‹ Curiosités théologiquesChapitre 2 sur 11 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

JUDAIiMË £T GUaiSTIAJ^ISME.

et du Nouveau Testament. .

Les rabbins ont expliqué l'enaploi de cbacnne d©s éouse heures du jonr où Adam fat créé. A la première benre Dieu assembla la poussière dont le premier homme fat formé; à la seconde, Adam se (int sur ses pieds; à la quatrième, fi donna des noms aux ai^imaux ; la septième fut employée à son mariage avec Eve; à dix heures, il viola les edmraandements de Dieu; à la éouw z^me heuïe, il semait déjà les peines et les sueunidtt travail.

D'après divers Orientaux, ce ne fût pas de te eôlô d'Adam que sortit Ère, maiè d'une tumeur qui lui vinl au gras de la jambe et qui , s'ouvranl au bou* de sik mois, laissa sortir la première femme»

La taille d'Adam était d'abord si gigantesque que sa tète touchait le ciel. Les anges ^ étonnés, murmurôrent et dirent qu'il y avait deux êtres souverains, Vun au ciel, Fautre f ui* la terre. Alors le Seigneur mit la main sur la tôitj d'Adam qui se trouva réduit à une stature de miUtf coudées. Adam avait d'ailleurs été créé double et hermaphrodite.

Plusieurs écrivains, de médiocre mérite, il est vrai, ont soutenu que l'histoire de la chute d'Adam, telle que la raconte la Genèse^ ne doit pas être prise dans un sens littéral. Ils ont pensé que le serpent était la concupiscence d'où sont nés les mauvais penchants du genre humain.

Mise en avant par Cornélius Agrippa et par H. Flndd, cette idée a été développée par un libre penseur hollandais, Beverland, auteur de divers écrits peu édifiants. Son livre, intitulé : Peccatum originale^ a été traduit en français sous le titre d'État de rhomme dan$ le péché arigmely 47U.

Des rabbins ont partagé ce sentiment en l'appuyant d'explications singulières; et, de nos jours, M. Guirand (Philosophie catholique de Vhisioire^ iSii, t. Il) s'exprime ainsi : « Le fruit de l'arbre défendu prépara et commença ce que nous appelons le péché originel, mais les sens le consommèrent; la multiplication matérielle de l'espèce humaine en fut le résultat. »

Diverses sectes hérétiques avaient, au sujet de nos premiers parents, des idées singulières. D'après la doctrine des Cathares ou Albigeois du moyen âge, le mauvais principe plaça A lam et Eve dans un faux paradis, an leur défendant de manger le fruit de l'arbre de la science, qui n'était autre que la concupiscence chamelle dontil provoqua lui- même réveil,en séduisantÈvesous la forme d'un serpent ; il parvint ainsi, par l'union des

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUEa 9

sexes, à propager le geBre humain. Quelques sectes parlaient d'un commerce cbamel ^tre Eve et le maavais génie, commerce dont Gain ftlt le fruit; on représenta aussi Abel comme fils de Satan; Seth seul avait Adam pour pore.

Les Orientaux et les rabbins ont avancé bien des contes au sujet du serpent; on a prétendu qu'avant son crime il avait quatre pieds, qu'il était ailé et d'une beauté admirable. Les artistes lui ont souvent donné une tête humaine lorsqu'ils l'ont représenté dans le paradis terrestre; c'est ainsi que Ta dépeint au Vatican le pinceau de Rapbaél. Pierre Gomestor affirme qu'il marchait debout comme l'bomme; Bède dit qu'il avait le visage d'une jeune fille {virgineum habetis vultum). n se montra à Adam sous la forme d'un paon et à Eve sous celle du serpent, à ce que prétendent des écrivains musulmans qui ajoutent qu'expulsé du paradis, il ftit relégué à Confisb , ville de TËuphrate; d'autres disent qu'il eut pour lieu d'exil le désert de la Haute-Egypte, et un voyageur qui n'est pas toujours digne de foi, Paul Lucas, prétend l'y avoir rencontré.

Yoici un échantillon des récits bizarres accumulés dans les écrits des Orientaux : Eve, étant enceinte pour la prttttière fois et ne sachant qui elle mettrait au monde, s'adressa à un démon nommé Haret. Ce démon offrit d'obt^r de Dieu qu'elle accouchât d'une créature semUable à elle, mais à condition qu'elle donnerait à r^ant le nom é^Abd-Olitaret ou de serviteur de Haret. Eve le crut, et Dieu, pour la punir, donna la mort an nouveau-né. U est fait allusion à ce conte dans le Koran, chap. VIT. Voir aussi la Chresiomatie arabe de M. Sylvestre de Sacy, t. II, p. 5^5, et VBistoire des Patriarches^ parKessaï.

Les écrivains orientaux disent que Noé, au moment

liiTenlëB à plaisir. Il faat se borner à an très-petit nombre d'exemples.

Pharaon fit un appel aux magiciens de ses États. Us acconrarent au nombre de 70,000. A la tète se troavalent les deux frères Saboar et Gadour, qui s*informèrent, en arrivant, si les prodiges opérés par Moïse conservaient lear effet pendant qne ce prophète dormait, car, disaient-ils, c'est le propre des magiciens de n'agir que pendant qu'ils sont éveillés; or, la bagaettc que Moïse avait changée en serpent restait toujours dans son état de serpent et servait même de gardien â Moïse durant son sommeil. Les deux frères Saboar et Gadour ne purent plus méconnaître le doigt de Dieu, et rendirent hommage à la vérité. La femme de Pharaon crut au vrai Dieu, mais le roi persista dans son endurcissement. Les Musulmans appellent cette princcsso Asia. Mahomet lui attribue cette prière: « mon Dieu ! bàtis-moi auprès de toi une demeure dans le paradis. » {Kùran, chap. LXVI, v. ii.)

Moïse opérait ses prodiges avec sa main, qui était aussi blanche que la neige, aussi éclatante que les étoiles du firmament.

Des rabbins racontent des fables singulières au sujet de rànesse de Balaam ; suivant eux, elle fait partie des dix créatures privilégiées que Dieu jugea à propos de créer à la fin du sixième jour. Abraham s'en servit pour porter le bois destiné au sacrifice dlsaac; Moïse en fit usage pour faire cheminer sa femme et son fils à travers le désert; cet animal merveilleux reparaîtra i l'époque du Messie, qui en fera sa monture.

Citons quelques autres exemples des anecdotes qui ont été ajoutées aux récits bibliques, et avancées comme faits incontestables. Zuleika, la femme de Putiphar, accusa Joseph d'avoir voulu lui faire violence ; il s*é-

tait trouvé on enfant an berceau dans la chambre où l'égyptienne prétendaitqne THébren ]*aYait rencontrée; Josepb recourut au témoignage de cet enfant, et celuici, par Tinspiration divine, éleva la vojx et rendit hommage à la vérité.

Job a eu de même son histoire chargée de circonstances fabuleuses. L'ange Gabriel, frappant la terre du pied, en fit jaillir une source où le patriarche se lava. Pour le dédommager des pertes qu'il avait essuyées. Dieu lui envoya deux nuages, dont Tun répandait de l'or et l'autre de Targent.

David possédait un bouclier qui avait la forme de deux triangles réunis et qui était doué de propriétés merveilleuses du genre le plus extraordinaire.

Les Juifs ont attribué de grandes vertus à cette figure , et les Musulmans partagent leur opinion ; on la trouve souvent marquée sur des pierres gravées, des monnaies et autres monuments. Elle s*est retrouvée dans Tlnde. (Yoir Muséum Borgianum, par Paulin de Saint- Barthélémy, planche XXIX, Â.)

La richesse et la puissance de Salomon ont été l'objet des exagérations rabbiniques les plus démesurées; cm a de plus accordé à ce monarque un pouvoir sans bornes sur le monde inviâible.

Josèphe{Antiq. jud.ylïY. yill,chap.2) dit que lors que les Juifs voulaient délivrer quelqu'un de la présence des mauvais esprits, Ils enchâssaient une certaine plante dans le chaton d'un anneau et l'approdiaient du nez du malade ; ils prononçaient en môme temps le nom de Salomon, car c'était à ce roi que revenait Thonneur de cette découverte.

Les Orientaux attribuent au sceau de Salomon la plupart des merveilles qui rendirent si remarquable le règne de ce prince, (^ir Reinaud, H^ummts arabes,

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f^âm$ettutcs éu€tMÊH de M. k émt ée BUtmêi. Paris, la^ i. ], p. i«3; t. 11, p. 46t.) S&IOD eux, ce seeau exfôUil dès le lenps de Jared^ père d'Eilris, mtrement appdé Enodi, ei sans lui il se se sanit jaaiMS rien opéré d'éclataDt sur la terre.

On raeoDie qu'un âémon parvint, du TiTaftI de SakMBoo^ à &e rendre maître de ee talisoBaB ei ea«ta d'étranges désordres. 11 esi ifoestion, chez divers aatenrs masnlmaBs.de nonrell^ s tentatives faites parles ^Aens après la uMirt de Saloraon, pour s*empaftr de cet objet si précieux. Oa suppose qu'ils auraknn réussi â«pnis longtemps sans mi grand serpent ailé qui garde le tombeau de Salonon dans uoe ile de la ni»' du Sud. (Voir à ce sujet les MHh et un jourSy Jour CLXXXl et saiv.)

Les auteurs orientaux s*ace:>rdeut à dire que Salemon avaii ^t monter ce sceau en amteau et qu'il le portait an doigt ; mais ils ne sont pas d'aceord ^nr eo qui y étak marqué. Qtte}quo;y-uns affirraialqw Salomon y avait fait graver le f,Tand nom de Diân, nom antonid'lmi perdu et qui fut la source des pins étennanêfl^a merveilles. D'autres ont prétendu qu'il y avait |iteé mm senteoee morale ; on a dit ans^ que ce semm ne portait point une légende, mais une figure composée àet deux trianglfs romme le boudfer de Dai id déni nous avons parié.

L«e réeits des Évangiles ont reçu une fenle d'adib* tioas étranges : l'enfanoe de Jésus-Christ a surtout élé emhellie d'an grand nombre de merveilles preeqw touJKMurs ildiciiteS'. Oiffons un exen^^le des narmtkms que contiennent ces productions apocryphes.

Le Sauveur, Pierre et Judae Iscariote, voyageant ensemble, arrivent à une h^ellerie; il ne s'y trow9 penr tonte provision qu'une oie. Jésos la prit et dit :

CURiaSITÉS THÉOLOGIQUES. H

« Ceci est trop peu de diose pour que nous polssrau en manger tous trois; allons dormir, et l'oie appartiendra à celui cpui aura fait lemciltenr rère. » l)s s» eeucfaàrent doac, »ais au milteo ée la nvit Judas se lera et mangea l'oie. Le matin ehaenn raconlak songe qu'il ayait eu. Pierre dit : « J'ai cru pendant mon soumméI me tenir auprès du trôoe du Fils de Dieu. » Jésus dit : « Cest moi qui suis le Fils de Dieu et j ai rêvé que tu te tenais auprès de moi ; mon songe remporte sur le tien, c'est donc à moi de manger l'oie. » Jodas dit : « Et moi j'ai rêvé que je madif eai^ l'oie. » On lia diercha ea vain, car il l'avait ofi^ivemist dévetéc;

Ua religieux italien, le père Luigi Novaritii, fit impriHief à Vérone, e» l$4d, ua vduBie ialilulé: Cmlamiia^ de' euori, me : Vita di Giesu nel ventre di IferMi; le texle est tout ssk&s* singulier que le titre; rmiear raeeo^ et disBerie de J& meBleve* foi te woaio cuBUBe s'il pariait de fS6t%a'ii a tki et entenclB.

De& idées $ftngtt)ièftes^eaâéftéi mises en avaat aasajet da la Vierge; ou sk [>^kséque Marie availciHtçn par V*reiMe t c'est ee 4{ii'o«t dit siûdI Augustio,. saint Ëphna, A^arà, Le Bjréviaàre des Idareoites. Les^ artkMes ae sont pacfNâ. înspiiéa de cette tradition; dans wie ancienne image conservée à Sainte-Made-Majemre, à Borne, Jésus entre sous la Jurme 4'tt&e eDkiari)e daas roreili^deMarie*

Entre auues sJogiAiets pre1»ièmes eu agita CÊkakci : « PeiièaBti^ ia graeeeese 4» VàAy torsqu'elle iMftait à s'aaseeîr e» à se, ewieber^ iésus-Qu-iât élait-ii àt Bhêffie assîfi ou coueiié? m Un AllemaBè, Samuel SêHè»foef, fttt i^ua kkar<}i; ia^fittoMprinaf à LeipoiTr es Util, ma» Diêserta^ (teo /oyiyn, éereBue fort tave, ée smmcê^icmUme êeminù Mmriœ Vir§im^ m aeiu ome^tùmiê CtmûH. Oa a'a jamais pems^ j^yus leiuleseaiidale des

42 CURIOSITÉS TH ÉCOLOGIQUES.

interprétations et Timpertinence des recherches snr un pareil sujet.

Les Grecs prétendent que le 13 août toutes les rivières du monde se rendent en Egypte , pour récompenser ce pays de l'asile qu'y trouva la sainte Famille.

L'Anteohrist.

Ce personnage mystérieux a vivement préoccupé Vimagination d'anciens auteurs juifs et chrétiens.

Au dire des rabbios^ sa taille sera gigantesque; il aura dix aunes de hauteur; l'espace entre ses denx yeux sera d'une aune; ses yeux, extrêmement rouges et enflammés, seront enfoncés dans sa tète; ses cheveux seront roux comme de l'or et ses pieds verts ; il aura deux têtes ; il publiera qu'il est le Messie et le Dieu qu'il faut adorer. Tous les Romains se rangeront sous ses lois. Le premier messie, Néhémie, fils de Joseph^ lui fera la guerre et mardiera contre lui à la tête de 300,000 Juifs. L'Antéchrist sera battu, et 300,000 hommes périront dans ce premier combat. L'Antéchrist reviendra à la charge, et, après un grand carnage, il tuera, sans le savoir, le messie Néhémie , dont les anges emporteront le corps pour le cacher avec ceux des anciens patriarches. Alors les Juifs perdront courage et prendront la fuite. Toutes les nations les persécuteront avec rigueur; ils se relèveront enfin, l'archange Michel sonnera trois fois de la trompette; le premier coup fera parûtre le Messie, fils de David, avec le prophète Élie. Les Juifs se rallieront autour de lui; l'Antéchrist sera vaincu dans une grande bataille, une pluie de feu et de soufre tombera sur son armée. Ensuite viendront le

CURIOSITÉS THÉ0L0GIQUB8. 18

règne da Messie et la raine entière de tons les infidèles.

Un savant Hollandais, C. Wytachios, a composé nne dissertation publiée à Amsterdam^ en 1666, afin da prouver que Mahomet est rAntechrist. Grotios avait Tonla établir que c'était Galignla; nne opinion assex accréditée faisait i Néron Tbonneur d'être ce personnage.

D'autres savants modernes ont supposé qu'il n'avait point paru encore ; au siècle dernier, un laborieux écrivain qui s'était échauffé le cerveau à force de pâlir sur la Bible, Rondet, avait fiait de longs calculs d'après lesquels il avait établi que l'Antéchrist serait détruit tn 1860.

On cooiposerait une bibliothèque asseï considérable avec les écrits relatif^ à l'Antéchrist; nous n'en citerons que trois ; l'un est un gros in-folio d'un dominicain espagnol, Th. Malvenda, imprimé en 1640 ; tout ce qui concerne ce sujet est rapporté avec érudition, mais sans critique; les deux autres écrits sont des feuilles légères : Naissance de V Antéchrist à EabyUme, envoyée par l'ambassadeur de France^ en i%%Z ; Attestation de la nativité de VAnUchrist, 1698.

De singulières idé^ dominent parmi les Musulmans à l'égard de l'Antéchrist; il parcourra la terre monté sur un âne et suivi de 40,000 Juifs; il régnera quarante jours : le premier sera égal à un an; le second à un mois; le troisième aune semaine; les autres seront de la durée ordinaire; il dévastera toute la terre, excepté la Mecque et Médine^ qui seront défendues par les anges, et il sera enfin tué par Jésus.

ià CeaiOSIT^S THÉOLOGIQUE$.

Idées Bingulières des Rabbias.

Les dodBttrs juifs ont Mcumiflé dans et çros to- \vxats b^rmxx ^a^on ne lit pais ^ tout, d'étrao^es Idées, nnait 4e f eiàHaMkm de llmag!t»tî(m orientale. Cr«st s^Lttom an suj^t dn Messie ijue les rêveries rabbiniques se sont accumulées et donné carrière.

Les uii3 affirment qu'il est d(^jà vpnn et que, sans fierllir, il reste caiebS parmi îes habitants de la terre, attendant pour se wanitoter et pour établir son peuple ftans tonte sa puissance cru'Isra^ i\% célébré comme il faut le Sabbat (ce qu^l ^^ point fait encore) et qu'il ait expié ses péchés. Quelques docteurs souiiennent quMl Mt dans te parwiis terrestre; d'autres, qu'il se tient parmi les lépreui et les malades, à la porte de quelque capitale, attendant qu'Élie, son précurseur, vienoe le rëvéier atrx hommes. Mais Topraion la plus suine est que le Messie n'est point Tienu encore et qu'il yen aura deux qui deifent se swcMer l'un à l'autre : le prenfjier datts^n état abjee<, le seeend, dans un^at i^lorieux et triomphant. Bix ptods mirades précéderont î'avénement du Messie.

D'abord, Dieu suscitera trois tyrans féroces qui persécu*ero»t les Juifs atèc rage. Des extrémités du monde viendroiit destoommes noSrs à deux télés, à fept yeux étinoelanis et d'un regfard si terrible que les plus inlrépideB u'oseront paraître en leur présence. Des pestes, des famines, deSiuonaflilés, le soleil changé en d^épaisses ténèbres, la lune conv«*rtîe en sang, la chule des étoiles, seront le second miracle et les suivants jusqu'au sixième inclusivement, Le septième est remarquable. Une statue de marbre que Dieu a, dès le commencement du monde ) sculptée de ses propres mains

CCJAIOSITiS TfiâOLOQlQCXS. ft»

M qoi représenle mie femne d'aoe rare beauté, saia l'objei des brnlalea ardeurs d'uA ûébmdbé. De ce oea^ flierce îaoqï ranm i'Antechrisi ArimUiiis; il Tameca ie {NPefloîeT Messie et sera yataca par le seeMid. Celii*d FeadtaiaYieiia pmemier^rasseiiiiiiera tcms lesIoilsTi^ vaats 0SL narts, relèvera les murs de Ston, rttafayra le tempie de lémsaleii sor le plan présemé à Ëzéchiel dans une visi(m*célèi3M, lera périr teos les «uemis de sa Baiioa, éUMim son empère sur «eote la Cene habi • taUe et IwHbra aiasi «ae mûaarebie uaîi^erselle. ]1 époQsma UB gea»d MMbre de fraiaes et il aura luie pos^ké aou^r^iM iftii kû sitcoédera. Pottr oélébrer sa victoire, 11 doimera à son pen^, rasaenUé dans la terre de dbanaas, ha banquet éent le nn sera celai ^'Adaoa loinnôcM il dans le paradis tertesire et qui se ooBserve dans de Tasiesodiiers creusés par les anj^ an ctmifû de 4a lerre« On y semrica le léTîaiban et le bebemotb, gigantesque poisson et quadrupède hk)dstra^xx éfônt les diaoeosiotts dépassent tout œ qu'en po«rratts«iipç^Aer. Ce derni«r ouisenMe ebaqne jour peur sa nooratore rii6ri»e4[Ui^3roît sur on mûlier de

Les meorties ont donné ^ea à des idées bizarres : les Hék^nx prétendaient qu'on m'en avait jamais vu nne se«le dans le; temple de Saiomon, ce qui était un trèS'beurenK présage. Un aaiteur grec, Éiien^ aifiraie qoe, kH-s de la céiébcation des jeux olympi^piesi, les mendies se reiii^^discr^enieftt et qu'elles se Iresnent avec lesfeBHies du côté daâe«.ve Aipbée, oppesé à celai où se passe ia fôle. On cilast qnelfues t€»#le6 osèi tes moacbes n'entraient pas.

La manne foumkqTOlqaeswcenptes des siaifularîtés ^ ai>ondeni ds^s les comiaentaires bébreux. Les rabbins prétendent que cette nouf ratnre mka<»itense était

comme de rhoile pour les enfants, du miel pour les vieillards, des gâteaux pour les personnes robustes. Selon eux, elle avait tous les goûts possibles, hormis celui des poireaux, des oignons^ de l'ail, des melons et des concombres, parce que c'étaient là les divers légumes que les Hébreux regrettaient. Des docteurs ajoutent enclore que la manne possédait tous les parfums des di« vins aromates dont était rempli le paradis terrestre; ils ont même été Jusqu'à affirmer qu'elle devenait poule, perdrix, chapon, ortolan. Chaque grain portait la lettre vau, très-distinctement tracée, et cette lettre, qui signifio le nombre sto?, symbole chez les Hébreux de la peine et du travail, signifiait qu'il fallait la ramasser durant six jours. Elle était une des six choses créées vers la fin du sixième Jour pour la perfection du monde, et ses monceaux, tombant dans le désert, étalent si élevés, qu'ils étaient aperçus par les rois de l'Orient et de l'Occident.

Quelques modes d'interprétations rabbiniques de ri^criture sainte sont assez curieux : l'ae^ôtiscA donnait à rinterprète la faculté desubstituer dans les mots du texte sacré, à chaque lettre de l'alphabet, la lettre correspondante de l'ordre inverse, c'est-à-dire en commençant l'alphabet par la fin. On obtenait ainsi un mot tout dif* feront par lequel on remplaçait le mot véritable. La ghematria avait pour base la valeur numérique des lettres; tout mot pouvait être remplacé par un mot quelconque, pourvu que la somme de la valeur numérique des lettres fût équivalente. Il y avait aussi le notarikon qui faisait de chaque mot d'une lettre l'initiale d'un mot nouveau.

Observons d'ailleurs que ces systèmes, qui introduisaient dans l'Écriture tous les sens imaginables au moyen d'altérations arbitraires, paraissaient aux do>

teurs juifs œuvre pieuse et savante; toute révélatioD, toute vérité étaient contenues dans la loi et les Prophètes i au prix des plus grandes violences et des inventions les plus subtiles on y découvrait, avec une conviction naïve, toute sorte de sens nouveaux.

La période qui correspond aux deux premiers siècles de Vère chrétienne est remplie dans Thistoire des Juifls de contes relatifs à la science de quelques rabbins et à leurs richesses fabuleuses.

A la prière du rabbin Josué, Dieu MX entendre sa voix à Rome et à César; César est renversé de dessus son trône, les femmes enceintes avortent, et tous les Rotnains perdent leurs dents molaires.

Rabbl Éliézer possède mille villes sur la terre et mille vaisseaux sur la mer.

La mine de Jérusalem est due à la rancune d'un rabbin. Voulant se venger d'avoir été exclu d'un festin> il mutUa un veau que l'empereur envoyait au temple pour y être immolé. Les prêtres durent refuser cette victime imparfaite. César, irrité de ce refus, envoya Néron contre Jérusalem. Néron décocha des flèches vers les quatre points cardinaux; toutes revinrent vers . la Tille sainte. Persuadé que celui qui frapperait Jérusalem serait hii-mème frappé, Néron se garda bien d'attaquer les Juifs : il fit mieux, et ce que les historiens latins ont ignoré, il se fit juif lui-même, il devint l'aïeul du célèbre rabbin Méier. Afin de remplacer le lieutenant qui avait déserté sa cause, César envoya Yespasien attaquer la ville sainte. Le siège se prolongea pendant trois ans. Il durait encore lorsque Yespasien, au moment où il était occupé à se chausser, reçut la nouvelle que les grands de Rome Tavaient choisi pour empereur. La joie fit enfler ses pieds au point que, dès cet instant, il lui ftit impossible, soit de chausser son

pied va, soit de déchausser Fautre. Heui'eusemenV il se trouva là un rabbin habile qui, caché dans un ccrcueily s'était enfui de Jérusalem; il donna au nouvel empereur le conseil de faire appeler un hoiime pour lequel il avait une aversion prononcée ; le désagrémeat opéra dans un sens opposé à la satisfaction, et Yespaaien put achever de mettre sa chaussure.

La fôte des trompettes, chez les Juifs, ne manque pas tle singularité : elle est célébrée le premier jour du septiènue mois, lequel correspond à la lune de septem hre» En Orient et dans quelques parties de rAllemagn où les rites de la religiou mosaïque sont observés avec plus de scrupule que dans le reste di TEurope, il y a des Israélites qui portent, ce jour-là, ThabU qu'ils ont destiné à leur sépulture ; d'autres se rendent à la synagogue, vêtus de blanc, insigne de pureté et de pénitence. Des cérémonies particulières ont lieu à la synagogue : on retire le PentateuqjUe de l'armoire où il est renfermé; on sonne trente fols du cor, tantôt d'une manière fort lente, tantôt avec précipitation. Pour se préparer à cette fète^ quelques juifs se plongent dans l'eaa froide; ils confessent leurs péchés et se frappent la poitrine. Des rabbins enseignent que ce jfour-ià Dieu assemble les anges qui forment son co&seU et qu'il ouvre ses livres pour juger tous les hommes.

La trompette doit être une corne de bélier et non de boeuf et de veau ; elle doit être courbe ; si elle avait servi à un chrétien, il faudrait la jeter ; si elle est fendue en travers, elle peut servir» mais elle n'est bouAe à rien si La A;nte est en long.

Tout est important dans l'histoire de l'bumanité, même les superstitions les plus dénuées de bon sens. L^s juifs d'Orient croient aux schedim ou mauvais esprits^ Ceux-ci épousent parfois des feouoes mortelles,

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES. If

TOèk» leur prineti^le besogne est de toBitneater les hommes : ils jetteat des pierres cootre les vitrosi, nm • versent les assiettes [>eiKlai»tle dîner, donnent les cmh à oouTer ans etiats, et distribuent des eou^ avee dos bâtons inTisibles. Llinlque moyen de les rendre inoffensilis est de bien nettoyer la maison ; alors ils soDt contents et se tiennent tranquilles.

Qaelqaes rabl»Bs prétendent qu'on ne doit pointie* ter par terre l'eau dont on s*est servi pour les ablations preecrites dès le matin, enr eetni qm nieieliefatt sur cette eau kBfNire eontradéml par là même quetfoe souilhHe.

Piasiêctrs dorteors joîfe n*ottt pas hésité à faire me description déiaillée du cérémonial qtt*il fa«t obsertor lorsqu'on obéît aox plus trîstos besoins dé la natnro ho* main». Ils reeMamandentd^examinor d*abord lea foa-* tre points cardinanx et l'bornson afin dose toomer von le nord oa le midl^ Jamais du côté de l'orient om dn coBohaat. Il fint attendre pour abaisser ou élever son vêtement qu'on soil aoeroopi; oiffio il n'eot permis que de se servir de la nain gMiehe (Poécx non âexiPé, sed senesfrd wumu mèsêer^emtm $it... legiê hae «rcana 8%mt).

Le serm^t le pins Mlennal, le i^as inviolaMe do to«s chea les anciens HétM-cmx se prêtait en portant U main sur les organes de la génération. Lorsque Abraham dit ea s'adressantà Ëliczer:« Mets ta main sousma cuisse; je te ferai jurer par rÉternel que tu ne prendras point pour mon ftlanne Cemaie des filles du KemasAan» {^euèse, XXIV9 1) ; iMsqme Jaonb ae«tânt dil à Jofej^ : « lfet8jetopm,tâiiuiiasmiiDncttidso<l),tQBOfli'en-

(1) Dans ces deux passages nous bovs servons de la tradiKtion de M. Ciheu.

SO CURIOSITÉS THÊOLOGIQUES.

terreras point en Egypte, » on ne rend qnlmparfaitement le sens de Tidée hébraïqae. Les rabbins les plus renomma avancent que cet attouchement était institué pour honorer la circoncision. Cet osage s'est conservé dans certains pays de VOrient, et une lettre d*an officier qui fit partie de l'expédition d'Egypte rapporte qu'un Arabe, arrêté comme espion des mameluks» eut recours à un serment de ce genre pour constater s m innocence (i).

Une pratique analogue avait lieu dans un pays bien éloigné du séjour des Hébreux. Qu'on parcoure les lois souvent étranges qu'Uowel^ le bon roi du pays de Galles, donna à ses sujets au dixième siècle; on y verra que, lorsque une femme violée veut poursuivre en justice celui qui Ta outragée, elle doit, en proférant le serment qui dénonce le crime et le criminel, poser la main droite sur les reliques des saints et la gauche sur le membre viril de l'accusé (%) : SimuUer stuprata iege eum illo agere ve/tl, membro virili sinùira prehenso et dextra reltquis sanctorum imposita, juret super illa$ quod ù per vm se isto membro vitiatferit.

L'observation du sabbat chez les Juife a été l'objet de trente-neuf règles diverses ; il est interdit de labourer, de cuire, de coudre, de chasser ou pécher, d'allumer, d'éteindre, etc. : on peut cependant faire

(1) Mémoires sur l'Egypte publiés pendant la campagne de Bonaparte, tome II, p. 195.

(2) Le code d'Howel a été publié par M. Peignot (Paris, Grapelet, 1833): Tahleau des memrs du dixième siècle, ou la cour et les lois d'Howel le Bon, roi dTÀberfraw, de 917 à 948. Il se trouTe aussi dans le recueil de Probert : The an- Hent lawe of Camhria, ei dans celui d'A.Owen: The ancient iawt and imtitutions of Wales, 1S41, in-folio.

allumer du feu par qaelqa*un qui n'est pa8 juif; il n'est permis ni d'acheter, ni de vendre, ni de faire nn voyage. Les femmes allument une lampe qui a d'ordinaire six becs on tout an moins quatre, et qni brûle souvent la majeure partie de la nuit. On dresseune table couverte d'une nappe blanche et on place dessus du pain qu'on recouvre d'un autre linge long et étroit ; c'est en mémoire de la manne qui tombait ayant de la rosée dessus et dessous, mais dont il ne tombait pas le jour du sabbat.

On prétendait que l'observation dn sabbat était respectée môme par la nature, et on citait, comme preuve de cette assertion, le fleuve sabbatique en Syrie : selon Josèphe, après avoir coulé six jours avec abondance, il sèche tout à coup le jour du sabbat ; suivant quelques rabbins, il né coule au contraire que le jour du sabbat, et il est à sec le reste de la semaine. Les voyageurs modernes n'ont pu retrouver cette rivière miraculeuse.

Les anciens rabbins donnaient le nom de bois de vie à deux bâtons dont on se servait dans les synagogues pour toucher le livre de la loi sur lequel on n'osait, par respect, porter la main. En touchant le livre sacré, ce bois acquérait des propriétés admirables, telles que celles de guérir les malades, de fortifier la vue, de procurer aux femmes enceintes une heureuse délivrance.

N'oublions pas la cérémonie de l'expiation, dite Kapara^ qui s'est longtemps observée la veille du cMpour y ou jour du pardon^ et qui est aujourd'hui abolie. Voici en quoi elle consistait : les hommes chargeaient de leurs péchés un coq blanc et les femmes une poule. Les femmes enceintes prenaient un coq et une poule. Le maître de la maison prenait en main le coq, et, après avoir récité quelques passages des psau*

•i CURIOSITÉS THÊOLOGIQUES.

mes et du livre de Job, il frappait trois fois sa tèteavtc le coq, qu'il étrauf^lait ensuite et qu*il jeuit rudement contre t^rre après lui avoir coupé la gorge. On faisait alors rôtir i^ volatile etoojetaitses entrailles sur le toit de la maisoQ. Toutes ces cérémonies avaient des sigoificatioDS mystiques qu'il serait trjp loQg de signaler. On avait eu l'habitude, pendant quelque temps, de donner à des indigents le coq, afin qu ils le fi>S( nt servir à leurs repas; mais des scrupules jmrgirent sur la convenance de manger un animal cbargé des iniquités publiques ; et l'usage s'introduisit de remplacer le don du volatile par sa valeur en argent.

lie MaUe, sas «mvrMi, ses sappAts «tsen é«mai»*.

Il serait facile de remplir d'énormes volumes en extrayant une faible partie de ce que contiennent les écrits relatifs aux démons ; pendant pluskurs siècles on vit l'action du diable dans toutes les choses humaines, M brûla par Milliers les hommes et femmts accusés i'MiirsteiMi' avec lui des relations illici(es,et les moines die iotts ordres, les magistrats, les savants de 1 époque fisrsèrentdes flots d'encre sur tout ce qui concernait Snlau et ses suppôts.

Un érudit al>e«and a di^essé l'inveniaire des livres de ce genre ; ils se oompteat par eentaifies, et aujourd'hui ii Ami convenir qu'on ne les lit guère.

Noos nous conienteroasde placer i< i quelques lignes à l'égand d'un sujet qui doit donner iieu à un travail spécial.

Un diptyque d'ivoire,iiui reeenvre le manuscrit appett Évangtiiaire 4e Charles hi Chauve, passe pour la flosancienne représentationquerooeonnaissedudiable seos une forme humaine. Des cornes arment le front d»

âëinoD ; un serpent s*enlace amoar ée son eorp^t ^ lient an vase d*où s*échappe un poison noir qui inonde la terre. Cen*est gnèrequ'à partir du treizième siècle que les artistes donnent àSatan cette fi^re hideuse sur laquelle ils altèrent renchérissant de plus en pins et qui aboutirent aux grotesques conceptions deTeoiers et deCallot.

Dante montre le roi des enfers sous les traits d'un géant à trois faces dont les bouches sont toujours occupées à dévorer trois pécbeurs.

L'adversaire de Satan, saint Miche(l,a également été Vobjet de récits sin;>uliers ; on montrait au Mom-Saînt- Micbel Vépée et le bouclier de cet archange.

Milton [Pnradîê perdu, i. iv) a fait mention de ces armes :

« Une immense épéequ*il tient des deux mains. »

Mats comment ce glaive était il venu dans un eomvent sur les côtes de FraDCo ? C'est ce que nous ne nous chargerons pas d'expliquer.

On sait souis «fueiles formes multiples le diable te montre aux humains; parfois il prend celle d*un lion, mais ji disparait dés qu'on place un 03q devant lui.

Yoiei un fait étrange qui se passa à Naples et dont de vieux auteurs ont conservé la mémoire :

Le d4able, soqs la fonne d un pourceau, se promenait tous les jours réguiièrettent dans un quarUer ds ia viUe, et naltraitatt crseilement les indévots et les gens qtii 86 fatsatent point i aumône aux religieux mendnMiâ. La yiUe était fort effrayée ; mais, conformémeai auoeneii «kiHié parone femme d'uneéminente piété, en élei^a «ine église dans i'endroit od ce pourceau se montiiÉt d'iiabitade. Dès que la première pierre eut été

U GURIOSITiSS THÊOLOGIQUES.

dosée, il disparut et on ne le revit pins. Un pourceau de bronze 9 gardé dans la sacristie de cette église, conserve la mémoire de ce fait merveilleux.

Des démonologues du moyen âge mentionnent le dé« mon Tintiniilus comme ayant pour mission de recueillir dans un grand sac les versets des psaumes que les moines sautent en bredouillant, les syllabes mangées, les oraisons écourtées • Un moine prétendit l'avoir aperçu un jour ; il était d'une taille colossale et il portait un grand sac qu'il disait remplir mille fois par jour.

Un magicien promenait où il voulait le cadavre d'une célèbre joueuse de barpe de Bologne, et, par le moyen d'un cbarme qu'il avait attacbé sous les aisselles de ce cadavre, il le faisait jouer de la barpe comme si c'eût été un corps vivant et animé. Gaspard Peucer, gendre de Mélancbtbon, ajoute {de Originibus^ lib. viii, c. 9), qu'un autre magicien ayant été averti de ce charme et rayant ôté, le cadavre tomba par terre et resta sans mouvement.

Un écrivain espagnol affirme que le pays entier est rempli de sorciers. Lambert Daneau assure qu'il yen a une si effroyable multitude en Savoie qu'on n'en peut purger le pays, quelle que soit l'activité des juges, et que, dans une seule ville, on en a condamné à mort plus de quatre-vingts en une année. En 1577, le parlement de Toulouse en condamna plus de quatre cents, les uns au feu, les autres à divers supplices. (J. Grégoire, Syntagma juris^ l. xxxiv, c. 21 .)

Le parlement de Paris rendit aussi, au seizième siècle, une foule d'arrêts semblables, et, au commencement du dix -septième, un conseiller au parlement de Bordeaux, de Lancre, se rendit fameux par la rigueur avec laquelle il poursuivit les prétendus magiciens des contrées pyrénéennes et des Landes; il livra sans hésiter à la

CURIOSITÉS THÉOLOGIQDBS. 95

torture et à la mort une maltitude de femmes qui étaient accusées d'aycir été au sabbat.

Un oosmographe italien qui écrivait &i 16S0, Rosnceio, place l'enfer et le pnrgatoire an centre de la terre.

Rnsca, professeur au collège Ambroisien, est Fauteur d*un gros volume : de Infemo et statu dœnwnum ante niundi exitiumy libri quniqtK, qui fut imprimé à Milan, en i^Hf in-4*; il Torna de figures représentant lapo- Élûxm de Tenfer, du purgatoire, des limbes dans Tinté* rieur de la terre; il regarde comme incontestable que le s^our des réprouvés est dans les plus grandes profondeurs de notre globe (non est dubmm esse m profundùsima terrœ parte, eaniminmiquanuUa profun" dioTf p. 125). Il discute sa forme; est-il oblong, carré, pyramidal? L'auteur ne dit pas expressément que le Vésuve, VEtna et autres volcans sont des bouches de Tenfer, mais il pense qu'il existe des routes ténébreuses et inclinées qui y conduisent de dessus la surface de la terre {ergo declivis quœdam via tristis et obscura ad vnferos patet).

Du reste, de savants démonologues affirment que les diables ne souffrent point des tourments infernaux^ ce qui les découragerait et les empêcherait de cherchera tromperies hommes. Ce point est formellement établi par François Ximénez ou Eximenez, auteur catalan du quatorzième siècle. Voici les paroles expresses de ce docteur, d'après une vieille traduction française de son livre des il n^es;

« Lesdeabies mainentles âmes des dampnez en en- « fer, et sel(m aucuns mainent les bonnes députées à « salvation en purgatoire, et les tourmentent là sans « que en enfer ne en purgatoire les diz deables seuf- « frentpaynes sensibles de cestchalleur et froideur ex-

S6 CUaiOSITÉS THÉ0L0OIQUE8.

« oessîTQ, car Unt qu'tlx sontTiateurs NottieSeî^near « ne veult qo'ilz seoffreaC telles payées poar tantqoe « la leur emereité à imos lenpler Be soti enfiesdiee « neoccopce. »

Une tradition faisait honaeor à Satan de la cdostractkm du pont de pierre de Saint^Oottd.

Oa racontait que, Tentiteprenear no poovaiit finir sen travail, le diaUe Ui apparut et s'engagea à Vkckmnx ai l'architecte voulait lui promettre la première' thoie qui passerait sur le pont. Le marché fait et Tceavuelec^ miaé6> Tarchitecte jeta sor le pont an cbat que le diaète emporta, en enrageaAt de ce qu'un m ëei ottvragese lai rendait qu'an aussi mince salaire (1).

Lés anges, ces créations intermédiaires eiitre l homme et la divinité, ont été l'objet de contes étranges de la part des rabbins ; quelques-uns de ces docieurs disent que Dieu en crée tous les jours et qu'ils sortent d'un fleuve appelé Dinoi-; d'autres admettent qu'il existe des anges de différent sexe et qu Ils se reproduisent par la voie de la génération. Divers docteurs juifs enseignent qu'il y a des anges qui président spécialement à chaque planète, à chaque mois de l'année , à

(1) Puisqu'il est question de saint Cloud, observons que dans 006 Vfê ée ce saint, publiée en 1*^, l^utcnr, Jacques Perier, neoêmi;.aBde à tout fidèle 4e faire au «oins toos les aas une ne«\aiae au toffibeav du saint, et «utra autres prati^ xpies reltgieuees pendant ce pie«x Yoya£«, il conseille avec chaleur â'iuàttêr son ouvrage et de k Ur« dévoteiaent.

CURIOSITÉS TflÉOLOGIQUfiS. 17

cbaqae hearedu joar ; selon emi, tout boanne â deu Siig6s, l'uii boo qaî le K^^^9 Taolre mauvais qui sunreiile ses actions. Si, le jour da sabto^ m retotlr de la synagogue, les deui anges trouvettt le lit fait, ia table dressée, les cbaodélles allumées, le bon anfe s*^ réjouit et dit : « Dieu veuille qu'au prochiin sabbat les eboses soient en aussi bon ordre ! >» et le mauvais ange est obïïgé de répondre Amen I S'il y a du désordre dans la maison , le mauvais ange , à son tour, souhaite que la mène chose arrive au prodiain sabbat, et le bon ange r^ud Amen.

La Somme de saint Tbofflas d'Aqutn nous appnettd que les anges sent incorporels comparativement aux hoffînies, maïs «orporels comparativement à Dieu. Le moovenwt d'un ange dans l'espace n'est pas autre <diose que l«8 contacts «différents de divers endroits saccessivu'ineQt toucbés; la rapiâîié du mouvement d'un ange est déterminée par sa vokmté, et non selcm retendue de sa force; te mouvement dd l'éclat qae jette un ang^ est triple , à savoir: circulaire, droit 6t oblique.— Tontes ces questions et beaucoup <ràutrQS semblables sont didculées «t&c u&e subtilité et- une étwidue remarquafcles*

Au SQjei du costume que Tart oiirétien a donné aux ang^, on peut voir le savant ouvrage d'Augusti : IknkumrdiglmWn ans der Christkkhm Arekœologie,

t. xn, p. ^6.

Leur nombre est infini {Nmnerus emgel&rum exceHt omnem wmwrum corpùralimm, 4^ saint Thomas d'Aquin. (Summa theol.^ part. I, qusest. 80, art. 3). Ils présentent à Dieu les prières des hommes. TertnUien {ée Ormt., c. 1^) distingue un ange spécial de la prière, et cet ange figure dans qvwiques visions, notamment dans celle du f rèrd<jérard de Saint -Germain d' Auxerre,

qui le vit soos la figure d*im jeane homme vèta de blanc, portant dans ses mains on morceau d'étoffe d'une grande blancheur dans laquelle il recevait les prières. (Chronique de Raoul Glaber, 1. Y, cb. y, collection Guizot, p. 3Si.)

D« Paradis.

On fi*est représenté le ciel comme étant d*or massif. Les murailles du paradis étaient d'une hauteur immense et resplendissaient comme du feu. Des écrivains du moyen âge prétendaient qu'elles étaient de l'or le plus pur entremêlé de pierres précieuses. Dans le Livre d'Adam^ conservé dans la secte des Chrétiens de saint Jean ou Nazaréens établis vers l'embouchure de l'Euphrate, il est dit que des murailles de diamants entourent le paradis.

Un jésiuite espagnol publia à Salamanque, en iS52, un livre intitulé : Empyreologia. 11 s'étend avec une grande complaisance sur les joies du séjour céleste : il y aura toujours dans le paradis une excellente musique exécutée avec des instruments tels que ceux auxquels nous sommes accoutumés ici-bas; les bienheureux nageront comme des poissons dans une onde parfumée ; leur voix sera aussi mélodieuse que celle du rossignol; les anges s'habilleront en femmes; ils auront les cheveux frisés et porteront des vêtements faits d'étoffes du plus grand prix ; il y aura des bals et des

On trouve des traces de ces idées étranges dans une ballade allemande, traduite dans le Recueil des Ballades et chants populaires, publié par Seb. Albin : Le vin ne coûte pas un liard dans les caves du

ciel ; les anges font à chaque commande des pains et j^àteaax. Les légomes de toute espèce poussent dans le jardin céleste; ils sont du goût le plus exquis et des dimensions les plus fortes; les asperges sont grosses comme la jambe. Les jours maigres, les poissons viennent d'eux-mêmes se jeter dans les filets de saint Pierre.

Ils se sont tellement multipliés au moyen âge sous la plume dés légendaires et des poètes^ qu'ils rempliraient une multitude de volumes. De longs ouvrages spéciaux ont été composés à cet égard. Nous pourrions citer le Prompniarium miraculorum beatœ Yirgmis, de Jean Hérolt, et le Chronicon Marianum^ Lyon, 1537.

Voici rindication de quelques-uns de ces prodiges :

La Vierge ressuscite un écolier tué par des Juifis ;

Une image de la Vierge jetée au feu est retirée des flammes sans avoir été endommagée ;

Des hérétiques coupent la langue à un prêtre ; Marie la lui rend ;

Un impie brise le bras à une statue de Marie ; le diable l'étrangle;

Un brigand avait conservé, au milieu de tous ses crimes, l'habitude de jeûner la veille -des fêtes de la Vierge ; elle Feu récompense en empêchant qu*il ne meure privé des sacrements.

Les églises dédiées à la Vierge offrent très souvent des particularités curieuses ; bornons-nous à en citer un exemple :

A Rome, i la voûte de l'église d'Ara«Codli, directe

M CVRX08ITÂS THÊOLOGIQUBS,

méat aa-âessm âa maître-aiilet , sont i^rarées ees paroles : Hi^ûna emHy Imk^re, ùiMuia. Qae disent- ^et t Au sixième sièele, noe peste herrtbte ravageait Rone. Saint Grégoire le Grand, qui gofnremait alers VÉgtfse, s^ppétk tout le peuple k la pénile«ee. Une proeessàcMi gëttéimlefàt i»diqaée peur le naatln dm je«r de Pâqaes de l'an 596. Le Pontife se rendit à l'Ara- Cœli , prit entre ses mains Vimage de Marie que l'on dit peinte par saini Lac» et la niHèhf procession septiforme se mit en marche pour se rendre à Saint- Pierre. En passant devant le môle d'Adrien» on entend tout à coup dans les airs des voix célestes qai chantent : Regina cœli^ lœtare^ alléluia ; qma qaem meruinti partarey alUlvia; resurrexit sicut dixiU alléluia. Le Pontife, étonné, répond avec tout le peuple ; Ora furo nobi& Deum, alléluia. En môme temps on voit on ange étincelant de lumière qui remet une épée dans le fourreau. La peste cesse le jour môme. Quatre faits encore subsiataïUs enl traversé let siteiM poiir attester ca miracle: la proetsaîoade saînt Mare, ful se fait chaque année dans l'ÉgUee d'Oooidsitt; la alataed*» bronae âe raisdlaagff saat Midiol^ placée anée osw du môle d'Adrien qui prit dès lors le nom de Châtaatt Saint- Ange; rantiesMaà Maria : Bêfim mU, foe PÉglise n'a cessé de répéter depuis ce jour méierihle ; eoin Vinsorift'utt frayée dans le lai^^e de Marie, ea reeonaaiaeaMe de ce Ueilaii (i)»

Vbiei d^utres détails relatifs à Torlglne du nom d*Ara-Cœli :

La traditien raeeate que la Vierge 8e4ir voir à Pem- (i) L'abhéGaiMua, kê TMaitewMi^lM^l, W.

CtBiaSiTÊS THÉjDLiOGIQMBS. a

{Mkseor ADgQSle» lentol aûft Pi)& enite ses bcas, dass le cM, aaïAUiea d'un fierola 4*«r.

]>i\r«i& aatMirs àmni ^a'Aiifpul» ctMiilUîl nm joai r#r«ckt d'ApeUoD poor saw ont 40^ struH i^H'èa kii le aaÂtff& d« flieode ; wUMit Tosefe^ U offrait une héeasottl^, mm le diea pûO» iwet. Le saaiioa m- Qttaiaieii6»e& le di8« m répiMtâpas* Freesi de nea- ^eaiiy ApolkA reid efite oel oreole :

Me puer bebrâeus diva» Deus ipsa fi^UkirAaD% Cedare sede jubei tiistemque redire s#b orouin ; Âris ergo deliinc tacitus al)S.aedito nostrjs.

L'empereur, tmpfê de cet eraete, se rendit au Capîtele et il y #1 ériger o» autel à rBnfant-IMea »vee oevte inscrfption : Ara Primo^mHi Bei. B'avtres bistoriens îBtredttiseiit qvel^fiies variaBtesdan e^rértt t Angoste aurait eoasalté la sib^lfe de Htar pcmr savoir sll de- ^t pemiettre qn*(m f adedit eonne m dieu. Après tro» joars d'n* jetee rtfeafeiix, il vit le eiel ouvert, et, sor UD attte), «ne^^terge d^mie grande beauté, tenant entre ses bras wn «petit etifsmt, et nne voix disait : C'est iet Vaot^ du Pfte de Dieu : H^ mrw FilU Bei e$K fin conséquence, Auguste défendit <)«*en Tappeiàt dien et il iit ériger Tautel dont il est question (1).

Parmi les miracles opériis p^r Vintercesaion de la Vierge, il «n est un qui est célèbre en Espagne, c'est rbistoire d'un jeune et beau pèlerin allant à Saint- Jacques de'Compôstelle ; il ftirt pendu eomme coupable

(i) Voir les divers^ anileiirs cites par M. Gaume, les Troii Mêmm^ I, 35$^ Il e^eislifr une «disserlaOoi» spéciale de Fréd. Mailer ; Am €mcuriAmgUÊê^9uiâ9»am tfa^imlit^tftate ChHmi iim0 tM ù r it f Gertt^ 1^^» nais elle est bteediffidle li reoconirer en Frao«e.

de vol, sar le faux témoignage d'une fille d*aiiberge dont il avait pieusement repoussé les ayances ; longtemps après, son père et sa mère, qui le cherchaient en tous lieux, le trouvent causant familièrement du haut de sa potence avec la sainte Vierge ; et quand l'alcade, convaincu de son erreur par un cha4)on rôti qui prend son vol et se met à chanter, Ta fait décrocher, il s'en retourne chez lui grâce à la faveur de saint Jacques, comme si nul accident ne lui était arrivé.

Une des prières les plus étranges qu'on ait jamais adressées à la Vierge se trouve dans un volume imprimé à Augsbonrgen 1808 , le Mortilogus de Conrad Reitter, prieur à Nordlingen: la première ode mise en tète de ce recueil de vers est une invocation à Marie afin d'être préservé à morbo gallico.

On connaît l'inféodation que Louis XI fit à la sainte Vierge du comté du Boulonnais en U78. Il était dit dans les lettres-patentes que ce monarque et ses successeurs tiendraient immédiatement ce comté de la sainte Vierge et que, lorsqu'ilsen prendraient possession, ils lui feraient hommage d'un cœur d'or. Louis XIV acquitta cette dette pour lui et pour son père; il donna à cette intention iS,000 livres.

SiB|^Urltés;46S léc«B'«s'« qnalqnas sAlnti.— MlrAol«s*

Saint Christophe fut un martyr sur le compte duquel on mit une légende des plus extraordinaires et, de plus, on en fit un géant d'une force prodigieuse.

Jacques de Voragine, dans sa Légende dorée ^ lui donne une taille de douze coudées; tm autre écrivain, Pierre de Natalibus, jugeant que c^était peu de chose, lui attribue un visage de douze pieds de long.

CURIOSITÉS THÉOLOGIQOBS. 33

Oa mit CQ avant l'idéo que cdlui qui avait vu une statue de ce saint était assuré de ne point périr de mort subite dacs la journée ; telle fat Toriginedes statues colossales placées aux églises d'Auxerre, d'Erfurt, de Notre-Dame de Paris. Les inscriptions qui les accompagnaient d*ordinaire attestaient la créance que Ton accordait à celte idée :

Glorieux saint Christophe, aii matin te voyant. Sans crainte d'aucun mal on se couche en riant.

Quand du grand saint Christophe on a vu le portrait, De la mort ce jour-là on ne craint plus les traits.

Vois d'abord saint Christophe et marche en sûreté.

Dans beaucoup de pays^, les femmes enceintes Tinvoqnaient pour obtenir une heureuse délivrancA.

Saint Roch est un des saints sur lesquels les légendaires s'cxercèreot le plus; on dit qu*il vint au monde avec une croix rougo sur la poitrine; dévot dès le maillot, il ne voulait teter ni les mercredis ni les vendredis. Il alla à Rome, où un cardinal, qui depuis fut pape sous le nom de Benoit XI , reconnut ses mérites et lui demanda un préservatif contre la peste. Roch, faisant droit à la requête , traça sur le front de Son Éraînence le signe de la croix , qui s'y grava si profondément qu'il y resta jusqu'à la mort du pape. Plus tard, le saint se retira dans un lieu désert ; une source d'eau vive jaillit du sol aride et le désaltéra ; le chien d'on gentilhomme voisin pourvut à ses besoins, en lui apportant chaque jour un morceau de pain pris sur la lable de son maître.

Après la mort de saint Roch , on trouva à se« côtés

H CURIOSITÉS THËOLOGIQUES.

VU écritean portant ces paroles : « Ceux qui , fr^ipés de la peste» inyoqaeront saint Rocb, seront soulagés. »

Saint Médard serait oublié si Von ne s*étaît pas avisé de lai faire joaer nn rôle dans la météorologie.

Fait-il beau temps le 8 juin, jonr de la fête de ce saint, Tété entier sera sans nnages ; mais, en revancbe, s'il pleut le jour de saint Médard , la plnie ne cessera de tomber toat Tété. La cbose a été longtemps regardée comme incontestable, et tous les almanacbs l'earegistraient

Oa ne voit pas trop dans les légendes poar qnel motif on a attribué à saint Médard, évèqne de Noyon et de Tonrnay au sixième siècle, cette infloence décisive sor la pluie et le beau temps. Les vieux biograpbes racontent , entre autres miracles sur son compte , qu'un jour, une forte pluie étant venue à tomber, un aigle, planant au-dessus de la tète du saint, le couvrit de ses ailes déployées; mais, ainsi que Va remarqué un membre de rAcadémi^rançaise (M. Âmault), ce prodige est-il concluant dans le cas dont il s^agit f II démontre que Médard ne pouvait pas être mouillé ; mais prouve -t-il qu'il avait le privilège de faire mouiller les autres?

Autre miracle : Médard, jeune encore, gardait les chevaux de son père; il vit un cavalier qui, ayant perdu sa monture, s'acheminait péniblement chargé du harnais de la bète déftmte; ému de compassion, il lui donna un des animaux qu'il avait en compte, et grâce à une multiplication miraculeuse, le nombre des chenaux sur lesquels il veillait ne fot pas diminué.

Les onze mille vierges dont on montre les reliques dans la sacristie d'une église de Cologne doivent leur

CURIOSITÉS THÉOLOGIQ0BS. 16

existence à rinterprétation erroDée donnée par des ignorants à l'expression employée dans de Tienx ealendriers: VV. MM., ce qui signifie Ursnle, et Undécimiile Tierges martyres.

Le cochon de saint Antoine n'était d'abord qu'on symbole qui signifiait la victoire remportée sur le démon et sur la cbair; la clochette attachée au cou de Fanimal désignait encore plus nettement son escla- Tage; mais ce sens symbolique ne fut pas longtemps compris. La foule ignorante vit dans le cochon de saint Antoine un animal que le saint s'était attaché par un bienfait.

Il n'est guère de saint à l'égard duquel on ait débité autant de choses extraordinaires qu'au sujet de saint François d'Assise.

Le Idber conformitatum , rédigé par le père Albizzi , est resté célèbre en ce genre.

Le but de cet ouvrage est d'établir les similitudes qu'il y a entre la vie de Jésus-Chrict et celle de saint François.

La première partie expose douze conformités, la seconde seize, la troisième douze. On y lit que les prophètes avaient annoncé la venue au monde de saint François, que ce saint eut douze disciples et qu'il rejeta l'un d'eux, Jean de Capella, comme Jésus avait rejeté Judas; qu'il fut transfiguré, qu'il fut t^té par le démon, etc.

Telle était la série des conformités que le père Albizzi n'hésita pas à dire que saint François avait été Jésus NazarcBUs^ rex Judœùrum.

Le fameux miracle des stigmates, qui imprima au corps de François des marques semblables à celles que Jésus-Christ avait reçues dans la Passion, a été l'objet de réflexions judicieuses de la part d'un savant qui,

ûe nos jours, s*est beaucoup occupé des phénomènes de Vexuse et de la psychologie (1).

A la suite de méditations prolongées , de jeûnes rigooreuxyde contemplations extatiques où Fraiiçois travaillait à évoquer en lui le tableau du Sauveur sur la croiXy il lui sembla qu*on séraphin ayant six ailes ardenteâ et lumineuses descendait rapidement de la voûte des cieux et s'approchait de lui, en sout^^mt entre ses ailes la figure d'un homme dont les pieds et les mains étaient attachés à une croix. Le saiot contemplait ce spectacle avec autant d'émotion que de surprise, lorsque la vision s'évanouit tout à coup; mais le pieux cénobite en avait ressenti un contre-coup étrange : il éprouva aux pieds et aux mains des sensations douloureuses qui firent bientôt place à des altérations, à des espèces de plaies qu'il considéra comme des stigmates de la passion de Jésus-Christ.

Ce miracle, survenu le jour de Y Exaltation de la croix ^ eut un retentissement immense; le pape proclama les stigmates du saint un don miraculeux de la grâce. Les Franciscains se livrèrent aune joie immo dérée; ils virent dans ce prodige une preuve de l'amour infini du Sauveur pour l'homme qu'il avait appelé à ofi'rir ainsi sur' la terre une image visible de sa divinité. 11 y eut désormais, pour cet ordre reli- .gieux, deux Passions, celle de Jésus-Christ et celle de saint François. Le gardien des Cordeliers de Reims n'hésita pas à placer au- dessus du frontou de son couvent cette inscri^»lion : Deo homini et bralo Francisco^ utrique crucifixo.

Les FraociscaiQS allèrent jusqu'à prétendre que les plaies du fondateur de leur ordre étaient tellement

(i) li, Àlfed Maury, membre del'Iostitut.

semblables à celles de Jésus-Christ, que la Vierge ellemême s'y était méprise.

En i486, un cordelfer, Jean Marchand, dépassant tout ce qu'on avait dit encore des miracles du saint et des circonstances qui avaient accompagné sa stigmatisation, s(mtint à Besançon les propositions les plus étranges. Saint François avait pris la place laissée vacante depois la chute de Lucifer, car le chef des anges rebelles ayant été précipité du ciel par suite de son orgueil , la créature qui avait poussé le plus loin l'humilité était naturellement désignée pour hériter de sa grandeur. Saint François était semblable à Jésus Christ de quarante manières; c'était un second Christ, un second Fils de Dieu; sa conception avait été prédite par un ange à sa mère ; de même que le Sauveur, il avait vu le jour dans une étable entre un bœuf et un âne. Les douleurs que la stigmatisation avaient fait éprouver au saint égalaient celles de Jésus- Christ sur la croix; elles avaient duré un jour entier et s'étaient terminées à l'heure même où le Sauveur avait rendu l'esprit. Jésus s'était chargé d'imprimer en personne i ion serviteur les cinq plaies, et cette seconde passion avait été accompagnée des mêmes prodiges que la première; les pierres s'étaient fendues dans un moment où le saint avait reçu la blessure au côté ; et, second Jésus- Christ, il avait, fait sa descente aux enfers, ou, pour parler plus exactement, en purgatoire, afln d*aller délivrer ceux qui s'y trouvaient avec les habits de son ordre, visite qu'il renouvelait tous les ans à l'anniversaire de sa fête. La Sorbonne censura ces étrangetés^ mais saint François n*en resta pas moins pour les Cordeliers une divinité véritable, et sa stigmatisation fut regardée comme le témoignage aussi miraculeux qu'éclatant de la faveur céleste répandue sur leur ordre.

m CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES.

Arnaud de Montanier, né à Pnycerda en Catalogne, soutint qu'il était impossible qa*on booime appartenant à Tordre des Franeiseains ne UU pas sauvé; Vordre, a|outait-il, durera éternellement, et chaque année saint François desc^d dans le purgatoire |iûn d*en retirer ceux de ses religieux qui s'y trouvent. Ces extravagances choquèrent l'Inquisition; elle manda le Irop zélé franciscain , qui fut saisi d'un assez juste effroi ; il rétracta ses assertions , mais plus tard, un peu plut rassuré et croyait sans doute de très-bcmne foi ce qu'il affirmait, il recommença à débiter ses rêveries* L'évoque d'Urgel le fit arrêter et il termina ses jours en prison.

. Un grand nombre de Franciscains pensèrent tout naturellement que puisque Jésus-Christ avait reproduit, chez leur fondateur, le fait de sa Passion, ils pouYaient obtenir du saint une part de ta grâce et des douleurs méritoires qui lui avaient été communiquéeiw Des images représentant la stigmatisation miraculeuse de saint François circulèrent dans les courut»; il commença à être question d'autres exemplea de ce miracle dont il n'avait jamais été parlé précédemment, bien qu'on prétendit, par une interprétation fércée, y ratucber ce que saint Paul dit dans son fyitre aux Galates (je porte sur moi les stigmates du Seigneur), et on soutint que le grand apôtre avait, de même que saîAt François , reçu Tempreinle des cinq plaies.

Les annales des ordres mineurs ont conservé les noms de plusieurs religieux qui, dans leurs extases, partagèrent, comme saint François, les souffrances de la Passion. Tels furent Benoit de Reggio, capucin de Bologne, qui vivait au commencement du dix-septième siècle ; Charles de Sazia, qui fut marqué des stigmates

CURIOSITÉS THÉOLOOIQUE& 8»

«n i 6iS» et le frère Niedlae de fUiPeue, doat les plaies ne foreBi décoaTertes qn^apris sa mort.

Il y avMt ase rivalité jaloiifle eiBre les Prasdseann et les DcMmoieakis : ceux ci eorsnt aiasi le peadasC da miiade qvi caillait tant ie joto et d'orgoeil ehes leurs confrères. Sainte Catherine de Sienne fat représentée eomme stigmatisée. On la montra dans des images reproduites à profusion recevant de Jésos-Chrisl luî-nitoe la marque des plaies divines par le moyeu de rayons ensanglantés qui s'en échappaient; renchérissant sur samt François, em traça sur le front de la sainte Vempreinle de la conronn* d'^)ines. Dans ses tians mystiqtMSy Catherine, livrée aux exercices continus de la eontâi^atôon, avait cru recevoir kg sligfluOes, eu ressentir les douleurs, en distinguer lesr manjpies ; mais ces glorieuses cicatrices avaient dî^^ru A rieu ne put attester l'inigna faveur qu'elle avait méritée. Auki, eu lisante souverain pontife eouAunui ks nages qui rtpréaentaimt ce miraelew

Lessttiièm» et dix-s^ième siècles prô^euteul qu^ ques exemples de personnes pieuses qui, retirées dans tes eouvmils, app^kamft avec ferveur le dou des stigmates , orurent être Vohjet d'un mirade semblable. Madeleine de Pazzi reçoit sur son corps lesempreiaiis ie eaq rayoïM é^ sang môlés^delMi qui s'échajppèr«it 4ttclel; Ursule Aguâ^ qui s'imagnait déjà perler s«r la. tète mie courosae d*épines invisihl«v étant en prier» daas uaeéglise, vft aainle Catherme lui a|>paraitee um ' «mMfix àla maûi ; tcadeaaqwt perçaient \m momb w o dm Sauveur se^ détaehèreitf et sdlèrent s» fixer àsn fiedft et à ses maîus; eUs tomba sam cennaissanatu SaimaCiertrmiB' resa^Uil, m mddilwit devait un cru^ 4ifix^ les douleuis des cinq ptate qui ne tardèrent pas 4 devenir wH^s.

Une enfant de neuf ans, Angela délia Pace, jette les yenx dans nne chapelle sur une image de la stigroatisaiion de saint François : le saint lai apparaît, et le Sanvenr se montre sous la figure d'un enfant crucifié fn^eloppé de lumière qui lui imprime les plaies miraculeuses.

Les circonstances de la Passion se multiplient de plus en plus chez les eitatiques à mesure que Toa avanco dans l'histoire. Plusieurs religieuses italiennes et espagnole? reçoivent la couronne d'épines : Véronique Giuliani boit do plus le calice d'amertume qu'un ange avait apporté au jardin des Oliviers; elle s'abreuve de son fiel. Ce même calice vient se présenter aux lèvres de sainte Catherine de Itaconisio. Arcangela Tard jra, Catherine Ricci, sainte Lutgarde éprouvent les effets de la flagellation du Christ et en conservent les marques. Stephana Quinzani reçoit à la fois les stigmates de la flagellation et ceux de la couronne d'épines. Sainte Claire de Montefalco obtient de Jésus-Christ qu'il lui grave sur le cœur la croix et tous les instruments do la Passion.

Le drame douloureux de la Passion, objet de la méditation constante des mystiques, excitait au p>us haut degré leur sensibilité. 11 y avait de ces femmes qui, à la vue d'un crucifix, fondaient en larmes; d'autres, assistant mentalement aux diverses scènes qui avaient marqué la mort de Jésus, en partageaient si vivement les * douleurs physiques et morales, qu'elles les ressentaient successivement. Les visions d'Anne-Catherine Emmerich, qui forment un véritable supplément de rÉvangile, offreat un tableau circonstancié et pittoresque des images dont la tête de cette religieuse était remplie.

Récemment des extatiques ont offert dans le TyroL Tétrange phénomène des stigmates tel qu'il s'était

CURIOSITÉS THfiOLOGIQUES, 4i

offert au quinzième siècle. Maria de Moeil, l'oxtatiqoe de Kaltem, après des macérations et des raYissements sans nombre, se trouva dans la situation la plus extraordinaire. Des stigmates se montrèrent sur ses membres, le sang en coulait cbaque vendredi, et le vendredi saint avec plus d'abondance qae jamais. Sa nourriiure se réduisit à ce qu'il fallait strictement pour soutenir la plus frêle des enveloppes corporelles, quelques grains de raisin, du jus de fruit et un peu de mie de ]mïi. Chez une autre cxtatiqae , Maria-Dominica Lazzari, la méditatic»n sur la Pa^sion constitue tout le mouvemont de la pensée. Le corps' n'obéit à l'esprit que pour représenter, le vendredi et le samedi de cbaqae semaine, les épisodes de la Passion par une pantomime, ayant pour intermèdes des moments d'extase.

On peut remarquer que le nombre do femmes stigmatisées est décuple de celui des hommes qui furent Fobjet de pareilles merveilles. Parmi cette classe d'extatiques , il y en eut plusieurs qui se plaignirent de douleurs du cœur; à l'ouverture de leurs corps, on remarqua des lésions sur cet organe; on en conclut que c'était le stigmate du coup de lance qui fit expirer Jésus sur la croix; un assez gcand nombre de ces miracles se rencontre dans les vies des personnes éminentes en piété.

A côté des personnes d'une piété éminente sur lesquelles se produisirent des phénomènes que la science explique aujourd'hui, surgirent aussi bien des impos* teurs.

En ii%$, on ctmdamna à un concile tenu à Oxford un personnage qui portait empreints aux pieds, aux mains et au côté les stigmates de la Passion. Le fameux procès du père Girard et de la Cadière, qui occupa si

U CURIOSlTâS THÉOLOGIQDU.

fort VEorope ml eommeBcaiiieiit du règnede Louis XV, se compllqoait d'une question de stignute ; U trop célèbre pénitente prétendait afoir reçn an cM gaôclie» pendant son sommeil, une blessure de la main d'na ange.

Noos n'aTons pas besoin de rappeler le proeès d'naa béate qui, an mois de septembre iSSl, se déronU devant un tribunal de Yauclose. Rose Tami^r portait sur la poitrine des stigmates qui rendaient du sang et qui imprimaient sur le linge appliqué contre eux des images mystérieuses. Dans un département yoisin» une femme, madaine M..., montrait aux pèlerins qui Tenaient la visiter la trace des dons qui ayaient percé les membres du Sauveur, et on n*a pas manqué de pré» tendre que des linges appliqués sur son front et sur sa poitrine ont présenté une empreinte exacte de U coaronne d*épines et de la croix.

Parfois la ferreur mystique inspire le goût des souffrances. Cest avec jme qu'on inflige an eorps des doaleurs cuisantes. Les «xempks de ce genre surabondent ; la vie de sainte Rose de Lima en offre ks plus lapants. Née dans une famille opulente, elle se yo«a i la pauvreté; dès Tâge le plus tendre, elle coupa sa cbevelure, et, voulant réserver sa beauté uniquement pour son époux céleste, elle se frotta avec de la ckmx vive pour brûler sa peau et la faire gercer. Non contente de s*ètre astreinte à une abstinence perpétuelle de viande^ die jeûnait trois jours de la semaine au pain et à l'eau ; elle mêla à ses aliments des plantes amèiea et les arrosa môme de fiel de mouton. Pendant te carême, elle diminuait graduellement la quantité de nourriture qu'elle absorbait ; elle arriva à vivre de quelques pépins d'oranges. Toutes les nuits, elle â*adminiorait la discipline» et» malgré les conseils do son

CURIOSITÉS THÉOLOGIQDE& U

tankssear, <slle alla jusqu'à se donner cinq mille coups en quatre jours. Quand ses épaules étaient tout, ensanglantées, elle les chargeait d'une lourde croix de fer et allait nu-pieds dans le jardin du couvent. Elle ^enf<»iça dans la tète une couronne hérissée de pointes 61 diaque jour elle la changeait de place afin de multiplier ses blessures. Couyerte d'un double cilice, elle se frottait le corps avec des orties, et quand elle avait éprâé tous les moyens qu'elle pouvait inyoïter pour souffrir de plus en plus, une joie immense s'emparait d'elle.

^ Marie de l'Incarnation se voyait parfois plongée dans des flots de sang qu'elle reconnaissait pour être celui du Sauveur, vers^ disait-elle, à cause des pédiés qu'elle avait commis; alors elle s'offrait pour être immolée et sacriiée à U place de Jésus-Christ. En 4689, Catherine de Bar fènda à RambervilUers les ReUjfteuseê adoratriees perpétuelles du très-Samt-SacremenL Le caractère des personnes de cet ordre était de se donner comme des victimes s'offrant en réparation des outrages ûûts à Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Tous les jours une des sœurs entrait en retraite depuis le matin jusqu'à v^res. EUe était alors victime réparatrice* Quand les autres soevs aUaie&t au réjfeetoire, elle sor^ tait du ehaur la dernière, la corde an onl, la torche i la main. Tontes les religieuses étant à leur nag, elle leur rappellait qu'elles étaient des victimes immolées à la pbce de Jésus-Christ, puis elle retournait au chœur après le diner, et y restait jusqu^après vêpres à titre de victime séparée du troupeau et destinée au sacrifiée.

Cet ordre singulier exerça sur des esprits enclins au mystieiseiftune grande influence. On vit se multiplier des victimes s'imposant des rigueun, des pénitences

àk CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES.

extraordinaires. Quelques personnages attachèrent une immenso vertu à cette répétition du sacrifice offert en expiation des crimes de la race humaine. Desmarets de Saint-Sorlifl proposa très sérieusenjent une armée de quatre cent mille victimes pour combattre les jansénistes de Port Royal et pour renverser toutes les diadelles du diable.

Ces idées étranges se reproduisirent plus tard.

En 1732, dos illuminés affirmèrent que le second retour de Jésus -Christ serait précédé de Vimmolation des victimes dont le sang mêlé à celui du Sauveur apaiserait la colère divine (l).

Les miracles si grandement et si étrangement multipliés dans la vie de quelques saints doivent en général leur origine à des symboles mal compris.

Plusieurs saints , par exemple, portèrent, dit-on, leur tète dans leurs mains après avoir subi le supplice de la décollation. C'est du moins ce que de vieux éorl*

(1} Vers la fin du dix-huitième siècle, époque peu faTortble au mysticisme, une personne douée d'une imagination très > vive, Mlle J.-A. Brohan, se retira dans un couvent, après avoir écrit quelques romans fort oubliés, et voulut fonder VÂssociation des iaintes vieHfMS, Elle crut dt bonne foi pouvoir prédire l'avenir: l'article fondamental de sa prédiction était l'apostolat de douie personnes (six hommes et six femmes) qui, sous le nom de victimes, devaient réformer l'Eglise. Elle composa entre autres ouvrages deux volumes de Bêflexions édifiantes, que la duchesse de Bourbon, un peu illuminée elle-même, fit imprimer à ses frais •bez Didot l'atné, en 1791. Un bibliographe judicieux (M. Re* nouard], dit que ces Réflexions sont « une production désor- « donnée dans laquelle l'ardeur de la dévotion est poussée à « un excès qui y prend une physionomie et un langage beau- « coup trop terrestres. »

Tains racontent de saint Denys, de saint Maurice, de saint Lacain, de saint Didier deLangres, de saint Jnst d'Anxerre, de saint Livin et de bien d'antres.

Les artistes pour exprimer le supplice de ces mar» tyrs les représentaient tenant leur tête entre leurs maôns ; c'était Vemblème de la décapitation ; le peuple prit la représentation dans le sens littéral, et il ne manqua pas d'auteurs pour consigner la chose comme &its historiques indubitables.

Les voyages en pensée dont il est parlé dans la yie de divers extatiques sont les effets de ces visions que détermine une imagination surexcitée. Sainte Liduine croyait se rendre en terre sainte sous la conduite de son ange gardien, et Marie d'Agreda, désirant la conversion des habitants du Mexique, se transporta mentalement dans leur pays.

L'assimilation offerte par certains cantiques entre le mariage réel et le mariage figuré que la religieuse contracte avec Jésus-Christ fut parfois pris comme exprimant une alliance réelle.

On lit dans Toifice de sainte Gertrude :

... AChristotiobilis, Sponsi requiris oseula.

Et ailleurs :

Ad sacros virgo thalamos anhelans, Nuptias cœlo cclebraro gestit.

Saio te Catherine s*éiant vue en sunge mariée à Jésus-Christ, se réveilla ayant au doigt un anneau miraculeux. U est aassi fait mention d'anneaux données par la Vierge à des personnes qui s'étaient vouées

à elle ; saint Edin(»d en reçat an sur lequel éUit écrit Ave.

Une antre source féconde de miraelei accumulés par les hag^iograplies c'est le désir de calquer les actions des saints personnages sur les récits de la Bible ; c'est dans cet ordre d'idées qu'il faut chercher l'origine des narrations rdatives aux eaux passées à pied sec par plusieurs saints, notamment par saint Biaise, saii^ Hyacinthe, saint François d'Assise, qui trayersent la mer sans se mouiller sur leurs manteaux.

Les multiplications d'argent qu'cm lit dans les Vies de saint Benoit, de saint Zenon, de saint Epiphane» de saint Eioi , de saint Jean de Pena, saint Prej^ {Vie des samU du diocè$e de Bordeaux^ 17$$, p. 1S5) eont des allégories qui montrent l'ardeur ingénieuse de la charité chrétienne.

On peut également rapporter les miracles de baguettes qui reyerdissent et de fo&tons qui flearissent aux comparaisons si fréquentes dans l'Ecriture sainte et chez les écriyains ecclésiastiques qui assimilent le juste à un rameau florissant.

Les Vies de saint François d'Assise, de saint Boniface, de saint Bernard, de saint Polycarpe, de saint Grégoire thaumaturge et de bien d'autres font mention de fleurs qui paraissent tout à coup dans la main d'un saint après sa mort ou qui indiquent son tombeau. Ces prodiges se rapportent à des idées du même ordre que celles que nous venons de signaler.

Saint Nicolas, saint Edilwald arrêtent des tempête» et calment la fureur des éléments.

Saint Bernard, saint Maurille, sainte GeneylèYe^saint Médard guérissent des Bialades qui ont la main sècbe, maladie signalée chez les évangélistes, et qui sutsdoute doit s'entendre d'une atropMe de la main.

CDRI08ITÉ8 THÉOLOGIQUBS. tf

Saint Gilles, saint Thomas d'Aqaiiiy saint Ignace de Loyola gaérissent des malades par le seul atloodiement de lenrs yètements.

Saint Golmhns gnérit nn avengle-né arec de la salire: saint Hilarion en foit de même.

Saint Benoit, saint] Martin, saint Maurille ressosi^lmt des morts, ainsi que saint Alexandre et saint Trançois Xavier.

Saint Ambroise et saint Manrille se montrent après leur mort.

Saint Paul ermite, saint Vite, saint Cresceit, siûnt Modeste sool nonrris par des oiseanx; saint Etienne, abbé de Giteanx, Test par nn aigle et par un poisson.

Saint Pol de Léon, Saint Josse, saint Lenfroi, saint Ami , saint Paterne, sunt Efflam, en frappant nn ro- ^er, en font jullirniM sonrre miracnlense.

SaintCopras, noa?eau Josoé, arrête le soleil an moment de se concber. (Telle est dn meins Tassertion de ▼ineent de BeauTais dans son Mira^ Hittoriak , mais cette autorité est bien foible.)

Sûnt Christien de Toscane, saint Victor, saint Maur sont jetés au milieu des flammes et n'en éprouvent andm mal.

Les eaux, renourelant le miracle de la mer Rouge, s'ouTrent pour livrer passage à saint Spiridion, à saint Hilarion, à saint Colomban.

Le don des languies est attribué à divers saints, notamment à saint Antoine de Padoue.

La délivrance miraculeuse de saint Pierre est reproduite dans les vies de saint Servain, de saint Saturnin, de saint Apollonius, de saint Roch e^ de beaucoup d'autres.

Saint Amould, saint Sébastien, saint Saturnin gué-

48 CDRIOSITÉS TUÉOLOGIQUES.

rissent des lépreux en les baptisant. Un crucifix miraculeux adres^ la parole à saint Bonaventure et à saint Pierre Nolasque.

Très-longue serait la liste des saints que la légende cite comme vainqueurs de dragons ou serpents mous* Irueux.

Saint Patrice, saint. Saturnin, saint Amand, saint Martial, saint Romain, sainte Radegonde se signalent dans ce genre de con.bats.

£st-il nécessaire de rappeler saint Marcel, liant avec son étole le dragon qui ravageait les environs de Paris, et sainte Marthe traînant la tarasque à Taide de sa jar* retière?

Puisqu'il est question de serpents, nous remarquerons que ces reptiles jouent un grand rôle dans les légendes; saint Paterne, sainte Christine n'en éprouvent aucun mal; saint François les maniait impunément; les persooues mordues par un serpent étaient guéries en approchant du tombeau de saint Phocas.

On a longtemps cru dans la Sologne, et peut-être y croit-on encore, que lorsque les serpents ont sept ans, il leur pousse des ailes, et ils s'envolent vers Babylone.

Des lions miraculeusement apprivoisés accompagnent saint Jérôme, saint Siniéon, saint Gérasime; parfois ils protègent les saints personnages dont ils sont les compagnons (Vie de saint-Jean le Silentiaire) ou bien ils font découvrir leurs reliques (voir les Vies de sainte Péiagic, de sainte Marie l'Egypiienne, de saint Paul Termile).

Des loups et des ours servent de botes de somme à faiut Malo, à saint Corbiuien, àsaint Maxia)in, à saint Hambert de Marolles.

La colonibt% cd symbole de la pureté cl du Saint-

Esprit, ne pouvait être oublié d^ns les récits légendaires ; cet oiseau descendit sur la tête de saint Âreûius et de saint Dnnstan, lorsqu'on les faisait évêque. MêDoe trait est raconté dans la légende de saint Malacbie et saint Christophe de Romandiola. Un pigeon 86 posa sur la tète de saint Branle lorsqu'il prêchait à Sarragosse. On affirma que ce pigeon était le Saint- Esprit lui-même. Une colombe fit connaître le lieu de la sépulture de saint Cunibert ; une autre indiqua à saint Gaucher le lieu voisin de Limoges où il devait fonderie monastère deSaint-Aurel.

Les Busses s'abstiennent de manger du pigeon à cause de l'union qui existe dans leur pensée entre cet oiseau et le Saint-Esprit.

Des récits de pêche miraculeuse se trouvent dans les vies de sainte Botride, de saint Antoniu, de saint Bonite. Un poisson toujours entier procure à saint Corentin la nourriture nécessaire. Transcrivons ici, pour donner une idée du style naïf de ces légendes, un passage d'Albert Legrand, dans sa Vie des Saints de Bretagne: « Pour sa nourriture et sa sustention en cette solitude, Dieu faisait un miracle admirable et continuel, car il lui envoya un petit poisson en sa fontaine, lequel, tous les matins, se présentait au saint qui en coupait une pièce pour sa pitance et le rejetait dans Feau, et, tout à rinstant, il se trouvait tout entier, sans lésion ni blessure, et ne manquait tous les matins à se présenter à saint Corentin qui faisait toujours de mesme. »

Il y a aussi des récits de poissons rapportant à des saints des anneaux ou des clefs (V, les vies de saint Amould et de saint Maurille). La légende de saint Kentigem, évêque de Glascow, porte qu'une femme ayant hissé son anneau conjugal dans la Clyde, son mari,

CURIOSITÉS TflÉOLOGIQOBS.

sapposant qu'elle Favait donné à quelque aniant, éprouva an yioleat accès de |aloasie« La femme iuTO* qua l'assistance de saint Kentig^rn, et, à la prière an prélat, un saumon Tint du /end des eaux capporter l'anneau perdu.

D'après des traditions fort répandues dans le pays, lorsque saint Quentin fut conduit enehainé, en 303, d'Amiens à Saint-Quentin, il fut emprisonné à Marteville dans un cacliot dépendant du castel de ce village. Dans ce cachot parut alors, pour la première fois, une fontaine dont les eaux très-l»elles sortirent de terre à la

CURII>SIT£S THÊ0L06IQUBS. U

it70»<iiiela8Uta8 de Charles I**, éleré à GhariBgCroii, W9^i remué la tète aa moment eu passait devant eHe !• eereneil d*aa penonnage liai ayait donné beaaeenp d'embarras à oemonarqne; on 8oatenait,en i68t,^«d la statue de GiUUaame le Conquérant, qui est i h Bmirse ée Londres, ayait agité Tépée qu'elle tient en sa main.

11 existe dans les calendriers ime elasse asset nom* brense de saints locau et ignorés qui tirent leur origine des diyittkés paimnes. La pi^ erédide des paysans gaulois transforma en saints et en saintes les simulacres des dieux qiffls ayaient adorés avant leur conversion. On distingue, dans cette catégorie, sainte Venise, sur laquelle un membre de l'Institut , M. Du* reau de la Malle, a lu devant TAcadémie des ioscriptions une note intéressante. Cette prétendue sainte est honorée dans trois communes du département de rOme ; dans l'une d'elles, à Ceton , on voit sa statue qui représente une femme dont le corps est nu en grande partie ; un ruban est passé autour de ses reins, et les malades qui viennent implorer la sainte se le mettent au même endroit. Divers auteurs ont rapporté la légende de cette sainte auquel on donnait pour marf saint Amator (saint Amadour duQuercy),dont on faisait un domestique de saint Joseph.

Saint Othon, saint Winfi-id et bien d'autres ont laissé sur des pierres la trace de leurs pieds. On montre sur le Carmel la trace du pied d'Élie. Parfois aussi ces empreintes ne sont plus, il s'en faut, celles de personnages dignes de vénération : on fait voir à Cologne l'empreinte des griffes du diable, et, au pied du château de Bentheim, une pierre sur laquelle il dormit conserve la trace de ses monstrueuses oreilles.

Ceci rappelle la trace qu'il y a sur tm rocher de FHe

51 CURIOSITÉS THÊOLOGIQ.UES.

de Ceylan et qui est, selon les adorateurs de Bouddha, la marque impérissable que ce personnage laissa au lAoment de s'élancer vers les cieux; les Musulmans affirment que c'est Tempreinte du pied d*Âdam qui, avant de monter au paradis, attendait sur une jambe en pleurant que le Tout- Pussant lui pardonnât ses péchés. Ajoutons que les Mahométans montrent aussi, près de Médine, Tempreinte de la tète de leur prophète, et le pied de son chameau est signalé comme la cause d'une crevasse dans une des montagnes de la Syrie.

lm4alcMio«s.

Un livre des Itinéraires de Bùme^ imprimé à Rome en U75, plusieurs fois réimprimé et traduit en allemand, renferme à ce propos quelques idées singulières.

Les papes Sylvestre et Grégoire ont donné tant d'indulgences à l'Église de Saint-Jean de Latran, qu'il n*y a que Dieu qui puisse les compter.

Quand on montre les tètes de saint Pierre et de saint Paul , «qui sont dans cette église , les Romains gagnent 3,000 ans d'indulgence, les Italiens 6,000 et les étrangers 13,000. Cette proportion se retouve lorsqu'on expose la Véronique.

Quand le pape Grégoire consacra cette même église pour la seconde fois, il donna autant de jours d'indulgence; qu'il tombe de gouttes d'eau quand 11 pleut trois jours et trois nuits de suite.

Le pape Alexandre a donné 1 ,000 ans d'indulgence pour chacun des degrés de l'église de Saint-Pierre qu'on montera avec dévotion (il y en a vingt-huit)» Divers papes ont donné 48,000 ans d'indulgence à ceux qui visitent l'église de Saint-Sébastien.

V Abrégé des Privilèges des ordns mendiants , imprimé à YaAladolid en i33S, nous fait savoir qa'iiy a S8,968 ans et 263 jours d indulgence le jour de saint Fabien et de saint Sébastien, dans Téglise de ces saints ; 533,393 ans et 383 jours à Téglise de Sainte-Marie del Popolo; 138,968 ans el 183 jours à Tégliso deSaint- Pierrè, le jour de la chaire saint Pierre; 159,190 ans et 28 jours à VégUse de Sainte-Marie Majeure, le jour de saint Mathieu.

Uo décret de la Cour de Rome condamna, en juin 1633, de fausses indulgences, et notamment celles accordées à un grain béai qui aurait touché un des trois grains miraculeux, l'un dans les mains du Pape, Tautre dans celles du roi d'Espagne, le troisième au pouTOir du général des Cordeliers; le mètne décret réprouve de prétendues indulgences qa*on disait avoir été accordées par Jean XXII à ceui qui baiseraient la plante des pieds, de la Vierge, imprimée sur une es* tampe.

Un décret du 7 mars 1678 frappa d'une semblable condamnation les indulgences qu'on prétendait à tort avoir été accordées par divers Papes à ceux qui récitent Toraisen angélique quand Thorloge sonne ; à la révélation faite à saint Bernard de la plaie sur Fépaule de Notre-Seigneur ; à ceux qui récitent certaines prières ou qui assistent à cinq messes en Thonneur de cinq fêtes de la Vierge. Furent pareillement flétries par le Saint-Siège les indulgences de quatre-vingt mille ans copiées sur un vieux tableau qu'on disait être gardé dans Téglise de Saint-Jean de Latran, ainsi que deux oraisons qu'on prétendait avoir été trouvées dans le sépulcre de Jésus -Christ ; l'une commençait ainsi : Âninia Christi^sanetifica me; corpus Christi^ salva me; ^l'autre : Ave^ o verum corpus natum de Maria virgine.

H CURIOSITÉS THÉOLOGIQUÈS.

< Qaiooiiqiie les portera sur soi «vec Aévoâon, sera déUTTé du diable et de mort subite, et ne mourra de mauvaise mort; il sera préservé de la peste et de toute maladie contagieuse; jamais sorder ni sorcière n» pourront naire à ceux qui auront ces deux belles oraisons sur eux. Le feu du ciel ne tombera point dans là maison ott Ton récitera ces oraisons avec dévoliim. IMe femme enceinte les^ disant dévotement enfantera sans aucun péril de mort. » Ces promesses sont imprimées dims un vieil ÂnUcUaorms aninm, et il est dit Hans le titre de ht première de ces oraisons, que ceM qui la récitera dévotement gagnera S,(KK) jours 4indnlgence pour les i^échés mortels, et to,ooo jours pour les pécbés véniels.

Diverses Hewres ëe iVolf^e-Dome, infrîmées à Paris^ n(^amment en 1683 , renferment une oraison : Drnnme iesn Chriêti qui hane servanti formam eamis, «n ^on* lant que le pape Boniface a donné deux mille ans d*in* dulgence à toutes les personnes qui réciteront ceUe «raison à la messe emre l*Étévation et TjI^iiiis Dei.

Une autre oraison est attritaée à Bède, et il est Ht, «nson intitulé, queqmioenqve la récitera dévot^netft <t à genoux, ne reoevra aucun dommage et ne mourra yoint sans confession.

On lit daais les RévHaOmsûe sainte Brigitte quecetto saii^ ayant désiré savoir le nombre de plaies que Je • sns-Qirist reçut à sa Fassion , il lui aipparut et kû dit ^VÂles étaiei^ an nom^it; de f ,480 ; il i«i enseigna «BBuite quinae oraisoos et ajouta que qc^oonque les dlirait pendant un an, délivrmdt du purgatoire quime- Jimes et sa fanllile, que quiioe justes seraient confirma m. grâce et qne quime pécbeurs «eralent convertis.

CiM» aussi tue iHraison à la T'éremqie ou ioHige 4e laSiBisie Faee attr^ués a Imu XXH. On rnssme dsn&

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUBS. SS

1& litre que ee pape a doniié 10,000 joare dindulgem» à ceux qui la diront déyotement, on qai, ne la sadiial pas, diront cinq Rater en regardant la Yéroniqae.

Il faut ranger dans semblable catégorie les préroga* tirée attribnées anx cinq oraisons des dnq donlenrs de la Yiergii^ chacune commence par une des lettres du mot Maria; elles forment ainsi un acrostiche. La première : Medialrix Dei et haminum et font mueri» cordiœ; la seconde : A uxiliatiix Dei et hominum et pam el terrœ condimentum.

Tont le monde connaît Thistoire d'an gentilhomme qni, ayant donné de l'argent à un moine pour faire sortir des âmes du purgatoire, youlnt ensuite se faire rraidre son argent. Madame d'Aulnoy , dans son Vogage en Eêpagne, imprimé en 1691, raconte ee trait de la façon suivante :

« Le comte de Villa- Médina, étant dans l'église de Notre-Dame d'Atocha, donna quatre pistoles à un religieux qui demandait pour les âmes du Purgatoire. « Ahl seigneur (dit le bon père) vous venez de délivrer une âme du purgatoire. » Le comte tira encore une pièce de quatre pistoles et la mit dans sa tasse. m Voilà, continua le religieux, une autre âme délivrée.» Il lui en donna de cette manière six de suite , et à chaque pièce, le moine s'écriait : « L'âme vient de sortir du purgatoire. —M'en assurez-vous? dit le comte. — Oui, seigneur, répartit le moine: elles sont à présent au ciel. — Rendez-moi donc mes sif pièces de quatre pistoles, dit-il ; car il serait inutile qu'elles vous res« tassent. Puisque ces âmes sont au ciel, il ne faut pas craindre qu'elles retournent au purgatoire. » Mais le moine se garda bien de les lui rendre, et il s'en serait fait scrupule. »

Les frères mineurs, c'est l'abbé Thiers qui s'exprime

de la sorte, avaient autrefois un moyen bien plus facile et à meilleur marché de tirer des âmes du purga* toire. Ils assuraient, à ce que témoigne le cardinal Boniface de Ammatis, qu'on en pouvait tirer autant qu'on entrait de fois dans l'église de Notre-Dame-des-Anges ou de la Portioncule, près la ville d'Assise^ et qu'on en sortait depuis les premières vêpres du jour saivant; toutefois une entrée et une sortie ue procuraient qu'une seule indulgence.

On a prétendu qu'en 1391, le pape Boniface IX accorda des indulgences plénièresaux Milanais, les absolvant de tous leurs péchés s ils visitaient chaque jour cinq églises, lors môme qu'ils ne seraient ni contrits ni confessés; mais ce fait assez extraordinaire n'est rapporté par aucun auteur digne de foi. 11 y avait dans la cathédrale de Bourges, au-dessus du grand tronc, des vers latins qui promettaient le ciel à ceux qui feraient des aumônes, et l'étendue de la place qu'ils obtiendraient devait ôîre proportionnée à leur générosité :

Hic si large des, in cœlo fit tuus sedes , Qui seret hic parce, parce compreheodet in arce.

La bulle dite sabbatine , attribuée à tort à Jean XXII, est remplie d'extravagances au sujet des indulgences.

^ Vierge y dit qu'elle descendra en purgatoire le premier samedi après la mort de tous ceux qui auront porté le sca polaire ou qui, pour l'amour d'elle, seront entrés dans son ordre ou dans sa confrérie, qu'elle les délivrera des peines du purgatoire et les conduira à la montagne de la vie éternelle (m montem sanctum vitœ œtemœ glormè reducam). Quiconque sera de Tordre des Carmes et en portera l'habit sera sauvé

éternellement. Ces étranges assortions ont été vivemeni réfutées par des théologiens fort orthodoxes ; un docteur de Sorbonne que cite Thiers les qualifie d'inepties; bien des gens seront sans doute de cet avis.

Un livret composé par un capucin, les Merveilles du Rosaire, par le père Carnac (loulouse, 1619), entre dans de longs détails sur les indulgences delà Portioncule, c'est-à-dire acoordéei à ceux qui visitent cette église le premier jour du mois d'août. Le Martyrologe francis» cain, par le père Artus du Moustier, affirme que les démons ont été contraints de convenir de son pouvoir; ceux qui ne l'ont pas cru véritable ont été punis et fouettés miraculeusement.

. D'étranges idées ont été mises en avant au sujet de Termitage de Sainte-Marie-de-la Portioncule, près d'Assise^ séjour de saint François et berceau d'un ordre célèbre. Barthélémy de Pise, dans son Livre des Conformités (lib. 3, fol. 187) n'apas craint de dire que le diable lui-même convenait que si un horarne,* après avoir égorgé de sa main tous les autres hommes, allait se con* fesser à la Portioncule, il en sortirait l'âme aussi pure que celle d'un enfant après le baptême (si unus homo ocddisset omnes homines manu propria et ad hcum illutn vere cofUritûs et confessus accederet, statim in ingressu loci illius anima mwndatur ah omni peccato, sicut anima pkeri perfecto baptismo mundar^tur). Le diable, tonjours d'après l'autorité de Barthékmy de Pise, a révélé qu'on faisait de ceux qui se permettent de manquer de respect à la Portioncule une plus grande boucherie en enfer qn'on ne tue de bètes à Bologne {De his facimus majus macellum in infcrno^ quam fiât depecudibus et aliis animalibus Bononiœ).

Dans les siècles dIgBoraDcey les fausses reliqaes se moUipUèreat de la façon la plus singulière; on y attaehail alors le pins grand prix, la crédnlité d'une part, rimposture de Tautre se donnèrent pleine carrière. Il y a de l'exagération, sans donte, mais il y a aussi quelque yérité dans le tableau que traçait Calvin, lorsqu'il écrivait ironiquement son Traité des reliques et du grand avantage que retirerait la chrétienté si on en foiioit inventaire.

Une des reliques les plus fameuses est la Véronfqne ou Sainte Face^ que quelques églises sont flères de posséder.

Le nom de Yera icon était consacré aux images de Jésus*Christ ; on l'appliqua plus tard par confusion à la sainte femme qui, suivant une tradition fort accré^ ditée, reçut sur le voile dont elle essuyait la figure du Sauveur l'empreinte révérée appelée Sainte Face. Des lavants avaient peufté que le nom de Véronique était une altération de Bérénice, nom que l'Évangile s^n^ eryphe de Nicodème donne à la femme que Jésus-Christ guérit d'un flux ée sang. Il parait toutefois que le nom de Bérénice est une modificatton de celui de Pronniee* qu'une des sectes les plus imporuntes des GiAstifiMt, les Yalentiaiens, donnaient à cette même hémorruisse.

Des légendes ne tardèrent pas à se répandre à cet égard; on raconta l'histoire d'une dame Jurvo appelée Véronique, que l'empereur Tibère, atteint de la lèpre, fit venir à Borne, afin qu'elle le guérit par 1 attoucbement du saint suaire qu'elle possédait.

D'autres écrivains crédules firent de Véronique une des compagnes do Lazare, de Marthe, de Marie-Hag-

CURIOSITÉS TBÉ0LO0IQ0B8. il

âeleine et de Joseph d'AHmathie, avec lesquels As les firent aborder dans les Gaules.

On raconte que le soaire ayant été plié entroisparb sainte, Vimage du Sanvenr s'y était imprimée en trois endroits, et que ces trois exemplaires étaient conserfés i Rome, à Tnrin et à Iran en Espagne.

L'histoire de la Sainte Amponle, conserrée à Reina et apportée, dit-on, par nn ange lors dn conronne- Btent de Glovis, a longtemps été célèbre. C'est Hincmar qoi, dans son Historia Francorum, a le premier raconté ce miracle ; an nenvième siècle , le moine Aimoin Va répété; mais il est remarquable qne les éeriyains antérieurs à Hincmar ne parlent point de ce prodige ; ni Grégoire de Tours, qulTecueille avec tant d'avidité tous les récits où il y a du surnaturel, ni Ayitus, éyèque de Tienne, qui avait écrit à Clovis pour le féliciter de son baptême, ni Nicétius, évèque de Trêves, qui a aussi fait mention du baptême de ce numarque.

Le Mémoire de Yertot, dans le tome II des Mémoires de TAcadémie des Inscriptions, est écrit sous l'impression d'un embarras remarquable.

Au rang des reliques célèbres, il faut placer la sainte larme de Vendôme ; la tradition prétendait que cette larme, versée par Jésus-Christ sur le corps de Lazare*, avait été recueillie par un ange qui l'avait donnée à la Madeleine qui la remit, lors de son voyage en Provence, à saint Maximin , évoque d'Aix. Portée à Consiantinople, elle fut accordée par l'empereur Midiel le Paphlagonien à Geoffroi Martel, en récompense des secours que ce guerrier lui avait amenés contre les Sarrasins, et plus tard elle fut donnée au couvent des Bénédictins de Yendôme. Le docteur J.-6. Thiers établit sans peine que tons ces récits n'avaient aucune

«0 CURIOSITÉS THÉOLOOIQUES.

réalité historique ; dans cette controyerss, il eut poar adversaire un érudit célèbre qui fait d'ordinaire preave d'une critique plus judicieuse, le père Mabillon ; mais c'était un bénédictin, et il fallait qu'il soutînt les prétentions de son ordre.

Un jésuite d'Annecy, nommé Jean Fenand, composa un gros livre au sojet des reliques, dans lequel il n*bésitc pas à dire que lorsqu'il se trouve dans diverses églises des tètes ou des corps du même sai^ c*est la Providence qui a produit cette multiplication miraculeuse afin d'entretenir la dévotion des fidèles (Unnm mihi sat eril dicere supremum numen suam procul dubio cxplicuisse potentiam in iis nominalim reliquiis multiplicanUis).

Fêtes et prooessIoBS.

Quelques empereurs d'Allemagne se trouvant à Rome à l'époque des fêtes de Noël, affectaient de lire eu-mèmes à Tolfice la leçon où se trouvent les mots : exiit edictwn a Cesare i4ti$ti$to.Frédéric III le fit devant le pape Paul II en 1468 ; l'empereur Sigismond en agit de même au concile de Constance, étant habillé en diacre; et il a été admis dans le cérémonial romain que si l'empereur se trouvait à Rome ce jour-là, ce serait à lui à lire cette leçon revêtu d'un surplis et d'une chape^ etl'épée au côté.

L'usage des trois messes en ce jour vient de Rome. On les disait à cause des trois stations indiquées par les papes pour le service divin; la première à Sainte-Marie-Majeure pour la nuit, la seconde dans l'église de Sainte -Anastasie pour le point du jour; la troisième à Saint-Pierre pour l'heure ordinaire des grandes fêtes. L'usage de ces trois messes, borné maintenant à la fête

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUF.S. 61

de Noël, s'appliquait jadis en quelques pays à plu* sieurs autres grandes solennités. Saint Ildefonse, évoque de Tolède en 883, constate qu'il se disait aussi trois messes aux fêtes de Pâques, de Pentecôte et de la Transfiguration.

La dispense du maigre pour la fête de Noël, lorsqu'elle tombe un vendredi, est fort ancienne. Saint Epipbane déclare que, de son temps, on ne jeûnait point la jour de Noël lorsqu'il venait un mercredi ou uA vendredi. Nicolas Ie% eihortant les Bulgares à l'abstinence tous les vendredis de l'année, en excepte celui qui se rencontrerait la fête de Noé'l. Matthieu de Paris, dans son histoire d'Angleterre (année 1338), mentionne comme un usage en vigueur, la faculté de manger de la viande un vendredi, si la fête de Noël tombe ce jour-là.

N'oublions pas la procession de Sainte-Gertrude à Nivelle qui a lieu tous les ans le lendemain de la Pentecôte. Un homme à cheval a derrière lui en croupe une jeune fille qui représente la sainte et qu'on choisit parmi les plus jolies et les plus distinguées de la ville. Devant elle un jeune homme alerte, représentant le diable, fait mille sauts, mille gambades et s'efforce, par ses bouffonneries, de faire rire la prétendue sainte, qui doit garder un sérieux imperturbable. Tout cela réjouit infiniment les bons Flamands.

Les Vénitiens se donnaient un plaisir semblable lors de la procession du Rosaire. Des jeunes filles représentaient diverses saintes, telles que sainte Agnès, sainte Lnce, sainte Catherine de Sienne ; des jeunes garçons, choisis parmi ce que la ville renfermait de mieux, Jouaient des rôles d'anges et de saints. Quelques diables ayant queue, griffes et cornes, étaient dispersés dans cette pieuse société; leur fonction était de

M CURIOSITÉS THÉOLOGIQUBa

geHicnler «après de* saintes, de les disirtke ptr des tours groietqnes. Cette ùteélie dégén^ail soavei^ m Ueeaoe : les démms se pemetUieiU des postares fort imeonTeDsittes el étaient disposés à pre&dre afee les saintes des libertés réprébensibles.

Dans quelques vUles de Navarre, om pratiqoait autrefois oae cérémoDie burlesiiue et singulière dmH Martin d'Arles, arckidiacredePampeloue, fait mentîMi dans son Traité des SuperttHimu^ imprimé en iSSe. Voici comment il s'e^Nrime : « Les Navarrois, dans les temps de sécheresse, loin de s'bumiUer devant le Seigneur et de fléchir son courroux par la pénitence, avaient recours i une manière pleine d'ioâpftété que leule leur grossièreté peut à peine excuser. Us portaient en procession sur le bord d*ane rivière l'image de saint Pierre, leur patron, pais ils se mettaient i erier d'un Um plus menaçant que soumis : < Saint Pierre, secourex-nous; saint Pierre^ une fois, deux lois, trois fois, secourez-noas J «Voyant que l'image de •aint Pierre témoigaait p«r son sileuee qu'elle n'avait aucun égard â leurs cris, 1^ entinieul ^a oel^ et ils eriaiest plus fert qu'auparavant : « Qu'on plonge saiitt Pierre dans la rivière i » Alors les principaux du clergé représentaieutaa penplequ'il ne (allait pas en venir i eetle extrémUé, que saint Piecve était un bon patroft, et qu'il ne tarderai! poii^ i les secourir. Le pei^, ne se fiant pas à ce ^'oa lui disait, exigeait qu'mi lui donnât des cautions. Oaiuieadcnaait^etilmaiiqiiMkit rarement de pleufoir dans les viagt-qaaire heures, n C'est du moins ce qu'aftrme notre auteur.

Ches les Grecs, lorsqu'on pose les fondements d'an édifies, les ouvriers, après avoir reçu la béaédictioadu prêtre, selon l'usage du pays, tneat un eoq et mi mou- Khh dontils eatenent le saag sous la première pieiTe

CUAJOSITËS TH£0L0GIQU£& . M

qa'ilâ posent. On ne doate pu qu'on Mite ainsi la prosf>érité sar eeue malton.

D*aiiires Grecs, v^alaat se venger de queliioe en« nemi, pienneni la mesure de la longnear et de la largenr de sen corps; ils vont tronver ensuite des ou- Trîejcs qui poi»ent les fondements d'un ôdiflce, et ils ks engagent, par quelques présents, à enterrer cette mesure sous une des premières pierree des fondeinents; ils s*imaginent que lorsque cette ittesure pourrit, leur ennemi languit et se dessâcbe^et dés qu'elle est réduite m paossièra; sa mort est InXaÛlibk.

La /ête de VAim est une des cérémonies les plus siagulières qu'offre Tétude du moyen âge ; eUe se célél^raii dans plusieurs églises, notamment à Sens et à Rouen, le jour de Noël. Dans cette dernière Yille« après le cbant de tierce, une procession conunençait autour du cloUre et venait dans la nef; elle était composée de deux partis, représentant l'un les juifs, Taotre les gentils. Il y avait aussi une troupe d'ecclésiastiques diversemom costumés et représentant les prophètes de TAncien Testament. Les chantres apostrophaient les juifs et les gentils, qui répondaient par un verset analogue à la cérémonie et aux personnages dont ils remplissaient les rôles. Les chantres appelaient ensuite Moïse, qui, tenant en mains les tables de la loi, revêtu d'une aube et d'une chape, ayant des cônes à la tète, ime longue barbe au menton et une baguette à la Main, entonnait un verset qui avait rapport à la fête de Noél. On interpellait ensuite Aaron, qui s*avaoçaH revêtu des ornements pontificaux, la mitre sur la têto et une fleur à la main; Daniel était représenté par unjeune homme vêtu d'une tunique verte et tenant un épi ; David était couvert (les ornements royaux ; Samuelt Ezéchiel, Zacharic, j)èro de saint Jean-Baptiste, <et biea d'autres person-

6d CURIOSITÉS THÉOLOGIQUËS.

nages illustres défilaient à leur tour. Une représentation du miracle des trois jeunes Hébreux préservés de la fournaise où les avait fait jeter Nabuchodonosor ayaît lien ensuite, et un personnage déguisé en femme, ayant un diadème sur le front, Tenail remplir le rôle d'une sibylle et débiter quelques versets prophétiques, ce qui terminait la cérémonie.

^ A Beauvais, le U janvier, on représentait la Fuite en Egypte. Une jeune fille, tenant un enfant entre ses bras, était placée sur un âne pompeusement enbarnaché, et conduite en triomphe de la cathédrale à Téglise Saint- Étienne. On la faisait entrer dans le chœur, et elle était placée, avec Tâne, du côté de TÉvangile. On commençait ensuite la grand*messe. V Introït, le Kyrie, le Gloria in excehis, le Credo étaient terminés par le cri de : Hin han, destiné à imiter la voix de Tâne. On lit même dans les rubriques manuscrites de cette fête, qu'à la fin de la messe , le prêtre , se tournant vers le peuple, au lieu de dire Ite, missa est, doit crier trois fois hin han; et le peuple, au lieu de répondre Deo gratias, doit répéter trois fois Mn han, hin han, hin han.

Il ne sera pas hors de propos d'insérer ici la prose qu*on chantait durant cette singulière cérémonie :

Orientis partibus

Adventavit asinus,

Pulcher et fortissimus

Sarcinis aptissimus.

Hé! sire asne, car chantez,

Belle bouche rechignez.

Vous aurez du foin assez

Et de l'avoine à planté {en abondance).

Lentus erat pedibus

Nlsi foret baculus

Et eum in clunibns

CURIOSITÉS TIIÉOLOGIQUES. 6$

Pungeret aculeus.

Hic in collibus Sichcm

Jam nutrilus sub Ruben

Transiit per Jordancm

Saliit in Bethléem.

£cce Boagois auribus, Subjugalis iilius, AsiDus egregius, AsJDorum Dominus.

Saltu Yincit hinnulos Bnmas et cupreolos, Super dromedarios Yelox Madianeos.

Aurum de Arabia Thus et myrrham de Saba, Talit in Ecclesia Yirtus asinaria.

Dum trahit véhicula, llulta cum sarcinula Illius mandibula Dura terit pabula.

Cum aristis hordeum Comedit et carduum Triticum apalea Segregat in area.

Amen, dicas, asine, Jam satur de gramine.

Amen, amen, itéra, Aspernare cetera.

La célèbre procession de la Fête-Dieu, à Aix, instituée en U62, par le roi René, occupait non-seulement la veUle, le jour et Foclave du Saict-Sacrement, mais aussi le lundi de la Pentecôte et le dimanche de la Trinité; le parlement, le clergé, le corps de ville, les con-

f réries des arts et métiers figuraient dans ces fêtes (0-

L'abbé de Yayrac , dans son livre intitulé : Eiat de i^EspagnCf donne quelques détails assez curieux sur Fun des plus fameux de tous les pèlerinages: celui de Saint-Jacques à Compostelle.

(( La Ogure de Vapôtre est sur le grand autel; c'est un petit buste de bois, toujours éclairé par quarante ou cinquante cierges. Les pèlerins baisent la figure trois fois et lui mettent leur chapeau sur la tête. On voit dans l'église une trentaine de lampes d*argent; six grands chandeliers d'argent sont un don de Philippe 111. Au dehors, une croix est élevée sur une plate-forme ; les pèlerins y attachent quelque lambeau de lours vête ments. Ils observent ensuite une cérémonie singulière: celle de passer sous cette croix par uno ouverture fort petite, dé sorte qu'il faut so glisser restomac contre le pavé ; les personnes chargées d'embonpoint ont tontes les peines du monde à accomplir cette entreprise, à laquelle on ajoute qu'une indulgence spéciale est att?.chée. »

Le concile tenu à Nantes en 4431 défend avec raison une cérémonie en usage le lendemain de la fête de Pâques.

Les prêtres des églises et quelques autres personnes se répandent dans les maisons de la ville, entrent dans

(1) Elles sont décrites très en détail daos un volume curieux : Explication des cérémonies de la Fête-Dieu d'Àix êm Provmcê, avec 13 gravures et les airs notés, par J. Grégoire. Aiz, 1777, in-12. Un autre livre, devenu rare, est consacré à l'apologie des mascarades qui faisaient Tornement de ces cérémonies; il a pour titre : Eeprit du cérémoniat dTAix en ta eHébration d$ la Fête-Dieu^ par P. J. Aix (saut dato);ia-lS.

les chambres, saisissent ceux qui sout couchés dans leur lit, les emmènent nus dans les rues et les places publiques, les conduisent ensuite, en poussant de grands cris, dans les églises, les placent sur Taulel et ailleurs, et jettent de Feau sur eux, ce qui trouble Toffice divin et occasionne des accidents, tels que des lésions et parfois des mutilations de membre. En outre, quelques autres personnes, prêtres ou laïques, vont de grand matin, le premier jour du mois de mai, dans les maisons de leurs voisins; ils en emportent quelques effets, et ils forcent ceux à qui ils appartiennent de payer pour les ravoir.

Semblable coutume subsistait à Angers ; le concile de 1448 la défendit. Les personnes trouvées le matin dans leur lit étaient portées dans Téglise et sur Tautel dépouillées de leurs vêtements.

Ailleurs, un usage analogue avait lieu le jour de la fête des Saints-Innocents. L'expression innocenter on donner les innocents signifient l'action d'aller, le jour de cette fête, réveiller quelqu'un et en même temps lui donner le fouet. La flagellation était une portion indispensable de cette cérémonie.

Le jour de Pâques et les six jours suivants, quelques chanoines, après matines, accompagnés d'enfants de chœur et précédés de la croix et du bénitier, se renflaient en procession chez leurs confrères paresseux, entraient sans bruit dans leur chambra, les surprenaient au lit, leur donnaient de l'eau bénite et chantaient l'antienne : Hœe dies quam fedt Dominus^ etc. Le chanoine paresseux s'habillait aussitôt, était conduit avec cérémonie à l'église et condamné à payer un déjeuner à ceux qui l'avaient réveillé. {Mercure de France, mai 1735, p. 898.)

A Nevers il existait un usage semblable. Les chanoines et autres membres du clergé allaient, dans l'intervalle

de Pàqoes à la Pentecôte, réveiller en cérémonie leurs confrères paresseax; cette pratique était sans doute accompagnée de circonstances indécentes, car un statut de 1246 la défendit sous peine d'excommunication, et la qualifia de détestable. {StatutaecclesiœNivemcnsis^ dans le Thegaurus anecdotorum de Martene, t. IV, p. 4070.)

Dans quelques villes, les habitants entraient de fort bonne heure dans les maisons et emportaient les habits de ceux qu'on trouvait endormis, et qui, pour ravoir leurs effets, étaient contraints de solder les frais d'an repas.

Les processions offraient parfois des circonstancei étranges, même à la fin du seizième siècle. Quelques détails à ce sujet, empruntés à un naïf et véridique chroniqueur, l'Ëstoile [Journal de$ choses advenues à Paris en 1588 et 4589), nous ont paru remarquables.

« Le 30 janvier (4 589) se fit plusieurs processions auxquels il y a quantité d'enfants, tant fils que filles, hommes que femmes, qui sont tous nus en chemise, tellement qu'on ne vit jamais si belle chose. Il y a telle paroisse où se voit de cmq à six cents personnes tous nus, et en quelques autres de huit à neuf cents.

« Le 3 février se firent de belles processions où il y en avoit grande quantité de tous nus et portant de trèsbelles croix.

« Le 14 février furent faites dans les églises de cette ville grande quantité de processions qui alloient en grande dévotion dans la paroisse Saint Nicolas- des- Champs; il y avoit plus de mille personnes, tant fils que filles, hommes que femmes, tous nus, et même tous les religieux de Saint-Martin-des- Champs, qui éroient tous nu- pieds, et les prêtres do ladite église de Saint-Nicolas aussi nu-pieds, et quelques-uns tout

CURIOSITËg THÉOLOGIQUBS. M

DUS, comme étoit le curé François Pigenat, duquel on fait plus d'estat que d'aucun autre, qui étoit tout na et n'ayoît qu'une guilbe de toile blanche sur lui.

« Le ai février, tout le long du jour, on ne cessa de Toir les processions es quelles il y avoit beaucoup de personnes, tant enfants que femmes et hommes, qui estoient tous nus, et lesquels portoient et représentoient tous les enghis et instruments desquels Noire-Seigneur avoit été affligé en sa Passion. »

Tout nus doit s'entendre en chemise, et c'était déjà fort suffisant; ces cérémonies eurent lieu en hiver, de sorte qu'elles durent avoir, pour ceux qui y figuraient aussi légèrement vêtus, des conséquences peu agréables.

SiBflrolarités relatives amz saoremento.

Des questions singulières, des pratiques bizarres ont été signalées au sujet des divers sacrements; nous nous contenterons d'en citer quelques exemples ; ce sujet pourrait recevoir des développements bien plus étendus que ceux que nous devons lui donner.

En 740, on soumit au pape Zacharie la question de savoir si un prêtre qui avait, dans un baptême, employé la formule : Baptiso te in namine Patria et Filia et Spiritua Sancta, avait fait un acte légal, un baptême véritable. Le Saint-Père décida qu'oui, parce que le prêtre avait agi par ignorance de la langue latine.

En 1387, le pape Clément VII fut consulté sur on événement étrange arrivé à Montpellier. Une ânesse mit bas, dans cette ville, deux êtres ayant la forme d'enfants mâles; on recourut à la décision pontificale pour savoir si on leur administrerait le baptême. Après de longs débats, le cardinal de Saint-Ange fit connaître qu'on pouvait les baptiser.

En Livonie, Tasage a longtemps subsisté de rebaptiser en secret les enfants qni tombaient malades nn on deux mois après leur naissance et de cbanger leur nom, car la maladie était attribuée an nom donné lors du baptême. Une idée analogue existait chez les paysans irlandais qui se gardaient bien de donner à un enfant le nom de son père ou de quelque membre de sa famille et qui ne doutaient pas qu'en pareille circonstance Tenfant ne vînt à mourir.

Les Copies et les Abyssins confèrent la tonsure et tous les ordres, excepté la prêtrise, à des enfants dès qu'ils sont baptisés.

Jadis, en Périgord, ou bénissait du vin après le baptême, et on en faisait boire à Tenfant. Le Rituel de Pé* rigueux, de 1536, explique cette cérémonie.

L'usage de sonner les cloches après le baptême a été extrêmement répandu. On s'imaginait que, si cette sonnerie n'avait pas lieu, les enfants deviendraient sourds et ne pourraient chanter.

Il y a peu de chose à dire au sujet de la confirmation. *

On croyait autrefois qu'on ne pouvait tirer la vérité de la bouche de criminels qui se seraient frottés de chrtoe ou qui en auraient bu. Le concile de Tours, tenu en Tan 813, ordonne que les prêtres qui en auront donné pour cet objet seront déposés et on leur coupera la main.

On s'était imagin i que le ciergd porté par le confirmé avait d'autant plus de vertu et procurait plus de grâces qu'il était plus lourd et plus grand.

Dans quelques diocèses on avait pris Thabitude do rester sept jours sans se laver la tète après avoir reçu la confirmation.

L'abbé Thiers, dans son grand ouvrage sur les su-

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUE& 7i

perstilions (1725 > 4 yoL), signale celle des personnefl qui ne yeolent commonier que d*ane grande hostie ou qui veulent qu'on leur donne plusieurs hosties en oommaniant.

On eut ridée de faire servir l'Eacharistie à on cataplasme appliqué sur les yeux d'un ayeugle-né, et saint Augustin rapporte que cet ayeugle, nommé Acacias, obtint ainsi Tusage de la vue.

Il y a quelques exemples, dans la primitive Église» que TEuc^ianstie ait été ensevelie avec les morts.

Les hosties non consacrées ont aussi été employées d'une manière abusive; on donnait à des fiévreux, afin de les guérir, trois de ces hosties après avoir écrit dessus : Qualû est Pater ^ ialù est Films et Spiritus Sanetus.

On pensait que boire le reste du vin qui a servi à la messe guérissait de la fièvre.

On trouve ao septième et aa neuvième siècle que, 4ans des conciles, afin de rendre les actes plus authen* tiques, on les signa avec de Tencre où Ton avait répandu quelques gouttes de vin consacré.

Saint Satyre, frère de saint Ambroise, lia l'Eucha* Tistie dans un linge, l'attacha à son bras et se jeta ensuite il la mer afin de se sauver à la nage lors d'un naufrage.

Saint Dominique, voulant convaincre des hérétiques, jeta l'Eucharistie dans une fburnaise ardente, où elle demeara trois Jours sans se consumer.

Saint Antoine de Padoue, voulant aussi convainoro an incrédule, présenta l'Eucharistie à un mulet qui se mit à genoux et baissa la tète en signe d'adoratloii«

Donner FEucharistie aux morts s'est pratiqué quel- •quefois; mais la chose fut défendue par des conciles au quatrième, au sixième, au septième siècle. Balsamon, «anoniste grec qui vivait au douzième siècle, se porte

cependant comme Tavocat de cette pratique en disant qu'elle peut servir à éloigner les démons qui tourmenteraient les défunts dans leurs tombeaux.

L'Eglise a proscrit comme des abus répréhensibles de communier plusieurs fois en un jour; de ne pas Touloir travailler le jour qu'on a communié ou ne pas vouloir jeûner ce jour-là si c'est un jour de jeûne.

Des gens croyaient avoir fait un crime s'ils avaient marché à terre les pieds nus le jour qu'ils avaient communié et les deux jours suivants.

En Abyssinie, personne, pas môme le roi, pas même le patriarche, ne peut communier hors de Téglise.

Saint Thomas de Cantorbéry portait sur lui une hostie consacrée afin de la prendre partout où il se serait trouvé en danger de mort.

Marie Stuart se donna à elle-même la communion en prison, avec la permission du pape Pie Y et avec des hosties qu'on lui avait fait passer en secret.

L'empereur Andronic II, à ses derniers moments, mit dans sa bouche, en guise de viatique, une statuette de la Vierge.

Des conciles ont défendu do dire la messe pour les gens tués en duel et pour ceux qui se pont suicidés.

Une histoire que raconte l'abbé de Cluni, Odoo, dans ses Conférences, se rattache à celte offrande du saint sacrifice pour des personnes mortes dans l'impénitence. Un prêtre célébrait la messe pour un voleur qui avait été tué par deux voyageurs logés chez lui et qu'il avait voulu égorger la nuit, afin de les dépouiller tout à son aise. Lorsqu'il arriva aux paroles de la consécration, il se fit un horrible fracas sur le toit de l'église, et au même instant l'autel s'écroula. Le prêtre, rempli de frayeur, s'enfuit sans achever la messe, et les assistants prirent de même la fuite, chacnn de son côté.

Peut-on dire des messes des morts pour les viTantst Qaelqaes anciens auteurs ont répondu par TafflrmatîTe et ont cité un exemple tiré de la yie de saint Théodose, abbé au sixième siècle, lequel fil célébrer Tofflce des trépassés pour un religieux nommé Basile, qui était plein de vie et qui expira lorsque les prières furent terminées; mais ce trait est tiré de la Vie des Saints écrite en grec pnr Siméon Métapbraste, et Ton sait combien ce recueil abonde en récits apocryphes.

Uarchevéque de Ratisbonne, Henri de Roteneck, mort en 4296, se faisait dire tous les ans un service solennel d^aoniversairo, auquel il assistait, etceladuranr les quatorze dernières années de sa vie.

Saint Pierre Damien fait mention d*un moine qui ne disait jamais d*autre office et d'autre messe que celle des morts; lorsqu'il fat trépassé, le diable lui reprocha cet usage comme un grand crime au tribunal de Dieu; mais la sainte Vierge et les saints se déclarèrent ses protecteurs et le conduisirent dans le séjour de la gloire.

Un concile de Tolède condamne à la dégradation et à Vexcommunication des prêtres qui disaient des messes des morts afin de faire mourir des vivants.

Il y aurait beaucoup de faits à citer à l'égard des singularités qui ont rapport à la messe.

Souvent elle était accompagnée de décharges d'armes à feu dans les églises et dans les cimetières. Le jour de la fête de sainte Barbe, la compagnie des chevaliers de l'Arquebuse exécutait une vive fusillade dans l'église après le dernier évangile. Lss statuts synodaux de Besançon, en 1633, condamnent cet usage.

Des prêtres disaient la messe l'épée au côté et des éperons aux pieds ; le pape Léon IV le défendit.

Nous apprenons aussi, par les décisions d'un concile

74 CURIOSITÉS THÉOLOGIQURS.

tenu en Angleterre en 787, que des prêtres aidaient en ridée de dire la messe les jambes et les pieds nna*

U y a dans rhistonre ecelésiastiqiie des exemples de messes dites hors des églises et sansantels^

Des historiens rapportent qae le martyr saint LucieiB, étant en prison» chargé de chaînes, couvert de blessures et ne pouvant se remuer, célébra la consécration sur son estomac, se donnaàlni-mème la communion et la donna à ceux qui étaient enfermés avec lut.

Théodoret rapporte qu'il ât apporter des vases sacrés dans la cellule â*un pieux solitaire redus depuis trenteisept ans, et que, faute d'autel, il offrit le sacrifice sur les mains des diacres.

Divers théologiens pensent qu'il n'esl pas permis de dire la uesse sur mer, l'agitation du navire poufant faire renverser le calice. Il y a cependant des exefl^)les du contraire : saint Wulfran dit la nesse à bord do n»vîKesucleqnelil se rendait en Frîse, à ce que rappeUe son biographe, le motne lonas.

Des écrivains un peu crédules ont raconté que saim Maekm oa Male>dit un îonr la messe en i^eine »er sur le dos d'une baleiae ^'il prit pov une Ue (i)

Pour deviner l'avenir, on avait imagkié de se faire lire tons les ^ors Févangile de saint J^tn et ^s messes de la Trinité et de saint Michel.

En certaines églises de Bfelagiie, ées paysans se fiii-

(1) Une gravure représentant un missionnaire cfisairt la Dresse strr le dos d^n poisson gigantesque se trouYc^ dans us voHme eierietix et rare, intitulé Nma fypis tramaetu neeé-gatio. Autkêrt HonorU^ Phihpmo, tWi. C'est le rehition d*an veyage ea Aménque faét par l'abbé du Meal Serrai et d'autres BéaédictiDS cbaifés d'une misa^Ni par 1* ▲lexaadraVL

saisit dire des messes ponr être guéris oa préserrés de eertaioes maladies, et, à ces messes, ils offraient des épingles crochaes qa*ils mettaient sur Tantel, puis ils faisaient réciter des évangiles et allaient hocher la léte trois fois dans une armoire ou dans un trou près de rautel.

On s'avisa d'employer des messes pour rendre emie* mis jurés des personnages liés par une amitié sincère. \ckÀ la recette telle que Vont donnée des auteurs qui ne jouissent pas aujourd'hui d'ane grande autorité :

«Après le soleil couché, prenez une belette, coupezlui les quatre pattes, faites-en deux croix, mettez-les l'une sur l'autre dans un sachet de toile neuve, cachez* le sous la nappe d'un autel sur lequel vous ferez dire la messe ; puis vous mettrez le sachet entre les deux personnes que vous voulez brouiller. »

Oo faisait dire des messes du Saint-fisprH afin de savoir si une personne était morte ou en vie ; poorcmu^itre à quelle époque on doit mourir oa quel mari on amra.

Lorsqu'on a été volé, dit Thiers, c'est une pratique aasez ordinaire de faire dire au {dus tùt une messe du SaÂnt-Espritpour empêcher que le voleur ne s'échappe du lieu o«i il a commis le larcin. Une autre coutume tout aussi fréquente est de faire dire une messe de saiul AiHoiee de.Pddoue pour retrouver un oli^t perdu ou égaré; ua synode tenu en Pologne , en 1568 , défendit positrreHieBt de faire dore des messes pour recouvrer des objets volés; il interdit auisi les messes dites pour des anhnaux malades.

Les démonologues parlent de messes que disaient les sorciers tantôt sur un morceau de euir de bouc arrosé d*eau b^ite, tantôt sxa on morceau de la coiffe qui couvre la tète de quelques nouveau-nés; il y avait aussi des messes dites dans le but de donner de Tamour; on

mettait sons la nappe de Tautel des cantharides, ou de la pâte faite en forme de gâteau, ou la pierre appelée en latin calamita.

tarmiles messes superstitieuses, Thiers signale celles du Père étemel, du Trentain de saint Grégoire, des Cinq plaies de Jésus-Clirist, de sa Passion, de la robe sans couture, des onze mille* yierges, etc.

Un chanoine d*Evreux fonda un obit pour le repos de ton âme : il ordonna d*étendre sur le pavé, au milieu du chœur, un drap mortuaire, et de mettre à chacun des quatre coins une bouteille de bon vin, avec une cinquième au milieu; le tout devant revenir aux chantres de Téglise.

La confession ne pouvait manquer de provoquer des pratiques singulières.

Quelques abbesses ont prétendu pouvoir recevoir la confession de leurs religieuses, mais ce fut défendu par plusieurs papes, entre autres par Innocent m.

Bonfinius rapporte, dans son Histoire de Hongrie ^ que, trois ans après la bataille de Nicopolis, on entendit sur la plaine de cette sanglante journée une voix qui répétait de temps en temps le nom de Jésus et celui de Marie, et on trouva une tète qui cria qu'elle était celle d*un chrétien mort sans confession, que la sainte Vierge, qu*il honorait d*une dévotion particulière, Tavait préservé des peines de Tenferetlui avait laissé Tusaj^e de la langue et de la parole ; cette tète demanda qu'on lui fit venir un confesseur : on amena un prêtre du village voisin ; elle lui fit Taveu de ses péchés, reçut Fabsolution et resta ensuite sans mouvement et sans voix.

Thomas de Gantimpré, dans son livre sur les À beilUê^ raconte qu'un Normand, trés-peu homme de bien, fat attaqué par des ennemis qui lui coupèrent la tète et la jetèrent dans un vallon où elle cria pendant plusieurs

CURIOSITÉS THËOLOGIQUES. H

bcnres : «Sainte Vierge Marie, donnez-moi une Téritable confession ! » On alla chercher un prêtre, la tète fat réunie au corps, et le défunt reçut i*absolu(ion après aToir dit que tout ce qu'il avait jamais fait de bien en sa vie était d'avoir jeûné tous les mercredis et tous les samédis en l'honneur de la Vierge.

Césaire, moine allemand, qui a réuni, dans des dialo« gués composés au treizième siècle, un grand nombre de ces récits merveilleux qui faisaient les délices de cette époque, n'a point oublié le trait suivant:

Un moine de Citeaux n'ayant pu faire sa confession, suivant la coutume de Tordre, à son abbé qui était absent, la ûl au prieur du monastère, reçut l'absolution et mourut. La nuit qui suivit son décès, il apparut à son abbé et le pria de le confesser.

Encore une anecdote, toujours d*après l'autorité de Césaire :

Un démon se présenta à un prêtre et lui déclara ses péché?, qui étaient effroyables et innombrables; le prêtre lui donna pour pénitence de se prosterner en terre trois fois par jour en disant : a Seigneur Dieu, mon créateur, j'ai péché contre vous, pardonnez-moi. » Le démon se refusa à faire cette pénitence et disparut.

Une dévots du Pérou n'ayant pas de confesseur et étant atteinte d'une maladie épidémique, se mit à genoux devant une image de saint Ignace qui était attachée à la muraille de sa chambre, et expira après lui avoir fait Taveu de ioutes ses fautes.

Chez divers peuples ignorants, la confession donne lieu à des abus indignes de la religion. Un judicieux voyageur, Tournefort, donne une triste idée de la façon dont elle s'opère chez les Grecs : « Les prêtres ou papas qui font Toûice de confesseurs, ne savent seulement pas la formule de l'absolution. Si un pénitent s'ac-

78 CURIOSITÉS THÉOLOGIQUEa

ense d'avoir volé, ils demandent d'abord si c*est à un homme da pays ou à un Franc. Si le pénitent répond que c'est à un Franc : « U n'y a point de péché, dit le « papa, pourvu que nous partagions. »

Les prêtres de la Mingrélie et de la George, réduits à une extrême pauvreté, vendent la confession le phis cher qu'ils peuvent. Us se vantent de pouvoir donner l'absolution, non-seulement de tous les péchés qu'on « commis, mais encore de tons ceux dont on pourra se rendre coupable pendant le reste de la vie. Ils Tendent le plus cher possible à quelques gens riches des actes d'absolution générale, et, muni de ce diplôme, le pénitent crédule pèche tout à son aise et sans remords. Lorsqu'il vient à mourir, il fait enterrer avec lui son certificat et ne doute point que ce passe-port ne lui ouvre rentrée du paradis.

En Abyssinie, le prêtre ou Tévêque qui donne l'absolution aux pénitents leur applique en même temps plusieurs coups violents, ce qui, dans leurs idées, donne an pardon bien plus d'efficacité.

La confession était en usage parmi les anciens Péruviens; elle était de rigueur quand l'Inca tombait malade. Ce souverain n'était pas assujetti à la règle commune; il n'avait d'autre confesseur que le soleil. Après avoir fait en présence de cet astre l'aveu des fautes qu'il avait commises, il se baignait dans une rivière, persuadé que Teau emportait ses iniquités à la mer.

Le nombre des bandits et des assassins s'étant fort multiplié en Italie, les supplices ne pouvaient en venir à bout; le duc de Vendôme eut l'idée de faire pendre ces meurtriers sans confession, sans les laisser recevoir les consolations d'un prêtre. Ce moyen réussit josqu*à un certain point.

Les Abyssiniens se confessaient debout ainsi quo^

CURI08ITÉ6 THËOLOGIQUES. 7t,

les uieieits Moseorites, le confesseur se tenant également debout.

En Ângteterre, d'après nn ancien pénlteneiel, le pémtem se tenait debont.

Qnant à la fréquence des confessions , nn éwèqaœ de Metz, Codegraiid, qui Tirait an hnitième siècle, est !• premier qui ait imposé aox ecdésiastiqaes de sa eaâiédr^ Tobligaticm de se confesser tons les samedis.

Pierre le Chantre, auteur du douzième siècle, mentionne mi abbé de Longpont qui se confessât chaque jour.

Le P. André d* ÀTellino, qui fut supérieur général des Théatins, se confessait, sur la fin de sa yie, quatre et dnq fois par jour.

La plupart des règles de monastères institués au moyen âge ont fixé les confessions, les unes une fois par mots, d*autrestoas les quinze jours; il y en a qui ont stipulé une fois par semaine, et d*autre& deux fois.

Les Carmélites doirent se confesser et communier tous les dimanches et aux grandes fêtes ; les Théatins se confessaient trois fois la semaine.

Des statuts rendus à Barcelone et à SégOTie enjoignaient aux Franciscains de se confesser deux fois la semaine; lesreligienses du Calvaire doivent, d*après leurs constitutions, s'approcher du tribunal de la pénitence tous les mercredis et tous les samedis.

n y eut, au moyen âge, des exemples de confessions faites à la fois à plusieurs prêtres. Le célèbre Richard Cœur de lion, ayant été blessé à mort, se confessa à trois abbés de Citeaux qu'il fit venir pour cet effet; et,. €fà 1219, nillippe, comte deNamur, se confessa à quatreabbés dumèmeordre.

A l'égard de la confession par écrk, les écrives ec-

elésiastiqnes renferment plus d*une histoire qa*on n'est pas forcé de regarder comme authentique :

Uno femme de llle de Chypre reçut Tabsolution d'un péché très-grave dont elle avait fait Taveu par écrit à saint Jean TAumônier, n'osant pas le lui confesser de vive voix, mais elle ne reçut ce pardon qu'après la mort de ce patriarche d^ Alexandrie, qui se leva exprès de son tombeau pour lui rendre son papier sur lequel elle trouva écrit : « A cause de Jean, mon serviteur, ton péché est effacé.»

Un étudiant, à Paris, remit sa confession écrite à un religieux do Tabbaye de Saint-Victor qui, l'ayant lue, lui dit qu'il ne pouvait pas lui donner les avis néces* sairts, mais qu'il montrerait cet écrit à son abbé ; quand Tabbé voulut lire l'écrit qui lui était remis, tout avait disparu; les deux religieux en conclurent que les fautes du pénitent étaient pardonnées.

Le confesseur peut-il envoyer par écrit l'absolution? Quelques casuistes avaient soutenu que oui, mais le pape Clément VIII décida le contraire en 4602, Toutefois, en équivoquant sur les termes du décret pontifical, on trouva le moyen d'entretenir une controverse qui dura assez longtemps entre des Jésuites et des Cordeliers; un Jésuite fort savant, un peu bizarre et connu Jadis par des ouvrages sur des questions singulières, Théophile Raynaud, traita ce point dans un traité spécial : DeConfessione epistolari Apopompœus.

Quelques personnages voulaient recevoir Tabsolution i chaque péché dont ils se confessaient. Un pardon général ne leur paraissait pas suffisant ; ils en désiraient on spécial pour chaque faute.

On eut aussi l'idée de faire confesser ses péchés par. un autre; la Vie des Sainte cite, à cet égard, l'exemple de saiiu Lldwige"", qui fit l'ayea des fautes d'un grand

scélérat comme si c*eût été les siennes, et qni en reçat Tabsolation pour lui.

La mère de saint Pierre le Vénérable, abbé de Glani, étant sor le tombeau de son mari, confessa ses péchés et cens du défunt à un moine qui lui donna l'absolution et lai imposa une pénitence sévère.

La pensée de se confesser à un prêtre et de demander l'absolution à un autre peut sembler étrange ; il y a eu cependant quelques monastères où il était permis aux religieux de confesser leurs frères et de leur imposer des pénitences, à condition de les renvoyer ensuite à leurs abbés pour recevoir Tabsolution.

Il a été décidé qu'un muet pouvait se confesser par signes ou par interprète, mais qu'un confesseur ne devait jamais donner l'absolution d'une manière semblable.

Les anciens canons pénitentiaux en vigueur dans les premiers siècles de l'Eglise imposaient des peines qui indiquent qu'une sévérité bien supérieure aux usages actuels était alors en vigueur. Trois ans de pénitence étaient le châtiment d'une femme qui, pour plaire, aurait fardé son visage ou qui se serait masquée. Pour avoir parlé dans l'église pendant le service divin, dix jours au pain et à l'eau. Pour avoir consulté des sorciers, cinq ans de pénitence.

Passons à ce qui a rapport à Textrème-onction

Thiers mentionne, entre autres abus qui s'étaient introduits à cet égard, celui de la donner aux personnes bien portantes.

Les Grecs la donnent aux pénitents et à tous ceux qni assistent à Toffice le jeudi saint.

Sainte Hedwige, morte en 4243, se la fit administrer par son confesseur, le frère Matthieu, étant en parfaite s^ntéj mais, fort peu après, elle tomba malade et mou-

n CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES.

rat sans Touloir recevoir one seconde fols ce sacre* ment.

La donner à des soldats qui iraient à une bataille ou à des personnes au moment de faire naufrage, on ides femmes en travail d'enfant, ou à des individus qn^on mènerait an snpplice, ou à des insensés : toutes ces pratiques sont défendues par plusieurs conciles.

On cite des gens qui ne voulaient point recevoir Tex* trème-onction parce qu'ils croyaient qu'ils mourraient bientôt après ou qu'ils ne pourraient guérir. D'autres s'y refusaient dans la pensée qu'ensuite il était interdit de manger de la viande ou qu'il fallait vivre dans la oonUnence la plus sévère. Cette dernière opinion devait être fort répandue, car un grand nombre de conciles et d'éyéques, au moyen âge, se sont évertués à en démontrer le peu de fondement. Unévèque anglais disait en 1)37 : Doceant sacerdolea frequenier populum cum ^8 post suBceptum hoc sacnanenlum convalverU ak mfinmtate ad opu» Ikite passe reverti eat^u§aU. Le bon prélat recommandait, on le voit, d'insister souvent en cbaire sur ce point : daeeant frtquenler.

On s'était aussi imaginé qu'après avoir reçu l'ex* trème onction, on ne pouvait plus faire son testament.

Quelques personnes superstitieuses maintenaient ^*il ne fallait pas se tenir aux pieds et vis-à-vis d'un malade aiu]uel on administre Vextrôme-onction, parce qa*ofli avance ainsi le moment de sa mort.

On croyait qu'il (allait s'abstenir avec soin de filer dans la chambre du malade, car si oa cessait ce travail, ou si ie fil venait à casser, il mourrait inbiUiblement.

Voici encore quelques idées étranges à cet égard.

Places le malade de façon que les salivaux de la chambre soient de travers et non en long au-dessus da

CUlilOSITËS THÉOLOOIQUB& U

Ui\ U gaérit àm$ le premier eas, il laagoil et mevrt dans le second.

Après qa'an malade a reçu rextréme'<MMtioii, %$$ ebeveax tombent.

Si une femme groue reçoit ce sacremeat« elle n'aecouebera qu'avec beaucoup de peine et Tenfant aura la jaunisse.

Las abeilles qai sont autour de la maison d'un malade qui est administré meurent peu après.

Cffox qui ont reçu rextiihne«<m6tio& meurent s'ils dansent dans le cours de l'année.

Les Arméniens ne donnent rextrème^onctioa qu'aux morts et encore à ceux qui sont prÂtres. Il est rare qu'ils accordent cet honneur à des laïques. Les Abys^ sîniens pensent au contraire que ce sacrement est des ^tts utiles pour les maladies du corps et de l'esprit» Ils le donnent aux aliénés, dans l'idée qu'il pourra les rapi^ler à la raison. Les malades, fussent-ils à l'ago* nie, ne peayent être administrés qu'à l'église* oU ils s<Hg tenus de se Caire transporter.

n y a peu de cboses à dire sur l'Ordre.

Des bérétiques confieraient à des femmes lesacerdoet et lYptscopsi, omis eet usage n'a jamais pu acquérir une grande extension.

Le mariage devait naturellement provoquer unemul mode de pratiques étranges et d'idées biaarrea.

On possédait jadis bien des sortilèges pour se faire aimer; un des plus simples consistait à faire boire à la personne dont on voulait capter raffection de i'eaudans laquelle on avait laissé tremper un jouri^ une nuit «n os sorti d'une fosse nouvellement faite; on ponvait anssi jeûner six vendredis ou trois mercredis de suite. Nous laissons de côté une foule de métbodes tontes pitis ridicules et plus absurdes les tuaes que les antres.

On supposait aussi qa*il y avait des jours heureux ou malheureux pour les noces. L'idée s'était accréditée que l'individu qui se marierait un mercredi serait trompé par sa femme; qu'en se mariant au mois d» mai on tomberait dans la pauvreté; que *de deux mariages céléhrés le même jour, dans la même église, le premier serait heureux, le second malheureux.

Le nouement de Taiguillette, dont nous aurons Foccasion de reparler, pouvait être détourné au moyen de quelques précautions bien simples : par exemple, les époux passaient sous le crucifix de l'église où ils devaient recevoir la bénédiction sans le saluer; d'autres, à une procession, passaient entre la croix et la bannière.

Le quatrième concile de Carthage, en 398, ordonna aux nouveaux mariés de demeurer dans la continence la première nuit de leurs noces ; un canon de l'Église grecque prescrivait cette abstinenee pendant les deux ou trois premiers jours. Théophile, patriarche d'Alexandrie, interrogé quels jours il était permis aux gens mariés d'user du mariage, décide qu'on ne doit pas en user le samedi et le dimanche, parce qu'on ofifre ce jour-là le sacrifice spirituel au Seigneur.

Des gens scrupuleux s'imposaient la loi de la continence le vendredi, pensant que s'ils y manquaient, il en résulterait quelque malheur, à cause que Jésus-Christ est mort ce jqur-là.

Un grand nombre de théologiens ont écrit sur le mariage ; ce sujet scabreux est devenu, sous la plume de certains casuistes, matière à scandale. On ne lit guère mais on connaît assez généralement de titre le traité de Matrimonio, en trois volumes in-folio, composé par le jésuite Sanchez, et rempli de discussions effrayantes. Plus récemment on Catéchisme des gens mariés , rédigé

par on missionnaire (le père Féline), fat imprimé à Caen yers 4782. Des détails très-libres, mêlés à des préceptes moraux et religieux, farent cause de la snp* pression de ce petit Tolnme, qoi est derena très-rare.

Nous avons soos les yeux un ouvrage d'un Jurisconsulte célèbre en son temps, Johannes de Andréa; c'est un in-4* imprimé en 4507 : Summa super quarto de^ cretalium; il offre quelques exemples de la liberté avec laquelle certains docteurs abordaient ces questions. Donnons une idée de quelques-uns des points qu'examine Jean d* André ; on peut le citer en latin du moins, n nous apprend que les enfants ne peuvent être fian» ces avant Tàge de sept ans ; il y a cependant une exception: Nisi esset proxima etati et malicia supplerei etatem : Maxime cum tentastent commisceri. Un chapitre rfe frigidiiate^ ariatione et maleficio est curieux. Le docteur termine son œuvre par cet avis charitable : Ei eontrahere cum nwretrice que vuli desistere meretri* cari apus est putatif.

D*après un préjugé assez singulier on se trouvait à couvert de toute sorte de maléfices, si, avant de recevoir la bénédiction nnptiale, on a commerce avec sa fias» cée. La chose était très-fréquente dans la province de Milan ; et le concile provincial de 4569 en fit un cas réservé à Tévèque : Quisponsalia contraxerinty si anie-^

eoierint...itliuspeccatiyqu(miamineosa!pedelinquiturf aôsolutionem Episcopo reservatam esse volumus.

Autrefois, dans FAnjou, un garçon qui aimait une fille et qui en était aimé, allait boire avec elle sons promesse de mariage, et ils agissaient ensuite comme s'ils éUient vériublemeut mariés. Le synode d'Angers, en IJ77, réprimanda très-vivement ceux qui se permettaient d'aussi coupables libertés : nomine mairinwnU poêunt et camaliter se commiscent.

Des fiancés, pour ériter les maléfices, se mariaient la nuit ou en cachette, de sorte qu'il n'y ayait à la bénédiction nuptiale que des assistants exempts de tout soupçon, mais c*est une chosa que maints statuts synodaux et maints rituels ont défendue.

Les Grecs oilt deux anneaux de fiançailles ; Tépoux en a un d*or, Vépouse un d'argent ou de fer. Le prêtre met à chacun Vanneau au doigt annulaire de la main droite après avoir fait le signe de la croix sur cbacoik d'eux ayec leurs anneaux, ensuite ils changent d'an« neau, celui d'or demeure à l'épouse, celui d'argent ou de fer à l'époux.

Le rituel du diocèse de Bordeaux, daté de 459S, montre qu'on donnait alors en ce pays un anneau à dutcun des époux, mais l'usage d'un seul anneau a préyalu.

Certaines gens, voulant se garantir de maléfices, faisaient bénir plusieurs anneaux et les mettaient tous au doigt annulaire de la main droite ou de la main gaudie de l'épouse.

On a vu aussi des épouses, animées du même désir ^ laisser tomber à terre l'anneau des noces au moment où le mari le leur présentait. Le rituel d'Evreux de 1614 défend cette pratique superstitieuse et déclare excommuniés, tpso facto, ceux qui s'y livrent

Il fullut également défendre de donner des coups de poing ou de bâton aux nouveaux époux, dans l'église^ après la célébration du mariage et avec la pensée que ces outrages leur produisaient quelque bien. On retenait quelque chose de ce qui leur appartenait, après- (u'ils avaient reçu la bénédiction nuptiale, et on s'ima^ ginait que, sans cette exaction, le mariage ne prospé* Ferait pas.

Pour que les nouvelles mariées fassent heureuses^

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES. 8t

(m les fabait passer sur deux épées nues mises en IbnM de croix de saint André. Un autre moyen d'asanrar la féàeité de la jeune épouse eoosistait à lui Caire casser d'an coup de pied un œuf, lorsqu'elle entrait dans la maison de son mari, ou à lui jeter du blé sur le corps.

Les présages que fournissaient certaines circonstan* ces des noces étaient innombrables.

Si, en allant à Véglise, on rencontre un convoi funèbre, le marié mourra le premier lorsque c*est un bomme qu'on ensevelit, et réciproquement.

Si deux personnes d'une même maison épousent deux autres personnes aussi d'une même maison, une des quatre mourra dans l'année.

Un évèque d'Angers, en k%et, défendit de purifier les femmes après leurs coucbes le jour qn on aurait célébré un mariage, « parce que c*est un contre-temps de cérémonies tout opposées»; mais ce précepte est resté isolé.

Les cbariyaris donnés à l'occasion des secondes noces ne doivent trouver place ici que pour nous fournir roceasion de dire qu'une faule de synodes et de prélats les ont défendus sous peine d'excommunicatioft. Les SUHuts de l'arebevêque de Lyon, en 4577, déeri- Yem cet asage d'une £»çon digne d'être reproduite : «Il se trouve des gens si malicieux et méchants de penr^tîr ce qui semble bon à Dieu et à son Eglise, se moquant des secondes noces, marchant en larves el masques, jettant poisons, breuvages vilains et dangereux, devant les portes des secondement mariés^ excitant famées puantes, sennant tambourins, fstisant t«ute chose vilaine et sale qui se peut penser, lesquelles Be eesseat ecHnmettre telles insolences et scandales jusq«es â temps qu'ils aient des mariés tiré certaine

somme d'argent comme par força, et appellent telle insolence, cbarivari. »

Porter aux nouveaux mariés ce qu*on appelle Thaillon ou la soupe de la mariée, ou la fricassée, ou le pâté de Tépousée, est chose que les synodes ont défendne comme irrévérence commise contre la sainteté du sacrement.

De très-mauvaises plaisanteries qu'on se permettait à regard de la nouvelle mariée lorsque, pour la première fois après ses noces, elle allait à la messe, ont été robjetde setnblables anatbèmos.

Le nouement de raiguilletle ou Tétat d'impuissance dans lequel on réduisait de nouveaux mariés, au moyçn de maléfices, a été jadis Tobjet de savantes discussions. L'abbé Thiers, ennemi de toute superstition, ne va pas Jusqu'à révoquer en doute Texistence d*un semblable sortilège : « Ce n'est pas, dit-il, un maléfiôa imaginaire et fantastique, il est réel et effectif. »

Une foule d'exemples pris dans de vieux auteurs pourraient ici être mentionnés, mais nous doutons qu'on les regardât comme concluants. I^ jurisconsulte Fevret invoque \* expérience journalière et ajoute: (dl est aussi aisé, par cet art magique, de rendre un homme impuissant à l'acte du mariage, comme il est facile, par iortilége, de nouer la langue et ôter l'usage de la parole, arrêter en un instant la course des chevaux, fixer et encheviller les rouages d'un moulin, charmer le canon de l'arquebuse d'un chasseur et choses semblables que les sorciers font à l'aide du démon. »

Bodin s'exprime dans les termes suivants, dans son Traité sur la démonologie : «De toutes les ordures de la magie, il n'y en a point de plus fréquentes partout, jusqu'aux enfants qui en font métier avec telle impunité et licence qu'on ne s'en cache point, et plusieurs

s'en vantent. > Cet écrivain ajoute qu'il y a plus de cinquante sortes de noueuis d'aiguillette, et qu'on peut lier pour un jour, pour un an ou à perpétuité. Une demoiselle de Poitiers, fort savante en telle science, lui dit que, « tandis que l'aiguillette demeuroit nouée, on pouYoit voir en icelle qu'il y venoit des enflures comme verrues qui étoient les marques des enfants qui fossent procréés si les personnes n'eussent été nouées. Elle disait encore qu'il y a des personnes qu'il est impossible de nouer et qu'il y en a qu on peut nouer devant le mariage et au^si aprôs qu'il est consommé, mais plus difficilement. Cette demoiselle nous récitoit aussi les diverses paroles propres à chaque liaison, qui ne sont ni grecques ni hébraïques, ni latines, ni françoises, ni espagnoles, ni italiennes (je crois qu'elles ne tiennent rien des autres langues), et de quel cuir, de quelle couleur il fallait que fût l'aiguillette. »

Sprenger, dans le Malleus nxaleficwum^ Institor, Crespet (de la haine de Satan contre l'homme), Delrio (Disquisitùmes rnagicœ)^ Maiolus (DUs eanicularii, coU loq, III), et autres auteurs très-experts en magie noire ont pris la peine de faire connaître les méthodes dont usent les noueurs d'aiguillette, mais, comme ditThiers, « l'honnêteté ne permet pas de les marquer ici.» Nous . nous tairons donc, par respect pour les mœurs.

Un grand nombre de synodes, de canons, de prélats, ont fulminé contre ces damnables pratiques {Sortilegos ieu maUficos qui ligaturis et alUs malis artibus ad impediendum matrimonii conswnmationem).

Le rituel de Reims, en IG??, déclare excommuniés « tous sorciers et sorcières, devins et devineresses, et ceux qui, par ligatures et sortilèges, empêchent Tusage et consommation du mariage.»

90 CURIOSITÉS THËOLOGIQCES

Bodin troure qii*un erime aussi atroce ne saurait être trop rigoureusement châtié ; il fait observer que les noueurs mettent une haine capitale entre les deux conjoints, « ils sont cause des adultères et paillardises qui s>n ensuiven!, car ceux qui sont liés, brûlant de cupidité l'un après Vautre, vont adultérer.»— On s'est préoccupé à bon droit des moyens à employer pour triompher de la malice des noueurs et rendre vaines leurs tentatives; une méthode recommandée par des personnes habiles consistait à réciter à rebours un des versets du psaume Miserere, et prononcer trois fois le nom et le surnom des deux nouveaux mariés, en formant un nœud U première fois, en le serrant un peu la seconde, et en le nouant tout à fait la troisième. On pouvait aussi faire trois nœuds a une corde en disant : Bibalj Nobal, Vanarbi, lorsque le prêtre donne la béiédic* tion nuptiale.

S'il y avait une foule de moyens pour nouer, on en connaissait aussi» par bonheur, un très-grand nombre pour dénouer. Plusieurs d'entre eux étaient tellement simples, qu^il était difficile de consentir à s'en passer. Pour se mettre à Tabri de tout danger de ce genre» il soffisait, par exemple, de percer une barrique de y'm blanc dont on n*a encore rien tiré, et faire passer le premier vin qui en sort dans la bague qui a été donnée à l'épouse le jour du mariage. Il était également recommandé d'uriner par le trou de la serrure de Téglise où Ton a été marié. En agbsant ainsi trois ou quatre mathis de suite on est sûr de son affaire.

Frotter de graisse de loup la porte de la maison oti les époux ont passé la nuit ne pouvait aussi produire que de bons effets.

C0RIOSITËS THÉOLOGIQOES. 91

Des eérémoDies eflraysuites accompagnaient jadit l'excomnmnicatioiiy on la proncmçaU à la Inenr d'an derge qu'on éteignait ensuite, qu'on jetait i tem, et qn*on fjnlait anx pieds. Dans quelques pays on portait une bière devant la porte de celui qui venait d'être tewfiQé d'anatbèDie ; chacun lançait des pierres contre sa maison en vomissant contre lui des imprécations.

La formule de reicomunuiication dont Téglise grecque fut usage condamne celui qui est frappé d*anattiéiie à rester, après sa mort, dur comme une pierre ou comme du fer, s'il ne se repent. Les Grecs croient <iue ce éemier article s'exécute à la lettre sor las cadavres des exeonmuniés mtorts sans avoir été absous. Le éxMe 8*empare d'eux et leur ûit Ciire les ■la 01 menvemeiits qae s'ils étaient en vie. Ces corps Aeviemieiit lom noirs à TexcepHon des ongles qui resiBDt bbncs et ils sent exirêmeoMil éors. D'autres réleMwm comae des tamlKNffs lorsqu'on frappe des- 9m. lis d^Dowent «a cet état jinqu'à ce que le preuve qui les a exeooimaBiés leur ait donné l'absololioB; alors ils se dissolvent tout à orap et t omb e n t 6ii ponsiièrt.

L'ex/i iiiiiimîeaalendesaniîmwi durant le meyemàgt esl on ftit étnmge, mais il est adeslé de la iiçon la phtt inéCDable dans le recueildescansoitations de Barâiéle!nydeChassanée,jurisconsultecélèbredaBslapremièn moîHé ds seizième «ède ; ectie c^leotion, imprimée à Lyonenl53l,iB4(^,aobtenuplu»ea»éditioBs.Lap0»ndrade ces coosidtations est intitulée : Bee àtm m iw m ' mtkmmiimalàm mm eumm u Ony pose en bit que li «sn^DîiiedelavilleéiBeanBecsUBtaléparnBeqantiNi

prodigieuse d'insectes plas gros qne les mouches et que le peuple nomme hurebers: ces animaux causent les plus grands dégâts dans les vignes; pour arrêter ce fléau, les habitants de Beaune ont, suivant un ancien usage,. deniandé à Tofficialité d'Autun, qui ne le refuse jamais, un ordre pour que ces insectes aient à cesser leurs ravages ou pour qu'ils s'éloignent des lieux où ils les exercent, et dans le cas ou ils ne défèrent pas à cotte première injonction, on procède Gonire eux par voie de malédiction et d'anathème. Ghassanée traite la question de savoir si cette procédure est convenable, conforme aux principes du droit et quelle est la marche à suivre. Il divise son sujet en cinq parties, et dans chacune d'elles il étale une érudition des plus vastes, mais fort intempestive.

Nous laissons de côté la première partie, relative au nom que les auteurs latins ont dû imposer aux insectes en question. Ghassanée ne sait trop s'il faut les désigner sous l'expression de loeustœf de erucœ, etc.; mais il fait remarquer, en s'appuyant sur de graves autorités, que, si ces animaux étaient compris sous la dénomination de locustcBf les Beaunois auraient eu un moyen bien facile de s'en débarrasser : ce serait de payer exactement la dîme.

La sec/onde partie examine si les animaux dont il s'agit peuvent être traduits devant les tribunaux. Après avoir donné d'assez bonnes raisons contre, le savant jarisconsulte conclut que oui, en se fondant sur les usages du pays.

Dans la troisième partie, Ghassanée recherche si les insectes doivent être cités penonaliter ou s'il tufOt qu'ils comparaissent par procureur. Tout délinquant doit être cité personnellement, et c'est bien un délit que le fait imputé aux insectes du pays de

Beaune, puisque le peuple en reçoit du scandale, étant privé de boire le Tin, qui, d'après David, le Prophète- Roi, réjouit le cœur de Thomme , et dont rexcellence est démontrée par les dispositions du droit canonique portant défense de promouvoir aux ordres sacrés celui qui n*aime pas le vin.

Une objection grave se présente ici; les animaux incriminés peuvent-ils déférer à une invitation qu'il n'est pas donné à leurs sens de leur faire connaître? N'y at-il pas de sérieux inconvénients à ce que le juge leur donne un procureur à leur insu? Chassanée ne méconnaît pas ce qu'il peut y avoir de fondé en ces raisons, mais il est entraîné de nouveau par la déférence qu'il doit aux usages du siège d'Autun, et sa conclusion est qu'un tiers peut se présenter et proposer, au nom des animaux assignés, toute sorte de moyens, en la forme et au fond.

La quatrième partie agite la question de compétence. Plusieurs pages sont consacrées à l'exposition des moyens par. lesquels^ on pourrait soutenir que l'affaire est du ressort des juges laïques, mais Chassanée réfute longuement ces moyens, et il termine en décidant que la connaissance du délit appartient au juge ecclésiastique.

Dans la cinquième partie, Chas:8anée définit l'anathème et la malédiction. Après quoi il établit que les animaux ne peuvent être excommuniés. Dix à douze pages sont employées à établir ce point, qui ne semblait guère devoir être l'objet d'un doute, mais le principal motif de cette première opinion, motif sur lequel il insiste fortement et longuement, c'est que les péchés des hommes ont excité la colère de Dieu, et qu'on ne saurait punir des animaux qui sont les instruments de ses vengeances, A ce propos, il fait une énuméra

»Â CURIOSITÉS THÉOLOGIQUBS.

tion des crimes qae commettent les jtiges« les avocats, les notaires, les gens d*égMse, les temmes, les Jeimeft gens et les vieillards. Il la termine par une exclama* tion qu'il emprunte au Psalmiste : N(m e$t qui faeiat bonum, usque ad untmL Mais il est un péché qu'il re* proche plus particulièrement aux Bourguignons, et les exemples ne lui manquent pas pour signaler toute Tborreur que Dieu conçoit p«ur le blasphème; nous n'en citerons ici qu^un seul :

Un clerc bourguignon, amplement pourvu de bénéfices, assistait à une messe dont l'évangile renferoo^ ces paroles divines : qui $e humiliaverit exaliaàitur» Il osa les tourner en dérision, prétendant que s'il eût suivi ce précepte il ne serait point parvenu aux grosses et nombreuses prébendes qu'il possédait. Ce blasphème lui était à peine échappé qu'une flèche, partie du ciel, pénétra dans sa bouche et l'étendit mort sur la place.

Ghassanée fait ressortir les graves inconvénients qu'il y aurait à vouloir, par des excommunications, empè* cher les animaux de nuire aux hommes, et de remplir ainsi leur destination céleste. Il y aurait évidemment conflit entre Dieu et son Eglise*

Mais voici le revers de la oiédaille. L'auteur, combattant lui-même les assertions qu'il a posées, déveïùppe de longs et nombreux argmnents pour établir ^ue les animaux peuvent être excomjouniés. Il avance que les anathèmes lancés jusqu'à oe jour contre les animaux dévastateurs des vignobles ont eu pomr résultat de les faire périr ou de les éloigner du territoire qu'ils désolaient; on entrevoit tous les troubles, tout le scandale qu'occasionnerait la i^orte des rjécoltes, si elle était la suite du relus de fulminer de nouvelles excoouBfiK nicatlons. Trois vers des Géargiques de Virgile const^ lent que la religloi permet de tendre des pièges anx

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUBS. 95

aBiauax ; or, le naeiHeor de tons les pièges est, sans contredit» U fondre de ranathème. Me serait- il pas d'ailleurs contraire an bien de la religion de diminuer la confiance que les pauvres villageois ont dans Teffieacité de cette pratique ? Après tous ces raisonnements, et bîett d'autres semblables, le jurisconsulte bourguignon cite divers exemples :

Un prêtre avait un verger où naissaient des ïiruits superbes, mais ils étaient la proie des petits garcens du ▼minage qui venaient Ib& piUer, tandis que le propriétaire était à dire la messe. Celui-ci lan^ une-exeommnnicatioa contre le verger qui ces^a dès lors de porter du iruit. La mère du duc de Bourgogne acbeta quelque temps après ce même verger ; sur sa demande, l'anathème fut levé, et les arbres reprirent leur fécondité prenttère.

Autre exemple. Les anguilles abondaient jadis dans le lac de Genève, à tel point que les Genevois nonseotement les prirent en dégoût, mais en furent même tourmentés. Pour s'en défaire ils eurent recours à l'exeommunication, à la suite de laquelle tontes les anguilles disparurent; depuis locs le lac n'en produit l^s.

Après des faits pareils rapportés sur la foi d'autrui» Cbassanée cite ce qu'il a vu lui-même ; il invoque la jurisprudence de son temps; il dit avoir vu plusieurs sentences d^excommonication prononcées par Toffieialité d'Autnn et par celles de Lyon et de Mâcon, tant contre les insectes dont il s'agit ici que contre d'autres animaux nuisibles, tels que les rats et les lima^ns. Il entre dans le détail de cette sorte de procédure; il transcrit d'abord une requête adressée par les babitants d'une paroisse ravagée par les rats. Il fait observer que sur cette plainte on nomme d'office un avocat qui

90 CURIOSITÉS THÉOLOGIQUBS.

fait valoir, au nom des animaux ses clients, les moyens qu*il croit convenables à leur défense. Nonobstant ce plaidoyer, qui est de pure forme, rofficlal fait une. première adjuration aux animaux malfaisants. Si cette adjuration, dont Fauteur donne aussi la formule, reste sans effet, TofOcial rend une sentence de malédiction et d*anathème.

Cbassanée termine sa consultation en transcrivant, dans leur entier, jusqu'à sept de ces sentences, dont rauthenticité ne peut être révoquée en doute, car elles sont de Tépoque même où vivait ce légiste; il indique leur date, le lieu où elles ont été rendues, le nom de ceux dont elles émanent, et le motif pour lequel elles ont été fulminées. Il y en a contre les rats, les chenilles, les limaçons, les vers, etc.

Elles varient peu entre elles quant à la forme. La principale différence qui s*y fait remarquer est à Toccasion du terme dans lequel les animaux malfaisants sont tenus, à peine d'anathëme, de cesser leurs dégâts ou de déguerpir. Dans Fune de ces sentences on ne leur accorde aucun délai; dans une autre, le délai est de trois heures; dans une troisième, il est de trois jours; une quatrième ordonne qu'ils seront procèslîonnellement sommés par trois fois : prtmo, secundo, tertio, et, sur leur refus d'obéir, foudroyés incontinent, etc.

Il n'est pas douteux que, sur le vu de la consultation de Cbassanée, Tofficial de Tévèché d'Autun excommunia encore une fois les animaux qui désolaient le territoire de Beaune. On en acquiert la certitude en lisant la préface placée en tète de ces consultations et qui affirme qu'on n'en a inséré aucune qui n'eût été suivie d'un avis conforme. ^

Ce n'est pas d'ailleurs dans la Bourgogne seulemeni

CURIOSITÉS THÊ0L06IQUES. 97

qae nous rencontrons des exemples de procéder par voie d*excommaDication contre des animaux démtatenrs. Les habitants de Constance et de G6me dirigèrent des poursuites contre de gros vers qui rarageaient leurs campagnes. Voir ce que dit à ce sujet le jésuite Delrio {Disquisitiones magkœ^ liv. in,part. ii, quest.4, sect. 8). Cet auteur raconte aussi qu'un évèque de Lausanne excommuniait les sangsues qui infectaient de leur venin les poissons du lac, et notamment les saumons, mais il ne prononçait cette terrible sentence qu'après avoir rempli toutes les formalités préalables, telles que la citation, la constitution d'un procureur, etc.

Un moine portugais, Alvarez, raconte, dans son His taire d'Ethiopie^ qu'il débarrassa ce pays des sauterelles qui le ravageaient en usant du même procédé qu'avait employé Tévèque de Lausanne.

Chorier, dans son Histoire générale du Danphiné, t. U, p. 712, dit en parlant de Tannée i 584 : « Elle fut remarquable par les pluies continuelles; il y eut nu nombre infini de chenilles; les mêmes marques de corruption se renouvelèrent en 1585. On procéda mémo extraordinairement contre ces insectes qui s'étoient prodigieusement multipliés. Les murailles, les fenêtres et les cheminées des maisons en étoient couvertes, même dans les villes ; c*étoit une vivo et hideuse représentation de la plaie d'Egypte par lejs sauterelles. Le grand-vicaire de Valence fit citer les chenilles devant lui ; il leur donna un procureur pour les défendre ; la cause fut plaidée solennoment, et il les condamna à videt le diocèse. Gomme elles n'obéirent point, il fat délibéré de procéder contre ces animaux par anathème et par imprécation, ou, comme on disoit par malédiction et excommunication. Deux jurisconsultes el

^1 CUAiO^ITÉS tmÈOhùGliiMM.

deux tfaéologleiis ayant élé coBftuUés» ûrealiobiB^er âa semîBieot ce grand-vioairo, ùe sortejqiie Toa n^«^ qm d'adjurations, de prières et d'asperaioQS d*eaa héBiàb. lit vie ée ees aDimaia est c#offle, el oaa dé^roUoiis ayant daré ^luelqaes iBois, en \emr «tuttoa ia nerToilIe ée les aretr exteralBës. »

La réalité de ces proeéduses, que ^netqoei amtenra oat révoquées en dontc, est coastatée par des a»Èofilés imâcttsables ; nous doqs bernatoas à eitei^ d'j^èa un saTant légiste, M. Bernât St-Prix (Thémk, m%UiU p. 496^ QM délibératioii duciMseil jnmieîpal de Gre-^ DeMe, prise en 454a, et faisant droit à lademande d*iEi membre de cette assemblée qui, après avoir expoaé que les yasaoeset les cbenillee faisaient nn mal épon- Tantahle^ eonekit pour qn'on priât M. Tefieial û% mn* leir excDBBomaier Inédites bètns et frocéior eontee elles par voie de otaanres ponrnbiter aux donmafee qu'eUes Êtlsaieat joumeHement on qu'elles feminnt à l'avenir.

Vu auteur, éoriinant'numilien dudk-aeptiènM sitekw a traité exprofesm^ eiavoc les pbas graads ééla^dM pmeé^esà faire ceuHe les animaoxXSeléerivaiBvfianpard Baiily^ avocat ansénat de Savoie, poussa le serapiUe jusqu'à donner un modèle des pîaidoyme léeipaofnes que peuventfaire, sdt les habitants plaigUMits» soit les curateurs commis anx animaux aeensés, des eonolQsions du^ proMoaant» àê la •sentence dn Tofiotal, etc. foir son Traité des MÊmiMm, Lyesi, I6M» 1»-^% à Farticle de ÏExceUmei ées ikmitoiteM^ p. tl let suivantes.

Le père Jarrèc^ dans son Usatoftre des Jmdeê^ raconia «0 espèce d'axorcisme jeté sur des antoMtia ùimÊh tamnn et qui eut, selon kii, d'excellents fésnltata :

« SniMa, sttrJ*eatiéeila l'asM, ies.bUs ostaat feat

beaux, sarvint une si grande quantité de langonstet on saatereaux, que partout <)ù. eette-playe passoir, elle ne laissoitpas une feuille verte, destruisant tous les fruicts deJa tane. fiai EU Doe gvande alflietian.àce paatre peuple; /néanlmoina J)to ea garantit i6s:.€Slh»yqQ8|. Ihi VBUêimAevaL te boorg>oÉi)les.MtlioU4|ii9s.âem0afei4 viMBOt dtte:ifi.Pôi!e i}ae deià eetteveraâne éteit pro^ •be^de Jta» dmaps, lesiçtiete, œ mkm jour, «'en ;^ liikoK fnrdas eisnifiés » Aiea ne les aîdeit. LePèra, ému de compassion, leur commande de s*associer y^y» moment tam à VEgUee où il leur êki la aMse, et, après ravoir dite,, récita les liUiies et leur bénit force efta, leur ONHnandant de Talier jeler eulea lebAo^is ense* mencés. GeialMcl,«Die«¥oi]dat.qoeoeft bèêe^-là n'«a» trtraBteoîasaciMi ohn^ decrthnlîfifg, «i koa qvt'eies mangèrent lans ceux des libôFéliqiiiiœ'qQieaiQient à J>eiitmr, B^ ajRSMBtienipluAieQrs .eadroils ^'un.-ptift Sœsé tBin» âea fe«r les séparer;

« Une femme portugaise ayant deux cbampsiemiMueés (entre «6uxdss hérétMnies^nft<derjeaabéDiste sQr tVn m Bom sor raatre.Cee befles^/ieêiianraêmt les fruicts de tous les champs des hérétiques et tsMAi eetie UwuatokXtÈaJbémÊto n^a^foitété jetté^kiesant entier Vautre san&y nea tcmelMr; wâmB oemmaeHèi ^ffqfeat/acèe'vé 4e ravager lescbaMpedateotBiii; oies s'cnvoloient par-dessus et passoient à d'autres. »

9mm l»ft tfaoties imaetes ipie.raeeal&ae bon père, nous observons que des pécheurs indtoBSiayatt jMéi sor levntteli de reftVrbéstB, ipmmtim^pcéMon en^qoMrtilé; )asfs*aloc& ilsn'ttralcm rien pds.fefes lampes rem^îBt^aaa béail m brttèreit^«on«w m éOm

iOO CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES.

S«p«rstitions.

Lei pratiques et les idées superstilieases répandues ehez )es chrétiens, surtout à Fépoqae du moyen âge, et qui ne sont pas eneore effacées dans les campagnes de quelques portions de TEurope, donneraient facilement matière à un travail des plus étendus; nous nous contenterons de signaler quelques-unes de ces pratiques :

Poser un enfant malade sur le toit d'une maison ou dans un four pour lui faire recouvrer la santé.

Ne pas sortir de sa maison avant que le coq n*ait chanté, ce qui met en fuite les esprits malins.

Brûler une tète humaine, en mettre les cendres dans de Teau, et la boire pour recouvrer la santé.

Percer d*un pieu le corps d'un enfant mort sans baptême ; autrement il ressusciterait et tracasserait fort les vivants.

Enfouir son argent avec du pain et du sel après ravoir lavé dans de Teau pure; les voleurs ne peuvent le dérober.

Donner à un garçon le nom d*Adam, à une fille celui d*Eve; ils jouissent alors d'une longue vie.

Rencontrer le mathi une vieille femme, mauvais pré« sage.

Une femme enceinte passe sur un tombeau, son enfant meurt.

Lorsqu'un grain de poussière ou quelque autre petit objet se glisse dans votre œil, il sort de lui-même si TOUS crachez trois fois sur votre bras droit.

Ne pas casser les coquilles des œufs qu'on a mangés, c'est s'exposer à avoir la fièvre.

Il ne iàut pas lever le doigt vers le ciel pour mon-

CURIOSITÉS THËOLOGIQUBS. 101

trer la lune et les étoiles; on le met dans les yeux des anges.

Lorsque deax époux se donnent la main devant Fanlely celai dont la main est la plus froide meurt le premier.

Porter au doigt un anneau d^argent fait de pièces de monnaie recueillies comme aumônes, c*est un préser- Tatif certain contre toute maladie.

Celui qui récite chaque matin et chaque soir, pendant une année entière, le 109* psaume, peut ainsi faire périr son ennemi, mais s'il y manque une seul» foift» c*est lui qui mourra.

Si TOUS voyez de la rongeur sur la face d'uu cadavre, c*est signe qu'un de vos amis mourra bientôt.

Le diable ne peut faire aucun mal k un homme qui se ^ouve dans un endroit dangereux mais qui a on àne auprès de lui.

Si vous êtes sans argent et si vous entendez chanter un coucou, vous resterez sans argent Tannée entière.

Si on enfant nouveau-né reste longtemps sans être baptisé, il a des yeux grands et beaux.

Tuer une hirondelle, c'est occasionner des pluies qui durent quatre semaines.

U ne faut pas faire griller la chair du premier veau que met bas une vache; autrement cette vache mourra.

Quand les charpentiers enfoncent le premier clou dans une maison neuve, s'il jaillit du feu de ce clou, c'est signe que la maison brûlera.

Il ne faut pas éteindre des lumières dans la nuit de Noël ; si on Je faisait, quelqu'un mourrait dans la maison.

Si vous adietez un couteau, donnez à un chien le premier morceau que vous couperez, et vous ne pourrez perdre ce couteau.

ils ne raanqueraiant pas de s'eQYoler, et ils seniMl parios' iiognpoiiBi

H De fcatpas PWBeiekirpMir do la^ (fk'çm tobs ancrait donné; la vache en tomberait malade.

Sfj îïprôsa^oir re^ le viatique, un malade imatnde à' roamger, c'est rigne qu'il mourr»; s'il- demande à boire, il guérira.

Si une femm# eicelfite portait ma (Mi^ntpoiir dire bofï'lîsé, cet^nfa«t cm lesîen nraorraft Intoittiltoiefit.

H faut brMer les dieveux qu'wi s'^Bt fwt ooopereu les jeter dans de Peau courante; si un (mma les «n*fWrt^, rbofflme auqueHls appa(fteiiaient^<tevleBl»olia«ve.

Si on bouleverse leynidt'queîes hircîiâfellwionl^lijh if^ dww une nmise», les Tache» rendenl du sang;

S11 pleut le jour des noces, c'est un signe q«e la mariée pleurera souvent.

Celui des dtsux nouveaux épwix «roi s^eodort* le dernier meurt le premier.

Si Ton enfcuit-de Targent etqu^fe couvre dépende, les voleurs ne pourront' le déterrer.

Marcher sur des balayures est une cause * «lalheur.

Si un homme éjgaré rencontre tm lièfvre sur smi chemm, c'est un mauvais présage.

Quand on veut couper pour la premfère'îofs ley-ongjles atrx petits enfants, il Tant que*ce soit la mère qui les coupe avec sos dents ; autrement ils deviendronl voleurs.

Hettre de fe Jorfbarbe sur Ife toit d'une -maiscn, c'est en éloigner le tonnerre.

Si les chats se battent et se morénïf dans une maison où il y a un maladie, tf est signe de mort.

11 ne faut pas que, le douzième Jour dii mois, lesfiei^

9er&pFDD«nc€tir le ii<mi de ]oap; slls le foot, cet animal ravage les troupeaux.

Si goeiqa'aii MPest peir la première 16is dans une amisoD neaveetqifil y dcme, les fèves qaMl fera eeae vo^ s*acGOHi|iliroiit.

Geiiii ^i mange du paifi dans lefoel un aolre a mordu, aura en lui un ennemi.

Si 1» eierge placé sur Tantel s^éteînt de biinnôme, <e^^«8t sigae dis la mort du prêtre.

Il ne faut pas épouser sa commère, car il lonneent «ijqoe iSoiscpi'an au^it coiMnefce avec elle.

Si on laisse de^pecit» entot» marcber pieds uns et» la MUst >ls auron mat aux pieds.

I^coiivieBt^e préparer, Je jour de saint Pierre, des ttîdi pour les posAts; alors «Iles pondent des œufs en quantité.

11 ne faul pa» reâMmer à teter à un eifent qui a été aavré; il deriendrait un blasphémateur.

Si un cUen passe entre les j tmbes d'une femme, e'eet signe qu'elle battra son mari.

Si un ebien passe entre deax aosis, leur attachement •oe«em.

Omndfon net ponr la premtëre Ibis un haliit neuf, il faalpJa»er quelque chose dap38.1a poche, autiemeaton «tapose à.de gsands maltont.

Il est à propos, lorsqu'on porte un enfant an baplèm&rde le fuse eoteF daas l'église par la fenêtre ; il t'ea.fovtera mieux, et Tivraplus longtemps..

Si, le soir de Noè'l, on porte n&e pierre sur le^arbres, ëë 4omeEontp4ii8 de fruits*

Si, la veille de la fête de saint Marc, on reste tonte iBamiCi senti le' portail de relise, on verra passer les tamtets de ions les habitatts de la pMUisee q|u» doi- Tent mourir dans le cours de Tannée.

104 CURIOSITÉS THÉ0L0GÏQUK5.

Il ne faut pas laisser s*embrdsser deux enfants qui ne parlent pas encore.

Une maison où il setroave des coqs, des chats et des chiens, tous de couleur noire, est à Tabri deTincendie.

L'araignée est un signe de bonheur; plus une étable «st garnie de toiles d'araignée, plus elle jouira des faveurs de la Providence.

11 ne faut pas, le jour de Noël, mener au pâturage les bêtes à cornes avant midi ; elles se battraient aussitôt et se blesseraient.

Lorsqu'à la messe de minuit, à la Noël, on lit la généalogie, tous les trésors cachés s'ouvrent.

Au moment de Télévation, à une messe de mariage, il convient de frapper trois petits coups, avec le manche d'un couteau, sous les talons des mariés, afin d'empêcher qu'ils ne deviennent jaloux.

Un enfant mâle qui n'a pas connu son père aie pouvoir do fondre les loupes en les touchant pendant trois matinées de suite, étant à jeun et récitant quelques prières.

Le cinquième des enfants mâles venus au noonde , sans qu'une fille soit venue interrompre cette série masculine, guérit les maux de rate par le simple attouchement répété pendant trois matinées consécutives.

En voyage, rencontrer des pies en très-grand nombre, signe de malheur.

Lorsqu'il meurt quelqu'un dans la maison d'un propriétaire d'abeilles, il doit aller annoncer à chaque ruche l'événement funeste qui est arrivé et y attacher un petit morceau d'étoffe noire; sans cel^ elles périraient bientôt.

Il convient de se marier à jeun; ceux qui y manqueraient sans des motifs bien puissants n'auraient que des enfants muets.

On peat encore:

Se senrir de Tos d'an mort pour faire mourir quoiqu'on an moyen de diverses cérémonies.

Empèclier les gens de dormir en mettant dans leur lit un œil d*hirondelie.

Se préserver d'être noyé en écrivant certaines lettres au bas de Tévangile de la fête de saint Panl et en s'attachant cet écrit an con.

Pour retrouver une chose perdue, prendre un morceau de pain, mettre dedans une poignée de sel avec un sou marqué, le poser sur le manteau d*une cheminée, et, après qu'il y aura été quelque temps, le donner au premier pauvre qui viendra demander l'aumône.

Quand on étend un mort sur la table de la chambre où il est décédé, il meurt quelque autre personne de la maison dans la même année. C'est pourquoi il faut placer le mort sur un banc ou sur le parquet.

Une femme en travail d'enfant est pius t6t délivrée si elle chausse les bas ou les souliers de son mari.

L'aiguille qui â servi à ensevehr un mort, mise sur une table, empêche les gens qui sont assis de manger.

Un malade est préservé de la mort s'il est couché sur un lit garni de plumes de perdrix.

Des œufs de poule pondus le jeudi ou le vendredi saint, pendant le service divin, éteignent les incendies dans lesquels ils sont jetés.

Trois paiDS cuits le vendredi saint et mis dans un monceau de blé, empêchent qu'il ne soit mangé des rats ou des insectes.

Tremper un balai dans Teau amène la pluie.

Si une femme file le mercredi des Gendres, les souris mangeront son fil tout le reste de Tannée.

Quand un malade est à l'extrémité, le vouer à sainte CShrfetîne la première heure après minuit, afin d'obte

IM CURIOSITÉS THÉOLO^IQUBa

nir de Diea sa gaérisou par rintereession de oitte samie.

Ne pas chanter Àlieiuîtt ni N0€l tm eaxémtr ie pior ë& faire pleurer la bonne Yiergo.

Mettre du sel aux quatre coins des horbage» lepnraier jour d'avril, a^a de préMf varies besthuix ée maléfices.

Laver les brebis la veille de la Saini-J«au et les. petits enfants le jour du vendredi saint, afin de les pré- «erver de la gale.

Ne point vouloir manger de chenx le jour de SaûH^ Etienne, parce que ce saint s'éuit oaebédana un rlmiip de choux afin d'éviter le martyre,

R^'fuser du feu à ses voisiBs depuis Noël jusqu'à la Cirooncisioti de peur de s'expeser à de grand» imI Meurs*

Laiseei*, pendant la nème période, da pa»' Bxtr la table le jour et la nuit, pance que la sainte Yiccge f tient prendre ses repas.

Ne pas filer le jour de Sainl^Saturniu,^ ecaînCe que les moutons, les brebis et les agoeaux n'aient le «m lors.

Ne pas garder chez sd son fil ëeru pendant fo semaine sainte, parée que Nôtre Seigneur a. été lié arec on âl de ce genre.

Se rouler sur de la rosée d'awine le joar de SainttaiB, avant le soleil levé, pour guérir de la fièvre.

Qroke que l'eau qui a été bénite le pi^mior dônas^ che après les Quatre-Temps a plus de vertu que «Ne qui aurait été bénite un autre jour.

Se persuader qu'on if aura aucun ulcèro toute TsMée si l'on s'abstient démanger des prunelle )0ar as Noéli

Diverses superstition» sont inèiq oéescbmsiesaaoiens Pémièentkm qui esposesl le» £uiiev^pMi'oi pMCcosi^

inCKID^rHÉS THÉOLOGIQUES; 107

aedre «tkidîq««it ^es peines que chacune doit eiïtrallier ; le Pénilentier de Bofdiard ^ évoque de Wofiaf , pose à uae pénitente la qK^tion qaeToitl :

« N^a.Tezi^voasva9 iàh ce que cereùnes fèmnms ont oeiftume de Ênre? Ëiles bb ôé|K>mitefiit de leuns habits, feaMnt leur corps un avec^o mie], étcodeni à.terre tm «dr^'snr lequel oHes répauiéeiit du blé et se novilent dessus à pluslenrs.reprises; puis<«lle6 xecoeilleiit arec soin toQs leS'grsôDfiquiise soiU^allBieliiéB a leuroor(»« et elles les mettent snrunenneutiequîelies funtioorner au rebours. Qtiand ils sont réduits en farine, elles en font un'patn qafelle& donnent à manger à leur» Biasis afin qu'ils s'affaiWifiseiit et qo^îls meurent. Si vocis lîavez fait, vous ferez pénitence pendant quarante jours au pain et à Teau. »

Bien d*autres pralpqnes plus éti'afnges el kivi indécentes sont signalées dans ces naïfe imerrogalofnBB; nous nous abstiendrons de tes tapporler [i).

On attribuaH à des paroles mystérieuses dès retlus surnaturelles. Citons-en quelques estemples :

On empêche un scorpion dte^faire du mal on prononçant, loTstpi'on l'aperçoit, le monoFfylîafce Weef.

Onr guérit les morsures des chiens en disant ou en faisant dire : Bax,j)ax, maar, etc.

(l)Dulaire a en^Bx^s de scri]q[iule<|ue nous (dftmDkMni- MU^générmrieeêy 1805, p. 232). N(his nous boreepoos àitiauacrife un dts passais dont il deune le texte latin : FeetêU ftiod quiBdam mulieres faeere soient? Tollunt piscem ixifttim et.mitiunt eum in puerperium suum et tamdiu ibi tenant, donec raortuus fuerit, et decocto pisce, vel assato, mantis suis ad comedendum tradunt. Ideo faciunt hoc, ut plus in amorem earum exardesoant. Si fecisti, duos annos per légitimas ferlas poeniteas.

On chasse la peste on les fièvres pestilentielles en portant sur soi le mot ananizapia.

On est guéri du mal caduc en proférant ces paroles : Dabit, hahety hebet^ on en portant au doigt un anneau d*argent au dedans duquel il y aurait écrit : Da6î, AoM, habcTjhebar (chacun de ces mots précédé d'une croix), ou en portant sur soi les noms des trois rois mages, Gaspar, Melchior, Balthasar. Plusieurs rituels, entre autres celui de Chartres, de l'an 4500, témoignent du crédit qu'avait obtenu cette tradition* :

Gaspar fert myrrham, tbas Melchior, Balthasar aurum. Hœc tria qui secum portabit Domina regum Solvitnr a morbo, Ghristi pietate, eaduco.

On est à l'abri de toute blessure causée par des armes à feu lorsqu'on porte sur soi, écrits sur du parchemin vierge, les motst6e/, habol, chabolf habelyrabel.

Les mots a6a, aluy, aba/roy^ agera^ procha^ font gagner à toutes sortes de jeux.

On guérit une personne mordue d'un chien enragé en lui faisant &valer un morceau de pain sur lequel on aura écrit : Izioni Kirioni easeza Kader feze. Un morceau de pomme où l'on a écrit : Hax, pax^ max, Deus adimvx^ produit le même effet.

En disant pendant neuf jours cinq Pater et autant d'ive Maria à jeun en mémoire des cinq plaies de Notre-Seigneur, on est guéri de la fièvre si on porte en même temps, pendu au cou, un écrit où sont les paroles suivantes * « Quand Dieu vit la croix où son corps fut mis, sa chair trembla, son sang s'émut ; les Juifs lui ont dit : « Je vois que lu as peur et que les fièvres te tiennent. — Je n'ai point peur et les fièvres ne me tiennent point. »

De prétendus parents de saint Paul, de saint Roch, de sainte Catherine, de saint Martin, s*attribiiaient le pouvoir de guérir diverses maladies ; les enfants nés le vendredi saint passaient pour être en mesure de guérir la fièvre, ainsi que les septièmes garçons nés de légitimes mariages, sans que la suite des sept eût été interrompue par la naissance d^aucune fille.

L'abbé Thiers, que nous avons déjà cité, signale un grand nombre de superstitions relatives aux sacrements. £n voici quelques-unes.

L'eucharistie reçue par une femme enceinte, sanctifie Tenfant, et il n*a pas besoin de baptême.

n ne faut pas baptiser après avoir mangé.

Dans les premiers siècles, il y eut des sectes, notamment les Cataphrygiens, qui baptisaient les morts et qui prétendaient qu'un défunt, s'il était baptisé, faisait partie de la réunion des fidèles.

Saint Bernardin de Sienne mentionne comme un usage de son temps que, pour guérir du mal caduc, on allumait douze cierges h chacun desquels on donnait le nom d'un apôtre ; puis on rebaptisait le malade au nom du diable, on lui changeait son nom en lui donnant celui de l'apôtre que désignait le cierge qui restait allumé le dernier.

Deux démonologues, Jacques Sprenger et Henri Institor, remarquent qu'on rebaptisait les somnambules afin de les guérir.

D*anciens hérétiques iHrétendaient qu'il y avait convenance à ce que des vivants se fissent baptiser pour des morts qui ne l'avaient point été. Les Maronites, se* Ion le témoignage de Théophylaote, avaient coutume, lorsqu'il mourait quelqu'un parmi eux sans baptême, de faire cacher sous le lit du défunt un homme vivant qui lui demandait s'il voulait qu'on le baptisât. Celui

iiO CintlOSTTÊS TflÉOXOClQUfi&

qm était caché ne manquait pas de répondre ip'M le Toulait bien, et on le baptisait pour le mort.

Oa 6*était aussi avisé de ba(4iéer me feimne ensaîiito du» la^Dttée que ce serait avanlageax à la sanfétée Teiifant.

^ >baptî!iaH des images decire oa de métal franr wt faire des maléfices. On' eot >]a peBsëe de bafHiger bi mer, pour deviner Ta venir d'après Tagitalioa des flots.

Des chrétiens orientaux impriment le signe de la croix, les uns sur le visage, les anlres air leeibras iù hscrs enfaoïts, avec im fer diand, avant de ks i»ptiser. Quelques-uns applii^Mut ee sàgnt après- ei moi avant le bapcème.

Cet usage pouvait bien venir de Toptamn û^qàtïfaes hérétiques meBtionnés par saint AugimiR fit pnr d'antres Pères, et qui prétendaient qucle baplètteide** vait être administré avec du feu ; ils se fondaient smr B»e parole de saint Jean-Bapiiste, qu'ils intet prétmnt eertainement fort mal. «« Ceet toi ^t vous baptcma dms le Saint-€sprit et dans'le feu.»

U s*introdnisit aussi des idées blanes ao sii)0t des parrains et marraines.

Jean Mosehus, dans s^ fmé 9pirÙ9iH, parle* de^dson anges qui servirent de parrain à oae Jeime' fiile'qal Toolait être baptisée.

Garobden et Delrio afilmeiit qa^ les Mandait, mm seizième siècle, avaient un tel respect pour les loi^iSv qnHh les prenaient pour panrains de leurs enfant.

Saint Jean-Chrysostome rapperte que des chrétiens de son temps, lorsqu'il fiallait donner un nom à leirs •afants nouveau-nés, s^inaienl un «eitaia nombi» de cierges o« de ebandelles i chacui desquAk ilf Amk naient un nom ; puis ils imposaient aux enâftfUs^lenioai ée la ebaoâeflfe qm était iemeitfée h^ dernièro et'W

cuRiosrrËs laÉOLoeiOuEs. lu

pku longtemps allumée, afin qa'ils parriossaU pin tm^amem à mie longoe yie.

fies sofcters .se foisaîe*!, dit^m, vei^aptîser par k cfial^y el qmttateiit leur non poor en prendre un neo- Tean qne ieor âonaait maître Satan.

Sd Poiopie, on ne donnait lesom de Marie à ancn» We, par respect ponr la Vierge.

Bes ctoetesrs judicioiix om cdodaïuié certains nonu fréquents dans les couvents de religieuses, tels qoe la Môfo on la Sœur de la Passion, de l'McarnatioB, fle TAjSsmiqitiQo, de la GoneeptioD» de rAnnoneiation, du Samt-Sacroment, elc. Oa a blâmé aussi les noms de fête?, tels que : Noél, Toussaint, donnés à des enfants^ ollamnkiplÀNlé des noms, prénoms et somoms.

Le fils de Télei^nr de Barvîère, né on tSOât, fat a^ pdé : Josq^-Ferdinand-Léopold-Antoino-Caiétan- Jean-Adam-Simon-Tbadée-Ignaoe-Joadinn^alMîel. ^

Le pape Alexandre Vil donna treize noms à unis sas nevenx» lonqu'il le Iwptisa.

Dans la classe des idées saportitienfioMil hmi faofcr les croyances relatives aux. jonrs heureux etnvaliwu* rew ; ailes remontent i nno mitiqirîté très-nenléo. ot Qooontipos enoemdéIrmie&Void, à eetégard, qoel* qaes détaitoemprantés à mie lettre de M. A. Slielior, insérée dans le ^mtrmU ^àUrtU de h*lmtrueêMm ptMi- «neCl^juaiet 4837).

«Uexîstedans les eofnmnifês rurales et mèmedanolot Yfllas de 1* Alsaee, des tables renfermant les jonr^péiil^ lenx de rannée, et d'après l^qnottet^ lesfOM dn peipio règlent Siernpnlensement toute entreprise, tome afùîie ioïKNtante. Daf^rôs uno^ oestaUes, il y a dans Tannée quarante-deux jours aaSkenrenx : sa en janvier (l, 3, 6, 41» 47, 4ftK tme mi lévrier (0, 16, i% «nateoon mars(i, «t» 43, Ifi), eir. loin «i ootoim

liJ CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES.

n'ont chacon que deux de ces jours néfastes. Si l'on se marie on de ces jours-là, on vivra très-malheureux et en dispute continuelle avec sa femme. L'enfant qui naît un de ces quarante-deux jours, mourra bientôt, et si par exception il reste en vie, il sera en butte à la misère. Ceux qui entreprendront un voyage seront exposés à toutes sortes de périls. Il faut bien se garder d'entreprendre quelque affaire ou de commencer une bâtisse, i»

Les trois jours les plus malheureux de Tannée sont:

Le 4*' avril, jour de la naissance du traître Judas;

Le 4*' août, jour auquel le diable a été précipité dans l'enfer ;

Le 4*' décembre, jour de la destruction des villes maudites englouties dans la mer Morte.

L'homme qui naîtra un de ces trois jours périra de la façon la plus déplorable et sera couvert d'ignominie.

Après ces trois jours maudits entre tous, viennent, comme spécialement malheureux, le 3 mars, le n mai, les P', 2 et 3 septembre.

Tous ces jours se basent sur des motifs religieux, ainsi que la désignation des jours heureux ou malheureux qui figurent dans quelques éditions des Admirables secrets attribués à Albert le Grand.

Parmi les superstitions locales, dont le nombre est immense, on peut signaler celle qui se rattache à la maison d'Hercule, à Tolède , soigneusement fermée avec un cadenas, parce que le jour où elle viendrait à s'ouvrir^ la ruine de l'Espagne serait prochaine. Celte tradition est recueillie dans la Cronica delrey don Rodrigo et dans plusieurs romances.

Quelques personnes croyaient qu'avec de la dévotion à sainte Barbe, qu'on appelait dans plusieurs en-

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES. iU

droits ]a mère de la confession, ils ne moarraient point sans confession, de quelque manière qu'ils eussent vécu.

En récitant tous les jours, pendant un an entier, les petites couronnes de sainte Anne, on se flattait d*obtenir infailliblement une des trois choses qu'on demanderait à Dieu à la fin de Tannée.

Henri Estienne, dans son Apologie pour Hérodote (t. n, chap. 38), Pierre Yiret et autres auteurs protestants du seizième siècle, prétendent que, dans le diocèse de Bourges, les femmes stériles venaient faire une neuyaine à un prétendu saint appelé saint Guerlichon; elles s'étendaient pendant chacun des neufs jours sur sa statue qui était placée horizontalement, et elles buyaient de Teau mêlée avec certaine partie de l'image du saint. Saint Gilles, en Portugal, était de même invoqué avec des cérémonies particulières par les femmes qui aspiraient à devenir mères; d'autres cérémonies avaient lieu en l'honneur de saint Jiené, et elles étaient sans doute bien inconvenantes, car, Henri Estienne, qui est loin d'être timoré dans ses expressions, dit qu'il avait honte de les écrire. Il est possible qu'i y ait quelque exagération dans ces témoignages ; toutefois on est fondé à croire que le fond des choses est vrai; le culte étrange rendu à saint Guignolé, près de Brest Jusque vers le milieu du dix-huitième siècle, et qu^'attestent des témoignages sérieux (1), rend en co genre bien des choses probables.

D'autres moyens moins ridicules furent employés par les femmes affligées de stérilité : les unes allaient boire les eaux d'une fontaine consacrée à un saint;

(I) Notamment celui de Cambry, Voyage dans le Finie" tère, fait en 1794 et 1795, tom. II, p. 150.

Hh CUllTiySlTÉS THÉOLOFCl^^UBS.

dT antres, comme à Roo-Amadcmr, dans le Rouei^ae, allaient bareer le 'verrou d» Téglise ou une berre de fer à laquelle on rattachait le souvenir de Roland; d'autres se t&natent couchées sur le tombeau de quelque saint. C'est' ainsf qu'à Saragosse les femmes yenaient au eeoyent de Saint-Antoine-de-Paittlo, entraient dans la i"^] )lle où était le tombeau du saint, s'agenonillaienf, réeltaient des prières, faisaient trois fois le tour du tombeau, se couchaient dessus et se retiraient.

Quand les anciens chrétiens de l'Egypte avaient d<»s doutes surla vertu dé leurs ftemmes^ fl» leur faisaient sya^er de Peau soirfrée dans laquelle fis mettai^atie la poussière et de Ilraile de la lampe de rëglise, et ils affirmaient que^ si elles étaient^coupaârtes, ce bretivage leur causerait des douleurs atroces.

Ryavait, en Italie, une^uperstition^trange*: des gêna eféâQle3se>iavaien[t, la vaille de la Saint-Jean, les prieds 8«ns dti vin; après cette ablution, ils j-etarienti le vin dans la rue, et, penchés aux fenêtres, il^ recueUlaîeBt, «vec une^ attention inquiète, la première parole qui 'éefiappait à un passant, et ils étaient persuadés que 'CBIto parole- était un présage de ce que l^venir tenaat en réserve.

Ees tdëes «nperstittenses qu'en roneontre' e)iez les l»enples' étrangers au christianisme pourraient être Toccasion ifnn travail dHme extrême étendue; nous ^dirons seulement qil'à Siara, la chute d'un meuble t|ue le hasard renverse passe pour un très-mauvais présage ; ^l'on rencontre un serpent'sur le chemin que l'on suit» iramt, au plus vite, rentrerchez soi. Cbez quelques peoplesde la côte d'Afrique, on regarde comme un augure très favorable qu*uue femme accouche de deux ju- 'tteaux.

nérét'qves.

Pd^mi les se^Aes innonitrables qvâ^ depuis la naish faruie dn cbrislianisme, n'onl cessé de déOg^arer qxiehqu^HiBsdeses dogmes^ il efi est qQi<^eutde8 sïngû* laxités assez étranges ; nom ne pouy^is en offrir qu'une esfBisse très-fapide..

Les Abéiiem, établis en Afriqœ au quatrième siè^ de, m pktuaieut d'ane continence bion méritoire. Regardâiit ie maHage comme une union purement 9pirHatl\&, ils youlaient qu'un mari Técttt avec sa femme comme ay^ une sœur; ils réprouvaient le Géiîbat, parce cpi^l ne faut pas que l'homme soit seul* Un Abélien devait se choisir une eompagne, et passer ses jours avec elle en imitant scrupuleusement Fiexemple d'Abel, qui, bien que marié, ne s'était jamais a||»DOché de sa femme. Cette secte s'éteignit bien Tito; elle exigeait trop de la nature humaine, et ne pminùt se perpâuer pubqu*elle détruisait radicalement le principe do la population.

Les ààùmiies net partagèrent nullement les prind*» pes des Abéliens ; ils se proposaient également rexem-*^ pie d'un ptrlardite^mais ce qu'ils youlaient imiter dans Adam» c'étaâ. l'absence de costuloô dans lequel se trou^ vait le premier homme ayant son péché. Ils prétendaient qu'étant rentrés dans l'état d'innocenoe^ ils étaient aussi, simples et aussi purs que nos premiers parents.» dans le paradis teirestre. il paraît qu'ils? commencèrent à dogmatiser dès le troisième siècle. Saint Epiphane, éyéque de Salamine, qui vivait^ sui quatrième siède» nousapprendqa^avantd'entrer dan&lemrs temples, ils quittaientitousleursyètements, et atlaièntt comme l'enfant qui y ient-det naître, homnses et CemnwSy igtÀ^^m^ fnaoitoleurptooe pomr entendre^la lectilre

116 CDRIOSITÉS THÉOLOGIQDîES.

OU le sermoD. An rapport de saint Angustin, ils abhor* raient le mariage, parce qn Adam n'avait connn Ère qu'après son péché, mais ils se permettaient Tosage des femmes en commun. Ils avaient, pour cet effet, un Heu particulier où tous se rendaient à certains jours. Là, nus et en silence, ils attendaient que le chef de l'assemblée eût prononcé ces paroles de la Genèse : « Croissez et multipliez, » et ils mettaient en pratique leur audacieuse doctrine, sans respect même pour les liens du sang les plus sacrés. Ils chassaient d'ailleurs leur secte, tout comme Adam et Eve furent expulsés de TËden, ceux qui auraient, on dehors de leurs assemblées, commis quelque action immorale, et ils prétendaient donner à leurs réunions un caractère sacré et religieux.

Ces doctrines étranges flattaient les passions ; aussi, malgré leur singularité, se sont-elles reproduites à diverses reprises. Quelques sectes du moyen âge pratiquèrent, dit on, Fadamisme; on le reprocha aux Paur vres Frères du quatorzième siècle , aux Picards du quinzième ; on donna ce nom à des hérétiques établis en Bohème du temps des Hussites, et on prétend qu'il en subsiste encore dans quelques localités reculées de cette province. On a dit aussi que les Adamites s'étaient établis en Angleterre à Tépoque de Cromwell, qu'ils ont compté des congrégations en Hollande, et, d'après les Nouvelles Annales des VoyoffeSf t. XX, on en aurait, vers Tannée 1822, découvert dans le canton de Berne. ^

Une belle gravure de Bernard Picard représente une assemblée d'Adamites, et fait partie d*uu recueil intitulé : Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples^ U vol. in-folio. (Amsterdam, 1733.)

Les i4 ntitactes prétendaient que le bien et le mal étaient

roavrage d'un mauvais prîocipe qui, Toulant trompei les hommes, avait établi bien ce qui était mal et mal ce qui était bien. Pour rentrer dans Tordre, il fallait donc faire tout le contraire de ce que prescrivent les lois.

On vit, vers la fin du second siècle, surgir les Apotactiques, lesquels, précurseurs de quelques écrivains beaucoup plus modernes, réclamaient Tabolition de la propriété ; FEvangile, disaient-ils, enjoint de renoncer aux biens qu'on possède, et on ne peut, sans pécher, conserver l'héritage de ses pères. Celte doctrine obtint peu de partisans, et les Aniitactes s'éteignirent dans un prompt oubli ; au douzième siècle, ils reparurent sous le nom à'Apostoliqnet; ceux-ci nièrent le mariage et voulurent établir une communauté générale ; il fallut avoir recours à des moyens rigoureux pour arrêter, dès son début, le développement de principes qui se trouvaient du goût de bien des gens.

Les Artorytites, dont les oblations se composaient de pain et de fromage, afin de se modeler sur celles des premiers patriarches, conféraient aux femmes les ordres sacrés; ils avaient des prèlresses et des évèchesses.

Les Cntnites affirmaient que les actions regardées comme les plus répréhensibles parmi les chréliens étaient précisément celles qui méritaient le plus d'éloges. Caîn, Coré, les habitants des villes englouties dans la mer Morte, et surtout Judas Iscariote étaient, selon eux, les saints qu'il fallait prendre pour modèles.

Les Passolorynehites, qui subsistaient encore dans la Galatie à l'époque de saint Jérôme, se distinguaient par leur silence rigoureux. lis prenaient au pied de la lettré les expressions du Psalmiste : « Mettez, Seigneur, une garde à ma bouche, et une porte de circonspection

à mes lèvres. » Cette idée les amenaità avoir ooBSlaiBr mest un doigt sur Jabouche ; il y ^n avait quiporUionl leurs serapiiyies jusqu'à se boucher le ae^ Ils aucaie&i cru se rendre coupables d'un grand crime s'ils avaîeiNt proféré une parole, mais ils ne se faisaient faute de commettre des délits très réels;, demeurantpersuadés gue le silence les dispensait de toute autre "veriu.

Les tiéf^castes smrgfrent au cioatorzième siècle dans les couvents du mcrnt Aihos. G s moines préteudaiant qu'en contemplant atteutrvemeni leur noahrU, Us en voyaient sertir la lumière ineffable qui entouxê le trèue du Tout-Puissant et qui se montra sur letnoot Tbabor. Cette absurdité étrange fut accueillie avec transport ; bientôt il y eut dans ConsUntinople uneioultitade de dévots, passant la journée entière, immoJiiies sur un siège, les yeux.fiKéâ sur leur nombril at attendant la vision céleste. Deux empereurs, Jean«CaBtaûuzène et Jean Paléologue, protégèrent ces énrauges illusions.

L*etTy[iire grec lut rempli de quiétîstes qui priaient sans cesse, et qui, les yeux fixés sur leur nombûU se nattaient de jouir de Tapparition de la lumière da Tbabor. Les maris quittaient leurs femmes pour ae livrer à cet exercice ; on leur donnait la tonsure monacale, et la discorde se mettait dans tous les ménages.

Divers conciles eurent lieu; les Hésy castes fucem tantôt condamnés, tantôt trionQ)bants; la question ce roulait pas sur Texistence de la lumière sortant da. noo^ril des extatiques personnages.; ce point était admis sans contestation, mais il s'agissait de sairûir si ette lumière était incréée, incorruptible,^! elle t^taitfU splendeur sortant de l'essence divine, ou si, comme le souteoaieiit d'autres moines^ elle étaiteréée. U reaUil aussi à savoir si i^'était la même qm celle ^ui avail

GimiQSiJ^S XBÂOLOGilQQBS* I4A

paca sor lelliabor; on compcend qa*il était difOcito de s'entendre sur ces diverses questions.

Les Mt&enarùm SdlitenaiDnt qu'après le jagem<mt dsrjiier le monde devait diirer mille ans, pendant ks^ qaels, sous la domioatioû de Jésus-Christ, les é]u3 m Imeraient à toutes sortes de plaisirs. Quelques-uns hisaâeut de cette période d'allégresse des peintures IûH pffo&Qies. Un passage mal interprété de VApocalypie (eh. XX, V. i) fat lasouece de eette erreur, qui se mootra dès les premiers siècles, et qui s'est -plusieurs lois* reproduite. Elle a trouvé depuis deux ou trois siècles des-parti&ans en Angleterre et en Allemagne.

Les ChUlffriàium étaient des hérétiques qui offraietoi à la Vierge des gâteaux appelés colyri^es. Persuadés qa*il étaà plus décent d'employer au culte de Marie des fommes^piatât.que des hommes, ils avaient établi des prôtFesses cliargées da toutes les oévémonies en l'hoBneur de la Vierge, et spécialement du soin d'offrir Im gâteaux an cinestion . Mais ces offi andes f aren t condamnéeâfeoinme an reste de l'idolâtrie, et 1 i^glise n'adnût pas que des^fonetion&saoordotales pussent être exeroéaft par des femmes.

Les Misem>< OBtiormé une secte d'héréliques peu connue; elle rendait un culte aux souvia.

Les FraUeeiles eu FrénHs se montrèrent as qu&> tcnsiéine. siècle .;.ils:aaBeDt pour chels des EranQiacain& qoi Toulurenifomreir ia pamrrtté^earaetène distiftâUi^^e. la règle de leur fondateur; ils ne travaillaieQt |amaig; detpenr que leur ura\iiail ne leur donnât droà à la possession de queJqoe chose, et ik s'exeusaient de leor. oiaweté en disant que leur co&seieQce ne leur pemaatr» tait pas de travailler pour une nourriture périssable» ei' qu'ils ne- devaiei^ se Hvrei, paurôhteBkuAtinourrkure céleste, ^[a'iAia tca^vail spiiituel, c^st-rà-dise à.la.médt .

iSO CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES.

talion, à la prière el au chant des louanges du Seigneur.

Condamnés parle pape Jean XXll, les Fralîcelles résistèrent avec vigueur à la cour de Rome, et il fallut de longs efforts pour les disperser.

Parmi les Anabaptistes qui surgirent au seizième siècle et qui occasionnèrent les troubles les pins sérieux en Allemagne et en Hollande, on distingua plusieurs sectes qui se firent remarquer par la singularité de leurs opinions.

Les Apostoliques, pratiquant à la lettre Tordre de Jésus-Christ de prêcher sur les toits, montaient sur la couverture des maisons, et de là faisaient entendre leur voix aux passants.

Les Parfaits prétendaient que donner le moindre signe de satisfaction, se permettre le plus léger sourire, c'était s'exposer infailliblement à la menace de TEvangile : Malheur à vous qui riez, car vous pleurerez.

Les Impeccables pensaient qu'après la régénération nouvelle, ils ne pouvaient plus commettre de péchés ; aussi retranchaient-ils de rOraiscn dominicale ces mots : Pardonnez-nous nos offenses.

Les Sabbataires voulaient observer le jour du sabbat et non le dimanche.

Les Pleureurs, persuadés que les larmes étaient agréables à Dieu, s^exerçaient à verser continuellement des pleurs et ne cessaient de donner les marques de la plus vive douleur.

LesDosithéens avaient entre autres pratiques singulières, celle de demeurer vingt-quatre heures dans la posture où ils se trouvaient lorsque le sabbat commençait.

Les Eustathiens condamnaient le mariage et soutenaient que les gens mariés ne pouvaient être sauvés ;

ils renonçaient à tous biens terrestres comme incompatibles avec i*espérance du paradis; ils ne pouvaient piler dans les maisons, ils jeûnaient le dimanche.

Les Lollards, ou Vaudois du moyen âge, s'étaient subdivisés en sectes nombreuses, parmi lesquelles se maintenaient les anciennes théories du manichéisme, an sujet de deux principes Fnn bon, Tautre méchant. Ils soutenaient que Lucifer et les démons avaient été chassés du ciel injustement, et qu^ils y seraient rétablis un jour ; que saint Michel et les autres anges coupables de cette injustice seraient frappés de la réprobation étemelle ; ils niaient la messe et le sacerdoce, regardaient le mariage comme une prostitution jurée.

Un des chefs de cette secte choisit douze de ses disciples et les qualifia d'apôtres; il y avait parmi eux deux vieillards qui étaient les chefs des autres et qui prétendaient entrer tous les ans dans le paradis, où ils recevaient d'Enoch et d'Élie- le pouvoir de remettre tous les péchés à ceux de leur secte, pouvoir qu'ils communiquaient à d'autres sectaires, dans chaque ville ou village.

Les Bumaires^ qui parurent au treizième siècle, soutenaient que Ton ne commettait point de péché par la partie inférieure du corps; ce principe les menait à commettre tîntes sortes d'actions fort réprouvées parla morale.

Ils avaient entre autres devanciers, Origène, dit l'impufy qui était né en Egypte et qui enseigna, à la fin du troisième siècle, que le mariage était une invention du démon, et qu'on pouvait se livrer aux actions les plus infâmes afin de mettre obstacle à la génération. Cette secte s'éteignit bientôt.

iSf CURIOSITÉS TlIÉOLOÛiiaUES*

Btanaqaes volestair«8. - riacellaMts.

Entre antres exemples 4e fanatiques étranges, on pem signaler les eunuqnes yolontaires et les ia^ellants. «

Les premiers remontent à nne période fbrtélelgftite de nons. Valerins, né en Arabie, imita rexemple dooné par'Origène, et youlnl avoir des imitatenrs (S). Ses disciples ne pouvaient manger rien qui eût vie. jusqtfà^ee qa^ils fussent dans Tétat où il «*étair réduit. Qcianquea» se faîf^it pas eunuque était, selon lui, dans la voie de la perdition et livré au crime. Tout Adèle doit travailter au salut de son prochain ; les Valériers crurent qu^ii n'y avait pas de moyen plus sûr de remiplir cette ^AUtion qnede mettre, autant qu'ils le powrraienl, leurpnocbain dans Tétat où ils étaient (mx-mémes ; lorsqu'ils ne parvenaient pas à les convaincre, lis'les regardaient comme des enfants on comme des malades en délire, dont il y aurait de la barbarie à ména^r laTépugnaBoe pour un remôde infaillible, quoique désagréable.

Ils regardaient donc comme devoir prescrit par la ekarité de mutiler tous les hommes dont ilspovvaiectt

(1) II existe une dissertation de P. Zornius : D« eunucKhmo Origenis, Gissœ, t708, in-4". On connaît le Traité des 9unuqm$^ par Ancillon ; mais on ne lit guère aujourdliui'le curieux ouvrage du Jésuite ThéeplMÎe Raynwwl : Etjmuoki n&ti, facii, myttiei, D^od, 16S5, in^, puèUé tous le psesdonyme de J. Héribert; il a été réiiuprioié daos le tome XY des QEuvret de ce polygrapbe Lyon, 1665); ofl remarque dans ce trailé uo chapitre De oasiranéii mukevibus^ sijiet assez délicat qui a provoqué, de la part d'un médeciu allemand, un travail spécial : 6. Francus , De cattralione mu- Herum, Heidelbergae, 1673, in-4«.

GURIOSITtS TfiÉOLO&IQVSS. ^âM

&'.cinfAfer,; le territoire qa'ils habitaient dans an eoîn 4e l'Arabie devittt la terreur ^s vayageurs.

En laos, un oardtmnier italien, nommé Lovai, éi^ M à Venise, se «rocifîa Ini-mêrae après avoir opéré .sur sa personne Topération de la^^stration ; Il fut sa** tgnë à tettiis, «et il échappa à ses terribles blessures. Une relation a été publiée, en une brochure in^4% éd 06 cas'très-e&lraordinaire.

Les flagellants poussaient moins loin la baioe 4a corps humain,

de fut seulameot vers la fin du deuxième sîèele qu'oD vit surgir la flagellation volontaire.

Quelques habitants de Pérouse, émus des maux qui déchiraient Fltalie, se flaitôrent d>n obtenir du ciel radoucissement au moyen d une pénitence publique. On les vit, avec étoncement, marcher à demi nus dans les rues, armés d'un fouet avec lequel ils se fustigeaient vigoureusement et ensanglantaient leurs épaules. Ce spectacle piqua d'énuilation les pécheurs toujours nombreux en tous pays ; la flagellation volontaire se répandit dans toute 1 Italie. La cour de Rome désapprouva ce zèle qui était loin d'être exempt d'abus; les flagellants disparurent, mais, un siècle plus tard, ils se montrèrent de plus belle en Allemagne, à l'occasion d'une épidémie qui fil de grands ravages. Des troupes de pénitents parcouraient les ailles et le^ bourgs, se foofittant do toutes leurs forces, tiour apaiser, disaieni-ite, la colère céleste. Dsinvoquatent Taulorité d'une lettre apportée du del par un ange , laquelle déclarait expressément que Jésus-Chrisf, solicité par la sainte Vierge de pardonner aux pécheurs, avait répondu qu'il ne leur ferait grâce qu'à condition qu'ils parcourraient le pays euse flagellant pendant une période de trente-quatre jours. Au commencement du

ilh CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES.

quinzième siècle, d^aatres Allemands avancèrent que la flagellation était le seul moyen d'être sauvé, qu'il n'y ayaitplus d'autre devoir à observer, et que cette pratique devait remplacer tous les sacrements et toutes les œuvres de piété précédemment en usage. On sévit avec vigueur contre ces novateurs, et ils disparurent promptement.

Au quatoriième siècle, elle se montra derechef. On fit circuler une lettrje apportée par un ange à l'église de Sî^ut-Pierre à Jérusalem ; elle annonçait que Dieu, irrité de la corruption des hommes, voulait les faire périr ; mais que, sur Tintercession de la sainte Vierge, il avait déclaré que, si les pécheurs voulaient obtenir miséricorde, il fallait que chacun sortît de sa patrie et qu'il se flagellât pendant trente-quatre jours, en mémoire du temps que le Sauveur avait passé sur la terre. Cette secte condamnée à Rome, dispersée, se représenta plusieurs fois. L'inquisition fit arrêter et brûler des flagellants ; si ceux-ci avaient été les plus forts, ils auraient brûlé l'inquisiteur et tous ceux qui n'auraient pas voulu se flageller (t).

(1) Ou peut consulter VHistoria iive de recto et perverso usu flagellorum apud Christianos, par Jacques Boileau, docteur de Sorbonne et frère du (élèbre poète. Ce fut le censeur qui exigea l'insertion du mot recto dans le titre. L'oûvrage fit du bruit et provoqua des controverses. Il en existe deux traductions françaises ; Tune anonyme, 1700, rend sans ménagement des passages écrits dans l'original avec la liberté que tolère la langue latine; l'autre, par l'abbé Granet, 1782, adoucit et supprime.

Un Anglais ^Delolme, a profité des recherches do J. Boileau pour une Bittory of flagellation, London, 1777, in-8S livre curieux, mais qu'il ne faut consulter qu'avec précaution.

Mabillon, le savant bénédictin, raconte avoir vu à Turin, le vendredi saint, une confrérie de pénitents à gages ; ils commencèrent à se fouetter dans la cathédrale, en atteodant le prince ; ils frappaient d*abord assez lentement, ce qui ne dura pas une demi-heure ; mais dès que le prince parut, ils firent tomber une grêle de coups sur leurs épaules, et la procession sortit de l'église.

Observons, en passant, que la flagellation était en usage parmi les juifs : le patient s'étendait par terre, le visage tourné vers le nord ; il faisait Taveu de ses fautes, en récitant le 38* verset du psaume 78, composé de treize mots, et chaque mot était accompagné d'un coup de fouet ; en récitant trois fois ce verset, on infligeait trente-neuf coups. Nous lisons ce qui suit dans une lettre insérée dans la Bibliothèqut universelle de J. Leclerc, t. VIII, p. 455, et écrite de Dusseldorf :

<c Vers la fin du carême, presque tous les soirs, on voit des personnes se fouetter dans les rues; elles sont enveloppées d'un linge qui les couvre depuis la tête jusqu'aux pieds pour qu'elles ne soient pas reconnues, mais les épaules restent découvertes. Ces pénitents ont à la main un fouet fait de cordes et garni de petites pointes de fer; le linge dont ils sont enveloppés, et qui est blanc, se rougit bientôt de sang à mesure qu'ils se frappent les bras, les cuisses et les jambes. Ils se promènent ainsi suivis de la populace qui tient des torches et qui chante des litanies ou des cantiques. Un homme que je vis en cet équipage s'étanf , comme font la plupart, étourdi la tête de quelques verres de vin, et ne se trouvant pas capable de supporter les vapeurs de ce qu'il avait pris, se laissait aller comme un homme tout à fait ivre de côté et d'autre, donnant de la tête contre les maisons. A la fin, il s'égara, ne sachant plus où il

«se CURIOSITÉS TBÉ0LOGIQiirB&

éCak ui ob il devait aller. Le peuple, qvd Tavait suivi d'abord avec udb apparence de dévoiiofi, so mii à; lé teer, et tout le moBde lui courut après avec gfrand brait; Gela fit UD grand scandale, et le lendemain W fut défende au peuple de chanter, et ordre fut donné à cens qwà voulaient se' fouetter de le foire sans bruit et sans Mêê^ Parmi les gens qui se fustiffent ainsi, il y en a dn preM mier rang qui se font éclairer par leurs laquais durant I» eérémonie.»

Saint Dominique rBncniisi»é fut ainsi ncoBUië, sbHoêê quelques auteurs, parce qu'il portait une coÉiasstt édtefr sur sa chair nue, et, selon quelques autres, à cause d« la noirceur de sapeau, toute meurtrie à force dascoapsc À peine se passait-il un jour qu'il ne récitât en entier de«ix fois le Psautier, en^ se- fustigeant des deuxinak» à chaque psaume,

Pierre Damien , qui rapporte ces circeistances, déni il fut témoin oculaire, assure qise le visage de Dominique était plein de tumeurs et de bosses, livido el àé^ (Aire comme des herbes qa'on aurait, piléestdans mi' moftier pour en faire de la tisane.

Les eonstitutions des Carmes stipuleot qoe le malin des novices les flagelleni doucement afirôa leur avoir découvert modestement une partie da dosi (Mtis/iêter novUwrwn lenUer flageilaint^ fmtr^i tergi pcmie nm^ âestè deucta). Dans qu^qoea communauté^ les ehev mises devaient être fendues par le dofl,.a&Lq!u'éoaffléu facilement, elles laissassent un champ libre anr.ver^ ges. Le temps ordinake de la diadpliae était la éMm d'un Miierere.

Dans plusieurs couvents, les novices 4lai«it drcseév néguHérement à rexerciee de la dndpline. Ghes. lem Utsottnesv une maîtresse était chargée de leur i^praidrerà tesûr eet Instrumenl^ à allênger^ ou k raenonreir

CURIOCTÏÉS THnOLOGIQCHSi 417

ïts bras' afin qne les^ e^ups iMHOasfienpr, et à 5e nftfote* sir dans une posture décente. Le père Julien de la Grotx, nn des plos grafnds maîtres dans Fart de la disinplme, voiriait que tes cordes en fassent inégales, aifin qne chacune portât différemment et que la donlenr ftt yUas nnirerselle. La fondatrice des Annonciades, Jeanne de France, fille de Louis XI, avait inventé nue diwipiine des omq plaies, qni était une croix d'argent année cinq clous d'argent bien pointas.

T a na Mfu e» 0t Visi<minilr«s.

Un noble Breton du douzième siècle, nommé Bon, avait entendu souvent chanter ces paroles du symbole: Per euni qui venlurus est judicare viws et mortuos; il slmagma que c'était kii que désignait le mot eum, et il en conclut qu'il était flls de Dieu et quMl viendrait un Xour Juger les vivants et les morts. Son orgueil se reput de cette illusion; il voulut trouver des gens qui y crussent, et il en rencontra. H se vit à la tète d'un parti asser nombreux ; et, donnant à ses disciples des noms analogues au rôle qu'il jouait, il appela les xms des ang^es, les autres des apolres. Ces fanatiques ne se bornèrent pas à débiter des absurdités, ils se livrèrent à toutes sortes de brigandages.

Un Espagnol, nommé Gonzalve, se donna comme étant farchange saint Michel qui devait combattre l'Antéchrist; Tinquisition le réfuta péremptoirement; à cette époque on ne doutait pas que brûler ne fût répondre. Un disciple de Gonzalve, nommé Nicolas, voulut se faire passer pour le Fils de Dieu, et il avança qu'au jour du jugement dernier il délivrerait par ses ^ères tous les réprouvés. Il mourut également surim btkcber.

Les chevaliers de TApocalypse durent leur origine, vers lafin du dix- septième siècle, à un nommé Augustin Gabrino, natif de Brescia,que la lecture continuelle des révélations de saint Jean avait rendu fou. D s'imagina que TAntechrist allait bientôt se montrer, et il voulut s*armer afin de défendre l'Eglise contre un aussi redoutable ennemi. U s'associa quejques ouvriers ignares, et il forma ainsi un ordre à la tête duquel il se plaça en . prenant les titi es pompeux de Prince du nombre sepU" naire et de Monarque de la sainte Trinité. Ces illuminés, dont le nombre ne dépassa guère quatre-vingts, affectaient de ne vaquer à leurs occupations que Tépée au côté. Les armes de leur ordre étaient une étoile rayonnante, avec les noms des anges Michel, Gabriel et Raphaël. Ils y joignaient un sabre et un bâton arrangés en sautoir. Ne se bornant pas à ces pratiques insignifiantes, ils voulurent dogmatiser et ils avancèrent des propositions bien malsonnantes. Après avoir préconisé le divorce, ils soutinrent qu'une femme pouvait, sans pécber, avoir des relations avec tout autant d^hommes qu'elle le voulait, pourvu qu'elle ne refusât pas à son mari Texercice de ses droits. On ne faisait pas attention à ces obscurs et peu moraux sectaires; mais en 4694, le jour des Rameaux, Gabrino étant dans une église et entendant chauter Tantienile : Quis est iste Bex gloriœ ? s'élança en criant que c'était lui qui était le roi de gloire. On le prit, on le lin, on le mit dans une maison de fous ; il parait qu'U y mourut. Quelques Chevaliers de l'Apocalypse^ sur qui cet incident fit jeter les yeux, furent envoyés en prison ; les autres se dispersèrent.

Adalbert, imposteur, Gaulois d'origine, qui vivait au huitième siècle, faisait circuler une leUre miraculeuse écrite, disait-il, par Jésus Chris lui-même et ap-

CURIOSITÉS THÉ0L0GIQ13BS. 129

portée (la Paradis par saint Michel. Le titre de cette pièce fait juger da mérite de son contenu. « Ici com> « mence la lettre de Notre-Seignenr Jésus-Christ, qui « est tombée à Jérusalem, et qui a été trouvée par Fara change saint Michel à la porte d'Éphrem, lue et copiée « par la main d'un prêtre nommé Jean, qui Ta envoyée « à la ville de Jérémie à un autre prêtre nommé Fala- « sius, et Falasius Ta envoyée en Arabie à un autre prêtre « nommé Léoban, et Léoban Ta envoyée à la vûle de « Bétsamie, où elle a été reçue par le prêtre Macarius « qui Ta envoyée à la montagne de Tarchange saint « Michel, et la lettre est arrivée par le moyen d'un « ange à la ville de Rome, au sépulcre do saint Pierre, « où sont les clefs du royaume des cieux et les douze a prêtres qui sont à Rome, ont fait des veilles de trois « jours avec des jeûnes et des prières jour et nuit.»

Guillaume Postel, qui vivait à l'époque de François I*', fut un homme d'une érudition immense. Mais ce savoir mal digéré ne le mit pas à Tabri des extravagances les plus étranges ; il s'enticha de l'idée d'une femme-Messie destinée à régénérer l'espèce humaine et à racheter les péchés du monde. Il crut l'avoir trouvée à Venise, dans une vieille femme nommée Jeanne, et il écrivit à cet égard un livret intitulé : Xes trèsmerveilleuses Histoires des femmes du Nouveau-Monde, qui fût imprimé à Paris, en 1553, et qui est devenu extrêmement rare [h). Nous en citerons un passage:

(1) Les bibliopbiles du siècle dernier payaient très-cher l'édition originale de ce livret. Elle fut vendue 220 fr. à la Tente Gaignat, 144 fr. à celle du duc de la Vallière. Depuis cette époque, les écrits extravagants s'étant fort multipliés, les écrits de Postel ont beaucoup perdu de la valeur qu'y attachaient les curieux ; Il existe d'ailleurs deux réiœpres-

180 CDRIOSITÉS THÉOLOGIQOBS,

. Sur tontes les créatwes qui one forçât, qui S9Bt ou qui seront, a esté en cette vie admirable U trtssaincie mère Johanne qui est Eve nouvelle ; laquelle par trente ans ou environ a esté en continoelle méditation spiriinelle et mentale, et qoasi auunt de temps à ministrer aux pauvres malades à l'hospilal, ayant cure de femmes et d'hommes palades, de laquelle j'ai vu choses si miraculeuses et si gran^ qu'elles excèdent tous les miracles passés, sauf cenlx d'Adam nouveau Jésus, mon père et son esponx. Oultre quelle me révéla innumérables secrets des escriptures, elle me nrédisl aussi choses principalement touchant la destruction du règne de Satan et do la restitution de celui du Christ qui dMibvent advenir, et entre les autres que ie devois'ètre son fils aîné, ce que à la vérité je n'ai jamais entendu ne creu josques à ce que sensiblement sa substance cl corps spirituel deux ans depuis son ascension au ciel est descendu en moy et par tout mon

(joBS modernes des MervHlUutei BUtoirei, mais elles «ont m recherchées. Ces sortes de livres n'ont de prix aux yew des am«teurs que lorsqu'ils sont presque inirouvables.

Sallengre, dans ses Mimoiru d, Kliér«*«r.. a donné bu extrait étendu du livre dont nous partons Ma gré ses folies, Postal fat uu homme d'une érudition extraoïdinaire, et d un esprit éminemment chercheur et hardi. Dans un autre siècle, il eftt été un grand homme. «LeibniUn'a paséU plus savant, ni Bacon plus universel. (Norlier.) De nos iours on a vu se reproduire, avec quelques variantes dans la forme due» au cours des siècles, quelques-unes de ses idées. L apothéose d« la Mère Jeanne présageait l'apostotat de U Cemme prêché par les Salnt-Simoniens. Postel .va» devluéU ««wf "«»«•«» quelques «oes de ses vues sur l. métapbT«que et la poUUoue universelle sont remarquaWes. Voir le Oictumnmr* ém teienet$ phUoiophique*. t. V, p. 182.

CIPBIOSITtS TUtOLOGTQtIBS. tli

corps sensibttmeot esteoda, tellement que c'est eUa et non pas xmj qui Tis en moy . »

Des extravaganoes sur Elie, sor Enoch, snr la fin du monde annoneéo comme {H^ochame complotent ce tissa deré vertes. L'auteur cherche à établir que dais l'homme miimus est la panie masculine, anima la partie féminine ; elles ont été Tune et l'autre corrompues par le péché, mais la Mère Jeanne réparera la partie fémiidne, comme JésusCbrist a réparé la masculine.

Postel, ne reculant devant aucune étrangeté, n*bésita pas à dire que Tàme de saint Jean TEvangéliste était infuse en lui, et un autre insensé qui Ini tenait eompagnie et (fui avait été orfèvre, se présenta comme ayant reçoTâme de saint Jean-Baptiste. Ce dernier, cr< ant napieds et na-téte, et portant xme longoe dierelure, allait prêchant qu'il fallait faire pénitence et que ki fin du monde approchait. Le parlement de Toulouse ki imposa silence en le faisant brûler.

Parmi les plus célèbres illuminés se place le Suédois Swedenborg, né en 4689.

Après de kNigiies et brillantes études seiontîfiquei, il se livra à des mélKtatioifs religieuses, d'où ii fit ééeom\ersonsyslèmeneuvean.Cinqépoques)>ariageaient, seion lof, rhtstoire de ninmantté : la religion d^Adam, ceHe de Noé, le mosaï^noe, le chrfstlanisfne, Tèro nott^e^ qu'il inaugurait. 11 s'imaginait être en npport eontintiel avec le monde invisible, avec les anges et les esprits; il conversait avec eux, et> dans ses ballucinalions, il s -imaginait parcourir le monde hitelh ctuel, et il «B donnait une description minmieuse. h fonda aiaii lasect^ delà NmA}feilt^JérHsalmi<, qui prit uite cert.nine eitensfon ; elle rencontra des adeptes en Suède en Hollande et en Angleterre.

Le» ouvrages de Swedenborg, écrits en latin, sont

m CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES.

fort nombreux , il a paru des tradactions françaises de quelques-uns d*entre eux; nous citerons seulement ceux que recommande la singularité des titres :

Les Délices de Vamour conjugal dans ce numde et dans Vautre, 4781.

Du Jugement dernier et de la destruction de Baby» loncf n87.

i Les Merveilles du ciel et de V enfer ^ 4782, 2 vol.

Du Cheval blanc mentionné au chapitre XIX de VApocalypse, 4758.

Vers la fin de 4827» on fit circuler dans la Glrande- Bretagne un écrit soi-disant émané des douze apôtres du Saint-Esprit, et adressé à tous les patriarches, archevêques, éyéques, et autorités quelconques de Tordre spirituel, ainsi qu'aux empereurs, rois, princes et tous autres dépositaires dupouyoir chez les nations baptisées. On y annonçait formellement que de nouveaux apôtres avaient reçu la mission de préparer le monde chrétien à la pénitence, et de frayer les voies du Sei< gneur, car le sanctuaire du Très-Haut allait être bâti. Ces idées étranges provoquèrent une sorte de persécution contre des ministres qui s'en étaient fait les promoteurs, et qui, pour la plupart, étaient Ecossais; ils constituaient une Eglise à part. Parmi eux se distinguait le presbytérien Edouard Irwing; il se fit remarquer par la fougue de ses prédications ; il tonna avec talent contre la corruptiou du siècle, il annonça la fin prochaine du monde avec véhémence; il passa, parmi ses adhérents, pour un évangéliste et un prophète. Il mourut le 8 décembre 4834, possédant, à ce qu'affirmaient ses disciples, le don des langues et celui de guérir les maladies les plus rebelles à la science humaine.

Il parait qu'aujourd'hui il ne subsiste plus d7rvm-

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES. iS»

giens^ ou da moins qa'ils sont réduits à un bien petit nombre. Se vantant de représenter les saints qui composent pendant le millénium le royaume de Jésus- Gbrist» ils s'efforcent de reproduire les formes de la hiérarchie du christianisme primitif. L'Église, gouvernée par le Sauveur comme grand prôtre, est administrée par trois sortes de pasteurs auxquels la puissance divine est conférée, les évêques ou anges, les prêtres ou anciens, les diacres. Ils se rendent deux fois par jour au temple et soutiennent que la société chrétienne actuelle est la grande Babylone dont il est question dans FApocalypse.

Prédioatenrs biaarres.

Des écrivains du seizième siècle rapportent des traits singuliers de l'ignorance et de la naïveté de certains prédicateurs de l'époque. Peut-être y a-t-il dans ces récits quelque exagération, toutefois on ne saurait contester qu'il ne se dit alors en chaire de bien étranges choses. Quoi qu'il en soit, on prétend qu'un curé de la Savoie, exhortant ses paroissiens à payer les dîmes, leur citait l'exemple d'Abel, qui ne manquait jamais de les acquitter très-régulièrement et qui entendait la messe chaque jour, tandis que Caïn ne voulait ni aller à l'église, ni payer les redevances du clergé. Un autre prédicateur citait l'exemple d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, et autres patriarches qui n'allaient jamais se coweher sans faire le signe de la croix et dire leur Pâter et leur Ave.

Un prédicateur flamand décrivait la robe que portait Jésus-Christ avec autant d'exactitude que s'il l'avait vue : « Elle estoit de couleur de cendres, ronde tant

iSI CVRIOMTâS THÊOLOGIQUES.

par haut que par ias, ayanr aussi les manehei foieles es raod, et des bordares par bas, à b façon des Mis; cesie rebbe esleit l^icte à raîgoille, de la msàû de la bîraheareiiseTierge Marie, et à mesure qQe lésas Clifist croissoit, sa fobbe ermssoit aussi, et ne s^moit pMBt. Un an arant sa Passion, il aroit aceeustamé de porter nue autre petîle n>bbe sons ceste-d. i»

Cet oraireur savait aussi comMen de coups JésQS- CSMst reçnt pendant la flagellatioD ; les cins oM avaneé le chiffre de cinq mille ; lui 8>st provoneë peur miSe de plus; cinq mille eoupesor le corps, mille sur Ut tète. Il n*igDorait pas que la couronoe d'épines se eom» posait de mille pointes , et qu*elle était faite avec du jonc marin.

Il existe d'ailleurs un grand nombre d'anciens recueils de sermons remplis de choses qui nous paraitnittit aujoanThui singollères ; lies pl»s célèbres de oss ylrax prédicaleurs scat Tltalien Barlette, et les Praa«çais Menot et Maillard. Nous citerr«^ à peu près a» 1»sard quelgaes-UDes de leurs étranfetés» Barlette dit qiek>r$que range Gaimel paml devant Marie, eello-ct avait avee «^lle trois éenoinlles, Prudence, Virginité etHonûlité. Die s'adressa d'abord à Proàfoee/pov av^ sou atis, et elle dit : « ma ccimpagitr» dites^moi ce qu*ii vous senble ^e je dois faire. » Prndeiicd ré«poodit : « Marie, je considère ce qui est éeriiaa nu* chapitre de VEeclétiaêiiqiue : Qui croit légàremeiH^ eit volage da coew» s liarie répondit : « O», nms A ettdil aussi cA ce même livre, chap. jsxn : Ècfmkt ea te taèsaut, et tu en seras récompensé. » Le dtalogue se. poursuit longtemps de cette étrange façon.

Cest encore Barlette qm, eu parlant de la résorree tîoo, agite la questiea de savoir quel devait être Tambassadenr ^argé de i^orter cette grande uoaveUn

CURIOSITÉS THÊOLOQIQDES. i$»

à la samie Vierge. Adam dit à Jésus-Christ : « Cestmoi, miki inemnbit. » Jésus lui répondit : « Ta l'arrêterais peut-être en chemin pour manger des figues. » Abel pa* rat ensuite :« Non eertaioement; tu trouverais peut-être en route Caîn qui te ferait encore un mauvais parti. » A Noé» Jésus-Gbn»tdit : « Tu aimes trop à boire. » A saint Jean-Baptiste : « Tu as us habit trop relu. » Au bon larron : « Tu n'iras pas, car tu as les jamben rompues. » Ëaâa m ange fut enroyé qui ^ mit à obanter : Re* gimm eceUy latare'^ resurrexit gieut ritacô, etc.

Dans le ff^mon de la Pentee<Ste, Barlette rapporte ainsi le meti f qui a déterminé te Sai»t-l<>prit à prendre la ferme sous laquelle il est "wem vers les apôtres. Voici le colloque qui eut lieu entre les trois personnes de la Sainte-Trinité : Le Fils dit à ^ mi Père : « J'ai promis le Saim-Esprit à mes apôtres ; il est temps de tenir ma parole. » Le Père répond : «Je suis content, fciiies-le savoir au Saint-Esprir. » LeSaint-Eiprits'inÉormecomnient le Fils avait été traité^leFils expose ses plaies. Le Saint-Esprit, touché de cet éut affreux, s'écrie : « Uaàheirr à moi 1 mais f Irai dans une autre forme qtfils n'oseront toDcher, » et 11 de.'cendit sur la terre en langues de feu.

Buriette avance dans un deses sermons qoephis^ars partenigensde Uen pour alleren pèlerinage et qu*ilsen reviennent méebants, et que des filles aUaicst vier^s à saint Jacques et eu révélaient pécheresses. Deux veuves de Valence ayant hH ce pèlerinage devinrent des femmes de mauvaise vie {mere^ùeê).

En parlant de Férangile de la tenution de Jés»- Christ, notre prédicateur introduit le diable disant poliment à Jésus : a Passons au déserf, nous y serom seuls. » El après que Jésus a remporté la vicioire, la sainte Tierge lui envoie le dîner qu'elle avait préparé

iSO CURIOSITÉS THËOLOGIQUES.

poiir elle-même : c'étaient des choux, de la soupe, des épioards, peut-être aussi des sardines (caules, vel brodium, ut spinaria et forte sardinas) .

Le jour des cendres, Barlettedit que ceux qui voyagent à pied par nécessité sont dispensés du jeûne, mais que les cayaliers ne pourraient s*en exempter sans péché ; le cheval peut toutefois prendre sa nourriture (equus poterit cœnare). Dans le sermon du mardi de la Pentecôte, il reproche aux prêtres leurs distractions dans la prière ; il cite pour exemple un ecclésiastique qui, récitant le Fater, le fait de la manière suivante : « Pater nosterquies in cadiSf garçon, selle mon cheval pour aller en ville ; sanctifkeiur nomen tuum, Catherine, mets la viande au feu; fiât voluntas tua^ empêche le chat de manger le fromage ; panem nostrum quotidianum^ donne Tavoine au cheval blanc... » Est-ce là prier?»

llenot, en mentionnant le jugementde Salomon, dit que les deux femmes se disputant en présence du roi, il leur dit : «Taisez- vous, taisez-vous, car, à ce que je crois, TOUS n*avez jamais étudié à Angers ou à Poitiers pour savoir bien plaider. »

Le cordelier Olivier Maillard est un des prédicateurs les plus remarquables du commencement du seizième siècle; un sermon qu*il prêcha à Bruges, le cinquième dimanche de carême, en 1300, imprimé à An?ers, sans date , et qu*un savant chanoine de Téglise de Paris, bibliophile zélé, M. Labouderie, a fait réimprimer, en 1824, est curieux par les hem, hent, hem ! que l'auteur a jugé à propos dMnsérer dans son texte afin de marquer les endroits où il lui paraissait convenable de tousser.

Il y a au surplus dans Maillard tout autre chose que des traits qui peignent la naïveté de l'époque; il répri-

CURIOSITÉS THÉOLOGIQDES. 187

mande sans ménagement les vices et les abus, et il s^élève parfois à une sorte de pathétique :

(( Dites-moi, par votre âme, s'il vous plaît, avez-vous point peur d*ôtre damnés? « Et frère, direz- vous, pourquoi serons-nous danmés? Ne voyez-vous pas que nous sommes si soigneux de venir à un sermon taus les jours ; nous allons à la messe, nous jeûnons, nous faisons des aumônes; Dieu aura pitié de nous et nous exaucera.» Seigneurs, vous dites,bien, mais vous ne dites point tout ; je vous assure, si vous êtes en péché morte], Dieu ne vous exaucera pas en vos prières et oraisons.»

Il interpelle les gens de tout état, et il s'adresse à eux de façon à faire impression sur ces cœurs difficiles à toucher :

« Oîi sont les trésoriers, les argentiers ? êtes- vous là qui faites les besognes de votre maître et les vôtres? Bien ; écoutez, k bon entendeur il ne faut que demi-mot. Les dames de la cour, il faut laisser vos alliances, il n*j a ni si ni là. Jeune gaudisseur, là, bonnet rouge, il faut baisser vos regards; il n'y a de quoi rire, non.» Le Révérend Père fait quatre divisions de ceux qui viennent entendre la parole divine.

(c Les premiers, ceux qui viennent sinon pour reprendre le prêcheur ou pour voir ceux qui sont au sermon. Les seconds, ceux qui entendent prêcher et n'en retiennent rien et n'en font compte. Les troisièmes, ceux qui entendent et retiennent, mais ne s*amendent point pourtant. Et toutes ces trois manières de gens s'en vont avec les diables. Les quatrièmes sont ceux qui enlen^ dent et retiennent et mettent la doctrine à exécution et s'amendent; ceux-ci sont de la part de Dieu et profitent au sermon. Or, levez les esprits; qu'en dites-vous, seigneurs ; êtes-vous de la part de Dieu ? Le prince et

iSS CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES.

la priocasse, en êles- vous ? baisses le frofit-Vons antres, gros fourrés, enêtes-vous? baiss€zle front. Et vous, fises femeilesde coor,eii êtes-vons? baissez le iroBt. Vous êtes écrites aa grjuid lirre des danœés. Votre obambre est toute marquée avec les diabke. Diles'^ioiy s'il vous plaît, na yoms ètes-Tons pas, anjourd^kiai bien lavées et épciossetées ? — Oui bien, frère. — A ma volonté que vous fussiez aussi soigneuses de netto^mr vos âmes. »

Saint Vincent Ferrier, dans sof» sermon sur saint Jean-6aptisie, a raeonté une histoire qui fait peu d'*hofr> neur à son logement et qui est un lémoignage curie«x de la naïvpié de Fépoque. Uanecdote a passé ebez Boceaee et chez La Fontaine. Nmis la placerons id en latin :

(( Zacharias ergô venions de oratione mutos, intravit « domum ^lam, et non petuil lo^m uaori, née pelere (c debilora verbo, sed signis. Et adm^ans Eiizabelbâi- « cebat : Hay, bay, bay, Domine, benedictos Deii«, quid « babecist Quidaceidit vobia? Nibil sciens de anonn- « tJatione Angeli. ¥à cepil eam înler bracbta. Cogitate <c qnaiitef Tlizabelb antiqua mirabatur? Sed ftnalitnr « videns voluntatem viri soi, eonsensit. Nota bie qnod « ex quo sunt in matriaonio, unus débet alteri eon- (( sesctre, sivesintjuvenes, siveaenes; née débet altmr <( se exeusare aliqoà fietà devotîooe, ailas damnai se, (( et alinm. }de6 Aposteins : Uzori vir debitam reddaS, (( simiLiter et nxor viro. (Corin^, 41.)

c Rola btc de illa muliere deTOtâ, qu» quiméè vir « exîgebat debitum, semper inveniebat excosatioftes. « Si in Dominicâ : Hay, sancta Mater Dei, bodiè qnse est « dies resurrectionis Domini,vuUistaliafaeereî Si die <( Lun®, dkebat : Hay, bodiè <M»et bomo rogare pro (( mortuJs. Si die Hartia : Hodiè Eeelesia facit pro An- « geiis. Si feria qoarta : Uodiè Cbristut fait venditits.

CdRiaSITÉS TH£OLOGIQnB& lit

« SI feria quhita : Hay Boanoe, qoia Christos hodîè a»-

« €eadiiiii CcaHim. Si f?nasff<xtâ r Qolabodiè Chrislus'

« feit passas f ro nolùs. Si Sabbatp : Bodiè, qu« est

« aies Virginis Marice, qoia tali die m ipsk sola reman-

« six Eues. YideDs vir quoiipsa senit)er inrenîfbat dx«

« eosatloBef^Toeabitaoçillam; dieens : De serovenias

(( ad me nt ëormias meeam. Respondil : Libenter, mt

« Domina. Qiod yidens, multer voloit se pmiere In

<* locto; et ?ir «oteit : f^D, domina, oretis pro nebis

V pecttafaKîfotis. Rt nuuqiuni ex U}ii& ToliMt uxorem

« cogooscere, ita abhorrait eam^sedadamariieaptîTaiD.

« IfKtepeeeaèat mortaliter, et damnabatse ex colpàiixo-

« ris. Ideô saneu Elixabeth^ lie «t esset deTota, sacneta

« et astiqua, ex qoo reqmreèatnràTiro, c(mseiisit>

« et coDCPpit ab eo. Traosaetis tribus memsibiiB, venter

« ÎDtamoit ; et dicebat ip$a : Qay^ misera, qnid est boe?

« NnDqaidessembydropica? Ftnaliter oognovit qnod

(( erat gravida. De hoc saneta EUzaberh mnltùm rere-

« cnodabator, in tastum qnèd dtcit Lucas, qnod oecnl*

« tavit se mensibas qoincpie « CoMÎto ego qiiod ft* cil sibi

« amplas hopnlaodas, sivèTes^tes, mabseonderet par-

« rain,tini«nsrftegeDie8dicereiil:Ëccè^lieelsildevota,

<t taoMD adboc iraeat KbîdiDi. »

Le célèbre réfjrmateur Luiher mêlait dans' ses sermons une fovie d'imaifes grotesques qui ne choquaient alors personne ; en voici un exemple tiré d'un discimra destiné à iirouver qu'il ne faut pas différer ûb faire pé« nitencQ.:

« Quand Sodorae et Gomorrbe furent englouties en \m din d'«il, tous les habitants de ces villes, homnoes, femmes et enfents, tombèrent morts et roulèrent -dans les abîmes de Fenfer. Alors on n'eut pas le temps de compter son argent, ni d'aller courir la prétantaine avec la p..., mais en tm instant tout ce qui vivait too^

mort. Ce fot la timbale et la trompette da bon Dieu, c'est ainsi qa*il fit son : poumerlè poump I paumerlè poumplplizl pluzlschmi, schmirl Ce fot le conp de timbafe duSeignear, on, comme dit saint Paul, la voix de Tarcbange et la trompette de Dien ; car lorsque Dieu tonne, cela fait presque comme nn conp de timbale : Poumerlè poump \ Ce sera le cri de gnerre et le taratantara dn bon Dieu. Alors tout le ciel retentira de ce bruit : JTtr! Kir 1 poumerlè poump 1 »

A des époques plus récentes, la chaire chrétienne présentait des choses singulières.

L'évèquede Grenoble, Camus, s'exprimait ainsi dans un de ses sermons en parlant de la fidélité conjugale ; il trouvait une preuve de ce devoir dans la conduite « des lyons et des lyonnes. »

« On tient que cesbestes, les plus farouches de toutes, l'observent inviolablement, si que la lyonne n'oseroit seulement s'approcher du léopard, à peine d'estre déchirée par le lyon. L'éléphant est la plus grosse, la plus honneste et la plus fidèle beste du monde pour ce regard ; je n'oserois dire sa pureté, de peur de porter le vermeil au front de nostre desraisonnable raison. »

S'agissait-il d'opinions contraires à la foi, le prédicateur s^écriait :

« L'hérésie est représentée par celte paillarde effrontée de l'Apocalypse abreuvant toute la terre du vin de ses fornications qu'elle présente dans la couppe dorée de ses prétextes raisonnes de ses raisoijpettes prétextées. »

Il recommandait de sonner les cloches pour écarter les orages et il en donnait une raison qui paraissait alor^ sans réplique :

« Les cloches dissipent les tempestes et écartent les démons qui se meslent dans ces météores et impres-

CURIOSITÉS THËOLOGIQUES. Ui

sioDS aériennes ponr nuire aux humains. L'expérieBce faist voir que le diable est ennemi des bonnes odeurs, tout vilain qu'il est, ne se plaisant que dans les puanteurs et roiries; ri hait aussi l'harmonie, la musique et tout son qui est bon et agréable. Le son des cloches parfumées est donc naturellement utile contre les dé* mous et les orages. »

Il signalait avec indignation, à propos du baiser de Judas, Tusage d'échanger des baisers sous prétexte de politesse :

« Icy, mes frères, permettez-moy d'invectiver contre ces traistres voleurs de l'honneur des filles, et qui commencent leurs trahisons par des impudiques baisers. baisers liberthis des salutations françoises, que vous rendez nostre nation infâme et descriée parmy les estrangers!»

L'abbé Gottin, devenu fameux par le ridicule auquel Boileau Ta livré, prêchait un jour devant le cardinal de Richelieu, à l'époque où ce grand ministre cherchait des distractions dans l'art dramatique, et il dit : «Quand Jésus-Christ acheva sur le théâtre de la croix la pièce de notre salut, etc. »

On a attribué au père Maimbourg, jésuite connu par de nombreux ouvrages historiques, un sermon sur les chiens. Cette anecdote repose sur le témoignage du célèbre janséniste Antoine Amauld ; il n'est pas vraisemblable, pour quiconque connaît l'humeur grave et sévère de ce théologien rigide, qu'il l'ait complètement inventée. Quoi qu'il en soit, elle est consignée dans une préface mise en tête de la Défense de la traduction du Nouveau^Testament imprimée à Mom (par Arnanld et Nicole), Cologne (Paris), 4668. Cette préface n'a pas été réimprimée dans l'édition faite à Genève de toutes les pièces qui concernent cette traduction, et c'est sans

44S CemiOSITÉâ TH&OLOOIQUfiS.

dMile an des prinotfxaux motifs de i^oabli dans lequel cf^ récit est tombée

Arriauld prétend qu^éCaot allé dans la ciiapelle du collège de ClennoDtf il vit monter tu châtre un prédicâteor dont le seroK)u roula sur révaogile da jour, sur la parabole du Boa PaUeur. « li prie sojft sur cela de relever Tétatdes berçers,en remarxiaaiit que ce B*était pas autrefois la profes^ioa de g»Q^ de iiéaat cornue à présent, mais qae les rois et les princes ae la \xxfgeaàemt pas iudigne d*eux. Il fit un grand dénombreaieiit des princes bergers, il nV outiiia pas les palrtarehes, et il ea conduisit le cataJo^oe jusqu'à David, sur leqvei il s'arrêta fort kntgtemps» car il ùi me description faadine de sa beauté, de la couleur de. ses cheveux, de ses bar bits, et etàiïa de f»on ehies. « Cétoitnn brave chien, et « qui avoit tant de courage qu'il est à croire que p«H « dant qu^ son maître ;ie batloit contre Goliath, ce chien,. « pour n'avoir pas ie déshoaneor de rester saas rien « feure^ alla chercher de Toccupalion contre leô loups. » Quand ce bon père iut eotué dans la mattôre descfaiem, comme s'il y eût étéaOadié par une secrète sym^thie, il n'en put sortir, et il en tira la division de son sermon ^ui fut divisé «a quatre points, selon quatre espèces de diiens. La première espèce était des dogues d'Angleterre « la seconde des milHis, la troisième des biefaoos, la quatrième des bons chiens; ii en fit Tap» plication aux diverses sortes4e prédicateurs. Les dogues d^Angleterre élai^t les Janséinsle&, «lU'il représenu comme des gens indiscrets déchirant indUGréremment tout le monde. Il décrivit les mkins comme des chieas poHnjms qui ne sont vaiiiatBts qœ sur leur fiHuier, ei 4|iii» hors ùe là, sont toujours dans la crainte^ ce qull appliqua aux prédicateurs de cette hunie«r« Les bi« «hona étaienlv jelon lui, les abbés de eour « uûUés en

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUBS. 148

Mans, et faistnt beaacoop de bruit, miis qoaaid on les ▼eîtde près, on se moqua de leur bruit. » U déeiîTit sur cela leurs maocheUes, leurs rabats, leurs surplis, leurs gestes, etc. Eaflo, les bons ckieus étaieut les jésuites et les prédicateurs tels que M. Il est impossible de s'imagiaer de quelle sorte il traita ce ridicule sujet, et jusqu à quel excès il porta la bouffonnerie de ses descriptions. Tous les r évërenâs pères se tenaient ies côtes de rire depuis le eommeneemeot êa sermon Jusqu'à la fin, et dans le reste de Tauititoire ce n'était qu*éclats que Ton ne pouvait enpècHer. Tout cela di- Tertissait le prédicateur et lui donnait une ardeur nou- Telle à augmenter les rires de ses auditeurs par de noorelles giimaces. »

Un prédicateur protestant prit pour texte d'un de ses sermons un pa§sa^ extrait de TéTangile de saint Mattldeu : « Si tu es le Fils de Dieu, ûis à ces pierres de éB^enk du pain, » et il commença son homélie en ces termes : « Mes frères, on a la ooutumo de tous expiii|«er dans cette chaire la parole de Dieu, mais je viais prêcher aujourd'hui la parole du diable. »

QsAlqnes idées bicarrés avsAoées far des Ikéelesteas.

U existe un ouvrage latin d'autant plus étrange qu'il est l'oeuvre d'un cardinal, Pierre de Ailly, sur la concordanee de l'astronomie avec la, théologie et la narration historique (Augsbourg, 1490, in-4*). Les mystères les plus profonds de la religion chrétienne sont, dsms cette oemposition ângulière, subordonnés à Tastrologie judiciaire.

Plus tard le mathématicien écossais John Craig, mort en 1709, conçut ridée d'appliquer les calculs de l'algèbre

ikà GUBIOSITÉS THÉOLOGIQUES.

à la théologie: il rechercha quel devait être Taffaiblissèment des preuves historiques suivant Tintervalle des temps et la distance des lieux, et il trouva que la force des témoignages sur lesquels est appuyée la vérité de la religion chrétienne ne pouvait subsister que quatorze cent cinquante-quatre ans, à partir de 4699, année où il mit au jour ses Theologiœ christianœ principia mathematica. Il en conclut qu'il y aurait un second avènement de Jésus-Christ, une seconde révélation pour rétablir la foi chrétienne dans toute sa force. Ces paradoxes furent combattus dens des ouvrages spéciaux; aujourd'hui le livre de Gralg a tout aussi peu de lecteurs que ceux qui l'ont réfuté, mais le contraste du sujet et de la méthode a empêché qu'il ne fût complètement oublié.

On sait combien est compliqué le système de l'écriture japonaise. Il est qualifié par le père Oyanguren d'artifice du démon qui voulait ainsi augmenter les difficultés contre lesquelles les missionnaires ont à lutter.

Le jésuite Léonard Lessius (De jti*«(ta et jure, lib. iv, c. 3) voulant faire connaître toute l'énormitéde Tadultëre, affirme qu'il est en horreur même chez les animaux, et il en apporte pour preuve le supplice que des cigognes firent subir à l'une d'elles, convaincue d'infraction à la foi conjugale. Le bon père cite Guillaume de Paris, qui assure avoir été témoin de cette exécution: « Tempore meo, ciconia tanquam de adulterio convicta « per olfactum masculi sui, congregata multitudine ci- <( coniarum, nescio qualiter accusante masculo, vel « detegente ejus crimen à tota illa multitudine de- « plumata atque dilacerata est, tanquam concilio aut « judicio omnium esset adulterii judicata. »

étraiif 6 application de la dlve.

On sait avec quelle riguear la dime fut perçue durant le moyen âge, mais bien des personnes ignorent jusqu'à quels excès la chose paraît avoir été poussée, dans des circonstances sans doute exceptionnelles. Des auteurs qui écrivaient il y a quelques siècles ont raconté que certains ecclésiastiques, très-dignes de punitions sévères, s'avisaient de réclamer une dîme sur les plaisirs conjugaux. Le jurisconsulte Guillaume de Benoit (Guillelmus Benedecti)^ conseiller au parlement de Bordeaux et plus tard à celui de Toulouse, parle dans son Commentaire sur les décrétales (plusieurs fois réimprimé) d'un prêtre qui perçut sur une de ses pénitentes cette étrange redevance, et Philippe de Bergame, dans le supplément de sesChroniqws (livre xiv) mentionne semblables fourberies de certains fraticelU du temps du pape Jean XXII.

Trajan en paradis.

Parmi les récits les plus étranges qu'on rencontre dans les vieux livres de théologie, il faut distinguer celui qui concerne l'âme de Trajan délivrée de l'enfer par les prières de saint Grégoire, à ce que racontent Vincent de Beauvais (Miroir hutorial, 1. x, c. 68), Gerson, Testât, les révélations de sainte Brigitte (lib. IV, c. 13), et d'autres auteurs.

La grâce accordée à un damné est chose tellement extraordinaire, surtout lorsque ce réprouvé, qui cesse de Têtre, est un empereur païen dont la vie était loin d'être édifiante, que ces récits ont été l'objet de vives discussions. Un docteur établi à Rome, Ciaconnios, en a fait l'objet d'une dissertation spéciale.

U« CURIOSITÉS THÉOLOGIQDES.

Des écrivains du dix-septièiae siècle, Baronias, Bellarmin, Théophile Raynaud, le père Alexandre, dans son Hàtoire ecelésiattique, et bien d'autres auleftiia «mt réfuté ces allégations.

Des traits du même genre se trouvent dans les anciens auteurs ecclésiastiques. On peut citer FakoniUa qui, morte dans rinfidélit4, fat sauvée par les ^ières de mainte Thècle; un crâne desséché qui répondit à saint Macaire; Dinocrale, frère de saiote Perpétue; un enfant lirédercnfer par 1 inteices^on de saint Etienne; le père de sainte Oitilie ; un juif mort dans le parjure et sauvé par saint Nicolas ; mais tous ces récits épars ont passé presque inaperçus et n'ont pas en la célébrité momentanée qu'avait obtenu ce qui conceniail l'âioe de Irajan.

Usages 6» Abyssimie.

En Abyssinie, nul ne peut être dispensé du jeûne, lequel ne peut être rompu qu*à trois heures de relevée. Il y a deux jours de jeûne par semaine, le mercredi et lewii4pedi, et deox earèm^s, l'un 4e einqaanlei-einq jour» avant la fête de Pâiques, rai>tre de quinze joms po«V')a fête des apôtres^ en juir». L'enfant mâle ou fc* vaÊH^mM cireoncis^ deux semainee après afa rraissMce^ le^etu de cette opération est laissé aux femmes. Teftfandmâle^est baptisé le qiiaranlième jour, renfant femelle ne Test qu au bout de quatre-vingts. Imqé'sprès le IwiMéKie, la mère est emskiérée eomcne Impare et ne p9Bt enicer da«s légl^e. Les enfants comaranfent le jour mène 4e leur beptème. A sei»t am Fenfknt cooHfieBce à saconfesser, et dèe lors ilest a8S«)e<li anKi jetees.

On ne croit pas çu'ofi mort pulsse^enirar 4aQ»4e fM

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUBS. I|f7

sans une messe de déliyrance pour laquelle les parenls du d^unt soal astreints de donner à TFghse un non^m de Taches et de pots de bière ou d'hydromel suffisant pour défrayer un banquet. Cette coutume est si enracinée qu'on voit de pauvres gens économiser toute leur vie pour avoir de quoi payer ce teskar ou festin mortuaire.

Les Gallas, peu{de peu civilisé qui est établi au midi deTAbyssioie, croient à on dieuqu'ils regardentcosftn* assez iodiffôrent aux choses d'ici-bas, et ils se préoecupent beaucoup p us des bons ou mauvais génies qu*ils supposent résider dans l'intérieur d'une pit^rre ou dans cdui d'un arbre. Leurs cérémonies religieuses sont mélangée& de pratiques du paganisme; ils répandent, ea forme de sacrifice, du beurre sur une pierre ; dans U cas de maladie, ils égorgent une poule sur un chemin, afin d'expier la malédiction ou de conjurer le mauvais sort. Pour connaître le résultat d'une entreprise, ils sacrifient une brebis et ils examinent si le péritoine est blanc ou s'il a quelques taches de sang; dans le premier cas, l'augure est favorable ; dans le second, il e«t foneste. Cette pratique se rattache à la tradition sui» vante : on rapporte qu'un jour le livre sacré descendit du ciel et que dans ce livre on lisait l'avenir ; quelque temps après une brebis mangea ce livre qui devint de la graisse, et voilà pourquoi cette graisse est consultée.

Dans toute l'Abyssinie, on croit an mauvais œil, et kn'squ'un homme de distinction se met à boire, un do- Distique étend un linge devant lui afin de le préserver de «etleittâuence pernicieuse. On ne doute pas ^u'oa ne paisse être garanti des maladies et des blessures espesiantsursei des sachets qui contiennent des versets tirés de TËcrlture sainte^ Enfin on attribue à certaines plaaftes des vertus singulières, telles ti^ de

faire retroayer an objet perdu, de préserver de la morlure des serpents, de rendre les femmes enceintes.

Fin du monde.

L*esprit humain a toujours voulu pénétrer dans les mystères qui lui sont inaccessibles ; déterminer la date précise de la destruction de notre planète est un problème qu*on a tenté de résoudre, mais le succès n'a pas couronné les tentatives faites dans ce but. Les rabbins prétendent que le monde doit durer six mille ans, et ils basent cette opinion sur des arguments qui leur semblent d'un grand poids, mais que bien des gens trouveront assez futiles : 1* le nom de Dieu est formé en hébreu de six lettres, dont chacune forme un millénaire; V la lettre m est répétée six fois dans le premier chapitre de la Genèse; 3* ce fut après six générations que le patriarche Enoch fut enlevé au ciel; i° le Seigneur employa six jours à créer le monde; 5<» le nom'* bre six est formé de trois binaires, le premier d*entre eux, c'est-à-dire 3,000 ans, représente la durée de la loi de nature; le second est le domaine de la loi écrite; le troisième est affecté à la loi de grâce, au règne du Messie.

D*anciens philosophes avaient posé en principe qae le monde doit être détruit lorsque les cieux et les astres auront achevé leurs cours, c'est-à-dire lorsqu'ils seront riôvenus au point où ils étaient au moment de la création; mais quelle est la durée de cette grande révolution? C'est ce qu'il est bien difficile de déterminer : quelques-uns ont pensé qu'il fallait 7,777 ans, d'autres se sont prononcé pour 9,977 ; on a aussi parlé de 49,804 années. Nous faisons grâce au lecteur des calculs sur lesquels on a prétendu établir ces chimères. Il s'est

CURIOSITÉS THÊOLOGIQUES. Iii9

trouyé des docteurs qui ont hearensement montré que le monde devait durer bien davantage : on a parlé de 25,000, de 40,000 et même de 300,000 ans.

A la fin du dixième siècle, on se persuada que la fin du monde était très-prochaine, car l'on calculait que les six mille ans d*existence accordés à notre globe allaient expirer. De riches pécheurs se flattèrent de racheter leurs fautes en faisant aux couvents et à l'église donation de leurs biens, et on conserve encore des actes qui portent la formule appropinquante mundi termino.

Des signes effrayants doivent d'ailleurs annoncer rapproche de la catastrophe finale ; ils sont au nombre de quinze , s*il faut en croire un opuscule , intitulé : Quindecim signa horribilia de fine mundiy publié vers U90. Un autre écrit : Epistolaad omne humanumgenus, imprimé vers la même époque , annonce l'arrivée du prophète Enoch et se termine judicieusement en disant : Qui potest capere capiat.

Nous avons eu sous les yeux un volume intitulé : Romœ ruina finalis, anno Domini 1666, imprimé à Londres en 4665, in-4*». L* auteur est un presbytérien anglais caché sous les initiales J. W., lequel annonce qu'il est de son devoir de s'adresser aux Anglais qui résident à Rome , attendu que cette ville doit être détruite de fond en comble en 4666, et qu'ils pourront, à l'aide de cet avertissement, échapper aux dangers qui les menacent. Voici les graves motifs qui déterminent cet auteur à fixer Tannée 1666 comme celle de la destruction de Rome, et à prétendre que la fin du monde doit arriver quarante-cinq ans après cette date, c'est-àdire en 174 4 . Le nombre de la bête de l'Apocalypse est 1666; les lettres numérales que renferment les mots Alexanderepiseopus Raniœ (Alexandre VII^ élu en 4655)

IM CURIOSITÉS THÉ0LO6IQ0BS.

fome&t parteor aédfUon le »ème nombra M6«. Daniel a prédit que le monde finirait qaaranle aos après la ehDte de TAntedirist ; done, rîei n'est plus cartaia que les dates que fixe notre aatew peur œs gftBdsea-

Parmi les prophètes de ce genre, n'oublions pas Télesphtïrc de CÎisanfe, qui date ses éerits de THermitage du cbamp bercoléen, près Thèbes, Tan 1386. H raconte que, par saite d'une vision, il se rendit & ïhM>*»s pourrecberclk»r des livres de prophéties; dans le nombre de ceux qu'il trouva et dont il fit usage, nous efterens tes livres du grand propli^e Joachtm, la Révélation de Roboam, etc.

Les pronostications qoeTéle?phore chercbe à expT! iper sont des pbrases d'un latin barbare et inintelligible. & voici un exemple ; Dfrncep* virginis aractato pontris ob possvm num rr.iU'oman regimtmnt fnntoti davis nclimarif.

Après avoir raconté fort longuement les faits et gestes de r Antéchrist, Tanteur suppute combien de temps Vunivers doit exister. D'après ses calculs, la fin du monde doit tomber en l'an 1800. Le prophète s'est trompé, mais il avait pris ses précautions , car il a eu soin de dire : « Toutefois, nul ne sçait de certain combien le monde doit durer. •

Toutes ces belles choses sont consignées dans on petit volume devenu rare» le Livre merveilleux contenant en bref la fli-ur ei substance de plusieurs Irailez depropytit'i; el révélations; Paris, 1588

Un grand nombre de savants on: voulu fixer an joM l'année qui verrait la destruction du monda.

En 4140, Besi^l tenta de donner une exfiieatioo é» ripocalypse; il fixe la fin des4oarafile-4ei»x bmîs êl

GURfOSITÉS TflÉOLOGIQ€K6. Ul

da&ombrede kt bèteau %i laailfi^d; la destrnctiDn de la bêle doit avoir Heu le i$ înln iSH.

Dbas qq fésoi »ur les fio;Nérts «ff Damai et desaà^t Jean, écrit en 4766, Barlon établit, à Taide de calculs très-compliqaés, que c'e^t Tan 2436 que les Geatils se convertiront et que le millenium commencera; le combat de Gog et de Magog aura lieu en 3430. C^ayton, évèqoe de Qogfeer, diercba, en Tan 1751, à dénwB'irer que Van î600 ou à peu près, la papauté cessera d'eicister et que la naliou juive formera tin corps de nalîon. Cttlberston, dans ses Lecltjtres ttpon the prcphecks of Min (EdiBbwgh, 4S18, 2 vo!. Tn-«^, expRque que la b&taiHe d'Armageddon a commencé en 48f5, et quelle doit finir, en 4821, parla dcstructioa totale de l'Église Tomaine.

Airtoine Vieira, prédicateur portugais qui jouissall au dix-septième siècle d'trae réputation ét»»ndue, s'est exprimé de la sorte, à Végard du jtjgemem derui^, dans un de ses sermons :

« Les imes étant traies aux corps et les bomraes étant retournés à leur première forme, ils se rendront feus au lieu du jugemwit; ceux qui seront ressuscites pour être beureux seront gais et alertes, et ceux qui seront resstiscités pour leur malheur seront mélaucoiîques. Ce sera alors pour la première fofe que le genre humain sererta lui-même, parce que tous ceux qui n'ont jamab été, qui sont et qui doivent encore être, se trouveront tous rassemblés dans la vallée de Jossphat. Ah ! si ice Jour n'élaîl pas si fâcheux, que ce serait un beau spectacle de voir là ensemble les fatneta personnages delensles âges! »

Le prèKcateurse prépose ensuite une difficulté : «le prévois qu'en va me demander : «Comment ^st-ilpw- « siMe qn'tme mnltifude si immense ait pn entrer \mX

i5S CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES.

(( entière dans une vallée t d Avant de répondre à cette objection , il s'écrie naïvement : « La difficulté est bonne, plaise à Dieu que la réponse le soit aussi.»

Fevmes ▼Isionnairos.

Comme modèle de visions absurdes et souvent fort inconvenantes, on peut citer la Vie et les Révélations d*Agnès Blannbeckin, religieuse, en Autricbe, au treizième siècle, écrites par son confesseur et publiées d'après un ancien tnanuscrit à Vienne, en 4731, par le sa> vant bénédictin B. Pez, qui y a Joint un ouvrage d*un autre bénédictin , résidant dans un couvent près de Ratisbonne. Ce dernier livre est intitulé : Liber de miraculîs sancti Deigenitriciis Mariœ; il est rempli d*absur« dites et de contes ridicules ; on y lit, entre autres choses, qu*une certaine abbesse se trouvant enceinte, la sainte Vierge lui envoya deux anges pour Taccoucher; ils firent les fonctions de sage-femme, et ils remirent ensuite le bâtard à un ermite, afin qu*il relevât jusqu'à rage de sept ans. La Vie d'Agnès de Blannbeckin n'a guère sa pareille en fait d'inconvenances.

A propos de visionnaires n'oublions pas Catherine Théot, à laquelle on fit prendre le nom de Thcos (mot qui, en grec, signifie divinité) et qui joua un rôle public en 4794, au moment le plus périlleux de la période révolutionnaire. Née dans un village près d'Avranches, et venue jeune à Paris, son cerveau s'était dérangé; elle crut avoir des visions; elle se donna tantôt comme une Eve nouvelle, tantôt comme la mère de Dieu; elle était appelée â régénérer le genre humain. Elle fut enfermée comme folle avant la révolution, et [cette mesure ayant calmé son exalta-

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CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES. i5S

tioD, elle fm rendae à la liberté. Soos le règne de la ConventioD, elle recommença à débiter ses rêveries devant des niais et surtout devant des femmes du peuple qui ne doutaient pas de sa mission surnaturelle. La police l'arrêta dans un grenier au fond du faubourg Saint- Jacques, et on voulut rattacher les folies de cette vieille illuminée à quelque grand complot politique. Un membre du Comité de salut public, Vadier, fit un rapport dans lequel il prétendit découvrir là une conspiration dirigée par Pitt, Ck)bourg et le pape, afin de renverser la République. Le fougueux conventionnel soutint que cette afliaire était dirigée par les Jésuites, nom qu'on fut trôs-étonné d'entendre prononcera Paris en 4794. La pauvre Catherfne, déjà septuagénaire, allait passer devant le tribunal révolutionnaire, c'est-à^ dire devant des juges qui n'acquittaient pas et qui n'appliquaient jamais d'autre peine que la mort; mais quelques semaines après son arrestation, elle trépassa tout naturellement à la Conciergerie.

Gerson, dans son Traité des vérités nécessaires au salut, parle d'une visionnaire de Savoie dont le procès fut Instruit à Bourg-en- Bresse. Cette femme se donnait modestement pour une des cinq personnes que Dieu avait choisies afin de racheter les âmes de l'enfer.

A l'époque du règne de Louis XVI, une demoiselle Brohaneut l'idée de créer une association, et elle trouva des sympathies parmi des personnes de la haute société, et des membres du clergé.

Il s'agissait de former un ordre, dit des Victimes, destiné à reproduire avec des grâces nouvelles l'inefiCable bienfait de la médiation du Sauveur. Les victimes devaient avoir ,à ce qu'affirmait leur institutrice, un excès de grâce divine qu'elles pouvaient utilement appliquer à détourner les fléaux dont éuit menacé le genre hu-

iSd CaRIOSITÉS THÉOLOGIQUES.

mÙÊ; eltes prt^uûent sor elles i'aaathème géfiéral, et éeveoaieot et la sorte le eealre commtiu, le réserveir ée toates les Cayevs divines, Dieu se seryant de leur canal pour les réfutndre sur la terre. Eo 1174, la propbéiesse écrîTit à rarchevéque Chrisiopbe de BeauiBOfit, poar loi prédire que Diea allait juger les naiions, dé- .eifiier la terre et faire eboix d'un peuple noaTeau; il était doue indispensabJe, pour détourner les eonps de la oolèie céleste, d'établir des victimes qui s'immolassent ODotfinnellement à Dieu. Le prélat ne tint point compte des aberrations de cette visionnaire. Ëlio se retourna alors vers Lonis XV, auquel il ne restait que bien peu de temps à vivre, et, lui exposant fort en détail dans un placet ses idées sur le rôie des victimes, elle denianda an monarque une de ses filles, lladame Victoire, pour être du nombre» Ces victimeti devaient ètredouxe, dont six honunes placés au second rang ; tout rbonaew de la mission nouvelle revenait aux femmes.

Très longue serait ia liste des ouvrages depiélé qoi, comprises par des auteurs guidés par des întentionB louables, mais dénués de jugt*ment et de goût, sont tombés dans le domaine dn ridicule. Nous nous bornerons â signaler quelques-unes de ces productions.

Commefiçons par les AUumeîte9 du feu divm, de Pierre Doré, docteur en théologie, de Tordre des Frères Prêcheurs ; Touvrage esXdivisé en vingt-neuf chapitres, dont l^s titres 5<mt assea singuliers. On y voit le nouveau fusil à allumer le lèu, los sept soufflets pour Cabre le feu, la doche du couvre-feut etc. L'anteur annonce qnTil vent, an moyen de son paquet soufré, remédier aux ponoret mécàancHét et aux méekatUes panonef^f.

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUBS. IK

BOX lameniabUê misères et aux miêéraUes tomeiM- Uons, aax périls dangereux et aai dangers périHtmx du monde. Rien n'arrôle sa verve en ce genre, pas même Us touchantes paroles de Jésus-Christ sor la croix : « Mon Père, je remets mon esprit en tes mains i » Paroles, dit-il, qui sont un sifflet et un soufflet pour faire brtkt nos cœurs du feu d'amour divin. »

Un volume impriiaé à Paris vers 1520 est ialîCulé : Quadragésimal spirituel ou Ja Satisde du carêjne. Cest une allégorie assez singulière, ainsi qjaioa peut en juger par Textrait suivant :

a La salade i|u'oa mange en carême à4'eiitrëe de table, c*est la parole <ie Dieu qui doit nous donner app^t et courage. L*fautle de douceur et le vmaigre d'aigrecHT qu'on met par parties égales dans la salade, soat Timage de la miséricorde et de la jusiice divine. Les ièfTt^ frites représentent la confession. Il faut pour bien cnire que lee fèves trempent dans Teau ; il fem qie ie pénil^U se trempe dans Teaa de médiution« Les pois qui ne cuisent bien que dans Teau de rivière^ emblème delà pénitence qui doit être accompagnée de la contritî0B véritJd)le La purée qui pare bien les dîners de carême el qui se passe par rétamise, c*est l'image de la résolution de s'abstenir de péché. La lamproye, poisson excelkmt et d'mn prix élevé, c'est la rémission des péehés; il fiaut la payer en rend^mt tout ce qu'on retient inlusteaisnt, en étant tonte rancune da coffre du cœur, « sinon vous ne mangerez cette lamproie dignement avec son sang, duquel est faicte la b<mne sauce, c'est àsçavoir le mérite de la passion. »

«Par le niran qui doit estre mis en tous les potages, sauces et viandes quadragésimales, s'entend la joie de paradis, iaqneUe nous devons penser en toutes nos opérations, odoreret assortir. Sans le safran, nous n'aurons

169 CURIOSITÉS THÊOL06IQOES.

jamais bonne pnrée, bons pois passés, ni bonne saace; pareillement, sans penser aux joies de paradis, ne ponvons avoir bons potages spirituels.»

Le Fagot de myrrhe^ imprimé à Paris vers la fin du quinzième siècle, ou Déwt traité, prêché par un beau père de Tobseryance de Saint-François, est une espèce d'homélie qui a pour texte ces paroles du Cantique des Cantiques : Fasciculus myrrhe, dilectus meuSymifii intra ubera commùrabitur. Cet interminable sermon de cent quatre-vingt-douze pages fut prêché pendant le carême de 4525; il est divisé en trente-trois branches qui sont subdivisées en chapitres; c*est un récit de la vie de Jésus-Christ mêlé de contemplations et d*oVaisons.

Voici quelques passages assez curieux : « Dieu envoya à laV ierge rarchange Gabriel avec lettres de créance où quatre points étaient contenus. — mon Dieu 1 avez différé de venir cinq mille ans pour la punition d'un seul péché qui n'était point mal, sinon prohibé, pour bien nous montrer combien juge austère vous serez par delà. — En la maison d*autruy Jésus fut né, en maison d*autruy il conversait; au monument d'autruy a été enseveli, et, pour montrer qu'il n'avait point un pied de terre, comme Moïse a écrit de lui, il a voulu mourir en Tair. »

Le Moutardier spirituel qui fait étemuer les âmes dévotes constipées dans la dévotion, est un titre fait à plaisir, vers le milieu du dix-huitième siècle, pour un opuscule qui n'a rien do commun avec la piété (4); mais on assure qu'il a existé deux livres de dévotion intitulés : la Tabatière spirituelle pour faire étemuer les âmes dévotes vers le Sauveur, et la Seringue spirituelle pour

(1) Voir le Manuel du libraire àt M. J. Cb. Branet, t. III, p. 470.

les âmes cofistipëes en dévotion. Ces écrits sont d'ailleurs très peu connus, et les bibliophiles les pins actifs ne les ont jamais rencontrés.

Le P. Paul Barry , jésuite, fit rire à ses dépens au dixseptième siècle en publiant le Paradis ouvert à Philagée par cent dévotions à la Mère de Dieu. Entre autres preuves singulières d'attachement pour Marie que mentionne ce bon Père, on distingue celle-ci : choisir plutôt Fenfer que si la Yierge n*était pas la mère de Dieu ; donner aux pauvres pour Famour de la Vierge le gain du jeu; fléchir cent fois les genoux pour honorer la Yierge, en récitant \m Ave Maria chaque fois ; quitter sa place du paradis, si besoin était, pour la céder à la sainte Vierge; prier les anges de la saluer de notre part; prendre tous les jours au sort une dévotion à la Vierge pour la pratiquer ce jour-là ; regarder avec amour toutes les images de la Vierge qu'on rencontrera.

Quelques amateurs de livres singuliers recherchent, à cause de leurs titres étranges et de leur contenu parfois bizarre, d'autres ouvrages du même genre, que d'ailleurs on se garde bien de lire, tels que :

Le Cerf spirituel exprimant le saint désir de l'âme d'être avec sonDieu, selon le psaume 41 : Qaemadmoium desiderat cervus. Paris, sans date.

Le Collège de sapîence fondé en l'université de vertu auquel s'est rendue écolière Madeleine. Paris, 4555.

La Tourterelle de viduité, enseignant les veuves comment doivent vivre en bon état. Reims, 4557.

Le Cabinet de Vàme fidèle, oti sont contenus le Miroir spirituel, la Bague, la Couronne et le Coffret spirituel. Louvain, 4563.

Lunettes spirituelles pour conduire les femmes religieuses au chemin de perfection, traduit du latin de Denys le Chartreux. Lyon, 4598.

458 CSRIOSITiS THÉOLOGIQUES.

L'Oreiller sphitoel poor extirper les Tîees etphoiter les Terme. Douai, 1599.

Le Pressoir mystique, par J. Dinlris, 4609.

Tablarare spirituelle des offices et officiers de la eonroose de Jésos, coochéf^ sur Tétat royal de sa crèdieet payés sur l'épargne de Tétable de Bethléem. Paris, 16^. Daas ce livre bizarre, Tautenr n'a rien oublié peur ïz co«pesitio& de la maison dn Roi des rois. Cotre les grands dignitaires, Vafidère au maillût du petit Jésus ^ la file de churubre 4e la Mère du petit Jésus^ et ïsl mrvante auiesswage des eouekes, y tiennent an ran^ distingué. Yieuneut ensuite les oCticîers chargés de kner kë écuelUf, ehmsser Us chiens et panser les animaux de la erècits <ilu petit Je vs. Il n'y a pas jusqu'à l'âne qui n'ail son gentilhomme servant.

Dans les vieux noëls et dans les anciens cantiques, il se trouve soavent des choses que nos bons aienx lisaient comme œuvre i»e et qui passeraient aojoord'hoià bon droit pour des plaisanteries très-basardées* En voici un exemple que dous prenons dans un livret fort rare, imiprimé à Paris en f525 : Chanhom etNo&à nominaux que composa feu Lucas le Moigoe, en son vivant coré de Sâim-Gfkorge du Puy, au dioeôse da Poitou :

Ainsi la Vierge pucelle Le doux Saayetireofanta; |09eph Im tîDt la cbandeUe Qui teot trosbUnt regarda»

Signalons un livre fort singulier, fait par nn Oemini* ealB en Honneur du Rosaire.

Le Parméis terrestre àusaént Sosaùre de l'imf Ht Vierge, mère de Dieu, dMsé es donie .fardins. à httit

CDRIOSITÉ8 THÉOLOGIQUES. iM

Parterres» aulrenent en dooie Octave^^ihuit CHteours, ei capté le oniième qui en a donze.

« Idée qai, sans aucun trait de poésie, va proMre une rose à cent feoilles, on cent discours très-propres sur la même matière du Rosaire ; par le P. Fatou. A Saint- Orner, 1692, in-8\ »

Ce livre bizarre par son titre l'est aussi par les preuves qu'il contient.

L'auteur trouve toutes les utilités du Rosaire dans le mot Psalteriumy composé de dix lettres; ce qui se peut, dit-il, rapporter aux dix cordes du Psautier, à la différence de la harpe.

Le P signifie que le Rosaire obtient Pénitence aux Pécheurs.

VSf qu'il donne à boire et qu*il rassasie les Sitibonds, c'est-à-dire ceux qui ont Soif.

L*i, qu'il ménage l'Absoluiion ou la liberté à ceux qui sont liés.

L'L, quM procure de la Liesse, c'est-à-dire de la joie à ceux qui vivent dans des Lamenta ions.

Le 7, qu'il rapporte de la Tranquilhté à ceux qui sont dans la Tentation ou peine d'esprit.

VE, qu'il Envoie bien loin la pauvreté.

L'i?, qu'il Rend la Réforme aux Religieux tombés dans le Relâchement.

L7, qu'il verse de nntelli^ence dans l'esprit des Ignorants.

VU^ qu'il surmonte les ruines des Vivants.

VM, qu'il obtient la Miséricorde aux Morts par voie de suffrages.

Dix merveilles pleines de consolation, que le pieux auteur représente encore bien mieux par ces paroles latines» dont dix fois trots forment par les mêmes lettres le mot de PsaUerium .

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUBS.

^ceatoribus

*tnriB$tat

^yœnitentiam,

^tientibus

^tillat

^^Mtietatem,

U^lligatis

Mductï

^biolutionem,

^ugentibui

t^rgitur

t^titiam.

i^entatis

Hradit

Hranquillitatem,

^genorum

tnxpellit

i^.ge$tatem,

^eligioH

^ddit

^eformationem^

*^gnoran!ibu$

*^nducii

*^ntelligenHam,

-^vis

^ncit

^attitatem,

^orluis

^Uit

^Uerieardiam.

« Tous ces dix effets sont si avantageux, qu*un seul doit être capable, étant bien pris, de nous faire mourir de consolation ; combien donc en donnent aux bons cœurs de nos rosaristes, ces dix canaux de satisfactions célestes que Jésus et Marie leur envoient en récompense de leur fidélité à réciter le Psautier. »

Une médecine .ypirituelle pour guérir la mélancolie et autres maladies intérieures est indiquée tout au long dans les Cantiques spirituels de l'amour divin, Paris, 1677, souvent réin\primés. Nous allons transcrire ce& vers peu connus aujourd'hui :

Un petit grain de pure foi Qui soit simple et de bon aloi, Un quarteron de tempérance, Douze onces de dévotion Avec autant de patience Et de mortification, Une livrft^ de piété, Le même poids de pureté, Et guère moins d'indifférence.

Un manipule de raison.

Trente dragmes de sapience Et du moins autant d*oraiton.

Ne craignez pas d'en mal user, QuanJ vous ferez tout infuser Dans une pénitence sainte.

Ni de boire soir et matin, Sans aucun dégoût et sans plainte, De ce breuvage tout divin.

Le Cantique d'une mère qui ne veut plus étudier que l'aniour de Jésus^Christ, dont elle compose une conjugaison spirituelle^ est aussi chose fort singulière :

Nominatif, Jésus mon roi, Génitif, je suis son ouvrage.

Au datif, il se donne à moi, Accusatif, c'est mon partage.

Vocatif, je Tinvoquerai, Ablatif, par lui tout ferai.

L'Iiistoire des pèlerins d'Emmaûs est racontée d'une façon qui lient du burlesque dans un très-long cantique inséré dans un recueil publié au Puy en 1683 ; nons nous contenterons d'en citer quelques strophes :

Jésus, cédant à leurs efforts,

—Vous le voulez, dit-il; d'accord.

Je ferai ce qu'il vous plaira. Alléluia.

Ils prennent logis bien joyeux,

Ils le font asseoir auprès d'eux ;

Peu de temps après on soupa. Alléluia.

Pour lors Jésus prenant le pain

Et le bénissant de sa main,

Il dit : « C'est moi, » puis s'éclipsa. Alléluia.

Mes pèlerins bien étonnés

Se regardant Tun l'autre au nez

Après avoir fait un grand Hal AHélula.

—Vite, allons voir, ne tardons pas,

te2 CURIOSITÉS THÊOLOGIQUES.

Pierre, Aidré, Je», laeques, Thonns,

Ah ! qu'est-ce que Sinon dira? Allétniu.

Ils volent plutôt qu'Us ne vont,

A chaque pas ils font ua bond,

Ils entrent sans dire : Holàl Allélult.

Tout transportés, à haute TOix

Us parlent tous deu^ à la fois :

-« Pierre, écoutez ; Simon, paix là. AUéluia .

Vive Jésus, pour tout bonsoir,

Il vit, nous venons de le voir;

Il nous a dit ceci, cela. Alléluia.

Le cantique qui explique le bonheur des servantes et ce qu'elles doivent faire pour se sanctifier dms leur état ne manqae pas d*originialité :

Le grand Dieu a pris plaisir

De venir Ici4)as pour nous servir ; Mon état est donc sublime Et je dois en faire estime .

fit il a dit fréquemment

Seulement Dans le Nouveau Testament :

Que le plus grand des apôtres Soit le serviteur des autres....

En nettoyant les liabils

Noirs ou gris, De drap, de serge ou tabte Je mets toutes mes étuta A régler mes habitudes.

Si dans notre pot Je mets

Des navets.

De l'oseflle ou des panais.

Lorsque J'en Ole l'ordure.

Je songe à me rendre pure.

COMOS1TÉS THÉ0L0GIQ0I8. Ml

U Mai et h sabloo,

La v«fff tte et le tordion Il6 éêOBHti Ut sainte envie De purifier ma yie.

Des refitains du txmps qui acoMipagaalisnt maimes lois des airs lrès*proCajMs s'adaptaient alois tant bien qae mal à des cbauAs de piété. Ea Toici deux exemples :

Je me moque de Satan,

Cette sale créature ;

Je lui dis d'abord : Va-Ceo !

Turdure !

Va-t'en avec ton ordure, Vilain I turelure, lure.

Je lui craclie en même temps Et je l'accable dMnjures Je lui dis : Pourceau puant,

Turelure, etc.

Eeraset, Mère de Dieu, Cette infime eréalare.

Ce gros Tilaifl serpent Tieux.

Turelure, etc.

Vous qui chantez incessamment

La tlianson du bon branle, Un jeur à votre enterrement Les sonneurs Tiendront trisleoieit Mettre 1^ etoches eo branle ; Si TOUS pensez à ce oMment»

C'est fait de tous les branles^...

Quand quatre ais font notre maison Et qu^on nous porte en branle Bans la terre sur deux bâtons Et qu'on nous met d'un triste ten Toutes les cloches en branle, Adiea, plaisir; adiea dninsons; Cest fatt deUttsles br»lee.

On distingue comme un singulier mélange de dévotion et de chicane, un volume unique sans doute en son genre, et devenu peu commun, le Psautier des plaideurs équitables (Psalterium juste litigantium) composé par un curé d'Avranches, Jacques de Camp-Rond, imprimé en 1597 et dédié au parlement de Rouen.

Cette composition bizarre indique les psaumes et cantiques qu'il faut réciter quand on veut l'emporter sur son adversaire.

Dans ce but, l'auteur a divisé son psautier en autant de parts qu'il y a de jours dans la semaine.

Il y a pour chaque jour quatre psaumes et un can» tique.

Le premier psaume contient une oraison en forme de supplique adressée à Dieu par le juste plaideur, qui est effrayé de voir ses ennemis animés et coahsés contre lui.

Dans le second psaume, le même juste liligans se plaint d'être en butte aux traits de ses ennemis.

Dans le troisième, il élève sa voix vers Dieu dont il implore la miséricorde.

Dans le quatrième, Dieu vient à son secours.

Le cinquième est un cantique d'action de grâces dans lequel le plaideur remercie Dieu d'avoir écouté sa plainte et confondu ses ennemis.

Supposons un mineur que d'avides parents voudraient dépouiller de son héritage.

Il dira d'abord : « Adolescentulus ego sum„. Je suis un enfant et on me méprise; mes parents se sont assemblés et ils complotent contre moi. Usquequo exaltabitur inimicus... Jusques à quand mes ennemis l'emporte* ront-ils sur moi? »

« Tibi derelictus est pauper,,. Seigneur, le pauvre n'a que vous pour protecteur ; vous assisterez un orphe-

lin; je suis pauvre, Seigneur, aidez-moi. Seigneur, tu as enlendu ma prière ; tu as donné l'héritage, hereditatem dedisti à ceux qui craignent ton nom. »

Ces citations sont plus que suffisantes pour faire juger de ce livre étrange. L'auteur nous apprend d'ailleurs qu'il était en procès avec un voisin qui l'accusait d'avoir contribué au pillage de sa maison pendant les troubles de la Ligue, et qui réclamait pour ce méfait de gros dommages et intérêts. Camp-Rond explique assez longuement son affaire, et se recommande à ses juges au nom du roi David.

Une autre composition, qui remonte à une époque assez reculée, est une fiction moitié dévole, moitié légale et passablement extraordinaire ; elle est l'ouvrage d'un des plus éminents jurisconsultes du quatorzième siècle, le fameux Barthole : Processus Satanœ contra D. Virginem coramjudice Jesu; ce légiste crut faire quelque cbose de très-ingénieux en imaginant de présenter sous une fiction religieuse les règles du clroit romain et le style du temps. Afin de donner une idée d'une procédure instruite dans les formes, il imagine un procès entre la sainte Vierge et le diable ; il représente Satan comme voulant remettre l'espèce humaine sous le joug où elle était tombée par la faute d'Adam ; dans ce but, l'archange rebelle traduit les hommes devant le tribunal de Jésus-Christ.

Satan voulait donner assignation du jour au lendemain, mais le Sauveur s'y oppose et fait observer que le délai serait trop court pour comparaître, parce qu'il y a bien loin de la terre au ciel : Longa via est a terra usque ad cœlum; il permet en conséquence d'assigner à trois jours. Satan calcule alors que l'échéance tombera le vendredi-saint, et il cite à Jésus les lois qui ne permettent pas d'assigner à un jour de fête. Mais Jésus-

iêê CDRIOSITâS THÉOLOGIQUBS.

CbtïU di^[)60se de cette fornuklité ea vertu d^aoUesloto qxû, ea certains cas, domieat ce droit aux juge?.

L'assignation est donc donnée à trois îonrs par Fange GabrwK

An Jour indiqué, le diable comparait et demande si giielqa*nn ose parler ponr le genre humain. La Vierge 86 présente, mais le diable la récuse par deux raisons» )a premiëre, parce qu'étant mère dajuge, elle pourrait tro^ aisément le foire pRMwncer en fayeur de s% partie. La seconde, c'est que les femmes sont exekies de la fonction d'avocat. Il appuie ces deux motifs sur dsspa^ ragrapbes tirés dn Digeste et du Code.

De son côté, la Vierge invoque les lois ^ les parft<* graphes qui aatocisent les femmes à ester en juge^ wimà pour les veuves, les pupilles et les misérables. lUe gagne œ point : Jésss-Cbrist lui permet de plaider pov les hommes. Alors le diable demande la provi* tiaa eomina ayant été possesseur du genre humain de* puis ia chute d'Adam, selon la règle de droit : Spêlia^ tm ente oirmim reitituenàus (il (aat avaoi tout remettre en possession celui^qui a élé dépouillé). Il fait en outre valoir pour loi la prescription. La Vierge Ini oppose le texte^du droit : Quod vi aut elëâkj mui prtùmo; eûesou* tient qu'un possesseur de ahauraise foi ne peut acquérir parla voie de prescription, et elle le prouve par la troi* sième loi, paragraphe dernier, du titre du Digeâte : Ot acqmrenda po$$esèiont^ Jésus-Christ dti)0Qte le diable de la provision ; le f^d du procès se discute ensnite à gmds renforts de cttatioBs des Pandectes.

Barthole trouva un imitateur dans la personne de Jacques Galladino, plus connu sous le nom de Jacques de Theramo (nom de la ville où il était né ea 434(^). U Ait archevêque, légat du pape, et mourut en un. Son livre est iatitnlé ; Proeeuuê ÏMciferi cmkra Jemjm co-

GUBIOSITËS THËOLOCIQUfiS. i«7

ramjtÊdi» SaUmone. Un moine aagostin, Pierre Fargel, en doABa,une tradoction française.

Ses gravures siir bois passablement étranges montrer les démons babiilés en hnissiers, sergents» procnrenrs, greffiers et avocats consultants de L'enfer. Salomon est le juge de cette cause importaale ; Moise est ra:roeat âe Jésas-Cbrist. (ki fait une enquête; on entead les témoins: David» Isale» Ézédiie), saint Jeaç- Baptiste smit dancmibre; ils soit tous favorables à Jesue-Gfaiisl;Bélial ne s*en défend pas moinsavee le plus vif ackanement. On plaide sur le pessessoire et sv le pétitwe. SalomoB proaonee osifin un arrêt qui eon* damna Bélial; le diable ne^ se tient pœot pour battu ; il en JW^l^ ^Q souverain juge, à Dieu le Père. Malgré la paiemé du Juge avec.la partie adverse» Bâial ne le récuse pas, mais il propose un oempiomis; Acistate est arbîtse du o^ de Jésus-Christ, Jérémte Test du eêté du dMde ; Isaie est le tiers arbitre qui déeidera la fuestioB. ie diaUe perd enfia son procès» Les juift et les paie&s fui sont intervenus sent également eottdaomés. Let capétiens pédieors de tous états seraient peutét» trmtésf tas sévèrement, si la sainte Vierge n'inleieédaa pour eux.

Fumî les ouvrages qu'enfanta, le défaut de goût et la cféétafilé, on doit une mentioa spéciale auxPia hilaria du P. Gaaée; ce livra, tradmt scas le titre des PteMses j(nfmB€êi$, fut maintes lois r^mpiimé dans la première mmtîé éa dix-septième siède. il est rempli de miiacles plus qu^apDcrypbes et de rôcitS' bizarres; donnûdasen quelques échantillons.

Une cigale cbantak les louanges deDicASur les doigts de saint Fbmçois; ellesalua^le sunt par une inelinatton de tète ; le saint lui rovUt son salut et lui dit : « Chantei, et ^e les lenaiges de I>iea sotent ragrément de votre

doux concert. » Elle obéit, et chanta d'une voix pins mélodieuse que jamais ; tous les oiseaux des environs, nièces, sœurs, filles, tout le parenlage, et ce qu'il y avait de cigales dans le jardin accoururent pour entendre un si doux concert.

Un petit diablotin du dernier rang et de la dernière cuvée voulut gager pour mille verres de feu et de soufre et pour cent coups de fouet que saint Dominique tomberait dans ses filets et que tout au moins il lui ferait f^re quelque petite escapade ; il entre par la cheminée dans la chambre où le saint était en prière et prend la figure d'un singe des plus difformes; il commence au milieu de la chambre à faire mille tours, se roulant sur le plancher, faisant mille sauts ; il n'osait pas tirer la robe du saint, mais enfin il saute sur la table où Dominique écrivait; le saint lui lance un regard terrible et lui ordonne de tenir la chandelle; le diable est contraint d'obéir; il essaye en vain de souffler le flambeau qui bientôt rôtit les ongles et brûle les pattes du malin hurlant et grinçant des dents. Le saint se moque de lui, et le chasse d'un coup de verge ; le malheureux retourne en enfer où il a encore à subir les peines qui résultent de la perte de sa gageure.

Une aventure analogue arriva à saint Danstan. Allié à la famille royale d'Angleterre, mais « ne faisant non plus d'estime des bombances de la vanité que d'une noix pourrie, » il s'était retiré dans un ermitage où il se plaisait à fabriquer des lames de fer et d'airain et à en faire des statues. Le diable se mit en tête de le distraire; il se présenta successivement sous diverses figures, tantôt comme un vieillard édenté et plein de rides, tantôt comme un jouvenceau attrayant et gaillard; il prit enfin une figure bien plus dangereuse, celle d'une fille «belle, agréable, gentille, ayant la gorge ouverte,

les cheveux frisés, » espérant par le vermillon de ses joues, la proportion de son nez aquilin et par ses lèvres de rose, embraser Tesprit du saint; mais Dunstan était sur ses gardes ; retirant tout à coup du feu ses tenailles tontes brûlantes, il attrape le nez du malin et le serre si fort que le pauvre diable ne peut s'enfair; il hurle, fait mille imprécations, siffle, crie^ puis use de prières, mais en vain, car le saint lui serre le nez plus fort que jamais et se moque de lui ; enfin il est relâché et s'en retourne en enfer tout rôti et cachant son nez de sa main de peur d'être moqué.

Un corbeau, que nourrissait un abbé, déroba un anneau qui avait été placé sur une table; Tabbé, après de longues et infructueuses recherches, fit fulminer une excommunication contre le voleur quel qu'il fût ; aussitôt l'oiseau tomba de son arbre, muet et comme frappé par le feu du ciel; il ne fit que languir et se traîner dans le plus pileux état ; on retrouva enfin l'anneau qu'il avait caché dans son nid sous de la paille ; l'abbé fit lever les censures de l'Église, et sur-le-champ la vie, la voix, la force et l'embonpoint revinrent à l'oiseau.

L'abbé Brochât emportant un chêne tout entier qu'on lui avait donné en riant et par gaucherie ; saint Maclou célébrant la messe sur le dos d'une baleine ; deux petits enfants déjeunant avec Tenfant Jésus ; tels sont, entre mille, les récits dans lesquels se complaît naïvement l'auteur des Pieuses joyeuseiés, et ses lecteurs n'avaient pas le moindre doute sur la réahté des^ narrations étranges qu'il leur débitait.

Qnalqnas coatmnas on pratiques singnlièreg.

Autrefois un Russe, avant d'avoir commerce avec une

170 CURIOSITÉS THÉOLOGIQUBS.

femne, avait. 3oia de voiler toiUes les images dessaîaU qui s« troovaieDt dans la cbambre ; il ôtail aussi les. cfoix qae tous les Russes portaie&t alors au coa» de peuff qu'elle ne fût souHlôe par ufie aoUoii aussi pro^ fane.

Eu Islande oq a longtemps rendu ua culte à la lune, cuite qu*on môlait aux pratiques du ehostianisme; à chacHiA ocmvelle luaf ^ les Islandais sepciosteraaient de* vant l'astre de la nuit et récHaiem ea soah<wnisar Yq* raison daaiakale et diverses autres prières. Lors^pia la lune était sur la fin de son déeoors, ils ceaouvelaîîeBft leurs oraisons et ils pria^iieet astre d^les laisser aussi saiBls qii'il les avait trouvés. Ce peuple avait aBssi une afifodiMi particulièffe pour le» loups; il ÊMsait das prières pour ces animaux, et il s'imaginait fu'ib étatei^ do la part de Jésus-Ghrist, l'objet d'une affection paitt* entière.

Diverses coulâmes supersiiËreiases éftaîant répandues dais eette île glacée. Qoand un ctneval venait à mc»H rir, on no manquait pas de pendre soapied aupkmdMt do la maison. Un Islandais anquel on aurait demanda du feu, le premier jour de mai, se serait bien gardé c^en dommf, persuadé qu'en agissant ainsi* il s'exposoait à de teès-grands malheurs.

On peut dter oomme un singulier ^lemplo d'orgueil la préteAtioA des chanoines de Féglisôde Saint- Jcian, à Lyo&;oQn« pouvait entrer dans ce diapitre qu'en faisait preuve de quatre générationsdenoUesse patemellû et maternée. Ces ecelésiastiques^ âers de leurottigin» patricienne, prétendirentque d'ausslbonsgeotësheouneft qu'eux n'étaient pas obligés de se mettre à genoux lors de l'élévatiou de l'hûstk. La Sorboana condamna cette prétention comme arrogante et scandaleuse ; pourvoi de la pari des^ehanoinea» qui swtmreoKioe la S^ûdMune

CURIOSITÉS THÉOLOCIQUES. 171

n'avait point de juridiction sareox; arrôtân eonseflda roi, en date du 33 août 4533, qui, sans approuver la pctentioQ des dianoines, cassa la ecasure de U Sorboaie.

Une des dispenses les plus bizarres qne Ton eonnaisse est eeile que le pape Alexandre VI accorda à la famille espagnole de Borgia, à laquelle il appartenair, cosmie tout te monde sait. Il loi œtroya le privilège de faire à perpéinité gras le jour davewkedt saint.

Un capitalaire de Pépin le Bref commande de donner la bastoûDade à tD«t ecclésiastique on à kmt moine qui vi^adra à la cour porter des plaintes contre son évèque on son abbé. Une antfa ordennaaEce de rempereur Looiisfils deQiar]emagiie,défeadde sereeouclieraiurès matines.

Dans la Mingrélie et la Gé(^e, oft a beaucoup de dévotion pour saint George *, à Tépoque des vendanges, tout propriétaire met à part une futaille de vin qu'il conserve au saint martyr; on la renferme dans la cave el personne n*y toudie icsqa'au jour de la fête du salut. Alors le maître de la maison lemplit de ^in un flaeoa et le porte à l'église afin d'en faire hommage à son patrou. De retour dies Lui, il immole un chevreau dont il répand le sang autour de la futaille ; ensuilo il se met à l'oeuvre, ^àùé de sa famille et de ses amis^ pour la viiter eompl^ement, et la fête se termine par une scène dégoètante d'ivrognerie.

Qniétlsme.

On sait que vers la fin du dix-septième siècle quel* ques dévots, à force de vouloir s'élever aux plus sublioMS hauteurs de la contemplation» s'imaginèrent que

leur âme pouvait se réunir à Tessence divine, et qu'alors ce que faisait le corps était chose très-indifférente.

Un prêtre, nommé Molinos, ayant affirmé quelque chose de semblable, fut arrêté à Rome par rioquisition et mourut en prison. En France, une femme, douée de beaucoup d'esprit et d'imagination , madame Guyon, avança sor le quiétisme des idées qui devinrent célèbres par suite de l'assentiment que leur donna Féne- Ion et de la très-vive opposition qu'elles rencontrèrent de la part de Bossuet.

Nous n'avons pas à retracer ici le tableau de cette controverse fameuse ; nous mentionnerons seulement un ouvrage très peu connu de fca Bruyère : Dialogues posthumes sur le quiétisme {\^99). Dans cette composition, qui rappelle à certains égards les Lettres provinciales, les interlocuteurs sont : une dévote jeune et belle, un directeur quiétiste et un docteur de Sorbonne. Nous citerons l'Oraison dominicale réformée, à l'usage des quiétistes :

« Dieu qui n'êtes pas pluri au ciel que sur la terre et dans les enfers, je ne veux ni ne désire que votre nom soit sanctifié ; vous savez ce qui vous convient ; si vous voulez qu'il le soit, il le sera sans que je le veuille et le désire; que voire royaume arrive ou n'arrive pas, cela m'est indifférent. Je no vous demande pas que votre volonté soit faite en la terre comme au ciel ; elle le sera malgré que j'en aie. C'est à moi à m'y résigner. Donnez-nous à tous notre pain de tous les jours qui est votre gràce^ ou ne nous la donnez pas ; je ne souhaite ni de l'avoir, ni d'en être privé ; de même, si vous me pardonnez mes crjmes comme je pardonne à ceux qui m'ont offensé, tant mieux. Si vous m'en punissez, au contraire, par la damnation éternelle, taot mieux encore, puisque c'est voira bon plaisir. Enfin, mon

Dieu, je suis trop abandonné à votre volonté pour vous prier de me délivrer des tentations du péché. »

Hissais sînsrnlisrs.

On insérait dans les anciens missels et surtout dans les calendriers qui les précédaient beaucoup de choses ridicoles.

Le missel romain, imprimé à Venise en 15f SI, porte au mois de janvier : « Pocula laeta plus amat, et conyivia Janus. » Au mois de février : « Fac sepes, statuas olivela, rosaria sparge. » Au mois de mars : « Boves tanc compara, equas maribus subdas. » Au mois d'avril : « Ventrem solvas, minuasque cruorem. » Au mois d'août : « Ac Venus absit et guU. »

Dans le missel de Chartres de 155^ et dans celui da Mans de 1559 on voit, au mois d'août : « Raro dormitet, £stum coïtum quoque vitet ; » et, au mois de novembre : « Balnea cum Venere tune nulli \ rosit habere. » Dans le missel de Tordre de Fonlevrault de 1606, on lit, à regard du mois d'avril : « Alvum solvas minuasque craorem; » et, au mois de novembre : a Fœcundat stercore vitem. »

Les jours heureux et malheureux sont aussi indiqués dans quelques-uns de ces ouvrages. Le missel de Chartres de 15H, celui de Tordre de Cluni, 1523 et 1550, mentionnent le \" mars, le 10 avril et le 15 juin comme dangereux.

a Ténias in maio lupus est et septimus anguis. »

M. Leber cite un missel dans lequel on a introduit dans Tofflee du mariage un passage bien singulier et xout à fait déplacé : Gaudebit sponsus super sponsam; et in medio ejus erit. Alléluia.

174 CURIOSITiS THÉOLOGIQIÏE^S.

ClkrMI«mi dm utâmt JTmui.

Les Nazaréens, ou CbrétieDS de saint Jean, qui vivent réduits à un bien petit nombre vers Temboachare du Tigre dans le golfe Perslqne, profrisseot des doftrines où le christianisme, le manidiéisme el rancîenne religion des Perses sont mêlés d*nne façon étrange.

Selon eux, c'est par le moy«n de l'eau d'une fontaine dont but la sainte Vierge qu'elle devint eaœinte de Jésus-Christ; Dieu est corporel, et il eut uu fils uommé GaMel; les anges et les démons sont corporels, mâles et femelles; ils se marient et engendrent; Dieu employa, pour créer le monde, le ministère de Gabriel et de cinquante mille démons.

La terre flotte sur Teau comme un grand ballon. Le sddil et la lune, montés chacun sur un grand vaisseau, voguent autour des sphères célestes, qui sont environnées d'eau. Dans les premi^s }ours du monde, la fécondité de hk terre était si gran^, qu'après avoir semé le matin, on avait le plaisir de récolter le soir.

Les Nazaréens ont une fête pendant laquelle ils immolent un bélier dans une cabane faite de branches de pahnier. Un autre sacrifice beaucoup plus solennel est cehii de la poule; en voici les principales cérémonies. Le prêtre plonge la poule dans une rivière ; ensuite il loi coupe la tête el laisse égoutter tout le sang. Il a soin de se tourner du côté de l'orient, et, tandis que le sang ée la poule tombe sur le rivage, il prononce ces paroles : « Au nom de Dieu, que cette chair soit en bénédtetion à tous ceux qui en mangeront ! 9 La poule est parmi eux un animal privilégié ; le droit de la tuer est réservé i prêtres seuls.

CUAIOSITÉS THÉOLOGIQUSS. 475

L*idée du pèsem6Q(d68àtte& ion psychoêtask) après la mort, afin de déterminer leor sort, mérite notre atteoUoB.

L'examen da mérite et du démérite de la Tie de riiomme se eomitarait assez natoreliement à on pèsement dans lequel Dieu, tenant une balance, constate le poids des veitos et âes vices.

Cette idée remonte à une haute antiquité. U y est iait ailasMi dans les poèmes d^Homère, de Virgile, de QoîBCns de Smyrne. En ÉgypCe elle jonait on grand rôle. Ambis et Boras pesaient les àmes^ et divers monuments représentent cette scène. On a retrouvé ch'^z les Hindous et chez les Tibétains des figures analogues. La BiUe et les Pères de FÉglise font de bien fréquentes allusions à cette Idée métaphorique. Les artistes du moyen âge la prirent au pied de la lettre et représentèrent saint Midiel comme chargé de cette fonction importante. Les bas-reliefs d*une foule d*églises offrent aux regards Fange et la balance ; nous nous bornerons à citer Paris, Arles, Bourges, Rouen, Amiens, Autan, Chartres; il en existe une nmltitude d'autres; trèsaouvent un démon cherche à faire pencher de son côté le plateau chargé des actions coupables; la Vierge et les anges s'opposent à ses tentatives.

Sur le tombeau du pape PaulHI^ au Vatican, on voit saint Michel tenant une balance.

Ajoutons que la question du pèsement des âmes a été (au point de vue historique et artistique bien entendu) Tobjel d'un savant travail de M. Alfred Maury» dans la Revue archéologique (Paris, Leleux) ; nous ne croyons pas qu'un seul auteur chrétien se soit prononcé

pour la réalité de cette opération ; mais, chez les musulmans, elle est regardée comme chose très-réelle.

Craoiflx miraonleuz.

Diverses légendes sont relatives à des crucifix miraculeux.

Celui de Téglise de Lorelte fut, dit-on, l'œuvre de saint Luc, et les anges rapportèrent de la Palestine en Italie avec la santa casa. A Naples, il en existe trois qui jouissent d'une grande célébrité : l'un passe pour avoir baissé la tète afin de témoigner à saint Thomas l'approbation que le ciel donnait à ses doctes écrits ; un autre parla au pape Pie V: un troisième baissa aussi la tète afin d'éviter un boulet de canon. La ville de Lucques se vante de posséder un crucifix commencé par Nicodème et achevé par la main des anges. On prétend qu'il vint de lui-même se placer dans la cathédrale et qu'il se soutint en l'air jusqu'à ce qu'on eût élevé an autel sur lequel il fut posé. Il y a dans la ville de Trente un crucifix qui fit, dit-on, un signe de tète pour approuver les décrets du concile. On en voit un autre dans l'église des Béguines de Gand qui a la bouche ouverte, et l'on dit qu'une béguine déplorant devant lui les désordres du carnaval, il ouvrit la bouche pour la consoler et il ne la referma plus depuis.

Images symboliques.

Les figures symboliques adoptées dans Torigine du christianisme subirent plus tard des modifications.

Dans les premiers temps, on rencontre sur les monuments le phénix regardé comme Temblème de Jésus

CURIOSITÉS THÉOLOGIQDES. i77

crucifié, le cheval au galop , le flambeau allamé, le paon ; mais ces emblèmes, de provenance païenne, cessent bientôt de se montrer; l'ànon, le pélican, le cerf, la licorne sont aussi d'un usage peu fréquent ; un vaisseau auquel la croix sert de mât devient le symbole de TEglise; parfois des diables, figurés par des vents, cherchent à faire chavirer ce navire.

La représentation de la Trinité a donné lieu à quelques images étranges : dans la cathédrale de Saint- Pol de Léon, on voit une peinture singulière, représentant trois faces humaines, réunies par le froot, ayant trois nez et trois bouches, mais seulement trois yeux. A volonté, OQ réunit ces yeux deux à deux pour chaque face prise isolément. Ailleurs la Trinité est représentée tantôt par deux tètes humaines ayant trois yeux, tantôt par deux têtes avec des ailes.

lia légende de Théophile. '

Dans la multitude des traditions singulières qui remplissent rhistoire ecclésiastique on distingue la légende de Théophile, vidame (vice dominus) de Téglise d'Adana dans le sixième siècle ; voulant rentrer dans sa charge, dont il avait été dépouillé par son évèque, il s*était donné au démon, et il avait signé de son sang une cédule qu*il avait remise au malin esprit; la Vierge intervint et força le diable à rendre rengagement témérairement contracté.

Peu d'histoires ont été aussi répandues que celle-ci. Écrite d'abord en grec par un disciple de Théophile, qui prétend avoir été témoin oculaire des faits qu'il rapporte, elle fut traduite en latin et passa dans divers recueils. Au moyen âge on en fit le sujet de composi-

178 CURIOSITÉS THÉOLOGIQOES.

lions dramatiques; Rotebeuf, Tan des plas célMHres trouvères du treizième siècle, la mit en vers, sous le nom de Miracle^ et cette production a été imprimée ^nsieurs fois, notamment dans le Théâtre Françaiê wl mûyen âge publié par MM. Monmerqué et Francisque Micbel. (Paris J 840, gr. in-8*.) Des auteurs ecclésiastiques fort en renom, saiot Bernard et saint Bonaventure dans leurs êermons, Albert le Grand dans sa Bible de la Sainte Vierge, ont cité cette légende comme un fait incontestable; elle ne fut pas moins en faveur auprès des artistes; on la trouve sculptée deux fois à Notre-Dame de Paris ; elle est peinte sur une verrière de la cathédrale de Laon ; on la voit dans des églises de Troyes et du Mans. Nous nous bornons à ces détails, auxquels il nous serait facile de donner bien plus d'extension .

Dissertation sur une question étrange.

* Parmi les nombreux ouvrages qui ont été écrits dans le but de traiter des questions de théologie qui paraissent aujourd'hui ne pouvoir être discutées sans impertinence, on peut citer un volume composé par Wîlbelm Horder, ministre à Stuttgardt, superintendant général, etc.

Dirigé contre les jésuites dlngolstadt, ce livre a, selon lliabitude de Tépoque, un titre bizarre : Mut exen^ teratus, hoc est trffetatm vatdè magiitralis... Le Rat évontré, oo Trsûté superlativement magistral sur une certaine question théologale, épineuse et des pkis subtiles. Tnbingue, 1593. in-4*. L'ouvrage parut si digne d'intérôt qu^iffut réimprimé en 1677 et en leSS (4).

(1) Nous cmprantons les détails fui TOit 8Qi?re i ne lotice sertie de la plnme d'an jeune éerivaio, M. Albert» neti

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUBS. 17»

L'^Qtanr s'e^ pro{H)sé de se noqaar de eertames opiiioiis qxù poussaient rioterprétation des dogooes jusqu'au lîdicale; il s'est particuHôremeBt occtipé èa dogme de latranssobstanttation.

Il écrivait à la fin du seizième siècle, et on sait com^ bien les querelles tbéologiques étaient alors animées, on ne reculait devant aucun excès de pafole. Dans son prelogue» Horder débute par une sortie contre les jésuites auxquels il prodigue les qualifications d'ânes, de (âûeifô, de cocbons, d'imbéciles. Ces épithètes s'écbangeaient de part et d'autre; c'étaient formules banales et sans conséquence. Après de longues digressions sur des points douteux relatifs an sacrement de baptême, après atoir recueilli les dires et opinions ridicules que ses adversaires avaient publiés à ce sujet, Fauteur se décrie enfin à entrer en matière et à justifier le titre de son livre.

U se pose d'abord cette question : « Si un rat 6u tout aulre animal ronge ou mange une bostie consacrée, ronge-t-il oumange-t-il le corps même de Jésus-Christ, et, dans le cas négatif, que devient ce corps? » Sur cette question iHremière, il se livre à une foule de recherches appuyées sur les dires et opinions pour et contre des tiiéologiens les plus renommés, saint Thomas d'Aquin, saint Bonaventure, Pierre Lombard, Alexandre de Haies et bien d'autres. Comme il s*agit avant tout de connaître le sort d'une bostie mangée par un animal, de déterminer sa marche dans le corps de cet animal, il entre dans des considérations anatomiques et décrit snecinctementFestomac et le canal digestif.

en leiT; insérée dans des journaux consacrés à la science des livres, mais peu répandus, elle n'a passé sout les yeux que d'un bitn petit nombre de lecteurs.

La question principale portait snr ce point : a L*hostie consacrée conlinue-t-elie d'être le corps même de Jesus-Gbrist lorsqu'un rat y porte la dent, ou cesse -t-elle, dès ce moment, d'être le corps de Jésus-Christ, et redevient-t-elle une substance vulgaire comme avant la consécration ? » Parmi les théologiens, les uns soutenaient la première opinion, les autres la dernière.

Holder examine d'abord les arguments de ceux qui soutenaient que le rat dévorant ne mangeait pas le corps de Jésus-Christ. Il expose ensuite la raison de ceux qui soutenaient la thèse opposée.

Cette dernière opinion prévalant^ on devait sévir contre le rat sacrilège avec toute la rigueur des droits canoniques et des décrets pontificaux. ^

Cependant, disaient quelques théologiens, il faut procéder avec prudence, dans la crainte de tomber sur un rat innocent Toutefois, on reconnaissait encore que, dans le doute, le prêtre pouvait exorciser le rat ainsi que les décrets le permettent. Mais, observaient certains docteurs plus subtils, cette première opération, faite ainsi dans le doute, n'est-elle pas tenter Dieu?

Au contraire, si l'on était sûr du fait, si le rat capturé pouvait être convaincu d'avoir dévoré l'hostie consacrée, alors on devait procéder à des recherches minutieuses ; et d'abord s'élevait une question nouvelle et préliminaire : devait-on ou non adorer l'hostie consacrée que le rat venait de manger et qu'il s'apprêtait à digérer?

A ce propos, Holder se lance dans une digression sur les adorations diverses que l'on doit à Dieu dans diverses circonstances.

Le rat étant pris et convaincu du crime, Tadoration. de l'hostie étant, nous supposons, convenue en principe, que devait-on faire?

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES. 18i

Saint Antonin, archeyôqne de Florence, dit, dans sa Somme théologique, que le rat doit être solennellement brûlé. Mais, répondait-on, si vous brûlez le rat, vons brûlez aussi Thostie consacrée. Là-dessus disputes non- Telles.

Quelques-uns voulaient que le rat fût égorgé, puis éventré ; que Tbostiefût retirée de son corps et rétablie à l'usage des fidèles, après avoir été lavée et nettoyée. D'autres ajoutaient que si les fidèles répugnaient à avaler une bostie déjà mangée par un rat, cette bostie devait être déposée dans le tabernacle et y rester jusqu'à ce qu'elle tombât en poussière. D'autres, enfin, pensant qu'il fallait, autant que possible, éviter de laisser Tbostie périr sans emploi dans le tabernacle, soutenaient que, s'il ne se trouvait pas de fidèle porté d'une foi religieuse assez vive pour consommer l'hostie, le prêtre, ministre du ciel, devait accomplir cette œuvre de dévouement.

Tout cela ne donnait pas une solution entière du problème. De nouveaux cas plus ou moins embarrassants se présentaient.

Si, lors de la capture du rat, il était trop tard pour qu*on pût retrouver l'hostie en substance dans son corps^ que devait-on penser? C'était ici un des points les plus ardus de la question. Certains docteurs prétendaient que la substance de l'hostie avait disparu avec la sueur de l'animal. On répugnait généralement à admettre qu'elle avait passé par le canal digestif. Toutefois, quelques-uns plus hardis admettaient cette dernière hypothèse. Cependant, dans l'une et opinion, le rat était toujours considéré comme imprégné de la substance, sinon naturelle, du moins spirituelle de l'hostie et dans cette pensée que fallait-il faire?

A ce sujet, on citait un passage de la Petite Somme

182 CURIOSITÉS TfléOLOfid^CBS.

de Raymond: «Si «acerâo* leyet calieeai, et àtfeuna siercorisaret in càlicetn, eonseoratloiiiç jam tsitok, t«m dabitatar utrnm saeerdos débet tolmn somere, boe est et stercas et saBgaiaem Cbrisli. • Raymond ixmoliiait que si le prêtre n'épronvait pas trop de répugnaaioe^ il devait tout avaler. Ainsi deyait-^on faire à Tégarfl dn rat, car c'est par là que concloaient les plas exigeants.

Albéric, moine da Mont-Cassia an donalèmt sièele, a ùtit le récit d'an voyage qu'il fit dans l'antre monde. Dans le cours de sa dixième année, il est saisi d'anévanonisseaMnt et il re^ neuf jonrs et autant de mais oomme more A peine est-il ton^é en cet état qiftm oisAan blanc conme ose colombe s'approche de loi, met »on bec dans sa bonche et enlève son âme, qnl est apportée auprès de saint Pierre. Le prince des apôtres, acconpagné de deux anges, préviem Albédc quHl va lui ûiire ]^arcoartr les régions o<li sont punis leB tné* cbants, en commençant par les peines les moins sétires. On trouve d'abord un endroit nsmpK de chartwns ardeois et d'une vapow enflammée. G'e^ là que srent ^porlfiés les enftmts ; ceux d'un an 7 passent sept jotm ; oevx de é^a ans qualorie jours, et ainsi de ^te. Les indivtdus qui se sont livrés à une conduite d^égkie sont plongés dans un lac de glace qui les brûle conflie du léu« Les femmes adultères sont suspendues pttr les cbeveux au-^te$SQs de brasiers ardents ; d'autres sont gercées par des pointes de fer, «t des sei^niB leur dédbirent le Min. Les calomniateurs et les fkux témoins sont plongés dans les flots uoirs Cm l«e de soufre'plein de reptiles et de scorpions; les tiomioldes sent plongés dans un teavedabroBie atâattt; tosdémiiDbMiues }etés

CDR10SITÉS THÊOLOGIQUES. ISS

dans un puits sans fond. Tons les crimes ont ainsi lear ebàtim^t particulier. L'abim« recèle dans ses dernières prof<»idears an ver d*ane loDgneur infinie, dont llialeine dévorante aspirait et rej^ait comme autant d'étinceUes des milliers de damnés. Sar le fieuye qui serrait de limite à ce ténébreux empire, un pont se rétrécissant ou s^élargissant au besoin retenait les âmes encore souillées et laissait échapper celles dont les épreuTOs éiaient finies. Les récits d'Albérteprésaitent, à certains égards, de Tanalogie arec les idées de Dante, qui ayait sans doolè en connaissaiice de cette composition ; elle a été pnbMée poor la première fois à Rome en 4814 par le savant Gancellieri dans ses (kêervazùm sopra VOriginaliêa délia dimna Cowiedia.

Parmi les ouvrages qui ont conservé les légendes qni drcniai^t au moyen âge, on des plus curieux est la relation des voyages de saint Brandan. Nous n'examinerons pas qudle a pu être la véritable biogr^faie de ce saint qui avi^t vu le jour en Irlande an sixième siècle ; nous nous contenterons de signitler les singularités que présente sa vie..

U en existe une rédactk>n latine faite au onzième siècle ; elle fut traduite dans la plupart des langues de l'Europe, et elle est parvenue jusqu'à nous en vers et en prose dans divers manuscrits.

Le saint moine quitta Tile d'Érin pour ^ler ehercber, à tavers les mers occidentales, la terre de promissivoL des saoïts. Après de longues nav%atioa8, il arrive an paradis des oiseaux, d^oieare des anges demi-tombés qui, sans partager la révolte de Lndler, ne s*asso-^ ctèrem point à la résistance des milices célestes. Ptas loin se montre la montagae d'enfer, dont le sommet Tolcaniqae domine l'Océan; de ndrs forgerons l'habitaient, et leurs marteaux infatigables retombaient nuit

et jour sur les enclumes où se tordaient des réprouvés. Le saint aborda enfin au rivage désiré. Là, fut jadis le paradis terrestre, désert maintenant, mais destiné à de * venir un jour l'asile des chrétiens quand recommencera Fère des persécutions. Cest ce qu'un ange prédit aux voyageurs.

Une contre-épreuve des voyages de saint Brandan, avec la différence des lieux, des mœurs et de la couleur littéraire, se trouve dans une relation grecque écrite vers le treizième siècle (mais basée sur des traditions bien plus anciennes), relatant le voyage de trois moines de la Mésopotamie à la recherche du paradis (4). Us traversent le Tigre, parcourent la Perse et l'Inde et arrivent enfin dans des régions inconnues peuplées de monstres et de nains.

Us rencontrent un lac de soufre à la surface duquel s'agitent des serpents de feu ; sous ces flots empestés se fait entendre un murmure pareil à celui d'une multitude innombrable. Une voix venant du ciel s'écrie : « C'est ici le lieu des châtiments réservés à ceux qui ont renié leur Sauveur. » Les voyageurs.découvrent deux montagnes très-élevées entre lesquelles est placé un homme dont la taille est de cent coudées et qui est tourmenté par des flammes ardentes. Plus loin, ils voient une femme dont le corps est entouré dans les replis d'un énorme serpent, et quand la malheureuse veut ouvrir la bouche, le reptile lui mord la langue. Ensuite vient une forêt d*arbres ressemblant à des figuiers sur lesquels se tiennent des oiseaux dont la voix est comme celle des hommes, et qui implorent la miséricorde divine. Continuant leur route, les religieux ar-

(1) Une traduction latine de cet écrit se rencontre dans les VUœ ianctorum publiées par Surius (23 octobre).

rivent, à un pays enchanteur au milieu duquel s'élève une église ; des ruisseaux de lait coulent d'un magnifique autel. Ils finissent par atteindre une masure où réside un vieillard dont la chevelure, plus blanche que la neige, recouvre le corps entier. C'est saint Macaire; il leur dit que Tendrolt où se joignent le ciel et la terre et où se trouve rentrée du paradis n'est qu'à bien peu de distance, mais il leur conseille de ne pas aller plus loin : lui-môme voulut une fois s'aventurer dans cette direction, un ange le lui défendit. Les trois moines retournent alors à leur couvent.

Une âme' eAfermée dans la glace.

Une des légendes les plus singulières que nous ail offertes le moyen âge se rencontre dans la Somme de l'archevêque de Florence, Antonln (i480, titre XIV, ch. iO). Des pêcheurs amenant à terre leurs filets en automne y trouvèrent un gros morceau de glace, qu'ils offrirent en don à leur évoque, lequel souffrait aux pieds d'une douleur brûlante (la goutte). L'évêque mit cette glace sous ses pieds; il en obtint beaucoup de soulagement, mais un jour il fut bien surpris d'entendre une voix qui sortait de ce bloc d'eau congelée. Il demanda à la voix qui elle était; elle répondit : ** Je suis un, pécheur tourmenté dans cette glace par suite de mes péchés, et je ne serai délivré que lorsque tu auras dit pour moi trente messes par jour durant trente jours consécutifs. » Le charitable évêque commença sa pieuse tâche; mais il fut soudain interrompu par la nouvelle que des ennemis s'approchaient de la ville avec rinleiitioQ de l'attaquer et de la détruire. Quand ce danger fut passé, il se remit à l'œuvre ; on vint l'interrompre derechef en le prévenant qu*urie

116 CDBIOSITfiS THÉOLOGIQUES.

éiBente JiTitt édaité dans ht cité. Le prélat reeoimiit sass peine les ruses de Vesprit malin qni Tovdait rempècberd'aceomplirson dessein; il recommença ses messes et ii se s'interrompit point, bien qae la ville entière paiitt toat à coap en flammes et qae les habitants se jetassent antonr de lai avec de grands cris. A peine aelieTait-il la dernière messe que la glace fondit, Tâme emprisonnée s^enfaU et le feu dispanU sans aroir fait aoconmai.

Les SaimU VAtrona.

Des opinions singulières ayaient déterminé le choix des saints qui servaient de patrons aux corporations d*artîsans.

Les bouchers avalent saint Barthélémy, saint Hubert et saint Nicolas ; les cordonniers , tanneurs et corroyeurs, saint Crépin, saint Crépinien, sainte Catherine, saint Simon et saint Jude ; les orfèvres, saint Éloi et sainte Anne; les tisserands, sainte Lucie, saint Biaise, saint Sévère; les drapiers, saint Nicolas, saint Piene, saint Paul, sainte Catherine, sainte Barbe; les tailleors et couturiers/ saint Louis, saint Urbain, saùit Michel; les marchands, saint Michel^ saint Nicolas, etc.

Vu arbre merreilleax.

Au nombre des loerveilles qui figurent dans les récits dos vieux théologiens, il faut distinguer FArbre- Sec.

D*après le témoignage d'un crédule voyageur du treizième siècle, Guillaume de Mandevîlle, cet aitre s'élève près d'Hébreu, non loin du sépulcre de Loth. On dit qu'il a été en cet endroit depuis le commencement du monde et qu'il avait toujours été couvert d'un

CURIOSITÉS THÉOLOOIQUES. 187

fecâ&ge altosdaot jns<|a*à Téf^que où Jésm nournt SHT la eroii ; alors il devint um ^c et aHâe. Le yieux touriste a]onte en son naïf tangage : « Dient ancmies prophéties qxxa on seigneur, prinoe d'Oecident, gaingn^^ la terre de pioiàission avec Taide des crestioBS, et fera chanter messe dessoabs cet Arbre-Socb» et pois YAnhrt reyerdiia et portera lénifie, et pour le miracle Tnaîas Sarrasins et raaiBS Jnife se coirvertiroot à la loy crastienoe, et ponr ce a-t-on TAitre a gnat révérence, ^ on le gftrdebien et chierement, »

Personne au raeyen âge ne révoquait mt doole qu'on ne fàt préserré d^m grand nombre de maladies en portant snr soi tm moKoan de TArbre-Sec.

Purgatoire !• «mint Yatrio».

Dès le treizième siède, on trotrve qnclqttes traces thinsîes écills du temps de la légende relaetive an purgatoire de saint Patrice; on signale l'île placée dans nn petit lac (le Lough-Dery) comme divisée on denx parties , Tune riante , fertile cl contenant nne église très-révérée, Fantre aride, désolée et regardée comme tfayanl ponr habitants que ^es esprits malins; elle renfermait nenf cavernes ; et si qnelqn'nn avaît l'andace ffy passer la nnil, il ^it tellement tourmenté par les démons, quil était rare qu'on ne le trouvât pas mort le lendemain matin ; toutefois, s'il survivait à ces épreuves, il était délivré des tourments de Vautre monde. SaîBt Patnc^t, i'«|>ôtre de Tlrlaude, avait obtenu de Oiaïi màHl en fût ainsi, afin de convain^e se$ incré- "Més avdîleiics de la vérilé de co qu'il leur frMuût à f «gard ie la vie Inture (I).

(1) Cetpii ceacernt celle traAiUoii shigulitire a été erpetë

i88 CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES.

Les nombreuses bio^aphies de saint Patrice réonies dans le recueil de Colgan (Trias Tkaumaturga, Louvain, 4647, in-folio) racontent toutes ces circonstances de diverses manières; Tune d'elles affirme que le saint n'expulsa les diables du territoire irlandais que pour sept ans, sept mois et sept jours. Les démons, déguisés en oiseaux noirs, tourmentaient le saint tandis qu*il s'appliquait à la méditation et à Toraison ; il les chassa du pays en frappant sur un tambour, et il frappa si rudement et si longtemps que le tambour creva, mais un ange le raccommoda aussitôt. La marque de Taccident se voyait encore du temps de l'un des biographes du saint (Joscelin; son travail est inséré dans la vaste collection des Âcla Sanctorum, publiée par le jésuite BoUand et ses successeurs, t. n, de mars).

Un grand nombre de fidèles vinrent jeûner et prier à Tendroit où s'était retiré Patrice, et l'opinion se répandit que ceux qui se livraient à ces actes de piété devaient, grâce aux prières et aux mérites du saint, échapper à toute punition après leur mort.

Les relations de voyages faits à cet endroit merveilleux ne tardèrent pas à se répandre ; celle qu'en fit un bénédictin de l'abbaye de Saltrey, nommé Henri, obtint un grand succès ; elle relate la descente dans la caverne et de là dans les régions de l'autre monde d'un chevalier nommé Owen ; ce qu'il y écrit est d'ail-

avec une ingénieuse érudition dans le livre de M. Thomas Wright : Saint Patrick's Purgatory, an essay on the legendt of purgatory, hell and paradise current during the middle âge», Londres, 1844. On peut, si l'on tient à remonter aux sources premières, consulter riJûtotre de la vie et du purgatoire de saint Patrice par le révérend Père François Bouillon^ de l'ordre de Saint-François; elle est remarquable par tout le naerveilleux qui y est prodigué.

lenrs conforme aux nombreux récits de ce genre; cette relation, dont il existe des copies dans un certain nombre d'anciens manuscrits latins, fut au moyen âge mise plusieurs fois en Ters anglais et français. Une de ces dernières rédactions fait partie des poésies de Marie de France.

Le purgatoire de saint Patrice joue aussi un rôle important dans un roman de chevalerie fort goûté au quinzième et au commencement du seizième siècle, Guerino el Meschino ; ce paladin descend dans la caverne, il visite l'enfer, qu'il trouve partagé en sept cercles (Judas, Néron et Mahomet sont dans le dernier) ; il parcourt enfin le paradis, après avoir traversé un pont ; Enoch et Elle lui servent de guides.

Froissart et autres auteurs du moyen âge parlent longuement du purgatoire de saint Patrice, lequel, vers la fin du quinzième siècle, courut un grand danger ; le pape Alexandre VI {si connu par ses vertus, selon la remarque malicieuse d'un écrivain moderne) supposa, non sans raison peut-être, d'après, des rapports qui lui furent faits, que la caverne mystérieuse n'était pas exempte de fraude ; il ordonna qu'elle fût fermée ; la chose eut lieu en U97. Peu de temps après, elle fut rouverte et alors sa célébrité reprit de plus belle. L'office de saint Patrice inséré, en i 522, dans les missels romains, parle en détail du purgatoire ; l'un des plus célèbres auteurs dramatiques de l'Espagne, Galdéron, en fit le sujet de l'une de ses pièces.

Lorsque la domination protestante fut établie en Ir« lande, les pèlerinages aux lieux consacrés par le souvenir de saint Patrice continuèrent, mais ils furent, à plusieurs reprises, l'objet des mesures répressives de la part de l'autorité. En 1632, il fut ordonné de fermer la caverne; en 4705, un acte du parlement défendit de

190 ClTRlOSIT.tS THÉaLOGlQUES.

s*y rénnk en fonle. En dépit de ees ordonnanees^ les paysans irlandais eontinoent d*aller eo pèlerinageà l^iie da Longh-Dery; mais il ii*est ^ss question de Tisim» miraculeuses.

Le Saoré-oovr.

La déf otioB da Sacré-Goeor, aaioord'liai foft répa»doe, doit son origine à nue yisioanaire qui fut fameuse, il y a pins d'un sièete, Mariie Alacocpe, religieuse de la Visitation.

On trouve dans des livres de mystieicé la fonMde de la doaati<»L que Jésus-Christ et la sœur s'étaienl faéte de leurs deux cœurs. La mère Greffier, supérieure du couvent, voulut bien, pour obéir à Jésus-Christ, écrire la donation de la religieuse. Le Sauveur en fut trèssatisfait, et il dida à son tour la sienne à la sœur, qui l'écrivit de son sang en ces termes : «Je te constitue héritière de mon cœur et de tous ses trésors pour le temps et pour Tétemité ; je te promets que tu ne manqueras de secours que lorsque je manquerai de puissance. Tu seras pour toujours la disciple bien-aimée, le jouet de mon amour et Vholocauste de mon amo«r. »

L'abbé Thiers, dont Térudition inépuisable nous est d'un grand secours, cite un carme déchaussé, appelé Frère Arnoux de Saint-4ean-Baptiste, qui faisait contracter à ses dévotes un mariage avec Jésus-Chnst. Voici le contrat qu'il faisait passer et qu'il recevait hiimôme en qualité d'indigne secrétaire de Jésus-Christ; il a été copié sur l'original qui était entre les mains d'os eoré d'Orléans.

«Je, Jésus, fils de Dieu vivant, l'époux des ft«es « fidèles, prends ma filk Madeleine GaeseMn pour m<m

(c épouse et lai promets fidélité, et de ne rabandonner « jamais, et lai donner pour avantage et poar dot ma grâce <c en cette yie, lai promettant ma gloire en l'antre et le « partage à Théritage de mon Père.-En foi de quoi J'ai « signé le contrat irrévocable de la main de mon secré- « taire. Fait en présence de mon Père étemel, de ma « très-digne mère Marie, de mon père saint Joseph et « de tonte ma cour céleste. Tan de grâce 4650, jour de « mon père saint Joseph.

a Jésus, Tépoux des âmes fidèles. »

« Ce contrat a été ratifié de la très-sainte Trinité, le môme jour du glorieux Saint- Joseph en la même année.

tt Fr. Arnocx de Saint-Jean-Bapliste , carme déchaussé, indigne secrétaire de Jésus.»

« Je, Madeleine Gasselin, indigne servante de Jésus, prends mon aimable Jésas pour mon époux et lui promets fidélité et que je n'en aurai jamais d'autre que lui, et je lai donne pour gage de ma fidélité mon cœur et tout ce que je ferai jamais, m^obligeant à la vie et â la mort de faire tout ce qu il désirera de moi, et de le servir de tout mon cœur pendant toute Téternité. En loi de <[uoi j'ai signé de ma propre main le contrat irrévocable en la présence de la suradorable Trinité, de la sainte vierge Marie mère de Dieu, mon glorieux père saint Joseph, mon ange gardien et toute la cour céleste. »

On peut rapprocher de ceci un trait que signalent divers légendaires.

Sainte Catherine, récitant un jour b Miserere^ arriva au verset : Cor mundum créa in me, Deus; le Seignew lui apparm et lui ûta son eceur; elle resta ainsi trd» jours , après lesquels Jésus-Christ hii donna ua eœor

nouveau, enlai disant : « Ma fille Catherine, je t*ai donné un cœur nouveau, afin que tu sois totalement n6tte à mes yeux.» La sainte garda toujours une cicatrice au côté, et elle disait en ses prières : « Seigneur, je te recommande ton cœur et non pas le mien. »

Les Mormons.

Nous ne pouvons oublier le culte étrange connu sous le nom de Mormonisme ; il occupe un rang distingué parmi les aberrations religieuses ; il s'est montré à une époque où Ton aurait pu croire impossible le succès de semblables prédications. La singularité de quelquesuns de ses principes Ta rendu célèbre. Il n'est pas hors de propos d*en placer ici une esquisse rapide (1).

Les Mormons s'intitulent les saints du dernier jour (latter day saints): c'est l'attente de cette grande catastrophe qu'ils regardent comme prochaine, qui tes a conduits à se séparer du reste de la chrétienté^ et à choisir un genre de vie qui doit, à ce qu'ils prétendent, leur assurer un sort favorable lorsque Dieu jugera toutes ses créatures. Pour atteindre le degré de mérite qui doit faire d'eux son peuple élu, les Mormons veulent revenir à l'état social que nous montre l'Ancien Testament. Le fondateur de cette secte, Joseph Smith, était un Américain, sans instruction, qui prétendait avoir des visions. U annonça que le Seigneur lui était apparu, lui avait annoncé que tous ses péchés étaient remis et que la véritable doctrine lui serait bientôt révélée. Il affirma

(1) Nous avons fait usage d*une curieuse notice de M. Alfred Maurv, Revue des Deux-MÊondes, septembre 1853. Voir aussi le petit livre de M. Amédée Pichot, hi Mormont, ua vol. in- 18 (Paris, Hachette).

CURIOSITÉS THÉ0L0GIQU1S.I 19S

plus tard qu'an ange lui avait annoncé où se trouvait le livre saint, écrit par des descendants d'Israël réfugiés dans le Nouveau-Monde. Ce fut enQn le 21 septembre 18Î7 que l'envoyé du ciel remit dans la main de Smith le volume surnaturel. II était formé de plaques d'un métal qui ressemblait à de Ton et qui étalent attachées ensemble par trois anneaux dont elles étaient traversées. Sur plusieurs de ces feuilles on voyait un sceau mystérieux. Les caractôr-^s étaient rangés en c »lonnes et de forme étrange. Smith a di( que c'était de IVgyplien réformé ; ce qu'il y a de sûr, c'est qu à en juger par un spécimen qui en a été pub'ié, ii n'y avait entra eux et les hiéroglyphes de l'époque des Pharaons au» cuno similitude.

Il ne paraissait pas facile de traduire ce mystérieux écrir, mais, fort heureusement, à côté des pages métalliques, la main d'un ange avait déposé doux pierres transparentes commo du cristal et qui étalent tout simplement Vurini et le thurvn placés jadis sur la pectoral du grand prêtre hébreu. Eu regardant le texte sacré à travers ces pierres, le sens en était révélé. Ce fut grâce à ce secours merveilleux que Smith traduisit tout le contenu des plaques, c'est-à-dire qu'il composa audacieusement le Livre de Mont.ony onUiS'toire sacrée des peuples aborigènes de VA niêrique; un des apôtres de la secte, M. John Taylor, en a donné one version en frailçais; mais commeLelle est très-pea répandue, elle ne nous dispense pas de placer ici une esquisse de cette production étrange.

Lo Livre de Mormon est une contrefaçon de la Bible, une sorte de pastiche dn la Genèse, des Livres des rois, des Épîtres des Apôtres et de l'Apocalypse. Limitation est palpable ; les emprunts les moins déguisés ue sont pas rares. Les invraisemblances, les anachre-

«A CORIOSITÊS THÉOLOGIQUES.

nîsmes, Fétrange discordance des noms, fontsonrtre de pitié les lecteurs éclairés. D«^s prophéties placée» dans la bonche de personnages de TAncien Testament, dans celles de Jésns-Christ loi môme, qu'on suppose s'être rendu en Amérique après sa résnrre!'tion,ettavoir prêché l'Évangile aux descendants d'Israël, annoncent» comme de juste, les des-tinées futures de John Smifh.

Plusieurs parties distinctes forment cet écrit ; elfes portent chacune le nom du patriarche américain qni en est l'auteur : Nephti, Jacob, Enos, Aima, H%man, Mormon enfin, dont le nom a été étendu à Vouvrage entier» et qui est censé en avoir composé la deinière partie. Vient ensuite une sorte d'appendice dont l'auteur est un arge, du nom de lloroni , qui avait été un ancien prophète parmi les descendants de la tribu de Joseph sur le continent américain. Cest Moroni qui a scellé les annales en les accompagnant d'une exhortation à ses frères.

Le peuple de Jared, dont les ancêtres sont venus en Amérique après la confttsion des langues, a péri ; mais les plaques mystérieuses qu'il a laissées constituent le Lif}re d^Elher; le peuple de Déhi, qui a abandonné la Ville sahite sous le règne du roi Sédécias, constitue le véritable sujet de la Bible nouvelle. 11 se divise en Né^ pintes qui sont bons, en LamaniUs qui sont méchants; mais les premiers se sont laissés corrompre; ils ont disparu ; les Lamanites seuls sont restés en Amérique : ce sent les Indiens, les Peatrx-Roviges.

Il n'est pas facile de se rendre compte commem im personnage aussi peu lettré que Smith aurait pu eomposer un pareil livre dans lequel il règle, malgré beati- €eitp d'absurdités, une imaglnatien puissante appuyée mr des connaissances étendues.

9t a done tont lieti â» eroire que, de fait, il vtm est

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUBS.

pas Vauteur ; on attribue ce travail à ud ministre qnf, en 1812 Je composa comme fiction, après avoir eu Te»prit échauffé par la découverte d'afit«quiiés américain nesdoDtil se plaît à expliquer Torigine Employant un artifice auquel les romanciers ont eu milli^ fois rerourf^^ il donnait cette production comme un manuscrit qu*un hasard heureux avait fait dé. ouvrir, et qu'avait tracé la main d'un des derniers dehceodants d'une race éteinte. Ce roman fut rmis à un imprimeur qui ne jugea pas à propos de le mettre sons presse, du moins sans lui faire éprouver des cbafgrmenus que TauteUr repoussa. Le manuscrit resta oublié, ei finit par tomber^ bien des années après la mort de c^^iui auquel il devait Texistence, entre les mains de Smith, qui y vit 'e germe d'une publication qu'il jugea immensément utile à ses desseins. H y introduisit les remauiemerits qui cadraient avec ses projets; il en résulta une foule d anachronismes et de fautes grammaticales; mais on ne s'arrête pas à ces détails, et au fond, il y a, pour bien des Américains, un intérêt véri able dans ces écrits qu'il ne faut pas apprécier au point de vue d*un lecteur français.

Nous n'avons pas ici à exposer le système religieux des Mormons ; ayant la prétention d^ posséder les vrais principes da christianisioe, ils affi meot que la doctrine divine a été perdue de vu^ corrompue depuis des^ siècles, et qu'elle ne subsiste plus parmi les hommes»

Smith. hjd>itaii dans Tétat de I Ohio ta petite ville de Fayette; après avoir réuni quelques adhérents, lise mil à donner le baptême par immersion. Traité d'imfasteur, nienacé par ses compatriotes, il s^éloigna, it éUWtla Nouvelle Sim dans te Missouri, et ti parcon* nit ensuite le& États-Unis, prêchant partout, recrutant iù^$SQUijm. Ses ioamaoïb furent fOiidés, et le noitt-

"^M CURIOSITÉS THÉÛLOGIQUES.

''bre des sectaires allait après de trois mille, lorsqu*un& " catastrophe vint les frapper cruellemeot. Une de leurs feuilles ayant recommandé l'affranchissement des noirs, les défenseurs de Tesclavage, très -nombreux dans le pays, se levèrent, et les Mormons furent expulsés du Missouri. lis errèrent de divers côtés, soutenant parfois des luttes à main armée, et s'établirent enfin dans llUinois, où ils jouirent quelque temps d*une tranquillité dont ils avaient grand besoin. Elle leur servit à faire des recrues; leur nombre s'éleva à plus de cent mille; John Smith, dont Tactivité était extraordinaire, ' se crut un personnage et se posa en 4844 comme can- ' didat à la présidence. Il va sans dire qu'il eut peu de suffrages. Trompé dans son espoir d'être le successeur '4e Washington, il vit son Église déchirée par des dissensions intestines, il fut attaqué par des ennemis exaspérés, et, le n juin 4844, un coup de feu lui donna la mort au milieu d'une ém< ute.

11 fut remplacé par Brigham Young,et après deux ans

de séjour à Nau^^oo, dans l'Illinois, la colonie mormo-

niste, en butte à des attaques incessantes, se décida à

chercher un asile dans des pa^séloignés. En septembre

4846, elle franchit )a chaîne des Montagnes-Rocheuses

^t s'établit définitivement dans^ le territoire d'Uiah, près

^ du grand lac Salé. Elle est là entourée de déserth-, sans

' voisins, et elle a pu se soumettre à une organisation qui

..en a fait une petite nation.

Les Mormons Oût pris pour modèle l'ancien peuple d'Israël; ils ont emprunté à TAncien Testament leurs doctrines politiques et leurs idées religieuses; ïih se regardent comme le peuple de Dieu, et comme étant gouvernés directement par le Très -Haut; amenés à regarder Dieu comme un roi tout humain ayant les passions lès idées et même la figure d'uii homme. Jo-

CURIOSITÉS ÏHÉOLOGIQUES. 197

seph Smith annonce dans un de ses écrits que Dîeo apparlif'nt en effet à notre espèce, quoiqu'il soit inOniment supérieur à nous sous le rapport de la perfection.

La constitution des Mormons repose sur un code intitulé : The Book of doctrine and covenants^ le livre de: la doctrine et des alliances d^TÉglise de Jésus-Christ^ . des saints du dernier jour; c'est la seconde composition de John Smith, et il prétend qu'elle lui fut révélée par un auge.

La société a pour gouverneur un ponlife, un chef suprême, représentant de Dieu sur 1* terre. Au-dessous de * lui sont douze apôtres, puiîîun conseil des soiximle-dir et un certain nombre d'anciens, de prêtres, d'enseignants, dediacres.il existe deux ordres d^ sacerdoce, celui de Melchisedech, et celui d'Aaron qui n'occupe qu'un rang inférieur.

Le baptême se donne par immersion; il n'est administré qu'aux adultes qui croient et se repentent; l'imposition des mains est un droit réservé aux apôtres et aux anciens leurs délégués, et c'est cette cérémonie qtii doit perpétuer parmi les saints le don du Saint- Esprit.

Nous n'avons pas le projet de retracer ici un tableau complet de la société mormoniste, mais nous ne pouvons passer sous silence le trait le plus caractéristique de cette secte, celui qui Ta surtout désignée à l'attention de l'Europe, la tolérance on matière de polygamie. Les Mormons sont très-réservés dans leurs aveux à cet égard, mais les témoignages di divers voyageurs américains sont décisifs. Ch^ z ces sectaires , lorsqu'un homme déjà marié désire prendre une seconde femme, il faut qu'il obtienne d'abord le consentement de l'épouse qu'il a encore et celui de ses parents ou tuteurs ; il doit ensuite faire approuver son union par le voyant^

IM CUniOSITÉS THÉOLOGIQUES.

et la femme lui est alors scellée soas la sanction solennelle de rÉ«?lise. La seconde épouse entre dans la maison de son mari sur te môme pied que la première; elle jouit dautaot de res.i<^ci et de considération. Ce second mariage peut prendre le caractère d'un vrai *acprdoc«, c «nsidéré cnmrnH plus sacré et plus obligatoire que h» mariage ue IVsi ih^z les Gentils. Enfin, iî est nie foi ch^z \es M'>rmons qu'aucune femme ne peut arri^ Ter à la béatitude céleste sans le mari, et que le mari ne peut arriver à la pléuitude de la perfection dans le monde à venir, sans au m »ins une femme. Ainsi plus le nombre de f mmes qu*un homme peut prendre est considérable, plus il f ra d'élues* plus son siège dans le paradis sera élevé. Aussi la polygamie est-elle désignée chez les Mormons .^ons le nom de système de la femme spirituelle. Cetie étrange liberté^qui sape par la base toute la doctrine àe la taiiiille admise chez les peuples c.vilisés, a révoUé TAinf^rique etFEurope; elle a mène .^uscilé une espèce de >chi>rae;car un grand nombre de Mormons qui ont pris \^ nom de GladJonistes (ayant i o.ir » h f G aîd m, un d^s leurs), repoussent la plurali é des f* mmes; d'un autre côté, cette pratique a pu attirer à la secte un certain nombre de partisans.

CUEIOaiTÉS ïHÉOLOGlQUfilS. 10»

DËUXiÈMfi PARTIIS

OPlNfOI^ KCLIGIEUSES -ÉTRâNGâRfiS ftU GHIIISTUS«nilE.

Les aneiefis £g3rptiefl8 regairâai«Dt le toasoi Afi^ cêtame remblème vivant delà cUvinUé; ce boeul devait éls^e jiQir par leoi le corps, avee une tadie JïlaBjcbe et carrée sftr le IroiK, et uoe Sk\me,minùlé droit, re^en* bfaAC au croissaBt de la luee; la ^géw«se qui le portait devait Valoir ciHiça d'un coup de tooier^e. Naus ignorons ^}on>fiftettt on justifiait eette dernière partie»lasîté; quant ans marqoes, il ost pernus de &upposôr que las pnèlees ks imprimaient à q»6l(|ae jeune veaa qa'oD sourrissaitaeerèteiAent Lorsqu'on ïan^mi triouv^ il était coudait à Mempbis, 4&t durant les quarante pre* mîers joiars, il a* était serxri que par des féounes qui se présentaient derant lui daas «in costume extrêmement staipliôé. il était logé daub te tem pie d'Qsiris ; et lorsqu'il m sortait poor se promener dans la yiUe, ce qui était rare, il était accompagné d'une nombreuse e^ respec^ tneose eseoiie. On prétendait que les enfants qui avaient sMEti sod;i Pleine devenais nt capables de prédire Tave» nir»et,ttne fois par an, on lui préseuitait iine ^^nisse à UMpi^le ées lacbes eaLlémmeê donnaient ta ^vott de

ÎOO CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES.

préteitdre à cet honneur ir signe, mais peu enviable, ear elle devait être mise à mort le même jonr.

La fête â*Apis se célébrait une fois par an et durait sept jours. Pendant cet espace de temps, les Égyptiens croyaient que les crocodiles, renonçant à leur férocité naturelle* cessaient d*attaqner les hommes; mais le huitième jour, ils redevenaient aussi dangereux qu*auparavant.

Les collections d*antiquités égyptiennes renferment un jrrand nombre de flgnrines en terre émaillée ou en bois qu'on trouve toujours dans les tombeaux. Elles représentent un homme enveloppé dans la gaine de la momie portant les instruments à cultiver la terre, sur les épaules deux espèces de pioches ou plutôt de houes, derrière le dos un grand sac en nattes destiné à recueillir le grain. lîn chapitre du plus important des livres sacrés de Tantlque Egypte, le Rituel /*wwératrc, signale la destination de ces figurines; c*étaituQ moyen de se dispenser de la prière, du même genre et aussi bien inventé que les petits moulins qu'emploient les bouddhistes. Ou en déposait un grand nombre dans le sépulcre avec le mort, et cela servait de compensation pour toutes les prières, cérémonies, offrandes qu'on avait négligé de faire; aussi ces figurines étaient elle» appelées figurines d'omission ou de substitution.

La religion égyptienne reconnaissait un nombre considérable de divinités,émanant toutes d'un premier être ; leurs images sont reproduites dans les bas-reliefs, et les peintures et les signes caractéristiques de chaque divinité se voient sur sa tête, on formant sa coiffure. Le visage et le nez sont parfois tout d'une couleur consacrée pour chaque dieu, car rien n était abandonné à l'arbitraire deTartiste. Ces représentations étant aiûai réglées dans tous leurs détails parla loi ou par l'usage^

CURIOSITÉS THÊOLOGIQCES. 20i

il en résaUe une uniformité qai est d*an grand secours pour Tétude des formes figurées de la religion de VÉgypte.

Voici sons quelles images on retrouve plusieurs de ces dieux :

Deux longues plumes droites, les parties uaes du corps peintes en bleu : Ammon, le créateur du monde.

Un bonnet serrant fortement la tète, visage vert, le corps en gaine, appuyé contre une colonne à plusieurs chapiteaux, et le nilomètre dans les mains : Phtha ou Vulcain.

Deux cornes de biouc, visage yert , deux serpents dressés sur les cornes; un disque au milieu et deux plumes droites surmontant le tout * Souk ouChronos, Saturne.

Une seule plume recourbée par le haut ; coiffure rayée^ visage vert : Djom ou Hercule.

Bonnet serré, noir ou bleu, le croissant de la lone avec un disque au milieu, une mèche tressée pendante sur l'oreille, le visage vert, le corps en gaine : Pooh ou le dieu Lunus.

Une plume recourbée par le haut, coiffure bleue, le nez peint de couleur jaune : Thmé, la justice, la vérité»

Deux grandes cornes, un disque au milieu : Isis, sœur et femme d'Osiris.

On donnait aussi aux dieux des têtes d'animaux r Ammon avait une tète de bélier; Anubis, celle d*un chacal; Souk, celle d'un crocodile; Phtha, celle d'un épervier ; Typhon (le génie du mal) , celle d'un hippopotame; Hermès, celle d'un ibis; Athor (Aphrodite ou Vénus), celle d'une vache.

Dans quelques provinces de l'ancienne Egypte, on faisait une guerre acharnée aux crocodiles; on savait , que Typhon, l'ennemi des dieux, en avait pris la forme.

101 CURIOSITÉS rnÉOLÙGlQVM.

AiHeiirs on ara^ pour eaxnoe véaéralîoafiaiis bonMi; oa s'efforçait d'apprivoiser un de ces hideax re|»4i&ef ; on lui mettait aux oreilles des ornements d'or et été pierres prérieuses; on le uottrrksaJt de Tiandes conaa*crées. Lorsqu'il étail mort, on Fembaumait, et sa in<Hiiie était placée daas le labyrinthe qui reeerait les tombeaux des rois. Les habitants d'Ombos portaient ie é^ge jui»qu'à se réjouir lorsqoe leurs eûfants étaient dévofés par des eroeodiles , en re^randant eeite iMMt oomme très» hononble et très-lMurease.

Les Égyptiens, persuadés que Diane, voulant édi^p* per aux géants, s'était caciée sous la férne d'un chat^ avaîesi pour cet aainal nne véftératiodd sn^rstitiense. Ils ponisHaient de mort cekii qui avait le tnaUiear de tuer, fût-ce par accident, un de ces quadrupèdes. £Nodore de Sicile raconte qu'un Remaifl, ayant donné la mort à un chat, fut massacré {lar une populace furîeose, qoeU que fasK^nt les efforts du roi pour le sauver. On serait «ort de faim à une époque de disette plutôt que <de toucher à la chair d'un dieu duit; et lorsqu'un d'eux venait à périr do mort naturelle, tous les hd>Hants de la maison où celte catostrophe était arrivée «e rasait les Boureiis en signe dedeolL

rroëàUmUomm rel%i««sec -eham la* mat«nrs «U VmaMqjt^ktà et ob0s quelques j««ctes modemAS

Les fkrocrtttmions religioeses lerment tans contredit une des parties les «plus étranges de l'histoire ila eoMê «hez les peuples aiiciens.

Les érudits de l'Ailemagne cpii ont fait<ée Faatiqoilé l'objet d'une étude «tpprofondie ot judicieuse, fioeck, Jacobs,Cfeucer, les oracles 4e 4a sdenoe, o«t JBOBtPé

CURIOSITÉS THÉ0L0G1QUB& SIt

inie c'était à tort qae des écrivains soperficiels (Y<dtafre entre antres) avaient réroqné en Aonte l'existeBoe de cet nsag"^ qni choqne an pins hant de^ré les idées modernes. Elle sVxpliqne lorsqu'on se rappelle qn'om regardait en Assyrie comme anide de foi qne tontes les femmes mariées de Babylone étaient oonsacréet an culte de la grande déesse Milytta ; mais elles poa* raient s'en racheter nne fois ponr tontes en abandonnant lenr corps à nn étranger. Cette contume, qui semble si étrange, fut une amélioration réelle introduite dans un état de choses qui sanctionnait en principe la commuiiaoté des femmes, et qui la mettait sous le couvert de la foi religieuse.

Hérodote (liv. I, chap. i99) atteste fi>rro«llement Texlstence de cet usage. Toute femme née dans le pays est obligée, une fois en sa vie, de se rendre an temple de Ténus pour s'y livrer à un étranger. Plusieurs d entre elles, dédaignant de se voir conf<nidues avec les antres, se font porter devant le temple dans des chan couverts ; là elles se tiennent assises, mats la plupart des autres s'assoient dans la pièce de terre dépendant du temple. Les étrangers se promènent et choisissent les femmes qui leur plaisent le plus. Quand une femme a pris place en ce lieu, elle ne peut retourner chpz elle que queNiue étranger ne lui ait jeté de Targeiit sar les genoux et n'ait eu commerce avec elle hors du lieu sacré, n ^aut que l'étranger, en lui jetant de l'argent, lui dise : rinvoque ia déesst MUftta, Quelque modique que soit la somme, il n'éprouvera point de refus, la loi le défend, et cet argent devit^nt sacré, i Ji ff mme suit !• premier qui lui jette de Fargent, et il ne loi est permis de repousser personne.

Ce cuite se rétrouve dans la plupart des p^y s où les Assyriens et les Phéniciens portèrent leur systémereligienx

20i CURIOSITÉS THÊOLOGIQUES.

Des prostitutions de ce geare avaient lien en Égyptft dans le coite rendu à Jupiter Thébéen , et dans Ylnàé au culte de Parvati. On les retrouve chez les Moabltes- (Voir le livre des Nombres, xixv, 1.)

On consacrait à Jupiter, à Thèbes, de jeunes filles. On les choisissait parmi les plus belles et dans les meilleures familles. Dans le nombre était une jeune vierge qui était libre d'accorder à qni elle voulait ses faveurs jusqu'à ce qu'elle fût nubile; alors on la mariait, mais jusqu'à son mariage on la pleurait comme morte. (Strabon, liv. 17.)

Hérodote ajoutb qu*une coutume analogue existait dans rile de Chypre. Les jeunes habitantes de Paphos s'offraient aux étrangers, et le pf ix qu'elles en recevaient servait à former leur dot. Les Tyriens portèrent cet usage à Carthage, et, sous les auspices de Vénus Astarté, il fut suivi religieusement, ainsi que le constate Valère Maxime (liv. vi, chap. 6) et d'autres auteurs, A Byblos, ville de Phénicie, les jeunes filles avaient le choix de sacrifier leurs cheveux à la déesse ou de se livrer un jour entier aux étrangers (Lucien, de la Déesse de Syrie) ; il parait, d'après divers témoignages relatifs à la corruption qui régnait en cette ville, qu'elles préféraient conserver leur chevelure. Les Bybliennes faisaient cadeau d'images fort peu décentes aux étrangers qui les avaient possédées pendant les fêtes d'Adonis. Ld temple d'Aphakee, dans les montagnes du Liban, était le théâtre d'un culte non moins dissolu. L'auteur du Traiié de la Déesse de Syrie en fait un tableau que nous ne reproduisons point et pour cause ; il en dit autant du temple d'Uéliopoiis, ville dont les habitants prostituaient leurs filles aux étrangers qui passaient dans le pays.

On rencontre d'ailleurs chez des peuples contempo*

raîns qui habitent également la Syrie des traces da «nite impur qui fleurissait dans l'aucienne Babylone.

Le savant Sylvestre de Sacy, dans son ouvrage sur les Druses, nous apprend que les Nozairis disent que la cohabitation charnelle ajoute à la perfection de la religion ; ils s*écrient : « Malheur i malheur infini à la femme fidèle qui ref jse ses favours à son frère ! » c'està-dire à l'homme qui par(af;e la croyance de cette secte. VoUiey, dans sou yoya(jc en SyriCf parle des Nozaïrls ou Auduriè ; ils sont divisés en plusieurs sectes : les Schaussiè ou adorateurs du soleil ; les Kelliô, adorateurs du chien ; les Zadmousiè, qui rendent un culte à Torgane des femmes. On assure qu'ils ont des assemblées nocturnes, où, après quelques lectures, ils éteignent les lumières et se mêlent comme les anciens Gnosliques.

Les Yezîdi?, sfîcte de la Mésopotamie, persécutée , objt't de hnine pour les musulmans ainsi que pour les t'hréticns. sont de même soupçonnés de donner à la communauté des femmes une sanction religieuse ; ils passent pour adorer le diable ; ils paraît qulls le regardent comme étant encore doué d'une puissance immense, et con^me devant plus lard être remis en possession de tontes sos dignités auprès du Très-Haut. Il se montrer? alors reconnaissant des hommages qu'on lui anr.i rendus Jamais ils ne prononcent son nom, et ils évitent d'employer les mots arabes qui ressemblent au mot mahloHQ^ le maudit. Us ont un grand respect pour les patriarches de l'AncienTestament» et pour Jésus- Christ quils regardent comme un archange qui avait pris la forme d'un homme et qui fut enlevé |aa ciel sans mourir sur la croix.

916 ClRIOSlTfiS THÉOLOGIQUSS.

Sinyslarités é« pa^aaism* amtlqu*

Les Swilif'BSTéDéraient la déesse delà gourmandise. Ils lui élevërem an temple et placèrent sa sutne auprès de celle de Gérëa.

La ville d'Adrami, en Sicile, devait son nom an diw Adramus^ qui n*était guère connu aillears, mais qoi avait là un temple gardé par un gr uid nombre de chieas consacrés à cette divinité. Ces animaux caressaient ceux qui approchaient du temple dans de pieuses ifir tentions ; la nuit ils servaient de guide aux gens ivres, mais ils déchiraient avec fureur les méchants. On a prélendu qu'ils s'acharnaient surtout contre ceux qui s'étaient rendus coupables de quelque faute contre la chasteté. Un des prêtres d'Adramus revenant un malin de la ville où il avait passé la nuit, les chiens s'^ancèrent sur lui avec fureur et voulurent le déchirer ; on eut grand^peine à le sauver, et on prit le parti de dc^ iruire des animaux aussi dangereux.

Elien raconte que dams une île du Pont, consacrée à Hercule, les rats respectaient les offrandes dédiées aux dieux, et se reliraient de TUe quand les raisins commençaient à mûrir, de peur de commettre un sacrilège. Quelques ut^ages singuliers étaient répandus chexles anciens, dans les Éphestries, fêtes établies à Tbëhes, étirant lesquelles en promenait dans la ville la sta* me du devin Térésias, revêtue d'habits de fenune. L& IRnocessien finie, on la couvrail de nouveau des vêtelaents d'un homme.

Les babitanu dtf T»agra, viUe d'Aebaie, vénéraient le dieu Ennostns, dont le leaple était figoureaseme&t fermé à tontes les femmes. Lorsqu'il arrivait quelque malheur public, on ne manquait pas de Tatlnbuer à te

CURIOSITÉS THÊOLOeiQUBS. SOT

"Vlolattoii de eette Im. On se livrait à des perquisitions sétëres poor déeoavrir si qnelque femme n'était pas entrée, ne fût-ce fae par mégarde, dans le temple; si on venait à découvrir nue coupable, elle était impitofa- Mement mise à mort. Cicéron nons apprend, dans se» discoars contre Verres, qu'il y avait à Gataneune statue de Gérés qa*il était défendu , soa> peine de mort, à tout ^omm& de toucher et (ùème de regarder.

N'oublions pas le dieu Enrynome^ anqnel les anciens attribuaient Thorrible fonction de ronp^er la chair des eadavres. On voyait dans le temple de Delphes une image de cette hideuse divinité. Sa couleur était d'un lideu noiràfre, et le siège sur lequel eUe était assise était couvert d'une peau de vautour.

Les Abderitains avaient la coutume de dévouer, pour te salut de tous, quelques malheureux citoyens qu'on assommait à coups de pierres.

On célébrait dans Tîle de Naxos des fêtes auxquelles on donnait le nom d'ArionétÊ, en mémoire d'Ariame, que Thésée avait abjmdonnée près du terme de sa grossesse. Une des cérémonies qui se pratiquaient était fif un }euHe homme se mît au lit et contrefît tons les eflfbrts doul<»ureux é*u»e femme en travail.

Parmi les bizarreries de Fesprit humain, il serait diffteile d'en reocostrer uhe plus extravagante que le euite rendu àBsekl^Peor, idolt» des Moabites, s^il fallait s'en rapporter à des rabbins qui affirment que iniomnage rendu à ce dieu consistatt à distemlere coram eo fonmen pmlieis et ëterem offgn} mais eeMe obligation est loin d'être prouvée. On est même dans incertitude «ar ee qui regarde le dkm Beelsiibuth, dont le nom sigttifle ^nce des moucheté Qaelques savants mi pcasé 4ae son idole, souvent arre«éer de sang, était l»èit«eld» i i« eiw» ;.d'aqtfee om ligiBlé «ne

208 CURIOSITÉS TUÉOLOGIQUES.

superstition d'après laquelle on se figurait qa'aucuue mouche ne pouvait entrer dans le temple de cette divinité. Nous ne nous chargeons pas de décider entre ces deux assertions contradictoires.

Un taureau consacré au soleil était vénéré à Hermonlhis, en Egypte ; son poil changeait de couleur à chaque heure du jour, et croissait dans un sens contraire à celui des autres animaux, Cest du moins ce qu'affirment quelques anciens auteurs un peu crédules.

L'eau, comme élément, devait recevoir des sacrifices chez divers peuples anciens. C'est dans le lac sacré d'Aphaca< en Syrie qu'on jetait les offrandes pour la Venus Aphacitis. Les eaux de la mfT Morte et de quelques rivières de la Palestine étaient également des eaux sacrées. Le sang des animaux immolés en Thonneur de Neptune élait mêlé aux flots de la mer ; du temps de saint Augustin, il existait encore dans l'Afrique carthaginoise l'usage de jeter la chair des victimes dans les sources et les fleuves. Lucien parle d'ime fontaine à Béryte contenant des poissons sacrés.

La religion phénicienne, transportée à Carthage, multiplia les sacrifices d'êtres vivants. Les taureaux or eupaient le premier rang; on les offrait particulièreaient en l'honneur de Baal ou d'Hercule : les vaches ne servaient pas aux sacrifices; et Porphyre remarque que les Égyptiens et les Phéniciens auraient mieux aimé manger de la chair humaine que de la chair de vache. On n'immolait pas non plus les veaux ; toutefois on ampuiait leurs parties génitales pour les offrir à Vénus^ Les sacrifices de boucs étaient fort estimés ; on donnait on houe aux femmes sacréesi Khetoehel^ comme prix de leur prostitution. Parmi les oiseaux, on accordait la préférence à ceux qui semblent avoir rinstinct de la

génération le plus marqué, tels que les pigeons, les poules, les perdrix, les cailles.

Des sacrifices humains étaient offerts aux dieux vengeurs; les victimes devaient être pures et sans tache; on choisissait des enfants, de jeunes vierges. On désignait en même temps Tobjet le plus cher, le premierné ou le ûls unique des plus nobles familles dé TÉtat. Le ûls aîné du roi était la plus belle victime. On offrait ces sacrifices annuellement pour la grande fête de la. Puriflcation ; puis à Toccasion d'une grande entrepise, comme la fondation d'une ville ou une expédition. Imilcar, voyant en Sicile ses troupes décimées par une épidémie, fit sacrifier un enfant à Saturne et jeter dans la mer une foule de victimes en l'honneur de Neptune.

Chez divers peuples un culte religieux a été rendu: aux arbres; les Indiens, au dire de Quinte-Curce, vénéraient des arbres qu'on n'aurait pu endommager sanscommettre un grand crime. Cbez les Perses on regardait comme sacré Tarbre ^ar^o//?, sur lequel veille le soleil. Les Persans modernes rendent une sort 3 de culte à certains arbres qu'ils ornent de morceaux d'étoffe et auxquels ils donnent le nom de Dirake/i^i fuzeiy arbre excellent, et dir dar, arbre-génie. On a (également en Orient de la vénération pour les cyprès ; Xerc^s obéissait à une semblable superstition lorsqu'il offrit ses* ornements d'or à un platane qui se trouvait sur sa route; des auteurs anciens se sont trompés en ne voyant dans cet hommage qu'une passion iosenséa pour cet arbre. Les traditions religieuses des Ouïgours font également mention d'arbres merveilleux ; il s^en trouvait deux au confluent de deux rivières; lun était semblable au cyprès, l'autre au bouleau. lis s'élevèrent en rendant des sons harmonieux; puis ils s'ouvrirent et ilensortitcinqenfants^dontrondevintroi desO •Igoors.

Les cnf nîs, devenns grands, ^'approcAiéreîilavecTW* pecl des deux arbros qui leur parfèrent en leur reeommaDdant la sa^'esse, et eo leur soiïhaitam une bonne renommée et une longue vie.

Les doctrines ot les rites des druides (m pfftlresi!©8 anciens Gaulois sont peu connus; on nettonve t5be« les ameurs de Pâiitiqulté que des témoignages vagues «t insurfîsants.

Oo sait toutefois que leurs cérémonies n'étaient pas exemptes de singnarilé. Pline rapporte qu*avant do cueillir une plante, iU e7aminai»nt la situation des planâtes. Celui qui la cueillait devait être babfllé de blanc, avoir les pieds lavi's et nus. L*^ gui du chêne était à leurs yeux une plante sacrée que le Che'f des prêtres coupait, au mois d«^ dpccubre, en grande cérémonie et avec une fau<^ille d'or. L*eau da gui était regardée ^omme un conîro-poison des plus i fdcaces et comme très propre à féconder les animnux stériles. I&es idées semblables était nt répandues en Allemagne ; on pensait qu'un homme qui portait su^* lui du gui de chêne ne pouvait être blessé, et qu*il était môme certain d*atteindre ceux contre le>quels il déi ocrait ses Tlè. hes. Les druides conî^ervèrent longtemps Tusage des sacrifices humains; on prétend que lorsqu'ils se réunissaient, ils iaisaieiil mourir celui d'entre eux qui arrivait le dernier à leiirs AShcmblécs; c'était un moyen rigoureux, inais efficace pour recommander Texactitude.

Les anciens Gaulois se servaient pour empoisonner leur flèche d'uue herbe qu'ils appelaient belmuncia et qui était consacrée à Apollon; ils crqyaient ausâ qu'elle j^ait la propriété de faire tomber la |lluie. bnla

CURIOSITÉS 1BÉOLOGIOU£& 34^

eoeillaît avec des cérémonies singulières. Le? femmes se réauissaw«t«t plaçaient à Jft«Piôle me jeue vierse qui. dépouliéedesesvétemenîs, cherchait cette herbe «tte4ôracinait av*c Je pem doigt d« la nau dMite Elle aUait ensuite la plonger dans une eaa oûwame' ie$ autre* fenwKeg secouaieai sur Je visage de ia iea&i fiHe des iiranches d'arhres mouilléee, et lors «ne la oô. Témme éuit Unie, la prêtresse était obligée 4e mac <*ar a r-eculons jusqu'à ce qu'elle «U realrée en mb

On a loujouBs aimé à faire pénirence sur le dos.dn prcchauu Les Gaulois avaient ce goût; dans les eala-

Batésj»bl.quesi»sctorgeaieBlBndeleBrscoBcitoyflos de tomes leurs iniquiiés et de tons les malhearsaai les menaçaient. Ils raccablaiem dlmpr^SeaiioBs et ils ie dévanaientalacolèrecéleste.Lorsque l'awJquecitéde Jforsaaie élan en proie aune naaladie ccaiagieuse, les dri'ldésengageaient un indigent à se dévouer valontoireniMt pour le saiut conunun ; en échange de ce aawiîice on lui promettait une place parmi les 4ieux. La (picUne volontaire 4tait fêtée, logée, ««^rte déHcalemeafS! dam M an entier. On la oonrosuait de lleurs. et, Z» U%w chargée d'implications, onlaprAsipiurt da haut ûm roober. Si quelque personnage i'm rang plu, mé .s ufi&^t a périr pour la pairie, on le lapidS LZ delà ville; c'était une marque 4'honneur. LfeistS «Wlfeenreux, responsables des fautes pub i^nes, émiont Cton^s ou attachés à un arbra et tués a ^up7d» fl4«ie;,parfoi8-aussi on les pla|}ait «wdeslas de uaiU» <» de,fo,n avec des animaux de diverses espècesrtWon IW'lw»» aux flammes. i™««»w oa

m CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES.

&•■ 0«rmalns «t !•■ peuples dn Word

Les anciens Germains conservaient dans leurs demeures avec la plus grande vénération des petites figures de bois appelées il 6rtinr« et qu'ils regardaient eomme des dieux pénates ou lares qui prenaient soin des maisons et de leurs habitants. Ces figures représentaient presque toujours des lemmes ; on croyait que le destin et la fortune des familles étaient en leur pouvoir. On les faisait avec des racines, et surtout avec d('s nr>andragores ; on les habillait soigneusement; on les couchaii dans des coffrets ; on les lavait une fois par semaine avec de Veau et pu vin ; à chaque repas on leur offrait des aliments et des boissons, autrement elles auraient crié comme des enfants qui souffrent de la faim et de ]a soif; on les tenait renfermées dans un lieu secret d'où on ne les tirait que pour les consulter ; on leur demandait toutes sortes de biens et surtout la guénson des maladies les plus rebelles aux remèdes. On croyait qu'elles révélaient l'avenir, soit par un mouvement de tête, soit en proférant quelques paroles.

Chez les Germains, lorsqu'un homme se noyait sur les côtes de File d'Abalus et qu'on no pouvait retrouver son corps, on offrait, durant cent ans, à ses mânes des sacritioes expiatoires.

Les Vandales rendaient leurs hommages à une idole qu'ils nommaient Hennil, et à laquelle ils donnaient la forme d'un bâton ayant une main et un anneau de fer. Lorsqu'ils étaient menacés de quelque danger, ils le portaient processionnellement et en criant : « Réveille* toi, Hennil, réveille-toi. >

Les Danois s'assemblaient une fois tous les neuf ans, "m 10013 de janvier» dans ^on endroit de VHé de Zâànde

nommé Lethra ; ils immolaient quatre-vingt dix- neuf victimes humaines, et tout autant de chevaux, de chiens et de coqs.

Les Scandinaves représentaient Tenfer c mme un vaste éditice construit de cadavres de serpents dont toutes les têtes, tournées vers Tintérieur, vomissaient des flots de venin, et formaient ainsi un fleuve horrible dont le courant rapide entraînait les adultères, les meurtriers et les parjures.

Thor, dieu des Scandinaves, possède un palais formé de cinq cent quarante salles; son char est traîné par deux lions ; 11 possède trois objets miraculeux : une massue avec laquelle il brise la tête de ses ennemis et qui revient d'elle-même dans sa main quand il Ta lancée; un baudrier qui double ses forces lorsqu'il rattache autour de son corps ; des gants de fer qui sont indispensables pour tenir le manche de la massue.

Les traditions Scandinaves font mention d'un pont qui joint le ciel à la terre ; il est formé de feu, et il s'offre aux regards sous Taspecl de la portion de l'arcen-ciel qui est de couleur rouge. Les géants qui habitent la montagne no peuvent, à leur grand regret, s'en servir pour aller au ciel, à cause des flammes qui le composent. 11 est d'une solidité extrême, et cependant il sera mis en pièces lorsque les démons le traverseront à cheval, après avoir franchi les grands fleuves de l'enfer.

Chez les Indiens, il existait, d'après d'anciens voyageurs^ un usage assez bizarre, celui de se faire peser pour la rémission de ses péchés. Après s'être placé dans un des bassins de la balance, on inettait dans l'autre diverses denrées pour faire le conire-poids.«Ceux qui s'accusent d'être gourmands, dit le voyageur IMIendcz Plnto, se pèsent avec du miel, du sucre, des

œufs, du beorre; ceux qui se sont livrés aux plaisirs ser suels se pèsent avec du coton, de îa soie, des parfums et du vin ; ceux qui ont éié avares et dépourvus de ehariié pour les pauvres se pèsent avec des pièces de monnaie.» Tontes ces denrées sont pour les brahmanes^ et toQt riche Indi^^n voulant sortir de la balance complètement puriflé de tous ses péchés, on comprend quelle source de ri* h'^sses cette justification par la balance était poor les desservants des autels de Brahma.

Dans le royaume de Carnate, il y avait une pagode où brûlait toujours un feu des plus ardents destiné à faire rougir un fer sur lequel étaient représentés les trois personnages de la trinité indienne. C'était un trèsgrand honneur que de se faire appliquer cette marque fur Tépaule, et l'on y trouvait une promesse de félicité dans Ta tre monde; mais les brahmanes, détenteurs de ce f r précieux, ne l'appliquaient que moyennant payement d'une bonne somme.

Jadis le zamorin ou roi de, Calicut, sur la c6te de Malahar, ne pouvait résrner plus de donzo ans. Lorsque ce terme était venu, il était obligé de se donner la mort sur un échafaud, at^rès sôtre préparé à ce sacrifice par un long jeûne et par des prières ferventes. On lui faisait des funérailles magnifi }ucs et Ton choisissait un autr' monarque. Cette coutume fut abolie, mais on lui en substitua une autre tout aussi singulière. Quand le zamorin avait régné douze ans accomplis, on publiait dans ses États une sorte de jubilé qui durait une dizaine de jours consacrés aux fôies et à la réjouissance. Le monarque habitait alors sous une tente dressée exprès pour lui dans une vaste plaine. Les douze jours expirés, il était permis à quatre homme?, quels qu'ils fussent, d'essayer de tuer le zamorin, et celui qui aurait réussi devait être placé sur le trôHo ; mais l'enire-

CURiaSITÉS THI^OLOGIQUES. 2iâ

]^ise éUii difficile, car le priace- avait soiade sû £airû estoarer'de g^Fdds nombreux et vigilaats, « t oq mettait à moft^saiis trop dVxamen, quiconque éiai' aperçu rôdant autoar de rbaliii^it Oii da roi avec des ixOeoUatk^ S9iipçoiuiées d être suspectes.

Entre antre» rites siogaUers du calte brahmaiûque, il faut distinguer les otTraades faites Axm pi tris ou aux Bmnt-s. Ces offiandes consistent en gâteaux de grai- Bes et de lait ; on en brûle uue partie ; un donne le reste à un brahmane, à une vache ou à une cbèvre. La femme qui mange le gàieau placé au milieu, en récitant certaines |Hriere&, (»l>iient un enCarit màie. Selon la nature des offrande^^, les ma tes éprouvent une satiiffaetion plu» ou moins U^ng le; ils sjiHii satisfaits un Moi» entier d'une offrande desé am^', de riz, d'orge, de raetnes et de fruits ; la < hair de poisson leur cause du plaisir pendant deux mois; c^Uh des bêtps fauve»,- Hoisnois*; celle du mo iton, quaiie mois; celle des oiseaux dont Tnsage est permis, cinq mois ; celle du efaevreau, six omms ; du daim, sept mi>ts ; de U gazellft,^ huit mois; du cerf, neuf mois. La chair du sangli^^r et in bnflSeles satisfait pour dix mois ; c«-lle d s lièvre» et des tortues pour onz»*. Une ofTrandt' de lait de vache et de ri£ préparé aiFecâu lait leur e^t agiéabie pendant un an, et la chair d'un vieux bouc b anc, à longues oreilles, pendant douze années. L^s écrev ssf s, la chair du rhinocéros et le miel leur causent un plaisir éter neL

¥(Md quelles sont les règles de conduite imposées à un hratmiane.

]1 ne doit jamais regarder le soleil pendant son kvet »

216 CURIOSITÉS ÏHÉOLOGIQUES.

ni pendant son concher, ni lorsqu'il est réfléchi dans Teau ; il ne doit pas enjamber par-dessus une corde à laquelle un veau est aliac\jé, il ne doit jamais satisfaire les besoins naturels en regardant le soleil, l'eau, le feu ou une vache ; en ce cas, il doit avoir, le jour, le visage dirigé vers le nord, et la nuit vers le sud. Il ne doit ni souffler le feu avec sa bouche, ni montrer à quelqu'un rarc-enciel. Couper de l'herbe avec ses onjîles, monter sur le dos d'une vache ou d'un taureau, sont des actes fort répréhensibles. S'il marche sur des cheveux, sur de la cendre, sur des os, sur des grain«< de colon, sur de la paille, sa vie sera abrégée.

Si une vache, une grenouille, un chat, un chien, un serpent ou un rat, passe entre le maître et son élève, l'étude doit être suspendue pendant un an et un jour.

Il ne faut jamais se baigner dans une pièce d'eau ap- •partenant à un autre, car en le faisant on est souillé d'une partie du mal que le maître de cette pièce d'eau a pu commettre. •

Voici, suivant la mythologie indienne, l'origine des éclipses. Un Asoiira ou Titan, nommé Râhou, se mêla aux dieux afin d'avoir sa part de la liqueur qui donnait l'immortalité.

Au moment où il venait de porter ses lèvres à cette ambroisie, le soleil et la lune le dénoncèrent àVischnou, -i|ui, d'un coup de disque, lui trancha la tète Le breu- -vage divin avait rendu TAsoura immortel. Sa tète, par vengeance, se jette de temps en temps sur le soleil et sur la lune pour les dévorer.

Les Hindous reconnaissent vingt et un enfers ; les noms de quelques-uns d'entre eux peuvent se traduire de la manière suivante : lieu des ténèbres, séjour des larmes, fleuve aux grandes vagues, séjour des douleurs,

lien infect, place des dards de fer, lieu où les méchants sont exposés an feu dans une chandière.

Dans le Pantala ou enfer des Hindous , les fautes des humains sont soumises à des punitions spéciales: les hommes qui auront méprisé les lois de la religion, seront jetés sor des monceaux d'armes tranchantes, et subiront c^ supplice autant d'années qu*il y a de poils sur leur corps. Les adultères seront contraints d'embrasser une statue de fer rougie par le feu. Ceux qni ont outragé les brahmanes seront coupés par morceaux. Ceux qui auront péché avec des courtisanes marcheront sur des épines. Les avares serviront de pâture aux vers. Les médisants et les calomniateurs seront forcés de manger les matières les plus dégoûtantes. Ceux qui auront frappé des vaches seront battus sur des enclumes.

Un jour de Brahma équivaut à 4.320,000,000 d'années humaines de 360 jours *, la nuit a une durée égale. Trente jours de Brabma forment un mois; l'année de Brahma comprend douze moisetéquivantà 3,i i0,400»000 d*années humaines.

Tout récemment, l'Inde était en émoi parce qu'on s'était aperça que, daprès une vieille prédiction presque aussi claire que celles de Nostradamus, la domination anglaise ne devait durer que cent ans. Fondé^j par suite d'une bataille gagnée sur les bords du Gaoge en 4737, elle allait donc prendre fin en 1857. Des brahmanes, payés, dit-on, par le gouverneur général, ont démontré d'une façon irrécusable que la prophétie était mal interprétée ; nul doute que les Anglais ne doivent gouverner 1 Inde que pendant cent ans ; mais cela doit s'entendre, non des années humaines de 365 Jours, mais des années de Brahma ; c'est donc dans l'an du monde 311,040,001,857 (selon la façon de compter des Euro-

9iS G<nriOMTÉit TltÉOLO»QOB&

fé&Ê»% qwr cMte réwtttion doit s'a(*eo«ipUB. M* Umt qne les Hindou» 401 rèrest tenr îneMpeDéaMe près* Dent p^iienca et atttmdent jvsqu'alors.

Les Hindous donnant le nom de RmksJmmtê à des féDÎ^'S nialfaisaHfô, ennemi» de»dteux : avide» de saag hnmttiB, il» bament le» forôis et les cnih^tièfes; il» dé* terrent les eadarrres et dévorent le» hommes dovt iJ» peuvent se saisir. Leur nombre est immense et il s'aeeroît san.^ cesse, car les âmes des méebantssoDlsowent condamnées à entrer dans le corps d'un Rakskft^^a et à y demeurer pus ou moins de temps, selon i^éteodu de sesfiutes.

La légende indienne relative au dernier déluge donnera une rd^e de la sin^ularilé des ré its que présentent les f»oëm«s religieux de Tlndouslan. Le pieuxJBOnarque Vnlvaswaia se livrait aux austérités les pHtt rlgooreuîe» Un jour il étail sur les bords d'une rivière ocf opé rfe ses pratiques de dévotion , un petit poisson lui adressa la parole et le pria de le retirer deTeau ain de Venïp^cher de, devenir la pnïie d'autrrs py ss<ms. Le roi plaça Itî pois: on clans un vase plein d'eau; mais eclui-ci aro sis.'ant sans cesse, il fallut le transporter successivt m^ni dans un lac, dans le Gange, et esfia dans la mer. Tout énorme qu'il était, le puisson restait facile à porter; il adressa enfin de nouveau la parole à TaiTasw.it I, et dit : « Le moment de la dissototion de Tunivers esi arrivé; bientôt tout ce qui existe sur là terre sera détruit ; il faut que tu construises un navire dans lequel tu t embarqueras après avoir pris a?ec iw des gmine.s de tous les végétaux. Tu m'attendras smr ce navire, et je viendrai à toi, ayant sor la tôte «ne corm» qui me fera reconnaître. » Le saint obéit, il cmisirriisit un navire, s'y embarqua, et il attacha un eâf>le très-fort a la conio du poisson ; le navire fut fraâoé

CORIOSITÊS THÉTOLOCTOtlRS. Wt

pendaDl plusieurs années avec un<^ extrême rapidiléaa milieu des ténèbres d'une tempête efTrcyable, et 11 aborda euûnau sommet du mont Himavat (Himalaya). Leporsstm dit alors : «Je suifiBrîtbm;»» le s^ijj»eiirdâs êtres; je n'ai {yersonne au-dessus de tmi. » 11 recommanda ensuite à Vaivaswata de créer loui^ les êtres. Divers dateurs mdieifô attritoent au diêu Vii^ctmoa eette métanaorpHose en peis^^oB ; elle avait p«mr bol de reccmyrer les fédmê on livres sacrés (fu'Mii géant avait ' dérobés, et c est la première dv»s oeuf a»/ e«r« (incarnations ou descentes de Vischuou sur la terre).

Ub auteur de la fin du seizième siéc^, le père Jarric^ nous fait connaître un nsagr^ répandu dans llude et que réprouve la philanthropie moderne.

« Les rois malabarcs ont coutume tie célébrer toBs les ans nne feste solenmelle à la lune nouvelle du mois d'octobre pour faire mémoire de» victoires qu» lears idoles ont jadis iraignées 9elf»n qu'ils disent. Et lors^tis sont obligés de commander qu'en mette le feu aux maiions ëe quelqoe*-uns de leur* sujets dont le choix appartient aux brahmanes , lesquels ne choisissent pas eelles de leurrt ami^?, mais de ceux à qu iU portent une dtent de laict ou qui leur sont ouvertement ennemis et bîen souvent âe gens meilleurs qu'ils ne sont. La chose se faict de nuit et le plus secrètement qu'il est possible, de façon qu'on surprend ces pauvres gens au dépourvu, et lorsqu'ils y pensent le moins, Ils se trouvent soudain environi&ezde feu et de gens d'armes. Les personne?, les maisons et tout ce qu'il y dedans se Irusle sans qu'aucoB y ose uwicher,car ou tient cela pour anattrême, er ils appellent ce cruel embrasement sacrifice de feu et de sang. »

JSO CURIOSITÉS THÉOLOGIQOES.

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La légende de Devandiren. que nous prenons parmi celles en si grand nombre qui remplissent les livres des Indiens, donnera une idée de ces singalières compositions. Devandiren régna sur trois cent trente millions de dieux ou de demi-dieux. Il eut à soutenir de rudes combats contre les géants qui voulaient Texpulser du paradis, mais il finit par rester vainqueur. Cherchant quelque distraction, il descendit un jour sur la terre et il devint amoureux de la femme d'un pénitent nommé Goadamen. Cet anachorète avait Thabitude de se lever tous les matins, dès que le coq chantait, pour se purifier dans les eaux du Gange. Devandiren sa transforma en coq et fit entendre sa voix avant Theure accoutumée. Le pénitent, induit en erreur, se leva pour aller se baigner; mais il s'aperçut qu'il n'était que minait, il revint chez lui et il surprit le dieu avec sa femme; il le maudit en souhaitant que tout son corps fût couvert d'organes exprimant ses désirs adultères. L'imprécation eut un effet immédiat; le dieu, fort embarrassé de Tétat dans lequel il se trouvait, et n'osant se montrer, supplia Guadamen de lui pardonner, et il obtint que les marques accusatrices et trop significatives seraient remplacées par des yeux. De là vient l'habitude de représenter Devandiren avec le corps tout couvert d'yeux; il a quatre bras et il est monté sur on éléphant hlanc.

D'après les livres sacrés des Indiens, celui qui mange •en regardant l'orient prolonge sa vie; en regardant le midi^il acquiert delà gloire: en se tournant vers Toccixlent, il parvient au bonheur; en se dirigeant vers le nord, il obtient la récompense de la vérité.

CURIOSITÉS THÉOLOGIQDES. 22i

Indra, roi du ciel, a poar âme Tarc-en-ciel, et sou corps est eoavert de mille yeux, qai sont les étoiles. Son rogne finit au bout de l'une des quatorze périodes qui composent un jour de Brahma. Alors Tlndra régnant est remplacé par celui des hommes, des génies ou des dieux qui a le mieux mérité cet honneur. Il pourrait même, avant le terme fixé, être dépossédé par un saint ayant accompli des austérités qui le rendraient digne du trône de Tlndra. Cette crainte Toccupe souveutr et aussitôt qu'un personnage se livre à de pieuses mortifications capables de Tlnquiéter, Indra lui envoie un» nymphe pour le tenter, le faire succomber et lui enle- Ter tout le fi uit de ses austérités.

Doorga, femme de Siva, est une des principales divinités des Indiens. Ils prétendent qu'elle réside dans les eaux du Gange, où elle reçoit ceux qui s'y précipil^-nt. Aussi regardet-on comme jouissant d'un bonheur immense ceux qui se noient dans ce fleuve, et on se garde bien de rien faire pour les sauver.

Bod est une divinité que les femmes de l'Inde invoquais nt pour devenir fécondes. Lorsqu'une femme, de- Tenue enceinte par Veffet de la bienveillance de Bod, mettait au monde une fille, cette fille était élevée dans le temple de la déesse jusqu'à ce qu'elle fût nubile. Alors elle était obligée de se prostituer à la porte du temple et de mettre ses attraits à Tenchère. L'argent qu'elle retirait de ce commerce ne lui appartenait pa^; il lui était expressément enjoint de le remettre entre les mains du prêtre de Bod.

Un temple célèfbre, consacré à Siva et à son épouse Guhyisvari, s'élève dans la vallée de Katmandou (Himalaya); les pèlerins qui vont y faire leurs dévotions sont assurés qu'après leur mort leur amené passe point dans le corps d'on animal inférieur i l'homme. La

su CUBIOaiTES TUtOhOGlQVESu

TïwïèTB qnj coule aa pied de la. colline est sacrée; c'est cûsqnérir la béaiitade qae de mooirir daos ses oades oa âe vivre coofioé sur ses lourds.

YischuQU a pour monture l'oiseau Garoudba, qu'on rc^réseot^ d'ordinaire avec le coips d'un aigle et la tèle d'an jeune homme d'une grande beauté ayant au c^n im eolliep t>lane. On prétend qu'il naquU d'un œuf que sa mère DLti avait pondu cinf cents ans avant qu'il HÙ vînt à éclore.

La pagiMie de Cusi , située sur les bords du Gange, jottti d'un singnli^ r privilège Lorsque ceux qui y me4ire«t sontàl'agonie,yisclmom ne manque point devenir leur souffler dans Toreille droite, et il les purifie ainsi de tous k^urs péchés. Les âmes de ceux qui meurent en ce lieu ne doivent plus retoaraer sur U terre, at leurs corps se changent en pi rres.

Lnebnjd, déesse de Vahondance, est une des épouses de Vischiiou: elle est douée d'une ht auté parfaite. Les Hindous pr^^tendeni qu'elle n'a point de former qui lui Suit parti -ulière; elle est à la fois une montagne, un cbe- V1I9 un vaehe, un arbre ou tout objet quelconque. Us portent son nom attaché au coai ou au bra^;, H se re« gMident ain>i comme étant à l'abri d accidents fâcheux.

Pairmi les habitants du Panthéon indien, on distingue sa]is,j^âine,â la tèle d'^l(^phant placét) sur ses épaules, GABésa, de 4ieu de la sagesse. La légende raconte iMnament cet attribut est venu faire partie de sa pers6mB. Fils de Siva et de Parvati« il venait de uaitre, et tous les dieux étaient accounnspaur Je bénir ; le redûtttaUe Sani, monté sur on vautour, était arrivé tout Gonme les iiutres ; mais, sachant que ses^eux consn^ttUMtit0iit.Ge qu'ils regardeiit,il les détournait prudemflHMt; l'imprudente mère du jeune eolant ne comprit PM l.o m^ de£eU6 réserve ; jelle insista pootqao Sani

reg^nlatle n(raTetiii-né,dont lalète disparut aussitôt en nntourbiHun defnnaée. La déesse alhiit sb jeter sur le meurtrier, mais Bratunainterriiït, et il «njoignit à Sanî d'aller prendre la tête du premier être qu'il irouverait endfTTnti vers le Dord, qui fait toujours périr eaux qui se livrent au sommeil tournés en «ette df reclion. Sani rencontra un élé.)ttant,iui coupa la tète et vim l'ajuster sur le cou du jeune €rané'$a. AHu de consoler la mère désolée de voir son fite aussi étrangement défiguré , Brahma lui promit qu'il serait le premier des dieux auxquds s'adresseraient les invocations des fidèles. Ganésa eut un autre malheur dans le cours de sa carrière; il refusa l'entrée du palais de Siva à Visdinon, qui avait pris la f()rme de Rama et qu'il ne reconnaissait pas; l'un et l'autre dieu en vinrent aux mains, et, iTun coup de son porng robuste, Vischnou fit voler en morceaux une des défenses de Ganésa.

Xe sacrifice d'un cheval est un acte religieux de î'wdre le plus relevé; un prince qui l'accomplirait cent fors «vrait le droit de régner «ur les éieux. Ce sacrifice était éaiis le principe fmblématiqiie (te chenal était «eulef&ent atta' hé peed^int la eérémenie), il est ensuite ^e- ^FamiTéel. Le légi^lafteur ManoviA reconnu que l'homme qui ferait chaque année un pareil sacrifice et q*e celui ^oi, de sa vie entière, -ne mm9§efmi pas de viande, obtiendraient une réeempense «égale pour leurs mé-

D'après les brahmanes les plus instruits, la iimme ^^ole «eséerotrs envers «on -époux tenait après sa mort sous la forme ë'im ebacatl.

€ëlle «|Qi ffiOBte sur le bùdhor ée«fOQ mari défunt ^MgAleeUo^rèfflem i^romdboQli.r'épousedeyashi^bla, «•(•^oiiitéii "boflfbeur dans le ^1 aipoc son ëpous^ £lle i a M W to t^'wel avec M pentatt tH>lB<o«tiotdemi (iroitto-

su CURIOSITÉS THËOLOGIQUES.

cinq millions d'années), aatant qu'il y a de poils sur le corps de rbomme. Elle puriQe trois générations, et qnand môme son mari serait coupable d'avoir tué un brahmane, elle le purifierait de ce péché.

Le figuier est regardé dans llnde comme un arbre sacré; on donne pour motif que Vischnou a vu le jour sons son ombrage. Dans quelques provinces du ci-devant empire du Mogol, on est bien persuadé que l'imprudent qui enlèverait une seule de ses feuilles perdrait la vie avant la fin de Tannée.

Les brahmanes portent en bandoulière pour marque disiioctive le d andltem^ ou ceinture composée de trois cordons formés chacun de neuf fils de coton. Us ne la quittent jamais, et c'est ordinairement à l'âge de neuf ans qu'on leur donne, en cérémonie, cette marque distioctive de leur caste. Ils échangent chaque année le cordon yieilii pour uq neuf; s'il vient à se briser, ils ne peuvent pas manger qu'ils ne s'en soient procuré un autre.

On vend dans l'Inde des perroquets auxquels on a appris à prononcer le nom de Rama, et qui répètent presque sans discontinuer cette syllabe, ram, ram^ram. Ils se payent cher, les dévots les achetant avec empressement.

C'est un grand avantage, selon les Hindous, de prononcer et d'entendre les noms des dieux ; et pour avoir plus souvent cette occasion, ils les font porter à leurs enfants.

Les lois relatives aux fautes que peuvent commettre les brahoMnes ne manquent pas d'originalité.

Le brahmane» meurtrier d'un brahmane qu'il a tué sans le vouloir, doit se bâtir une cabane dans une forêt et y demeurer douze ans, ne vivant que d'aumônes et portant sur lui, pour se purifier de son crime, le crâne

du mort oa tout autre crâne humain an défaut du premier.

Si le coupable appartient à la classe militaire et s*il a tué volontairement un brahmane, qu'il s'ofTre de soa plein gré, comme but, à des arcbers instruits de son désir d'expier ce meurtre, ou qu'il se jette trois fois et îusqu*à ce quil meure, la tète la première dans un feu ardent.

Celui qui s'est enivré en buvant à profusion de la liqueur spiritueuse extraite du rlz^ doit boire, jusqu'à ce qu'il en meure, de l'urine de vache, ou de l'eau, ou du lait, ou du beurre clarifié, ou du jus exprimé de la bouse de vache, le tout bouillant. — L'homme qui a volé de l'or à un brahmane doit aller trouver le roi, lui déclarer sa faute et lui dire : « Seigneur, punissez-moi.» Le roi, prenant une massue de fer que le coupable porta sur son épaule, doit le frapper lui-même une fois ; par ee coup, le voleur, qu'il meure ou non^ est déchargé de son crime.

Celui qui a séduit réponse de son pérespiriluel doit^ en proclamant à haute voix son crime, s'étendre luimême sur un lit de fer brûlant et embrasser une image de femme rougie au feu ; ce n'est que par la mort qu'il peut être purifié.— -Celui qui a tué une vache par mégarde , doit, s'étant rasé entièrement la tète, avaler pendant un mois des grains d'orge macérés dans l'eau, et s'établir dans un pâturage de vaches, couvert de la peau de celle qu'il a tuée. Pendant les deux mois qui suivent, qu'il mange, le soir, une fois tous les deux jours, une petite quantité de grains sauvages ; qu'il suive les vaches tout le joar^ et que, se tenant derrière elles, il avale la poussière qui s'élève sous leurs sabots.

Celui qui a violé le vœu de chasteté doit sacrifier un âne borgne ou noir â la déesse Nirriti, dans un endroit

OÙ quatre chemins se rencontrent, et pendant la nuit* Se couvrant ensuite de la peau de Tâne sacrifié, qu*il aille demander Taumône dans sept maisons, en proclamant son péché, et qu'il prenne par jour un seul repas sur la nourriture ainsi obtenue en mendiant; au bout cTun an, il est purifié.

Le brahmane qai,sans1e vouloir, fait périr un homme de la classe royale, doit donner à des brahmanes mille vaches et un taureau afin de se purifier.

L'homme qui a frappé un brahmane demeurera mille années dans Venfer; s'il Va blessé, ilrestera dans lesé« jour infernal autanf de milliers d'années que le sang du brahmane, répandu à terre, aura absorbé de grains de poussière.

Le brahmane qui a tué un serpent doit expier sa faute en donnant à un autre brahmane une bêche ou un bâton ferré ; pouravoir tué unporc,qu'il donne un potdebeurre clarifié ; pour un perroquet, un veau de deux ans; pour un héron, un veau de trois ans.

S'il a tué un cygne, un paon, un singe,un faucon ou un milan, il doit donner une vache à un brahmane.

Qu'il donne un vêtement pour avoir tué un cheval; cinq tatireaux noirs pour un éléphant tué ; un taureau pour un bouc ou un bélier ; pour unàne^un veau d'an an.

La faute d'avoir dérobé des choses susceptibles d'être mangées ou avalées, des fleurs, des racines ou des fruits s'expie en avalant les cinq choses que produit une vache, du lait, du caillé, du beurre, de l'urine et ée la bouse.

Tout homme qui, par cupidité, ravit le bien des brahmanes, vivra dans l'autre monde des restes d'un vau* tour.

Selon la doctrine d^s Hindous, les diverses infirmités qui affligent l'espèce humaine sont le résultat de

autes commises dans une existence précédente; le meurtrier d'un brahmane est affligé de consomption pulmonaire; le voleur de cheyaux est boiteux ; le voleur de vêtements a la lèpre; le voleur de la doctrine sacrée, c'est-à-dire celui qui étudie sans en avoir l'autorisation, est muet; la cécité, Vidiotisme, etc.» sont le châtiment de diverses fautes graves dont on ne s'est pas purifié.

Les Hindous croient qu'il y a des génies ou esprits qui, en punition des fautes qu'ils ont commises, sont condamnés à errer dans le monde ; ils ne peuvent améliorer leur sort qu'en ramassant les prières que l'on adresse aux dieux; ces esprits s'approchent des fidèles qui sont en train de vaquer à leurs exercices de piété, et ils s'efforcent de leur donner quelques distractions afin de leur faire omettre quelques-unes des cérémonies prescrites; ce n'est que par ce moyen qu'ils peuvent ramasser une quantité suffisante de prières pour obtenir d*ètre autorisés à changer de nature. Ils deviennent alors des âmes, ils entrent dans le corps d'un homme, et ils peuvent arriver à la béatitude promise à ceux-ci. Afin d'éviter la surprise qui les menace, les Hindous ne se livrent aux exercices de leur culte qu'après avoir jeté trois fois de l'eau par-dessus l'épaule du côté gauche; c'est le seul endroit par lequel les esprits dont il est question peuvent les aborder.

On sait avec quelle rigueur les pénitents indiens s'infligent les austérités les plus pénibles, dans l'espoir d'obtenir des récompenses futures; les.uns se font attacher au pied d'un arbre par une chaîne qui ne les^ quitte pas de leur vie, d'autres font vœu de rester juS' ^'à la mort duis une posture des plus pénibles, telle que d'avcâr les poings toujours fermés, de tenir les bras constamment croisés sur la pdtrine, ou les mains

élevées sans cesse au-dessus de la lôte. lîs sont aîns ' ^bors d'état de prendre de la nourriture, et leurs disciples les nourrissent. Il en est qui s'enterrent jusqu'au cou; d*autres s'enferment dans une sorte detombeauet no respirent que par une petite ouverture. Il s'en trouve qui s'engagent à ne jamais se coucber ; d'autres se tiennent un pied en l'air, les deux bras élevés^ et les regards tournés vers le soleil. Le voyageur Sonnerai en Tit un qui s'était percé les joues et la langue avec un morceau de métal qui formait un cercle au dessous du menton.

Jarric s'exprime en ces termes à l'égard du sacrifice volontaire que de pieux Indiens font de leur personne :

«Tandis qu'on porte la pagode par les rues sur un grand cbar triomphal, traîné à force de bras par plus ^e cinq cents personnes^ ceux qui s'estiment les plus dévots à l'idole se mettent à travers du chemin par où ^e char doit passer, afin d'être foulez et écrasez par la pesanteur des roues. Aussi n'en sortent-ils pas, les misérables, sinon tous déchirez en pièces, mais ils sont lenus et reputez de la populace pour si grands saints, -que chacun en désire avoir des reliques pour garder -et tenir avec honneur, à cause de quoy ils les découpent en cent mille morceaux. »

Un pieux anachorète hindou, désireux de se distiagner par quelque acte d'une austérité extraordinaire, 'S'enfonça dans lo pied une alêne, et il s'obstina à la laisser plusieurs années dans la plaie, faisant serment qu'il ne la retirerait point jusqu'à ce que Brahma consentît à danser en sa présence. Brahma, ému de compassion, daigna se rendre aux vœux du solitaire; mais il ne vint pas seul : le soleil, la lune et les étoiles l'aecompognèrent , et il en résulta une danse des plus extraordinaires, pendant laquelle uneebaîoe d'or tomba

de Vnn des pieds du dieu; le nom de Cidamburan (chatae d*or), est resté à Tendroît où s'accomplit cet événement singulier.

Des Hindous observent, en Thonneur de Vischnou, un jeûne de quarante jours, pendant lequel on doit observer une continence sévère et ne prendre d'autres aliments que du lait et des figues. Tous les matins, il faut faire cent et une fois le tour de la pagode en prononçant . les noms du dieu. Des dévots, voulant faire preuve d'une ferveur exceptionnelle, font mille et un leurs. Après avoir pratiqué ce jeûne durant douze années, ou en est quitte pour le reste de sa vie.

Les bœufs sacrés, qu'on trouve à chaque pas dans les mes de Bénarès, sont aussi fiers que pouvait l'être Apis^ aux plus bdaux jours de sa puissance. La multitude de ces animaux est une calamité contre laquelle l'autorité anglaise ne peut prendre que des mesures secrètes; caries habitanis regardent avec une vénération profonde ces quadrupèdes qu'ils nourrissent pieusement. Il est de croyance constante parmi les Hindous que si on lâche untaureausacréàla mort d'un parent ou d'un ami, l'animal emporte à la pointe de ses cornes tous les péchés «du défunt, auquel cette manière d'expiation évite de revenir à la vie pour des millions d'années, sous la forme désagréable d'un ver de terre ou d'un crapaud; aussi n'est-ce qu'à la dernière extrémité» alors seulement que la population bovine a par trop augmenté, que les magistrats se décident à délivrer la cité de ces hôtes importuns. A la nuit, des agents de police conduisent les quadrupèdes dans des forêts voisines, où des léopards incrédules et des tigres esprits forts ont bientôt fait justice des prétentions des bœufs-dieux.

La cité de Bénarès, ce foyer de la religion brahma-

250 CURIOSITÉS THËOLQGIQUES.

niqae, est bâtie, comme chacun sait, sur lapoiate du trident de Siva, tandis que les autres points de notre globe reposent sur les dix mille têtes du serpent Annntai ot, par ce seul fait, elle se trouve protégée contre les tremblements de terre; mais ce privilège, tout admirable qu'il est, n'est point le seul dont jouissent les habitants de la ville chérie de Brahma; un pèlerinage -en ses murs vous assure toutes sortes de félicités, et quiconque a le bonheur d'y mourir échappe aux transmigrations redoutables dont la loi hindoue est si prodigue, «t se trouve absorbé immédiatement dans le sein de la divinité. Ces croyances, pour la population de tout le <K)ntinent Indien, sont des dogmes incontestés et incontestables ; elles expliquent le nombre immense de pèlerins qui visitent chaquo année Bénarès, et la population de plus d'un million d'âmes agglomérées dans les rues sombres, étroites, infectes de cette ville.

C'est à des idées religieuses fort étranges queFInda a été redevable de l'association de Thugsy la plus puissante, la plus fortement organisée réunion de malfaiteurs que Ton ait jamais connue. Elle remonte à la plus haute antiquité, et ils l'expliquent eux-mêmes par dos légendes mythologiques que nous résumons en quelques mots. A l'origine du monde, le principe du mal, la déesse Kali ou Bouhanie, pour soutenir la lutte avec le principe créateur, institua l'ordre des Thngs, et lui révéla la science de la strangulation. Ses faveurs ne s'arrêtèrent pas là; elle donna à ses adora-» teurs des traces évidentes de sa protection, en faisant disparaître les corps de leurs victimes. Un jour, des Thugs, cédant à une curiosité funeste, épièrent les mouvements de la déesse au moment où elle enlevait le cadavre d'un homme mis à mort. Depuis ce temps, les Thugs ont dû enfouir eux-mêmes dans la terre les traces

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES. SSi

matérielles de leur terrible coite; mais la déesse» cour servant à Tordre entier son patronage, n'a cessé deveil- 1er sur loi. Les divers actes des Thugs sont entourés doi pratiques superstitieuses. S'agit-il d'admettre un non-* ▼el initié, on attend en silence que Bouhanie fasse connaître par quelque signe certain que cet adepte lui est agréable; lorsque la volonté de la déesse s^est manifestée par Taboiement d'un cbacal, le braiement d'un âne, le vol d un canard ou tout autre indice aussi irréfutable, on met une barre de fer, symbole de Tasso-^ ciation, entre les mains du récipiendaire ; il répète xuk serment solennel et terrible, il reçoit des mains da prêtre un morceau de sucre consacré par des prières, et les cérémonies de l'initiation sont achevées. Le nouvel adepte appartient à l'association des Tliugs, et son existence est mise au service de la sanguinaire Bou^ banle.

Au moment d'entrer en campagne, le premier acte ^es Thugs réunis est de rendre hommage à ladéesse, qui prend soin elle-même d*indiquer par des présages la route qui doit être suivie. Chaque meurtre est ac* eompagné de cérémonies minutieuses ; la part du butin de la déesse est religieusement donné aux prêtres ou aux chams, initiés aux mystères du culte, mystères interdits aux autres Thugs, qui se divisent en àouthotes^ chargés de faire usage du mouchoir qui devient une arme de mort, en ItighiM ou fossoyeurs experts, grâce à une longue pratique^ dans l'art de creuser des tombes* invisibles, et en sorthus qui cherchent à capter des victimes, à les attirer dans leurs filets. Jamais les Thugs n'emploient la violence ; tout meurtre commis par eux est préparé de longue main; c'est à l'improviste et par trahison qu'ils se défont de ceux qu'ils poursuivent, et les victimes sont aussitôt placées face contre pieds dans

28S CURIOSITÉS THÊOLOGIQCES.

une fosse qu'on recoavre de sable et dont on s*éloîgne rapidement.

Quelques chefs deThugs occupaient de hautsemploîs, étaient des marchands riches et considérés. Gens fort honorables sous bien des rapports, ils n'avaient d'autres défauts que celui d*assassiner Je plus possible^par suite d'une dévotion fervente à l'égard de Bonhanie. Grâce i Tindifférence que les divers gouvernements qui ont longtemps dominé dans Flnde ont toujours montrée pour la vie humaine, et grâce au mystère qui la couvrait , l'association desThugs a subsisté impunément pendant des siècles ; les Anglais ont fini par mettre un frein aux exploits de cette formidable congrégation; des mesures énergiques sont venues, à partir de 1830, arrêter le zèle des Thugs; en quelques années on en arrêta 3,266; 413 furent pendus, i,0S9 furent déportés. Le Thuggisme est signalé dans les rapports officiels comme entièrement éteint; il parait toutefois qu'il a continué de célébrer clandestinement ses homicides acrjfices, et les troubles dont l'Inde est devenue le théâtre doivent avoir fourni Toccasion de rendre de nouveaux hommages à Bouhanie. Au milieu des horreurs d'une guerre acharnée, la disparition de quelques centaines de voyageurs n'aura excité nullement l'attention des autorités britanniques, préoccupées de soucis bien plas graves.

La déesse Bouhanie ou Bharmis, dont nous avons parlé, est l'épouse du dieu Si va ; on la représente sous Tin aspect peu flatteur : un visage noir, de longues dents saillantes, des cheveux hérissés et entrelacés de serpents, huit ou seize bras tenant des épées, des tridents, des massues, des plats destinés à recevoir du sang. C'est la déesse qui punit les méchants et frappe les coupables; elle a soif de sang; on lui a jadis sa-

crifié des victimes humaines ; depuis on lui a immolé des bœufs ou des coqs. Les Thugs avaient voulu remettre en vigueur les coutumes du bon vieux temps.

!•• Bovédhism*.

Le bouddhisme mérite de nous arrêter un instant. Cette religion, sous diverses formes, domine en Chine, au Japon, dans les Ëtats transgangétiques ; elle a son sanctuaire dans le Tibet; expulsée de Tlnde, elle esC restée souveraine à Geylan, et elle donne des lois à une masse d'êtres humains qu'on a évaluée de 400 à 500 millions.

Les légendes bouddhiques abondent en récits merveilleux et en miracles absurdes ; en voici un échuntillon :

Dharma, fils d'un prince indien, vivait au sixième siècle de notre ère ; il prêcha sa doctrine en Chine et au Japon ; son genre de vie exlraordinaîre et ses austérités excessives donnaient un grand poids à ses paroles. Des herbes et des racines formaient toute sa nourriture. Il était, jour et nuit, plongé dans une méditation profonde. Il s'engagea même, par un vœu formel, à ne jamais dormir; mais la nature succomba un jour sous cette application continuelle, et le sommeil le surprit malgré lui. Dharma, confus et irrité de sa faiblesse, se coupa les paupières. Le lendemain, il fut bien surpris de les voir transformées en deux arbrisseaux ; il en goûta quelques feuilles , et il sentit aussitôt dans tout son corps une agitation qui lui inspirait de la gaieté, lui dégageait la tête et le rendait plus propre à la contemplation. Ces arbrisseaux étaient précisément ceux qui portent le thé, dont l'usage était jusqu'alors resté inconnu. Dharma, charmé de cette découverte, se

m CURIOSITÉS THËOLOGIQUBS.

hâta de la communiqaer à ses disciples, et ce fat ainsi qae Tosage du thé se répandit partout. On représente ee personnage sans paupières et ayant sous les pieds on roseau miraculeux à Taide duquel on assure qu'il passa souvent» à pied sec, des mers et des rivières.

Les fables bouddhiques se distinguent par un caractère singulier d'exagération; les dieux, les saints, les génies ne se comptent que par millions et par milliards. Les périodes que les mondes parcourent dans leur formation, leur existence et leur destruction, la durée assignée à la vie des ôlres qui peuplent l'univers, tout cela s'exprime par des nombres qui dépassent ceux dont on fait habituellement usage. Il a fallu en créer d*autres dont la progression ascendante pût satisfaire à ces progressions fantastiques. La série qu'on a imaginée au Tibet et à Ceylan s'élève jusqu'à l'unité suivie de soixante zéros ; ce chiffre, passablement élevé, n'a pas été jugé suffisant; au moyen de multiplications répétées on est arrivé à tA nombre qui est qualifié d'indtcttflement indicible et qu'exprimerait l'unité suivie de 4,454,448 zéros, ce qui, en typographie ordinaire, ferait une ligne de chiffre d'une longueur très-raisonnable <15,000 mètres environ).

Un nombre encore plus élevé est employé dans la cosmographie mythologique ; il n'est point évalué, et son nom désigne le nombre des atomes contenus dans la montagne céleste.

Les bouddhistes représentent la terre comme partagée en quatre grandes îles ou continents placés aoz quatre points cardinaux de la montagne ; dans le continent que nous habitons, les hommes ont trois à quatre coudées de haut et leur vie est limitée à cent ans. Dans les trois autres, la taille est de huit, seize et trente-

deux coudées; la dorée de rexistence est de deux cent cinquante, de cinq cents et de mille ans.

Àu-dessoos de notre continent se trouvent d'immenses couches de terre, de feu et d'air ; elles recou* Trent une roue de diamant dans laquelle sont renferr mées les reliques corporelles des Bouddhas des âges antérieurs.

Huit grands enfers brûlants et huit grands enfers glacés sont au-dessous de la surface du globe ; seize petits enfers sont placés aux portes de chacun des grands.

Sept mers se trouyent sur ia terre : la mer salée, qui est renfermée dans une roue de diamant en mouvement; la mer de lait, celle de crème, celle de beurre, celle d'hydromel, celle de vin, et enfin celle qui renferme les plantes d'heureux augure.

Le mont Mérou est au centre du monde; ses flancs sont de cristal, de saphir, d*or et d'argent; il est partagé en divers étages habités par.des êtres divms de plusieurs degrés.

La naissance de Bouddha fut accompagnée de miracles remarquables; trente -deux signes précurseurs apparurent dans le palais du roi son père. Les fleurs, ouvrant leurs calices, ne s'épanouissaient pas, deux cenlmiiie grands trésors apparurent ouverts et restèrent ainsi; des eaux de senteur» tièdes et parfumées, coulèrent; cinq cents jeunes éléphants blancs vinrent toucher de leurs trompes les pieds du roi; le soleil, la lune et les étoiles s'arrêtèrent; dix mille filles des dieux, tenant en leurs mains des éventails de queue de paon, se montrèrent dans le ciel ; cent mille filles des fteux, portant des conques et des tambours suspendus à leur cou, se montrèrent; des magasins détofles et de diQses précieuses i^parurent les portes ouvertes;

toutes les femmes enceintes accouchèrent très-heureusement.

La mère du Qoudâha (ut entourée de quatre-yingc^ quatre mille chars attelés de chevaux et de quatrevingt-quatre mille chars aUelés d*éléphants. Un plukcha (figuier) magnifique s*inclina devant elle ; elle étendit le bras droit, le saisit par la branche, fît uo bâillement et resta immobile. Dix mois après, Bouddha sortit sans souillure du sein de sa mère ; un grand lotus blanc perça aussitôt la terre ; il s'assit dessus et il aperçut d*un seul coup d*œil les trois mille grands milliers do régions des mondes.

On avait à Geylan une vénération extrême pour une dent de singe qu'on regardait comme une relique de Bouddha; un gouverneur portugais la fit brûler; mais les Cbingalais prétendent qu^elle s*échappa miraculeusement du feu et se réfugia dans le calice d^une rose.

Chez les Mongols, une œuvre très-méritoire est de faire lire le Gandjour et le Dandjour, énormes recueils des livres saints de la religion lamaïque. Voici comment la chose se passe : Celui qui désire se livrer à celte œuvre pie s'adresse à un monastère qui possède cette collection. Il faut que les lamas réunis an couvent montent à quelques centaines. Le néophyte verse dans la caisse de la communauté le prix fixé -(il équivaut en quelques endroits à 400 fr.); mais il peut être dépassé, selon la bonne volonté du pétitionnaire, qui, de plus, fournit le thé que les lamas boivent dans le temple où ils font la lecture. A un signal donné, tous les religieux se rendent au lieu de réunion, où chacun occupe sa place par rang d'ancienneté, et devant lui sont placés quelques feuillets du recueil sacré, qui est ainsi distribué en toulité, et sa lecture peut s'achever en quelques heures. A la sortie du temple, chaque lec«

leur reçoit sa quote-part de la somme payée pour la îeetnre , et naturellement les supérieurs touchent la plus grosse portion.

Dans quelques villes de )a Tartarie on adorait une idole nommée Manipa ; elle était pourvue de neuf têtes s'élevant en forme pyramidale. Une fois par an, lors de la fête de cette idole, de fougueux adorateurs parcou* raient les rues, tuant tout ce qu^ils rencontraient, bêles et gens, et croyant ainsi se créer des titres à la protection de Manipa.

Plusieurs nations tartares sacrifient, après la mort d*an personnage d'un rang élevé, des boucs et des béliers. Les peaux des victimes sont attachées à Textrémité d'une perche, et on leur rend des hommages religieux. On place tout alentour des offrandes auxquelles le voleur le plus audacieux n'oserait toucher.

Les «Japonais.

Le daîri on souverain pontife du Japon est regardé comme le représentant direct de la Divinité en ce bas monde. Il ne marche jamais, car la terre est un objet trop vil pour qu'il daigne la toucher de ses pieds. Lorsqu'il veut se transporter d'un lieu à un autre, il faut qu'il soit porté sur les épaules de ses gardes. Personne n'ose toucher sa barbe^ ses cheveux ni ses ongles, et il est au-dessus de sa dignité de se débarrasser luimême de ces superfliuités ; c*est durant son sommeil qu'on l'en délivre. Autrefois il était obligé de se montrer tous les matins, assis sur son trône, et de rester plusieurs heures exposé aux regards des fidèles sans se permettre aucun mouvement. Le peuple était con- Talneu que cette immobilité assurait le repos de l'État.

8*il était arrivé an daïride remuer lepieâon la main, de tourner la tète de quelque côté, Tempire était me* nacé d'un bouleversement total. Aujourd'hui le pou* tife est délivré de toute cette gêne insupportable.

On ne sert jamais deux fois dans la même vaisselle ce représentant de la Divinité ; les plats qui ont paru sur sa table sont immédiatement brisés. [Les Japonais sont persuadés que si un laïque mangeait dans un dô ces plats, sa bouche et sou gosier s'enflammeraient smle-champ.

Les habits qui ont servi au dairi sont immédiatement brûlés, afin d'être préservés de tonte chance de profanation.

Tous les dieux viennent une fois par au lui rendre làsite comme à un collègue. C'est ordiuaireme&t peu* dantle cours du dixième mois de Tannée japonaise que le daïrl reçoit ces visites célestes. C'est pour cette raison que ce mois est appelé le mois sans dieux. Tout culte religieux est alors interrompu, parce qu'on suppose que tous les dieux ont quitté leurs temples pour se rendre à la cour du dairi. Outre ces visites annuelles, le pontife japonais a toujours dans son palais trois cent soixante-six idoles, dont l'emploi est de monter la garde tour à tour, chaque nuit, auprès de son lit. Si^par ha* sard, ledaïri se trouve incommodé pédant la nuit, oft s'en prend à la sentinelle, on donne la bastonnade i l'idole qui était de garde, et on la condamne i un ofl de cent jours.

Près d'un chemin qui conduit à ledo, on voit un lac que les J^)onais regardent comme le séjour réservé aux enfants qui sont morts avant l'âge de sept ans. Bs pensent qu'ils subissent des peines dont ils ne peuvent être délivrés que par les libéralités des vivants et par les prières des bcmzes. Lorsqu'on apporte i cea-d

une offrande, ils donnent en échange an papier sur lé* quel sont inscrits les noms de certaines divinités. Le Japonais reçoit avec respect, et tète nue, ce papier; il rattache à une pierre et le jette dans le lac, bien convaincu que les défunts sont soulagés à mesure qae les noms inscrits sur le papier s'effacent dansVean. ** Les livres sacrés des Japonais racontent que la déesse Bensaiten pondit un jour cinq cer.ts œufs ; elle craignit qu'il n'en sortît quelque objet monstrueux, et elle les jeta dans un fleuve après les avoir placés dans une boîte. Un pécheur trouva cette boîte, l'ouvrit et porta les œufs à sa femme. Grande fat la surprise du ménage lorsqu'ils virent qu'à chaque œuf qui était cassé, il en sortait un enfant. Cette nombreuse progéniture grandit, et la mère la réunit plus tard autour d'elle.

Les bonzea japonais recommandent aux dévots de réciter tous les jours cent huit fois une certaine prière, parce que, disent^!?, il y a un pareil nombre de péchés auquel l'homme est sujet, et, contre chacun de ces péchés, il faut employer une prière.

Divers voyageurs racontent qu'au Japon les adorateurs du dieu Amida s'imaginent qu'en se suicidant en l'honneur de cette divinité, ils sont certains d'obtenir une béatitude immense dans l'autre monde. Il n'est donc pas rare qu*un dévot se noie pour donner un témoignage éclatant de sa piété. Il veut donner de l'éclat à Taccomplissement de sa résolution, et il s'efforce de réunir des prosélytes décidés à raccompagner dans l'autre monde. Il proche dans tous les carrefours qu'il fait retentir de ses invectives contre la corruption du alèole et les faux biens du monde ; il retrace éloqnemment les misères qui affligent l'existence de l'homme; il fait un tableau sédaisant des récompenses magnifi* fîtes réservées k ceux qui meorent pour Amida. Il ar-

rive souvent que Toratear trouve quelque fanatique dégoûté de la vie et disposé à saisir cette occasion de mourir avec gloire. Les victimes volontaires se dirigent vers un flieuve ou vers la mer ; leurs parents et leurs amis les escortent ; un grand nombre de bonzes grossissent le cortége.On monte sur une barque réservée pour cet usage : elle est dorée et ornée d'étoffes de soie. L'adorateur d*Amida témoigne sa joie en dansant au son des instruments de musique peu harmonieux eu usage dans le pays ; il s'attache ensuite de grosses pierres au cou, à la ceinture et aux jambes, et il se pré* cipite dans les fliots tète baissée, en récitant certaines prières.— Il existe aussi une autre manière de s'immoler en Thonneurd'Amida: elle consiste à s'enterrer tout vivant. La viciime choisit une grotte ayant à peu près la forme d'un tombeau, et si étroite qu'il est impossible de s'y asseoir. Elle s'y enferme; on en mure l'ouverture, en nyiaîssant qu un petit soupirail. Ajoutons que le dieu qu'on pense honorer par de semblables pratiques est habituellement représenté avec la tète d'un chien et monté sur un cheval à sept têtes ; elles sont l'emblème de sept mille siècles.

Une secte japonaise, dont le fondateur fut un anacho* rète nommé Chacubout» a pour croyance que ceux qui n'auront pas exactement observé les prescriptions de la loi seront condamnés à renaître successivement dans divers corps, pendant une période de trois mille ans; et^ lorsqu'ils auront ainsi expié leurs fautes, ils seront admis au nombre des bienheureux.

Les Jammabos sont des ermites établis au Japon, et qui sont soumis à des règles singulières. Chez eux un novice est astreint à de rudes épreuves : du riz et des herbes doivent composer son unique nourriture ; il faut qu'il prenne sept fois parjourunbain d^eau froide et

CURIOSITÉS THÉOLOGIQDES. 241

qu'il se tienne à genoux de façon à être assis sur ses talons; il doit quitter et reprendre cette position sept cent quatre-vingts fois par jour en ne manquant point, chaque fois qu'il se relève, de frapper des mains audessus de sa tête.

Parmi les dieux vénérés au Japon, il ne faut pas oublier Combadaxus; c'était un bonzo qui, fort jeune en* core, annonça que, dégoûté de Texistcnce, il voulait se plonger dans la retraite et y dormir dix millions d'an* nées. 11 entra en effet dans une caverne dont rentrée fat aussitôt murée. Les Japonais le croient encore vi- Tant et lui rendent hommage comme à un dieu.

Un des principaux devoirs du saintoïsme, ou religion du pays dont nous parlons, est un pèlerinage à la cabane où est né Tensin-Day-Sin, le chef do la race des dieux japonais. Cette cabane, étroite et basse, est entourée de cent chapelles. Les femmes font ce pèleiin^ge ainsi que les hommes, et on prétend que loraqu' elles accomplissent ce devoir, elles sont exemptes des incommodités auxquelles leur sexe est soumis. Parmi les pèlerins, il y en a qui sont presque sans vêtements en dépit du froid, d'autres s'imposent une abstinence sévère, d'autres sont tenus de n'aller qu'en courant. Pendant tout le voyage, une continence rigoureuse est indispensable. Au moment de se mettre en route, le pèlerin suspend à la porte de sa maison une corde garnie de papiers découpés et avertit ainsi les étrangers de s'éloigner, car si l'un d'eux entrait dans rhabitation en se trouvant dans un état d'impiété, le voyageur serait exposé aux plus grands périls. On distribue aux

èlerins des boites remplies de petits bâtons garnis de découpures de papier, et on attribue à ces objets le privilège d'effacer tous les péchés, mais cette vertu ne B'étend pas au delà du terme d'une année.

lh% CURIOSITÉS THÊOLOGIQÙBS.

%%m Stftmois

Xe législateur des Siamois, Sommana-Ehodom, a été Vobjet des légendes les plus singulières : on prétend qu*il naquit d^une flieur de lotus qui flottait sur Teau; il habita cinq cent cinquante corps différents et fut toujours, homme ou bête, un modèle de vertu.

Telle était sa charité que, voyant un jour des animaux tourmentés d'une faim cruelle, il leur donna sa «hair à manger. Pour n'être pas distrait dans ses méditations par les objets extérieurs, il prit le parti de «'arracher les yeux. Sa patience était si grande, qu'un trahmane s^étant saisi de sa femme et de ses enfants, leur fit subir en sa présence divers supplices, sans que le saint cherchât à s'opposer à ces violences.

SommanaKhodom faisait des miracles à foison. Il devenait invisible lorsque la chose lui convenait. Son corps acquérait, à son gré, des dimensions colossales, ou se trouvait réduit à un atome imperceptible ; il n'avait qu'à vouloir, et il était transporté dans les pays les plus éloignés. l\ tua un jour un man, c'est-à-dire un personnage aux formes monstrueuses et ennemi de la loi; lame du man passa dans le corps d'un cochon; Sommana-Khodom en mangea et mourut comme em-' poisonné, à l'âge de quatre -vingts ans.

Le quatrième des Bouddhas qui ont existé depuis la reconstruction de l'univers, le Bouddha actuel, a été tour à tour serpent, moineau, cigogne, bœuf, tortue, «ygne, lion ; il a passé dans les corps de toutes sortes 4'animauxde couleur blanche.

Le jour de sa dernière naissance comme homme, cent mille mondes tressaillirent de joie. Il voulut un jour

monter an ciel, ei les anges construisirent aussitôt une échelle d'or pour lui en faciliter les moyens.

Entre autres miracles racontés à Tégard de Phra- Khodom (tel est le nom de ce Bouddha), citons les suivants :

Une famille de brahmanes feignit de se convertir au i)Ouddhisme, et elle invita PhraKhodom à venir prêcher chez elle; dans la partie inférieure de la maison, on plaça un énorme réchaud plein de charbons ardents; la chaire préparée pour le prédicateur avait un fond à bascule arrangé de manière à le faire tomber dans le feu. Phra-Khodom monta dans cette chaire, et à peine avait-il commencé son sermon que le plancher loi manqua sous les pieds, mais à Finstant les charbons ardents furent convertis en un monceau de fleurs où le saint se trouva assis fort mollement. Ce miracle opéra la conversion de la famille.

Un jour, tandis que Phra-Khodom était en méditation» le roi du paysvint^le visiter,en luiannonçant qu'il allait, avec son armée, donner la chasse à un terrible brigand nommé On g-Kuliman. Cebandit était un brahmane qui, s*étant adressé un jour à un docteur d'une certaine secte abominable, lui avait demandé : « Maître, que faut-il que je fasse pour aller au ciel? » Le docteur lui répondit : «Va dans le bois et tue tous les voyageurs que tu rencontreras. Lorsque tu en auras immolé cinq cents, tu es sûr d'aller au ciel. » Ce misérable suivit ce précepte, et, à chaque victime nouvelle, il coupait on doigt qu'il portait à son cou en guise de collier, afia de ne pas se tromper sur le nombre des personnes qu'il avait égorgées. Il était devenu la terreur de tout le pays, et son collier se composait déjà de quatre cent quatre-vingt-dix-neuf doigts à l'époque où le roi vint trouver Phra-Khodom. Le saint répondit au monarque :

a&4 CURIOSITÉS THÊ0L0GIQUE8.

« Retourne en ton palais; n'envoie pas tes soldats poor poursuivre cet homme, car je crois qu'il va se con- Tertir et devenir un saint ; je me charge de Vamener 4ans mon monastère et de l'ordonner honze. » Il s'en alla seul dans la forêt où le brigand attendait les pas* ^ants. Dès qu'Ong-Kuliman le vit, il courut sur lui, le sabre levé, comptant bien compléter le nombre de ses victimes. Phra-Khodom marchait d'un pas lent et majestueux, sans faire attention au bandit qui le poursui- *vait à toutes jambes. Au bout de quelque temps, Ong* Kuliman, voyant le saint toujours à la même place, loi eria : « Qui es-tu? es-tu un homme, un ange ou un 4émon ? Quoique je coure de toutes mes forces, je vois que je ne puis pas t'attraper. » Phra-Khodom lui répondit : « Qaand même tu volerais plus vite qu'un oiseau^ tu ne pourras jamais m*atteindre. » Le brigand le poursuivit jusqu'à perdre haleine, et il tomba enfin exténué de fatigue en priant Phra-Khodom de s'arrêter, s'avouant vaincu, et, levant les mains pour saluer le saint avec le plus profond respect, il se rendit, doux comme un agneau^ au monastère, prit Thabit de bonze, et donna depuis Texemple de toutes les vertus.

Thevathut, beau-frère de Sommana Khodom, obéissant à des sentiments d'une haine jalouse,conspira contre sa vie, mais toutes ses tentatives furent déjouées. Étant tombé malade, il voulut se faire porter près du saint, afin de s'humilier devant lui et d'implorer son pardon, mais Sommana-Khodom prédit qu'ils ne se verraient pas. En eiTet, Thevathut étant tout près de l'endroit où se trouvait le saint, ses pieds s'enfoncèrent dans la terre qui l'engloutit peu à peu, et il descendit jusqu'au grand enfer Avichi, où son corps, haut de huit mille toises,, est empalé dans trois grandes broches de fer et torturé car de§ flamn^es ; il ne peut n| se retourner ni. se coa-

cber, et il souffrira ces horribles toarments durant cent mille Kabiy ensuite il reparaîtra sur la terre et de- Tiendra bouddha.

Gomme échantillon des singularités contenues dans les livres religieux des Siamois, nous dirons qu*on lit dans Tun d'eux, attribué au dieu Sommana-Rhodom luimême, qu*un éléphant avait trois têtes, chaque tête avait sept dents, chaque dent renfermait sept étangs ; dans chaque étang il y avait sept fleurs, chaque fleur était formée de sept feuilles, et sept tours s'élevaient sur chacune de ces feuilles.

Tout le monde sait qu'un éléphant blanc est honoré au Pegou et à Siam comme une divinité. On lui offre à manger dans de la vaisselle en vermeil. Lorsqu'on le conduit à la promenade, six personnages des plus dis^ tingués du pays soutiennent un dais sur sa tête.

Sa marche est un véritable triomphe ; tous les instruments de la très-discordante musique du pays raccompagnent. On ne le mène boire qu'avec de pompeuses cérémonies ; on lave ses pieds dans un bassin d'argent.

Le motif donné à ce culte c'est que Vâme du dieuRama passa successivement dans quatre-vingt mille corps différents, et le dernier dans lequel elle habita fut celui d'un éléphant blanc.

Les Siamois s'imaginent que le moment oti un homme étemue est précisément celui auquel les anges chargés de surveiller sa vie marquent quelque mau- Taise action sur leur registre.

Les Siamois croient qu'une foule d'esprits fort puissants et très-disposés à nuire sont répandus dans l'air. Peur se prévenir contre leur malice, on n'a qu'à faire usage de certains papiers sur lesquels sont tracées des paroles magiques. Quand un Siamois prépare un remède, il garnit de ces papiers les bords du vase, et les

S46 GURIOSITËS THÉOLOGIQUES.

esprits ne peuvent emporter la vertn dn médicament. Un navire est-il surpris par une tempête, on munit tons ses agrès de semblables papiers, et on ne donte pas que la puissance des démons qui troublent les airs ne soit ainsi tenue en échec.

Les Parsees ou adorateurs du fen prétendent être restés fidèles aux doctrines de Zoroastre; ils subsistent encore, mais en petit nombre, sur le littoral du golfe Persique, à Bombay et dans les provinces voisines. (1 est question dans leurs livres d'un âne à trois pieds placé au milieu de TËuphrate; il a six yeux, neuf bouches, deux oreilles, et une corne d'or ; il est blanc et nourri d'un aliment céleste; mille hommes et mille animaux peuvent passer entre ses jambes*, c'est lui qui purifie les eaux de TEuphrate et qui arrose les sept contrées de la terre. S'il se met à boire, les poissons créés par Ormusd engendrent, et les créatures d*Abr|man ou dn mauvais principe avortent.

Les AfrioAins.

Les nègres de la côte occidentale d'Afrique ont un grand nombre de prêtres un peu sorciers qui se mêlent de conjurer les mauvais esprits, de faire tomber la pluie, d'arrêter les épidémies, etc. Leur chef est appelé le chalombe, et il est honoré comme un dieu. Il garde dans sa maison le feu sacré, et il le vend au peuple à un prix excessif; aussi est-il défendu d'entrer dans sa demeure sous les peines les plus sévères. On croit que si cet important personnage venait à succomber à une mort naturelle, le monde finirait promptement; aussi»

CURIO;SITÉS THÉOLOGIQUES. lAT

lorsqu'il est atteint d'une maladie grave ou lorsqu'il est parvenu à une grande vieillesse, on l'étrangle ou on Vassomme d'un coup de massue.

Dans le royaume de Loango, en Afrique, on pensa qu'il y a dans la famille royale un certain nombre réglé d'âmes qui reste toujours le môme ; celles des défunts passent dans les enfants qui naissent.

Les insulaires de Socotora font tous les ans une procession en rhonneur de la lune, et on coupe les doigts à celui qui veut porter la bannière. Après cette opération; il est regardé comme un martyr, et on lui accorde différents privilèges^ (Tensel, Vita S. Xavierii,)

Dans certaines peuplades africaines, celui qui se mariait ou qui se faisait percer les oreilles se coupait deux doigts de la main et les présentait à l'idole.

Chez des tribus de la côte occidentale, l'offrande de^ victimes humaines est un acte très-fréquent ; le grand prêtre est le grand sacrificateur; lui seul a le droit de plonger le couteau dans le sein des victimes. Il se pré^ pare pendant un certain nombre de jours à cet acte solennel par la retraite où l'accompagne toujours celui ou celle qui doit être sacrifié. Chez quelques peuples, ces sacrifices n'ont lieu qu'à l'occasion de quelques grandes calamités attribuées au génie du mal, lorsqu'il y a, par exemple, une forte épidémie^ ou lorsque le monarque est atteint d'une maladie dangereuse. Dans l'intérieur les immolations sont nombreuses; le grand prêtre est toujours consulté, et lui seul décide si des victimes sont nécessaires.

11 existe chez les nègres du Sénégal une caste particulière, celle des griottes; c'est elle seule qui est en possession de fournir des poètes et des musiciens. Elle descend directement du diable, s'il faut s'en rapporter i une vieille légende africaine qu'un voyageur ra-

eonte en ces termes : « Le méchant esprit, s*étant fait homme, commettait tant d'abominations qu'on le jeta dans la mer, mais un pécheur prit et mangea un poisson qui avait avalé du corps du Malin... et le mauvais génie ressuscita en lui. Le pêcheur fut lapidé et enterré profondément ; par malheur le vent le découvrit ot en emporta quelques lambeaux dans les aliments d'anchasseur, qui devint un nouveau démon. On s'empressa de Vexterminer, son corps fut réduit en poudre aussi fine que la poussière du désert, et on le lança dans l'espace ; mais un homme qui était poëte et musicien en respira quelques atomes, et le diable reparut en lui. Cette fois on laissa vivre le possédé, et les griottes sont ses descendants.

A Madagascar on vénère un fétiche appelé oly: c'est une boîte remplie de substances assez dégoûtantes, telles que du sang de serpent, de la chair de crocodile ou d'ennemis égorgés. Les insulaires portent ce talisman attaché au cou ou à la ceinture ; et ils se croient alors en droit d'affronter impunément tous les dangers. S'il leur arrive quelque malheur, ils plantent une perche au haut de laquelle ils placent leur oly; ils lui adres* sent des réprimandes, lui reprochent son ingratitude et le frappent avec des bâtons. Ils ne doutent pas ensuite^ s'ils sont plus heureux, que ce changement de fortune ne soit le résultat de la correction infligée au fétiche.

Les nègres de la côte d'Or ont diverses manières de consulter leurs idoles ; une d'elles consiste à prendre au hasard une poignée de noix et à les jeter à terre. Le présage est heureux ou sinistrCi selon que lenombre des noix est pair ou impair.

Chez quelques peuplades de la Guinée, s'il arrive qu'une femme accouche de deux enfants à la fois, on immole los cnfauts et la mère à un dieu qui passe pour

résider dans les bois. Le mari peut racheter sa femme, sMl le veut, en faisant égorger xxn esclave à sa place ; qnelqnes-ans usent de cette faculté ; d*antres jugent à propo*^ de laisser Tnsage s'exécuter dans toute sa rigueur. Quant aux enfants, rien ne peut les soustraire à cet usage barbare.

La circoncision, généralement pratiquée en Afrique, est l'objet de diverses pratiques singulières cbez quelques peuples. Dans Tile de Socotora, au dire de certains voyageurs, on coupe les doigts de la main à tout homme qui ne serait pas circoncis. En général, c'est sur les enfants qu'on pratique cette opération; mais les Gallas, nation sauvage qui désole les frontières de l'Abyssinie, attendent qu'on ait grandi. Chez diverses nations de l'Afrique^ on fait des Incisions sur le corps des enfants que l'on circoncit; sept jours après la cérémonie, les parents célèbrent un grand festin^ et ils exposent sur les chemins des viandes et des boissons, dans l'idée que ces offrandes détourneront les esprits malins de nuire aux Jeunes néophytes. A Madagascar, ce sont les chefs de chaque village qui, une fois par an, à une fête qui revient vers le mois de mai, exercent cette opération. Si un homme impur assistait à cette cérémonie, on ne doute point que le sang de l'enfant ne pourrait être arrêté et que la mort ne s'ensuivit. On verse sur les plaies le sang d'un coq fraîchement tué et le jus d'une herbe appelée Iota.

n y avait autrefois au Pegou une coutume qui pouvait passer comme offrant de l'analogie avec la circoncision. On attachait aux jeunes garçons, de chaque côté des parties naturelles, un grelot ou une clochette, quelquefois une boule de la grosseur d'une noisette ou d'un gland ; un voyageur dit qu'il y en a de la grosseur d'un œuf de poule. Ces boules étaient de divers métaux, d'or,

950 GBRIOSITÉS THÊ0L06IQUES.

d'jurg^l, de cuivre oa de plomb, selon le rang de 1^ personne qui les portait. De vieilles femmes faisaient métier de vendre ces sonnettes et de les attacher. L'opération n'était pas dangereuse, et Tincision qu'il fallait faire se guérissait dans l'espace de sept à huit jours. Tous les mâles, et le roi lui-même, étaient obligés de se soumettre à cette épreuve.

C'était pis encore chez quelques peuplades des Philippines. L'usage y régnait de passer aux jeunes garçons, vers l'extrémité des parties naturelles, un clou dont la tôte était rivée et la pointe formée en couronne. Un autre prescription religieuse qui rentre dans le mémo ordre d'idées enjoint de retrancher, chez les Hottentots, le testicule gauche à tons les mâles. Tout homme qui, sans avoir subi cette opération, aurait commerce avec une femme, serait impitoyablement mis â mort, selon tm ancien usage; on est persuadé que tout individu, dans ce cas,ne produirait que des jumeaux. Pour prévenir tous ces inconvénients, on a soin de faire subir cette cruelle opération aux enfants dès qu'ils ont atteint leur huitième ou neuvième année.

La circoncision se célèbre avec beaucoup d'appareil chez la plupart des nations africaines. On attend que ceux qui doivent s'y soumettre aient quatorze ou quinie ans et qu'ils soient en grand nombre. Lorsque l'époque est fixée, on avertit tous les sujets du roi d'amener leurs enfants; ils arrivent deux à deux, accompagnés de musiciens, et escortés de parents et d'amis qui servent de témoins â leur profession de foi et les encouragent à souffrir patiemment l'opération. Chacun se présente à son tour, et, au moment critique, le candidat tient le pouce droit élevé et prononce la formule de foi mahométane. Il est à propos de montrer de la gaieté une fois l'opération terminée.

Cbez les Mexicains, il existait un usage qui rappekil la circoDcisioD. On faisait une légère incision aux par* ties viriles d'un nouyeau-né,aûn d'en tirer quelques gouttes de sang.

Lorsque les Guanches, ou anciens habitants des Ca* naries, manquaient de pluie, ou lorsqu'ils en avaient trop, ou bien lorsqu'ils étaient frappés de quelque calamité, ils conduisaient leurs brebis et leurs chèvres sur une montagne, et ils séparaient les petits d'avec leurs mères, dans l'idée que le courroux des dieux était apaisé parles bêlements de ces animaux, et qu'ils obtiendraient ainsi codent ils avaient besoin.

Il«s éa la mer dn Sad «t nations da l'Amérique»

La Polynésie est encore le théâtre de sacrifices humains ; ils ont à peu près cessé dans les archipels de Tonga, de Haouaï et de Taïti , mais ils y ont fleuri longtemps ; les victimes étaient presque toujours prises dans la classe du peuple ; on prétend que les chefs choisissaient de préférence des individus qui, n'ayant ni parents ni amis, n'excitaient nul regret et ne provoquaient aucun trouble; parfois, ou s'attachait à des gens que leur turbulence faisait rédouter ou qui avai 'Ut commis des actes criminels. Le patient, résigné à son sort, se couchait de lui-même et attendait sans résistance le coup de casse- tète qui devait lui briser le crâne. Plus tard, on ne se contenta pas d'arroser de sang les autels des idoles, on supposa que l'offrande la plus chère auxdivinités étaient les angoisses de la douleur, les tortures de l'agonie; les victimes,attachées à des arbres» furent frappées de coups portés avec des bâtons pointus>

de façon à subir une mort lente et craelle ; on en vint jusqu'à sacrifier des femmes enceintes.

Dans l'île Tongatabou (arcbipel de Tonga ou des Amis),1afemme se donnait lamort aux funérailles de son mari. Dans quelques lies des Célèbes, on a tu un grand nombre de femmes se brûler sur le bûcher de leur époux défunt. Les idées indiennes avaient pénétré dans ces lieux reculés.

Aux Carolines, le tatouage ne s'opère que sous les auspices des idées religieuses et qu'avec certains signes divins. Le chef qui doit exécuter l'opération invoque le dieu en faveur de la maison et de la personne qui doit être tatouée ; ce n'est qu'à une sorte de sifflement ^u'on reconnaît le consentement de la divinité. Si ce signe ne se manifeste point i Vopération n'a pas lieu. Les indigènes sont persuadés que si on avait l'audace de violer cette loi, la mer submergerait leurs îles et que toute la terre serait détruite.

A Taîti, il ne faut pas oublier les àtoua-maos, dieux« requins ou dieux qui commandaient aux requins. Ces redoutables habitants de la mer étaient regardés comme enrégimentés et disciplinés par ces prétendus dieux; ils dévoraient ou épargnaient les individus selon l'ordre qu'ils recevaient. Un prêtre était-il dans une pirogue,* ils le reconnaissaient, le respectaient, le sauvaient en cas de naufrage. Un de ces mortels privilégiés affirmait gravement à un missionnaire que le requin, aux ordres de son dieu, l'avait souvent transporté sur son dos.

Les habitants des Moluques s'imaginent que les démons entrent dans les maisons par quelque ouvertore et qu'ils y apportent un air empesté qui donne des maladies mortelles. Pour prévenir ce malheur, ils placent, aux endroits où pourraient passer ces esprits malfaisants, de petites statues de bois dont les sorciers

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUBS. 25S

du pays se servent pour lears sortilèges et qu'on re* garde comme très-susceptibles d'épouvanter les démons et de les mettre en faite. Lorsque ces insulaires sortent le soir ou pendant la nuit, heures consacrées aux excursions des démons, ils ont toujours la pré* caution de porter sur eux quelques fruits, quelques raélues et un couteau, et lorsque les mères mettent leurs enfants au lit, elles ne manquent pas de placer sur leur chevet de semblables préservatif.

Sur la c6te méridionale de Ceram (une des Molu* qaes), il s^élève une montagne que les habitants da pays regardent comme étant le séjour d'un dieu malfaisant; ils cherchent à se le rendre propice ailn d'empêcher qu'il n'arrive des accidents à leurs embarcations. Us lui font offrande de quelques coques vides de coco dans lesquelles ils ifiettent des fleurs et une petite pièce d'argent, ou bien, pendant la nuit, de rhoile avec de petites mèches. Us laissent ensuite voguer à l'aventure ces frêles embarcations, et ils sont convaincus que le dieu sera satisfait et qu'il ne soulèvera pas de tempêtes.

Au Mexique, le dieu Quitzalivat était honoré d*un& façon singulière; ou choisissait un esclave auquel ou rendait durant quarante jours les plus grands honneurs, on lui prodiguait tous les plaisirs, on lui faisait faire la chère la plus somptueuse. Neuf jours avant la fête du dieu, deux prêtres venaient se prosterner devant son représentant et ils lui donnaient avis que cette période de bonheur approchait de son terme. Il était de règle que le prisonnier ne marquât nul souci à cet égard. Lors de l'expiration des quarante jours, à minuit, on lui ouvrait la poitrine et on lui arrachait le cœur, qu'on offrait successivement à ia lune et au dieu Quiualivat.

La confession était en usage chez les anci^s Péra- Tiens ; les femmes se confessaient les unes aux autres ; on employait des sortilèges pour connaître si les aveux étaient sincères, et on punissait avec rigueur les pé« nitentes qu'on regardait comme ayant dissimulé quelque faute. Llnca venait-il à être atteint d'une maladie dangereuse, tous ses sujets étaient tenus de se confesser. Le monarque n'était pas soumis à la décla* ration de ses fautes, si ce n'est en présence da soleil ; il se plongeait ensuite dans une rivière et croyait y déposer ses iniquités qui étaient emportées dans l'Océan par le courant des eaux.

Le premier jour de la lune après l'éqninoxe, les Péruviens célébraient une fête solennelle qu'ils appelaient cita; on la regardait comme un jour de purification générale, et on s'y prëpHrait par la continence la plus scrupuleuse, accompagnée d^nn jeûne de vingt-quatre heures. Le peuple fabriquait une espèce de pâte aveo de la farine de maïs et da sang tiré de l'entre-deux des sourcils et des narines de jeunes enfants; on s'en frottait la tète, le visage, l'estomac, les épaules, les bras et les cuisses, après s'être lavé tout le corps. Cette purification était regardée comme chassant les maladies de tout genre. On enduisait également de cette pâte les portes des maisons. Le grand prêtre faisait la même cérémonie dans le temple du Soleil. Au moment où l'astre du jour apparaisait sur l'horizon, un prince du sang royal se montrait sur la grande place de la C9q[>itale du Pérou ; il tenait une lance ornée de plumes de diverses couleurs ; il s'en servait pour toucher les lances que portaient quatre autres princes : ceux-ci parcouraient les divers quartiers de la cité; le peuple les accueillait avec des cris de joie, et saisissait leurs vêtements afin de se frotter le visage, les bras, les

jambes; on était persuadé qae de cette façon toutes les maladies étaient expulsées.

D'après les Brésiliens, il existe un mauvais génie, iM>mmé Agnian , qui enlèye les corps de ceux qui Tiennent d*expirer, lorsqu*on n*a pas la précaution de laisser des viyres autour des fosses en forme de tonneau dans lesquelles on dépose les cadavres.

Les Perses, au dire de Plntarque, honoraient Abrimane, ou le mauvais principe^ en mêlant la poudre d'une certaine plante avec le sang d'un loup, et on portait cette offrande dans des cavernes profondes où les rayons du soleil ne pénétraient jamais.

Les anciens Péruviens regardaient comme créateur de leur race un être gigantesque, nommé Cboun, qui était venu des régions du Nord et qui avait un corps sans os et sans muscles; il abaissait les montagnes, comblait les vallées, et franchissait les lieux les plus inaccessibles. Offensé par les habitants des plaines, il convertit on sables arides des terres qui étaient d'une grande fertilité.

Divers peuples américains adorent le soleil et, lorsqu'il survient quelque éclipse, ils pensent que c'est pour les punir de leurs fautes que leur dieu leur refuse sa lumière. Cette idée les porte à s*efforcer d*expier leurs erreurs par des pénitences rigoureuses. Us exercent de cruels sévices sur leurs propres corps , ils s'arrachent les cheveux et se déchirent avec des arêtes de poisson. Les femmes ne restent point en arrière dans ces pieux exercices : on les voit se faire des incisions profondes sur le visage et sur les bras, et faire ruisseler leur sang.

Les Caraïbes croient à des esprits chargés de veiller sur les actions dçs hommes. Chaque sauvage a un de ces protecteurs que l'on nomme Chemens; on lui fait

S56 CURIOSITÉS THËQL06IQUE8.

hommage des premiers fruits et des prémices des moissons ; ces offrandes se déposentdans un coin des huttes des Caraïbes sur une natte» et ces crédules insulaires, non contents d'affirmer que ces génies se rassemblent pour prendre part à ces repas, prétendent entendre le bruit qui résulte d'un pareil festin. Ils ajoutent que les chauve-souris ne sont pas ce que pensent des Européens ignorants, mais bien de véritables esprits qui veillent à la sûreté des hommes plongés dans le som« meil.

cotttiim«s de 4iv«rs p«vplas idolâtras.

Dans le royaume de Bénin, les prêtres sont assujettis au même usage que celui qui était imposé à Rome au grand prêtre de Jupiter. Ils doivent rester dans les limites du pays, et s'ils en sortaient sans une permis* sion spéciale du gouvernement, ils seraient condamnés à une mort infamante. La même loi défend, sous une peine tout aussi rigoureuse, aux prêtres fixés dans les provinces, de paraître dans la capitale.

Les habitants du pays d'Aracan, limitrophe du Pegou, ont dans leurs temples une multitude d'images pour lesquelles ils ont une vénération si grande qu'ils les couvrent pendant rhi ver de fourrures, de crainte qu'elles n'éprouvent le moindre froid; ils sont persuadés que cette bonne œuvre leur fera avoir des récompenses dans l'autre vie.

Chez les Indiens du Nicaragua, quand un mariage est décidé entre deux familles, un prêtre prend le fiancé et la fiancée par le petit doigt et les conduit dans une chambre près d'un feu allumé pour cette cérémonie. Il leur fait des exhortations, il adresse au ciel quel-

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUESw 257

ques prières pour leur prospérité , et le discours dure jusqu*à ce que le brasier soit éteint; les nouveaux époux sont alors laissés à eux-mêmes.

Des peuples de TAfrique interrompent leurs travaux à chaque nouvelle lune, et, pendant ce temps, ils veillent à ce qu'aucun étranger n'entre sur leur territoire. Ils donnent de cet usage une explication bizarre : ils disent que, le premier jour de la lune étant un jour de sang, leur riz deviendrait rouge s'ils négligeaient cette cérémonie.

Dans l'île de Fonnose, on observait un temps d'abstinence semblable sous quelques rapports au carême des Chrétiens : 11 était défendu, pendant cette période, de se marier, d'avoir des relations même avec son épouse, de forger des armes, de semer, de vendre des peaux, de confectionner des objets nouveaux, de tuer des cochons, de nommer un enfant nouveau-né, d'entreprendre un voyage, à moins que ce ne îùx pour la première fois.

Les Casangas , dans la Guinée , ont pour idole un faisceau de bâtons ûchés en terre, et collés ensemble avec de la bouillie de farine de riz et de millet, arrosée du sang des vaches et des chèvres qu'on lui sacrifie. Il y en a qui fontpendre de ce faisceau deux ou trois crânes de petits chiens attachés avec des cordous. «^ Les temples de ce dieu ne sont que de grands arbres fort touffus et ombrageux, sous lesquels les Casangas mettent leur idole et lui font adoration, lui offrant du vin de palme et du millet; et a6n que l'idole leur garde les semailles, ils mettent quelques-uns de ces bâtons ûchés en terre le longd'icelles. »

Les habitants des Moluques portent toujours sur eux, comme préservatif contre les esprits malins , des bracelets habituellement de verre. Us s'en servent pour

358 CUUIOSITÉS THÊOLOGIQUE&

connaîtra le succès d'une guerre qu'ils sont sur le point d'entreprendre. Pendant la nouvelle Inné, ils immolent» une poule dans le sang de laquelle ils trempent «es bracelets, et lorsqu'ils lesen retirent, ils examinent attentivement quelle en est la couleur , et par là ils jugent de ce qu'ils ont à craindre ou à espérer.

Les populations id jlàtres qui habitent les archipels de la Polynésie sont livrées à toutes sortes desuperâtrtioDS souvent cruelles, qui ont disparu on graidé partie daus les îles de la Société et dans les autres points fréquentés par les Européens, mais elles se maintiennent énerglquement dans les régions qui n'ont encore eu que peu de contact avec les nations civilisées. Les habitants de Ttie Morotoï avaient élevé sur chaque promontoire de leur île des temples au dieu Moho-Aron (roi des lézards), adoré sous l'emblème d'an reqaiu. A l'arrivée de certains poissons de passage, le même dieu avait droit aux prémices de la pêche. Doux divinités puissantes étaient Kaono-Hiokala et Kîrsa- Pairo , dont la fonction était de recevoir l'esprit des Toîs à la sortie de leurs corps, et de le conduire dans certaines parties des cieux, d'où ils le retiraient au besoin pour surveiller et conseiller leurs descendants.

L'un des dieux les plus hideux de Tarehipp], Karai- Ps^oa, éiaii révéré sous la.forme d'une idole faite d'un* bois telloment vénéneux, que l'eau dans laquelle on le plongeait devenait bientôt mortelle.

Péié était la déesse des volcans ; elle eut une rude guerre à soutenir contre Tama-Ponaa, monstre gigantesque, moitié homme, moitié cochon, et elle fut au moment de succomber dans celte lutte ; le volcan fut étûnt, mais les frères et les soeurs de Pelé burent toute Vemqui l'inondait, et, rassemblant leurs feux, ils ser-* tirant en bouillonnant du cratère ; l'ennemi, contraint

de prendre la fuite, fui écrasé sous les rocliers; en vain chercha-^l-il un refuge dans la mer, il y fut noyé.

Une institution religieuse et puissante s'est retrouvée dans toute la Polynésie. C'est le Tabou^ rinierdictîon complète de la vue et du contact. Le tabou est la chose sacrée , appartenant à la divinité ; on ne peut y tODcber sans encourir la peine de mort. Les coupables étaient immolés dans des sacrifices, assommés ou étranglés par les prêtres.

Le tabou était relatif ou général, temporaire ou permanent. Les dieux, les prêtres, les temples, la personne du roi^ sa famille, et même son nom, les objets à rasage de ces êtres privilégiés, les lieux où ils résidaient , étaient perpétuellement tabou. Les animaux consacrés aux divinités étaient tabou pour les femmes.

Des signes convenus indiquaient que tels ou tels objets étaient taboues. Uoe tresse passée dans Tôreille d'un cochon, une feuille de cocotier attachée au tronc d'^n arbre, un pieu enfoncé au bord de la mer et surmonté d'un morceau d'étoffe blanche ou d'une touffe de feuilles, indiquaient qu'il ne fallait ni toucher à ces objets, ni pêcher sur cette portion du rivage.

La durée du tabou imposé à divers objets était habituellement de cinq à quarante jours ; parfois elle persistait pendant des mois et même des années.

Les grandes fêtes étaient précédées d'un tabou qui régnait plusieurs jours et plusieurs nuits. On ne pouvait alors se livrer à aucun travail; il était défendu de pêcher, et les maris devaient rester séparés de leurs épouses. Lors de la fête de la nouvelle année , un prêtre faisait le tour de l'île en portant à sa main droite ÎHdole de Kekou-Aroua, tandis que sa main gauche s'emparait, au profit du dieu, de tout ce qui^e trouvait à sa portée.

960 CURIOSITÉS THÊ0L06IQUES.

^ Il y avait des circonstances OÙ le taboa était observé avec une rignour telle, qa*on ne pouvait alors ni allumer du feu, ni sortir de sa demeure ; il fallait même museler les cochons afin de les empêcher de crier.

•insularités dv mahométisma.

Les idées étranges que présente l'étude de la relil^lon de Mahomet pourraient fournir matière à un volume entier ; nous nous bornerons à quelques pages.

Il s* éleva au sein de l'islamisme une secte de reli- ,igieux nomades nommés Houames , qui prit naissance €U Arabie; ils se livraient à la prière, à l'adoration, et terminaient leurs exercices de piété par s'occuper de la propagation de l'espèce; c'était, à leurs yeux, lèpre* mier des devoirs de l'homme. L'objet leur était indif* térent; ils se précipitaient sans distinction sur le premier qu'ils rencontraient, et sans autre idée que celle d'accomplir une loi sacrée. On fit périr dans les suppKces les Houames qui, sortant de leurs déserts, s'aventurèrent dans les grandes villes et voulurent se montrer trop fidèles à leur doctrine, peu en harmonie avec l'humeur jalouse des Orientaux.

Nous devons une mention aux derviches tourneurs. ' Le supérieur de la communauté fait deux fois par semaine un sermon sur quel lue passage du Coran , siXF les mérites de Mahomet; ils se mettent ensuite à tourner en rond avec une rapidité extraordinaire , au son d'une flûte. Ils arrivent, par un exercice de chaque jour,, à effectuer ce tournoiement étrange, et ils s'y perfectionnent si bien, qu'au milieu de l'élan le plus brusque ils s'arrêtent tout court à un signal donné. : Ils citent l'exemple de David dansant devant l'arche » comme justifiant leurs exercices.

LesKadris. ordre d^^ religieux turcs, receraient, lors de leur admission, un petit fouet de bois de saule vert« du poids de quatre cents drachmes. Ils le portaient toujours pendu à leur ceinture, et le poids de leur nourriture était réglé sur celui de ce fouet, de manière qu'à mesure que le bois séchait et devenait plus léger, la ration diminuait.

Les musulmans se servent de chapelets qui sont^ quelquefois composés do soixante grains d'une grosseur uniforme, et plus souvent de cent grains divisés en trois parties. Le disciple de Mahomet récite une prière sur la têle du chapelet ; il parcourt ensuite les trois sections de trente-trois grains chacune, en disant sur la première : Dieu est louable ; sur la seconde i Gloire à Dieu; sur le troisième : Dieu est grand. On a supposé que la législateur arabe avait eu Tidée de cesprières répétées, en se souvenant des mille bénédictions que , d'après les prescriptions des talmuâistes, les juifs devaient répéler chaque jour.

Parmi les populations musulmanes de la côte d'Afrique, personne ne révoque en doute l'existence des bons et des mauvais génies; les premiers sont musulmans, les autres sont infidèles. Ceux-ci cherchent à causer autant de mal que possible aux vrais croyants ; ils s'introduisent quelquefois dans un individu pour le tourmenter et le faire parler à leur guise. Si le malheureux essaye de lutter contre le malin esprit, il se sent bientôt, en punition de sa résistance, boucher les narines, clore 1a bouche , et il tombe suffoqué jusqu'à ce que, par des conjurations, on l'ait délivré de son tourmenteur infernal. Il arrive parfois que les conjurations restent infructueuses; c'est un fâcheux contretemps; alors le pauvre possédé, considéré conmie mort, est enterré, à la grande saliffaction du djin mau-

dit. Les djins habitent les bronssailies, la mer,.les mines; ils pénètrent quelquefois dans les mosquées. 11 en est qui prennent la forme d'une femme pour tromper les coureurs d'aventures ; sont-ce dans ce cas de bons ou de mauvais djins? D'autres se foniTami d'un homme marié, et empêchent les tentatives d'mftdélité de la part de son épouse. Il est à présumer qu'il en est, par-ci par-là, quel 4ueF-uns moins bien intentionnés.

Le verset de la Chèvre, dans le Coran, est celai qui a le plus d^efficacité pour conjurer les djins. Une étoile filante est un djin qui a tenté de s'introduire dans les demetires célestes et qui en est précipité par les anges; à la vue de ce phénomène, le musulman prononce ces roots : « Je cherche un refuge en Dieu contre le génie malfaisant. » Les djins ont un corps d*-honune recouvert de longs poils; leurs yeux sent placés verticalement; ils se manifestent ainsi quand ils se trouvent dépouillés de leur pouvoir par un talisman d*une nature supérieure; s'ils sont alors aperçus d'un œil humain, ils meurent immédiatement (1).

Une des manies les plus répandues parmi les ignorants est celle de vouloir connaître 1 avenir; elle est le résultat fort naturel de deux penchants d'une grande puissance, l'amour du meiveilleux et lacurio>ité; il est tout simple que ce genre de charlatanisme ait été très-souvent et très-grossièrement exploité ; ne nous étonnons donc point si nous rencontrons chez les Arabes diverses méthodes fort accréditées pour dérober à l'avenir ses mystères.

Les unessont fort compliquées, les autres fortsimples. Nous en signalerons succinuement deux ou trois.

(1) Documents iur l'histoire, la gêoffreiphie et ie oêm^ mer ce de l'Afrique orientale, recueillis et rédigés r^m M. Cuillain, capitains de vaisseau, %• partie, t, I, p. 05.

CURIOSITÊ^^S THÉOLOGIQUBS. 9dS

Oa prend de petites poignées de oiilloox oa de graines, telles que le riz, lemîi, etc.; on en retire des lets vde sept on neof, selon celai'de cesdeux chiffres qui '^a été fixé d avance ; pois, le nombre de caillonx on de .graines restés après cette opération révèle l'issue du tpr«)jetiqU'On a conçu; les nombres heureux sont 4,4» 5, C, et les malheureux 8, 7, 3, 2.

On se sert encore d'un rosaire dont on fait gHsser les vgratns entre ses doigts, en prononçant alternativement les mots : Ali, Gabraïl (Gabriel), Mohfmmed; d'après ^elui «de ces noms qui arrive avec le dernier grain v^tt chapelet , on peut s'attendre à un événement lieareux ou malbeureux à divers degrés; car AU araonee un dénoûment fâcheux; ^^r«t7^<un résultat médiocre; «^ant •à àkfhhamed , on «st siûr avec lui que tout se -passera très^favorablement.

• Signalons maintenant une façon d'oracle bien vautre- •ment savante ; nous ne nous hasarderons pas^ décider is'il estftos sûr que celui de €a)ohas. On fait fisage 'd'«n tableau appelé zaïrgeh , et semblable à la table 4e Pythagore. Un médecin instruit, qui «a longtemps résidé sur les bords du Nil , en a donné ^Me description que-neus reproduîrcms ici {{) :

« Le zaïrgeh comprend cent petits carrés, «dans cha- 4»m desquels se trouve écrite une lettre arabe* Pour en fatre usage, on lit d'abord le premier chapitre du Coitn etle!ciiiqu»nte*huitiènt6 verset du sixième : « En loi sont les clefs de toute chose ; personne ne les connaît que lui. Il sait tout ce qui est sur la terre et dans la mer. Il «e tombe pas une feuille sans^ju'il le sache; II! n'y a dans les ^trjuHles de la terre ni un grain de «able , ni une chose verte , ni une chose sèehe, qui ne

(1) Glot-Bey, Aperçu général de (^Egypte, t. II, p. 60.

soient écrits. » On place ensuite le doigt snr le tableau sans regarder ; on écrit la lettre sur laquelle il est tombé , et, à la suite , en les alternant d'après des règles déterminées, toutes colles qui se trouvent dans la même colonne verticale , ainsi que les lettres que renferme la cinquième colonne à droite de celle que le sort à désignée. L'assemblage de ces caractères compose des mots qui expriment un conseil. Les zaïrgehs sont disposés, en général, de manière à donner quatre réponses négatives pour une affirmative.

Chardin donne des détails étendus sur les idées superstitieuses qui dominent en Perse parmi les disciples ^e Mahomet. Tous les jours de Tannée sont , à leur dire, heureux ou malheureux, ou, pour employer leurs expressions, noirs ou blancs ; il en est de même des heures du jour. Pour se préserver de ces fâcheuses influences, ils ont recours aux talismans et aux amu* lettes. Ou les compose de passages du Coran et de sentences pieuses, mêlées de termes cabalistiques qu*on porte au cou, à la ceinture, mais plus communément au bras, entre le coude et Tépaule, en de petits sacs de soie ; parfois on les met dans de petits étuis de métal, afin de n*être jamais obligé de les ôter ni jour, ni nuit, pas même au bain. Il y a des personnes qui portent ainsi tout le Coran. On attache semblables amulettes au cou des bêtes et aux cages des oiseaux ; on les suspend aux boutiques, dans la pensée que cela fera venir des chalands. Un moyen fort en crédit pour composer un talisman est de prendre une longue et étroite bande de papier, qu^on présente successivement à qua« Tante personnes du pays, en choisissant les plus intègres et les plus dévotes, et en les priant d'écrire dessus une oraison à leur gré , celle qu'ils regardent la plus agréablu à Dieu et la plus efficace. Chaque orai-

son est un ou deux versets da Coran, on une pieuse sentence. Quand le papier est achevé, le Persan le plie, renferme et le porte sur soi. Il donne pour motif de sa façon d'agir que de ces quarante personnes il y en aura au moios une qui sera agréable à Dieu, et dont Foraison aura ainsi une efOcacité favorable.

Sir William Oaseley, dans ses Voyages , parle d*un Persan qui fit demander à une personne de Tambassade quatre soies de porc , afin de composer avec des crins d'un jeune lion et d'autres ingrédients une amulette excellente pour préserver les enfants de toutes sortes de maladies.

Parmi les superstitions des Persan?, on peut signaler celle qni consiste à observer le chant du coq. Qaand cet oiseau se fait entendre aux heures propices, ils pensent que c'est un bon augure ; quand au contraire il chante dans un instant défavorable, on le tue. Les bons moments sont à neuf heures du soir et du matin, à minuit et à midi.

Les Persans prétendent que le lion sait très-bien distinguer les hérétiques des orthodoxes. H s'éloigne avec respect sans faire aucun mal à V homme qui , en l'apercevant, s'écrie : ô AU; mais si vous aviez le malheur de dire: d Omar y le lion s'élancerait sur vous.

Le jugement dernier a donné lieu chez les musulmans à des idées assez singulières: ils prétendent qu'il aura lieu après la résurrection générale des hommes'ét des animaux. Lorsque la trompette les aura rassemblés des extrémités du monde, ils attendront cinquante mille ans dans les vallées de la Syrie qu'il plaise à Dieu de décider de leur sort. Pendant ce temps, les corps des mahométans brilleront d'un vif éclat, mais les infidèles seront prosternés contre terre, muets, sourds et aveugles. Lorsque le fatal moment sera venu, l'exa-

r'Bneii de chacan des bommes ne darera pas au delà^iéa

.lemps qui est nécessaire pour traire une brebis tm

r^âeux cbamelles. La balance dans laquelle Dlen pèsera

les actions des humains sera tenue par rangefiabriel.

-£lle sera d'une grandeur telle, que les bassins , âMt

Fun sera suspendu sur le paradis et> l^antre sur Tenfèr,

pourraient contenir le oiel et la lerve.^ Lorsque' iesanî-

matix auront été jngés à Icartour, et que Dieu leur

aora permis de seyenger les uns sur les autres, ils re-

kMBberont en poussiôre.

Xiéirende de sainte Aaa*.

Une légende singulière, qui fait partie d'une hisloire de la Bible en vers rédigée au treizième siècle, a été signalée dans un curieux ouvrage de M. Leroux de Liney {Livide des légendes^ IntroducHon, Paris, 182»^). Le trouvère commence par annoncer que mille-ans après la désobéissance d'Adam, le Seigneur transporta Farbre de vie 4ans le jardin de saint Abrabam; .un ange vint prévcDir le patriarche que le FUs de liieu serait crucifié sur cet arbre, dont la fl^r donnerait le jour à un chevalier qui mourait au monde, sans le seoeurs d'une femme, la mère d'une vierge que Dieu oboisirait .pour mère. Ce prodige arriva tel qu'il étaitannoncé. Abraham avait une fille qui respira le, parfum de l'^arhte; elle se trouva enceinte. Pour, prouver sou vamhcence devant les Juifs qui l'accusaient, elle consentit à entrer 4aas un brasier ardent; les flammes la re^fweferont et se changèrent en fleurs sous ses pas. H'Off 6ut*pas un tisen, pas un charbon qui^ne devIuttAaiB rose, un*i fleur dehs ou 4'é^Btier.

Après unsemblableaûracle, 4a vertudetojewie âèèe ne pouvait plus faire T^jet d'un^loute. Un^^nlMiti»-

CURIOSITÉS THÊOLO^IQUES. .267

qoit; il se nomma Fanouel et devint chevalier, puis roi, puis empereur, et se trouva possesseur de V arbre deviez dont il ne connaissait pas toutes les propriétés. Il se .doutait cependant de son eiïlcacité, et, pour guérir des malades, il en coupa un fruit qu*il divisa en plusieurs portions, et il essuya ensuite sur sa cuisse le couteau dont il s'était servi. prodige 1 le suc générateur s'introduisit dans la cuisse du monarque ; elle enfla graduellement; ce fut en vain que les plus habiles médecins furent consultés, nul ne put découvrir un remède. Au bout de neuf mois, la cuisse s'ouvrit ; il en sortit une charmante petite fille. Fanouel, honteux de cette singulière paternité^ appela auprès de lui un chevalier de confiance et lui ordonna de porter Tenfant au milieu des bois et de la tuer sans miséricorde. Le chevalier s'apprêtait à obéir, déjà il allait frapper la victime, lorsqu'une colombe descendit du ciel et lui dit.: (c Frère, ne frappe point cette enfant; il naîtra d'elle une vierge que Dieu choisira pour mèroc »

Obéissant à Tordre divin, le chevalier déposa la jeune fille dans un nid de cygnes qu'il aperçut près de là. Le Seigneur prit soin de l'enfant : chaque jour un cerf lui apportait la nourriture dont elle avait besoin, et, quand elle criait, il Tapaisssit en lui présentant des fleurs. Elle grandit rapidement; à dix ans, elle possédait toutes les perfections.

Un Jour que Fanouel était à la chasse, il rencontra ce cerf; il l'attaqua, le blessa, le poursuivit jusqu'auprès d'Anne, qu'il fut très-étonné de voir; mais il ignorait qui elle était. Il l'interrogea, elle répondit : « Sire, je suis la fille que tu portas dans ta cuisse ; le chevalier 2u:^uel ta avais commandé de me tuer me laissa ici. » Le monarque, heureux de retrouver ainsi son enfant, la conduisit à son palais, et peu après il la donna en

mariage à an preux chevalier nommé Joaqaim; Marie fut le fruit de cette union.

D'autres légendaires se sont plu à accumuler dans la vie de sainte Anne une multitude de miracles qu^ils ont puisés dans leur imagination. L'un d'eux raconte que la sainte, tourmentée par une soif ardente, s'étant rendue auprès d'une fontaine, le diable en ferma Vouverture avec une grosse pierre. La sainte s'adressa au Seigneur, et soudain il jaillit de la pierre une source aussi claire que le cristal; mais le démon, dont la malice est infatigable, jeta aussitôt un gros caillou dans cette eau, et elle devint extrêmement amère et fétide; Anne allait toutefois en boire, mais un ange descendit du ciel et lui apporta une boisson d'une pureté parfaite.

D'après un autre écrit populaire, Anne naquit lorsque sa mère Ëmerancienne avait déjà plus de soixante ans. On trouva sur sa poitrine, gravé en quatre lettres d'or, le nom qu'elle devait porter. Un aveugle s'approcha, et, recouvrant aussitôt la vue, il put lire ce nom miraculeux.

Miracles de Notre-Dame.

Les écrivains du moyen âge ont laissé d'immenses recueils de faits merveilleux survenus par l'entremise de Notre-Dame. L'imagination, à cet égard, se donnait pleine carrière ; nous mentionnerons quelques-uns de ces récits souvent étranges.

Un voleur qui, au milieu de ses méfaits, avait conservé l'habitude de jeûner la veille des fêtes de Marie, ne put mourir que muni des sacrements.

Marie préserva plusieurs enfants du feu ou des loups.

Elle rendit Torgane de la parole à un éyêqne anqael ^es hérétiques avaient coupé la langue.

£lle ressuscita un enfant que des Juifs avaient mis il mort.

Le diable ne put étrangler un militaire qui, chaque jour, saluait Marie.

Des Sarrasins voulurent mutiler une image de Marie, il leur fut impossible d*y parvenir.

Un peintre tomba du haut d'un échafaudage ; il in- Toqua Marie, pour qui il avait toujours eu beaucoup de dévotion, et il fut soutenu en Tair, de manière qu'au lieu de se briser eontre le sol, il descendit tout doucement.

Une femme, dans un accès de désespoir, voulut se donner la mort, et, dans ce but, elle avala une araignée; la Vierge la secourut et la sauva.

Un impie brisa le bras d'aune statue de la Vierge ; le diable Tétouffa aussitôt.

Un manuscrit de la Bibliothèque Impériale de Paris <n^ 7018, 4), exécuté à la fin du quinzième siècle, renferme une ample collection de miracles opérés par l'intercession de Notre-Dame :nous indiquerons ceux :

D*une bonne religieuse à qui Notre-Dame donna son enfant à tenir.

D'un chanoine que le diable noya et que Notre-Dame ressuscita.

De saint Léon pape, qui se coupa la main, parce qu'une femme l'avait baisée, ce qui lui avait fait ressentir un mouvement de concupiscence; la Vierge rendit au pontife la main qu*il s'était tranchée.

D'un moine sur la langue duquel on trouva Ave Maria.

De saint Grégoire qui entendit les anges chanter Ave Maria.

270 CURIOSITÉS THÉOLaGIQlTES.

lytme joirae fille qui coupa ses beaux cheveux par le commandement de Notre-Dame.

D'une autre jeune fille qui dansait volontiers, et à qui Notre-Dame le défendit.

D'une Juive qui réclama la Vierge Marie en enfantant*

D'un ménétrier à qui Notre-Dame donna un cierge.

D'un arbre sur chacune des feuilles duquel était écrit Ave Maria,

ITun évoque espagnol à qni Notre-Dame donna un© aube.

Comment Dieu donna à Notre-Dame une goutte de son sang pour sauver un pécheur.

D'un moine à qui Notre-Dame essuya le visage et les yeux.

Des greniers que Notre-Dame remplit de beau froment.

De la tête d'un voleur qui demandait à se confesser.

Un recueil de récits légendaires en vers latins, composés par un Jésuite, le père Sautel, Lyon, <679, 2 vol. in-t2, présente une foule de miracles attribués pour la plupart à Notre-Dame, mais dans lesquels divers saints jouent souvent aussi un rôle important. Il sufi&ra de citer quelques-unes de ces narrations :

Sainte Brigitte, âgée de sept ans, est instruite par la Vierge elle-même dans l'art de manier l'aiguille.

Sainte Vuilgeforte,

Se trouvast exposée à toute la licence

Où du soldai vainqueur s'emporte l'insolenee,

est sauvée par une longue barbe qui lui couvre inopinément le visage, et qui frappe d*étonnement et d'horreur les audacieux qui allaient attenter à sa vertu» Saint Pacôme traverse le Nil sur un crocodile.

CURIOSITÉS TftÉOLOGlQDES. î?f

Saiât Sabin confie la garde de son âne à un lion, qni s'acquitte scrupuleusement de ce mandat.

Saint Élienne» évêqae de Die, est» dès sa plus tendfê enfance, épris d'un tel amour pour les mortificatidn», que, le vendredi, il s'abstient de teter sa mère.

Saint Homobon donne à des pauvres le vin qu'on Tavair chargé de porter à des ouvriers travaillant à la vigne; et pour suppléer à ce qu'il n'a plus, il change de l'eau en vini Le même saint se rend à une église, et les portes, qui étaient fermées, s'ouvrent d'elles-mêmes à son approche.

Saint Grégoire le Tbaumaturge ordonne à une mon^tagne, qui le gênait pour la construction d'une église, d6' fe transporter ailleurs ; la montagneobéit.

Saint Laurent commande à une statue en marbre de Jupiter de fondre comme de la cire ; la chose a lieu immédiatement.

Saint Narcisse se trouve, une nuit, menacé de rester dans l'obscurité ; sa lampe va s'éteindre faute d'huile. Il verse de Teau, et la lampe se ranime de plus belle.

Saint Satyre fait tomber la .statue d'une idole en soufflant dessus.

Saint Baymord navigue sur les flots, en se plaçant* debout sur son manteau; saint François de Paule en fait autant* (La légende de saint Patrice et celle de saint Guana racontent qu'ils {mssèrent la mer sinr une grosse pierre qui leur servait de bateau, et on peut' lire^ dans le curieux recueil de Colgan^ que plusieurs samts irlandais traversèrent à pied sec le casai 'qui • sé^aveleuc pays de l'Angleterre.) .

Saint Romain continue' de prêcher la parole dé Dieu * après qu'on lui a coupé la langue.

Saint Nieaise^ conduitaumartyrei se met à réciter tur

psaume; on lui trancbe la tête, il continne jasqa'au dernier verset.

Saint Jacqaes de Nisibe est l'objet des railleries de quelques jeunes filles ; il les punit en rendant leurs cbeveux d'une entière blancbeur.

Saint Sabin boit, sans en ressentir aucun mal, un breuvage empoisonné que lui présente un diacre, et ce malbeureux expire aussitôt.

SaintMartinien Jeté dans la mer, est recueilli par un daupbin qui le porte sur son dos.

Saint Marcel, voulant célébrer la messe, s'aperçoit que le yin manque ; il y supplée en changeant aussitôt en vin de Teau prise dans la Seine.

Saint Jean-Damascône a la main coupée; la sainte Vierge la lui rend, mais une ligne rouge subsiste et constate le miracle.

JUDAS ISCAHIOTE.

Ce personnage exécré devint tout naturellement Tobjet de bien des légendes.

Sa mère eut, durant sa grossesse, un songe où son enfant fut annoncé comme devant être plein de malice et comme le destructeur de sa famille. Elle fit part de ce rêve à son mari, et les parents, effrayés, prirent le parti, quand leur fils fut né, de le mettre dans une na« celle et de Texposer sur la mer; les flots le poussèrent à la yille dlscariotb : de là son nom. La reine du pays n*ayait point d'enfants; elle vit celui-ci et Tadopta. Plus tard, Judas vint à Jérusalem et capta la faveur de Pilate. Il eut une querelle avec son père au sujet d*uQ pommier dont il voulait cueillir les fruits que désirait le proconsul romain, et, sans le savoir, il est vrai, il

devint parricide. Il épousa ensuite sa propre mère. Tout cela se découvrit, et Judas, saisi d*effrol, alla trouver Jésus et se mit au nombre de ses disciples ; mais bientôt, aveuglé par la cupidité, il ne tarda pas à faire des détournements illicites sur les payements qu'il était chargé d'effectuer ; telle fut l'origine de sa chute. Diaprés quelques vieilles traditions relatées dans de& écrits du moyen âge. Judas est, jusqu'au jugement dernier, ballotté par les flots toujours agités d'une mer furieuse. Quelques trouvères ajoutent que, chaque samedi, son supplice est suspendu, par un effet spécial de la miséricorde divine.

GnérlsoBS de certaines maladies opérées par les saints..

La plupart des maladies avaient des saints auxquels on s'adressait pour obtenir la guérison : saint Loup était invoqué pour la rage, saint Faron pour les hémorroïdes, saint Ouen pour recouvrer l'ouïe. On avait recours à

Saint Acaire, pour radoucir les personnes acariâtres.

Saint Aignan, contre la teigne.

Saint Atourin, contre les étourdissements.

Saint Boniface, pour obtenir de l'embonpoint.

Saint Clair, sainte Claire, sainte Luce contre les maux d'yeux.

Saint Claude, pour la guérison des boiteux.

Saint Cloud, contre les furoncles.

Saint Fort, contre les faiblesses.

Saint Genou, contre la goutte.

Saint Ladre, contre les ladreries.

Sainte Marie, pour la gale aux mains.

Saint Marconi, contre les écrouelles.

Saint Paterne, contre la stérilité, etc.

On trouve une longue nomenclature, à cet égard,

m CPRIOÇITÉS THÉOLOGIQUES.

dans un livret populaire intitulé : Le Médecin des pauvres ^ ou Recueil de prières et oraisons précieuses contre le mal de dents, les coupures^^ les rhumatismes , la teigne, la colique, les brûlures^ les mauvais esprits^ etc.

Voici un échaDlillon des prières que reiiferoie ce Tolome :

a Sainte Apolline assise sur une pierre do cnarbre, Notre-Snigneur passant par là lui dit : « ApoUiae, que fais-tu là ? — Je suis ici pour mon chef, pour mon sang çt pour raon mal de dents. — Apolline, retourne-toi; si c'est une goutte de sang« elle tombera, et sic^esi ue ver, il mourra. » Cinq Pater et cinq Ave Maria en l'iionneur et à l'inteulion des cinq plaies de N.-S. J.-C, le signe de la croix sur la joue avec le doigt, en face du mal que 1 on ressent, et en très-peu de temps vous serez guéri.

Le même livret renferme une Oraison à saint Antoine de Patloue pour retrouver les pertes et autres besoins que nous at>ons chaque jour : eWe est en vers et elle débute ainsi :

Père et patron, saint Antoine de fade

Qiri vons invoque, au besoin vous évade

Périls ri« mort et de calamités^

De lèpres, iièvr^s «t autres infiimitds,

Remédie à mort subite et peste.

En terre et mer cesse foudre et tempeste,

Pour rctiouvcr toutes cï^Qses perdues.

Une autre oraison, la dernière, possède de telles vertus, que celui qui la portera sur soi ne peut périr ni par le feu, ni par l'eau, ni en bataille, et il aura bon- Iieur et victoire sur ses ennemis. Une femme en travail d'enfant, sur laquelle on mettra ladite oraison, sera d!abord délivrée

dxmïOl^ïl'Ë^ TÏIÉÔ LOGIQUES. 275

lès idfées sur la guêîison des maladies parles prières serat répandues en maint pays. Elles flprissaleut surtout èB*Espagne, où la science des Ensalmos ou oraisons était une l ranChe des connaissances humaines fort cultivée chez les duègnes et chez les mendiants; les aveugles en faisaient une étude approfondie. Il existait d© ees oraisons contre tous les maux, contre toutes les afieéttons; lectr succès était infaillible, si ^ies étaient récitées avec componction, d*une voix grave et posée. L'oraison â saiiite Apolline était la plus célèbre ; elle faisait cesser sur-le-champ le mal de dents; il en est fteît mention dans Thistoire de l'immortel don Qaichotle.

Divers livres populaires de TEspagne renferment des oraisons contre la peste adressées à sainte Rosalie, et au seigneur saint Raphaël, archange.

Anciens usages en tlussie.

Un écrivain du dix-septième siècle, qui a tracé le tableau des usages des Moscovites, a^lors fort peu «fn contact avec le reste de l'Europe, nous apprend qu'on observe en eette contrée quatre longs carêmes par an, peDdant lesquels on ne vit que de pain, de poisson,, de légumes, d'herbages, et surtout d'ail et d'oignon. U n'y ïi que la première semaine de carême de Pâques durant laquelle on a la liberté de manger des œufs, d«i beurre et du lait, de faire, en un mot, toute sorte d'ex* ces, hormis de manger de la viande. On se prépare alers ajijeCuiepar l^déh^icliei, etritisolenee des ivrognes oat extrême. Hais ensuite on vU ave/c; tant d'austérité que 1q8 plu» dévoift ne maageot guère de poisson sinoiià le dimanche; et, à moins de courir ie risque d'être excommunié peUdlint un^n, il ne faut point que le mari approche de sa femme pendant le carême.

Qaandon se confesse, on se tient debout dans Téglise devant Timage d*un saint, et, le prêtre, en donnant Vabsolutlon, ordonne diverses pénjtences, comme de faire un certain nombre de révérences aux saints ou de se laver avec de Veau bénite qu'il vend.

Le jour que Ton communie, il ne faut pas manger de la viande, el pour éviter ce jour-là les occasions de pécher, iî y en a qui vont dormir après qu'ils ont reçu le sacrement.

Lors des funérailles, on a coutume de prendre de» gens exprès pour pleurer à haute voix lorsqu'on porte le mort au cimetière, de lui laisser des habits et de Vargent, afin qu'il ne manque de rien dans le long -voyage qu'il va faire en l'autre monde, et, en cas que le défunt ait vécu en bon chrétien, le prêtre lui laissa entre les mains un certificat qui s'adresse à saint Pierre ou à saint Nicolas (O*

(1) Le Musée britannique possède roriginal d'un certificat semblable ; eu voici la traduction :

« Macairc, par la grâce divine, archevêque de Kief de Halia et de toute la Russie, à notre seigneur et ami saint Pierre, portier de Dieu Tout-Puissant.

« Nous te certifions;qu'il est décédé en ce jour un certaim serviteur de Dieu, appelé le prince Théodore YladimirsJty; nous t'enjoiennons de l'introduire directement, sans aucun obstacle ni délai, dans le royaume de Dieu. Nous l'avons absous 4e tous 09» pécbés et lui avons octroyé notre bénédic- ^iAO. Par eoniéquenti f'm W «'oppose à ce que tu le laisses itsser, et. afin qu'il en soit a!ù8l, nous lui avons déHvré^^ présentes lettres d'absolution, en notre monastère de Klef^ ce trentième jour de juillet 1541. »

L'bnmble Macairc, archevêque de Kief, de Haliczet de toute la Russie.

CURIOSITÉS ÏHÉOLOGIQUES. 27T

Croyances répandues dass les pays de Tlndo-oUne.

D*aprôs les idéed religieuses admises chez les Birmans, la vie humaine Tarie de durée selon des époques que détermine la méchanceté des hommes ou leur retour au bien. Cette durée finit par tomber à xm& moyenne de dix années ; puis, quand les vertus ont purifié rhumanité, elle peut s'étendre à une assenschié^ mesure dont la valeur est incalculable, ainsi que le sont les nombres que se plaît à créer rimagination asiatique; S'il pleuvait continuellement pendant trois ans sur la surface entière du monde, la quantité de gouttes de pluie qui tomberait pendant cette période équivaudrait à une assenschié.'

S'il faut s'en rapporter aux Birmans, la terre est una plaine circulaire entourée d'une impénétrable barrière de montagnes d'une hauteur immense. Au centre de cette plaine est une montagne élevée de Bi,000 juzunas au-dessus du niveau de la mer (le juzuna équivaut à 38,000 coudées). Le sommet de cette montagne a 48,000 juzunas de diamètre. C'est là le séjour des dieux. Trois énormes rubis soutiennent cette masse. Les quatre côtés de la montagne sont en or, en argent, en cristal et en rubis. Tout autour sont sept chaînes de montagnes fort élevées, d'où s'écoulent sept grands fleuves.

Aux quatre points cardinaux de cette masse de montagnes, et au milieu d'une mer immense, sont les quatre grandes îles où vit le genre humain : l'une a la forme d'une demi-lune, Tautre celle de la pleine lune, la troisième est carrée, la quatrième en losange. Dans la quatrième de ces îles sont les royaumes des Birmans, de Siam et de la Chine. Il y a en outre 3,000 autres petites

es d'où sont venus les Européens. La mer est peuplée

aaa curiosités théologiques»

de monstres affreux qui empêchent de pénétrer dans les Irait i^utres^randes îles.

Les Birmans ont adopté la doctrine de la métempsy- CjQse ou traAsflgur^tron de^^ âmes» malft es Hiodifismt ^^r ce point \^ idée^des^Hindous et de Pytbagoroa Ils maintiennent.queràme et \b corps ptéfisjsent eosenable». et qu'une autre âme et un autre cerps: soxA formés de« fr^^menls du déf und, ^elou les bonneg ou mauvaises ,ac-. tions. précédentes.

Difîërente^ espèces de punitions son^i infligées: au» méofe^^nts. La transformalîoa de Thomme- en bote esl' le moifidre des châtiments; il est réservée à Qeu;^: qui donnent du scandale^ qui médisei^t de leur paoebainet; qui .tiennent des discours irréligieux;.

Dans le second degré. de punition, 1^ coupables. ud^ peuvent manger que des objets fétwtes; ils sont cendamnés à errer nus dans les forêts, à habiter les cl-^ lernes et le<& tombeaux; ils soufffwïttde la'feim elde Ijb soif* et ils n'ont pour boisson que Je sang qu'ils tirent de leur corps.avec des pointes acérées et a4gu^-

Dos puniûwfts semblables, mais plus rigoureuses^ forment le troisième d^gré; enfin, dans le quatric«e^ les^assassins et les meurtriers, jetés dans le iV<Vi» ou enfer, qui est placé dans riniérieur d'uue pjierre inp^r mense qui formée le centre, du moiasde, sauiïreni toutes les tortures de la glace et du feu, et sont- ejtposés à te rage des démons.

Indépendaniment de la terre où vivent les hon^mes» il en existe -lOj^OOjOOa autres qui se louchent càaewe par trois points.

Très-superstitieux, les Birmtans croient à une foule de combiiwisons physiques qui influent sur la des4iuéo d«8 hommes, et qui toutes sont consignées danst.UB gF^ livre qu'ils appuient Deilton. Les bois employas

dans la construction des maisons peuvent, selon eux, exercer une grande inûuence surîa destinée des habitants; les nœuds qui se trouvent sur telle ou telle partie de ce.s bois annoncent, soit une abondance de provisions de tout genre, soit la mort d'un fils, d'un neveu ou dun esclave, soit la mort subite d'une femme, etc.

Vmaiges funéraires chez les Tibétains et 4' antres peuples^

Les Tibétains avaient jadis pour leurs sépultures des usages bizarres, dont les rapports avec les idées religieuses répandues dans le pays n'ont pas été très- nettement expliqués. « Dès qu'un homme mejrt chex eux, dit un auteur chinois, on rapproche sa lèle de ses genoux, on lui place hs mains entre les jambes, on l'attache dans cette position avec des cordes, on le revêt de ses habits ordinaires, on le place dans un sac de cuir ou dans un panier, et on le suspend à une poutre» C'est alors que ses parents et ses amis viennent le pleurer. On invite des lamas à réciter des prières, et on porte au temple du" beurre pour brûlerie cadavre on plutôt pour le cuire devant les images des dieux. La moitié des effets du défunt est donnée au temple, l'autre est vendue pour offrir du thé aux lamas, et pour défrayer les dépenses des funt^railles. On porte ensuite le corps à des hommes qui, moyennant une rétribution, l'attachent à une colonne en pierre et le coupent par petits morceaux qu'ils donnent à manger aux chiens. Ses os sont piles dans un mortier et mêlés avec de la farine grillée qu'on donne à ces animaux ; c'est ce qu'on appelle la sépulture terrestre. Si le corps ainsi haché et pilé est livré à l'appétit des vautours dans de grands enclos réservés à cet usage, c'est la sépulture céleste.

Les Tibétains regardent ces deux manières d*èlre enseveli comme très-heureuses. Les cadavres de ceux qui ne laissent pas assez d'argent pour payer les découpeurs sont jetés à Tcan; c'est la sépulture aquatique; «lie est regardée comme un malheur. Ce n'est que pour les laïques qu'existent les funérailles de ce genre ; quand un lama meurt, on brûle son corps. »

Lorsqu'on ensevelit un Tonkinois, la loi religieuse oblige le plus proche parent du défunt à se coucher par terre et à se laisser fouler aux pieds par ceux qui portent le cadavre. Cette cérémonie se reproduit plusieurs fois pendant la marche. On met dans la tombe, avec le cadavre du défunt, les marques des dignités dont il a été revêtu pendant sa vie ; on y dépose de Tor, des vi- Tres, des objets précieux, afin que, dans le monde nouveau où il va paraître, il jouisse des mêmes avantages que ceuxqu*il avait ici bas.

Les funérailles des rois se célèbrent avec une grande magnificence ; soixante-cinq jours s'écoulent avant que ie corps foit placé au lieu de la sépulture, et ce lieu n'est connu que des principaux officiers de la cour, qui jurent de ne jamais le révéler.

Lorsqu'un Hindou des castes inférieures est malade au point 'que sa roorl peut être regardée comme prochaine, on va cherch3r une vache, sous le dos de laquelle on le place; on lève la queue de l'animal, on l'excite à lâcher son urine sur le visage du mourant ; 4Si ce liquide coule sur lo visage du malheureux , des <cris de joie et d*espérance se font entendre de tous côtés.

Chez les habitants de la Corée, les funérailles se font -avec très-peu d'appareil. Ce peuple parait avoir voulu apporter en tout beaucoup de simplification ; le mariage y est accompagné de bien moins de cérémonies

religieuses que chez d'autres nations. Le futur époux monte à cheval, fait le tour de la ville et s'arrête devant la porte de celle à qui il veut s'unir. On ne lui en demande pas davantage.

OpiaioBS des Orlentaws au sv^et de l'autre monde.

Les Arabes admettent plusieurs paradis, qui sont d'or, d^argent, d'ivoire, etc. Le plus délicieux de tous est celui dont l'ange Gabriel tient les clefs. Des légions d'anges défendent ce jardin, dont la terre est de musc, ou de la plus pure farine mêlée de safran. Les murailles sont d'argent; le tronc des arbres est d'or mas • sif. Celui qai est au milieu du jardin est appelé l'arbre de vie ; de ses racines coulent des ruisseaux de lait et de miel. Les justes sont tous d*une taille élevée et d'une beauté parfaite. Ils sont vêtus d'étoffes d'or couvertes de pierreries. On leur servira sur une table immense, faite d'un seul diamant, les mets les plus exquis et des fruits dont l'excellence dépasse tout ce qu'il est donné à un mortel d'imaginer. Avant d'y entrer, ils boivent d'une eau qui les délivrera de tout ce qu'il pourrait y avoir d'impur en leurs corps. Un ange viendra présenter à chaque élu, dans un bassin d'argent, une poire ou une orange des plus appétissantes. L'heureux musulman prendra ce fruit pour l'ouvrir; il en sortira aussitôt une jeune fille dont les grâces et les charmes sont au-dessus de ce que peut inventer une imagination même orientale; les prédestinés goûteront avec ces houris des plaisirs toujours nouveaux et très-charnels. Ces beautés complaisantes se trouveront toujours avoir leur virginité, quoiqu'elles la perdent sans cesse. 11 y a dans le paradis quatre espèces de houris : les premières sont blanches, les secondes vertes, les troisièmes jaunes» les quatrièmes rouges. Leurs corps sont compo-

sé^ dé safran, de musc, d'ambre et d'encens; si par hasard Tune d'elles venait à cracher sur la terre, l'at^ môsphère serait aussitôt remplie des parfums les pjus suaves.

Quelques doctei:ffs rousulmaus^ ajâutent que > divers aoimaux auront le privilège d'être admis dans le paradis; ce sont le bélier d'Abraham, le mouton dlsmaël^ la vache de Moïse, le poisson de Jonas, la fourmi et la huppe (i) qui figurent dans l'histoire fabuleuse de Salomon, et le chien des Sept-Dormants (2).

(I] La huppe joue un grand rôle dans ]e« récits dont l«s Orientaux ont surchargé Tbistoire de Salomon ; le monirq^e hébreu avait choisi cet oiseau pour son compagnon insépa*rable, parce que son regard traverse la terre comme si elle était un morceau de cristal. La huppe pouvait aussi, toutes les fois qne le roi était en voyege, Indiquer les sources qui fourniraient l'eau nécesssûre à la boisson et aux ablutions preaerites^ par la loi. La reine des .fourmis eut à» son cité avec SiilOBion des conférenees sur des quefitions de religtOD et de morale. Voir G. Weil, BihlUch^ le^ndentder Muul*^ mannsrn 1845, et le Dictionnaire des., livres, c^cryphes^ t. U, col. 851, faisant partie de VJSncyçlopédie théologiquê. publiée par Tabbé Migne.

(2; On donne habituellement le nom des Sept Dormants à sept chrétiens du troisième siècle lesquels furent nws à mort pour la foi chrétienne. Cet événement arriva à Epbèse, et rÉgUie en célèbre encore la fête le 27 juillet. Plus de deux siècles après, vers l'an 479 de notre ère, leurs corps ayant été trouvés dans une caverne où ils avaient élé enfumés, oq les en retira, et on les exposa à la vénération des fidèles. La légende, en parlant de leur mort, avait dit, suivant la locution ordinaire, qn'ih s'étaient endormis dans le Seigneur, Le vulgaire prit occasion de là pour dire que ces martyrs n'étaient pas morts, qu'ils s'étaient cachés dans la caverne, et qu'ils se réveillèrent enfin après deux siècles, au grand

CtïMOSITÉS THÉOLOGIQUKS. 288

Le» babiiaûts de Madagascar affirment que le paradis est siloé dans le soleil ou dans la lane, et qu^lèst awosé par quatre fleuves qui roulent, l^n WlalÇ Fàutre da yin» tin troisième dit miel, et Iç derniéir de Thuild.

D*âprè9 les auteurs^musulmans, Tenfer a sept portes, à chaeiane- desquelles se tiennent dix-neuf anges toujours prêts à tourmenter les réprouvés. Les infidèles resteront éternellement renfermés dans cet horrible séjour, et seront chargés de chaînes de soixante- dix eoudées de lf)ng; Les mahométans y seront retenus au plus sept mille et au moins quatre cents ans, selon la gravitédè leurs méfaits. Après une expiation suffisante, lePropbôte obtiendra leur délivrance, et ils seront réu-

Mmnetmnti ém sp«ctateiirfl. 0& metitre eooore à .B^kèse le lieu où ce pséUoM mlraela eut lies. Ua cbieo avait aceéti*pagné les.ffi^tyrs daos leur retraite; il partageft luteélékpHii de ses maîtres, et on supposa qu'il éiait resté peodtt&t to«t ce temps sans boire ni manger, pour garder leurs pexsonaeâ» Ce récit est regardé comme parraitement authentique parmi les musulmans tout comme parmi les chrétiens orientaux. Bn Perse, on célèbre tous les ans la fête des Sept-Dormants, et pour récompenser le chien de son zèle on lui a confié le s*io de veiller s«r les lettres et les correspoiHlaflces, et oa éerit soQ Mm : Mitmir, sur les dépêches. Mahomet a parlé des Sept-Dorm,aflls, qu'il appelle les gem de la caverne, c* qui a fait donner à la sourate XVIli du Coran le titre de eouroAe de*U Caverne. Leurs noms^ cMSi^érés cMMie des talismans, sont gravés sur des pierres grecques et arabes ; trois d*entre elles soot reproduites daD3 TouTragedeM. Cbtrton : Voyageurs anciens et modernes^ L II, p, 76*. Voir la Légende dorée, les Acta sanctorum, t. VI de juillet, p, 375 ; la Dissertatio de sanctis Septem Dormientibus , Romse^ iWl, etc.

S8Â CURIOSITÉS TUÉOLOGIQDES.

Dis aux vrais croyants. Tout le temps de leur détention, ils subiront la faim et la soif, n*ayant d'autre ^urnture que des fruits amers ressemblant à destètes de diables, et, d'autre boisson qu'une eau soufrée et brûlante qui leur causera des douleurs très-vives.

Les Parsis ou Guèbres trouvent dans leurs livres sacrés une peinture effrayante des supplices auxquels les méchants sont condamnés dans Tautre vie. Les uns habitent d'affreux cachots où ils sont étouffés par une épaisse fumée et déchirés par les morsures de reptiles. D'autres sont plongés jusqu'au cou dans les flots noirs d^un fleuve glacé; d*autres sont suspendus par les pieds, et des démons leur percent, à coups de poignard, toutes les parties du corps. Un des tourments de ces lieux affreux consiste dans Todeur infecte qu'exhalent les âmes des réprouvés. Au milieu de ces sombres tableaux^ l'écrivain persan retrace la punition d*une femme qui, pour expier sa désobéissance et les querelles continuelles dentelle importunait son mari, est suspendue la tète en bas, tandis que la langue lui sort par la nuque du col.

Les Talapoins du royaume de Laos enseignent que les méchants seront punis dans Tautre monde en étant condamnés à vivre, très malgré eux, dans le célibat le plus austère, et que le châtiment des femmes criminelles sera d'être livrées à des vieillards affreux, dé« goûtants et d'une méchanceté diabolique.

Cont«iii«s barbares an viffaenr chas laa Khanda.

Les Khonds forment une de ces peuplades qui habitent, sur les limites de l'Hindoustan, des régions couvertes de bois et de marais, où elles se maintiennent dans une sauvage indépendance. Leur origine se perd

dans la nuit des temps, et tonte cmlisatîon leur reste parfaitement étrangère. Des voyageurs anglais sont paryenasy malgré de grands obstacles» à réunir quelques informations sur les croyances et les usages religieux de cesbarbares.D'aprôs les Khonds, Dinga-Penan, le roi des morts, a pour résidence une haute montagne au delà des mers ; les âmes des trépassés y sont amenées, et il faut qu'elles se jettent dans un abîme profond qui Tentoure; elles grimpent ensuite sur un rocher aussi glissant que le serait un parquet couvert de graine de moutarde, et en effectuant ce passage périlleux, elles contractent des infirmités qu'elles communiquent aux corps dans lesquels elles passent. Dinga, assis sur le rocher dont nous venons de parler, est occupé nuit et jour à écrire le relevé de toutes les actions que chaque homme a accomplies durant sa carrière^ et la sentence qu'il prononce est de la plus inflexible équité.

Les bons passent dans une région de délices, et Tacte le plus méritoire qui puisse assurer ce bonheur, c^est de tuer un ennemi ou de mourir dans un combat. La lâcheté, le mensonge, la violation des lois de l'hospitalité, et autres méfaits, sont punis par le retour sur la terre afin d'y mener une existence misérable.

Cette peuplade adore la déesse Tari, à laquelle on offre périodiquement des sacrifices humains. Voici la légende qui sert de base à Tinstitution de cette affreuse cérémonie. Tari se blessa au doigt en coupant des vé-; gétaux, et les gouttes de sang rendirent la terre sèche et ferme. Elle dit aux Khonds de la couper en morceaux, afin que son sang répandu produisît un effet salutaire. Us n'y consentirent point, mais ils résolurent d^offrir des sacrifices humains.

Les victimes sont immolées vers Vdpoque où les se-

186 CUJaiOSII'£S T'KÊeiye^&lQUBS.

maiUess*opèreQt,afin quecbaqaelftttille^puiMe < lir dans son champ un morceau de chair» et obtenir ainsi la faveur de la déesse. Des sacrifices extraordinaire ont lieu aussi lorsque la divinité manifeste son courroux par quelque calamité, telle que les ravages causés par un tigre, une épiiootie parmi le bétail, une sécheresse prolongée.

La victime ou mtriah doit être achetée ou bien appartenir à celui qui la présente. D'autres triluis sao^ vages fournissent ces meriahs, en échange contre des haches, de la poterie, des tissus. Ces victimes dêsi'^ gnées sont traitées avec beaucoup de respect. On leur persuade que leur sort est très-digne d'envie, que leur înort leur assure immédiatement 4a béatitude. Elles ne cherchent dovc point à se. soustraire à leur sort, oir elles croient que, si elles le tentaient, elles s'exposeraieAt ^ la vengeance des dieux, qui leur loûigeraieEtt une fiu cruelle.

Le sacrificateur ou grand prôtre porte lenom àejmni; sa vie doit s'écouler dans une austérité rigoureuse; ôl n^ doit rien posséder ; le mariage lui e$t interdit; il>taii est même défendu d'arrêter les yeux sur une fenntie^ il vit seul daus une misérable chaumière, dtiatlltte doit sortir que lorsqu'on a besoin de son mwijtère.

Le sacrifice est précédé d'une fête qui dure trois|ours, pendant lesquels les Khonds se livrent à tout leur penchant pour l'intempérance. Le jami Irotte le corps de la victime a^ec du lait ; on a pris soin d'abrutir leoaK heureo^avec de l'opium, afin qu'il, ne cherabe jpasà s'échapper, car il fautqull se présenta libre elaffrin» chi>de4out]ieii« On cherche dans la farèt quelque «Mhdroit bien écarté, on fend une branche d'iitfbre et on passe dans cette fente le cou du meriah, qu'on attache alors jsolidement. Le grand prêtre porte le preaier

CURIOSITÉS THÊOI4OGIQUES. 287

coup; la foale s^élance, se rue sur le malheureux, le frappa, rachève rapidement, le déchiqueté; chacun veut emporter un morceau de chair. Le lendemain, les restes, le^ossements, Bont brûlés, et la cendre est TépanâOB survies ôhamps.

Gvof «aoas'en-vii^siir aom Iles iMai^imis** ••t ^ i rtw <d*ai insalaireft ;acAani«as.

Les habitants de Nouka-Hiva ont la plus grande^néraUon pour des dieux pénates onipetites figores fattes babituellemeau avec des os humains eit qu'on pcfrte pendus au cou. Les dieux vulgaires sont sdulpoés sans aucun art sur les manches des éventails, sur ^es bâtons, sur les casse-tôle; on les donne, on les vend^ on les échange avec indifférence et sans nul indice de respect.

Ces insulaires reconnaissent diverses catégories d'êtres surnaturels; Tune d'elles, celle des atouas, comprend tous les personnages divins que crée l'imagination de ces sauvages, et tous les chefs après leur morl. LorsqQ*un^lioBime s'est signalé par son courage et par ses hauts faits, il devient un aloua, et une crainte respectueuse l'environne. U vità l'écart. Il y a soixante ans qu'un voyageur trouva un de ces cUouas qui exi^ geait des victimes humaines; ou s'empressait de les lui ofifrir. Aux poutres qui formaient sa case, aux branches des arbres voisins, étaient suspendus des squelettes, la tête en bas. Le prétendu dieu, s'asseyant parfois sur une plate-fornie élevée vis-à-vis de sa demeure, demandait que deux ou trois malheureux lui fussent immolés; il était obéi sans difficulté. Des offrandes

oombrenses loi étaient adressées de tons côtés ; chacan cherchait à se le rendre propice.

Les habitants des îles Tonga, dans la Polynésie, croient que Tunivers repose sur le dieu Moût, qui est toujours couché. Cest le plus puissant des dieux, mais il n'a ni prêtres, ni adorateurs, et il reste sans cesse dans la môme position. S'il arrive un tremblement de terre, on suppose que Mouï, trouvant sa posture trop fatigante, veut se mettre à son aise ; alors le peuple pousse de grands cris et frappe la terre à coups redou^ blés, afin que le dieu reste tranquille. Ôa ignore sur quoi il est couché ; on ne fait môme aucune supposition à cet égard, car, disent naïvement les indigènes, a qui est-ce qui pourrait aller y voir? »

A Tikopia (autre île de la Polynésie), les insulaires croient à une vie future, et ils sont persuadés que toutes les âmes jouissent de la béatitude céleste. Un de ces sauvages, auquel on demanda s'il n'y avait pas do récompense pour les bons et de châtiment pour les méchants , répondit fièrement : « Il n'existe aucun méchant parmi nous. »

Avant d'enterrer les morts, on a soin de les peindre en rouge.

Les Australiens pensent que les âmes des défunts se rendent dans la lundis ont foi aux présages; le chant du coucou est, selon eux, un augure de mort.

Dans l'île de Retourna, les indigènes croient que la mort est l'œuvre d'an ôtre ou génie suprême qui les étouffe; après le trépas, tout est dissous.

Des idées religieuses qui répugnent aux opinions européennes, mais qui sont analogues à celles que nous avons signalées chex des peuples de l'antiquité.

avaient, an dire d^nn ancien voyageur vénitien, Mareo Polo, amené dans des îles faisant partie de l'arcbipel de la Sonde, un usage qui donnait aux droits de Ttiospitalité une extension exagérée.

Les liabitants de Kamul (Hamil) vivaient dans les amusements. Quand un étranger arrivait chez eux, ils le recevaient de la manière la plus gracieuse ; ils ordonnaient à leurs femmes, filles et sœurs de prévenir tous ses vœux ; puis ils quittaient la maison, abandonnant à leurs hôtes la jouissance de tous leurs droits» et ils leur envoyaient aussi tout ce qui leur était né* «essaire, mais contre payement. Ils ne rentraient dans leurs maisons que loràque les étrangers en étalent sortis. Cette manière d'abandonner leurs femmes aux étrangers passait pour être agréable à leurs aivinùés et propre à leur assurer du bonheur dans toutes leurs entreprises, ainsi qu'à attirer sur leur famille Tabondance et la richesse ( 1).

D'autres pays étaient le théâtre d'un usage semblable, s'il faut du moins s'en rapporter au môme voyageur.

Les habitants de Kaindou avaient la coutume de ne pas regarder comme un outrage les liaisons que les étrangers, en passant chez eux, pouvaient avoir avec leurs femmes et leurs filles. Au contraire, tous les maî-

(1) Cette coutume d'abandonner sa femme aux étrangers n'est pas encore éteinte dans quelques portions de l'Asie centrale; selon M. Elphinstone (Account of theKingùom of Caubul), elle existe parmi les tribus des montagnes tie la Paropamisade, et elle porte le nom de Kooroo Bistaur; M. Ferrier cooûrme par son expérience personnelle l'assertion deTauieur anglais {Voyage en Perse et dans l'Afgha» nistan, 1860, 1. 1, p. 438).

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IBM de maisoa allaient aa^-devant des toangers^Jes eondoisaient chez eux et les laissaient entièr^nent mailres d*aD logis dont ils s'oignaient eux-mêmes. La femme plaçait aussitôt ao^dessos de la portd un siipial qni n*était enlevé qii'après le départ de Tétrantgef ; alors le mari avait le droit do se montrcff de nouveau.

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