‹ Curiosités philologiques, géographiques et ethnologiquesChapitre 9 sur 31 · Livre 111, ckapUte · texte numérisé non relu

Livre 111, ckapUte

« Le maniement et empJoyte des beaux cr^prik donne prix à la langue ; non pas l'innovant, tant, comme le remplissant de plus vigoreux et divers services, l'estirant et ployant; ils n'y apportent point de mots, mais ils enrichissent les leurs, appesantissent et enfoncent leur significot on et usage, lui apprennent des jnouvements innaccoustumes, mais prudemment et ingénieusement. Et combien peu cela soit donné à touts, il se veoid par iaat d'escri vains iranço'sde ce siècle : ils sont assez hardis et desdaigneax, |)our ne suivre pas la route commune ; mais faulte d'invention et de discrétion les perd ; il ne s'y veoid qu'une misérable affectation d'estrangeté, des déguisements froids et absurdes, qui, au lieu d'eslever, abattent la matière : pourvu qu ils se gorgiasent en la nouvelieté^ il ne leur <:hau:t de Tefficace ; pour saisir un nouveau mot, ils quittent l'ordinaire, souvent plus fort et plus nerueux.

< En nostre langage ie trouve assez d'estoffe, mais un |)eu faulte de façon ; car il n'est rien qu'on ne feist du iargon de nos chasses et de nostre guerre, qui est un généreux terrain à emprunter ; et les formes de parler, (/Orame les herbes, s'amendent et fort'iient en les transplantant. Je le treuve suffisamment abondant, mais non pas maniant et vigoreux su'^fisamment ; il suc<;ombe ordinairement à une puissante conception : si vous allez tendu, vous £entez souvent qu'il languit soubs vous, et fleschit. . . »

Nous bornerons là nos citations; la langue du xviic siècle esl trop familière au lecteur^ pour qu'il soit besoin d'en donner des échantillons. Ce n'est pas d'ailleurs un traité que nous faisons ici ; nous ne perdons point de \iie notre cadre

Nous avons voulu mettre à même de juger d'un coup d'œil les transformations svccessiTes par lesquelles a passé notre langue, et, pour compléter cet ensemble, nous nous contenterons d'empronter au français d'aujourd'hui quelques mots qui constateront sa double origine, latine et germaine, et qui montreront d'une manière plus saillante quelle diversité d'altérations bizarres une langue subit avant d'arriver à sa forme définitive, si tant est qu'on poisse admettre que les langues soient jamais fixées.

Tantôt nons avons pris au latin le mot dérivé ou composé, et nous lui avons laissé le primitif. Ainsi le verl>é sumeue, prendre, nous ne l'avons pas et nous avons assttmer^ consumer, consomption, etc.. ferbb, porter, notis ne Favons pas et nons avons conférer différer, dilatoire, etc.. vocare, appeler, nous ne l'avons pas; nouf^ avons évoquer, invoquer, convoquer, ^ocaMaire, vocali^ êation, etc.. Noos avons conducebe, conduire^ condcctor^ conducteur^ et nous n'avons pas ducere. Nous avons une foule d'adjectifs à signification négative, et nous ne les avons pas dans le sens affirmatif, tels qu'implacable, invincible, impudent, immonde, etc..

Tantôt les mots simples sont à peine reconnaissables, et les dérivés n'ont presque pas éprouvé d'altération. CavsMB, par exemple, a bien donné naissance à choir; mais c(»nme le fils ressemble pea au père ! tandis que la seconde génération est toute son image, témoin cddence, accident,, incident, incidence, coïncidence y 9ic.., Boire vient sans contredit de bieerb, mais asptès combien de détours ! tmhiher, au contraire, est le latin même. Juger, sans être tfès«^oigné de judicare, l'est toujours bien plus que judiciaire et judkature,

La môme racine donne souvent naissance à des motsqui ont entre enx des différences notables;, comme vitrvm„

i\ ritre et h verre ; cxixuvs à chalumeau ei k chaume ; AccEPTARE, à accepter et à acheter ; reheuptio, à rédemp-^ iioii et à rançon, etc..

Les modifications que subissent les mots dans leur passage du latin au français sont généralement d'une seule lettre , qui est ou transposée, ou enlevée, ou ajoutée, quelijuefois môme changée. Par lettres, nous n'entendons parler que des consonnes dont Vétymologie doit seule tenir compte.

Lettres transposées : Vigiitti, wngt.

Lettres enlevées : pateb, père; matbk, mère; frater, /rèr? ; soROR , sceur; putere , puer; jejuniux, jeûne; AUGusTUs, août ; pavo, paon.

Lettres ajoutées : gêner, gendre.

Lettres changées : FINGERE, feindre; flectere, fléchir; j»oîîERE, poser *.

Patois de frange. — Le bureau chargé de la direction de la statistique au ministère de Tintérieur en 1807, et plus tard, après la suppression de ce bureau, la Société des antiquaires de France s'occupèrent de faire traduire en divers idiomes ou patois de France la parabole de TEnfant prodigue. Toutes ces versions ont été publiées dans Fuu <les premiers volumes des mémoires de la Société des antiquaires, sous le titre de Matériaux pour servir à VhiS" toire de France. Nous en donnons ici la première phrase <{ui toute courte qu'elle est, suffira pour que le lecteur puisse comparer entre eux ces différents patois. Si cet échantillon lui inspirait le désir d'en connaître davantage, il trouvera la parabole tout entière au tome 6 de la collection que nous venons d'indiquer.

1 V. Magas. pitt., tom. V» ^i% 190.

F.n francai». ^^ honune avait deux flls.

Kn twtois nuv« gnat. En hcme oriot dou8 cfons.

En patois de Liège. In Iwninie areut deux fils. Fil wtois wallon de» enviiTDs de Mal- I«m- y aveve oun homme qunveve

■ A. jy deux ftl«.

Fil poui» de Namur. I »« ^^^ on<» fti on bcmme qui aveuve

' ' deux garçons.

En patois wallon de la partie du ^ai- ^ ^ . „^ ,.

naut dont Mons est la capitale. K'» » "<!"• n^oa deux fleux.

En dialecte de Cambray (Nonl.) hm hom avau deux flus.

En dialecte du canton d'Arras (Paa-de-

^^liiig^) Am honime aro oit deeux garcliéons.

En dialecte du canton de Carvin, arrondis9tmcntdeBéthune(Pns-de-t'.alai8:. Un homme avo deux flu.

En patois populaire de la ville de Saint- Q„,„, Eun home arouott deux erans.

En patois ardennois, entre NcufchAteau

et Bouillon. Ou n'oum aro deu s'nfan.

Fji patois d'OnTiUe, canton de Gorze

(Moselle). Ain oumme aireu docr. offuns.

En patois lorrain. In home aro doux ofans.

En patois du ci-devant comté de Vau-r

dcinrnt (Meurthe). Ein hame éva dou gâchons.

F.n patois de Gernrdnier [Vosges;. In amovou dOu té. En patois de rarrondissenunt irAltkirch

(Haut-Rhin). In haune airait doux fés.

Ko patois de Giromagny (Haut-Rhin.) In houme ara dou boubes. En patois périgourdin des communes de

Ciardes, Edon, Conchières, Rougnac,

Uiznoc, Beoulicux, Choutras, Tonzon

et Cers, canton de Ui Valette (Clia-

r«nt^.'. l'n onié avo dou eCnn.

En patois de Nontron .Dordogne'. In home avio doux Ht.

Kn patoie sarladais (Dordogne). fn honié avio dous n!s.

En patois limou»in d'une imrtie de l'ar-

K:ndissenientdcConft)lens(Charenle). Y avio un* liaumé qu'avio doue éfan. Fji dialecte limousin. Un haunié oguet r.ous droleis.

En patois limousin de l'arrondissement

de Saint-Yrieix. ï^n omé avio doux fis.

Fji patois du canton de Saint-Amant

Tallende (Puy-de-Dôme). Kin home ï'ayo dou garçon.

En patois d-AunUac (Cantal). l^'» homme ôbio dous fils.

En patois de Rhodcz (Aveynm;. ^'n ^^^^ o^o dous cffons.

En patois de Montonban (Tam-et-Ga-

ronne). Un dme abio dous (lis.

En patois de la ytlle de la Réole (Gi-

rcnde). Un liomme ogut dus gouyal/.

En patois gascon du départi ment du

Gers. Un home qu'aougouc dus hils.

En patois du département de la Haute'

Garonne. Un home abio dous fils.

Kn patois de Pamiers < Ariége;. « Un ome abio dous fll$i.

En patois de l'arrendissement de Foix (Ariége;. Un certain home ageg dous gouge aIs.

LANGUe FRANÇAISE. 4«

En patois de l'extrémité de l'arrondisse- . .

ment de Fo», du côté de l'Espagne. Un certain home ag»g dout «ooftats.

En patois de Saint-Girons (Ariége). Un home a :ec dos hils.

En langue catalane du département des Pyrénées-Ofientalet. Un home tingue dos fills.

En patois de Carcassonne (Aude}. l^n liommc abio dôus nrtinacliés.

En patois du département du Tarn. Un home abié dous flls.

En patois d'Agde (Hérault}. Un homme abio dous effans.

En patois de Lodève (Hérault}. ' U» home abio dons éfans.

En patois de Mon^llier (Hérault). ^^ homme aviés dous enfans.

En patois du département de la Lozère. ^^ o™^ «**<> *>«» fll«.

En patois des environs du Puy (Haute- Loire}. Tarioton homme qu'ark) dont garçons.

En patois de Privas (Ardèche). Un home avio dous fis.

En patois de l'arrondissement d'Annonay (Ardèche). Quoqu' eyants dous afans.

En patois de Mme (Gard). Un bomë avi» doux garçoons.

En patois dTïès (Gard\ Un dmë «vie dous efaas.

En patois d'Alais (tard . *^" O"* •▼** dous éfims.

En patois du Vigan (Gard). ^'" P*»^* ovié dous garçons.

En dialecte de Marseille (Bouches-du- Rhône). U" *»<>™o ^vié dous enfans.

En patois du quartier de Saint-Jean, à ,. , . Marseille. ^^ home avie dous enfans.

En provençal du département du Var. ^^ *«»mé avié dous enfans.

En patois génois des communes de Mons et d'EscragnoUes (Var). U» homou aveva doul fnnti.

En patois du canton de Leyne, arrondissement de Digpe (Basses- Alpes). Un homme avie dous ('nfans.

En patois de l'arrondissement de Castelhme (Basfe»-Alpes}. Un hom' avié dous enfans.

En patois d'Avignon (Vaucluse). ^^ horaé avié dous garçouns.

En patois du canton de Tadenet, arrondissement d'Apt (Vauchise). Un certén home avié dous énfons.

En patois de Valence (Drôme^ Un hommet aguet dous garçons.

En patois de Nyons iDrôme). Un homé«vi dous gmçauns.

En patois de Buis ^Drôme]. Un houmé avi douxenfnns.

En patois de Dâ (Drôme). Ek> un homme qu'ovio doux éfons.

En patois de Gap et villages environnants, dans un rayon de trois lieues (Hautes-Alpes). Un sartem homme aie dous garçons.

En patois de Saint-Maurice, canton du ' *'

Valais. On n'omo aveive dou meniots.

En patois de Dclemont, canton de Berne. In haume avait doux fés.

En patois de Bienne, canton de Berne, Ain lionre «ive do flls.

En patois de la montagne de Diesse, canton de Berne. Enn home avie do imuebes.

En patois de CouHelary, canton de Berne. In home ayant doux fés.

Rn patois de Montiei^Grnnvol, canton de Bprne. fn home avait doux fés.

En parois du canton de Champagney, arrondissement de Lure (Uoate-Sad-

ne). In homme avat dons boubes.

En patois du canton de VauvilUers

(Haute-Saùne). In homme aivoit doux gaechons.

En patois du canton de Yesoul (Haute- Saône). In home èvoi dû goichons.

En patois du canton de Cbamplitte, arrondissement de Gray. Eiu homme aivot deux gasscms. En patois de Besançon (Doub»;. N'oume al va douoflaate. En patois du Morvant (Nièvre). Ein houme aivot deux renfans. En patois poitevin d'une partie de l'ar-

rondissementdeConfulens (Charente). Un' hom' avle douafan. En patois des environs de la Valette, arrondissement de Barbezieux (Charente). Un houmé avês doAe enfans.

En patois angoumoisin d'autres communes du canton de la Valette. Yun homme avet deux enfans. En patois de Sa'mtes (Charente-Inférieure). In houme avait deux fail.

En patois de la Rochelle (Charente-Inférieure). In houme ayant deux chents d'enfant. En patois de Varennes (Charente-Inférieure). In houme avoitdeux chent d'enfant.

En gavache de Monségur, arrondissement de la Réole. Un homme avait deu gouya.

En gavache de la Motte-Landeron, arrondissement de la Béole* Un home avait deu ménages.

Les traductions qui précèdent appartiennent à la langue d'oil ; celles qui vont suivre, à la langue d'oc ou romane qui est celle du midi de la France. On y retrouvera le canton de la Valette déjà cité, parce qu une partie de ce canton fait usage du langage méridional, tandis que dans le chef-lieu et dans quelques autres communes du même canton le dialecte est celui de TAngoumois, qui appartient au langage septentrional de la France. Ainsi la ligne qui sépare les deux grandes divisions de la France, en langue d'oil et en langue d'oc, traverse le canton de la Valette. Cette ligne traverse aussi rarrondissemtr.t de Confolens.

En langage g^evois des cnvirrn^ do la Ville, canton de Genève. On omo avai deu garçons.

En patois Broyard (rouinie on le i;orle du côté d*Eslavoyer-lc-Lac) à l'extrémité du pays de Broie, sur la rive orientale du lac de Neurrhâtel. On omou l'avei dou ralè.

En patois de Montreux, dbtrict de Yevey, canton de Vaud. On ommo avai dous valets.

En patois roman de Gruyères, canton de Fribourg. On ommo Ûu dou fé.

En dialecte de la Haute-Engadtne, canton des Grisons. Un hom hayaiva duos fllgs.

En dialecte de la Basse-£ngadine, canton des Grisons. Un tschert ômm rêva duus fllgs.

Nous joindrons comme dédommagement à celle nomenclature un peu aride deux chansons en patois jurassien que nous empruntons au même rerueiM: la première dans] le patois de la plaine, la seconde dauô celui de la montagne.

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