfrique.

D'après des calculs rigoureux, on ira de Canton à San- Francisco en quinze jours; en cinq jours on traversera le continent américain, c'est-à-dire que le voyage de Canton à New-York se fera en vingt jours et celui de Canton à Londres en trente-deux. C'est à peu près la moitié du temps que met actuellement la malle par la Méditerranée et l'isthme de Suez ^.

Géographie politique. — En 983, une colonie danoise se forma sur la côte orientale du Groenland Elle se composait au xiv^ siècle de douze paroisses, cent quatre-vingt-dix villages et deux cou vents. Ma s en 1406, le dix-sepllème évê-

i J. M. (American Papert, 1S48).

que qui s y rendit trouva la côte fermée par la glace et inaccessible. Depuis cette époque il ne paraît pas que la colonie ait eu aucun rapport avec le reste du monde, quoiqu'on ait fait beaucoup de tentatives pour arriver jusqu'à elle.

En 18^3, près du cap Nord, dans le lieu le plus sauvage et le plus affreux de l'univers, vivait parfaitement content de £on sort un négociant avec une femme et des enfants fort bien élevés. Ils demeuraient dans l'Ile de Mageroe, habitée par des Lapons, des rennes et des renards, lesquels— nous parlons des renards — étaient remarquables par leur intelligence.

Laissant aux Anglais leurs tyranniques maisons de tra« vail pour les pauvres, les Hollandais ont adopté le système chinois, et ont fondé une colonie de familles indigentes. Sept acres de terre sont alloués à chacune, et 8,828 francs sont dépensés en maison et frais d'établisse* ment. Cette colonie est administrée dans un esprit libéral) et chaque famille, après avoir pourvu à sa subsistance, a encore de 200 à 250 francs de profit par année.

— Staten /«fan(iî,dans les Etats-Unis, a dix-huit milles de longueur sur sept de largeur. Cette charmante tle, dont l'air est très-sain, et qui s'élève si gracieusement sur les eaux, fut vendue en 1657 aux colon3 hollandais par les Indiens) pour dix chemises, trente paires de bas, dix fusils, trente lingots de plomb à faire des balles, trente livres de poudre^ douie vestes, trente chaudières, trente haches, vingt pioches et une boite de couteaux et d'alênes*

Si cette colonie ne coûta pas cher aux Hollandaisj en voici une autre que les Anglais achetèrent pour quelques tonneaux de rhum»

En 4808, époque à laquelle l'Espagne ne pouvait riell refuser à ses alliés les Anglais, ceux-ci obtinrent le droit flo bâtir quelques cabanes sur la rivière Balize et de coU-

1% CUUIOSITÉS PHILOLOGIQUES, ETC.

per des bois de teinture dans les forêts de Yucatan. Cette concession n'était que pour vingt ans.

En 1828, l'Angleterre, sommée d'évacuer le poste qu'elle occupait, refuse d'exécuter la convention.

Peu de temps après, le gouvernement britannique s'empara contre tout droit de l'île de Routan, en avant du golfe de Honduras, lie dépendante de Guatemala.

Ce n'est pastout. L'Angleterre convoitait la possession de la côte de Honduras. Les officiers d'un bâtiment de guerre y descendirent et débarquèrent avec eux plusieurs tonnes de rhum. A grand renfort de toasts, ils firent faire à un pauvre chef de sauvages indiens de la tribu des Mosquitos un testament par lequel ce roi léguait en toute souveraineté ses prétendus Etats à la reine d'Angleterre.

Cette invention burlesque eut un plein succès.

Le testateur est mort en 1841, et les Anglais ont pris possession de leur héritage au milieu de l'ivresse de leurs nouveaux sujets. Le marché s'exécuta comme il avait élé. conclu entre deux tonneaux de rhum ^

Amérique du Nord. — La variété des langues parlée*^ sur le versant occidental des Montagnes Rocheuses est presque infinie, car on rencontre à peine deux tribus qui se comprennent parfaitement. Toutes ces langues ont pourtant un caractère commun; elles sont très-gutturalei»; et en fait, les phrases paraissent souvent n'être qu'un assemblage méthodique de grognements et de croasse ments 2 -. les mœurs répondent au langage.

— Les sauvages qui peuplent le bassin de la Colombia,ét ceux des autres fleuves qui descendent du versant occidental des Montagnes Rocheuses, sont beaucoup plus in^

* Het'ue britannique /janvier 1843.

i Blackwood's Edinburgh Siayaxme, I8i7.

sociables el plus cruels que les habitants des bassins orientaux, et la tribu des Ballabollas l'emporte à cet égard sur toutes les autres tribus, comme aussi sa soumission aux volontés de ses chefs nous semble de nature à décourager l'émulation du plus fanatique partisan de la royauté dans cette Europe abâtardie par la civilisation.

f Les chefs, dit sir George Simpson*, ont un pouvoir immense.; ils forcent leurs sujets à exécuter leurs ordres, si abominables qu'ils soient, et à supporter les plus atroces douleurs, la mort même, sans autre motif que la satisfaction de leurs féroces caprices. Dernièrement, le chef actuel, qui se senttiit dangereusement malade, ordonna de fusiller. un de ses sujets, et ce remède héroïque lui rendit sur-le-champ, à ce qu'il prétendit, la santé et les forces qu'il avait perdues. D'autres fois^ ils appellent la religion à leur aide, et commettent, sous prétexte de démence, lès plus horribles cruautés. Ils vont dans les bois, broutant l'herbe comme Nabuchodonosor, ou ils rôdenl çà et là^ rongeant quelque membre d'homnye mort. Puis, cédant à l'entraînement de leurs caprices, ils se ruenl au milieu de leurs sujets, enlevant à belles dents des bouchées de chair des bras et des jambes de ceux qu'ils rencontrent et les avalent gloutonnement. Les infortunées victimes ne font jamais de résistance ; seulement, dès qu'un Ballabolla aperçoit son souverain, il prend ses jambes à son cou, de peur d'être mangé tout vivant. Un de ces cannibales couronnés se donnait récemment cette auguste distraction à la porte du fort; il venait d'enlever d'un coup de dent un large beefsteak du bras d'un de ses sujets; et le pauvre diable

» Narrative of an Overland Joumey round the World by $ir Gtorge Simpttm, governor inchiefoflhe Hudson's bay Company' t territoires in North America.

eut l'irrévérence de ne 'pas retenir un cri perçant que lui arracha la souffrance. A ce cri, le chien de M. Ross, sans respect pour les droits de la royauté ballaboUienne, prit hautement le parti de la victime, et happant le chef à la jambe, comme pour le punir de sa stupide barbarie et mettre fin à cet infâme divertissement royal, il ne lâcha prise que sur Tordre de sen maître. Néron, c'était le nom, de cet honnête chien, ne fut pas tué par les BaUaboUas, comme Tavait craint M. Ross ; loin de lui en garder ran-> cune, ils conçurent pour lui une profonde vénération, car ils se dirent qu'il avait éprouvé le même besoin et cédé à la même inspiration que leur chef.

Californie, — Nous trouvons dans le même voyage, les détails suivants qui, curieux pour eux-mêmes en tons temps, le deviennent encore plus aujourd'hui, que tout ce qui concerne la Californie excite un intérêt si vif et si général.

f La fertilité de la Californie est sans bornes ; elle produit tout ce qu*il est possible de désirer. La vallée deZulares, par exemple, pourrait, à elle seule, nourrir plusieurs millions d'habitants. Ses lacs et ses fleuves sont remplis des meilleurs poissons. Toutes les espèces d'arbres connues croissent dans ses forêts, et certains arbres y atteignent des proportions telles, que l'esprit se refuse à en croire les témoignages les plus irrécusables. L uti d'eur entre autres , avait cent dix-huit pieds de circonférence, lorsque Humboldt le mesura ; et cependant , comparé à celui dont le gouverneur de la Nouvelle-Arçtiangel, M. Etholine , a parlé à sir George Simpson lorS de sofl séjour à Sitka, ce bel arbre n'était qu'une simple badine d'amateur. D'après les vérifications faites par M. Etholitie lui-même, cet arbre vraiment phénoménal avait deui cent rinqtiaiito deux pieds de circonférence et soixafifc-quinze

pieds de hauteur, de telle sorte que, s'il eût été taillé en cône, il aurait contenu environ -vingt-deux mille tonneaux de bois et d'écorce. En outre, cette vallée renferme d'immenses troupeaux de chevaux sauvages, qui errent par bandes de plusieurs milliers, i

Iles FaJkland — La chambre des Communes d'Angleterre a fait imprimer une suite de documents sur les îles Falkland, auxquels nous empruntons les renseignemenls

suivants.

' Le groupe des îlei Falkland, ou îles Maloumes, se compose de deux îles principales , l'île Falkland (JVest Falkland) et nie Soledad (Easl Falkland), et d'environ doux cents autres petites îles semées tout autour.

Améric Yespuce vit le premier les îles Falkland, en 450^ Le capitaine anglais Davis et sir Richard lïawkins y abordèrent, l'un en ir>9i2 , l'autre deux ans après. En 1689, Vamiral anglais Strong s'engagea dans le détroit qui sépare les deux îles principales , et lui donna le nom de son protecteur, lord Falkland, nom qui passa bientôt à tout Tarchipel. Durant la guerre de la succession d'Espagne de i701 à 4707, des navires français de Saint- Malo nommèrent les mômes îles, îles Malouines, Le nom d'îles de r Assomption leur fut donné vers 1708, par d'autres navigateurs de Saint-Malo; ftiais il fut bientôt oublié. En janvier 1765, le commodore Byron prit possession des îles Falkland au nom de George IlL

Les Français" furent les premiers à s'établir aux îles Malouines. Dès 1764, Bougainville avait formé sur l'île Soledad la colonie de Port-Louis, qui , trois ans après, fut vendue à l'Espagne pour la somme de 600,000 livres. Peu de temps après, la Grande-Bretagne, qui elle-môme avait fondé, en 1766, l'établissement de Fort-George sur l'île Falkiand.alors nommée Haickins Matden-Land, re-

clama de l'Espagne la souveraineté exclusive des îles Falkland, alléguant qu'elles avaient été découvertes par des Anglais. Il s'ensuivit une rupture avec l'Espagne, qui détruisit en 1770 la petite colonie de Fort-George , mais qui, après bien des débats, finit par admettre les réclamations de la Grande-Bretagne.

C'est en 1840 qu'ont été jetés les premiers fondements du nouvel établissement que l'Angleterre a formé aux ïlesFalkland. C'est surtout comme point de relâche et de ravitaillement, que l'Angleterre en paraît apprécier l'utilité.

Chine. — La suriace de la Chine proprement dite est d'environ 4,298,000 milles carrés, ce qui représente les trois cinquièmes de l'empire de Russie, ou les deux cinquièmes de l'Australie. Sa population actuelle est de 367,000.000 d'individus, et c'est ce chiffre qui nous paraît incompréhensible. Cependant, si on le compare avec l'espace occupé, il n'est pas aussi énorme qu'il le semble au premier abord. C'est à peu près deux acres et un tiers de terrain par individu, — un peu plus que la moyenne en Angleterre et dans le pays de Galles, qui est d'environ deux acres par personne. Il est vrai que, dans quelques provinces de l'empire , les états de population donnent une moyenne de plus de 700 individus ^lar mille carré ; mais, d'après le dernier recensement, le comté de Lancaster comptait environ 800 individus par mille carré, pour ne pas parler du Middlesex, qui donne une moyenne de 5,000, ni du Surrey, qui en a 700 par raille carre. Il est à remarquer aussi que ces parties populeuses de la Chine sont sur les côtes, que les Européens ont pu y pénétrer, et qu'il est constant qu'elles sont très-fertiles et abondamment pourvues de toutes les ressources nécessaires pour nourrir leur population.

GÉOGRAPHIE. iOi

Les états chinois des terres sujettes à l'impôt et livrées à la culture du riz donnent près d'un demi-acre de ces terres par individu ; et l'on assure que, dans les provinces méridionales et bien arrosées, il n'est pas rare du tout de faire, dans une année et sur un même champ, deux récoltes de riz, une de blé et une de légumes. Or, toute la surface arable de l'Angleterre et du pays de Galles n'excède pas 10,500,000 acres, ce qui donne un peu plus d'un demi-acre par tête ; et l'Angleterre a en outre à nourrir environ i, 800, 000 têtes de bétail et de chevaux et 8,000,000 de moutons et de porcs. Les Chinois ont peu de chevaux, ce sont des hommes qui font chez eux la plupart des travaux de fatigue ; ils ont peu de bétail , ils font servir leurs chiens mêmes à leur nourriture , et ne donnent à leurs porcs que les rebuts qui ne peuvent être appliqués plus directement à l'alimentation des hommes. 11 estr souvent d'une grande importance de bien tenir compte de la géographie dans l'appréciation, nous ne disons pas i^eulement des faits, mais des caractères historiques. En voici un exemple dont la forme légère ne diminue en rien l'autorité, et dont on ne peut pas dire que la rime y nuise à la raison ; car rarement une raillerie plus fine a été mise au service d'une idée plus juste. Il est presque inutile d'ajouter qu'il s'agit de Voltaire.

J'entends ici des pédants à rabats.

Tristes censeurs des plaisirs qu'ils n'ont pas^ Qui, me citant Denys d'Halicarnasse, Dion, Plutarque, et même un peu d'Horace, Vont criaillant qu'un certain Curius, Cincinnatus, et des consuls en t/s.

Bêchaient la terre au milieu des alarmes , Qu'ils maniaient la charrue et les armes ;

m CURIOSITÉS PHILOLOGIQUES, ETC.

Et que les blés tenaient à grand honneur D'êtres semés par la main d'un vainqueur. C'est fort bien dit ; mes maîtres, je veux croire Des vieux Romains la chimérique histoire.

Mais, dites-moi, si les Dieux par hasard Faisaient combattre Auteuil et Vaugirard, Faudrait-il pas, au retour de la guerre, Que le vainqueur vint labouter sa terre ?

L'auguste Rome, avec tout son orgueil, Rome jadis était ce qu'est Auteuil.

Quand ces enfants de Mars et de Sylvie, Pour quelque pré signalant leur furie.

De leur village allaient au champ de Mars, Ils arboraient du foin pour étendards.

Leur Jupiter, au temps du bon roi Tulle, Etait de bois ; il fut d'or sous LucuUe.

N'allez donc pas, avec simplicité.

Nommer vertu ce qui fut pauvreté.

PruM6.-.Le(îfand.Is^/oci(J«/sFrédéric-Guillaume,s'était assuré en 1660, par le traité d'Oliva, la souveraineté de la Prusse. Il avait deux millions de sujets, une armée de vinct-septmille hommes et un revenu de 1,533,795 ecus: Frédéric 1er se couronna lui-môme roi de Prusse en 1704, et ajouta à son royaume les comtés de Mecklembourg et Hohenstein et la principauté de Neufchâtel.

Son successeur Frédéric-Guillaume 1er rendit la Prusse maltresse d'une des embouchures de l'Oder , et ouvrit a 30D commerce la mer Baltique en acquérant en 1720, pour deux millions, la Poraéranie intérieure jusquaux bords de la Péene, ainsi que la forteresse de Stetin , et les îles d'Usedom et de Wollin. Il laissa en mourant deux millions quatre cent mille sujets, une armée de soixante-

GÉOGKAPIIIE, 203

seize mille hommes et un revenu de 30,000.0O«) de livres tournois,

Frédéric II acquit par les armes la Silésie , dont la population, qui était de onze à douze cent mille hommes, monta sous son règne à deux millions soixante-cinq mille et pacifiquement l'Ost-Frise, la Prusse occidentale et le district de Netze. Ses Etats à sa mort comptaient dix mille lieues carrées, cinq millions huit cent trente mille sujets ; son revenu était de 120,000,000 de livres tournois, ot son armée de deux cent seize mille hommes.

Les second et troisième démembrements de la Pologne agrandirent la Prusse de deux provinces, qui furent ai>pelées Prusse méridionale et Prusse orientale nouvelle. C'étaient environ deux millions trois cent mille âmes de plus. Les principautés d*Anspach et de Bayreuth , dont il hérita, valurent à Frédéric-Guillaume II quatre cent vingt mille hommes do plus.

Frédéric-Guillaume llï, en échange du duché de Clèves et de ses dépendances, obtint les évôchés de Paderborn, de Hildesheim, de Munster (en partie) les territoires d'Erfort et d'EisfeldjSix abbayes, trois petites villes impériales; c* est-à-dire 609 lieues carrées au lieu de 131, cinq cent treize mille habitants au lieu de cent-trente-trois mille.

En 1Â05, la mona^chie prussienne comprenait 15,516 lieues carrées, et une population de 9,640,000 âmes.

L'extrait suivant est tiré d'un article qui a paru dans la Revue Britannique, du mois d'avril 1847, sous le titre de Statistique de /a Prusse, Ces sortes de résumés^ qui sont le produit d'une foule de longues et laborieuses recherches, renferment des renseignements à la fois curieux et utiles, et en reproduisant celui-ci, nous avons l'espoir d'épargner beaucoup de temps cl do peine à plus d'un de nos lecteurs.

f La Prusse est partagée en deux par des territoires étrangers. La partie orientale , où la capitale est située, comprend les quatre cinquièmes de toute la superficie du royaume. L'autre cinquième forme la partie occidentale. La première de ces deux grandes divisioas a une étendue de frontières de 2,300 milles, dont 1,890 milles sont une frontière de terre , le reste une frontière maritime. Au nord, à l'est; au sud, ces frontières sont bien dessinées. C'est, au nord, la Baltique pour 408 milles ; à l'orient , le territoire russe pour environ 704 milles, et la république de Cracovie, aujourd'hui incorporée à l'Autriche . pour i^ milles environ ; au sud, l'Autriche pour 333 milles et la Saxe pour 140. La frontière occidentale, au contraire, longue de 706 milles, est extrêmement irrégulière el compliquée. Elle sépare la Prusse d'un grand nombre de petits Etats de la confédération germanique, dont plusieurs sont enclavés et quelques-uns complètement enveloppés dans le territoire prussien. Réciproquement certaines parties de ce territoire sont isolées de la masse et entourées par les petits Etats voisins. Les frontières de la division occidentale ont une étendue d'environ 1 ,044 milles, dont 91 seulement longent des territoires non Germaniques, 3G la Belgique et 63 la France. La frontière occidentale de cette deuxième grande division de la Prusse a une étendue de 279 milles, et pour confins le Luxembourg et le Limbourg ; la frontière septentrionale (<76 milles), le royaume de Hanovre ; la frontière méridionale (160 milles), la Bavière , la Hesse et une portion détachée du duché d'Oldenbourg ; la frontière orientale, enfin, qui n'est pas moins embrouillée que la frontière occidentale de l'autre division, et dont l'étendue est de 338 milles, ne confine pas avec moins de huit Etats de la Confédération germanique. Le plus court chemin, en droite ligne, entre les deux portions disjointes de

GÉOGRAPHIE. ii):\

a Prusse, est d'environ 30 milles. Les territoires étrangers qui les séparent sont principalement le Hanovre, le duclié de Brunswick, la Hesse électorale et les principautés de Lippe. Avec une superficie de 78,7SO milles carrés, la Prusse a 3^344 milles de frontières. Mais sur les 13/iO de cette étendue, elle touche à des États qui font partie comme elle de la Confédération germanique ; sur 4/20, elle a la Russie pour voisine ; sur i/40, la France et la Belgique ; le reste est une côte maritime.

80 sur iOO des habitants de la Prusse sont Allemands ; mais non pas de pure descendance germanique, car la population fi été fortement croisée ])ar la race française dans les provinces occidentales; et les provinces orientales ellesmêmes ont été colonisées à diverses époques par. des masses d'émigrants hollandais et français. Toutefois, les descendants de ces colons sont complètement germanisés. A la fm de 4843, la population totale- du royaume était évaluée à 15,750,000 âmes. Les trois millions et demi d'habitants qui n*appartiennent pas à la race germanique , sont les Slaves résidant en Prusse , en Poméranie , dans la pro- ^ vince de Posen et en Silésie ; environ 75,000 âmes , près de la France et de la Belgique, qui parlent un patois français ; un petit nombre de juifs et de Bohémiens. Dans le duché de Posen, les deux tiers de la population sont slaves. Les Slaves de cette province seulement forment 4/iK de la population totale du royaume, et les Slaves de toutes les provinces 1/15 environ. En 1840, la densité moyenne de la population en Prusse était de 180,000 habitants par mille carré ; en Poméranie^ environ H9; dans la pro. vince Rliénane, 345; dans le Brandebourg, 165. Sur les 1,857,000 habitants du Brandeboug, le gouvernement de Potsdam, dans lequel est situé Berlin, en contient seul 1,087,-200.

Les H,907,091 habitants de la Prusse, en 4840,se tWvisaient ainsi sous le rapport des cultes :

Protestants 9,084,481

Catholiques romains 5,6! 3,556

Membres de Tôglise grecque i ,957

Memnonites M,474

Juifs 194,323

Sans compter les Bohémiens.

AuMte.— - La Russie était si peu connue en 1553 que des vaisseaux anglais découvrirent le port d'Archangel. Mais notre siècle peut-il rire de l'ignorance du seizième^ quand nous voyons un voyageur moderne, un Écossais, prétendre quo les paysans russes sont de telles brutes, qu^il les battait souvent, pour s'assurer quils étaient animés.

Si la moitié du sol russe était productive , et Gochrane la roprteente telle , elle pourrait nourrir dix fois autant d'hommes qu'en contient la terre.

La part de la Russie dans le partage de la Pologne a été de 230,000 milles carrés. Avant ce partage, la population de la Pologne était de 4,088,109 Âmes, dont 3,471,283 catholiques, et 584,363 juifs. II. y avait 3,369 prêtres, 4,783 moines et 354 religieuses ; 63 synagogues; 3 mosquées et 43 chapelles protestantes.

Il résulte d'un rapport du ministre de l'intérieur en Russie, que la totalité des sujets russes appartenant aux confessions étrangères s'élevait en 1849 à 8,785,749 individus des deux sexes; 4,911,459 individus appartenant aux cultes chrétiens, et les 3,874,360 restant étaient mahométans, Israélites ou idolâtres Le nombre des catholiques romains était de 3,760,764, avec 3,364 églises ;' celui des catholiques arméniens de 30,000, avec 44 égli-

GÉOGRAPHIE. i*1

ses; celui des Arméniens grégoriens de oB4,631, avec 4,017 églises ou chapelles. Le culte protestant comptait 4,752,299 individus avec 900 églises. Le nombre des Mabométans était de 9,286,983, et celui de leurs mosquées de 6,084. Le culte de Lama comptait 346,209 adeptes et 293 maisons de prières, et le nombre des autres idolâtres était de 4^,343.

En général, les peuples ne changent pas continuelle" ment de capitale. On ne pourrait guère citer que les Bus« ses qui soient dans ce cas. Ils en sont à leur cinquième 4 Ils ont eu :

k^ No^gorod^yéliki, ou Novgorod*la-Oraflde , située entre Pétersbourg et Moscou, à 37 lieues de Fune et à M9 de lautrc, et dont la population s'éleva à 400,000 habi-» tants ; ce1Ie«là même, dont on disait : Qui peut résister à Dieu et à Novgorod la Grande ;

2^ Kiev, située dans la Russie méridionale aux bords du Dnieper, ville dont la richesse était telle que les Grecs l'appelaient la Capoue du nord, et que l'incendie de 1424 y détruisit, dit-on, 600 églises. Comme Constantin nople, elle avait une porte d'or.

30 Vladimir, pauvre ville de 3,000 âmes aujourd'hui, située à 40 lieues à l'est de Moscou , qui enleva à Kiey^ au douzième siècle^ son titre de métropole pour se le voir ar • racher à son tour, 470 ans après ;

Â^ Moscou, qui succéda à Vladimir et dont nous ne parlerons pas comme étant trop connue ;

50 PétBrsbourg , où la politique de Pierre le Grand transporta le siège de l'empire et dont nous ne dirons rien par la même raison.

On a dit que le Turc avait l'air de n'être que campé en Europe : ne pourrait-K)n pas dire aussi justement que le Russe a l'air de n'être que campé en Russie? Ne rcssem-

iOH CUlllOSlTÉS PHILOLOGIQUES, ETC.

ble-t-il pas H ces gens d'humeur inquiète qui changent sans cesse d'appartement ? Et malgré tout le faste qu'il y étale, ne parait-il pas déjà dégoûté du dernier qu'il a choisi, et n'était-il pas tout disposé à déménager une sixième fois, si la France et l'Angleterre eussent bien voulu le lui permettre? Au fait, ses logements ont toujours été au nord, il était naturel qu'il en désirât un au midi, et l'Angleterre aurait dû comprendre ce désir, elle qui attache du prix au comfort. Quant aux Turcs, puisqu'ils n'ont pas fait de bail, ils devraient aussi ne pas faire difficulté de déloger. Nous ne croyons pas cependant que nous ayons à inscrire bientôt comme sixième capitale de la Russie, Constantinopie, et ajoutons que nous ne le désirons pas.

Voici maintenant quels ont été les progrès de la population russe depuis Pien e !«•' jusqu'à Alexandre :

A l'avènement de Pien e 1er en 1689 13,006,000

— de Catherine 1762 23,000,000

A la mort de Catherine 1706 33,000,000

— d'Alexandre 18-25 58,000,000

— de Nicolas 1853

Avej une population si mal logée et si mal nourrie que Test la grande majorité du peuple russe, cet accroissement rapide ne saurait être attribué aux mêmes lois naturelles qui agissent sur les contrées tempérées de l'Europe. Le mot de l'énigme est dans les acquisitions de territoire qu'a faites la Russie pendant cette période d'années : ainsi :

Les acquisitions de la Russie sur la Suède, sont plus considérables que ce qui reste de ce royaume.

Les acqu sillons sur la Pologne équivalent pi esqueà tout l'empire d'Autricl c

GÉOGRAPHIE. i09

Les acquisitions sur la Turquie d'Europe, sont plus étendues que tous les États de la Prusse, à l'exclusion des Pro- \inces-Rhénanes.

Les acquisitions sur la Turquie d'Asie égalent pr^squç en étendue l'ensemble des petits États d'Allemagne.

Les acquisitions en Perse égalent en étendue l'Angleterre.

Les acquisitions en Tartarie ne sont pas inférieures à l'espace que couvrent la Turquie d'Europe, la Grèce, l'Italie et l'Espagne.

Les acquisitions que la Russie a faites dans les soixantequatre dernières années égalent en étendue et en importance tout l'empire qu elle avait en Europe il y a soixantequatre ans.

La frontière russe s'est avancée

Vers Berlin, Dresde, Municli, Vienne et

Paris de. . . c 7C0 milles.

Vers Constantinople .' 500

Vers Stockholm 6?0

Vers Téhéran.' 1 ,000 (1) .

De cette contrée, de ce monde, dont on parle tant, passons à un pays dont jusqu'ici on n'a guère parlé.

KoRDOFAM. — Le Kordofan ne figure pas sur les cartes modernes, nous croyons donc que les détails que nous allons extraire d'un article du Foreign Revieio n'en paraîtront que plus intéressants.

Le Kordofan est situé entre le Gennaar et le Darfour, du 12 aul5e degré de latitude. Il a pour ville capitale Lobeid, qui occupe le point central de la province et qu

* Remie britannique^ octobre 1845,

se trouve sous le SQe degré de longitude orientale. Le Kordofan est borné, au nord, par le désert de Dongola, et à l'ouest par le Darfour; au sud il n'a point de limites bien précises; il s'allonge ou se resserre, suivant le nombreplus ou moins grand de tribus nomades qui se décident à payer tribut et à reconnaître l'autorité du vice-roi d'Egypte. Le Bahr-el-Abiad ou Nil-Blanc coupe le Kordofan dans sa partie orientale; mais le fait est que les pâturages qui bordent le cours de ce fleuve sont occupés par des troupeaux du Sennaar, et que les habitants du Kordofan ne cherchent en aucune manière à s'approprier les riches prairies, sur lesquelles ils pourraient cependant avoir des droits, à l'exception de cette portion de territoire que le Nil-Blanc en détache. Cette province forme un tout complet : elle n'est divisée par aucun fleuve, par aucune chaîne de montagnes; elle présente, dans toute son éten^ due, une suite d'oasis qui, pendant la saison pluvieuse, sont cou verte» de la plus riche végétation, mais qui pendant huit mois de l'année, c'est-à-dire pendant la saison des chaleurs et de la sécheresse, offrent l'aspect de la stérilité et de la désolation. Fendant cette dernière période, le thermomètre s'élève quelquefois et à l'ombre jusqu'à 40 degrés Réaumur.

Pendant la saison des pluies, le climat exerce une influence extrêmement pernicieuse, non-seulement pour les étrangers, mais môme pour les indigènes. C'est à peine si on trouve une habitation où les fièvres ne sévissent pas. Aussitôt que la saison sèche commence, les fièvres disparaissent; mais alors le contraste des chaleurs brûlantes du jour et delà froide hupiidité de la nuit cause des maladies qui amènent souvent une mort presque immédiate.

Cette contrée était d'abord tributaire du Sennaar, elle ut conquise par le sultan de Darfour, et sous ces deux do-

minations étrangères les habitants paraissent avoir été relativement heureux. Mais depuis que le Kordofan est tombé sous le joug du pacha d'Egypte, le pays a perdu son air de prospérité, et l'on trouve des villages, des villes entièrement vides et solitaires, les habitants ayant cherché un refuge sur le territoire de Darfour ^,

Pabis. — Dans l'obligation où nous sommes de borner le choix de nos curiosités, il est tout naturel que nous le portions de préférence sur notre pays. N'est-ce pas ce que nous avons le plus besoin de connaître, et souvent ce que nous connaissons le moins?

A une époque où l'on attachait beaucoup, d'importance à l'ancienneté de la généalogie, on devait nécessairement avoir autant d'amour-propre pour son pays que pour soimême, et ce fut une lutte entre les anciens chroniqueurs à qui doterait les Parisiens de la plus antique origine. Les plus généreux ont été jusqu'à faire remonter notre arbre généalogique au déluge , ou peu s'en faut , car ils le reportent à Samothès, fils de Japhet.

Djautres, dont la modér^ttion a eu plus de succès, se contentent d'attribuer la fondation de Paris à un fils d'Hector, Francus, qui, ayant survécu à la prise de Troie, vint réfugier dans les Gaules dont il obtint la couronne, et où après avoir bâti Troyes en Champagne, il vint construire Paris, auquel il donna le nom de l'auteur de ce siège funeste, du ravisseur d'Hélène, qui était son oncle.

Selon M. Dulaure, nous aurions pour pères une réunion d'étrangers, chassés aussi de la Belgique par la guerre, et émigrés sur les bords de la Seine et sur la frontière des Sennones, ce qui lui valut le nom do Parisiens qui, en Gaule, voulait dire habitants des frontières.

1 Hevu0 brilanniqwj février 1814,

Quoi qu'il en soit, ce n'est que dans les commentaires de César que commence leur histoire positive, et, jusqu'à preuve du contraire, les Romains peuvent se vanter d'être plus nobles que nous de sept siècles, car ce fut cinquantequatre ans avant l'ère chrétienne que nos ancêtres qui occupaient l'tle de la Cité et qu'ils nommaient Lutèce ou Leucotèce, furent conquis par Labienus, lieutenant de César.

Paris sous les Romains. — Lb Magasin pittoresque en a donné un plan que nous aurions voulu pouvoir reproduire ; mais dont la nature de notre ouvrage ne nous permet de donner que la^ description abrégée.

Jusqu'au cinquième siècle la Cité n'eut pas d'autre enceinte que la Seine; elle ne fut entourée de murs qu'à la fin de la domination romaine. Elle était traversée du sud au nord par une grande rue qui reliait deux ponts, appelés le Grand-Pont et le Petit- Pont, le premier placé à l'endroit où se trouve aujourd'hui le Pont-au Change ; le second à l'endroit où est celui qui a conservé son nom.

Jusqu'au quatrième siècle, toute la partie comprise entre la rive droite de la Seine et les hauteurs de Charonne, de Ménilmbnlant, de Montmartre, de Clichy et de Chaillot, n'était qu'un désert couvert de bois. et de marais. Ce fut à dater de cette époque, que les Romains commencèrent à y construire.

Une voie qui partait du Pont-au-Change fut dirigée jusqu'au marché des Innocents. Là elle se divisait en deux branches dont une gagnait Clichy par la rue Montmartre, et de là le bourg del'Estrée, près Saint-Denis, puis Pierre- Laie et Pontoise, et l'autre prenait la direction de Saint- Denis, de Pierrefitte, etc. Une troisième suivait celle de la rue Saint-Antoine.

Au midi le faubourg Lucotitins était traverFÔ aussi par

GÉOGRAPHIE. 2l3

deux artères principales. La plu^ grande, parlant du Petit- Pont, montait la rue Saint-Jacques et se dirigeait par Issy sur Orléans. L'autre, sortie de la première, à l'endroit ou la rue Galande débouche dans celle Saint-Jacques, arrivait rue Mouffetard par la rue de la Montagne-Sainte- Geneviève.

Lutèce n'était pas métropole, et dépendait de la province Lyonnaise. C'est à Julien que Paris doit son nom et son ^itredeCité. C'est en 588 qu'il tomba au pouvoir des

Francs. , . , . • •

t Entre les boulevards et la rivière, depuis le terrain ou est à présent l'arsenal jusqu'à Montmartre, représentonsnous donc les restes d'un bois marécageux ; de petits champs, des cultures*, des haies, des fossés, et quatre ou cinq bourgs « plus ou moins éloignés les uns des autres ; quelques rues bien boueuses 3 autour du grand Cbàtelet et de la Grève, un grand pont pour arriver dans une petite île qui n'était habitée, dit Legendre , que par des prêtres, quelques marcbands et des ouvriers; un autre pont pour en sortir du côté du midi, et au delà de ce pont et du petit Châtelet , trois ou quatre cents maisons éparses cà et là sur le bord de la rivière et dans les vignes qui

i Le» rifcs Culture- Sainte- Catherine et CuUure-Saint-Gervais fou prononçait couUure), s'appellcul ainsi de ce mot qui signifiait des endroit» propres à être cultivés. ^ ^ ..

a Lé bourg Thiboust, les bourgs l'Abbé et Beaubourg, et l ancien et le nouveau bourg de Saint-Germain-de-l'Auxerrois; ils furent en partie renfermés dan» Venceinle que fit faire Philippe- Auguste, et qui fut achevée en 1215. Les rues do ces bourgs eu ont toujours conservé les noms. Le commissaire de la Marre con.ien! qu'ils étaient séparés de Paris et de sesj^aub^^^^^^^^^^ des prés, des marais et des terres labourées; on peutjuger par là de l'étendue des faubourgs.

r* Paris ne commença à être pavé q l'en Il8i.

couvraient les environs de la montagne de Sainte-Geneviève ; tel était Paris sous nos premiers rois de la troisième race K

Première enceinte de Paris. — La Cité qui n'avait pas eu d'abord d'autre enceinte que les eaux de la Seine, finit, selon toute apparence, par en avoir une de pierre, comme les autres cités de la Gaule, vers la fin de la domination romaine.

Sous Childebert, vers le milieu du sixième siècle, Paris avait une enceinte de murs, une porte, une tour. Cette tour, Dulaure ne pense point qu'elle fît partie du mur d'enceinte ; c'était une sorte de forteresse, située à l'extrémité occidentale de l'île.

En 888, les invasions des Normands obligèrent à de nouvelles fortifications. Aucune construction ne défendait les faubourgs du midi et du nord ; mais les deux ponts en bois étaient protégés par des tours en bois aussi, mais posées sur des massifs de maçonnerie.

c Cité de Paris ! dit Abbon dans son poème sur le siège de Paris *, tu es heureuse d'être placée dans une tle : un fleuve te serre doucement dans ses bras, et circule à l'entour de tes murailles ; à ta droite comme à ta gauche, des ponts qui s'étendent jusqu'aux rives opposées sont fermés par des portes, et protégés par des tours élevées, tant du côté de la Cité qu'au delà des deux bras de la rivière. »

Paris eut beaucoup à souffrir sous la seconde race. Charlemagne par sa gloire môme, ses descendants par leur incapacité, les Normands par leurs ravages contribuèrent à

i E»»a% hiil&rigue tur Pari», de Salnl-Folx, pages i« et 1î>. Mi\ion\&,M<machiSancli-Germanin prati», poemafa (fr ttello pan » I ac(p urbiit, \ih. i, vers. i:».

GÉOGRAPHIE. il5

sa décadence. Elle n'était plus une capitale, le siège de la royauté : un écrivain de cette époque l'appelle la plus petite ville de la Gaule, magniludine cœteris urbibus inferiorem *,

Deuxième enceinte de Paris. —Louis VI, dit leGros^ eut le premier , à ce qu'il paraît, l'idée de clore de murs les faubourgs du nord et du midi, pour résister aux agressions des seigneurs ses vassaux. Voici, selon Dulaure, le tracé de cette seconde enceinte.

Au nord, le mur devait partir de la rive droite de la Seine , dans le voisinage de l'église de Saint-Germainl'Auxerrois. Le nom de cette rue indique qu'il a dû y exister longtemps des fortifications.

Le mur devait suivre cette rue dans toute sa longueur, celles de Béthisi , des Deux-Boules , les rue et place du Chevaiier-du-Guet, la rue Perrin-Gosselin et aboutir a la rue Saint-Denis. Là était une porte de ville , située au nord, en face et à peu de distance du grand Châtelet.

De cette porte qui devait être au point de jonction des rues d'Avignon et de Saint-Denis, le mur suivait la rue d'Avignon, celle des Ecrivains, enserrait l'église de Saint- Jacques-de-la -Boucherie , et atteignait la rue des Arcis, où se trouvait une autre porte de ville, par laquelle on passait pour aller à Saint-Merri, et nommée la porte ou l'archel de Saint-Merri.

De là, le mur aboutissait, par les rues Jean-Pain-Mollct et Jean -l'Epine, à la place de Grève, et de cette place au bord de la Seine où se terminait, du côté du nord, la seconde enceinte.

Cette seconde enceinte finissait donc en 4M4 à la place de Grève ; mais plus tard, à une époque inconnue, le mur

i Michaelle Syncelle, Valetii notitia GaUhrvm, page 439.

il6 CURIOSITÉS PHILOLOGIQUES, ETC.

fui prolongé jusqu'au bourg du Monceau Saint-Gervais qu'il entoura.

Ce ne fut que vingt ans plus tard que la partie méridionale de Paris fut à son tour close d'une muraille. Cette clôture commençait au Petit-Pont renfermait la place Maubert, et finissait au bord de la rivière, vis-à-vis de l'endroit où est aujourd'hui la rue deBièvre, ainsi appelée de la petite rivière de ce nom , laquelle venait alors se jeter dans la Seine auprès de la place Maubert. Dans la suite, on en changea le cours.

Tboisième enceiwte de Paris. (Partie septentrionale.) — Le tracé du troisième mur d'enceinte, dû à Philippe-Auguste et commencé en ii90, fut achevé en 1214. Il commençait sur la rive droite de la Seine, à quelques pas audessus de l'extrémité septentrionale du pont des Arts, où s'élevait une grosse tour ronde qui, pendant plusieurs siècles, a gardé le nom significatif de Tour qui fait le coin, et traversait le terrain qui forme aujourd'hui les rues Saint-Honoré (précédemment de la Gbarronnerie), Coquillière, des Deux-Ecus, Montmartre, Montorgueil, Saint- Denis, Bourg-l'Abbé, Saint-Martin, Sainte-Anne; elle renfermait le bourg de Saint-Germain-l'Auxerrois, une partie du Bourg-l'Abbé, le Beau-Bourg et le Bourg-Thiboust. Cette enceinte traversait l'endroit où nous voyons à présent la caserne de l'Ave-Maria , et finissait au pont Marie.

Du côté du midi, elle commençait au pont de la Tournelle, passait derrière Sainte-Geneviève, l'église Saint- Jacques, et se terminait au bord de la rivière, près du palais des Beaux-Arts, Cette muraille était flanquée d'espace en espace de fortes tours. Des quatre principales : la tour de AVs/c, la tour de Bois ou du Grand-Prévost, la TourneUe et la tour de Barbeau; les deux premières gar-

daientle bas delà rivière; les deux autres en défendaient

le haut.

Quatrième enceinte de Pabis. — Le commerce que faisait Paris avec les villes du nord amena de nouveaux ac croissements qui s'étendirent plus au septentrion qu'au raidi. On avait construit, pour faciliter le commerce, des maisons qui formèrent des faubourgs. Pour les garantir des excursions des Anglais, on les entoura de fossés et do murailles. C'est à peu près au règne de Charles V qu'il faut rapporter cette quatrième clôture. Elle fut commencée vers 1367, et ne fut achevée qu'en 1383, sous Charles VJ. L'ancienne muraille fut reculée jusqu'au terrain de l'arse nal; elle continuait le long des portes Saint- Antoine et Saint-Denis, longeait la rue de Bourbon-Villeneuve, traversait les rues du Petit-Carreau et Montmartre, la place des Victoires, le jardin du Palais Royal, la rue Saint-Honoré, près de l'ancien hospice des Quinze- Vingts, et allait finir au bord de la rivière, an bout de la rue Saint-Nicaise. Du' côté du midi, on creusa des fossés au pied des murs de l'ancienne clôture, et les faubourgs qui étaient au delà furent ruinés , afin d'empêcher les ennemis de s'enrichir

de leurs dépouilles.

François P"" fit abattre et rebâtir le Louvre avec plus de régularité. Par ses soins, un grand nombre de nouvelles rues facilitèrent la communication entre la ville et les faubourgs. Corrozet^ qui vivait de son temps, commence ainsi, dans sa Fleur des antiquités de Paris, la description de la capitale ;

Cette ville est de onze portes Avec gros murs, qui n'est pas peu de chose; Profonds fossés tout à l'estour s'étendent.

Où maintes eaux de toutes parts se rendent.

Lequel enclos sept lieu3S lors contient, Comme le bruvct tout commanlj maintient; Puis, après, sont cinq grands ponts.

Par-dessus l'eau, etc., etc.

Cinquième enceinte de Paris. — Charles IX renferma dans l'enceinte de nouvelles murailles le château des Tuileries, que Catherine de Médicis avait fait élever. Il posa la première pierre aux fondements de la Porte Neuve, appelée Porte de la Conférence sous Henri IV.

Celui-ci fit faire de grands changements au quartier Saint-Anloine, et achever le Pont-Neuf. Son projet d'erabeliir le Marais fut en partie exécuté sous Louis XIII.

Sixième enceinte de Paris. — Par lettres patentes du ^Q avril i672, Louis XIV ordonna que de nouvelles bornes seraient plantées à l'extrémité des faubourgs , et , pour en fixer les limites, il défendit de bâtir au delà. La clôture de l'Université fut démolie; enjoignit la ville aux faubourgs. Le pont au Change, celui de la Tournelie et le pont Rouge (depuis pont Royal ou pont des Tuileries), qui n'étaient que de bois, furent construits en pierre. Sur l'emplacement des petites portes Saint-Denis et Saint-Martin, les arcs de triomphe actuels furent élevés. L'hôtel des Invalides, l'Observatoire, le Louvre, des pompes, des quais bordés de maisons, des places, et plusieurs auties édifices publics et particuliers, furent construits, avancés ou achevés sous ce règne.

Septième enceinte de Paris. — Forcé, par les derniers accroissements dont nous venons de parler, d'établir de nouvelles limites, Louis XV rendit une déclaration dont voici le précis :

€ La ville de Paris doit être bornée à ce qui est renfermé d'arbres depuis l'Arsenal jusqu'à la porte Saint-Honoré,

GÉOGRAÏ>HIE. m

et de là, en suivant le fossé, jusqu'à la rivière; et de l'autre côté de la rivière, en suivant l'alignement des remparts désigné dans un plan, depuis la rivière jusqu'à la rue de Yaugirard; et delà, en suivant le rempart, jusqu'à larued'Ënfer où il finit ; de là en allant le long de la rue de la Bourbe, à côté du monastère de Port-Royal (ledit monastère étant hors de Tenceinte); et delà, allant aboutir à la rue Saint- Jacques , el en partie , par une rue qui est attenante des Capucins, allant gagner le boulevard qui est derrière le Yal-de-Grâce ; et dudit boulevard, en suivant la rue des Bourguignons, et en prenant à gauche au bas de ladite rue, suivant la rue de VOursine jusqu'à la rue Moufletard ; et de cetfe rue, entrant dans la vieille rue Saint- Jacques, autrement dite la rue Censière ; et suivant cette dernière dans toute sa longueur jusqu'à la rue Saint-Victor, autrement nommée la rue du Jardin-Royal ; etde là, côtoyant le Jardin-Royal jusqu'au boulevard qui aboutit à la rivière. > -

HuiTiÈMK ENCEINTE DE pARis. — Malgré Cette déclaration, en 1762, Camus de Pont-Carré étant prévôt pour la seconde fois, un nouveau boulevard fut établi au couchant et au midi. Il s'étendit autour de la partie de la ville, située sur la rive gauche de la Seine , commençant à la barrière de Grenelle , au quinconce des Invalides, et se terminant à la barrière des Gobelins*

Afin que les faubourgs ne s'étendissent pas davantage^ Louis XV défendit, par une déclaration du i6 mai 1765« de construire aucun bâtiment, sous quelque prétexte que ce fut, au delà des maisons qui terminaient alors chaque nie des faubourgs, du côté de la campagne. Par la même Ordonnance, il fut aussi défendu d'ouvrir de nouvelles rties dans les faubourgs.

Neuvième enceinte de PARiSi— Soxî? ce règne,on corn-

UO CURIOSITES IMllLOLOGIULES, ETC.

menra de construire le quartier de la Chaussée-d*Antin,et la ferme générale fit élever Tenceinte actuelle et la plupart des édifices qui oroeut les barrières.

Nous devons faire ici une observation : c'est que les tracés que nous avons donnés ne sont authentiques qu'à partir de la troisième enceinte ; ceux des deux premières offrent beaucoup d'incertitude, vu Tobscurité des temps.

Une foule d'embellissements ont été faits à la capitale sous le règne de Napoléon. Pendant ces quelques années de guerres incessantes elle a acquis plus de splendeur qu'autrefois en un demi-siècle de paix; mais son enceinte n'a pas été élargie ; Napoléon s'est borné à achever la construction des murs. L'enceinte continue, construite à grands frais sous Louis-Philippe, ne peut pas être considérée comme un agrandissement de Paris; mais pendant son règne, comme pendant la Restauration, de nouveaux quartiers se sont élevés, et le nombre des habitations et des habitants s'est prodigieusement accru.

Expériences. — Géographie conjecturale et imaginaire. — Il n'est pas de traité de géographie qui ne donne ' des détails suffisants sur l'étendue de notre globe, sur le nombre de lieues cubes dont sa masse se compose^ sur les proportions relatives de la place qu'occupent la terre et l'eau; mais la façon originale dont R. Turner s'y est pris pour constater ce dernier point, mérite une mention dans un ouvrage tel que le nôtre. Voici ce qu'il raconte à ce sujet dans ses Eléments de Cosmographie * : ayant rassemblé tous les fuseaux en papier sur lesquels la terre est représentée dans son ensemble, et qui servent à couvrir un globe terrestre, il en découpa séparément les parties

» Edil. franc, Taris, a» XI, in-l2, page 40.

GÉOGRAPHIE. tii

qui figuraient la terre, et celles qui figuraient la mer. Puis le.- ayant pesées l'une après l'autre, il trouva que le poids de la terre était de 367 grains, et celui delà mer de 1,1^15, c'est-à-dire dans la proportion d'à peu près un à trois. Et, en effet, les calculs auxquels on s'est livré par d'autres procédés s'accordent à établir que la mer occupe environ les deux tiers de la surface du globe.

La mer a, fourni à M. Halley le sujet d'une autre sorte d'expériences. Il a voulu se rendre compte de ce que sur une surface d'un degré ou de 25 lieues carrées il s'en évaporait par jour de tonneaux d'eau , et le résultat de ses calculs a été qu'à 2,000 livres le tonneau, elle en perdait 33,000,000. Si donc la Méditerranée a une surface de 160 degrés carrés, la déperdition par jour d'été doit être pour le moins de 3,280,000,000 de tonneaux , ou 10,560,000,000,000 livres d'eau. Or, quels sont ses revenus pour subvenir à une pareille dépense ? Elle a neuf principaux tributaires, l'Ebre, l'Aude, le Rhône, le Tibre, le Pô, le Danube, le Dnieper, ou Borysthène, le Don ou Tanaïs et le Nil. Or les expériences qui ont été faites sur la Tamise donnent lieu de croire à M. Ilalley que, l'un dans Tautre ces fleuves versent chacun dans la Méditerranée 203,000,<)00 de tonneaux par jour, ce qui ne s'élève encore pour les neuf qu'à un chiffre de \ ,827^000,000, c'est-à-dire qu'à un peu plus du tiers de sonévaporalion. Il faut donc croire que c'est sur le ciel qu'elle compte pour combler le déficit.

— Si la route du Nord était praticable, la distance pour aller en Chine serait réduite de moitié , c'est-à-dire de 17,000 milles à 8,000.

La mer du pôle antarctique n'a pas été explorée au delà de 710 H, où elle présentait des plaines de glace impénétrables. Il parait u'il n'y a pas, comme on l'avait supposé.

2*î CURIOSITÉS PHILOLOGIQUES, ETC.

de continent méridional, mais simplement quelques île* stériles.

A la suite d*un voyage mystérieux *, où il a recueilli les détails topographiques les plus exacts sur le ciel, Tenfer, les autres mondes et leurs habitants, Swedenborg nous apprend que les Hollandais occupent la partie méridionale du ciel; les Suédois demeurent vers le nord ; ceux des Anglais dont la conduite a été guidée par la foi et h charité, en .habitent le centre, parce qu'ils connaissent mieux la Bible, attendu qu'ils ont-ici bas une entière liberté de penser, de parler et d'écrire.

Il y a dans l'autre monde des villes semblables à Londres : les Anglais s'y rendent naturellement après leur mort. Les villes hollandaises ont une structure singulière; les habitants en sont très-défiants : si un espion y entre, c'est lui qui est espionné.

Les Juifs ont pour gouverneurs des Juifs convertis au christianisme, et attentifs à punir ceux qui parlent mal de Jésus-Christ. Ils font le commerce de prières précieuses. Les Quakers sont relégués dans un désert. Les frères Moraves, rivaux du Swedenborgianisme, sont très-mal vus dans le ciel ; ils doivent s'arrêter tout près de l'entrée, si tant est qu'ils entrent; car, c ils ont la charité en horreur, regardent l'Ancien Testament comme inutile, méprisent le nouveau, n'ont égard qu'à quelques textes de saint Paul) et embrassent même à l'égard de la nature divine de Jésus- Christ, l'hérésie d' Arius, »

C'est au centre de l'Afrique, qu'une tradition orale de Swedenborg place la nouvelle Jérusalem*.

* VoycÉ roavfi^e idtiluté Mertexilei du ciel, âë *enfer, des ; ierrei plûnélairet et aêlralet, d*aprii le témoignage de me» geud: ol de met oreillet»

2 Voyage pu Suède, 1808, iÔd9, par Tomas II ii\uiNmo?«.

C'était un peuple de la Sarmatie européenne qu'on

croyait avoir le pouvoir de se métamorphoser en loups,

une fois tous les ans, et de reprendre leur première forme.

Les Scythes ont beau dire, observe naïvement Hérodote^

ils ne me feront pas croire de pareils contes; ce n'est pas

qu'ils ne les soutiennent, et même avec serment. Cette

croyance est l'origine de celle de tous les pays peuplés

par les invasions venues du Nord, au sujet du loup-' fjaroti,

Aulu-Gelle ', sur le témoignage de plusieurs auteurs grecs anciens s, d'une autorité respectable, dit-il, rapporte ce qui suit : f Vers les mômes contrées ( le pôle septen* trional), on trouve des hommes qui n'ont qu'un œil au milieu du front ; ils se nomment Arimaspes. Dans cette même région, il existe une autre race d'hommes d'une vitesse singulière; la plante de leurs pieds s'étend der^ .r'ière la jambe, et non pas en avant comme chez tous les autres hommes. La Scythie albanaise, disent encore les mêmes auteurs, produit des êtres dont les cheveux blanchissent dès la plus tendre enfance, et dont les yeux distinguent mieux les objets la nuit que le jour. Il passe pour très-certain que les Sauromates, qui habitent bien au delà du Borysthène, ne prennent de nourriture que tous les trois jours... Dans les^ montagnes de l'Inde, on voit errer des hommes qui ont des têtes de chien, qui aboient et se nourrissent des oiseaux et des bêtes iauv es qu'ils attrapent à la chasse* L'extrémité des terres orientales offre d'autres prodiges non moins étonnants : quelques peuples appelés Monocoles, n'ont qu'une jambe dont ils se servent en sau-

« Hérodote, liv. IV, c. 105.

s Noct. aU , lib. IX, c. 4.

^ ArislécdeProGonèse. Ctésias, Onésicrite. Polyslephanes et fiegésias, dont plusieurs ne sont pas paryenu» jusqu'à nou«

tu CURIOSITÉS PHILOLOGIQUES, ETC.

tant avec une rapidité singulière ; d*autres, sans tête, ont des yeux dans les épaules. Mais ce qui est bien autrement merveilleux, c'est, rapportent les mêmes auteurs, qu aux extrémités de llnde, on trouve une nation dont les hommes sont couverts de plumes comme les oiseaux; ils ne prennent aucun aliment grossier, et Tesprit desfleursquiis respirent est leur seule nourriture. Ils ont pour voisins les Pygmées, dont le plus grand n'a pas plus de 27 pouces.*

Singularités géographiques. — Après avoir fait faire au lecteur un cours de géographie imaginaire, nous lui demanderons maintenant de nous suivre dans certains lieux où la réalité n'est guère moins étrange que la fiction.

Si nous lui disions, par exemple, qu'il existe en Europe depuis plus de quinze siècles, une république fondée par un maçon, où le suffrage universel est en vigueur, et s'ap plique à tout, non pas seulement aux pouvoirs législatif et exécutif, mais à la justice, mais à l'enseignement, mais à la médecine, qui a su maintenir son indépendance à la barbe de ses voisins couronnés; se faire respecter du Saint-Siège, et même de Bonaparte victorieux, lo lecteur nous répondrait sans doute que cette république n'existe que dans le cerveau de l'audacieux auteur des Confessions rf'tm Rérohitionnaire . Si, persistant dans notre allégation, nous ajoutons que cette république a sj. peu de plaideurs qu'un seul juge suffit à tous les procèv si peu de malades qu'un seul docteur suffit à toutes les cures, si peu de frais d'administration que lo budget est de cinquante mille francs, si peu d'ennemis au dedans et au dehors que l'armée est de quarante hommes, le lecteur serait tenté de supposer que nous continuons le chapitre précédent. Et cependant son étonnement et son incrédulité cesseront bien vite quand nous aurons nommé la république de Saint-Marin,

Au surplus nous en pouvons citer encore une autre. Elle n'eut point comme celle de Saint-Marin un maçon pour fondateur, elle en eut un encore plus étrange, car elle fut fondée par un empereur. Toutes les fonctions y sont gratuites, même le service militaire, dont nul n'est exempt, mais qui est rare et pendant lequel on ne reçoit ni argent ni vivres. Contrairement à ce que nous voyons se passer ailleurs et môme chez nous, tout chef de famille e&i tenu d'avoir un fusil de calibre et une provision de poudre et de balles. Chaque pâfroisse a une école primaire gr«Jtuite. Les procès relatifs aux successions y sont inconnus. Les crimes et môme les délits y sont très- rares. On y cite encore avec efi^oi une condamnation à mort qui eut lieu au dix-septième siècle. On n'y honore que l'agriculture. Les commerçants et les voyageurs sont exclus des fonctions publiques. Cetlç république est celle de l'Andorre. Pour rendre ce qui précède vraisemblable il faut ajouter qu'à elles deux, la république de Saint-Marin et celle d'Andorre ne formeraient pas une population de 500 habitants.

Auprès de ces Républiques minuscules de fondation déjà fort ancienne, n'en oublions pas deux autres d'un établissement plus moderne, mais non moins prospère, celle de Pitcairn d'abord, dont un journal parlait ainsi il y a deux ans, à propos du premier signe de vie qu'elle eut donné à l'Europe.

(( L'ile Pitcairn, qui vient d'envoyer un de ses habitants en Angleterre, est une très-petite terre fort élevée, dépourvue de sources, et sur laquelle vit une population dont la romanesque histoire a excité un vif intérêt, il y a près de cinquante ans. A cette époque, l'équipage d'un bâtiment de la marine militaire anglaise, le Bovnty^ ayant fait une longue, et, à ce qu'il paraît, fort ae:réable relAche à Taïti,

<;c révolta en mer/quelques )our.s après son départ de ce lieu enchanté, contre son commandant, le capitaine Bligh, et, rayant abandonné dans un canot, au milieu de TOcéan, avec ses officiers, retourna à Taïti pour s établir dans Vîle. C'est ainsi du moins que le fait a été raconté dans le temps. Alors il n existait pas, comme aujourd'hui , de service postal, et il fallut plus d'un an pour que le capitaine Biigh, heureusement recueilli par un navire de commerce, pût faire savoir au gouvernement anglais ce qui était arrivé. Deux frégates furent immédiatement expédiées à la recherche des révoltés et avec l'ordre de tirer une vengeance exemplaire de leur crime.

» Arrivés à Taïti, les bâtiments d^ guerre n'ayant pu obtenir des naturels l'extradition des matelots alors établis parmi eux, eurent à livrer plusieurs combats à la suite desquels les Taïtiens vinrent leur déclarer que tous les coupables ayant péri les armes à la main, l'Angleterre devait se considérer comme suffisamment vengée. Les frégates levèrent l'ancre en effet. Tous les révoltés cependant n'avaient pas péri; neuf d'entre eux, réfugiés dans les montagnes de l'intérieur de l'île, avaient échappé au massacre de leurs camarades ; mais, craignant le retour des bâtiments anglais, ils se décidèrent à aller se réfugier avec les Indiennes qu^ils avaient épousées et les enfants qu'ils en avaient eus, dans quelqu'une des petites îles désertes qui sont au sud de Taïti, et que les bâtiments de guerre ou du commerce ne fréquentent pour ainsi dire jamais. Ils espéraient y trouver un asile plus sûr qu'à Taïti contre la vengeance de l'Angleterre qui les poursuivait.

» C'est ainsi qu'ils allèrent planter leurs tentes dans l'île Pitcairn, à quatre cents lieues environ dans le sud de Taïti. Leur calcul était juste, car ce fut seulement une dizaine d'années plus tard qu'ils furent découverts par un

GÉOGRAPHIE. m

bâtiment anglais. Comme on le pense bien, on ne songea plus alors à les inquiéter ; loin de là : on les transporta, eux, leurs femmes et leurs enfants, ils étaient alors plus de trente, à Tàïti où ils désiraient retourner. Mais ils avaient compté, comme on dit, sans leurs hôtes. Le Taïti qu'ils allaient revoir n'était plus le paradis terrestre de leurs souvenirs ; les missionnaires anglais s'y étaient établis, la guerre religieuse décimait la population, et tout était en effet si changé, qu'à peine débarqués, les colons de Pitcairn se firent réintégrer dans le petit et tranquille royaume qu'ils avaient fondé. Depuis, ils ont toujours vécu en< paix, recevant de temps à autre quelques rares visites, mais ne permettant pas aux étrangers, accueillis d'ailleurs toujours hospitalièrement, de s'établir parmi eux.

» Aujourd'hui leur nombre s'est multiplié par les naissances : ils sont plus d'une centaine, et il paraîtrait, d'après ce que nous racontent les journaux anglais, que, trouvant maintenant leur île trop petite, ils demandent an gouvernement de la Reine de leur permettre d'aller fonder une colonie nouvelle sur l'île Norfolk, autre petite île située entre la Nouvelle-Galles du Sud et la Nouvelle-Calédonie, qui n'a pas plus de cinq ou six lieues de totir, qui est beaucoup plus fertile que Pitcairn, dont elle est éloignée de plus de six cents lieues, qui a servi pendant un temps de lieu de déportation pour les convicts récidivistes de Botany-Bay, mais qui est purgée aujourd'hui de ces redoutables habitants.

1 Cette histoire du Boimty et de ses matelots a beaucoup occupé dans son temps l'attention publique, elle a fourni le sujet d'un assez grand nombre de romans, et du poëme de lord Byron qui a pour titre : Christian and his compa nions {Christian et ses compagnons). »

L*autie établissement républicain, plu.^ moderne on-*

ii^ CURIOSITÉS PHILOLOGIQUES, ETC.

core, très-florissant aussi et non moins inconnu, dont il nous reste à parler, se trouve sur la côte d'Afrique. Un des rares voyageurs qui l'ait visité s'explique ainsi sur sa constitution, sur ses habitants, et sur la sollicitude que devrait témoigner la France pour cette terre française, en Afrique.

€ La colonie de Libéria, qni s'étend ou doit s'étendre, sous peu, du cap Monte au cap de Pâture (ces deux caps compris), déclara son indépendance le 24 août 1847. Le chef-lieu de la république, qui va nommer un président •avant la fin <le l'année, sera la ville de Monrovia, au cap Mesurado, fondée en 1821 par des hommes de couleur chassés de l'Amérique. Cette fondation était faite sous le patronage d'une société de la ville de Washington, je Trois. Balbi contient quelques renseignements à ce sujet.

» Après bien des luttes et des traverses, cette colonie finit par s'asseoir assez solidement sur plusieurs points : Monrovia, Grand-Bassa, Middle-Bassa, etc. Le >éritable fondateur de Monrovia s'appelait Ashmun, ministre protestant, homme supérieur, je dirai presque héros. Il est mort depuis longtemps déjà. En janvier 1847, la société fondatrice a prévenu la colonie qu'elle était assez forte pour se gouverner elle-même, et que, en conséquence, elle eût à prendre ses mesures poui'arriver le plus tôt possible à ce résultat.

» Depuis le 5 juillet, elle est détachée de tout protectorat, et elle a élaboré son acte d'indépendance et des droits, qui sera proclamé le 24 août et signifié aux divers gouvernements. Le pavillon de la colonie est, comme le pavillon américain, composé de bandes blanches et rouges alternes horizontales, si ce r'est qu,'il n'en contient que vingt-cinq. Le yacht est bleu, percé d'une étoile blanche unique. Les Anglais, toujours k l'affût do rosrhangoments.

afin d*en tirer tout; le parti possible, ont renoncé à tout droit d'établissement sur le territoire de la colonie. Ils travaillent toujours en dessous, sans rien dire, pour tâcher de faire un traité de commerce avec la nouvelle république, que le commodore a chargé son commandant particulier de la côte des Graines de reconnaître , sous quelque forme qu'elle apparût au jour.

> Nous, oomme de juste et d'habitude, nous ignorions tous ces changements. Cependant, c'est une chose grave; la traite disparaît sur tous les points occupés par les sujets de la république de Libéria, qui compte acheter New-Lestre, lieu des foyers principaux, et le conquérir au besoin par les armes, si les chefs de villages ne veulent pas vendre. D'autre part nous avons sur cette côte des Graines quelques points achetés par le commandant Bouet, points qui, certes, nous seront demandés par la république nouvelle, dans le territoire de laquelle ils sont enclavés. Je vous donne ces renseignen^ents comme certains ; je viens de les recueillir moi-même sur les lieux.

» Il serait du devoir et de la dignité de la France, trèsaimée à Monrovia, de venir en aide de ses lumière^ et de sa prépondérance à cet établissement chrétien sur la côte occidentale d'Afrique, établissement destiné, selon ks probabilités, à un avenir solide et brillant. Je ne parle pas des avantages commerciaux qu'en retirerait la France, dont les produits manufacturiers et autres sont préférés aux objets anglais, et marchent de pair avec les objets venant des villes anséatiques. >

Après avoir montré ces républiques dignes de Lilliput, il nous faut citer un fief plus étonnant encore comme exiguïté de dimension, car il n'avait que quatre pieds de long sur deux de large. Si petit qu'il fût. ce fief était un asile ; un homme poursuivi parla justice ne pouvait en être arra-

ché, s'il avait eu le bonheur ou plutôt l'adresse de s'y réfugier. Si Saint Marin est à deux mille pieds au-dessus du niveau de la mer, ce fief n'était qu'à quatre ou cinq pouces au-dessus du pavé. C'était un grès situé sur la place de Péronne en Pioardie. Lorsque le roi entrait dans cette ville, le tenancier de ce fief devait ferrer d'argent sur ce grès le cheval du roi, et le présenter au roi. Ses privilèges, en retour, ne laissaient pas que d'être considérables. Il avait la desserte et la vaisselle du roi après le repas d'entrée ; une redevance sur la bière qui se buvait dans la ville, et un droit sur les baraques qui s'établissaient à la foire. Il lui était permis de choisir dans les boutiques d'instruments tranchants une pièce qu'on nommait le premier taillant, c'est-à-dire le meilleur couteau ou rasoir chez les couteliers, la meilleure hache chez les taillandiers. Les autres marchands lui payaient une redevance en argent.

Quand on vient de parler de ces petites puissances républicaines ou féodales, citer un royaume, ce sera bien peu piquant, et un royaume fondé par un roi ! — Il est vrai que ce n'était pas à son profit, ce qui rend la chose moins ordinaire. Ce fondateur désintéressé fut le roi Clotaire ou Clother qui ayant, l'an S40, tué de son auguste main, en pleine cathédrale, le seigneur Gautier ou Waltier, érigea, pour réparer sa faute, la seigneurie dudît Gautier en royaume. Telle est, du moins, l'origine présumée de cette royauté bizarre. Mais hélas ! on a bien raison de dire que les rois s'en vont ; car, tandis que les républiques dont nous avons parlé plus haut se maintiennent et prospèrent, ce royaume qui avait le droit de battre monnaie, n'est plus qu'une misérable sous-préfecture de la Seine-Inférieure , et celui qui écrit ces lignes a vu, de ses yeux \u, un des membres de cette royale famille

appréhendé au corps un soir, fort injustement il est vrai, et traîné au corps de garde de la rue Grange- Batelière. Ce royaume ne périra pas du moins dans le souvenir des hommes. La chanson de Béranger lui garantit Timmortalité. Il n'est pas besoin d'en dire davantage pour le moment.

Au nombre des singularités qu'offre la géographie, ne pourrait-K)n pas citer les Hébrides, dans lesquelles, sur 500 îles, dont 86 habitées, on ne rencontre pas un seul arbre ?

Les frontières , en particulier , présentent des rappro* cbements assez bizarres pour mériter une mention.

c Entre Semlin et Belgrade, les deux villes frontières, dit le spirituel auteur d'Eotken, M. Kinlake, la distance n'est pas de la portée du Qianon, et néanmoins leurs habi-' tants n'ont entre eux aucun rapport. Les Hongrois au nord de la Save, les Turcs et les Serbes au midi, sont tout aussi éloignés que si cinquante vastes provinces occupaient l'intervalle qui les sépare. De tous ces hommes qui s'agitent autour de moi, dans les rues de Semlin, il n'y en avait peut-être pas un seul qui eût jamais vu de près la race étrangère^ établie au-dessous des murailles de ce château en face . ^

La constitution toute particulière du village hindou, constitution extrêmement curieuse, qui a été de tout temps la base de l'élément intégrant de la société indienne et qui a persisté sous toutes les dominations affghane, mogole et anglaise, est un phénomène si extraordinaire qu'il est indispensable de nous y arrêter un instant.

Sous toutes les dominations, disons-nous, et sous toutes les civilisations primitives, hindoue, musulmane ou chrétienne, le village hindou a continué d'exister avec la même constitution immuable, aussi compacte aujourd'hui que

432 CUKIOSITÉS PHILOLOGIQUES, ETC.

da^ns les premiers âges. Ce village est une certaine étendue de terrain labourable ou en fricbe. Quelquefois ce terrain est divisé en propriétés individuelles, alors nous retrouvons à peu près la commune française. Mais le plus souvent il n'en est pas ainsi : les terres demeurent en commun^ et chaque année elles sont partagées par les habitants entre eux , chacun recevant pour le cultiver un lot en proportioQ de son capital et de ses moyens de travail. Chacun de ces villages forme une sorte de petit Etat administratif et se gouverne par lui-même sous l'organisation suivante : 1» le paiel, chef ou maire, ou bourgmestre du village (généralement héréditaire) a la surintendance générale des affaires de la communauté; il arrange les querelles, veille au maintien du bon ordre, touche les revenus communs, ei en fait la répartition ; fo le kurtwum ou moutsuddi tient registre des frais de culture et de tout ce qui s'y rapporte ; 3*> le talari fait la recherche des crimes et délits ; c'est l'agent de police ; il escorte et protège les personnes qui voyagent d'un village à l'autre ; 4^ le toti a la garde et la mesure des moissons ;

le gardien des limites donne tous les témoignages en ce qui les concerne ; 6^ le commissaire des eaux et des étangs distribue l'irrigation suivaiit les besoins de l'agriculture; 7» le brahme remplit les cérémonies du. culte; 8^ l'astronome annonce les époques favorables ou défavorables pour les semailles ; 9o le maître d'école enseigne aux enfants à lire et à écrire. Viennent encore le forgeron et le charpentier, qui confectionnent les instruments d'agriculteur et bâtissent les cabanes ; et enfin le potier, le bar hier, le porteur d'eau, le gardeur de bétail, le médecin, la danseuse, le musicien et le poëte.

Sous cette hiérarchie administrative le village tout en tier est soumis à une sorte de communauté de biens et de

travaux qui permet à chacun de profiter en quelque manière de Tassiskance de tous les autres. Les uns vont au marché, les autres s'occupent de la culture, de la moisson, etc., et chacun a ainsi son rôle et ses occupations particulières qui profitent à tous. C'est sous cette forme de gouvernement que les habitants de la campagne ont vécu de temps immémorial. Le.« homes de ces villages ont été rarement altérées ; les villages eux-mêmes ont été quelquefois désolés par la guerre, la famille et le choléra : mais ils ont gar> dé leurs noms pendant des siècles ; les mêmes familles ont continué d'y conserver leur résidence et d'y avoir leurs intérêts. Les habitants ne se mettent point en {:eine des renversements ou des brisements de l'empii e ; tant que le village demeure entier, ils ne s'inquiètent point à quel souverain il appartient ; quel que soit son souverain, l'économie intérieure du village n'en demeure pas moins invariable. Quoi qu'il arrive, le patel demeure toujours le chef des habitants ; il est à l'abri des révolutions politiques dans ses fonctions de juge, de magistrat, de collecteur des revenus de la commune ; i>i quelque pouvoir voulait y toucher, il y aurait émigration générale et le village retournerait au domaine du désert jusqu'à ce qu'un nouveau gouvernement remit les choses sur l'ancien pied. Fouillez les archives du temps, sous toutes les dominations reparaîtra toujours cette petite république, le village indien, fondation immuable des monarchies chancelantes et éphémères de l'Orient. Sur cette base, tous les despotismes se sont successivement élevés et écroulés, sans ébranler, sans même ébrécher l'humble édifice.

Pour en revenir au chapitre des impôts^ nous avons dit que le zemindar qui voulait se contenter de son gain légitime trouvait une grande facilité pour l'exercice de sa perception dans la constitution du village hindou. Effecti^6-

ment, d'accord avec l'administration municipale, il imposait le village en bloc suivant la quantité des terres cultivées qui en dépendaient ; les chefs se chargeaient ensuite de répartir cet impôt dans la commune. On attendait généralement le moment de la moisson : toute la récolte était ^lors réunie, et, l'impôt dû par le village étant d'abord prélevé, les habitants se partageaient le reste en proportion de la quaniilé de terre que chacun avait défrichée.

Si au contraire, dans Tespoir de réaliser un plus grand bénéfice, le zémindaf enlevait la terre au ^llage^ à la commune, pour la sous-louer peut-être beaucoup plus cher aux paysans individuellement, la perception se compliquait singulièrement. Il s'établissait dès lors une lutte perpétuelle entre le zémindar et le rayot cultivateur. Le ^éraindai mettant en œuvre tout son crédit, tous ses moyens de persuasion et, en dernière analyse, ses moyens de coercition sur le rayot, pour se. faire payer ; et le rayot, toute sa rqse et toute son adresse pour échapper à cette nécessité. Le résultat final était rarement profitable au zémindar, que cette lutte entraînait toujours à des dépenses, et ruinait complètement l'agriculteur qui, ayant loué la terre a Tenchère au-dessus de sa valeur, ne trouvait aucune sorte de compensation pour son travail et ses frais de culture.

Dans cette revue que nous faisons des objets invraisemblables que la réalité nous offre, après ^voir montré des républiques de quelques mille âmes subsistant au milieu de royaumes, c'est-à-dire de leurs ennemis naturels, et survivant à de puissants empires fiers de l'immensité de leur territoire et de leui population; un royaume changé en une médiocre sous-préfecture; une organisation communiste, cette utopie européenne réalisée de temps immémorial et résistant à ce qu'il y a au monde de plus irrésistiblo, à la triple action du sabre, de la religion et de la

GÉOGRAPHIE. âS5

civilisation ; après avoir montré un fief de quatre pieds sur deux, il nous reste à présenter des châteaux, non pas de cartes, mais dr verre, que disons-nous des châteaux ? des forteresses de verre.

Est-ce un avertissement donné par la nature aux hommes d*Etat, que ce qui a l'air le plus solide est souvent ce qui Test le moins, en politique comme en physique.

Quand nous parlons de ces châteaux de verre et de leur solidité, nous ne prétendons pas dire qu'ils existent autrement qu'à l'état de ruines; mais n'est-ce pas déjà beaucoup ? Il y a tant d'édifices de granit et d'autres matériaux solides, dont les ruines elles-mêmes ont disparu.

C'est en .Ecosse que ces curieuses constructions ont été découvertes, il n'y a pas encore un siècle. En 1838, M. de la Pilaye en a signalé une en France, dans la ville de Sainte-t Suzanne, et cette ruine a des rapports tels avec celles d'E^ cosse, que décrire les unes, ce sera faire comiaUrQ l'autre.

Ces forts se rencontrent dans les Highiands. Voici ce que dit là-dessus, en substance, l'ingénieur minéralogiste^ John Williams, qui étudia en détails ce curieux spécimen de l'architecture des barbares*.

Tous ceux qu'il a vus sont situés sur le sommet d'une éminence. Tous ont une plate-forme de plus ou moins d'étendue, et cette plate-forme était entourée d'un mur qui, autant qu'on en peut juger d'après les ruines, devait être très-élevé et très-fort. Ce mur était de verre, ou plutôt vitrifié par raction du feu qui avait mis en fusion compacte presque toute la pierre, encore le peu qui en avait

* Annual register, 4778.

échappé à cette action, était-il enveloppé de matière vitrifiée.

Quoique ces hauteurs fortifiées aient une plate-forme à leur sommet, néanmoins l'accès en est toujours difficile, à Texception d'un endroit, qui partout est défendu par des travaux additionnels^ quelques-uns pourtant, dont la figure est un long ovale, sont accessibles aux deux extrémités ; mais alors l'état des ruines prouve que ces deux extrémités étaient vigoureusement fortifiées.

Ces forts sont situés :

io Sur la montagne de Knockfarril, au sud de la vallée de Strathpeffar, à deux milles ouest dé Dingwall dans le Ross-Sbire. Cette montagne a neuf cents pieds (anglais) de hauteur au-dessus de la vallée. La plate-forme que le mur enferme est d'environ cent vingt pas de long sur quarante de large; à chaque bout, et en avant du mur, s'élevaient des ouvrages détachés qui devaient être très-forts. Les fouilles que fit M. Williams, lui présentèrent de grandes difficultés. Quoique évidemment la muraille se fût brisée en tombant, les fragments en étaient encore si grands et si s(dides, et la vitrification si entière, qu'il avait toutes les peines du monde à se faire jour au travers. Cependant à force de leviers et de bras, ils parvinrent à faire rouler du haut de la montagne de gros fragments, qui se brisaient contre les rochers, et finissaient par pleuvoir en éclats sur la vallée.

Au nord, les ruines du mur n'avaient pas moins do douze pieds ; qu avait-il donc de hauteur , lorsqu'il était debout? Un fait assez extraordinaire, quoique évident, c'est que toute la muraille s'était renversée en dehors.

Ce fort, comme tous les autres de son espèce, avait sur le milieu de la plate-forme deux puits où, lorsqu'on les rouvrit, on ne tarda pas à trouver de Teau.

Le nom complet de cette montagne fortifiée est Knockfarril-Naphian, c'est-à-dire l'habitation de Fingal sur Knockfarril. La tradition est que cet endroit était occupé par des géants, et que le chef de ces géants était ReePhian M*Coul, ou le roi Fingal, fils de Goul.

Il existe une autre de ces forteresses sur la montagne de Craig-Phadrick, immédiatement au-dessus de la maison de Muirtoun, à deux milles ouest d'Inverness. Une particularité de cette forteresse, c'e^t que sa plate-forme est entourée d'un double mur vitrifié. Quant aux trois murs qui défendent l'entrôe à Test, cela est plus ordinaire, l'habitude étant d'avoir plusieurs ouvrages pour protéger l'entrée.

A environ douze ou quatorze milles d'Inverness , se trouvent deux autres de ces hauteurs fortifiées, l'une Castle Finlay, à deux milles nord-est, et l'autre Dun-Evaif, à deux milles sud-ftuest du château de Galder,dans le Shive de Nairn.

On voit' una petite ruine fortifiée à trois milles de Fort-^ Augustus, que M. Williams croit s'appeler Tor-Dun- Castle ; et une autre beaucoup plus considérable, à l'ouest de Gleneves, dans Lochaber, à environ trois milles sud de la garnisçn de Fort-Williams.

Ces forteresses sont au nord des Highlands ; il en est une au sud, à Finaven, à un petit mille ouest d' Aberlemny, à un demi -mille nord de la grand'route , à mi-chemin entre Brechin et Forfar, dans le comté d'Angus.

Une des raisons pour lesquelles ces ruines n'ont pas été découvertes, c'est probablement qu'elles sont presque ensevelies sous la bruyère et sous l'herbe, et qu'à première vue on les prendrait pour des constructions de terre.

Reste à se rendre compte de la manière dont on construisait ces murs.

f Ces masses vitrifiées, dit M. de la Pilaie, se composent d'une agglomération de pierres irrégulières et inégales, liées par une pâte vitreuse, noire comme le jais, tantôt pure,, tantôt remplie de graviers. Le ciment a une cassure brillante, anguleuse, lisse et assez unie. II est toujours celluleux; et les grandes concavités qu'il présente sont colorées en violet assez terne. Le grès domine par* mi les pierres qu'il assemble, et comme celnÎH^i ne s* est pas vitrifié, il se détache en sablon blanc quand la rocbe a peu de finesse.

» Si nous examinons la composition interne de cette masse, BOUS reconnaîtrons qu'on jetait péle-raéle dans la matière en fusion toutes les pierres qu'on rencontrait, quelles qu'elles fussent; car l'inégalité de leurs proportions. Tirrégularité de leurs formes l'indiquent manifestement ; et coflme si le ciment vitreux ne se fût introduit entre elles qu'avec peine par Teffet du refroidissement, l'on rencontre des vides où il forme des espèces de stalactites qui nous annoncent que la matière avait alors peu de fluidité. Les faces externes du bloc m'ont paru aussi moins altérées par l'action du feu que les parties internes. Lorsque les fragments de cette masse restent exposés aux injures du temps, ils deviennent ternes et prennent exactement Tas* pect et la couleur des produits volcaniques. »

M. de la Pilaie en conclut que cette masse a été conl' .posée sur les lieux, dans une fosse déterre à bords élevés ' au-dessus du s5l, jusqu'au degré de hauteur qu'on désirait lui faire atteindre, et que si toute la ville'de Saînte^-Suzanne eût été entourée de semblables murs, on aurait d6 fdrmer une double chatissée en terre pour y déposer les matiêreJi vitrifiablesj et jeter dessus les pierres réfractaires et, stlr (jelles-bi, les morceaux de bois destinés à entretenir et con* tinuer la fusion.

Dans la Mayenne, comme en Ecosse, le pays concourait de la manière la plus efficace à cette entreprise. Les chaînes des Coëvrous:, aujourd'hui d'une nudité générale, étaient couvertes de forêts, comme l'indique l'étymologie du mot coët, hois. et vron ou bron^ mamelle, mamelon, appliqué aux élévations ou montagnes. En outre, la vaste forêt de la Gharnie., qui occupait une grande partie du bas-fond qui s*étend sur la rive gauche de TErve, venait confiner sans doute aux approcties du monticule de Sainte-Suzanne. '

Au reste, ce mode de construction qui nous parait si singulier, tient à l'enfance même de la société. Un incendie, un bûcher ont suffi pour en suggérer l'idée à nos ancêtres; et ils auront d'autant plus volontiers adopté le résultat d'une découverte due au hasard, que, réduits sans douté à n'avoir encore cimenté leurs murailles qu'avec de la boue, un climat humide, tel que celui de l'Ecosse, ou tel que cette partie montagneuse limitrophe du vaste bassin dé la Loire, leur ôtait, par ses pluies fréquentes, tout espoir de rien édifier de solide et de durable. Quant aux constructions cimentées avec de la chaux, il faut convenir que ce mode suppose plus d'observations, plus de combinaisons et d'adresse que le moyen d'une pareille vitrification. Ce sont là certainement les causes qui auront donné lieu à construire ainsi les forteresses.

Lorsque, au commencement du quatorzième siècle, les Mexicains furent vaincus par les peuples de Colhuan et de Tepanecan, il ne leur resta que leur ville et le lac sur lequel elle est située, et, la nécessité leur donnant de l'industrie, ils imaginèrent de se créer sur l'eau des terrains factices. Ils se firent donc des radeaux avec des saules et des racines aquatiques, ils en comblèrent les vides avec de légères broussailles; puis ils les couvrirent

de terre noire. Plantés en mais, en légumes, en poivre , ces champs artificiels flottaient sur le lac, et servaient à Talimentation des habitants de la ville.

Plus tard, lorsque les Mexicains rentrèrent en possession de leur territoire, un bon nombre de ces champs utiles devinrent d'agréables jardins, ornés de fleurs, d'arbres, de pavillons, voguant sur les eaux à Taide du vent et de la rame. Le reste sert de potagers, et leurs propriétaires, nommés Chinampa, fournisseut en partie la ville de légumes*. •

Ce serait commettre un étrange oubli que de ne pas citer dans un recueil de curiosités géographiques l'Islande, cette île de glace et de feu, dont 4,000 milles carrés seulement sont habitables. Figurez-vous sur une mer de feu deux chaînes parallèles de Jokuls ou montagnes de glace.

r L'espace longitudinal compris entre les deux plateaux montagneux est une vallée profonde, de cent milles de largeur, qui s'étend de la mer à la mer, et dont le soussol de trachyte, couvert de lave, de sable et de cendres, est semé de -petits cônes volcaniques. C'est un désert effrayant dont les indigènes n'approchent qu'en tremblant, un théâtre de luttes perpétuelles, entre le feu et la glace. On n'y trouve ni une goutte d'eau ni une pointe d'herbe. Pas un être vivant, pas un oiseau, pas môme un insecte! La surface présente une masse confuse de laves crevassées, de rochers amoncelés sur des rochers; çà et là des glaciers complètent ce spectacle de désolation. Les extrémités de la vallée sont plus particulièrement en butte à Taction continuelle des feux souterrains. A l'extrémité sud qui se déroule et s'aplanit en avançant vers la mer, on

t Histoire d'AnahtêaCy par don Gla?igcro.

rencontre beaucoup de volcans. L'HécIa est le plus counu par son isolement, sa proximité de la côte et ses (erribles éruptions. Le cône est divisé en Iro's pics par des fissures pleines de neige ; l'une d'elles coupe la monta2:ne de la cime à la base. On l'attribue à !a grande éruption de 1300. De 1004 à 1766, on a compté \ingt-trois grandes éruptions, dont l'une a duré six jours, lépandant la dévastation sur un territoire alors babilé par une colonie florissante ; aujourd'hui couvert de la\es, de scories et de cendres. L'éruption du Skaplar, qui éclata le 8 mai 1783 et dura jusqu'au mois d'août, est l'une des plus redoutables dont on çiit gardé le souvenir. Le soleil, penrlant plusieurs jours, fut masque par d'épais nuages de vapeur qui s'étendirent jusqu'en Angleterre et en Hollande, et la quantité de matières volcaniques vomies par le cratère fut estimée à luO ou 180 millions de pieds cubes. Plusieurs ri- \ières entrèrent en ébuUition, d'autres furent entièrement taries ; la vapeur condensée retombait en neige et en tonents de pluie; la contrée fut r.ivagée. H s'ensuivit famine et maladie; et, dans l'c>pace de deux ans, il mourut 1,300 l.ommes et 150,000 moulons et clievaux. Cette scène d'épouvinte fu' couronnée par un tremblement de terre. A'. ant l'éruption, un étrange adoucissement de la température annonça rapproche du feu volcanique vers la suiface du sol. Ou a\ail déjà observé les mêmes signes précurFCurs pour les éruptions de l'ilérla^ »

— Le tremLIcny.'iit do terre de Lisbonne, dont le centre d'action était immô.lir tomont au-dossons t'c la ^^le, secoua un arc de 700,000 milles cariés, égal à un douzième de la ci: cor -'""': n^e da ir'ohc".

2 11 se fi! senlir jusque:! Calabre, c'est -à-dire sur toute rétendut du Ulloral mèdi terra néeti ; une fontaine thermale près do

DesMERs.-^Le grand Océau Pacifique a plus d*étendue H lui seul que toute la terre habitable. Il occupe une surface de 50,OX),000 de milles carrés, et de 70,000,000, si Ton y comprend l'Océan Indien. Du Pérou à l'Afrique, sa largeur est de 16,000 milles. Entre les tropiques, sa profondeur est telle, qu'en maint endroit une sonde de cinq milles de longueur n'a pas suffi pour atteindre le fond.

L'Océan Atlantique, qui paraît s'étendre d'un pôle à Vautre, a 5,000 milles de large, et occupe une superficie de 25,000,000 de milles carrés. Voici quelques-unes de ses profondeurs :

270 26* 3" de latitude et 17« 27' de longitude 14,550 pieds.

A l'ouest du cap de Bonne-Espérance, 450 milles 16,06^2 d

(Plus que la hauteur du Mont-Blanc.)

150 3* 5" de latitude et 23o is' de longitude ouest 27,600 o

(La hauteur de l'Hymalaya, et encore la sonde n'a pas atteint le fond.)

c L'Océan Germanique dont le lit s'élève rapidement par les alluvions et les détritus de la terre n'a dans une grande partie de son lit qu'une profondeur de 95 pieds, et môme, près de la côte escarpée de Norwége, il n'a que 5,460 pieds. A la profondeur d'un mille et un quart, la pression de la mer est égale à 2,809 livres sur chaque

Naples se tarit le jour même que celte horrible secousse boule- Tersa le Portugal. La date de ce cataclysme est 1755 ; or, n'est-ii pas singulier que Tannée 1855, son anniversaire séculaire, ail commencé par un tremblement de terre qui s'est fait fortement sentir au centre de ce même lilloral, à Nice, qui a failli en être détruit. Ce fait était bon à consigner, pourquoi ne Ta-t-on pas fait avant nous T

GÉOGRAPHIE. 2i3

pouce de surface. La couleur de l'eau, lorsqu'elle est pure, est d'un beau bleu clair. Elle devient verte en se mêlant à certaines matières végétales, et d'un jaune-brunâtre quand elle tire son reflet des mousses marines. C'est vers le 220 de latitude nord et le 17^ de latitude sud que la saîure des eaux de la mer est la plus forte; elle diminue vers l'équateur, et vers les pôles elle est moindre encore, ce qui est dû à la fonte des glaces. Dans le détroit de Gibraltar, l'eau est quatre fois plus salée à la profondeur de 970 brasses qu'à la surface.

» La superficie centrale de la mer Pacifique et de T Atlantique est mue par la grande marée océanique que produit l'action combinée du soleil et de la lune. De cette masse qui oscille continuellement, des marées partielles divergent dans toutes les directions, et pénètrent dans les mers intérieures, les baies et les emboucbures de fleuves, avec une rapidité dépendant de la forme de la côte, de la profondeur du canal ou de la nature de son lit. Sur quelques points de la côte de la Grande-Bretagne, les marées s'élèvent à SO et 60 pieds. Dans le canal de Bristol et le golfe de Saint-Malo, elles montent à 47 pieds, d'après le capitaine Beecbey, et dans la baie de Fundy, à 60, tandis qu'à Sainte-Hélène elles ne dépassent jamais 3 pieds, et sont à peine sensibles au milieu des archipels de la mer Pacifique, situés sous les tropiques. Sous l'équateur, la marée suit la lune à raison de 4,000 milles par heure» Dans le canal de Turnry, à Cayenne, la mer s'élève à 40 pieds en cinq minutes ; son reflux n'est pas moins rapide. Les plus hautes vagues qu'on renc ^ntre au Cap de Bonne- Espérance, le fameux cap des Tempêtes, n'ont pas plus de 40 pieds de leur base à leur sommet. Par les plus grands vents, la mer est probablemeat calme à la pr(rfoûde«r de 200 ou 300 pieds.;

» Tandis que le caractère général des fleuves est de porter à la mer un volume d'eau toujours croissant, il est des cas où les fleuves et les ruisseaux s'absorbent dans le sol, et s'y perdent avant de parvenir à l'Océan. On connaît la fameuse perte du Rhône qui disparaît pour se remontrer plus loin; il existe dans le Derbysbire des ruisseaux qui s'éclipsent aussi momentanément, et reparaissent à une certainô distance. Lorsque l'Arve, qui se jette dans le Rhône, est enflé par une crue considérable, il refoule les eaux du fleuve dans le lac de Genève, et il arriva une fois que ce courant rétrograde fit tourner les roues des moulins en sens inverse ^ .»

€ On a des exemples de rivières subitement arrêtées dans leur cours, et dont le lit est demeuré à sec. Le 26 novembre 1838, l'eau manqua si complètement dans la Clyde, le Nith et le Teviot, que les moulins furent arrêtés pendant huit heures dans la partie inférieure du cours de ces rivières. Un phénomène, si rare du reste, était dû à la coïncidence d'un grand vent et d'un grand froid, qui avait gelé l'eau près des sources. C'est précisément le contraire qui arrive dans les rivières de Sibérie^ coulant du sud au nord, et dont le parcours est de plusieurs centaines de milles. Le dégel s'opère à la partie supérieure quand l'îaférieure est encore gelée, et l'eau ne trouvant point d*issue inonde le pays 2. >

c Les marées de l'Océan remontent souvent les fleuves à une distance très-grande et à une hauteur qui dépas e de beaucoup le niveau de la mer. Dans le fleuve des Amazones, la marée se fait sentir à 576 milles de l'embouchure, et dans l'Orénoque à 255 ^. »

t North Brilith reeiew,

• PhytietU ffeography^ p. 871.

s Jf9rih Britith rt ri#w

Ceylao, l'une des plus grandes îles du globe, est située à rextrémité méridionale de la presqu'île de l'Hindoustan. Sa superficie est d'à peu près sept cents lieues carrées. Elle est si belle, que plusieurs écrivains y ont placé le paradis terrestre. L'étymologie de son nom n'est pas connue. Elle a porté jadis ceux de Lanka, Laka-Diva, Linghala et Tamprabarni. Elle est désignée par les géographes arabes sous ceux de Serendib, Selendid, Seilan. A en croire quelques auteurs, Ccylan serait la Taprobane des Romains.

Deux races se partageaient anciennement, avec quelques autres peuplades moins importantes, la possession de cette île fortunée ; l'une, la race chingulaisc, habitant les côtes et les plaines; l'autre la race candienne, occupant les montagnes de l'intérieur; la première toujours prête à accepter le joug des envahisseurs, autant que la seconde était obstinée à le repousser.

€ Prenez une poche, ce que vous appelez la chair de ce fruit, la substance que vous mangez, enveloppe un noyau central, gros d'ordinaire comme une belle fraise. A Ceylan, le district intérieur, correspondant au noyau de la pèche, constituait un petit royaume lilliputien, resté entièrement indépendant, durant plusieurs siècles, de l'enveloppe qui l'entourait de toutes parts, la chair delà pêche. Ce noyau s'appelle Candie, et ses habitants, faciles à distinguer par leur caractère et leur origine, portent le nom de Candiens. A l'agilité et à la cruauté du tigre ils joignent la souplesse et la perfidie du serpent, même au moment où ils se tapissent pour l'élancer d'un dernier bond sur leur proie. Les habitants de Tenveloppe du noyau, les Chingulais, ne sont ni plus honnêtes ni moins lâches que les Caâdieas; mais autant leur lâcheté est douce, inerte

et pasrÎTe. antaot ceUe desCaodîensest féroce, agressive, im]:Iacab!c *. >

Xocs nous empressons de préTenir le lècteiir que cette citation est tirée da Blacltcood's gentleman Magazine, rfi cccxxxTi. novembre 1843; des invectives de cette violence contre nn peuple oppiimé ne poovaient être écrites que dans la langue de ses oppresseurs. Aussi quelle audace à one nation de revendiquer son indépendance ! et quelle ingénieuse assimilation de la lâcheté féroce, agressive, implacable, à la lâcheté douce, inerte et passive ! Si la comparaison de rUe de Ceylanàun fruit est ingénieuse, il faut avouer que rindignation de 1* écrivain anglais né Test pas moins.

Pour donner une idée exacte du port de Malte, les ciceroni maltais emploient une figure très-juste. Us comparent le grand port à une main étendue et dont les doigts sont écartés. L'espace vide entre les doigts représente la terre, et la main elle-même représente assez bien la surface du grand port. Le pouce qui figure le chenal ou entrée, est dirigé vers le nord, et les doigts vers Test. Pour continuer la figure, Tannulaire représenterait le port des galères ; à sa naissance et sur Tespace qui le sépare du petit doigt serait le château Saint- Ange; à son extrémité le Borgo; au bout du médius Yictoriosa, et en avant la Cottonera. L'espace entre Tannulaire et le médius est occupé par l'île de la Sangle, aujourd'hui l'Isola. Parallèlement au pouce s'étend la langue de terre sur laquelle est bâtie la ville de la Valette ; à son extrémité nord est le château Saint-Elme, et son flanc gauche ou occidental est baigné par les eaux du port Marsa Musetto.

La Florianna est complètement dans Tintérieur au sni de la Valette *.

— Les tentatives que fait l'Angleterre pour retrouver le navire et l'équipage du capitaine John Franklin et qui viennent enfin de toucher à un résultat, n'avaient pas été, tant qu'elles ont duré, sans profit pour la science, grâce à M. Keliett qui pénétrait, il y a trois ans, dans les mers polaires par Tocéan Pacifique et le détroit de Behring, tandis que sir James Ross entreprenait d'y passer par Tocéan Atlantique et le détroit de Davis. M. Keliett a adressé à l'amirauté un rapport rempli de détails curieux. En voici quelques-uns :

Le 2 juillet, l'expédition entrait dans le détroit de Behring. Le capitaine constate qu'à cette époque, la différence de la lumière à minuit et à midi n'était guère plus grande que celle qui existe à Londres entre une belle journée d'été et une journée de novembre. Dans le golfe de Kotzebue, les navigateurs ont remarqué un nombre considérable de gros arbres flottant à la surface de la mer. Ce phénomène a été souvent observé dans l'océan Glacial arctique.

Les rencontres avec les naturels des terres abordées par les équipages des deux vaisseaux qui composent l'expédition, le Herald et le Plover, ont toujours été amicales. Dans l'île de Chamisso, le capitaine Keliett ayant fait pratiquer des fouilles, a retrouvé un baril contenant S36 livres de farine que le capitaine Beechey avait enterrées dans ce lieu à vingt-trois ans de date. Cent soixante -quinze livres de cette farine étaient parfaitement bonnes. Le capitaine en envoie une partie à l'amirauté anglaise.

Deux faits curieux sont signalés dans ce rapport, le

* Retue britannique j février 18i?.

lis CURIOSITÉS PHILOLOGIQUES, ETC.

peu de profondeur de la mer dans ces parages et Textrôme limpidité de ses eaux. Dans toute la vaste étendue de la mer de Behring, où d'innombrables sondages ont été faits, le fond est généralement entre quinze et trente brasses (75 et 1 50 pieds). Une seule fois, la sonde a donné quarante brasses (200 pieds). Une fois on a trouvé sept brasses seulement (33 pieds). A quatre-vingts pieds de profondeur, on distinguait le fond de la mer avec la plus grande netteté.

C'est le 29 juillet que l'expédition est parvenue au point le plus rapproché du pôle qu'elle ait pu atteindre ; 731 degrés 2 minutes de latitude nord et 115 degrés 40 minutes ouest du méridien de Paris. C'est le i^^ août que les navires ont mis à la voile pour reprendre la route de l'ouest ; le capitaine Kelett croit avoir découvert des îles qui n'avaient été vues par aucun de ses devanciers.

Le peu de succès de ces tentatives ne découragea pas l'Angleterre qui prépara de nouvelles expéditions. L'Amérique elle-même s'associa à ces louables efforts, et on ouvrit aux Etats-Unis, une souscription en tête de laquelle un particulier s'insciivit pour 5,000 dollars. Quatre nouveaux navires, emportant des machines à vapeur et une quantité considérable de charbon de terie, quittèrent l'Angleterre pour se diriger vers le détroit de Lancastre, et coïncider avec une expédition qui venait de partir sous les ordres de MM. Drinkwater, Bethune, Edward Belcher et Collinson.

Le 6 février 1830, M. Wold fit, à l'institution rovalo de Londres, en présence d'un grand nombre d'auditeur?, une leçon sur les expéditions envoyées au pôle arctique, leçon qui fut terminée par un singulier spectacle. Un ballon, préparé d'api es le système adopté par l'amirauté anglaise dans cette occasion, s'éleva jusqu'à la voûte

et fit pleuvoir sur les assistants de petiles bandes de papier imprimées. Tel était le moyen de correspondance qu'on avait adopté pour essayer de communiquer avec l'équipage, s'il était, comme on le croyait, emprisonné dans les glaces. Malheureusement, on pourrait donner aux naufragés des nouvelles, mais on n'en pourrait pas recevoir d'eux.

On songea aussi à envoyer de nouvelles expéditions du côté de la baie de Baffin et du détroit de Barrow, et enfin une dernière dans la direction du cap Bathurst et de la terre de Banks. Il n'était pas douteux que les équipages anglais et américains courraient de grands dangers. En 1830 seulement, vingt navires ont péri en face de la baie Melville. Le docteur Scoresby avait publié sur ces expéditions arctiques auxquelles il a pris part, une brochure pleine d'intérêts et de renseignements utiles.

« On ne peut pas, dit-il, prévoir l'arrivée des. floes ou glaçons qui vous écrasent de leur poids. En trois minutes, j'ai vu un baleinier aplati entre deux murailles de glace qui, se rapprochant avec une célérité effroyable, le détruisirent hommes et biens, sans qu'il en restât trace. On ne voyait apparaître au-dessus que le bonte-hors du mât d'artimon ; un autre resta dressé sur la poupe comme un cheval qui se cabre sur ses jambes de derrière. La Princesse de Galles Gila Lœtitta furent percées départ en part, comme à coups de lances, par des glaçons aigus de plus de cent pieds qui se rejoignirent à travers les bordages.

Tels sont les dangers auxquels s'exposent les marins engagés à la recherche de sir John Franklin, et qui résoudront peut-être le grand problème du passage par le nord. Un des plus bizarres incidents produits par l'extrême surexcitation de l'intérêt public en faveur de cette expédition, c'est l'apparition inattendue d'un sorcier dans

cette affaire. Au moyen d'un verre magique, qu'il appelle cristal indien, et qu'il place sur l'œil d'un enfant, ce personnage, qui se nomme Zakiel, prétend avoir pleine connaissance de la situation occupée par les voyageurs perdus. Il a écrit une lettre datée du 5 février pour leur annoncer que cet enfant de treize ans a clairement vu dans ce cristal (acheté à la vente de lady Blessington) sir John Franklin et ses hommes. Voici les détails qu'il donne, écrits, dit-il, sous la dictée de l'enfant:

c Tous les matelots sont vivants; on les trouvera dans le voisinage du cap Walker. Ils marchent par groupes séparés vers le 73^ 1/2 de latitude; un officier très-mince est à leur tête. — Neige et brume. — Des chiens attachés à des traîneaux. — Quelques matelots agitent leurs chapeaux au-dessus de leur tète pour appeler des camarades, etc.»

Ces étranges révélations ont, comme de raison, trouvé à Londres quelque croyance parmi les matelots et le peuple. Avez-vous jamais vu un charlatan manquer de dupes?

— Il a été fait par M. Z. Allen de Providence, sur la fameuse cataracte de Niagara des calculs fort curieux dont nous nous bornerons ici à constater les résultats.

Dans l'espace d'une minute, il passe sur les rochers du saut du Niagara, une masse d'eau égale à 22,440.000 pieds cubes, dont le poids s'élève à 704,250 tonnes ou 1,402,1300,000 livres.

En évaluant la hauteur de la chute à 160 pieds anglais, a un tiers la perte de la force de l'eau comme moteur, et la force d'un cheval (de vapeur) à 33,000 pieds élevés à une hauteur d'un pied par minute, le saut du Niagara cquiMiiit à 4,553,334 chevaux.

Qr si l'on veut comparer cette force à celle que met en

eu rîBdustrie môcamque en Angleterre, on obtiendra le résultat suivant:

Baines' estimait en 1835 la puissance mécanique de la Grande-Bretagne aux chiffres que voici :

Par la force de la vapeur 33 ,000 chevaux.

Par celle de l'eau 11,000

Dans les manufactures pour la laine, etc. 100,000

Dans les bateaux et les mines 50,000

Total 194,000

Depuis 1835, évidemment ce chiffre a augmenté, et les progrès de l'industrie, Tessor considérable qu a pris la vapeur comme moyen de locomotion sur Teau et sur les chemins de fer, permettent d'élever cette force mécanique de 20 pour \00, c'est-à-dire de la porter au chiffre de 233,000 chevaux.

Mais comme l'action de cette force n*a lieu que pendant onze heures par jour et pendant six jours par semaine, tandis que la chute du Niagara ne se repose ni la nuit ni le dimanche, il en résulte que sa puissance mécanique est au moins quarante fois supérieure à celle que met en œu-^ vre toute l'industrie de la Grande-Bretagne.

Géographie rétrospective. -*• Mélanges géographiques.—- Les Canaries, ou Iles Fortunées, furent plusieurs fois perdues et retrouvées pendant le cours du moyen âge. On a une relation curieuse d'une expédition qu'y firent les Espagnols en 1341 ' et malgré laquelle ces îles furent considérées pendant plus d'un demi-siècle comme des terres vagues qui devaient exciter l'ardeur des aventuriers.

i tliêiory oflhê eotlon manufacturet ofthe unUed kingdom o Gréai Brilain.

• Publiée en 1827^ à Florence, par Ciampi.

Eni514, et même en 1533, d'autres voyageurs, Pierre d'Aria et Cadamosto, y ayant abordé, écrivirent le récit de leur expédition. Ils regardaient cet archipel comme une terre jusque là inconnue.

Le Darfour, dont le nom est placé sur une carte du xvc siècle, est resté, depuis, ignoré jusqu'à Bruce.

Tombouctou (Tenbuch) se trouve sur les cartes catalanes du xive siècle, publiées par M. Buchon.

Paul Imbert, français, alla à Tombouctou en 1670. lien est fait mention dans une lettre sur diverses parties de V Afrique ^

Le Journal de la Société Royale Géographique de Londres contient dans son volume XV, part. 2, un savant mémoire de M. Cooley sur le grand lac intérieur de l'Afrique Australe, le Maravi des anciens géographes. En voici le résumé :

^0 II existe indubitablement au centre de l'Afrique australe un lac d'une longueur très-considérable par rapport à sa largeur, et que l'on peut croire incliné du sud-est au nord-ouest ; c'est donc à tort que la critique de quelques géographes modernes avait effacé ce lac de nos cartes, oùd'Anville l'avait bien indiqué, sauf la direction, d'après les anciennes relations. La pointe méridionale de ce lac doit être à peu près sous le méridien de Tété, c'est-à-dire entre 32 et 53 degrés de longitude E. de Paris, et vers le \%^ degré de latitude sud.

20 Le nom de Maram^ sous lequel ce grand lac intérieur fut autrefois principalement connu, n'est pas une appellation géographique. C'est un titre de chef qui a pu servir à désigner un territoire et sa ville principale voisine de la pointe australe du lac, mais qui n'a été appliqué au

1 Paris, i670, in 11.

GÉOGRAPIIIF. Î5S

lac lui-même que par suite d'une méprise. On aura dit lo territoire, la ville du Maravi, dont on a fait aisément le territoire, la ville, et par suite le lac de Maravi. Le lac porte sans doute, dans les di\ erses parties de son étendue, beaucoup de dénominations locales; la plus générale paraît être celle de X't/«ssj, qui signifie la mer.

Certaines traditions indigènes placent dans ce lac l'origine du grand fleuve d' Abypsinie et d'Egypte : des rapports beaucoup moins douteux lui donnent un écoulement dans la mer des Indes par la rivière EufiJji, qui débouche visà-vis de l'île de Morifia, au nord de Quiloa.

-4« Enfin, une dernière remarque, c'est que jusqu'à présent aucun européen connu na vu le Grand Lac inttrieur. Tout ce que nous savons de ce trait si remarquable de la géographie physique des contrées australes de l'Afrique, nous le devons aux rapports des indigènes; et quoique ces rapports soient assez authentiques et assez concordants pour ne laisser aucun doute sur deux points essentiels, l'existence môme du lac et sa situation trèsapproximative, on ne doit néanmoins les considérer que comme des indications propres à stimuler et à diriger tout à la fois les explorations européennes^.

— Les méprises les plus extraordinaires sont occasionnées fréquemment par des causes d'une importance minime, telles que de simples ressemblances de mots. Nous en citerons un exemple remarquable, qui a trait à une des erreurs géographiques les plus répandue.^, avant que M. de Ihimboklt l'eut réfulée. Toutes les cartes françaises, anglaises et allemandes de l'Amérique méridionale qui ont été publiiées pendant quarante ans, donnaient à la chaîne des Andes pu Gordillières une largeur considérable

» j\ouv$llt>t annaki dex voyages, vol. IV, :>e série.

quellen*a pas^Cela vient de ce que la carte de La Crux Olmedilla, qui leur a servi à toutes de modèle, portait en quelques endroits l'inscription suivante mal interprétée : Jqui hay montes de cacao (Ici croît le cacao sauvage) , De célèbres géographes ont placé au lieu désigné par la fatale inscription, des montagnes de neige, prenant pour montagne (cerros, serranias), le mot monte (forêt), généralement usité dans les colonies espagnoles, et oubliaqt ainsi que le cacao ne réussit que dans des plaines brûlantes, sous une température moyenne de 23^ Réaumur. Dans le dialecte espagnol le plus pur d'Europe, une forêt de hautes futaies s'appelle aussi monte alto ^.

— La Hague est une contrée située vers la pointe nordouest du département de la Manche, et terminée par le cap du même nom, appelé aussi pointe cVAnderville, — Aucun village ne porte le nom de Hague,

La Ilougue est un village situé un peu au sud delà pointe nord-est du même département. C'est en vue de la Hougue et de Saint-Vast-la-Hougue , qui y est contigu , qu'a eu lieu la bataille navale si improprement dite de la //ogue. La Hogue n'existe pas. — L'erreur vulgaire tient probablement au voisinage du cap de la Hague, à l'ouest, et du cap au-dessous duquel est le village de la Hoiigue, à l'est de la presqu'île du Cotentin ; mais ce dernier cap porte le nom de pointe de Barfleur ou de Gatteville.

— Il y a près d'Antioche une montagne que les gens simples appellent la montagne noire, par une fausse interprétation de son véritable nom, Neros, dont l'étymologie est le mot grec Nero qui signifie eau , à cause de ses sources.

— Jacques de Vitry * compte faussement trois villes de Babylone.

i Elirait d'un mémoire allemand sur le plateau de Quito. « Ut. m

— Huber * prétend qu'il passa près de la fontaine de Joo* vence; il y alla, s'y baigna sept fois avec ses compagnons, et tous s'en trouvèrent frais et dispos.

— La ressemblance des noms de Quènes et de Çwen- /and, avec le mot gotbique qui veut dire femme, fut causé de l'erreur des écrivains du moyen âge qui tous placèrent dans l'extrême nord un royaume des Amazones 2. Les Quènes s'étendaient depuis la mer Blanche jusqu'à l'ouest du golfe Bothnique 3.

— Eginhard est le premier qui ait écrit une description de la mer Baltique ; mais il n'en connaissait pas Textrémité orientale, et il s'est borné à donner le nom des principales peuplades *.

— C'est aux Normands qu'est due la première description exacte et détaillée de la Prusse. Les Scandinaves appelaient Estiens tous les peuples qui habitaient à l'est de la Yistule. Le navigateur Wulfstan rapporte que les Estiens n'enterraient point leurs morts en hiver, et qu'ils ne prenaient point pour héritier leur plus proche parent, mais le meilleur cavalier de leur tribu.

— Les Scandinaves, connus sous les noms de Normans et d'Ostmans, découvrirent l'Islande dès la fin du vu® siècle, au dirt de leur écrivains.

En 861 , un vaisseau Scandinave aborda aux îles Fé" roer.

De 860 à 87:2, l'Islande fut visitée par trois navigateurs Scandinaves, qui en décrivent la circonférence d'une ma* nière conforme aux observations des astronomes français

< Géogr. ra^enn., IV, 4 el46. Paal diac, 1, 15. Adam. Brem ap. Lindembrog. 37, 58, etc.

5 Alfred, Orosiug, p. âl-30.

* Eginhard, Vtia CaroH. M. éd. Schminkn, p. 63.

modernes. On pouvait, disent -ils, faire le tour du pays en sept jours, et la circonférence était de 168 vikur ou lieues de i 5 au degré *.

Le Groenland, grande île ou presqu'île séparée de l'Amérique du Nord par le détroit de Davis, fut découvert, suivant la plujjart des chroniques, en 982 et peuplé en 986; suivant d'autres, il le fut dès 952. L'Islandais Eric Rauda fut le premier qui s'y fixa. On n'allait pas au Groenland aussi fréquemment ni d'une manière aussi suivie qu'aux autres colonies du Nord. Les voyages, pour aller et revenir^ duraient quelquefois cinq ans. Aussi c'était le pays des prodiges. A en croire Torfœus , un certain Hollur- Geit, suivi d'une chèvre, alla de Norwége au Groenland sur la glace. Il s'y trouvait de vastes forêts dont les arbres portaient des glands gros comme des pommes, et où l'on faisait la chasse aux ours marins. La mer, aux environs, était peuplée de géants des deux sexes, et couverte de rochers de glace aussi merveilleux que ceux que les Argonautes avaient rencontrées à l'entrée de la mer Noire. Mais ces recherches nous conduisent à une question bien plus intéressante :

Les Normands ont-ils découvert l'Amérique avant Christophe Colomb?

— Il a été calculé que l'Amérique contenait la moitié du sol productif de l'ancien continent, ou environ 10 millions de milles carrés, pouvant chacun nourrir 350 personnes, c'est-à-dire, quatre fois la population actuelle de la terre. Sa population entière est de 5)5 à 40 millions.

— C'est à dos d'homme qu'on voyage dans les Ande.«i. Ces montures d'une nouvelle espèce sont des mulâtres appelés Carquerros, et en maint endroit ils sont très-nom-

* Annales du Groenland, Mss. Arn. ^ï.ign. nO 7ï8, p. iC.

breux. Ils portent de 150 à 170 livres pendant huit à neuf heures, dans des chemins où on ne pourrait se fier à aucun mulet. Leur paie est d'environ cinquante sous par jour, et dos hommes jeunes et robustes convoitent cet emploi. — Ilumholdt.

Au Mexique, c'est ainsi que vont les directeurs des mines, sur le dos d'un Indieu nommé Cavallilo, qui marche appuyé sur une canne de façon à pouvoir se courber. Chaque matin on leur selle deux de ces chevaux humains.

A Jacre, pour éviter les montagnes, le facteur de la poste descend tous les mois le rapide Chamoya, attaché sur un tronc d'arbre, et ses lettres sur satôte. C'est ainsi qu'il entretient les communications entre les deux côtés des Andes. — HumhohU,

Si, comme on le sait, l'identité de latitude n'implique pas identité de climat, à son tour l'identité de climat n'implique pas identité de production. Les plantes et les animaux de l'Amérique diffèrent totalement de ceux de l'ancien continent. La répartition dépend de quelque loi inconnue; montagnes, plaines, déserts, rivières et température ont de l'analogie ; mais les organisations sont différentes. — Ilumholdt,

Les plaines arrosées par les grandes rivières de l'Amérique du Sud sont appelées Calobaza, Apure, Oronooko et Llanos. Cette dernière est un désert de sable, comme celui de Sahara en Afrique, et si plat que sur 18,0C0 milles carrés Tinégalité ne dépasse pas cinq pouces.

Les vastes contrées qui se trouvent entre l'Oronooko et les Amazones et qu'on appelle la Guyane espagnole sont presque sans habilants.il est .-inivé souvent à Humboldtdo n'en pas rencontrer cinquante dans un espace de quarante lieues , quoique ce soit le pays le plus fertile et le plus ma|[nifique du monde.

Pôles magnétiques. — c Le 22, les navires passaient la ligne où l'aiguille aimantée reste invariable par les 61e degré de latitude sud et 24^ degré de longitude ouest, et avec une inclinaison de S7 degrés 40 minutes. L*hypothèse de l'existence de deux pôles magnétiques verticaux dans le sud (comme c'est le cas dans le nord) est donc erronée, et iUn*y a en réalité qu*un pôle dans l'hémisphère austral *. >

—L'île d'Antiparos, dans l'Archipel, contient une grotte ou caverne remplie de stalactites blancs et transparents. On n'en connaît pas l'étendue réelle. La partie qu'on a explorée a i,000 pieds de long, 5,000 de large et près de 200 pieds de haut.

— Le capitaine Ross a rencontié une tribu de montagnards esquimaux qui n'ayant pas de bois pour se faire des canots et ne sachant pas s'en faire avec des peaux, n'ont aucun moyen de naviguer.

— Le village de Courtisols situé en Champagne à 1 5 kilomètres de Châlons-sur-Marne, et qui s'étend sur deux rues parallèles au midi et au nord de la Vesle, à la distance d'environ 60 pas, présente un phénomène assez extraordinaire pour avoir occupé longtemps, sous la Restauration, l'attention de la Société des antiquaires, et pour mériter celle de nos lecteurs.

c \o Outre la langue et l'accent châlonais^il en a une qui lui est propre, qui se conserve par tradition, dont l'accent n'a rien de commun avec celui de Châlons ni avec la langue française, et qui n'est entendue d'aucun des villages voisins .

> 20 Les habitants de ce village ne se marient presque jamais que chez eux; ils s'aident et se secourent avec-

i Rei>ue britannique, mai 1844. Voyage du capilaint Rott au pôle austraL

une bienfaisance et une générosité étrangères au commun des paysans.

1 3^ Au voisinage de villages qui se sont donnés aux manufactures, celui de Courtisols est demeuré fidèle à l'agriculture, et à force de travaux, d'engrais et de soins, son territoire rapporte communément la moitié ou un tiers de plus que les territoires voisins *. »

Nous trouvons dans un mémoire de M. Hubert, chirurgien à Somme-Suippe, d'autres détails qui achèvent d'établir la différence qui existe entre ce village et son entourage, au milieu duquel il était isolé et par sa langue et par ses mœurs.

Ainsi, quelques habitants y étaient désignés comme génaux ou sorciers, et probité, talent, moralité, fortune, rien ne pouvait déterminer une alliance avec ces familles, et ces malheureux proscrits étaient forcés de se marier entre eux.

Après la mort d'une personne, les parents du défunt distribuent des gâteaux aux cinquante maisons les plus voisines (un pareil cadeau a également lieu lors des mariages); le lendemain ils font la lessive, et portent les effets auprès de l'eau : chaque voisine, la coiffe pendante, en signe de deuil, se rend en silence sur le bord de la rivière, secoue une partie du linge, le frotte, le bat, le lave, et s'en va... Une autre prend sa place...; plusieurs se succèdent jusqu'à la fin de Fouvrage, ce qui dure depuis le matin jusqu'à midi.

— Bruce, voyageur écossais du xviii*^ siècle, prétend avoir découvert les sources du vrai Nil, et ne fait que copier Paez, qui avait déjà décrit, non pas les sources du

s Grosley.leltreàMM.deVaeadémie de Champagne, décembre 1776.

vrai Nil, que nul Européen n'avait encore visitée^?, mais la source du JSil (hs Abussins, qui est l'Astapus des anciens. Depuis, dans ces dix dernières années, l'on a été plus heureux, et l'on a pu sans faire d'erreurs ni de plagiats, parler sciemment des sources du Nil, et par suite mesurer l'étendue de son cours. Voici ce qu'un intrépide voyageur en Abyssinie, M Antoine d'Abbadie, écrivait d'OmokuUus, le 6 août 1847, à M. Jomard :

€ Je n'ose dire que j'ai des preuves (mathématiquement parlant) que la pi incipale branche du Nil Blanc ne vient pas du Sud, mais tourne autour de Kafa; mais il me semble que les renseignements de M. d'Arnauld, parfaitement d'accord avec les miens et une suite d'analogies, empiriques peut-être, mais que je développerai plus tard, rendent ma conclusion très-probable, à savoir que la vraie source du Nil Blanc est située entre Inarya et Jumma-Kaka, par environ 7 degrés 49 minutes de latitude et 34 degrés 38 minutes longitude est de Paris. Mes informateurs Dogo m'ont toujours dit que la rivière principale est celle qui tourne autour de Kafa.

> Je me suis amusé à calculer ainsi la longueur du Nil.

* Do la source, dans la forêt de

Babia à Halelu 51 milles géogr.

• Plus, un quart de sinuosités. . 12 73

> De Halelu à Puxeria, au con-

fluent du Gojûb 283 *

I Plus, un quart de sinuosités. . 70 5 » De Puxeria à Jeanker, d'après la longitude de M. d'Arnauld 550 »

» Plus un tiers de siniiosilés. . . |73 3

* De Jeanker à Kharlum, d'après M . d'Arnauld \ 243 3

f De Khartum à Atbara 87 >

» Plus, un quart de sinuosités. . 24 73

f De Atbara à Damiette, selon

M. de Ilumboldt 1 850 >

Total 4321 »

» D'où le Nil serait la plus grande rivière du monde. Je dois néanmoins vous dire que ma longitude de Saka^ déterminée par des azimuts qui relient ce point avec Gondar, ne différant que de quatre minutes de ma longitude par distances lunaires, ne s accorde pas avec la position donnée par M. d^Arnauld au fleuve dans les environs de Wambek et de Nié va, seuls points qui me paraissent pouvoir coïncider avec la description de l'île de Lakka, ainsi nommée par les chasseurs d'éléphants du Walagga et ceux du Gudra. Or, tous ces chasseurs s'accordent à mettre entre Lakka et Saka une distance beaucoup moindre que celle qui résulte des longitudes de M. d'Arnauld comparées aux miennes.

* Votre toujours dévoué,

> Signé Antoine d'Abbadie. > D'après une autre lettre de M. d'Abbadie à la fin de novembre 1847 à M. Arago, communiquée à l'Académie des sciences, la prévision du savant voyageur au sujet du Nil Blanc s'est réalisée; il a pu enfin découvrir une des sources de ce grand fleuve.

Ethuoiogie. — La sci^ce de l'ethnologie ne date que du commencement du dix-neuvième siècle. Son nom , qui est composé de deux mots grecs, EÔvoç, nation, et>oyoç, discours, signifie donc , à proprement parler, traité sur les peuples, et son objet est de constater les similitudes et les dissemblances qui existent entre les diverses races.

La première idée qui s*est offerte à l'esprit des classificateurs a été de diviser l'humanité en deux races, la blanche et la noire , D'autres sont venus, qui y ont ajouté la jaune ; d'autres encore qui en ont voulu quatre, pour correspondre aux quatre grands continents. Mais comme aujourd'hui le monde a été définitivement coupé en cinq parties, Blumenbach * n'a probablement cru pouvoir faire autrement que de partager aussi l'espèce humaine en cinq races, à savoir :

La race caucasienne ou blanche ;

* De l'unité du genre humain et de ses variétés.

La race mongole ou jaune ;

La race nègre ;

La race américaine, qui tient de la caucasienne et de la mongole;

Et la race malaise, qui tient des races nègre et caucasienne .

Mais ce dernier système a soulevé de vives objections, car il s'accommode mal avec la tradition biblique qui veut que ce soient les fils de Noé qui aient repeuplé la terre. Or, comme chacun «ait, ils étaient trois et non pas cinq.

f Ce qui fera triompher la division en trois races, > dit l'auteur d'un article qui a ptTU sur cette matière dans le Magasin jiittoresque * , t c'est que. étant trinaire, elle correspond au triple aspect sons lequel peut être envisagée la nature des peuples, aussi bien que celle des individus. > A ce point de vue la question s'élève et sort des langes du naturaliste. Ce ne sont plus seulement des Caucasiens, des Nègres et des Mongols, c'est-à-dire, en dernière analyse, des blancs, des noirs et des jaunes, qu'il faut voir dans la famille des hommes; ce sont trois grandes fractions de peuples, qui paraissent avoir chacune des facultés prédominantes et jouer un rôle particulier dans le drame général de la vie humaine.

» Ces trois classes de nations, ces trois races, reçoivent maintenant (de Sem,Cham et Japhet) les noms de Sémites, deHamites et de Japhétiques; dénomination qui sera peut-être remplacée elle-môme par une autre, mais (jui, dans tous les cas, est infiniment supérieure à celle de Caucasiens, de Nègres et de Mongols, toute physique et incomplète. Cependant il s'en faut qu'à cette heure Vethnologie soit en

1 Tom. VIU, 146-148.

26i CURIOSITÉS PHILOLOGIQUES, ETC.

mesure de dire de toutes les nations : celle-ci est de race sémite, celle-là de race hamite, cette autre de race japhélique. On est d'accord sur quelques points généraux; mais il reste encore beaucoup de ténèbres à dissiper, surtout pour les temps anciens.

> Ce qu'on peut dire, c'est que, dans l'état actuel de la science, les Sémites représentent cette race d'hommes au teint basané, aux mœurs mercantiles, mais poétiques et religieuses, qui se sont fixés dans l'Arabie, la Syrie, la Judée, la Phénicie, l'Assyrie et la Chaldée. Les Hamites sont des peuples de couleur noire, mais sur le degré de civilisation et sur les émigrations desquels il règne une grande obscurité. Quant à la race japhétlque, on la compose de toutes les nations dont la langue dérive du sanscrit ; en sorte que ce groupe, à la fois le plus nombreux et le mieux connu, comprend, parmi les peuples de l'antiquité, les Hindous, lesPerseSs les Grecs, les Romains, les Gaulois, et, en général, toutes les familles celtes, germaines et slaves. Pour l'époque moderne, les peuples dont l'idiome a ses racines, soit dans le grec, soit dans le latin, comme les Français, les Italiens, les Espagnols (sauf l'élément ibérique), doivent ôtre considéré-, avec les Anglais, les Allemands, les Russes, les Polonais et tous les Slaves, comme faisant partie de la race japhétique que les érudits allemands appellent indo-gcrmanviue , et que plusieurs ethnologues français proposent de nommer indoeuropéenne, pour mieux faire sentir ce qu'elle a de général. Quelle que soit la qualification qu'on préfère, le groupe des peuples japhétiques se distingue par une intelligence très-développée, qui le rend apte aux décou • vertes scientifiques, et par un caractère entreprenant que rien ne fait reculer, audax lapeli genus, la race auda cicuse do Japhet. Ses rangs se grossissent chaque jour de

ETHNOLOGIE. 26r>

nouvelles recrues, à mesure que l'on retrouve des affinilôs entre le sanscrit et des langues que Ton ne soupçonnait pas jusqu'à ce jour avoir de parenté avec l'Indo. Bientôt elle formera un ensemble si considérable, qu'il faudra la soumettre elle-même à une nouvelle division, jd

Si nous avons fait cette citation, ce n'est pas que nous partagions toutes les idées de l'auteur anonyme de cet article. Nous ne nous sentons pas, quant à nous, la vi\e répugnance que lui inspire la division fondée sur la différence des couleurs.

Bernardin de Saint-Pierre a dit, dans ses Htudes de la nature, que les couleurs des animaux indiquaient, peutêtre plus qu'on ne pensait, leurs caractères, et que la couleur pourrait bien devenir le germe de toute une science ^ Les fameuses Analogies de Fourier partent du môme principe. Enfin M. Da Gama Machado, le piquant auteur de la Théorie des ressemblances, a posé cet axiome : « La couleur est le vrai pilote de la nature, pour donner la connaissance de la valeur de ses productions, dans les trois règnes, animal, végétal et minéral. »

Sans vouloir nous rendre solidaire de ces trois opinion.^, nous avons bien de la peine à penser que si la division en trois races triomphe, ce sera parce qu'étant trinair e, elle correspond au triple aspect sous lequel peut être cn\isagée la nature des peuples aussi bien que celle des individus. Dussions-nous être atteint et convaincu de natura-

1 On a déjà remarqué qae loul animal revèl la couleur dorainanle répandue aux lieux qu'il habile: le renard, le lièvre, les écureuils, les vautours deyiennenl blancs, par exemple, dans les coDlrces neigeuses, les oiseaux, granivores ont une couleur terreuse; la nuance de la caille, de la perdrix {crise, de Talouelle cocliPTis, des farlouses se confond avec celle de la poussière; au désert la robe du reptile varie luivant la nature du toi.

lisme, ce n'est pas par ce motif qu'elle triomphera dans notre esprit. Nous aimerions presque autant croire avec les dévots partisans que l'esclavage a conservés en Amérique, que si les nègres sont esclaves, c'est à cause de la malédiction qui pèse sur leur ancêtre Cham, et admettre avec eux que ce serait par conséquent aller contre les vues du Seigneur, et commettre un sacrilège abominable que de vouloir supprimer l'esclavage.

AHTHHOPOLOGic. — Le but de cette science est la détermination des caractères anatomiques qui distinguent les races les unes des autres. Elle recherche les causes de leurs modifications, soit dans leurs croisements, soit dans leurs filiations, soit enfin dans l'influence que les agents extérieurs exercent sur l'organisation humaine, à mesure de la dissémination de l'homme sur la surface du globe. Mais l'intérêt dominant de l'anthropologie est de décider, par des procédés scientifiques, si l'humanité tout entière constitue une seule et même espèce; si, comme le dit la Genèse, tous les hommes sont sortis des flancs d'une première femme.

« Les races humaines, dit Jean de Muller dans sa Physiologie de r/iomwîe, sont les formes diverses d'une espèce unique qui s'accouplent en restant fécondes, et se perpétuent par la génération. Ce ne sont point les espèces d'un genre, car si elles l'étaient, en se croisant elles resteraient stériles. — Mais de savoirs! les races d'hommes existantes descendent d'un ou de plusieurs hommes prirait.fs, c'est ce qu'on ne saurait découvrir par l'expérience. >

Guillaume de lïumboldt n'admet pas plus que Jean de Muller l'existence primitive d'un couple unique, a Nous ne connaissons, dit-il, ni historiquement, ni par aucune tradition certaine, un moment où l'espèce humaine n'ait pas été séparée en groupes de peuples... Des légendes iso-

lées, se retrouvant sur des points très-divers du globe, sans communication apparente , font descendre le genre humain tout entier d*un couple unique. Cette tradition est si répandue, qu on Ta quelquefois regardée comme un antique souvenir des hommes. Mais celte circonstance même prouverait plutôt qu'il n'y a là aucune transmission réelle d'un fait, aucun fondement vraiment historique; et que c'est tout simplement l'identité de la conception humaine qui partout a conduit les hommes à une explication semblable d'un phénomène identique... Ce qui montre encore, dans la tradition dont il s'agit, le caractère manifeste de la fiction, c'est qu'elle prétend expliquer , d'une manière conforme à l'expérience de nos jours, un phénomène en dehors de toute expérience, celui de la première origine de l'espèce humaine.... En vain la pensée se plongerait dans la méditation du problème de cette première origine. L'homme est si étroitement lié à son espèce et à son temps, que l'on ne saurait concevoir un être humain venant au monde sans une famille déjà existante, et sans un passé. Cette question ne pouvant être résolue ni par la voie du raisonnement, ni par celle de l'expérience, fautil penser que l'état primitif, tel que nous le décrit une prétendue tradition, est réellement historique^ ou bien que l'espèce humaine, dès son principe, couvrait la terre sous forme de peuplades?»

Mais cette négation, exprimée sous la forme du doute, n'entraîne pas, chez Guillaume de Humboldt, celle de l'unité morale de l'humanité, c Une idée qui se révèle à travers l'histoire en étudiant chaque jour son salutaire, empire, une idée qui mieux que toute autre prouve ce fait si souvent contesté, mais plus souvent encore mal compris, de la perfectibilHé générale de l'espèce, c'est l'idée de I'hujlÀKiTB. C'est elle qui tend à faire tomber les barrières que

iîO CURIOSITÉS PHILOLOGIQUES, ETC.

RACEli.

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