‹ Curiosités théologiques, par un bibliophile [P.G. Brunet]Chapitre 2 sur 15 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

judaïsme et christianisme.

MéM ai»t«li*rM reUthres à l'MstoIr* d« l'Aa«ii •t da Nomreaa Testament.

Les rabbins ont explîqné remploi de cbaeane des doiue beures da jonr où Adam fnt créé. A la promiëre beare Diea assembla la poussière dont le premier homme fat formé; à la seconde, Adam se tint snr ses pieds; à la quatrième, 11 donna des noms aux animaux ; la septième fut employée à son mariage avec Eve; à dix heures, il viola les commandements de Dieu ; à la douzième heure, il sentait déjà les peines et les sueurs du travail.

D'après divers Orientaux, ce ne fat pas de la côte d'Adam que sortit Eve, mais d*une tumeur qui lui vint au gras de la jambe et qui , s'ouvrant au boul de ^x. mois, laissa sortir la première femme.

k CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES.

La taille d'Adam était d'abord si gigantesque que sa tète touchait le ciel. Les anges ^ étonnés, murmurèrent etdirentq^Vil y avait deux êtres souverains, l'un au ciel, Tautro -ur la terre. Alors le Seigneur mit la main sur la t<: .0 d*Aâam qui se trouva réduit à une stature de mhlô coudées. Adam avait d'ailleurs été créé double et hermaphrodite.

Plusieurs écrivains, de médiocre mérite, il est vrai, ont soutenu que l'histoire de la chute d'Adam, telle que la raconte la Genèse^ ne doit pas être prise dans un sens littéral. Ils ont pensé que le serpent était la concupiscence d'où sont nés les mauvais penchants du genre humain.

Mise en avantpar Cornélius Agrippa et par K. Fludd, cette idée a été développée par un libre penseur hollandais, Beverland, auteur de divers écrits peu édifiants. Sonlivre^ intitulé : Peccatum originale, a été traduit en français sous le titre à'Éiat de Vhomme dans le péché originel, 47U.

Des rabbins ont partagé ce seniiment en l'appuyant d'explications singulières; et, de nos jours, M. Guijraud {Philosophie catholique de r histoire, 1841, t. Il) s'exprime ainsi : « Le fruit de l'arbre défendu prépara et commença ce que nous appelons le péché originel, mais les sens le consommèrent; la multiplication matérielle de l'espèce humaine en fut le résultat. »

Diverses sectes hérétiques avaient, au sujet de nos premiers parents, des idées singulières. D'après la doctrine des Cathares ou Albigeois du moyen âge, le mauvais principe plaça A lam et Eve dans un faux paradis, en leur défendant de manger le fruit de l'arbre de la science, qui n'était autre que la concupiscence charnelle dont il provoqualuimème l'éveil, en séduisant Eve sous Is forme d'un serpent ; il parNlul ainsi, car l'union des

sexes, à propager le genre bumaiD. Quelques sectes parlaient d'un commerce charnel entre Eve et le maavais génie, commerce dont Gaïn fat le fruit; on représenta aussi Abel comme fils de Satan ; Setb seul avait Adam pour père.

Les Orientaux et les rabbins ont avancé bien des contes au sujet du serpent; on a prétendu qu'avant son crime il avait quatre pieds, qu'il était ailé et d*uiie bdauté admirable. Les artistes lui ont souvent donné une tète humaine lorsqu'ils l'ont représenté dans le paradis terrestre; c'est ainsi que l'a dépeint au Vatican le pinceau de Raphaël. Pierre Gomestor ai&rme qu'il marchait debout comme l'homme; Bède dit qu'il avait le Tisage d*une jeune fille (virgineum habens vultum). Il se montra à Adam sous la forme d'un paon et à Eve sous celle du serpent, à ce que prétendent des écrivains musulmans qui ajoutent qu'expulsé du paradis, il fat relégué à Gonfish , ville de TEuphrate; d'autres disent qu'il eut pour lieu d'exil le désert de la Haute-Egypte, et un voyageur qui n*est pas toujours digne de foi, Paul Lucas, prétend l'y avoir rencontré.

Voici un échantillon des récits bizarres accumulés dans les écrits desOrientaux : Eve, étant enceinte pour la première fois et ne sachant qhi elle mettrait au monde, s'adressa à un démon nommé Haret. Ce démon offrit d'obtenir de Dieu qu'elle accouchât d'une créature semblable à elle, mais à condition qu'elle donnerait à l'enfant le nom à'Abd-Olharet ou de serviteur de Haret. Eve le crut, et Dieu, pour la punir, donna la mort au nouveau-né. Il est fait allusion à ce conte dans le Koran, chap. Vïï. Voir aussi la Chrestomatie arabe de M. Sylvestre de Sacy, t. II, p. 535, et VBistoire des Patriarches^ par Ressaï.

Les écrivains orientaux disent que ^oé, ^U mi^Ta^tLV

• CURIOSITÉS THÉ0LOGIQUB9.

àe se séparer de son fils Japhet, loi doona une pierre préclense snr laquelle était écrit le nom do Très-Hant ; la possesseur de ce talisman pouvait à son gré faire descendre la pluie du ciel. Cette pierre ^e conserva, dit-on, assez longtemps chez les descendants dupatriardie; aujourd'hui elle est perdue.

Quand le patriarche Noé mitra dans Tarehe avec une paire de tous les animaux, les bètes v^imeuses furent privées de leur faculté de nuire. La terre étant ensuite rendue à ses habitants, ces bètes représentèrent qa*ainsi dépourvues elles ne pourraient plus maintenir leur existence. Alors le Seigneur les revêtit de nouveau de leurs armes offensives, à condition qu*elles respecteraient quiconque prononcerait avec une foi convenable réloge de Noé ; il s'ensuit que la formule : « Salul à Noé dans Tunivers ! » est souvent dans la bouche des Musulmans, qui la regardent comme un préservalil contre les piqûres des serpents et des scorpions.

L'histoire d'Abraham a de même été surchargée de détails apocryphes .Le roi de Babylone, Nemrod, voulut le faire brûler vifj le bûcher dans lequel le patriarche Alt jelé occupait une place immense. Pendant plusieurs années, la population de Babylone et des contrées Yoiiines avait éié occupée i apporter du bois ; lorsqu'on y eul mis le feu, il devint impossible d'en approcber de plusieurs lieues à la ronde. Ce fut le diable, instigateur principal de cette scène, qui, se montrant tout à ooup déguisé, offrit de fabriquer une machine avec laquelle on lancerait de loin Abraham. La machhie ayant été construite, on jeta le patriarche au milieu du irasier ; mais de si grands préparatifs ne leumèreut q[U'à la confusion du démon et de ceux qu'il faisait agir. Non-seulement le feu perdit de sa vertu, mais '^^^mt SQêcàtà une louree d'eau fraîche, qui donna à

Abraham des forces nooTelles ; on njoute même que le brasier se convertit en un jardin de rotes. Voir Kessaif, Histoire des Patriareheêy maonscrit arabe de la Bibliolliôqae impériale, et le iToran, cbap. XX, Y. 66.

Quelques auteurs plaeent à Édesee la scène de ce miraele ; on montrer noore daas cette antique cité la foutaine miraeuleuse où Abraham se rafraichif; on bit Yoir les traces de la fumée qui sortit du feu. Lorsque Tamerlan passa en cette ville, il ne manqoa paa d*aller visiter le tbéàtre de ee grand prodige. (Yoy. MUkdre de Témur-Bec^ traduite du persan par Petit de Lacrofi, i. II, p. ses, et les fùyagei de Jean Tbévenot, t. III, p. 141.)

Void un des traits de la cbarité d*Abrabam :

I>an les temps de disette, il avait l'habitude de dtetribut du blé aux pauvres. Une année, ses provisions -dtaat épuisées, il envoya ses gens en acheter f n Egypte, mais il se trouva que TÉgypte était en proie au même -fléau. Les serviteurs d*Âbrabam, pour ne pas s'en revenir à vide, remplirent leurs sacs de sable, et ee sable, par la permission divine, se changea en farine, n est lait allusion à cette histoire dans le Koran (chap. JI, verset 119).

On mmitrait encore du temps de Josèpbe le térébii- Uw sons lequel on prétfflidait qu'Abraham avait reçu les trois anges qui lui annoncèrent la naissance d'Isaac. •OnaCirmait que cet arbre était né d'un Làlon que l'un 'des anges avait enfoncé en terre, et qui s'était développé miraculeusement; on ajoutait qu'il n'éprouvait nul dommage lorsqu'on y mettait le feu, quoiqu'il pa- Tût tout enflammé.

Un législateur aussi célèbre que Moïse ne pouvait ^Bungmr de roir son bistmre suTàhargAa d^e &i^iS&8k

inyentés à plaisir. Il faut se borner à un très-petit nombre d'exemples.

Pharaon fit un appel aux magiciens de ses États. Us accoururent au nombre de 70,000. A la tête se trouvaient les deux frères Sabour et Gadour, qui s'informèrent, en arrivant, si les prodiges opérés par Moïse conservaient leur effet pendant que ce prophète dormait, car, disaient-ils, c'est le propre des magiciens de n'agir que pendant qu'ils sont éveillés; or, la baguette que Moïse avait changée en serpent restait toujours dans son état de serpent et servait même de gardien à Moïse durant son sommeil. Les deux frères Sabour et Gadour ne purent plus méconnaître le doigt de Dieu, et rendirent hommage à la vérité. La femme de Pharaon crut au vrai Dieu, mais le roi persista dans son endurcissement. Les Musulmans appellent cette princesse Asia. Mahomet lui attribue cette prière: « mon Dieu ! bàtis-moi auprès de toi une demeure dans le paradis. » (Koran, chap. LXVI, v. 14.)

Moïse opérait ses prodiges avec sa main, qui était aussi blanche que la neige, aussi éclatante que les étoiles du firmament.

Des rabbins racontent des fables singulières au sujet de Vànesse de Balaam ; suivant eux, elle fait partie des dix créatures privilégiées que Dieu jugea à propos de créer à la fin du sixième jour. Abraham s'en servit pour porter le bois destiné au sacrifice dlsaac; Moïse en fit usage pour faire cheminer sa femme et son fils à travers le désert; cet animal merveilleux reparaîtra à l'époque du Messie, qui en fera sa monture.

Citons quelques autres exemples des anecdotes qui ont été ajoutées aux récits bibliques, et avancées comme

its incontestables. Zuleika, la femme de Putiphar, Joseph d'avoir voulu lui faire violence; il s'é-

CURIOSITÉS THÉOI.OGIQUES. 9

icH II trouvé un enfant au berceau dans la chambre où l'Égyptienne prétendaitque l'Hébreu ]*ayait lenconlrée ; Joseph recourut au témoignage de cet enfant, et celuici, par Tinspiratiou divine, éleva la voix et rendit hommage à la vérité.

Job a eu de même son histoire chargée de circonstances fabuleuses. L'ange Gabriel, frappant la terre du pied, en fit jaillir une source où le patriarche se lava. Pour le dédommager des pertes qu'il avait essuyées, Dieu lui envoya deux nuages, dont Tun répanddt de l'or et l'autre de l'argent.

David possédait un bouclier qui avait la forme de deux triangles réunis et qui était doué de propriétés merveilleuses du genre le plus extraordinaire.

Les Juifs ont attribué de grandes vertus à cette figure , et les Musulmans partagent leur opinion; oi^la trouve souvmt marquée sur des pierres gravées, des monnaies et autres monuments. Elle s'est retrouvée dans Tinde. (Voir Muséum Bargianum, par Paulin de Saint- Barthélémy, planche XXIX, A.)

La richesse et la puissance de Salomon ont été l'objet des exagérations rabbiniques les plus démesurées ; on a de plus accordé à ce monarque un pouvoir sans bornes sur le monde invisible.

Josèphe {Àntiq. jud., liv. YIII, chap. i) dit que lors que les Juifs voulaientdélivrer quelqu'un de la présence des mauvais esprits, ils enchâssaient une certaine plante dans le chaton d'un anneau et rapprochaient du nez du malade ; ils prononçaient en môme temps le nom de Salomon, car c'était à ce roi que revenait l'honneur de cette découverte.

Les Orientaux attribuent au sceau de Salomon la plupart des merveilles qui rendirent si remarquable le Tègrae de ce prince. (Voir Reinaud, UonumeaU otabt^^

persans et turcs du cabinet de M. le duc de Blacas, Pa- TÏ8, iSMf t. I, p. 165; t. Il, p. 462.) Selon eux, ce sceau existait dès le temps de Jared, père d'Ëiiris, au- Irement appelé Enoch, et sans lui il ne se serait jamais rien opéré d'éclatant sur la terre.

On raconte qu'un démon parvint, du vivant de Salomon, à se rendre maître de ce talisman et causa d'étranges désordres. Il est question, chez divers auteurs musulmans, de nouvelles tentatives faites par les démons après la mort de Salomon, pour s*emparer de cet objet si précieux. Oa suppose qu'ils auraient léussi depuis longtemps sans un grand serpent ailé qui garde le tombeau de Salomon dans une île de la mer du Sud. (Voir à ce sujet les Mille et un jaurs^ Jour CLXXXi et sniv.)

Les auteurs orientauxs*aceordent à dire que Salomon avait fait monter ce sceau en anneau et qu'il le portait au doigt ; mais ils ne sont pas d'accord sur ce qui y était marqué. Quelques-uns affirment que Salomon y avait fait graver le grand nom de Dieu, nom aujourd'hui perdu et qui fut la source des plus étonnant es merveilles. D'autres ont prétendu qu'il y aviût placé une sentenee morale ; on a dit aussi que ce sceau ne portait point une légende, mais une figure composée de deux triangles comme le bovdier de David dont do«s avons parlé.

Les récits des ÉvaagilesoBt reçu une foule d'addi* tions étranges: renfance de Jésus-Christ a surtout été emhellie d'un grand nombre de merveilles presque toujours ridicules. OiïroBS un exemple des narrations que contiennent ces productions apocryphes.

Le Sauveur, Pierre et Judas Iseariote, voyageant ensemble, arrivent à une hôtellerie; il ne s'y trouve MMsr toute provisiûD qu'une oie. Jésus la prit et dit :

CORIOSITàS THÊ0L06IQUBS. fi

« Ceci est trop peu de dioie pour que nous puiattas en manger tous trois; allons dormir, et Toie appartiendra à celai qui aura fait le meilleur rère. » Ils se concbèMiit donc, mais au milieu de la nuit Judas se leva et maugea l'oie. Le mai in chacun raconta le songe qu*il avait eu. Pierre dit : « J'ai cru pendant mon somiaeil me tenir auprès du trône du Fils de Dieu. » Jésus dit : « Cest moi qui suis le Fils de Dieu et j*ai rêvé que tu te tenais auprès de moi ; mon songe remporte sur le tien, c'est donc à moi de manger Toie. » Jadas dit : • Et moi j*ai rêvé que je mangeais Toîe. » Oa la chercha en Tain, car il l'avait effectivement dévoréeu

Un religieux italien, le père Luigi Novarini, fit imprimer à Vérone, en 1642, un volume intitulé : Caiamita ée cuori, doe : Vita di Giuu fiel ventre di Mtatia; le texte est tout aussi singulier que le titre ; Taiilewr raconte et disserte de la meilleure foi du Moaio coflune s*il parlait de ce qu'il a vu et entendu.

Des idées singulières ont été mises en avant m sujet de la Vierge ; on a pensé que Marie avait conçu par Foleille: c'est ce qu'ont dit saint Augustin, saint Éphrea, ▲gobard, le Bréviaire des Maronites. Les artistes le sont parfois inspirés de cette tradition; dans une ancienne image conservée à Sainte-Marie- Majeure, à Rome, Jésus entre sous la forme d'une ooioinbe dans l'ordUe de Marie.

Entre autres singuliers problèmes on agita celuici : « Pendant la grossesse de Marie, lorsqu'elle venait à s'asseoir ou à se coucher, Jésus- Christ était-il de même assis ou couché? » Un Allemand, Samuel Seho» roer, fut plus hardi ; il fit imprimer à Leipzig, en 1709, une Disêertatio theolo^ka^ devenue fort tàTe^desane^ lifktuùme êeminis Mariœ firgmi» m odu eonceptùmig l Oa n'a jamais poussé plua kîa^Aac»nàa^% tek

Al CUEIOSITÉS THÉpLOGIQOES.

întarprétalioiis et rimpertinence des recherches sur uq ptieil sujet.

. Les Grecs prétendent que le 13 août tontes les riirières du monde se rendent en Egypte, ponr récompaoïar ce pays do Tasile qu'y tronya la sainte Fa-

L'tet«eliriaV

Ce pereonnage mystérieux a vivement préoccupé lioiagiiiation d'anciens antenrs juifs et chrétiens.

Au ^le des rabbins ^ sa taille sera gigantesque; il ^ura dix aunes de hauteur $ Tespace entre ses deux yeux sera d\ue aune ; ses yeux, extrêmement ronges etenflammés, seront enfoncés dans sa tète; ses cheveux stfont roux comme de l'or et ses pieds verts ; il aura deux têtes ; il publiera qu'il est le Messie et le Dieu qu*il 'fluit adorer. Tous les Romains se rangeront sous ses lois. Le premier messie, Néhémie, fils de Joseph, lui fsra la guerre et mardiera contre lui à la tête de 800,000 Juifs. L'Antedirfst sera battu, et 300,000 hommes périront dans ce premier combat. L'Antéchrist reviendra à la charge, et , après un grand carnage , il tuera, sans le savoir, le messie Néhémie , dont les anges emporteront le corps pour le cacher avec ceux des andens patriarches. Alors les Juifs perdront courage et prendront la fuite. Toutes les nations les persécuteront avec rigueur; ils se relèveront enfin, l'ardiange Michel sonnera trois fois de la trompette; le premier coup fera paraître le Messie, fils de David, avec le prophète Élie. Les Juifs se rallieront autour de lui; T Antéchrist eera vaincu dans une grande bataille, une pluie de feu

éesoate lomters aor son année. Ensoitie vieudcout le

règne du Messie et la raine entière de tous les infidèles.

Un savant Hollandais, C. WytachiaSy a composé une dissertation pabliée à Amsterdam, en 1666, afin de prouver qae Mahomet est l'Antéchrist. Grotins avait voulu établir cpie c'était Caligula; une opinion assex accréditée faisait à Néron l'honneur d'être ce personnage.

D*autres savants modernes ont supposé qu*il n'avait ] oint paru encore ; au siècle dernier, un laborieux écrivain qui s'était échauffé le cerveau à force de pâlir sur la Blb!e, Rondet, avait fait de longs calculs d'après lesquels il avait établi que l'Antéchrist serait détruit en 1860.

On composerait une bibliothèque assez considérable avec les écrits relatifs à l'Antéchrist ; nous n'en citerons que trois ; l'un est un gros in-folio d'nn dominicain espagnol, Th. Malvenda, imprimé en 1640 ; tout ce qui concerne ce sujet est rapporté avec érudition, mais sans critique ; les deux autres écrits sont des feuilles légères : Naissance de r Antéchrist à Babylone^ envoyée par l'ambassadeur de France, en 1633 ; Attestation de (a nativité de F Antéchrist, 1633.

De singulières idées dominent parmi les Musulmans à Végard de l'Antéchrist; il parcourra la terre monté sur un âne et suivi de 40,000 Juifs; il régnera quarante jours : le premier sera égal à un an; le second à un mois; le troisième aune semaine; les autres seront de la durée ordinaire; il dévastera toute la terre, excepté la Mecque etMééine.qui seront défendues parles anges, et il Sera enfin tué par Jésus.

là CURIOSITÉS THÉOLOGIQDBa

Idées singalières des Rabbins.

Les doetears juifs ont aceumulé dans de gros yo- Inmes hébreux qu'on ne lit pas dn tout» d'étranges idées, fmit de l'exaltation de l'imagination orientale. Ce^t surtout au sujet du Messie que les rêveries rabbiniques se sont accumulées et donné carrière.

Les uns affirment qu'il est déjà venu et que, sans Tieillir, il reste caché parmi les habitants de la terre, attendant pour se manifester et pour établir son peuple ians toute sa puissance qulsraè'l ait célébré comme il faut le Sabbat (ce qu'il n'a point fait encore] et qu'il ait •xpié ses péchés. Quelques docteurs soutiennent qu'il est dans le paradis terrestre; d'autres, qu'il se tient parmi les lépreux et les malades, à la porte de quelque capitale, attendant qu*Élie, son précurseur, vienne le révéler aux hommes. Mais l'opinion la plus suivie est que le Messie n'est point venu encore et qu'il y en aura deux qui doivent se succéder l'un à l'autre : le premier dans un état abject, le second, dans un état glorieux et triomphant. Dix grands mirades précéderont Tavénement du Messie.

D'abord, Dieu suscitera trois tyrans féroces qui persécuteront les Juifs avec rage. Dès extrémités du monde viendront des hommes noirs à deux têtes, à sept yeux étincelants et d'un regard si terrible que les plus intrépides n'oseront paraître en leur présence. Des pestes, des famines, des mortalités, le soleil changé en d'épaisses ténèbres, la lune convertie en satfg, la chute des étoiles, seront le second miracle et les suivants jusqu'au sixième inclusivement. Le septième est remarquable. Une statue de marbre que Dieu a, dès le commencement du monde, sculptée de ses propres mains

CURIOSITiS THÉOLOGIQOga. if

el qui représente une femme d'une rare beaoté, lan l'ob jei des bmUles ardeurs d'un débauché. De ce corn* merce inouï naîtra l'Antéchrist Amuliius; il Taineca le premier Messie et sera vaincu par le second. Celui-ci rendra la yie au premier, rassemblera tous les Juifs Tirants ou morts, relèvera les murs de Sion, rétablira le temple de Jérusalem sur le plan présenté à Ézécbiel dans une vision célèbre, fera périr tous les ennemis de sa nation, établira son empire sur toute la terre habi • table et fondera ainsi une monarchie universelle. Il épousera un grand nombre de femmes et il aura une postérité nombreuse ijui lui succédera. Pour célébrer sa victoire, il donnera à son peuple, rassemblé dans la terre de Gbanaan, un banquet dont le vin sera celui qu'Adam lai-mème fit dans le paradis terrestre et qui se conserve dans de vastes celliers creusés par les anges au centre de la terre. On y senrira le léviathan et le behemoth, gigantesque poisson et quadrupède monstrueux dont les dimensions dépassent tout ce qu'on pourrait soupçonner. Ce dernier consomme chaque jour pour sa nourriture l'herbe qui croit sur un màiier de montagnes.

Les moudies ont donné lieu à des idées bizarres : les Hébreux prétendaient qu'on n'en avait jamais vu une seule dans le temple de Salomon, ce qui était un très-heureux présage. Un auteur grec, Élien, affirme que, lors de la célébration des jeux olympiques, les mouches se retirent discrètement et qu'elles se tiennent avec les femmes du côté du fleuve Alphée, opposé à celui où se passe la fête. On citait quelques temples où les mouches n'entraient pas.

La manne fournit quelques exemples des singularités qui abondent dans les commentaires hébreux. Les rabbins prétendent que cette nourriture miraculeuse étaiV

comme de Thailc pour les enfants, du miel pour les vieillards, des gâteaux pour les personnes robustes. Selon eux, elle avait tous les goûts possibles, hormis celui des poireaux, des oignons, de Tail, des melons et des concombres, parce que c'étaient là les divers légumes que les Hébreux regrettaient. Des docteurs ajoutent enrore que la manne possédait tous les parfums des divins aromates dont était rempli le paradis terrestre; ils ont même été jusqu'à affirmer qu'elle devenait poule, perdrix, chapon, ortolan. Chaque grain portait la lettre va7i, très-distinctement tracée, et cette lettre, qui signili3 lo nombre «tx, symbole chez les Hébreux de la peine ût du travail, signifiait qu'il fallait la ramasser durant six jours. Elle était une des six choses créées vers la iln du sixième jour pour la perfection du monde, et ses monceaux, tombant dans le désert, étaient si élevés, qu'ils étaient aperçus par les rois de l'Orient et de l'Occident.

Quelques modes d'interprétations rabbiniques de rÉcriture sainte sont assez curieux : Yathbusch donnait à rinterprète la faculté de substituer dans les mots du texte sacré, à chaque lettre de l'alphabet, la lettre correspondante de Tordre inverse, c'est-à-dire en commençant l'alphabet par la Qn. On obtenait ainsi un mot tout différent par lequel ou remplaçait le mot véritable. La ghcmatria avait pour base la valeur numérique des lettres; tout mot pouvait être remplacé par un mot quelconque, pourvu que la somme de la valeur numérique des lettres fût équivalente. Il y avait aussi le notarikon qui faisait de chaque mot d'une lettre l'initiale d'un mot nouveau.

Observons d'ailleurs que ces systèmes, qui introduisaient dans rËcriture tous les sens imaginables au moyen d'altérations arbitraire?, paraissaient aux do:!-

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES. i7

tears juifs œuvre pieuse et savante; toute révélation, toute vérité étaient contenues dans la loi et les Prophètes i au prix des plus grandes violences et des inventions les plus subtiles on y découvrait, avec une conviction naïve, toute sorte de sens nouveaux.

La période qui correspond aux deux premiers siècles de 1ère chrétienne est remplie dans l'histoire des Juifs de contes relatifs à la science de quelques rabbins et à leurs richesses fabuleuses.

A la prière du rabbin Josué, Dieu fait entendre sa voix à Rome et à César; César est renversé de dessus son trône, les femmes enceintes avortent, et tous les Romains perdent leurs dents molaires.

Rabbi ÉUézer possède mille villes sur la terre et mille vaisseaux sur la mer.

La ruine de Jérusalem est due à la rancune d'un rabbin. Voulant se venger d*avoir été exclu d'un festin, il mutila un veau que l'empereur envoyait au temple pour y être immolé. Les prêtres durent refuser cette victime imparfaite. César, irrité de ce refus, envoya Néron contre Jérusalem. Néron décocha des flèches vers les quatre points cardinaux ; toutes revinrent vers la ville sainte. Persuadé que celui qui frapperait Jérusalem serait lui-même frappé, Néron se garda bien d'attaquer les Juifs : il fit mieux, et ce que les historiens latins ont ignoré, il se fit juif lui-môme, il devint Taïeul du célèbre rabbin Méier. Afin de remplacer le lieutenant qui avait déserté sa cause. César envoya Yespasien attaquer la ville sainte. Le siège se prolongea pendant trois ans. Il durait encore lorsque Yespasien, au moment où il était occupé à se chausser, reçut la nouvelle que les grands de Rome l'avaient chQ\&V pour empereur. La joie fit enfler ses pieds ^w ^VûX q^ ^ dès cet instant^ U lui fut impossible, soVX de c\AXva&e\ ^^

i8 CUBIOSITÉS THÉOLOGIQDES.

pied nu, soii de déchausser Tautre. Heureusement, ii se trouva là un rabbin habile qui, caché dans un cercueil, s* était enfui de Jérusalem; il donna au nouvel empereur le conseil de faire appeler un ho nome pour lequel il avait une aversion prononcée ; le désagrément opéra dans un sens opposé à la satisfaction, et Yespafien put achever de mettre sa chaussure.

La fête des trompettes, chez les Juifs, ne manque pas de singularité : elle est célébrée le premier jour du septième mois, lequel correspond à la lune de septem hre, Eq Orient et dans quelques parties de TAUemagn où les rites de la religion mosaïque sont observés avec plus do scrupule que dans le reste d i l'Europe, il y a des Israélites qui portent, ce jour-là, TbabH qu'ils ont destiné à leur sépulture ; d'autres se rendent à la synagogue, vêtus de blanc, insigne de pureté et de pénitence. Des cérémonies particulières ont lieu à la synagogue : on retire le Pentateuque de l'armoire où il est renfermé; on sonne trente fois du cor, tantôt d'une manière fort lente, tantôt avec précipitation. Pour se prépara à cette fête, quelques juifs se plongent dans l'eau froide; ils confessent leurs péchés et se frappent la poitrine. Des rabbins enseignent que ce jour-là Dieu assemble les anges qui forment son conseil et qu'il ouvre ses livres pour juger tous les hommes.

La trompette doit être une corne de bélier et non de liCBuf et de veau ; elle à(»t être courbe ; si elle avait servi à un chrétien, il faudrait la jeter ; si elle est fendue en travers, elle peut servir, mais elle n'est bonne à rien si la fente est en long.

Tout est importsmt dans Tbistoire de l'humanité, même les superstitions les plus dénuées de bon sens. Les juifs d'Orient croient aux schediwi ou mauvais esprits. Ceux-ci épousettt parfois des femmes mortelles,

CURIOSITÉS THËOIiOGIQBES. 49

BMds lenr pdndpile besogne «si de loarmrater les lieaiiiies : Hs jettanl des pierres coMre les vitres, rea f^rseiH lesessiettes pendant le dtner, domienl les cenls àeenver an chais, et âislribnenl des eeops avec des b&lons invisibles. L'eniqae moyen de les resdre inoffènsifs est de bien nettoyer la maison ; alors ils sont contents et se tiensent tranquilles.

Qvelqaes rabbins prétendent qu'on ne doit point jeter par terre Teau dont on s'est servi poar Ijss ablations prescrites dès le matin, car celui qui «areberait sur eette eau impure cootraderait par là même quelque touiilure.

PlustMirs docteurs Juifâ n'ont pas bésité à faire une descriptioB détaillée du cérémonial quil faut observer lorsqu'on obéît aux plus tristes t»esoias de la aatate bumaine. Ils recommandeot d'examiner d'abord les quatre points cardinaux et l'borizon afin dese tourper vers le nord ou le midi^ jamais du côté de l'orient on du cotoebant. Il f lUi attendre pour abaisser ou élever eon vêlement qu on seit accroupi ; enfin il n'est permis que de se servir de la maia gaucbe {Poéex non dextrà, sed senutrà wumu ub»lergêuda sti... ^e^ kme aroana 9uru).

Le serment le plus solemei» ke plus inviolable de tous chez les anciens Hébreux se prêtait en portant la main sur les organes de la génération. lx>rsqQe Abraham dit en s'adressantà Ëliézer:« Mets ta main sons ma cuisse; je te ferai jurer par l'Éternel que tu ne prendras point pour mon fils une femme des filles du Eenaaaaa » (i£renè&ey XXIV, t) ; lorsque lacob mouf ant éil à Josepb : « MetS9JeleprÂe»tamaiASOosBia0iis8e(i);tunem'eB-

(t) Dans ces êea% passages noas novft ««tnwa 4t \%ibv dnctioQ de V. Cabea.

SO CURIOSITÉS THÊOLOGIQUES.

terreras point en Egypte, » on ne rend qu'imparfaitement le sens de l*idée hébraïqae. Les rabbins les plos renommés avancent que cet attoucbement était institué pour honorer la circoncision. Cet usage s'est conservé dans certains pays de l'Orient, et une lettre d'un officier qui fit partie de l'expédition d'Egypte rapporte qu'un Arabe, arrêté comme espion des mameluks, eut recours à un serment de ce genre pour constater s tn innocence (i).

Une pratique analogue avait lieu dans un pays bien éloigné du séjour des Hébreux. Qu'on parcoure les lois souvent étranges qu'Uowel, le bon roi du pa3rs de Galles, donna à ses sujets au dixième siècle; on y verra que, lorsque une femme violée veut poursuivre eu justice celui qui l'a outragée, elle doit, en proférant le serment qui dénonce le crime et le criminel, poser la main droite sur les reliques des saints et la gauche sur le membre viril de l'accusé (3) : Si mulier stuprata lege cwn illo agere velit, membro virili sinistra prehenso et dextra reliquis sanctorum imposita , juret super illm quod 18 per vim se isto membro vitiaverit.

L'observation du sabbat chez les Juifs a été l'objet de trente-neuf règles diverses ; il est interdit de labourer, de cuire, de coudre, de chasser ou pocher, d'allumer, d'éteindre, etc. : on peut cependant faire

(1) Hémoires sur l'Egypte publiés pendant la campagne de Bonaparte^ tome II, p. 195.

(2) Le code d'Howel a été publié par M. Peignot (Paris, Grapelet, 1832): Tableau des mœurs du dixième siècle, ou la cour et les lois d'Howel le Bon, roi d^ÂberfTaw, de 9i7 k 948. Il se trouTe aussi dans le recueil de Probert : The andent laws ofCambria, eidans celui d'A.Owen: The ancient laws and institutions of Wafes, 1841, in-folio.

allumer du fea par qaelqa*an qui n'est pas jaif; il n'est permis ni d'acheter, ni de vendre, ni de faite un voyage. Les femmes allument une lampe qui a d'ordinaire six becs ou tout au moins quatre, et qui brûle souvent la majeure partie de la nuit. On dresse une table couverte d'une nappe blanche et on place dessus du pain qu'on recouvre d'un autre linge long et étroit ; c'est en mémoire de la manne qui tombait ayant de la rosée deesus et dessous, mais dont il ne tombait pas le jour du sabbat.

On prétendait que l'observation du sabbat était respectée mèma par la nature, et on citait, comme preuve de cette assertion, le fleuve sabbatique en Syrie : selon Josëphe, après avoir coulé six jours avec abondance, il sèche tout à coup le jour du sabbat ; suivant quelques rabbins, il ne coule au contraire que le jour du sabbat, et il est à sec le reste de la semaine. Les voyageurs modernes n'ont pu retrouver cette ri* vière miraculeuse.

Les anciens rabbins donnaient le nom de bois de vie à deux bâtoos dont on se servait dans les synagogues pour toucher le livre de la loi sur lequel on n'osait, par respect, porter la main. En touchant le livre sacré, ce bois acquérait des propriétés admirables, telles que celles de guérir les malades, de fortifier la vue, de procurer aux femmes enceintes une heureuse délivrance.

N'oublions pas la cérémonie de l'expiation, dite Kapara, qui s'est longtemps observée la veille du chipour, ou jour du pardon, et qui est aujourd'hui abolie. Voici en quoi elle consistait : les hommes chargeaient de leurs péchés un coq blanc et les femmes une poule. Les femmes enceintes prenaient un gq<\^^\ une poule. Le maître de la maison i^reu^ÀX «i\T£L^\i\^ coq, et, Kprès avoir récité quelques passaf^e^ ^^% ^^^^o^-

M COBIOSITAS THftOLOGIQDBS.

mes et ëa livre de Job, il frapiMtit trois fois ta fèleavee le coq, f a'il étranglait ensuite et qa'il jetak rudement contre tt'rreaprte loi avoir coupé la gorge, ûa faisait alors rôtirie volatile etonjetaitses enirailleasuc le toitée la maison. Tonte a ces cérémonies avaient 4e& aignlAcatioDS mysti<|a(*t qn'il serait tro^ long dd signaler. On avait eo Tbabitnde, pendant quelque temps, de don* ner à des iodig^nls la coq, a§n qaIU le fi>senl si^rvir à lenrs repas ; mais des sernpales snrgirent sur la convenance de manger an animal chargé. des iniqoitéspnbliqnee ; el l'osage s'introdaisit do rempUmer le don du volatile par sa valenr en argent

Ii« BtehU, ■•■ mmarmm, «m Map«i««

U mrait fu^le do remplir d'énormes veèamea cft extrayant nne faible partie de ce que oontionnent lea écrits lelatidi anx démons ; pendait p^iisiHira siècles on vit l'action du diable dans tontes les elMMeabninaines^ (m bfùla par milliers les bommes el femmes aocnsés dftntreleiiir avec Ini des relations illioiies^el lanoMHnes do Ions Ofdres, les magistrats, les savants do lépo^pM Wfsèrentâes flots d*enam s«r toat ce qni ooncnramit Satan et ses sof^ts.

Un énidtt alltmaiid a dressé Tinvenlaire des livres do ce genre; ilsse oomptont par eentainea, et asgourd^imâ il CmU convenir qo'on no les lit gnèrsL

Nens noi» eoiitenlenmsâo placer ii qnelqveslîgnesà l^égiid dTmi sujet qni doit demMr linu à un travail spécial.

Ibi diptyque divoirtvquireoonvra le mannscrit appaid Évangeliairo de Cbarkn le Gbmavc, passe ponrlapinsanniemio i o pi é so nta tio nqmeron eonnaésse êttdiaUn- (mm lonnobomatee. Des oafBBsanmui&ka front éib

GUBIOSITÊS THÉOLOCIQUES. SI

démon; un serpefnt s'enlaee autour de son oorps; U tient on vase d*où s'échappe un poison noir q«i inonde la terre. Ce n*est guère qu*à partir du treizième siècle que les artistes donnent à Satan cette figure hideuse sur laquelle ils allèrent renchérissant de plus en plus et qui aboutirent aux grotesques conceptions deTeniers et deCallot.

Dante montre le roi des enfers sous les traits d'un géant à trois faces dont les bouches sont toujours oocupées à déTorer trois pécheurs.

L'adversaire de Satan, saint Michel, a également été l^objet de récits singuliers; on montrait au Mom-Saint- Michel fépée et le bouclier de cet archange.

Milton [Paradis pvrdu, 1. vr) a fait mention de ces armes:

« Une immense épée qu'il tient des deux mains.»

Mais comment ce glaive étaitil venu dans un ooavent sur les côtes de France ? C'est ce que nous ne nmu chargerons pas d'expliquer.

On sait sous quelles fermes multi^to le diable se montre aut humains-, parfois il prend celle d'on lion, mais il disparait dés qu'on place un ooq devant lui.

Voici on fait étrange qui se passa à Naples et dont de vieux auteurs ont conservé la mémoire :

Le dlable,sous la forme d'un pourceau, se promenail tous les jours régulièremeiit dans un quartier de U ville, et maltraitait cruellement les indévots et les gens qui se faisaient point l'aumône aux religieux mendiants. La ville était fort effrayée ; mais, eoniormément aaoonaeii donné par une femme d'nneémineote piété» on éleva une église dans l'endroit oti ce v^Miicc^»».^^ montrait d'habétade. Dès que U preuù^tft VMurc%«QX<M^

dosée, il disparat et on ne le revit pins. Un ponrcean de bronze 9 gardé dans la sacristie de cette église, conserve la mémoire de ce fait merveilleux.

Des démonologoes du moyen âge mentionnent le démon Tintinillus comme ayant pour mission de recaeillir dans nn grand sac les versets des psaumes que les moines sautent en bredouillant, les syllabes mangées, les oraisons écourtées. Un moine prétendit l'avoir aperçu un jour ; il était d'une taille colossale et il portait un grand sac qu'il disait remplir mille fois par jour.

Un magicien promenait où il voulait le cadavre d'une célèbre joueuse de barpe de Bologne, et, par le moyen d'un cbarme qu*il avait attaché sous les aisselles de ce cadavre, il le faisait jouer de la harpe comme si c*eùt été un corps vivant et animé. Gaspard Peucer, gendre de Mélanchthon, ajoute {de Originibus, lib. viii, c. 9], qu'un autre magicien ayant été averti de ce charme et rayant 6té, le cadavre tomba par terre et resta sans mouvement.

Un écrivain espagnol affirme que le pays entier est rempli de sorciers. Lambert Daneau assure qu'il yen a une si effroyable multitude en Savoie qu'on n'en peut purger le pays, quelle que soit l'activité des juges, et que, dans une seule ville, on en a condamné à mort plus de quatre-vingts en une année. En 1577, le parlement de Toulouse en condamna plus de quatre cents, les uns au feu, les autres à divers supplices. (J. Grégoire, Syntagma juris^ 1. xxxiv, c. f\ .)

Le parlement de Paris rendit aussi, au seizième siècle, une foule d'arrêts semblables, et, au commencement du dix-septième, un conseiller au parlement de Bordeaux, de Lancre, se rendit fameux par la rigueur avec lagueDe}} poarsuiyit les prétendus m2if^vd«u&^«&c^Ti\x^^% pjTéiiéeime8.et des Landes; tt \Wt«k smis \L^^\\«t ^.u

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUBS. S5

torture et à la mort une multitude de femmes qui étaient accusées d'avoir été au sabbat.

Un cosmographe italien qui écrivait en 1620, Rosuccio, place l'enfer et le purgatoire au centre de la terre.

Rusca, professeur au collège Ambroisien, est Tauteur d*un gros volume : de Infemo et statu dœmonum ante mundi exitiumy libri quinque, qui fut imprimé à Bf ilan, en 1631, in-4*; il Toma de figures représentant la position de l'enfer, du purgatoire, des limbes dans Tintérieur de la terre ; il regarde comme incontestable que Id séjour des réprouvés est dans les plus grandes profondeurs de notre globe (non est dubium esse in profimdissima terrœ parte, eanimirumquanulla profun-dior, p. iss). Il discute sa forme; est-il oblong, carré, pyramidal? L'auteur ne dit pas expressément que le Vésuve, TEtna et autres volcans sont des bouches de Tenfer, mais il pense qu'il existe des routes ténébreuses et inclinées qui y conduisent de dessus la surface de la terre {ergo decHvis qiuedam via tristis et obscura ad inferos patet).

Du reste, de savants démonologues affirment que les diables ne souffrent point des tourments infernaux^ ce qui les découragerait et les empêcherait de chercher à tromper les hommes. Ce point est formellement établi par François Ximénez ou Eximenez,auteur catalan du quatorzième siècle. Voici les paroles expresses^de ce docteur, d'après une vieille traduction française de son ]me des Anges:

« Les deables mainent les âmes des dampnez en en- « fer, et selon aucuns mainent les bonnes députées à « salvation en purgatoire, et les tourmentent là sans « que en enfer ne en purgatoire les dvi ^«d!G\^ ^^"o&r « frent paynes sensibles de cest chaWeuT Q\tto\âL^x «v*

S« CURIOSITÉS THÉOLOGIQUIS.

« ee8fiv«, car tant qa'ilx sontTîateara NostnSeignear « ne vealt qu*il£ seuffreot telles payiies pour tant t|iit c la leur eiereité à nous tempter ne soit e^peseliiee « ne oecupee. »

Une tradition faiitait honneur à Satan deU conatrofitioo du pont de pierre de Saint-Clood.

On racontait que, l'entrepreneur ne pouTant ftaIrsMi travail, le diable lui apparut et s'engagea à l'actewr si rarcbitecte voulait lui promettre la première dioai qui passerait sur le pont Le mareké fait et rœavre terminée, rarcbitecte jeta sur le pont un chat que le diaUe emporta, en enrageant de ce qu'un si bel oaTragena lui rendait qu'un aussi mince salaire (1).

Les anges, ces créations intermédiaires entre l'homme et la divinité, ont été l'objet de contes étranges delà part des rabbins ; quelques-uns de ces docteurs disent que Dieu en crée tous les jours et qu'ils sortent d*un fleuve appelé Dinor ; d'autres admettent qu'il existe des anges de différent sexe et qu*!ls se reprodnlsenf par la voie de la génération. Divers docteurs juilis enseignent qu'il y a des anges qui président spécialement à chaque planète, à chaque mois de l'année, à

(1) Puisqu'il est questioo de saint Gloud, observons que dans «ne Vie de ee saint, publiée en 1034, l'auteur, Xaeqoes Perler, reeemiuande k tout fidèle de faire au moins tous les ans une neuvaioe an tombeau du saint, et entre antres prati* 9aai r^igiiuêeii pendant ee pieux no^»c«, V\ tAVAM^x^ vi^^ dlMjevr d'êeketir sen ouvrage ei de \e\ix« ^^N^x^^aa^v*

CURIOSITÉS TBÉOLOCIQUS& »

ehaqne beoredn jo«r; seloa e«K« lo«t J Bg es , ru boB qu le praléfBy Paalre turafllafles adkiM. Si, lejovtenhbatv m delasynagngoe, les deux ans» trovieal le lit fût, le table dressée, les chandelles aUnnées, le boa la^e s'en réjouit et dit : « Dieu Tenille qn'au prodian sabbat les dioses soient en aussi bon ordre !» et le manTais ange est obligé de répondre Amen ! S'il y a da désordre dans la maison , le manyais ange , à wn loar, aonhaile qae la même ebose arrire an prechaio sabbat, et le bos ange répond Âmm.

La SmÊnm de saint Tbooias CAqnin nons appread qne les angps sont î n e ur poie l » eevparatifeBant an honnneir, nais eorporels comparatîTeBent à Dien. Le nwweat d'nn ange dans Fespace n'eet pas antm ^oae q&m les eontaeu dillérents de diren endrain sneeeesifenent touchés; la rapiJilé du d*un ange est déterminée par sa yolonté, et Télsndne de sa forée; le meuTeniBat de Tédat qae jette un ange est triple, à siveir : circnlaiiu, dreit et, oblique. — Toutes ces quesckins et beaneoup d"! semblaMes sont discutées a^ae une subtilité et é te nd ue remarquables.

Au sujet du costume que l'art ciiétien a donné aages, on peut Toir le savant oufrage d'AugusH : miUMârdigkeiim ans éer CkrmUkkem ârtkitêiofk, t. XII, p. SS6.

Leur noariire est infini {Mmmerms mm^elomm exeeéU awmem mmmrum eorporalmm^ dit saint Thomas d'Aqoin. (Sunima theoL^ part. I, qnsest. 30, art. S). Ds présentent à Dieu les prières des bcmmes. Tertnilien {de Orai., e. i3) djelingoe un aege spédaV toVa^pcttm^ et cef MDge ÉgOTB dMDs qwBlqimis T«kma , ncAaflMMli^

qui le vit sons la figure d*an jeune homme vêtu de blanc, portant dans ses mains un morceau d'étoffe d'une grande blancheur dans laquelle il recevait les prières. .(Chronique de Raoul Glaber, 1. V, ch. v» collection Guizot, p. ZZi,)

Da Paraéis.

On s*est représenté le ciel comme étant d*or massif. Les murailles du paradis étaient d'une hauteur immense et resplendissaient comme du feu. Des écrivains du moyen âge prétendaient qu'elles étaient de For le plus pur entremêlé de pierres précieuses. Dans le Livre d'Adam^ conservé dans la secte des Chrétiens de saint Jean ou Nazaréens établis vers Tembouchure de TEuphrate, il est dit que des murailles de diamants entourent le paradis.

Un jésuite espagnol publia à Salamanque, en 1652, un livre intitulé : Empyreologia. Il s'étend avec une grande complaisance sur les joies du séjour céleste : il y aura toujours dans le paradis une excellente musique exécutée avec des instruments tels que ceux auxquels nous sommes accoutumés ici-bas; les bienheureux nageront comme des poissons dans une onde parfumée; leur voix sera aussi mélodieuse que celle du rossignol ; les anges s'habilleront en femmes ; ils auront les cheveux frisés et porteront des vêtements faits d'étoffes du plus grand prix ; il y aura des bals et des fêtes. .

On trouve des traces de ces idées étranges dans

une ballade allemande, traduite dans le Recueil des

Ballades et chants populaires^ publié par Seb. Al-

^bin :;Le vin ne coûte pas un liard dans les caves du

ciel ; iesaofi^es font à chaque commande des pains et ^teaax. Les légames de toute espèce poussent dans le jardin céleste; ils sont du goût le plus exquis et des dimensions les plus fortes; les asperges sont grosses comme la jambe. Les jours maigres, les poissons viennent d'eux-mêmes se jeter dans les filets de saint Pierre.

ils se sont tellement multipliés au moyen âge sous la plume des légendaires et des poètes, qu'ils rempliraient une multitude de volumes. De longs ouvrages spéciaux ont été composés à cet égard. Nous pourrions citer le Prompîuarium mtraoulorum beatœ Tirgims, de Jean Hérolt, et le Chronieon Martanumy Lyon, 1537.

Voici Findlcation de quelques-uns de ces prodiges :

La Vierge ressuscite un écolier tué par des Juifs ;

Une image de la Vierge jetée au feu est retirée des flammes sans avoir été endommagée ;

Des hérétiques coupent la langue à un prêtre ; Marie la lui rend ;

Un impie brise le bras à une statue de Marie ; le diable Tétrangle;

Un brigand avait conservé, au milieu de tous ses crimes, Thabitude de jeûner la veille des fêtes de la Vierge ; elle l'en récompense en empêchant qu'il ne meure privé des sacrements.

Les églises dédiées à la Vierge offrent très souvent des particularités curieuses ; bornons-nous à en citer un exemple :

A Rome, à la voûte de l'église d'kiv^C.Qi^:\) ^v^^^v^-

M CURIOSITÉS THÊOLOGIQUES,

meit aa-dessas da maître -autel , sont gravées eei paroles : lUgina eœli^ lœkire, aUetuia, Qae élsealdlest An sixiénM siècle , «oe peste bomble rava^sait Rome. SaiDt Grégoire le Grand, qol goaTemail alcn rÉgiise, appda toat le peuple à la péniteaoe. Une proeetti(Mi générale fat indiquée pour le matin du jour de Pâques de l'an 896. Le Pontife se rendit à l'Ara- Cœli , prit entre ses mains l'image de Marie que Von dit peinte par saint Luc, et la célèbc» procession septifarme se mit en marche pour se reodre à Saint- Pierre. En passant devant le môle d'Adrien, on entend tout à coup dans les airs des voix célestes qui chantent : Regina cœli^ lœtare, alléluia ; quia quem mermsti portarcy alléluia ; resurrexit sicut dixit^ alléluia. Le Pontife, étonné, répond avec tout le peuple ; Ora pro nobis Deuniy alléluia. En même temps on voit un ange étincelant de lumière qui remet une épée dans le fourreau. La peste cesse le jour même. Qaatre faits encore subsistants ont traversé les siècles pour attester ce miracle: la procession de saint Marc, qui se fait chaque année dans l'Église d'Occident; la statue de bronze de l'archange saint Mtch^^l, placée au-dess«s du môle d'Adrien qui prit dès lors le nom de Château Saint- Ange ; l'antieaie à Marie : Regina cmli, que l'Église n'a cessé de répéter depuis ce jour mémorable ; enfin l'inscription gravée dans le temple de Marie, en reconnaissance de ce bienfait (i).

Yoici d'autres détails rehtîfs à Torigine du nom d'Ara-Cœli :

LalraditioD raconte que )a Tiergeeefil voir à Pem-

(i) L'abké Gaiine, Uê Trg^ Mùma, fat7« I, a67.

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUB6. M

pereiur Augosle, tenaai son FiU enue ses bras» dans le eiel, aa nûliett d'an cercle d'or.

Divers aaleurs dlseiU qa* Augoste consnltait on jour TiMracle d'ApoUon poar savoir quel serait après lai le oaailrd da moade i saivaat rasage, il offrait une bécatombe, mais le dieu resta Biaet. Le sacrifice recommeace et le diea ne répond pas. Pressé de noa- TeaUy Apollon rend enfin cet oracle :

Me puer hebrseus dlvos Deas ipse guberoans Cedere sede jubet tristemque redire uib orcum ; Aris ergo debioc lacitus abscedito nostxjs.

Uemperenr, fmppé 4e cet eraele, se rendH an Capitule et il y Méri9?r xm amie) à TEnfant-Dlea avec eette inscription : Ara Primefeniti Dti. D'autres historiens intredaisent quelques variantes dans ee refît : Anifoste aaraH consalté la sibylle ée Tibar pour savoir s'il devait permettre qa*on Tadoiàt eemne un diea. Après trois joars d'an }etee rifonreux, il Tille ciel ouvert, et, sar an anlel, aoe vierge d'aae grande beauté, tenant entre ses bras un petit enfant, et une veix disait : C'est ici l'autel du Fils de Diea : Hmc ara Piln Dei esU En conséquence, Auguste défendit qu*èn l'appetàt dieu et il fit ériger Tau tel dont il est question (1).

Parmi les miracles opérés par Tintercession de la Yierge, il en est un qui est célèbre en Espagne, c'est l'bistoire d*un jeune et beau pèlerin allant à Saint- Jacques de Compostelle ; il Ait pendu comme coupable

(i) Yeîr les divers aeteurs eîtés par If. Gaame, les Trois Momn, I, 358. Il existe «ne dissertation spéciale de Fréd. Miller «* An Cmtari àuguêiÊ quiéquam do naHviiaU Clmiêii imtMiuêrit t Crer», 1§79, mais elle est biea difficile ^ t«MK^irer en France.

de voi, sur le (aux témoignage d'une fille d*aaberg dont il avait pieusement repoussé les avances ; long temps après, son père et sa mère, qui le cherchaient en tous lieux, le trouvent causant familièrement du haut de sa potence avec la sainte Vierge; et quand Talcade, convaincu de son erreur par un chapon rôti qui prend son vol et se met à chanter. Ta fait décrocher, il s'en retourne chez lui grâce à la faveur de saint Jacques, comme si nul accident no lui était arrivé.

Une des prières les plus étranges qu'on ait jamais adressées à la Vierge se trouve dans un volume imprimé à Augshourgen 1508 , le Mortilogw de Ck>nrad Reitter, prieur à Nordlingen: la première ode mise en tète de ce recueil de vers est une invocation à Marie afin d'être préservé à morbo gallico.

On connaît Tinféodation que Louis XI fit à la sainte Vierge du comté du Boulonnais en 1478. Il était dit dans les lettres-patentes que ce monarque et ses successeurs tiendraient immédiateiùent ce comté de la sainte Viergeet que, lorsqu'ilsenprendraientpossession, ils lui feraient hommage d'un cœur d'or. Louis XIY acquitta cette dette pour lui et pour son pères il donna à cette intention 13,000 livres.

Sia|r«l«rHi< '•■ léc«aéMié« «««IqvM saints.— Mir«o1*«>

Saint Christophe fut un martyr sur le compte duquel on mit une légende des plus extraordinaires et, de plus, on en fit un géant d'une force prodigieuse.

Jacques de Voragine, dans sa Légende dorée , lui donne une taille de douze coudées; un autre écrivain, Pierre de Natalibus, jugeant que c'était peu de chose, lui attribue un visage de douze pieds de long.

CURIOSITÉS THÊOLOGIQUBS. 13

On roit en avant i*idée qae cclai qai avait va une statue de ce saint était assuré de ne poiot périr de moi t subite dans la journée; t^l^e fat i*originedes statues colossales placée s aux églises d'Auxerre, dT.rfait, de Notre-Dame de Paris. Les inscriptions qai les accompagnaient d'ordinaire attestaient la créance que Ton accordait à celte idée :

G^orieox saint Christophe, au matio te voyant. Sans craiDtc d'aucan mal on se couche en riant.

Qoand du ^raod saint Christophe on a \u le portrait, De la mort ce jour-là 00 ne craint plus les traitf.

Vois d'abord saint Christophe et maichc en sûreté.

Dans beaucoup de pays, les femmes enceintes l'invoquaient pour obtenir nm; heurease délivrancA.

Saint Roch est an des saints sur lesquels les légendaires s'exercèrent le plas; on dit qu'il vint au monde avec une croix rouge sur la poitrine; dévot dès le juaillot, il ne voulait tctcr ni les mercredis ni les vendredis. Il alla à Rome, où un cardinal, qui depuis fut *:3pc sous )o nom un Benoit XI , reconnut ses mérites ai lui demanda un préservatif contre la peste. Roch, faisant droit à la requête , traça sur le front de Son ]!fnincn?o le signe de la croix, qui s'y grava si profondcmust qu'il y resta jusqu'à la mort du pape. Plus tard, le saint se retira dans un lieu désert ; une source d'eau vive jaillit du sol arida et le désaltéra; le chien d'un gentilhomme voisin pouivut à S(?s besoins, en lui apporlmt chaque jour un morceau dt^ paia pris sar la table de son maître.

Après la mort de saint Roch , on trouva à .se% ^<^Vte

on écriteau portant ces paroles : « Cenx qai , frappés de la peste, invoqueront saint Rocb, seront soulagés. »

Saint Médard serait oablié si Ton ne s*était pas avisé de lui faire jouer un rôle dans la météorologie.

Fait-il beau temps le 8 juin, jour de la fête de ce saint. Tété entier sera sans nuages; mais, en revanche, s'il pleut le jour de saint Médard , la pluie ne cessera de tomber tout l'été. La chose a été longtemps regardée comme incontestable, et tous les almanacbs l'enregistraient.

On ne voit pas trop dans les légendes pour quel motif on a attribué à saint Médard, évoque de Noyon et de Toarnay au sixième siècle, celte influence décisive sur la pluie et le beau temps. Les vieux biographes racontent , entre autres miracles sur son compte , qu'un jour, une forte pluie étant venue à tomber, un aigle, planant au-dessus de la tète du saint, le couvrit de ses ailes déployées; mais, ainsi que Ta remarqué un membre de VAcadémieîlfrançaise (M. Arnault), ce prodige est-il concluant dans le cas dont il s'agit ? Il démontre que Médard ne pouvait pas être mouillé ; mais prouve »t-il qu'il avait le privilège de faire mouiller les autres?

Autre miracle : Médard, jeune encore, (gardait les chevaux de son père; il vit un cavalier qui, ayant perdu sa monture, s'acheminait péniblement chargé du harnais de la bète défunte; ému de compassion, il lui donna un des animaux qu'il avait en compte, et gr&ce à une multiplication miraculeuse , le nombre des chevaux sur lesquels il veillait ne fut pas diminué.

Les onze mille vierges dont on montre les reliques éïïùs la sacristie d'une église de Cologne doivent leur

existence à l'iaterprétation erronée donnée par des ignorants à l'expression employée dans de vieux calendriers: YY. MM., ee qui signifie Ursule, et Undéeimille vierges martyres.

Le cochon de saint Antoine n'était d*abord qu*nn symbole qui signifiait la victoire remportée sur le démou et sur la chair; la clochette attachée au cou de l'animal désignait encore plus nettement son eselt* vage; mais ce sens symbolique ne fut pas longtemps compris. La foule ignorante vit dans le cochon de saint Antoine un animal que le saint s'était attaché par un bienfait.

Il n'est guère de saint à l'égard duquel on ait débité autant de choses extraordinaires qu'au sujet de saint François d'Assise.

Le liber conformiiatum , rédigé par le père Albini , est resté célèbre en ce genre.

Le but de cet ouvrage est d'établir les similitudes qu'il y a entre la vie de Jésus-Christ et celle de saint François.

La première partie expose douze conformités, la seconde seize, la troisième douze. On y lit que les prophètes avaient annoncé la venue au monde de saint François , que ce saint eut douze disciples et qull rejeta l'un d'eux, Jean de Oapella, comme Jésus avait rejeté Judas; qu'il fat transfiguré, qu'il fut tenté par le démon, etc.

Telle était la série des conformités que le père Albizzi n'hésita pas à dire que saint François avait été Jésus NazarœuSf rex Judceorum.

Le fameux miracle des stigmates , qui imprima au corps de François des marques semblables à celles que Jésus-Christ avait reçues dans la Passion, a été Vobiet de TéûexioDs judicieuses de la part ffun s^n^tA ofÀ,

de nos joars, s'est beaiiccup occup j des phénomèaes de l'extase el de la psychologie (1).

A la suiie de méctitatioDs piolongées , de jeûnes rigoureux, de coutcmplations extatiques où François travaillait à évoquer en lui lo tableau du Sauveur sur la croix, il lui sembla qu'un séraphin ayant six ailes ardentes et Inroineuses descendait rapidement de la voûte des cicux et s^approchait de lui, en soutenant entre ses ailes la Gguro d*un homme dont les pieds et les mains étaient attachés à une croix. Le saint contemplait ce spectacle avec autant d'émotion que de surprise, lorsque la vision s'évarouittoutà coup; mais le pieux cénobite en avait ressenti un contre-coup étrange : il éprouva aux pieds et aux mains des sensations douloureuses qui firent bientôt place à dis altérations, à des espèces de plaies qu'il considéra comme des stigmates de la passion de Jésus-Christ.

Ce miracle, survenu le jour de VExaltalion de la croix f eut un retentissement immense; le pape prodama les stigmates du saint un don mirac uleux de la grâce. Les Franciscains se livrèrent aune joie immo dérée; ils virent dans ce prodige une preuve de l'amour infiiii du Sauveur pour l'homme qu'il avait appelé à offrir ainsi sur la terre une image visible de sa diviûité. Il y eut désormais, pour cet ordre religieux, deux Passions, celle de Jésus-Christ et celle de saint François. Le gardien des Cordeliers de Reims n'hésita pas à placer au dessus du fronton de son couvent cette inscription : Deo honwu el bcaio Francisco^ ufrique crucifixo.

Les Franciscains allèrent jusqu'à pré(( n'îre que les plaies du fondateur do leur ordre étai Lt tellement

(i) M. Àire(2 Maury, mofubre dcl'InsUtut.

CURIOSITÉS THÉOLOGIQrE& 17

semblables à celles de Jésus -Christ, que la Vi«rpe ellemême s'y était nséprise.

En 1486, nn cordelier, Jean Marr!:3iid, àéitatamt tont ce qa'oA a7r.:t dit encore de^ mirscl-s du «aînt «l des circonstances qni ava-'eDl aceompagot* 5a «tînnitîsatioQ, sontint à Besançon \e< proprsitîosç îrç plos étranges. Saint FraDço^s avait :)ris la p!are laissée ticante depiiis la chute de Lncif?r, car le cb^f *ls anges rebelles ayant été précipité du ciel par sn-tede ?oii orgueil , la créature qai avait poussé î-î plus loin ITmmilité était natnreTleniînt désignée pour hériter d* a grandeur. Saint François éîriit -'•mb'abîe à Jésus Ctrirt de quarante manières: c'était un second Cbrûf, us second FiU de Dieu; sa conception avait été prédite par un ange à sa mère ; de même que le Sauveur, fl avait vu le jour dans une étable entre nn boe^f et u âae. Les douleurs que la stigmatisation avaient bit éprouver au saint égalaient celles de Jé^nf (lirist sur la croix ; elles avaf'^nt duré un jour entier et s'étaient terminées à l'heure mèm3 où le Sauveur avait raidu l'esprit. Jésus s'était chargé d'imprimer en piersoDiie i •on serviteur les cinq plaies, c! e^jtle second '. pa§aoo avait été accompagnée des mêmes prodîg"^ que la première; les pierres s'étaient fendU'fS dans un moment ofr le saint avait reçu la blessure au côt S ; et, £eeo!:d JéiU»- Christ, il avait fait sa descente aux er-fer?. on, pour parier plus exactomec*, en purga'oirf-, ifin d ilier délivrer ceux qui s'y trouvaient avec Ics h«bjts de kmi ordre, visite qu'il rerouvelait tous les ans à l'anniversaire de sa fête. La Sorbonne censura ces élrangeléf « mais saint Fiasçois n'en resu pas moins pour les Cordeliers une divinité Tériuble, et sa sti;nnatisatioo fut regardée comme l?témoign3^e aussi miraraleuxqo'é' dalani de Ja faveur céleste répandue sor \eus whs%*

H CURIOSITÉS THÊOLOGIQUES.

Arnaud de Montanier, né à Paycerda en Catalogne, soutint qu'il était impossible qu'un homme appartenant à l'ordre des Franciscains ne fût pas sauvé; Tordre, ajoutait-il, durera éternellement, et chaque année saint François descend dans le purgatoire afin d'en retirer ceux de ses religieux qui s'y trouvent. Ces extravagances choquèrent l'Ioquisitiou; elle manda le trop zélé franciscain , qui fut saisi d'un assez juste effroi ; il rétracta ses assertions , mais plus tard, un peu plus rassuré et croyant sans doute de très-bonne foi ce qu*il affirmait, il recommença à débiter ses rêveries. L'évèque d'Uigelle fit arrêter et il termina ses jours en prison.

Un grand nombre de Franciscains pensèrent tout naturellement que puisque Jésus-Christ avait reproduit, chez leur fondateur, le. fait de sa Passion, ils pouvaient obtenir du saint une part de la grâce et des douleurs méritoires qui lui avaient été communiquées. Des images représentant la stigmatisation miraculeuse de saint François circulèrent dans les couvents; il commença à être question d'autres exemples de ce miracle dont il n'avait jamais été parlé précédemment, bien qu'on prétendit, par une ioterj»^tation forcée, y rattacher ce que saint Paul dit dans son Épitre aux Galates (je porte sur moi les stigm^ates du Seigneur), et on soutint que le grand apôtre avait, de même que saint François , reçu l'empreinle des cinq plaies.

Les annales des ordres mineurs ont conservé les noms de plusieurs religieux qui, dans leurs extases, partagèrent, comme saint François, les souffrances de la Passion. Tels furent Benoit de Reggio. capucin de Bologne, qui vivait au commencement du dix-septième ;titetoj Charles de Sazia, qui fut marqué des stigmates

CD&IOS1TÉ8 THÉOLOGIQCE& m

en f 616, el le frèro Nîeolas de RaTeaae, dont les pliin ne forent décooTertes qn'après a Bort.

U y «vait one riTalité jalouse entre les Fi et les Dominicains : eenx ei enrcnt ansn le dn mirade qni causait lanl de joie et d'orgnefl leors confrères. Sainte Cailierine de Sienne fnt repiésentée comme stigmatisée. On la Montra dans des images reproduites à profosion recsTant de Jémn-QuiÊii Ini-mtoe la marque des fdaies dirines par le de rayons^ ensan^antës qni s'en échappaient; rissant sur saint François, on traça sur le front de la sainte IVmpreinte de la conronne d'épines. I>ans ses élans mystiques, Catherine, livrée aux exeraees eominus de la contemplation, avait cru rocevoir les siig* mates, en ressentir les donlenrs, en distingua* les marques^ mais ces glorîenses cicatrices avaient d i ipai n et rien ne put attester l'insigne favenr qu'elle avait méritée. Anssi, en fins, le souverain poitfîle csndamnn les images qni représentaient ce miracle.

Les seizième et dix-septième siècles piérenlent quelqoes exemples de personnes iMeosesqni, retirées dans les couvei^ appellant avec lorvenr le den des stigmates , crurent être l'obiet d'un mirade SfmWihie. Madeleine de Pazzi reçoit snr son corps lesempreimsi de cinq rayons de »uig mèlésdeisn qui s'échappèrent dn ci«l ; Ursnle Agoir qui s'imaginait éé§k faner sm la tète une conronne d'épines invisible, étant en prièro dans une église, vit sainte Catherine lui appanitro un •crucifix à la main; les dons qui perçaient les memhras dn Sauveur se délachèreot et allèrent se fixer à ses pieds el à ses mains; die tomba sans co noaic m nce ^aîDie Gertrude ressentit, en médilani devant un cm- •cifix^ les donleuffs des cinq plaies qui ne urdèrent pis à deve&ir fisÂbles.

Une eiifant do neuf ans, Angela délia Face, jette les yeux d.ius une ( hipelle sur une irange de la stignialisalloQ do saint François: le saint lui apparaît, cl lo Sauveur se raontro sous la figure d'un onfant crucifié •nveloppô do lumière qui lui imprime les plaies miraculeuses.

Les circonstances de là Passion se multiplient de plus en plus chez les extatiques à mesure que l'on avance dans rhistoire. Plusieurs religieuses italiennes el cspa* giiole« reçoivent la couronne d'épines : Véronique Giuliani boit do plus le calice d'amertume qu'un ange avait apporté au jardin des Oliviers; elle s*abreuve de son lui. Ce même calice vient se présenter aux ièvres de sainte Gatberino de Ilacouisio. Arcangela Tardera, Catherine Ricci, sainte Lutgarde éprouvent les effets de la flagellalioB du Christ et en conservent les marques. Stephaua Quinzani reçoit à la fois les stigmates de la jQagellation et ceux de la couronne d'épines. Sainte Claire de Montefalco obtient de Jésus-Christ qu'il lui grave sur le- cœur la croix et tous les instruments de la Passion.

Le drame douloureux de la Passion, objet de la méditation constante des mystiques, excitait au p:us haut degré leur sensibilité. 11 y av.ût de ce< femmes qui, à la vue d'un crucifix, fondaient en larmes; d'autres, assistant mentalement aux diverses scènes qni avaient mar • que la mort de Jésus, in partageaient si vivement les douleurs physiques et morales, qu'elles les ressentaient successivement. Les visions d'Anne-Catherine Eaimerich, qui forment un véritable supplément de l'Évangile, ofTretit un tableau circonstancié et pittoresque des images dont la tête de cette religieuse était remplie.

Récemment des extatiques ont offert dans le Tyrol l'étrange phénomène des stigmates tel qu'il s'était

CURIOSITÉS THÉOLOGIQURP. ht

offert aa qaiazième siècle. Maria de Moeil, Texf^tiqne de Kaltem, après des macôrdtioos et des ravissomentfi; sans nombre, se trouva ddns la situation la plus extraordiniire.Des stigmates se montrèrent sur ses membres, le sang en coulait chaque vendredi, et le vendredi saint avec plus d'abondauce que jamais. Sa uourrimre se réduisit à ce qu'il fallait strictement pour soutenir la plus frêle des enveloppf>s corporelles, quelques graips do raisin, du jus de fruit et un peu de mie de pain. Chez une autre extatique , Maria-Dominica Lazzari, la méditati;»n sur la Passion constitue tout le mouvement de la pensée. Le corps n*ob(^it à l'esprit que pour représenter, le vendredi et lo samedi de chaque semaine, les épisodes de la Passion par une pantomime, ayant pour intermèdes des moments d'extase.

On peut remarquer que le nombre d^ femmes stigmatisées est décuple de celui des hommes qui furent l'objet de pareilles merveilles. Parmi cette classe d'extatiques , il y en eut plusieurs qui se plaignirent de douleurs du cœur; à Touverture de leurs corps, on remarqua des lésions sur cet organe; on en conclut que c'était le stigmate du coup de lance qui Ht expirer Jésus sur la croix; un assez grand nombre de ces miracles se rencontre dans les vies des personnes éminentes en piété.

A côté des personnes d'une piété éminente sur lesquelles se produisirent des phénomènes que la science explique aujourd'hui, surgirent aussi bien des imposteurs.

En 1222, on ctmdamna à un concile tenu à Oxford un personnage qui portait empreints aux pieds, aux mains et au côté les stigmates de la Passion. Le fameux procès àa père Girard et de la Cadière, qu.\ o^^^^ ^\

4S CUaiOSlTÉS THÉOLOGIQUBS.

fort l'Earope an eommenceiiieDtda règoede Louis XY, 86 compliquait d'une question de stigmate ; la trop e^ lèbre pénitente prétendait avoir reçu au côté gauebe, pendant son sommeil, une blessure de la main d'ut ange.

Nous n*ayons pas besoin de rappeler le procès d'uns béate qui, au mois de septembre 1831, se déroula de- Tant un tribunal de Yauclnse. Rose Tamisier portait sur la poitrine des stigmates qui rendaient du sang <A qui imprimaient sur le linge appliqué contre eux des images mystérieuses. Dans un département voisin, une femme, madame M..., montrait aux pèlerins qui venaient la visiter la trace des clous qui avaient percé les membres du Sauveur, et on n*a pas manqué de prétendre que des linges appliqués sur son front et sur a poitrino ont présenté une empreinte exacte de la couronne d'épines et de la croix.

Parfois la ferveur mystique inspire le goût des souffrances. C'est avec joie qu'on inflige au corps des douleurs cuisantes. Les exemples de ce genre suraboih dent; la vie de sainte Rose de Lima en offre les plus frappants. Née dans une famille opulente, elle se voua à la pauvreté; dès l'âge le plus tendre, elle coupa sa chevelure, et, voulant réserver sa beauté uniquement pour son époux céleste, elle se frotta avec de la chaux vive pour brûler sa peau et la faire gercer. Non eoBr tente de s'être astreinte à une abstinence perpétuelle de viande» elle jeûnait trois jours de la semaine au pain et à l'eau ; elle mêla à ses al.ments des plantes amèraa et les arrosa môme de fiel de mouton. Pendant le ca* réme, elle diminuait graduellement la quantité de nourriture qu'elle absorbait ; elle arriva à vivre de quelques pépins d'oranges. Toutes les nuits, elle s'administrait la discipline* et, malgré les conseils de son

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUEa i8

confesseur, ^lle alla jusqu'à se donner cinq mille coups en quatre jours. Quand ses épaules étaient tout ensanglantées, elle les chargeait d'une lourde croix de fer et allait nu-pieds dans le jardin du couvent. Elle s'enfonça dans la tète une couronne hérissée dé pointes et chaque jour elle la changeait de place aûn de multiplier ses blessures. Couverte d'un double cilice, elle se frottait le corps avec des orties, et quand elle avait épuisé tous les moyens qu'elle pouvait inventer pour souffrir de plus en plus, une joie immense s'emparait d'elle.

Marie de Tlncarnation se voyait parfois plongée dans des flots de sang qu'elle reconnaissait pour être celui du Sauveur, versé, disait-elle, à cause des péchés qu'elle avait commis; alors elle s'offrait pour être immolée et sacrifiée à la place de Jésus-Christ. En i6S9, Catherine de Bar fonda à Bambervilliers les Religiemes adoratrices perpétuelles du très-Saint-Sacren^ent. L% caractère des personnes de cet ordre était de se donner comme des victimes s'offrant en réparation des outrages faits à Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Tous les jouis une des sœurs entrait en retraite depuis le matin jnsqu'à vêpres. Elle était alors victime réparatrice. Quand les autres sœurs allaient au réfectoire, elle sortait du chœur la dernière, la corde aii cou, ta tordlie à la main. Toutes les religieuses étant à leur rang, elle leur rappellait au'elles étaient des victimes immolées à la plâce de Jésus-Christ, puis elle retournait au chœur après le diner, et y restait jusqu'après vôpres à titre de victime séparée du troupeau et destinée au sacrifice.

Cet ordre singulier exerça sur des esprits enclins au mysticisme une grande influence. On vit sa uiuUâv^^'^ des mciiweê s'imposant des rigueur», âi«fc ^$6fià\fiibKKfi^

hk CURIOSITÉS THrlOLOGIQUBS.

extraordinaires. Qaelqncs personnages attachèrent une immense vertu à cette répétition da sacrifice offert en expiation des crimfîs do la rac? humaine. Desmarels de Saint-Sorîin proposa trùs sc^rieusement une armée de quatre cent mille viclimes pour combattre les jansénistes de Port -Royal et pour renverser tontes les citadelles du diable.

Ces idées étranges se rpprodui diront plus tard.

En 1732, dns illiuni nés affirmèrent que le second retour de Jésus -Christ serait précédé de rimmolation des victimes dont le sang m^lé à celui du Sauveur apai.-erait la colère c)ivine (l).

Les miracles si grandement et si étrangement multipliés dans la vie de quelques saints doivent en général leur origine à des symboles mai compris.

Plusieurs saints, par exemple, portèrent, dit-on, leur tôte dans leurs mains après avoir subi le supplice

de la décollation. C'est du moins ce que de vieux écri-

(Ij Vers la fin du dix -huitième siècle, époque peu favorable au mysticisme, une personne dcaée d'une imagination très- vive, Mlle J.-A. Brohan, se relira dans un couvent, après avoir écrit quelques romans fort oubliés, et voulut fonder VÂsioeiation des sainte* victimes. Elle crut d« bonne foi pouvoir prédire l'avenir: l'article fondamental de - sa prédiction était l'apostolat de douze personnes (six hommes et six femmes] qui, sous le nom de victimes, devaient réformer l'Eglise. Elle composa entre autres ouvrages deux volumes de Bé flexions édifiantes, que la duchesse de Bourbon, un peu illuminée elle-même, fit imprimer à ses frais •hez Didot ralné,en 1791. Un bibliographe judicieux (M.Renouard], dit que ces Réflexions sont « une production désor- « donnée dans laquelle l'ardeur de la dévotion est poussée à « un excès qui y prend une physionomie et un langage beau- ^'- coup trop terrestres. »

vains racontent de saint Deuys, de saint Maurice, de saint Lacain, de saint Didier deLangres, de saint Jast d'Auxerre, de saint Livin et de bien d'autres.

Les artistes pour exprimer le supplice de ces mar» tyrs les représentaient tenant leur tête entre leurs mains ; c'était Temblème de la décapitation ; le peuple prit la représentation dans le sens littéral, et il ne manqua pas d'auteurs pour consigner la chose comme faits historiques indubitabks.

Les voyages en pensée dont il est parlé dans la vie de divers extatiques sont les effets de ces visions que détermine une imagination surexcitée. Sainte Liduine croyait se rendre en terre sainte sous la conduite de son ange gardien, et Marie d'Agreda, désirant la conversion des habitants du Mexique, se transporta mentalement dans leur pays.

L'assimilation offerte par certains cantiques entre le mariage réel et le mariage figuré que la religieuse contracte avec Jésus-€hrist fut parfois pris comme exprimant une alliance réelle.

On lit dans l'office de sainte Gertrude :

... A Christo Rtibilis, Sponsi reqiiiris oscula.

Et aillours:

Ad sacros virgo thahmos anhelans, Nuptias cœlo celebrare geslil.

Saiu te Catherine s'éiant vue ea songe mariée à Jésus-Christ, se réveilla ayant au doigt un aoneau «niraculeux. U est aas^ii fait mention d*auii^^\rL^^\^nues par ia ykrge à des [^rsoimts c\\x\ ^'cVùe\i\>iVi>Qj^^%

4« CUaiOSITÉS THÉOLOGIQUES.

à elle ; saint Edmond en reçut m sur lequel était écrit Ave.

Une antre soaree féconde de miracles aeenmiilés par leâ hagiographes c'est ledésir de ealqaer les actions des saints personnages sur les récits de la Bible ; c'est dans cet ordre d'idées qa'il fam chercher roriginedas narrations relatives aux ennx passées à pied sec par plnsiears saints, notamment par saint Biaise» saint Hyacinthe, saint François d'Assise, qui traTersentla mer sans se moniUer snr leurs manteaux.

Les multiplications d'argent qu'on lit dans les Vies de saint Benoit, de saint Zenon, de saint Epiphane, de saint Eloi , de saint Jean de Pena, saint Projet {Vie des saints du diocèse de Bordeaux, i7S3, p, iS3) sont des allégories qui montrent l'ardeur ingénieuse de la charité chrétienne.

On peut également rapporter les miracles de baguettes qui reverdissent et de bâtons qui fleunssent aux comparaisons si fréquentes dans l'Ecriture sainte et chez les écrivains ecclésiastiques qui assimilent le juste à un rameau florissant.

Les Vies de saint François d'Assise, de saint Boniface, de saint Bernard, de saint Polycarpe, de saint Grégoire thaumaturge et de bien d'autres font mention de fleurs qui paraissent tout à coup dans la main d'un saint après sa mort ou qui indiquent son tombeau. Ces prodiges se rapportent à des idées du même ordre que celles que nous venons de signaler.

Saint Nicolas, saint Edilwald arrêtent des tempêtes et calment la fureur des éléments.

Saint Bernard, saint Maurille, sainte Geneviève, saint Médard guérissent des malades qui ont la main sèche, maladie signalée chez les évangélistes, et qui sans doute doit s'entendre d'une atrophie de la main.

GDRIOSITÉS THÉOLOGIQUES. 47

Saint Gilles, saint Thomas d'Aquin, saint Ignace de Loyola gaérissent des malades par le senl attoachôment de leurs vêtements.

Saint Golmhas gnérit un aveugle-né avec de la salive : saint Hilarion en fait de mémo.

Saint Benoit, saint; Martin, saint Maurille ressuscitent des morts , ainsi que saint Alexandre et saint François Xavier.

Saint Ambroise et saint Maurille se montrent après leur mort.

Saint Paul ermite, saint Vite, saint Crescent, saint Modeste sont nourris par des oiseaux; saint Etienne, abbé de Giteaux, Test par un aigle et par un poisson.

Saint Pol de Léon, Saint Josse, saint Leufroi, saint Ami , saint Paterne, saint Efflam, en frappant un rocher, en font jaillir une source miraculeuse.

Saint Copras, nouveau Josué, arrête le soleil au moment de se coucher. (Telle est du moins rassertion de Yincent de Beauvais dans son Miroir Historiale, mais cette autorité est bien faible.)

Saint Christiende Toscane, saint Victor, saint Maur sont jetés au milieu des flammes et n'en éprouvent aucun mal.

Les eaux, renouvelant le miracle de la mer Rouge, s'ouvrent pour livrer passage à saint Spiridion, à saint Hilarion, àsaintColomban.

Le don des langues est attribué à divers saints, notamment à saint Antoine de Padoue.

La délivrance miraculeuse de saint Pierre est reproduite dans les vies de saint Servain, de saint Saturnin, de saint Apollonius, de saint Roch et de beaucoup d'autres.

Saint Amould, saint Sébastien, saLiuX^^VaTOiVii ^V

4a CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES.

rissent des lépreaiL en ios baptisant. Un craciûx mirai'uleux adresse la [larole à saint Bonaventure et à saint Pierre Nolasquo.

Très-longue serait la li^^te d^s saints que la légende elle cumine vainqueurs de dragons ou serpents monstrueux.

Saint Patrias saint Saturnin, saint Amand, saint Martial, saint Romain, sainte Radegonde sesigoalent danë ce genre de con:bat8.

Est-il nécessaire do rappeler saint Marcel, liant avec son étole le dragon qui ravageait les environs de Paris, et sainte Marthe traînant la tarasque à Taide de sa jarretière?

Puisqu'il est question de serpents, nous remarqufrons que ces leptiles jouent un grand rôle dans les légendes; saint Paterne, sainte Chrisiine n'en éprouvent aucun mal; saint François les maniait impunément; les personnes mordues par un serpent étaient guéries en approchant du tombeau de saint Phocas.

On a longtemps cru dans la Sologne, et peut-être y croit- on encore, que lorsque les serpents ont sept ans, il leur pousse des ailes, et ils s'envolent vers Babvlone.

Des lions miraculeusement apprivoisés accompagûent saint Jéiôme, saint Siméon, saint Gérasime; parfois ils protègent les saints personnages dont ils sont les compagnons (Vie de saint-Jean le Silenliaire) ou bien ils font découvrir ieurs reliques (voir les Vies de sainte Pélagie, de sainte Marie 1 Egyptienne, de saint Paul Termite).

Des loups et des ours servent de bêtes de somme à 3aint Malo, à saint Corbinien, à saint Maximin, à saint Humliert do Marelles.

La cobmbt», cô symbole de la purclé ei du Saint-

CURIOSITÉS THÉOLOGIQOES. Ii9

Esprit, ne pouvait être oublié dnns les récits légendaires; cet oiseau descendit sur la tête de saint Arediusetdcsaint Dunstan, lorsqu'on les faisait évèque. Mèmetra t est raconté dans la légende de saint Malachie et saint Christophe de Romandiola, Un pigeon se posa sur la tète de saint Branle lorsqu'il prêchait à Sarragosse. On affirma que ce pigeon était le Saint- Esprit lui-môme. Une colombe fit connaître le lieu de la sépulture de saint Cunibert ; une antre indiqua à saint Gaucher le lieu voisin de Limoges où il devait fonderie monastère de Saint- Aurel.

Les Russes s'abstiennent de manger du pigeon à cause de Vunion qui eiiiste dans leur pensée entre cet oiseau et le Saint-Esprit.

Des récits de pèche miraculeuse se trouvent dans les vies de sainte Botride, de saint Antoniu, de saint Bor nite. Un poisson toujours entier procuro à saint Corentin la nourriture nécessaire. Transcrivons ici, pour donner une idée du style naïf de ces légendes, un passage d'Albert Legrand, dans sa Vie des Saints de Bretagne : « Pour sa nourriture et sa sustention en cette solitude, ' Dieu faisait un miracle admirable et continuel, car il lui envoya un petit poisson en sa fontaine, lequel, tous les matins, se présentait au saint qui en coupait une pièce pour sa pitance et le rejetait dans l'eau, et, tout à rinstant , il se trouvait tout entier, jsans lésion ni blessure, et ne manquait tous les matins à se présenter à saint Corentin qui faisait toujours de mesm?. »

Il y a aussi des récits de poissons rapportant à des saints des anneaux on des clefs (V. les vies de saint Arnould et de saint Maurille). La légende de saint Kentigern, évèque de Glascow, porte qa*unc feovm^ v^^sX laissé son anneaa conjugal dans \^ C\^^^> ^^'Si xdaA^

»0 CURIOSIT&S THÉOLOGIQ0B&

sapposaDt qa^elle Tavait donné à quelque amant, éprouva un violent accès de jalousie. La femme inioqua l'assistance de saiot Kentigern, et, à la prière du prélat, un saumon vint du fond des eaux rapporter Vanneau perdu.

D'après des traditions fort répandues dans le pays, lorsque saint Quentin fut conduit enchaîné, en SOt, d'Amiens à Saint-Quentin, il fut emprisonné à Marte- Tille dans un cachot dépendant du castel de ce village. Dans ce cachot parut alors, pour la première fois, une fontaine dont les eaux très-belles sortirent de terre à la prière du saint martyr que la soif tourmentait. Cette fontaine existe encore et passe pour avoir la propriété de guérir de lenflurcUne autre légende prétend qu'un forgeron de MartevJlle qui avait raccommodé les anneaux des chaînes qui tenaient saint Quentin garrotté, mounit bientôt d'une maladie horrible ; depuis ce fait, aucun des maréchaux ou forgerons qui ont voulu s'établir a Marleville n'a pu y demeurer ; meubles, outils y sont détruits par une punition divine, et les ouvriers périssent d'un mal secret et inconnu qui les dévore comme un chancre.

Parmi les nombreux miracles qu'on raconte au sujet de sainte Madeleine de Pazzi, nous nous bornerons i en signaler un seul :

Son corps étant exposé dans une église, un jeune dé«bauché s'en approcha dans la foule, et le cadavre tourna la tèie d'un autre côté, montrant ainsi toute Tborreor que la sainte avait eue, durant sa vie, pour les peraontàes d'une conduite déréglée.

Lederc, dans ^Bibliolkèqm utuverselle, t. VIU, p. I4a« observe que des récits semblables avaient cireulé en Angleterre à nae époque où l'on croyait peu miracles des saints; on préteudaix i Londres, ven

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES. 5i

iSIO^qnelastatae de Charles P% élevé à ChariogCrose, arait remaé la tète au moment où pastiit devant elle le cercueil d'an personnage qui avait donné beancoop d^ambarras à ce monarqae; on soatenait,en 1658, que la statue de Gaillanma le Conquérant, qui est à la Bourse de Londres, avait agité Tépée qu'elle tient ee sa main.

11 existe dans les calendriers une classe assez nombreuse de saints locaux et ignorés qui tirent leur origine des divinités paï^^naes. La piété crédule des paysans gaulois transforma en saints et en saintes les simulacres des dieux qu'ils avaient adorés avant leur conversion. On distingue, dans cette catégorie, sainte Venise, sur laquelle un membre de l'Institut , M. Bureau de la Malle, a lu devant l'Académie des inscriptions une note intéressante. Cette prétendue sainte est honorée dans trois communes du département de rOrne; dans l'une d'elles, à Ceton , on voit sa statue qui représente une femme dont le corps est nu en grande partie ; un ruban est passé autour de ses reins, et les malades qui viennent implorer la sainte se le mettent au môme midroit. Divers auteurs ont rapporté La légende de cette sainte auquel on donnait pour mari saint Amator (saint Amadour duQuercy),dont on faisait un domestique de saint Joseph.

Saint Othon« saint Winfrid et bien d'autres ont laissé sur des pierres la trace de leurs pieds. Ou montre sur le Carmel la trace du pied d'Élie. Parfois aussi ces empreintes ne sont plus, il s'en faut, celles de personnages dignes de vénération : on fait voir à Cologne l'empreinte des griffes du diable, et, au pied du château de Bentheim, une pierre sur laquelle il dormit conserve la trace de ses monstrueuses oreilles.

Ceci rappelle la trace qu'il y a sut \isl TOjbYiQt ^^\^&s^

55 CUaiOSlTÉS THÉOLOGIQDES.

de Ceybn et qnî est, selon les adorateurs de Bouddha, la marque impérissable que ce personnage laissa au moment de s'élancer vers les cieux; les Musulmans affirment que c'est Tompreinte du pied d'Adam qui, avant de monter au paradis, attendait sur une jambe en pleurant que le Tout- Puissant lui pardonnât ses péchés. A jouions que les Mahomélans montrent aussi, près de Médinc, Tcmpreinte de la tête de leur prophète, et le pied de son chameau est signalé comme la cause d'une crevasse dans une des montagnes de la Syrie.

Indulfeiioes.

Un livre des Itinéraires de Rome^ imprimé à Rome en U75, plusieurs fois réimprimé et traduit en allemand, renferme à ce propos quelques idées singulières.

Les papes Sylvestre et Grégoire ont donné tant d'indulgences à l Église de Saint-Jean de Latran, qu'il n'y a que Dieu qui puisse les compter.

Quand on montre les tètes de saint Pierre et de saint Paul, qui sont dans cette église, les Romains gagnent 3,000 ans dindulgence , les Italiens 6,000 et les étrangers 12,000. Cette proportion se retouve lorsqu'on expose la Véronique.

Quand le pape Grégoire consacra cette même église pour la seconde fois, il donna autant de jours d'indul-> gence, qu'il tombe de gouttes deau quand il pleut trois jours et trois nuits de suite.

Le pape Alexandre a donné 1 ,000 ans d'indulgence pour chacun des degrés de l'église de Saint-Pierre qu'on montera avec dévotion (il y en a vingt-huit). Divers papes ont donné 48,000 ans dïndulgence à ceux qui visitent l'église de Saint-Sébastien.

CURIOSITÉS THÈOLOGIQUES, 5S

V Abrège des Privilèges des ordres mendiants, imprimé à Va\ladolid en 1523, nous fait savoir qu'il y a S8,968 ans et 263 jours d'indulgence le jour de saint Fabien et de saint Sebastien, dans l'église de ces saints ; 333,293 ans et 283 jours à l'église de Sainie-Marie del Popolo ; 138,968 ans et 183 jours à l'église de Saint- Pierre, le jour de la chaire saint Pierre; 1S9,290 ans et 28 jours à l'église de Sainte-Marie Majeure, le jour de .saint Mathieu.

Un décret de la Cour de Rome condamna, en juin 1635, de fausses indulgences, et notamment celles accordées à un grain béni qui aurait touché un des irois grains miraculeux, Tua dans les mains du Pape, l'autre dans celles du roi d'Espagne, le troisième au pouvoir du général des Cordeliers; le môme décret réprouve de prétendues indulgencîes qu'on disait avoir été accordées par Jean XXil à ceux qai baiseraient la plante des pieds de la Vierge, imprimée sur une estampe.

Un décret du 7 mars 1678 frappa d'une semblable condamnation les indulgences qu'on prétendait à tort avoir été accordées par divers Papes à ceux qui récitent l'oraisen angéliqne quand l'horloge sonne ; à la révélation faite à saint Bernard de la plaie sur l'épaule do Notre-Seigneur ; à ceux qui récitent certaines prières ou qui assistent à cinq messes en l'honneur de cinq fêles de la Vierge. Furent pareillement flétries par le Saint-Siège les indulgences de quatre-vingt mille ans copiées sur un vieux tableau qu'on disait être gardé dans l'église de Saint- Jean de Latran, ainsi que deux oraisons qu'on préiendait avoir été trouvées dans le sépulcre de Jésus -Christ ; l'une commençait ainsi : Anima Christi,sanctifica me; corpus C ImsU ^^alxiam^; l'autre: Ave, o veruni corpus nalumde Maria wrgvtvfc.

M CURIOSITÉS ' T&ÉOLOGIQUBS.

« QuiooDqQe les portera sar soi avec déTodon, sera délivré du diable et de mort subite, et ne mourra de mtiiYaise mort; il sera préservé de la peste et de Kmte maladie contagieuse; Jamais sorcier ni sorcière ne tX)nrront nuire à ceux qui auront ces deux belles oraisons sur eux. Le feu du ciel ne tombera point dans la maison ob l'on récitera ces oraisons ayec d^^votion. Une femme enceinte les] disant dévotement enfantera sans aucun péril de mort. » Ces promesses sont imprimées dans un vieil Àntidatorius animes^ et il est dit dans le titre de la première de ces oraisons, que celai qui la récitera dévotement gagnera S,000 jours d*indnlgence pour les péchés mortels, et 90,000 jours pour les péchés véniels.

Diverses Heures de Notre-Dame^ imprimées à Paris^ notamment en 1583 , renferment une oraison : Domine Jesu Chrisii qui hanc servanti formam camis, en ajoutant que le pape Boniface a donné deux mille ans d'indulgence à toutes les personnes qui réciteront cette oraison à la messe entre l'Élévation et VAgmu Dei.

Une autre oraison est attribuée à Bède, et il e^ dit, en son intitulé, que quiconque la récitera dévotement ift à genoui, ne recevra aucun dommage et jie mourra imintsans confession.

On lit dans les Révélations de ssûnte Brigitte que cette sainte ayant désiré savoir le nombre de plaies que Je* tas-Christ reçut à sa Passion , il lui apparut et loi dit qu'elles étaient au nombre de 8,480 ; il Hii enseigna ensuite quinze oraisons et ajouta que quiconque les dirait pendant un an, délivrerait du purgatoire quinze âmes de sa famille, que quinze justes seraient confirmés en grice et que quinze pécheurs seraient convertis.

Citons aussi une oraison à la Véronfqoe on image de fa Sainte Face attribuée à Jean XKll, On a^sAve dans-

le titre que ee pape a donné 10,000 jours d'indnlgenee àeenxqui la diront dévotement, on qui, ne la sachant ins, diront cinq Pater en regardant la Yéroniqae.

11 faut ranger dans semblable catégorie les prérogatires attribuées aux cinq oraisons des cinq douleurs de la Vierge : chacune commence par une des lettres du . mot Maria; elles forment ainsi un acrostiche. La première : Mediatrix Dei et hominum et fom mtseri^ cordiœ; la seconde : Auxiliatrix Dei et hominum etpaeis et terras condimfnlum.

Tout le monde connaît l'histoire d'un gentilhomme qui, a7ant donné de l'argent à un moine pour faire sortir des âmes du purgatoire^ voulut ensuite se faire rendre son argent. Madame d'Aulnoy , dans son Voyage en Espagne, imprimé en 1^91, raconte ce trait de la façon suivante :

« Le comte de Yilla-Medina, étant dans Téglise de Notre-Dame d'Atocha, don- a quatre pistoles à un religieux qui demandait pour les âmes du Purgatoire, tt Âhl seigneur (dit le bon père] vous venez de délivrer une âme du purgatoire. » Le comte tira encore une pièce de quatre pistoles et la mit dans sa tasse. « Voilà, continua le religieux, une autre âme délivrée.» Il lui en donna dé cette manière six de suite , et à chaque pièce,lô moine s*écriait : « L'âme vient de sortir du purgatoire. -^ M'en assurez-vous? dit le comte. — Cul, seigneur, répartit le moine; elles sont à présent au ciel. — Rendez-moi donc mes si? pièces de quatre pistoles, dit-il ; car il serait inutile qu'elles vous res^* tassent. Puisque ces âmes sont au ciel, il ne faut pas craindre qu'elles retournent au purgatoire. » Mais le moine se garda bien de les lui rendre, et il s'en serait fait scrupule. »

Les frères mineurs, c'est l'abbé T\i\et% cv^^^iL.vTsn^

de là sorte, avaient aatrefois un moyen bien pins facile et à meillear marché de tirer des âmes du purgatoire. Ils assuraient, à ce qae témoigne le cardinal Bonifacû de Ammatis, qu'on en pouvait tirer autant qu'on entrait de fois dans l'église de Notre-Dame-des-Anges ou de la Porlion(!ulc , près la ville d'Assise , et qu'on en sortait depuis les premières vêpres du jour suivant; toutefois une entrée et nn3 sortie ue procuraient qu'une £euld indulgence.

On a prétendu qu'en 1391, lo pape Boniface IX accorda des indulgences plénièresaax Mihiaais, 1 s absolvant de tous leurs pécUOs s ils visitaient chaque jour cinq églises, lors môme qu'ils ne seraierit ni contrits ni confessés; mais co fait assez extraordinaire n'est rapporté par aucun auteur digne de foi. Il y avait dans la cathédrale de Bourg s, au-dessus du grand tionc, des vers latins qui promenaient le ciel à ceux qui feraient des aumônes, et l'étendue de la fdace qu'ils obtiendraient devait ôire propo.tionnée à leur générosité :

Hic si large des, in coelo fit tuus sedes , Qui seret hic parce, parce compreheodet in arce.

La bulle dite sabbaline , attribuée à tort à Jean XXII, est remplie d'extravagances au sujet des indulgences.

La Vierge y dit qu'elle descendra en purgatoire le premier samedi après la mon de tous ceux qui auront porté le scapulaire ou qui, pour l'amour d'elle, seront entrés dans son ordre ou dans sa confrérie, quelle les délivrera des peines du purgatoire et les cx)nduira à la montagne de la vie éternelle (m montem sanctum viiœ œternœ gloriosè reducam). Quiconque sera de Tordre des Carmes et eu portera l'habit sera sauvé

éternellement. Ces étranges assertions ont éio vivement réfutées par des théologiens fort orthodoxes; un docteur de Sorbanne que cite Tliiors les qaalifie d'inepties; bien des f;eiis seront sans doute de cet avis.

Un livret composé par un capncio, los Merveilles du Rosaire, par le père Carnac (T(ju1ous«^, 1619), entn* dans de longs détails sur les indulgences delà Portioncule, cest-à-diro accordées à ceux qui visitent cotto église le premier joar du mois d'à )Cif. Le Marlyrolo{jc f rancis^ cain, par le père Artus du Mousîier, affirme que hs démons ont été contraints de convenir de son pouvoir: ceux qui r,e l'ont pas cru véritahlrt ont été punis et fouettés miraculeusement.

D'clraQges idées ont été mises en avant au i^ujel de Termilago de Sainte -Marie-d^-la Portioncule, près d'Assise, séjour da saint François et berceau d'un ordre célèbre. Barthélémy de Pise, dans son Livredes Confarmiles (lib. <2, fol. 137) n'apas craint de dire qU'^ lediable lui-môme convenait que si un homme, après avoir égorgé de sa main tous les autres hommes, allait se confesser à la Portioncule, il en sortirait Tâme aussi pure que celle d'un enfant après le baptême {si unus homo occidissetomnes homincsmanu propria et ad locum illum vers contritiLS et confessus accederet, statim in ingressu loci illius anima mundattip ab omni peçcato^ sicut anima puer i perfecto baplismo mundaretur). Le diable, toujours d'après l'autorité de Barthélémy de Pise, a révélé qu'on faisait de ceux qui se permettent de manquer de respect à la Portioncule une plus grande boucherie en enfer qu'on ne tue de bètes à Bologne (De his fxicimus majus macelliim in inferno, quam fiât de pecudibus et aliis animalibus Bononiœ).

Dans les siècles âlgaonnee, les fausses reliques se mnltipUèrent de la façon la plos singalîère; on y attachait alors le plas grand prix, la crédnlité d'ane part, l'impostnre de Tantre se donnèrent pleine carrière. U y a de Texagération, sans doate, mais il y a aussi quelque Térité dans le tableau que traçait Calvin, lorsqu'il écrivait ironiquement son Traité des reliques et du grand avantage que retireroit la chrétienté si on en faisait inventaire.

Une des reliques les plus fameuses est la Yénmique ou Sainte Faee^ que quelques églises sont fières de posséder.

Le nom de Vera icon était consacré aux images de Jésus'Christ : on l'appliqua plus tard par confusion à la sainte femme qui, suivant une. tradition fort accréditée, reçnt sur le Yoile dont elle essuyait la figure du Sauveur l'empreinte révérée appelée Sainte Face. Des savants avaient pen^ que le nom de Véronique était une altération de Bérénice, nom que TÉvangile apocryphe de Nicodème donne à la femme que Jésus-Christ guérit d'un flux de sang. Il paraît toutefois que le nom de Bérénice est une modification de celui de Prouniee, qu'une des sectes les plus importantes des Gnostiques, les Valentioiens, donnaient à cette même hémorroïsse.

Des légendes ne tardèrent pas à se répandre à cet égard; on raconta l'histoire d'une dame juive appdée Véronique, que Tempereur Tibère, atteint de la lèpre. Ht venir à Bome, afin qu'elle le guérit par 1 attouchement du saint suaire qu'elle possédait.

D'antres écrivains crédules firent de Véronique une compagnes de Lazare, de Marthe, de Marie-Mag-

deleine et de Joseph d' Arimathie, avec lesquels ils les flrent aborder dans les Gaules.

On raconte que le snaire ayant été plié entroispar k sainte, Tirnage du Sanvenr s*y était imprimée en trois endroits, et que ces trois exemplaires étaient conserTée à Rome, à Turin et à Trun en Espagne.

L'histoire de la Sainte Ampoule, conscrrée à Reima el apportée, dit-on, par un ange lors du couronnement de Clovis, a longtemps été célèbre. C'est Hincmar qui, dans son Historia Francorum, a le premier raconté ce miracle ; au neuvième siècle , le moine Aimoin l'a répété; mais il est remarquable que les écrivains antérieurs à Hincmar ne parlent point de ce prodige ; ni Grégoire de Tours, qui recueille avec tant d*avidité tous les récits où il y a du surnaturel, ni Avitus, évèque de Yienne, qui avait écrit à Clovis pour le féliciter de son baptême, ni Nicétius, évèque de Trêves, qui a aussi faii mention du baptême de ce monarque.

Le Mémoire de Yertot, dans le tome II des Mémoires de FAcadémie des Inscriptions, est écrit sous l'impression d*un embarras remarquable.

Au rang des reliques célèbres, il faut placer la sainte larme de Vendôme ; la tradition prétendait que cette larme, versée par Jésus-Christ sur le corps de Lazare", avait été recueillie par un ange qui l'avait donnée à la Madeleine qui la remit, lors de son voyage en Provence, à saint Maximin , évèque d'Aix. Portée à Constantinople, elle fut accordée par l'empereur Michel le Paphlagonien à Geoffroi Martel, en récompense des secours que c^ guerrier lui avait amenés contre les Sarrasins, et plus tard elle fut donnée au couvent des Bénédictins de Vendôme. Le docteur J.-B. Thiers élabJi/ Sans peine que tous ces récits u'aN^i^iA vo^^sos^^

réalité historique ; 'îans cette controverse, il eut poar adversaire unérudil célèbre qui fait d'ordinaire preuve d'uoe critique plus judicieuse, le père Mabillon ; mais c'était un bénédictin, et il fallait qu'il soutint Ks prétentions de son ordre.

Un jésuite d Annecy, nommé Jean Ferrand, composa un gros livre ai si^.jet des reliques, dans lequel il n'hésite jjas à dire que lorsqu'il se trouve dans diverses é.:,Mise^ des tètes ou des corps du même saint, c*est la Providence qui a produit cette multiplication miraculeuse uM d'entretenir la dévotion des fidèles (Ufi'ini inilii sat eril dicere supremum numensuam procul dubio cxpUcmsse polenliam in us nominatim reliquiis mulliplicandis).

Fêtes et prooessioBS.

Quelques empereurs d'Allemagne se trouvant à Rome à l'époque des fèt^.s de Noël, affectaient de lire eux-mêmes à l'office la leçon où se trouvent les mots : eaciii edictun a Cesare ÀugustoJFréàéïlc III le fit devant le pape Paul II en 1468 ; l'empereur Sigismond en agit de même au concile de Constance, étant habillé en diacre; et il a été admis dans le cérémonial romain que si l'empereur se trouvait à Rome ce jour-là, ce se* rait à lui à lire celte leçon revêtu d'un surplis et d'une chape, et l'épée au côté.

L'usage des trois messes en ce jour vient de Rome. On les disait à cause des trois stations indiquées par les papes pour le service divin; la première à Sainte-Marie-Majeure pour la nuit, la seconde dans l'église de Sainte -Anastasie pour le point du jour; la troisième à Saint-Pierre pour l'heure ordinaire des grandes fêtes. L'usage de ces trois messes, borné maintenant à la fête

CURIOSITÉS THÉ0L0GIQU7.S. 61

de Noéi, s'appliquait jadis en quelques pays à plu • sieurs autres grandes solennités. Saint lidefonse, évêque de Tolède en 885, constate quil se disait aussi trois messes aux fêtes de Pâques, de Pentecôte et de la Transfiguration.

La dispense du maigre pour la fête de Noè'l, lorsqu'elle tombe un vendredi, est fort ancienne. Saint Epipbane déclare que, de son temps^ on ne jeûnait point la jour de Noël lorsqu'il venait un mercredi ou un vendredi. Nicolas le', exhortant les Bulgares à l'abstinence tous les vendredis de Tannée, en excepte celui qui se rencontrerait la fête de Noè'l. Matthieu de Paris, dans son histoire d'Angleterre (année 1283), mentionne comme un usage en vigueur, la faculté de manger de la viande un yendredi, si la fête de Noël tombe ce jour-là.

N'oublions pas la procession de Sainte-Gertrude à Nivelle qui a Heu tous les ans le lendemain de la Peu* tecôte. Un homme à cheval a derrière lui en croupe une jeune fille qui représente la sainte et qu'on choisit parmi les plus jolies et les plus distinguées de la ville. Devant elle un jeune homme alerte, représentant le diable^ fait mille sauts, mille gambades et s'efforce^ par ses bouffonneries, de faire rire la prétendue sainte, qui doit garder un sérieux imperturbable. Tout cela réjouit infiniment les bons Flamands.

Les Vénitiens se donnaient un plaisir semblable lors de la procession du Rosaire. Des jeunes filles représen^ talent diverses saintes, telles que sainte Agnès, sainte Luce, sainte Catherine de Sienne ; des jeunes garçons, choisis parmi ce que la ville renfermait de mieux, jouaient des rôles d'anges et de saints. Quelques diables ayant queue, griffes et cornes, étaient dispersés dans cette pieuse société; Veut low^Nivs^ ^v»x ^^

•2 CURIOSITÉS THÉ0L06IQDB8.

gesticuler auprès d6s saintes^ de les distraire iMur des tours grotesques. Cette ùnoèiie dégéuérait soaveat en licence : les démons se permettaient des postures fort inconvenantes et étaient disposés à prendre avee les saintes des libertés réprébensibies.

Dans quelques villes de Navarre, on pratiquait autrefois une cérémonie burlesque et singulière dont Martin d'Arles, archidiacre de Pampelune» fait mention dans son Traiié des SuperstOiom^ imprimé en 1560.* Voici comment il s'exprime : « Les Navarroîs, dans les temps de sécheresse, loin de s*bumilier devant le Seigneur et de fléchir son courroux par la pénitence, avaient recours à une manière pleine d*impiété que toute leur grossièreté peut à peine excuser. Ils portaient en procession sur le bord d'une rivière Timage de saint Pierre, leur patron, puis ils jse mettaient à crier d'un ton plus menaçant que soumis : « Saint Pierre, secourex-nous; saint Pierre, une fois, deux fois, trois fois, secourez-nous 1 ^Voyant que Timage de saint Pierre témoignait par son silence qu'elle n'avait aucun égard à leurs cris, ils entraient en colère et ils criaient plus fort qu'auparavant : « Qu'on plonge saint Pierre dans la rivière I» Alors les principaux du clergé représentaient au peuple qu'il ne fallait pas en venir i cette extrémité, que saint Pierre était un bon patron, et qu'il ne tarderait point à les secourir. Le peuple, ne se fiant pas à oe qu'on lui disait, exigeait qu'on lui donnât des cautions. On lui endonnait^ et il manquait rarement de pleuvoir dans les vingt-quatre heurecu » C'est du moins ce qu'affirme notre auteur.

Chez les Grecs, lorsqu'on pose les fondements d'un édifice, les ouvriers, après avoir reçu la bénédiction du prêtre, selon l'usage du pays, tuent un coq et ub mouton dont ils enterrent le sang sous la première pierre

CUAIOSITËS THÉOLOGIQUES. M

qu*ili po$enL On ne doatd pas qa'on attire ainsi la prospérité sur cette maison.

Fautres Grecs, voalant se venger de quelque ennemi, prennent la mesure de la longueur et de la largeur de son corps ; ils vont trouver ensuite des ouyriers qui posent les fondements d*un édifice, et ils les engagent, par quelques présents^ à enterrer cette mesure sous une des premières pierres des fondements; ils s'imaginent que lorsque cette mesure pourrit, leur ennemi languit et se dessèche,et dés qu'elle est réduite ( n poussière, sa mort est infaillible- La ièle de l'Ane est une des cérémonies les plus sinr gulières qu*offro Tétude du moyen âge ; elle se célébrait dans plusieurs églises, notamment à Sens et à Rouen, le jour de Noël. Dans celte dernière ville, après le chant de tierce, une procession commençait autour du cloilre et veoait dans la nef; elle était composée de deux partis, représentant l'un les juifs, Tautre les gcntiis. Il y avait aussi uoe troupe d*ecclésiastiques diversement costumés et représentant les prophètes de TAncien Testament. Les chantres apostrophaient les juif^ et les gentils, qui répondaient par un verset analogue à la cérémonie et aux personnages dont ils remplissaient les rôles. Les chantres appelaient ensuite Moïse, qui, tenant en mains les tables de la loi, revêtu d'une aube et d'une chape, ayant des cornes à la tète, une longue barbe au menton et une baguette à la main, entonnait ' un verset qui avait rapport à la fête de Noël. On interpellait ensuite Âaron, qui s'avançait revêtu des ornements pontificaux, la mitre sur la tête et une fleur à la main; Daniel était représenté par un jeune homme vêtu d'une tunique verte et tenant un épi ; David était couvcrl (les ornements royaux ; Samuel, Ezéchiel, Zacharie, i)èrc de saint Jean-Baptiste, et bien d'autt^^ \^c^\%^w-

64 CURIObITÉS THÉOLOGIQUES.

nages illastres défilaient à leur tour. Une représentation da miracle des trois jeanes Hébreux préservés de la fournaise où les avait fait jeter Nabucbodonosor avait Heu ensuite, et un personnage déguisé en femme, ayant un diadème sur le front, venait remplir le rôle d'une sibylle et débiter quelques versets prophétiques, ce qui terminait la cérémonie.

A Beauvais, le U janvier, on représentait la Fuite en Egypte. Une jeune fille, tenant un enfant entre ses bras, était placée sur un âne pompeusement enbarnaché, et conduite en triomphe de la cathédrale à Téglise Saiot- Étienne. On la faisait entrer dans le chœur, et elle était placée, avec Vâne, du côté de TÉvangile. On commençait ensuite la grand'messe. VFntroït, leKyriCy le (r/orta in excehiSf le Credo étaient terminés par le cri de : Hin ban, destiné à imiter la voix de Tâne. On lit même dans les rubriqaes manuscrites de cette fête, qu'à la fin de la messe , le prêtre , se tournant vers le peuple, au Heu de dire Ite, missa est, doit cj*ier trois fois hin han; et le peuple, au lieu de répondre Deo gratias, doit répéter trois fois fun han, hin han, hin han.

Il ne sera pas hors de propos d*insérer ici la prose qu'on chantait durant cette singulière cérémonie :

Orientis partibus

ÀdvcDtavit asinus,

Pulcher et fortissimus

Sarcinis aptissimus.

Hé! sire asne, car cbantez,

Belle boucbe rechignez,

Vous aurez du foin assez

Et de l'avoine à planté (en ahondanee),

Lentus erat pedibus

Nisi foret baculus

Et eum in clunibus

CURIOSITÉS THfiOLOGIQUES. «5

Pongeret aculeus.

Hic io collibus Sicbcm

Jam Datritos sub Ruben

Transiit per Jordanem

Saliit in Rethleem.

Ecce magnis auribus,

Subjagalis filius,

jasions egregius,

Asinoroin Domious.

Saltu Yîocit hionulos

Dumas et ciipreolos.

Super dromedario5

Yelox Uadianeos.

Aarum de Arabia

Tbus et inyrrham de Saba,

Tulit in Ecclcsia

Yirtas asinaria.

Dum trahit véhicula, %

Multa cum sareioula

Ulins mandibula

Dura terit pabola.

Cam aristis bordeam

Comedit et cardaum

Triticam a palea

Segregat in area.

Amen, dicas, asine,

lam satur de gramine,

Amen, amen, itéra ,

Aâpernare cetera.

La célèbre procession de la Féte-Dieo, à Âix, instituée :u U62, par le roi Bcué, occapait non-senlement la vtîlle, le jour et roctave da Saict-Sacrement, mais lussi le lundi de la Pentecôte et le dimanclie de la Trilité; le parlement, le clergé, le corps de 'viWe^Xô^ ç,wv.«

66 CURIOSITÉS TKÉOLOGIQUES.

fréries des arts et métiers figuraient dans ces fêtes (0-

L'abbé de Yayrac , dans son livre iolitulé : Etat de L'Espagne, doime quelques détails assez curieux sur l'un des plus fameux de tous leà pèlerinages : celui de Saint-Jacques à Compostelle.

« La fîgure de Tapôtre est sur le grand autel; c'est un petit buste de bois, toujours éclairé par quarante ou cinquante cierges. Les pèlerins baisent la figure trois fois et lui mettent leur chapeau sur la tète. On voit dans Féglise une trentaine de lampes d'argent; six grands chandeliers d'argent sont un don de Philippe III. Au dehors, une croix est élevée sur une plate-forme; les pèlerins y attachent quelque lambeau de leurs vête ments. Ils observent ensuite une cérémonie singulière: celle de passer sous cette croix par une ouverture fort petite, de sorte qu'il faut se glisser l'estomac contre le pavé ; les personnes chargées d'embonpoint ont tontes les peines du monde à accomplir celte entreprise,^ à laquelle on ajoute qu'une indulgence spéciale est alt?*chée. »

Le concile tenu à Nantes en U31 défend avec raison une cérémonie en usage le lendemain de la fête de Pâques.

Les prêtres des églises et quelques autres personnes £0 répandent dans les maisons de la ville, entrent dans

(i) Elles sont décrites très en détail dans un volume curieux : Explication des cérémonies de la Fête-Dieu d'Aix en Provence, avec 13 gravures et les airs notés, par J. Grégoire. Aix, 1777, in-12. Un autre livre, devenu rare, est consacré à l'apologie des mascarades qui faisaient l'ornement de ces cérémonies; il a pour titre : Esprit du cérémonial d^Aix en la célébration d$ la Fête-Dieu, par P. J. Aix (sans date); in -12.

les chambres, saisissent ceux qiii sont couches dans leur lit, les emmènent nus dans les rues et les places publiques, les conduisent ensuite, en poussant de grands cris, dans les églises, les placent sur Taulel et ailleurs, et jettent de Veau sur eux, ce qui trouble l'office divin et occasionne des accidents, tels que des lésions et parfois des mutilations de membre. En outre, quelques autres personnes, prêtres ou laïques, vont de grand matin, le premier jour du mois de mai, dans les maisons de leurs voisins; ils en emportent quelques effets, et ils forcent ceux à qui ils appartiennent de payer pour les ravoir.

Semblable coutume subsistait à Angers ; le concile de 1448 la défendit. Les personnes trouvées le matin dans leur lit étaient portées dans l'église et sur l'autel dépouillées de leurs vêtements.

Ailleurs, un usage analogue avait lieu le jour de la fête des Saints-Innocents. L'expression innocenter ou donner les innocents signifient l'action d'aller, le jour de cette fête, réveiller quelqu'un et en même temps loi donner le fouet. La flagellation était une portion indispensable de cette cérémonie.

Le jour de Pâques et les six jours suivants, quelques chanoines, après matines, accompagnés d'enfants de chœur el précédés de la croix et du bénitier, se rendaient en procession chez leurs confrères paresseux , entraient sans bruit dans leur chambre, les surprenaient au lit, leur donnaient de l'eau bénite et chantaient l'antienne : Hase dies quam fecit Dominus, etc. Le chanoine pares-* seux s'habillait aussitôt^ était conduit avec cérémonie à l'église et condamné à payer un déjeuner à ceux qui l'avaient réveillé. {Mercure de France, mai 4 735, p. 898.)

ANevers il existait un usage semblable. Les chanoines et antres membres du clergé allaient, ^^Ti'àWcA&XH^^

68 CURIOSITÉS THÊ0L0GIQUB8.

de Pâques à la Pentecôte, réveiller en cérémonie leurs confrères paresseux; cette pratique était sans doute accompaguée de circonstances indécentes, car on statut de 1246 la défendit sou3 peine d'excommunication, et la qualifia de détestable. (Staluta eccksiœ Nivememit, dans le Tkesaurus anecdotorum de Martene, t. IV, p. 4070.)

Dans quelques villes, les habitants entraient de fort bonne heure dans les maisons et emportaient les habits de ceux qu'on trouvait endormis, et qui, pour ravoir leurs effets, étaient contraints de solder les frais d'un repas.

Les processions oCTraient parfois des circonstances étranges, même à la fin du seizième siècle. Quelques détails à ce sujet, empruntés à un naïf et véridique chroniqueur, l'Estoile (Journal des dioses advenues à Paris en 1588 et 4589), nous ont paru remarquables.

« Le 30 janvier (4589) se fit plusieurs processions auxquels il y a quantité d'enfants, tant fils que filles, hommes que femmes, qui sont tous nus en chemise, tellement qu'on ne vit jamais si belle chose. Il y a telle paroisse où se voit de cinq à six cents personnes tous nus, et en quelques autres de huit à neuf cents.

« Le 3 février se firent de belles processions où il y en avoit grande qu mtité de tous nus et portant de trèsbelles croix.

« Le 14 février furent faites dans les églises de cette ville grande quantité de processions qui alloient en grande dévotion dans la paroisse Saint Nicolas- des- Oiamps; il y avoit plus de mille personnes, tant fils que filles, hommes que femmes, tous nus, et même tous les religieux de Saint-Manin-des- Champs, qui éroient tous nu-pieds, et les prêtres de ladite église de Saint-Nicolas aussi nu-pieds, et quelques-uns tout

CURIOSITÉS THÉOLOGIQDES. •#

ons» comme étoit le curé François Pigenat, daqnel on fait plas d'estat que d'ancnn antre, qui ctoit tout nu et n'ayoit qa'nne gnîlbe de toile blancbe sur lui.

« Le 24 février, tout le long du jonr, on ne cessa de Toir les processions es qaelles il y ayoit beacconp de personnes, tant enfants qae femmes et hommes, qui estoient tons nns, et lesquels portoîent et représentoient tous les engins et instruments desquels Nolrc-Seigneur ayoit été afQigé en sa Passion. »

Tout nus doit s'entendre en chemise, et c'était déjà fort suffisant; ces cérémonies eurent Heu en hiver, de sorte qu'elles durent avoir, pour ceux qui y figuraient aussi légèrement vêtus, des conséquences peu agréables.

Siacvlaritte relatives ««z saoremeats.

Des questions singulières, des pratiques bizarres ont été signalées au sujet dés divers sacrements; nous nous contenterons d'en citer quelques exemples ; ce sujet pourrait recevoir des développements bien plus étendus que ceux que nous devons lui donner.

En 740, on soumit au pape Zacharie la question d« savoir si un prêtre qui avait, dans un baptême, employé la formule : Baptiso te in nomine Patria et FiUa et Spiritva Saneta, avait fait un acte légal, un baptême véritable. Le Saint-Père décida qn*oui, parce que le prêtre avait agi par ignorance de la langue latine.

En 4387, le pape Clément Yll fut consulté sur on événement étrange arrivé à Montpellier. Une ânesse mit bas, dans cette ville, deux êtres ayant la forme d*eiifants mâles; on recourut à la décision pontificale pour savoir si on leur administrerait le baptême. Après de longs débats, le cardinal de Saint-Ange fit connaître qoCon pouvait les hiptîser.

En Livouie, Tasage a longtemps subsisté de rebaptiser en secret les enfants qni tombaient malades un on deux mois après leur naissance et de changer leur nom, car la maladie était attribuée au nom donné lors du baptême. Une idée analogue existait chez les paysans irlandais qui se gardaient bien de donner à un enfant le nom de son père ou de quelque membre de sa famille et qui ne doutaient pas qu*en pareille circonstance renfant ne vînt à mourir.

Les Coptes et les Abyssins confèrent la tonsure et tous les ordres, excepté la prêtrise, à des enfants dès qu*ils sont baptisés.

Jadis, en Pêrigord, on bénist'ait du vin après le baptême, et on en faisait boire à Tenfant. Le Rituel de Périgueux, de 1536, explique celle cérémonie.

L*usage de sonner les cloches après le baptême a été extrêmement répandu. On s'imaginait que, si cette sonnerie n* avait pas lieu, les enfants deviendraient sourds et ne pourriienl chanter,

Il y a peu de chose à dire au sujet de la confirmation.

On croyait autrefois qu'on ne pouvait tirer la vérité de la bouche de criminels qui se seraient frottés de chrême ou qui en auraient bu. Le concile de Tours, tenu en Tan 813, ordonne que les prêtres qui en auront donné pour cet objet seront déposés et on leur coupera la main.

On s'était imaginJ que le cierge porté par le confirmé avait d'autant plus de vertu et procurait plus de grâces qu'il était plus lourd et plus grand.

Dans quelques diocèses on avait pris rbabitude do rester sept jours sans se laver la tête après avoir reçu

confirmation.

•*bié Thiers, dans son ss^^vA oxcttîi^^ ^x« \%^ ^xi-

perstitioos (1725, 4 yoL), signale celle des personnes -qai ne yeolent commoDier qae d'une grande hostie on qui veulent qu'on leur donne plusieurs hosties en communiant.

On eut ridée de faire servir l'Eucharistie à un cataplasme appliqué sur les yeux d'un ayeugle-né, et saini Augustin rapporte que cet aveugle» nommé Acacioj» obtint amsi l'usage de la vue.

n y a quelques exemples, dans^la primitive Église, que l'Eucharistie ait été ensevelie avec les morts.

Les hosties non consacrées ont aussi été employées d^une manière abusive; on donnait à des fiévreta, afin de les guérir, trois de ces hosties après avoir écrit dessus : QualU est Pater ^ tali$ est Filitu et Spiritus Sonetus.

On pensait que boire le reste du vin qui a servi à la messe guérissait de la fièvre.

On trouve au septième et an neuvième siècle que, 4ans des conciles, afin de rendre les actes plus autbentiques, on les signa avec de Tencre où Ton avait répandu quelques gouttes de vin consacré.

Samt Satyre, frère de saint Ambroise, lia l'Eucharistie dans un linge, l'attacha à son bras et se jeta ensuite à la mer afin de se sauver à la nage lors d'un naufrage.

Saint Dominique, voulant convaincre des hérétiques.

Jeta l'Eucharistie dans une fournaise ardente, où elle

demeura trois jours sans se consumer. ^

Saint Antoine de Padooe, voulant aussi convaincre un incrédule, présenta l'Eucharistie à un mulet qui se mit à genoux et baissa la tète en signe d'adoration.

Donner l'Eucharistie aux morts s'est pratiqué quelquefois; mais la chose fut défendue par des conciles au quatrième, an sixième, au septième siècle. Balsamon^ canoniste grec qui vivait au dauxième sièc\^^ ^^^\\&

71 CURIOSITÉS THÉ0L0GIQUB8.

cepcDdant comme Tayocat de cette pratique en disan qu'elle peut servir à éloigner les démons qui tourmenteraient les défunts dans leurs tombeaux.

UEglise a proscrit comme des abus répréhensibles de communier plusieurs fois en un jour; de ne pas vouloir travailler le jour qu'on a communié ou ne pas vouloir jeûner ce jour-là si c'est un jour de jeûne.

Des gens croyaient avoir fait un crime s'ils avaient marché à terre les pieds nus le jour qu'ils avaient communié et les deux jours suivants.

En Abyssinie, personne, pas même le roi, pas même le patriarche, ne peut communier hors de l'église.

Saint Thomas de Cantorbéry portait sur lui une hostie consacrée afln de la prendre partout où il se serait trouvé en danger de mort.

Marie Stuart se donna à elle-même la communion en prison, avec la permission du pape Pie Y et avec des hosties qu'on lui avait fait passer en secret.

L'empereur Andronic U, à ses derniers moments, mit dans sa bouche, en guise de viatique, une statuette de la Vierge.

Des conciles ont défendu de dire la messe pour les gens tués en duel et pour ceux qui se sont suicidés.

Une histoire que raconte l'abbé de Gluni, OJon, dans ses Conférences, se rattache à celte offrande du saint aacrifice pour des personnes mortes dans l'impénitence. Un prêtre célébrait la messe pour un voleur qui avait été tué par deux voyageurs logés chez lui et qu'il avait voulu égorger la nuit, afin de les dépouiller tout à son aise. Lorsqu'il arriva aux paroles de la consécration, i! se fit un horrible fracas sur le toit de l'église, et au même instant l'autel s'écroula. Le prêtre, rempli de frayeur, s'enfuit sans achever la messe, et les assistants prirent de même la fuite, chacun de son o6té.

Peat'On dire des messes des morts poar les Tivantst Qaelques anciens auteurs ont répondu par Taffirmative et ont cité un exemple tiré do la vie de saint Théodose, abbé au sixième siècle, lequel fit célébrer roiïï&e des trépassés pour im religieux nommé Basile, qui était plein de vie et qui expira lorsque les prières furent terminées; mais ce trait est tiré de la Vie des Saints écrite en grec par Siméon Métaphraste, et Ton sait combien ce recueil abonde en récits apocryphes.

L'archevêque de Ratisbonne, Henri de Roteneck, mort en 4296, so faisait dire tous les ans un service solennel d'anniversaire, auquel il assistait, et cela durant les quatorze dernières années de sa vie.

Saint Pierre Damien fait mention d*un moine qui ne disait jamais d'autre ofilco et d'autre messe que celle des morts ; lorsqu'il fut trépassé, le diable lui reprocha cet usage comme un grand crime au tribunal de Dieu; mais la sainte Vierge et les saints se déclarèrent ses protecteurs et le conduisirent dans le séjour de la gloire.

Un concile de Tolède condamne à la dégradation et à l'excommunication des prêtres qui disaient des messes des morts afin de faire mourir des vivants.

Il y aurait beaucoup de faits à citer à l'égard des singularités qui ont rapport à la messe.

Souvent elle était accompagnée de décharges d'armes à feu dans les églises et dans les cimetières. Le jour de la fête de sainte Barbe, la compagnie des chevaliers de TArquebuse exécutait une vive fusillade dans l'église après le dernier évangile. Lss statuts synodaux de Besançon, en 1633, condamnent cet usage.

Des prêtres disaient la messe Tépée au côté et des éperons aux pieds; le pape Léon IV le défendit*

Nous apprenons aussi, par les &te\sV0Ti^ ^^osi c^^^^^

74 CURIOSITÉS THÉOLOGIQDBS.

tenn en Angleterre en 787, qoe des prêtres avaient ( ridée de dire la messe les jambes et les pieds nos.

Il y a dans Thistoire ecclésîastiqae des exemples d messes dites hors des églises et sans autels.

Des historiens rapportent qae le martyr saint LnoîBn, étant en prison, chargé de chaînes, convert de blessores et ne ponvant se remuer, célébra la consécration sur son estomac, se donna à loi-mème la communion et la donna à ceux qui étalent enfermés avec lui.

Théodoret rapporte qu'il fit apporter des yases sacrés dans la cellule d*un pieux solitaire reclos depuis trentesept ans, et que, faute d*autel, il offrit le sacrifice sur les mains des diacres.

Divers théologiens pensent qu'il n'est pas permis de dire la messe sur mer, Tagitation du navire pouvant faire renverser le calice. Il y a cependant des exemples du contraire : saint Wulfran dit la messe à bord du navire sur lequel il se rendait en Frise, à ce que rapporta son biographe, le moine Jonas.

Des écrivains un peu crédules ont raconté que saint Maclou ou Malodit un jour la messe en pleine mersor le dos d'une baleine qu'il prit pour une ile (1)

Pour deviner l'avenir, on avait imaginé de se faire lire tous les jours l'évangile de saint Jean et des messes de la Trinité et de saint Michel.

En certaines églises de Bretagne, des paysans se M-

(1) Une gravure représentant un missionnaire disant It messe sur le dos d'un poisson gigantesque se trouve dans un volume carieux et rare, intitulé Nova typis transacta navt^ gaiio. Authore Bonorio Philopono^ 1621. C'est la relation d*nn voyage en Amérique fait par Tabbé du Mont Serrât et d'autres Bénédictins chargés d*une mission par le pape * keiandre VI.

CURIOSITÉS 1HÉ0L0GIQUE& li

saient dire des messes pour être guéris ou préservés de certaines maladies, et, à ces messes, ils oCTraient des épingles crochues qu'ils mettaient sur Tautel, puis ils faisaieni réciter des évangiles et allaient hocher la tète trois fois dans une armoire on dans un trou près de Famel.

On s'avisa d'employer des messes pour rendre enne* mis jurés des personnages liés par une amitié sincère. Voici la recette telle que Tout donnée des auteurs qui ne jouissent pas aujourd'hui d'une grande autorité :

«Après le soleil couché, prenez une belette, coupezlui les quatre pattes, faites-en deux croix, meltez-lei Vune sur l'autre dans un sachet de toile neuve, cachexie sous la nappe d'un autel sur lequel vous ferez dire la messe ; puis vous mettrez le sachet entre les deux per» sonnes que vous voulez brouiller. »

On faisait dire des messes du Saint-Esprii afin de «a* voir si une personne était morte on en vie ; pour connaître h quelle époque on doit mourir ou quel mari on aura.

Lorsqu'on a été volé, dit Thiers, c'est une pratique assez ordinaire de faire dire au plus tôt une messe du Saint-Hsprit pour empêcher que le voleur ne s'échappa du Heu où il aeomrais le larcin. Une autre coutume tout aussi fréquente est de Caire dire une messe de saisi Antoine de P^idoue pour reirouver un objet perdu ou égaré; un synode tenu en Pologne , en 1568 , défendit positiremeitf de faire dire des messes pour recouvrer des objets volés; il interdit aussi les messes dites pour des animaux malades.

Les démonologues parlent de messes que disaient les sorciers tantôt sur un morceau de euir de bouc arrosé d'eau bénite, tantôt sur on morceau de la coiffe qui couvre la tète de quelques nouveau-nés; il y avait aussi des messes dites dans le but de doim^t ^<b V^a&ss^\^s^

n GuniosiTÉs thêologiques.

mcfUil sons la nappe de Tantel des canlbarides, ou de la pàto faite en forme de gâteau, oa la pierre appelée en latin ealamita.

Parmi les messes snperstîilenses, Thiers signale celles da Père étemel, (la Trentainde saint Grégoire, desQnq plaie.s de Jésus-Christ, de sa Passion, de la robe sans coatore, des onze mille vierges, etc.

Un chanoine d*EYreDi fonda an obit pour le reposée ton âme : il ordonna d*étendre sar le piTé, au miliea da cbœar, an drap mortaaire, et de mettre à chacun des qaatre coins ane bouteille de bon vin, avec une cinquième au milieu; le tout devant revenir aux chantros de réglise.

La confession ne pouvait manquer de provoquer des pratiques sbogulières.

Quelques abbesses ont prétendu pouvoir recevoir la confesaion de leurs religieuses, mais ce fût défeodupar plusieurs papes, entre autres par Innocent m.

Bonfinius rapporte,dans son HiêUnrtdeHangrieyqne, trois ans après la bataille de Nicopolis, on entendit sur la plaine de cette sanglante journée une voix qui répétait de temps en temps le nom de Jésus et celui de Marie, et on trouva une tète qui cria qu'elle était celle d*an chrétien mort sans confession, que la sainte Vierge» qu*il honorait d*ane dévotion particulière, Tavait préservé des peines de Fenferetlui avait laissé Tusage de la langue et de la parole ; cette tète demanda qu'on lui fit venir un confesseur : on amena un prêtre du village voisin ; elle lui fit l'aveu de ses péchés, reçut l'absolution et resta ensuite sans mouvement et sans voix.

Thomas de Çantimpré, dans son livre sur les A bdUet^ raconte qu'un Normand, très-peu homme de bien, fol attaqué par des ennemis qui lui coupèrent la tète et la jetèrent dans un vallon où elle cria pendant plosieurt

beures : «Sainte Vierge Marie, donnez-moi une Téritabld confession ! » On alla chercher nn prêtre, la tète fat réunie au corps, et le défont reçut Tabsolntion après aToir dit que tout ce qa*il avait jamais fait de bien en sa vie était d'avoir jeûné tous les mercredis et tous les samédis en Thonneur de la Vierge.

Césaire, moine allemand, qui a réuni, dans des dialogues composés au treixième siècle, un grand nombre de ces récits merveilleux qui faisaient les délices de cette époque, n'a point oublié le trait suivant:

Un moine de Citeaux n'ayant pu faire sa confession, suivant la coutume de Tordre, à son abbé qui était absent, la fit au prieur du monastère, reçut l'absolution et mourut. La nuit qui suivit son décès, il apparut à son abbé et le pria de le confesser.

Encore une anecdote, toujours d'après l'autorité de Césaire :

Un démon se présenta à un prêtre et lui déclara ses péché?, qui étaient effroyables et Innombrables; le prêtre lui donna pour pénitence de se prosterner en terre trois fois par jour en disant : a Seigneur Dieu, mon créateur, j'ai péché contre vous, pardonnez-moi. » La démon se refusa à faire cette pénitence et disparut.

Une dévote du Pérou u*ayant pas de confesseur et étant atteinte d'une maladie épidémique, se mit à ge* noux devant une image de saint Ignace qui était attachée à la muraille de sa chambre, et expira après lui avoir fait Taveu de toutes ses Tautes.

Chez divers peuples ignorants, la confession donne lieu à des abus indignes de la religion. Un judicieux voyageur, Tourncfort, donne une triste idée de la façon 4ont elle s'opère chez les Grecs : « Les prêtres ou papa$ qui font l'olfice do confesseurs, ne savent seulement pas la formule de rabsolotion.Siuuçéull^ia^'^-

78 CURIOSITÉS THÉOLOGIQURS.

cose d'avoir volé, ils demandent d*abord si c'est à un homme du pnys ou à un Franc. Si le pénitent répond que c'est à un Franc : « Il n'y a point de péché, dit le « papa, pourvu que nous partagions. »

Les prêtres de la Mingrélie et de la Géorgie, réduits à une extrême pauvreté, vendent la confession le plus cher qu'ils peuvent. Ils se vantent de pouvoir donner l'absolution, non-seulement de tous les péchés qu'on a commis, mais encore de tons ceux dont on pourra se rendre coupable pendant le reste de la vie. Ils vendent le plus cher possible à quelques gens riches des actes d*absolution générale, et, muni de ce diplôme, le pénitent crédule pèche tout à son aise et sans remords. Lors« qu'il vient à mourir, il fait enterrer avec lui son certificat et ne doute point que ce passe-port ne lui ouvre l'entrée du paradis.

En Abyssinie, le prêtre ou l'évêque qui donne l'absolution aux pénitents leur applique en même tenïps plusieurs coups violents, ce qui, dans leurs idées, donne au pardon bien plus d'efficacité.

La confession était en usage parmi les anciens Péruviens; elle était de rigueur quand l'Inca tombait malade. Ce souverain n'était pas assujetti à la règle commune; il n'avait d'autre confesseur que le soleil. Après avoir fait en présence de cet astre l'aveu deà fautes qu'il avait commises^ il se baignait dans une rivière, persuadé que l'eau emportait ses iniquités à la mer.

Le nombre des bandits et des assassins s'étaut fort multiplié en Italie, les supplices ne pouvaient en venir à bout; le duc de Vendôme eut l'idée de faire pendRgces meurtriers sans confession, sans les laisser recevoir les consolations d'un prêtre. Ce moyen réussit jusqu'à un certain point, à- I^s Abyssiniens se confessaient debout ainsi qae

les anciens Moscoyites, le eonfessear se tenant également debont.

En Angleterre, d'après un ancien pénitenciel, le pénitent se tenait debont.

Quant à la fréquence des confessions , un éTèque de Metz, Godegraud, qui yiTaii au huitième siècle, est le premier qui ait imposé aux ecclésiastiques de sa cathédrale l'obligation de se confesser tons les samedis.

Pierre le Chantre, auteur du douzième siècle, men* tienne un abbé de Longpont qui se confessait chaque jour.

Le P. André d' Ayellino, qui fut supérieur général des Théatins, se confessait, sur la fin de sa vie, quatre eC cinq fois par }our.

La plupart des règles de monastères institués au moyen âge ontâxé les confessions, les unes une fois par mois, d'autres tous les quinze jours ; il y en a qui ont stipulé une fois par semaine, et d'autres deux fois.

Les Carmélites doivent se confesser et communier tous les dimanches et aux grandes fêtes ; les Théatios m confessaient trois fois la semaine.

Des statuts rendus à Barcelone et à Ségovie enjoignaient aux Franciscains de se confesser deux fois la semaine; les religieuses du Calvaire doivent, d'après leurs constitutions, s'approcher du tribunal de la pénitence tous les mercredis et tous les samedis.

11 y eut, au moyen âge, des exemples de confessions faites à la fois â plusieurs prêtres. Le célèbre Richard Cœur de lion , ayant été blessé à mort, se confessa à trois abbés de Giteaux qu'il fit venir pour cet effet; et, en 1219, Philippe, comte deNamur, se confessa â quatre abbés du même ordre.

A l'égard de la confession par écnV»\e% é«.w^à»A^iftf-

clésiastiques renferment plas d*ane histoire qu^on n*est pas forcé de regarder comme authentique :

UnA femme de i*ile de Chypre reçut l'absolution d'un péché très-grave dont elle avait fait Taveu par écrit à saint Jean TAumônier, n'osant pas le lui confesser de vive voix, mais elle ne reçut ce pardon qu'après la mort de ce patriarche d^ Alexandrie, qui se leva exprès de son tombeau pour lui rendre son papier sur lequel elle trouva écrit : « A cause de Jean, mon serviteur, ton péché est effacé. »

Un étudiant, à Paris, remit sa confession écrite à un religieux de Tabbaye de Saint-Victor qui, Fayant lue, lui dit qu'il ne pouvait pas lui donner les avis néces* sairts, mais qu'il montrerait cet écrit à son abbé; quand Tabbé voulut lire l'écrit qui lui était remis, tout avait disparu; les deux religieux en conclurent que les fautes du pénitent étaient pardonnées.

Le confesseur peut-il envoyer par écrit Tabsolutionf Quelques casulstes avaient soutenu que oui, mais le pape Clément ym décida le contraire en 4602. Toutefois, en équivoquant sur les termes du décret pontifical, on trouva le moyen d'entretenir une controverse qui dura assez longtemps entre des Jésuites et des Cordeliers; un Jésuite fort savant, un peu bizarre et connu Jadis par des ouvrages sur des questions singulières, Théophile Raynaud, traita ce point dans un traité spécial : DeConfessione epislolari Apopompœus.

Quelques personnages voulaient recevoir labsolution à chaque péché dont ils se confessaient. Un pardon général ne leur paraissait pas suffisant; ils en désiraient un spécial pour chaque faute.

On eut aussi l'idée de faire confesser ses. péchés par un autre; la Vie des Saints cite, à cet égard, l'exemple do saim Lidwige, qui fit l'aveu des fautes d'un grand

scélérat comme si e*eùt été les siennes, et qui en reçat Tabsolntion pour Ini.

La mère de saint Pierre le Vénérable, abbé de Guni. étant sur le tombeau de son mari, confessa ses péchés et cem da défunt à un moine qui lui donna l'absolution et loi imposa une pénitence séTère.

La pensée de se confesser à un prêtre et de demander l'absolution à un autre peut sembler étrange ; il y a eu cependant quelques monastères où il était permis aux religieux de confesser leurs frères et de leur imposer des pénitences, à condition de les renvoyer ensuite à leurs abbés pour receroir l'absolution.

Il a été décidé qu'un muet pouvait se confesser par signes ou par interprète, mais qu'un confesseur ne devait jamais donner l'absolution d'une manière semblable.

Les anciens canons pénitentiaux en vigueur dans les premiers siècles de l'Eglise imposaient des peines qui indiquent qu'une sévérité bien supérieure aux usages actuels était alors en vigueur. Trois ans de pénitence étaient le châtiment d'une femme qui, pour plaire, aurait fardé son visage ou qui se serait masquée. Pour avoir parlé dans l'église pendant le service divm, dix jours au pain et à l'eau. Pour avoir consulté des soreiersy cinq ans de pénitence.

Passons à ce qui a rapport à rextrème-onction

Thîers mentionne, eiître autres abus qui s'étaient introduits à cet égard, celui de la donner aux personnes bien portantes.

Les Grecs la donnent aux pénitents et à tous ceux qui assistent à l'office le jeadi saint.

Sainte Hedwige, morte en 1243, se la fit administrer par son confesseur, le frère Matthieu, étant en parfaite santéj mais, fbrt peu après, elle tomba ma\a&e Q\m^^*

83 CURIOSITÉS THÉOLOGIQaES.

rat sans Touloir receyoir nie seconde foU ce sacre* ment.

La donner à des soldats qni iraienl aune bataille on à des pt^rsonnesau momenl de faire naufrage, ou àdes femmes en travail d'enfant, ou à des individus qn'on roëuerail au supplice, ou à des insensés : tontes ces pratiques sont défendues par plusieurs conciles.

On cite des gens qui ne voulaient point recevoir Textrème-onction parce qulls croyaient qu'ils mourraient liientôt après ou qu'ils ne pourraient guérir* D'antres s'y refusaient dans la pensée qu'ensuite il était interdit de manger de la viande on qu'il fallait vivre dans la eonlinence la plus sévère. Cette dernière opinion devait être fort répandue, car un grand nombre de conciles et d'évèques, au moyen âge, se sont évertués à enëémontrer le peu de fondement. Unévèque anglais disait en 1237 : Doceant saeerdoles fréquenter pojnUum cêm quis poêt susceptwn hoc saermmentmn eontMlmerU «6 imfifmilate ad cpu8 Udie passe reterti conjugale. Le bon prélat recommandait, on le voit, d'insister souvent en cbaire sur ce point : docecmt fréquenter.

On s'était aussi imaginé qu'après avoir reçu l'extrômo onction, on ne pouvait plue faire son testament.

Quelques personnes superstitieuses maintenaient qif il ne fallait pas se tenir aux pieds et vis-à^vis d'an malade auquel on administre l'extrême-onction, iMffce qofoQ avance ainsi le moment de sa mort.

Ou croyait qu'il fallait s'abstenir avec soin de filer dans la chambre du malade, car si on cessait ce travail, ott si te ûl venait à casser, il mourrait in£ailllblBraent.

Yoiei encore quelques idées étranges ^ cet égard.

Placez le malade de façon que les solivaux de la cbanibrc soient de travers et non eu long au-dessus du

CUiiI05ITÉS THÉOLOGIQUESL 88

]ît; il gaérit âaos le premier eas, il languit et menrt dans le seeond.

Après qa'on malade a reçu rextrème-onction, ses dieTeax tombent.

Si une femme grosse reçoit ce sacrement, elle n'aecoudiera cpi^avee beaucoup de peine et Fenfant aura la jaunisse.

Les abeilles qui sont autour de la maison d'un malade qai est administré meurent peu après.

Ceux qui ont reçu Textrème-onction meurent s'ils dansent dans le eours de l'année.

Les Arméniens ne donnent l'exCrème-onetion qu'aux morts et encore à ceux qui sont prêtres. Il est rare qu'ils accordent cet honneur à des laïques. Les Abyssînîias pensent au eoBftraire que ce sacrement est des plus «lUes pouF les maladies du corps et de l'esprit^ - Us le donnent aux aliénés, dans l'idée qu'il pourra les rapipeler à la raison. Les malades, fussent-ils à l'agonie, ne peuvent être administrés qu'à l'église, où ils sont tenus de sa faire transporter.

S y a peu de cboses à dire sur l'Ordre.

Dm hérétiques conféraient à des femmes le sacerdoce et l'épiseopat, mais eet usage ft'a jamais pu acquériv une grande extensioa.

Le mariage devait naturellement provoquer unemul titode de pratiques étranges et d'idées bizan*es.

On possédait jadis bien des sortilèges pour se faire aimer ; xm des plus simples consistait à faire boire à la personne dont on voulait capter Faffection de l'eau danslaquelle on avait laissé tremper un jour et une nuit un os sorti d'une fosse nouvellement faite; on pouva't aussi jeûner six vendredis ou trois mercredis de suite.. Nous laissons de côté une foule de méthodes toutes i^l as ridicules et plus absurdes les unes que tes sxUc^&.

84 CURIOSITÉS THÉOLOGIQDES.

On supposait aussi qu'il y avait des jours heureux ou malheureux pour les noces. L'idée s'était accréditée que l'individu qui se marierait un mercredi serait trompé par sa femme; qu'en se mariant au mois d« mai on tomberait dans la pauvreté; que de deux mariages célébrés le même jour, dans la même église, le premier serait beureux, le second malheureux.

Le nouemeni de l'aiguillette, dont nous aurons Foccasion de reparler, pouvait être détourné au moyen de quelques précautions bien simples : par exemple, les époux passaient sous le crucifix de l'église où ils devaient recevoir la bénédiction sans le saluer; d'antres, à une procession, passaient entre la croix et la bannière.

Le quatrième concile de Gartbage, en 398, ordonna aux nouveaux mariés de demeurer dans la continence la première nuit de leurs noces ; un canon de l'Église grecque prescrivait cette abstinence pendant les deux ou trois premiers jours. Théophile, patriarche d'Alexandrie, interrogé quels Jours il était permis aux gens mariés d'user du mariage, décide qu'on ne doit pas en user le samedi et le dimanche, parce qu'on offre ce jour-là le sacrifice spirituel au Seigneur.

Des gens scrupuleux s'imposaient la loi de la continence le vendredi, pensant que s'ils y manquaient, il en résulterait quelque malheur, à cause que Jésus-Christ est mort ce jour-là.

Un grand nombre de théologiens ont écrit sur le mariage ; ce sujet scabreux est devenu, sous la plume de certains casuistes, matière à scandale. On ne lit guère maison connaît assez généralement de titre le traité <fe Mairimonio, en trois volumes in-folio, composé par le jésuite Sanchez, et rempli de discussions effrayantes. Plus récemmQUixm Catéchisme des gens mûries^ rédigé

C0RI0SITÉ8 THÉOLOGIQUES. 85

par an missionnaire (le père Féline), fut imprimé à Caen vers 4782. Des détails très-libres, mêlés à des préceptes moraux et religieux, furent cause de la sup* pression de ce petit volume, qui est devenu très-rare.

Nous avons sons les yeux un ouvrage d*un Jurisconsulte célèbre en son temps, Johannes de Andréa; c*est un in-4* imprimé en 4507 : Summa super quarto deeretalium; il oflre quelques exemples delà liberté avec laquelle certains docteurs abordaient ces questions. Donnons une idée de quelques-uns des points qu'examine Jean d'André; on peut le citer en latin du moins, n nous apprend que les enfants ne peuvent être flan* ces avant Tàge de sept ans ; il y a cependant une exception : Nisi esset proxima etati el malicia suppleret elatem : Maxime cum tentas tent commisceri. Un cba« pitre de frigiditate^ artatione et maUfkio est curieux. Le docteur termine son œuvre par cet avis charitable : Et cantrahere cum mcretrice que vuU desistere meretrt» o«rt optts est pielatis.

D*aprè8 un préjugé assez singulier on se trouvait à couvert de toute sorte de maléfices, si, avant de recevoir la bénédiction nuptiale, on a commerce avec sa fiancée. La chose était très-fréquente dans la province de Milan ; et le concile provincial do 4569 en fit un cas réservé à Févèque : Quisponsalia contraxermt, si ante-' eoîmni... itlius peccati, qwmiam ineosœpe delinquitUTy absolulionem Episcopo reservatam esse volumus.

Autrefois, dans l'Anjou, un garçon qui aimait une fille et qui en était aimé, allait boire avec elle sous promesse de mariage, et ils agissaient ensuite comme s'ils étaient véritablement mariés. Le synode d'Angers, en 1277, réprimanda très-vivement ceux qui se permettaient d'aussi coupables libertés : nomine matrimonii pohmt et carmtliier se commùcent.

60 CURIOSITÉS THÉOLOGIQUBS.

Des fiinrés, pour ériter les malices, se marûdeot la nuit oa en cachette, de sorte qu'il n'y avait à la bénédiction nuptiale que des assistants exempts as tout soupçon, mais c'est une chos3 que maints statuts synodaux et maints rituels ont défendue.

Les Grecs ont deux anneaux de fiançailles ; l'époux en a un d'or, l'épouse un d'argent ou de fer. Le prêtre met «â chacun l'anneau au doigt annulaire de la main droite après avoir fait le signe de la croix sur chacun d'eux avec leurs anneaux, ensuite ils changent d'anneau, celui d'or demeure à l'épouse, celui d'argot ou de fer à l'époux.

Le rituel du diocèse de Bordeaux, daté de 4596,. montre qu'on donnait alors en ce pays un anneau à chacun des époux, mais l'usage d'un seul anneau a prévalu.

Certaines gens, voulant se garantir de maléfices, disaient bénir plusieurs aaneaux et les mettaient tons au doigt annulaire de la main droite ou de la main gauebe de l'épouse.

On a vu aussi des épouses, animées du môme délire laisser tomber à terre l'anneau des noces au moment (A. le mari le leur présentait. Le rituel d'Evreux de 4624 défend cette pratique superstitieuse et dédare excommuniés, ipso facto, ceux qui s'y livrent.

Il fallut également défendre de donner des coups de poing ou de bâton aux nouveaux époux, dans l'église, après la célébration du mariage et avec la pensée que ces outrages leur produisaient quelque bien. On retenait quelque chose de ce qui leur appartenait, aprèsqu'ils avaient reçu la bénédiction nuptiale, et on s'imaginait que, sans cette exa^ion, le mariage ne prospéserait pas.

Pour que les nouvelles mariées fassent heurenset-

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES. f?

«a les faisait passer sur deax épée/s naes mises en fonae de creix de saint André. Un antre moyen d'as.^rer la lélieité de la jeone époose consistait à lui faire casser d'un coup de pied un œuf, lorsqu'elle entrait dam la maison de son mari, ou à lui jeter du blé sur la corps.

Les présages que fournissaient certaines circonstanoes des noces étalent innombrables.

Si, en allant à Téglise, on rencontre un convoi funèbre, le marié mourra le premier lorsque c*est un bomme qu'on ensevelit, et réciproquement.

Si deux personnes d'une même maison épousent deux antres personnes aussi d'une môme maison, une des quatre mourra dans Tannée.

Un évoque d'Angers, en 4262, défendit de puriûer les femmes après leurs couches le jour qn on aurait celé* bré un mariage, « parce que c*est un contre-temps de cérémonies tout opposi^es»; mais ce précepte est resté ÛKdé.

Les cbarivaris donnés à Toccasion des secondes noeesoe doiveat trouver place ici que pour bous fournir l'occasion de dire qu'une foule de synodes et de pr^ lats les ont défendus sous peine d'excommunication* Let Slaiuis de rarcbevéque de Lyon, en 1577, décriveoleeC usage d'une ûçon digne d'être reproduUd: « ii se trouve des gens si malicieux et méchants dd pervertir ce 4iai semble bon à Dieu et à sou Eglise, m moquant des secondes noces, marchani en larves et masques, jettant poisons, breuvages vilaius et dangereux, devant les portes des secondement mariés^ excitant fumées puantes, sonnant tambourins, disant t«ute diose vilaine et sale qui se peut penser, lesquelles ne cessent commettre telles insolences et scandales jus* qoBÊ à temps qa'ih aient des miariés ticé cei^lmt

M CURIOSITÉS THÉOLOGIQDBS.

somme d*argent comme par force, et appell^al telle insolence, charivari. »

Porter aux noaveaux mariés ce qa*oa appelle llmil- Ion ou la soupe de la mariée, oa la fricassée, on le pâté de Tépousée, est chose qne les synodes ont défendue comme irrévérence commise contre la sainteté du sacremeuc.

De très-mauvaises plaisanteries qu'on se permettait Il l'égard de la nouvelle mariée lorsque, ponr la première fois après ses noces, elle allait à la messe, ont été l'objet de semblables anatbèmes.

Le nouement de Taiguilletle ou l'état d'impuissance dans lequel on réduisait de nouveaux mariés, au moyen de maléfices^ a été jadis l'objet de savantes discusâioDS. L'abbé Thiers, ennemi de toute superstition, ne va pas jusqu'à révoquer en doute l'existence d'un semblable sortilège : « Ce n'est pas, dit-il, un maléfice imaginaire et fantastique, il est réel et effectif. »

Une foule d'exemples pris dan3 de vieux auteurs pourraient ici être mentionnés, mais nous doutons qu*on les regardât comme concluants. I^ jurisconsulte Fevret invoque Y expérience journalière et ajoute: «Il est aussi aisé, par cet art magique, de rendre un homme impuissant à l'acte du mariage, comme il est facile, par sortilège, de nouer la langue et ôter l'usage de la parole, arrêter en un instant la course des chevaux, fixer et encheviller les rouages d'un moulin, charmer le canon de l'arquebuse d'un chasseur et choses semblables que les sorciers font à l'aide du démon. »

Bodin s'exprime dans les termes suivants, dans son Traité sur la démonologie : «De toutes les ordures de la magie, il n'y en a point de plus fréquentes partout, jusqu'aux enfants qui en font métier avec telle impunité et licence qu*on ne s'en cache point, et plusieurs

CURIOSITÉS THÉOLOGIQOES. 89

s'en vantent. » Cet écrivain ajoute qu'il y a plue de cinquante sortes de noueurs d'aiguillette, et qu'on peut lier pour un jour, pour un an ou à perpétuité. Une demoiselle de Poitiers, fort savante en telle science, lui dit que, «tandis que l'aiguillette demeuroit nouée, on pouvoit voir en icelle qu*il y venoit des enflures comme verrues qui éîoient les marques des enfants qui fussent procréés si les personnes n'eussent été nouées. Elle disait encore qu'il y a des personnes qu'il est impossible de nouer et qu'il y en a qu'on peut nouer devant le mariage et aussi après qu'il est consommé, mais plus difficilement. Cette demoiselle nous récitoit aussi les diverses paroles propres à chaque liaison, qui ne sont ni grecques ni hébraïques, ni latines, ni françoises, ni espagnoles, ni italiennes (je erois qu'elles ne tiennent rien des autres langues), et de quel cuir, de quelle couleur il fallait que fût l'aiguillette. »

Sprenger, dans le Malhus maUficorum^ Institor, Crespet {de la haine de Satan contre l'/iomme), Delrio IDisquUUûmes magicœ)^ Maiolus (Dies canicularii, colloq. m), et autres auteurs très-experts en magie noire eaat pris la peine de faire connaître les méthodes dont usent les noueurs d'aiguillette, mais, comme dit Thiers, c l'honnêteté ne permet pas de les marquer ici.» Nous nous tairons donc, par respect pour les mœurs.

Un grand nombre de synodes, de canons, de prélats, ont fulminé contre ces damnables pratiques [sârtilegos êeu maUficos qui ligaturis et alUs malie arlibus ad knpediendum matrimonii constunmationem).

Le rituel de Reims, en 1677, déclare excommuniés « tous sorciers et sorcières, devins et devineresses, et ceux qui, par ligatures et sortilèges, empêchent Tusage et consommation du mariage.»

M CURIOSITÉS THÊOLOGIQUES

Bodin trouve qu^an crime aussi atroce ne saurait éfre trop rigoureusement châtié; il fait observer que les noaeurs mettent une haine capitale entre les deux con* joints,» ils sont cause des adultères et paillardises qui s'en ensuivent, car ceux qui sont liés, brûlant de cupidité Tun après Tautre, vont adultérer.»--Qn s'est préoc* eupé à bon droit des moyens à employer pour triompher de la malice des noueurs et rendre vaines leon tentatives; une méthode recommandée par des personnes habiles consistait à réciter à rebours un des versets du psaume Miserere, et prononcer trois fois le nom et le surnom des deux nouveaux mariés, en formant on nœud la première fois, en le serrant un peu la seconde, et en le nouant tout à fait la troisième. On pouvait aussi faire trois nœuds a une corde ea disant : Eibal^ Nùbal^ Vanarbif lorsque le prêtre donne la béoédietion nuptiale.

S'il y avait une foule de moyens poar nouer, on en connaissait aussi, par bonheur, un très-grand notibre pour dénouer. Plusieurs d'entre eux étaient tellement simples, qu*il était difficile de consentir à s'en passer^ Pour se mettre à Tabri de tout danger de ce geore, H soCfisait, par exemple, de percer une barriqae de vin blanc dont on n'a encore rien tiré, et faire passer te premier vin q<ai en sort dans la bague qui a^té do&née à répousele jour du mariage. Il était^ég^ment reetflimandé d*uriner parie trou de la serrure de T'égiiseoù l'on a été marié. En agissast ainsi trois ou quatre n»this de «uite on «st sûr de son affaire.

Frotter de graisse de^ loup la porte de la maison ok ics époux ont paKSé la nuit ne pouvant aussi produire que de bons effets.

GURIOSITitB THÉOLOGIQDEB. H

Des cérémoDies effrayantes accompagnaient jadis rexeommnnication, on la prononçait à la lueur d'un eierge qu'on éteignait ensuite , qu'on jetait à terre, et qn'on feulait aux pieds. Dans quelques pays on portait une bière devant la porte de celui qui venait d'è- Ire frappé d'anathème ; chacun lançait des pierres coftlie sa maison envomissaot contre lui des imprécations.

La formule de Texcommunication doutTéglise grecque fait usage condamne celui qui est frappé d'anathème à rester, après sa mort, dur comme une pierre ou comme du fer, s'il ne se repent. Les Grecs croient que ce dernier article s'exécute à la lettre sur les cadavres des excommuniés morts sans avoir été absous. Le diable 8*empare d'eux et leur (ait faire les mtai98 mouvements que s'ils étalent en vie. Ces corps decvîennenttout noirs à Texceptlon dos ongles qui restent blancs et ils simt^extrômement durs. D'autres ré^ tonnent comme des tambours lorsqu'on frappe dessus. Us demeurent en cet état jusqu'à ce que le prêtre qui les a excommuniés leur ait donné l'absolution.; alors ils se dissolvent tout à coup et tombent en poussière.

L'exmmimanieation des anrmanx durant le moyen âge est«n fait étrange, mais il est attesté de la façon la pins irrécusable dans le recueil des consultations de Barâiélemy de Chassanée, jurisconsulte célèbre dans la premièfe moitié du seizième siècle; cette collectioo, imprimée à ILyon en 4 531 , in-folio, aobtenu plusieurs éditions. La pre* mière de ces consultations est intitulée : Dtexcommvnijtmicfne animalium iaseetùrum. On y pose en ûût que Is territoire de la yillada Beanne estinfestévaT uuâqjiauUtf

M CURIOSITÉS THÊOLOGIQUBS.

prodSgieiue d^inscctes plus gros que les monèhei que le peuple nomme hurebers; ces animaux cans les plus grands dégâts dans les vignes; pour arrêter fléau, les habitants de Beaune ont, suivant un andt usage, demandé à Tofficiallté d*Autun, qui ne le n fiise jamais, un ordre pour que ces insectes aient . cesser leurs ravages ou pour qu'ils 8*éloignent dai lieux où ils les exercent, et dans le cas ou ils ne défèrent pas à cotle première injonction, on procède contre eux par voio do malédiction et d'anathème. Châssanée traite la question de savoir s! cette procédure est convenable, conforme aux principes du droit et quille est la marche à suivre. Il divise son sujet en cinq parties, et dans chacune d'elles il étale une émdition des plus vastes, mais fort Intempestive.

Nous laissons de côté la première partie, relative an nom que les auteurs latins ont dû imposer aux insectes en question. Châssanée ne sait trop s'il faut les désigner sous Texpression de lœustœf de erucœj etc.; mais il fait remarquer, en s'appuyant sur de graves autorités, que, si ces animaux étaient compris sous la dénomination de locustŒf les Beaunois auraient eu un moyen bien facile de s'en débarrasser : ce serait de payer exactement la dîme.

La seconde partie examine si les animaux dont il s'agit peuvent être traduits devant les tribunaux. Après avoir donné d'assez bonnes raisons contre, le savant Jurisconsulte conclut que oui, en se fondant sur les usages du pays.

Dans la troisième partie, Châssanée recherche si

les insectes doivent être cités personaliter ou s'il

suffit qu'ils comparaissent par procureur. Tout âéiin-

luant doit être cité personnellement, et c'est bien

n délit que le fait imputé aux insectes du pays de

Beaune, puisque le peuple en reçoit du scandale, étant privé de boire le vin, qui, d'après David, le Prophète- Roi, réjouit le cœur de l'homme , et dont Texcellenca est démontrée par les dispositions du droit canonique portant défense de promouvoir aux ordres sacrés celai qai n'aime pas le vin.

Une objection grave se présente ici; les animaux incriminés peuvent-ils déférer à une invitation qu'il n'est pas donné à leurs sens de leur faire connaître? N'y at-il pas de sérieux inconvénients à ce que le juge leur donne un procureur à leur insu? Chassanée no méconnaît pas ce qu'il peut y avoir de fondé en ces raisons, mais il est entraîné de nouveau par la déférence qu'il doit aux usages du siège d'Autun, et sa conclusion est qu'un tiers peut se présenter et. proposer, au nom des animaux assignés, toute sorte de moyens, en ht forme et au fond.

La quatrième partie agite la question de compétence. Plusieurs pages sont consacrées à l'exposition des moyens par lesquels on pourrait soutenir que l'affaire est du ressort des juges laïques, mais Chassanée réfute longuement ces moyens, et il termine en décidant que la connaissance du délit appartient au juge ecclésiastique.

Dans la cinquième partie, Charianée définit l'anathème et la malédiction. Après quoi il établit que les animaux ne peuvent être excommuniés. Dix à douze pages sont employées à établir ce point, qui ne semblait guère devoir être l'objet d'un doute, mais le principal motif de cette première opinion, motif sur lequel il insiste fortement et longuement, c'est que les péchés des hommes ont excité la colère de Dieu, et qu'on ne saurait punir des animaux qui sont les instruments de ses vengesmces. A ce propos, \V U\\ xiw^ (sqk^xsnkck

\àà. CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES.

tioD des crimes qac commctteDt les jnges, les avoca les notaires, les gons d*ég)ise, les Cemmes, les jeuB gens et les vieillards. Il la termine par une exclam Uon qa'il emprunte au Psalmiste : Non est qui fœù b(inum, usque ad uniun. Mais il est un péché qu'il re proche plus particulièrement aux Bourguignons, e les exemples ne lui noanquent pas pour signaler toute riiorreur que Dieu conçoit pour le blasphème; nous n*en citerons ici qu'un seul :

Un clore bourguignon, amplement pourvu de bénéfices, assistait à une messe dont Tévangile renfermait ces paroles divines : qui se huiiuliaverii exallabUwr. Il osa les tourner en dérision, prétendant que s'il eût suivi ce précepte il ne serait point parvenu aux grosses et nombreuses prébendes qu'il possédait. Ce blasphème lui était à peino échappé qu'une flèche, partie du ciel, pénétra dans sa boucho et l'étendlt mort sur la place.

Chassanéc fait ressortir les graves inconvénients qu'il y aurait à vouloir, par des excommunications, empêcher les animaux de nuire aux hommes, et de remplir ainsi leur destination céleste. 11 y aurait évidemment conflit entre Dieu et son Eglise.

Hais voici le revers de la médaille. L'auteur, combattant lui-même les assertions qu'il a posées, développe de longs et nombreux arguments pour établir que les animaux peuvent être excommuniés. Il avance que les anathèmes lancés jusqu'à ce jour contre les animaux dévastateurs des vignobles ont eu pour résultat de les faire périr ou de les éloigner da territoire qu'ils aésolaient; ou entrevoit tous les troubles, tout le scan* dale qu'occasionnerait la perte des récoltes, si elle était la suite du refus de fulminer de nouvelles excommunications. Trois vers des Géorgiques de Virgile consta* textt que la religion permet de tendre des pièges aux

CURIOI&ITÉS THÉOLOGIQUBS. 9&

uâmMix } or, le meillew de tous les ^îéges «st, sans contredît, la foudre de yanathème. Ne serait-il pas d'aillecurs contraire aa bien de la religion de diminuer la eonfisince c^ue les pauvre» villageois ont daos Tefficaei&é de celte pratique? Après toue ces raisonnements, et bieft d'autres semblables, le juvlseonsulte bourguignon cite divers exemples :

Un prêtre avait un verger où naissaient des fruits soperbesy mais ils étaient la proie des petits garçons du voisinage qfài venaient le& piller, tandis (^ue le propriétaire était à dii'e la messe. Celui-ci lança une excommunicatiou contre le verger qui cesaa dès lors de porter du fruit. La mère du duc de Bourgogne acheta quelque ten^s après-ee même verger ; sur sa demande* Tanathème fut levé, et les arbres reprirent leur fécondité première.

Autre exemple. Les anguilles abondaient jadis dans le lac de Cenève,, à tel point que les Genevois nour seulement les prireni en dég^oûtf mais en furent même tourmentés. Pour s'en défaire ils eurent recours àTexeommuaication, à la. suite de laquelle tomes les an^ guilles disparurent; depuis lors le lac n'en produit plus.

Après des faits pareils rapportés sur la foi d'autrui, Cbassaoée cite ce qu'il a. vu lui-même ; il invoque la jurisprudence de son temps; il dit avoir vu plusieurs seitences dTexcommunication prononcées par Tofâdalité d' Autun et par celles de Lyon et de MÀeon , tant centre les iueectes dont il s'agit ici que contre d'antres aaisnaux naisibke, tels que les rats et les limaçons. II entre dan» le détail de celle sorte de procédure; il tracsGBit d'abord ufte requête adressée par les habitants (i'Liio paroisse ravagée par les rats. Il fait obsetver que sur cette plainte* on nomme d'o£Cv»b\v\L;^<^i^\^^

96 CURIOSITÉS THÉOLOGIQUB&

Ikit valoir, au nom des animaux ses clients, les moyens qn*il croit convenables à leur défense. Nonobstant ce plaidoyer, qui est de pnre forme, l'official fait nne première adjuration aux animaux malfaisants. Si cette adjuration, dont Fauteur donne aussi la formule, reste sans effet, Tofficial rend une sentence de malédiction et d*anathème.

Chassanée termine sa consultation en transcrÎTant, dans leur entier, jusqu*à sept de ces sentences, dont rautbenticité ne peut être révoquée en doate, car elles sont de l'époque même où vivait ce légiste ; il indique leur date, le lien où elles ont été rendues, le nom de ceux dont elles émanent, et le motif pour lequel elles ont été fulminées. H y en a contre les rats, les chenilles, les limaçons, les vers, etc.

Elles varient peu entre elles quant à la forme. La principale différence qui s*y fait remarquer est à Toccaslon du terme dans lequel les animaux malfaisants sont tenus, à peine d'anathème, de cesser leurs dégâts ou de déguerpir. Dans Tune de ces sentences on ne leur accorde aucun délai; dans une autre, le délai est de trois heures; dans une troisième, il est de trois jours; une quatrième ordonne qu*ils seront procèstionnellement sommés par trois fois : primo, secundo, tertio^ et, sur leur refus d'obéir, foudroyés incontinent, etc.

Il n'est pas douteux que, sur le vu de la consultation de Chassanée, VofOcial de Févèché d'Autun exconmiunia encore une fois les animaux qui désolaient le territoire de Beaune. On en acquiert la certitude en lisant la préface placée en tète de ces consultations et qui affirme qu*on n'en a inséré aucune qui n'eût été suivie d'un avis conforme, k ^^ n'est pas d'ailleurs dans la Bourgogne seulement

CURIOSITÉS THÉ0L06IQDES. 97

que dous rencontrons des exemples de procéder par voie d'excommunication contre des animaux dévastateurs. Les habitants de Constance et de Gôme dirigèrent des poursuites eontre de gros vers qui ravageaient ' leurs campagnes. Voir ce que dit à ce sujet le jésuite Delrio (Disquisitiones magicœ, liv. III,part. ii, quest.4, sect. 8). Cet auteur raconte aussi qu'un évèque de Lausanne excommuniait les sangsues qui infectaient de leur venin les poissons du lac, et notamment les saumons, mais il ne prononçait cette terrible sentence qu'après avoir rempli toutes les formalités préalables, telles que la citation, la constitution d*un procureur, etc.

Un moine portugais, Alvarez, raconte, dans son Hù Unre d*Elhwpie, qu'il débarrassa ce pays des sauterelles qui le ravageaient en usant du môme procédé qu'avait employé révoque de Lausanne.

Ghorier, dans son Histoire générale du Dauphiné^ t. II, p. 712, dit en parlant de l'année 1584 : « Elle fnt remarquable par les pluies continuelles ; il y eut un nombre infini de chenilles; les mêmes marques de corruption se renouvelèrent en 1585. On procéda môme extraordinairement contre ces insectes qui s'étoient prodigieusement multipliés. Les murailles, les fenêtres et les cheminées des maisons en étoient couvertes, même dans les villes ; c'étoit une vive et hideuse représentation de la plaie d'Egypte par les sauterelles. Le grand-vicaire de Valence fit citer les chenilles devant lui ; il leur donna un procureur pour les défendre ; la cause fut plaidée solennement, et il les condamna à vider le diocèse. Comme elles n'obéirent point, il fut délibéré de procéder contre ces animaux par anatbème et par imprécation , ou y comme on disoit par malédiction et excommunication. Deux îuriscotâwUft^ ^\

98 CURIOSITÉS TflËOLOGIQUBa.

deuK théologiens ayant été consultés» firent changer de sentiment ce grand-vicaire, âe sorte que Vwk n^nsa q» d*adjnration6, de prières et d'aspersions d'eaa bénite. La Yie de ces aaûroanx est courte, eteei dévotions ayant doré que)(|ae8 mois, on leur aurilraa ia nerveille da las aTOîr exterminés. »

La réalité de ces procédaree, que qùtïqaes aatean ont révoquées en dont», est constatée par des axilA* rites irréensables ; nous nous bemeroos à citer» d'après iB savant légiste, M. Berriat St-Prix(rA^fiiû, 1SI9». Lfi» p. 496), une délibération du conseil municipal de Qftnoble>, prise en 4543, et faisant droit à lademande d'te membre de cette assemblée qoi, après avoir espasd que les liaiaces et les chenilles faisaient un mal épouvantable, conclut pour qu'on priât M. roffieial de loir exco«nmunier lesdites botes et procéder elles par voie de censures pour obvier aux dommages qu'elles faisaient journellement ou qu'elles feraîMit à l'avenir.

Un auteu r, écrivant au milieu du dix -septième siède, a traité exprofesêOj et avec les plus- grands détail^des procédures à faire contre les anhstaux.Gel écrivain» Gas« pard Bailly, avocat au sénat de Savoie, poussa le scm* pule jusqu'à donner un modèk des pÂaidoyere téctproques que peuvent faire, soit les habitants plaignants, soit les curateurs commis aux animaux accusés» des conelusiens du promotear, de la sentence de Toffidal, etc. Voir son Traité des Ëiouiùirtê, Lyon, 466a« ia-40, à l'article de YExeelletue des MimUoireê^ p. %1 fA suivantes.

Le père Jarric, dans son Histoire des ImUê^ racoAle espèce d'exorcisme jeté sur des animaux déma* s et qui eut, selon lui, d'excellents résultais :

« fti>«ild^ sur L'entrée de k'jssÉ^ les blés estant fétt

beaux, sonrint une si grande quantité de langoastes oa saatereaux, que partooC'Oàt oelle playo passoir» oUe ne laissoit pas une feuille verte, destniii'aDt tous les fruicts jdfl la tfifo. /0«î fot une frajuiaaffidctiiKi.àee pauvre fwpl»; néantmoias Bien ea garaniit les-AUboliquii. Uft^aalift ce«x da- boocg où les ^aihûijqueii-denieuraat ^intmil din^iu Père qpa déjà- cette vermine éloit pia- •okB'de leofs ahamps,. lesqueiB, ce même joac» s'en alteîMit perdus et rainéa si Diea ne Icsaidok. La Pèra, ému de compassion, leur commande de s*assoeier ^ veHMU to«8 à l'Eglise où il leur dit lamesec!, et, iprès ravoir dtev récita lea litanies et leur béiûl force eao, laar oomnaaéant de l'aller jeter .sur les chaarps ensemencés. €ala luar, Dteavookift (fue œs béte^îà n-ei»- MMatenanaoniChaBBi) de oatboliiiaeff, aoi^iiea qu'elles mangèrent tnnaowx des béréttfUeaquiestDidat a l'en- -toar, n'y ayant en. plnsieura endroits qu'a» petit fessé anfrv- dem paarlea séparer.

« Une femme portugaise ayant deux champs caieneaaée entre cuixdes bërétHfaes, mit do reaoliéaistc aor l'an et non sur l'antrcCes bestes-lâ coosamirant les fruicts de tous les champs des hérétiques cl coUiLie aene femme aii Ff aabénite nTavjoît été )euée, laissant entier l'auM sans y rien touaber; méme-coaiinf'flillis aigpîaBt adieirésâo luvager las chaaif s d'aleaimr, «lies sVnvoloient par-dessus et passoient à d'autres. »

Paraii bien d'aotraa nuradee que raeono» le bon père, nous observons que des pêcheurs indiens noyant jait sur teura ûiats de Ftaa bénite, prteiN du pui^^soii en quantité; joaqn'Silora ilsn^avaient rien pns^IH?5 lampes remi^ies d'eau bénite bilHèrenl oeamo si ^^s pleiaet dUiuile.

tOO CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES.

S«p«rstitioii8.

Les pratiques et les idées snperstitieoses répanâues ehez les chi^tiens, surtout à Fépoqne da pioyen âge, et qui ne sont pas encore effacées dans les campagnes de quelques portions de l'Europe, donneraient facilement matière à un travail des plus étendus ; nous nous contenterons de signaler quelques-unes de ces pratiques :

Poser un enfant malade sur le toit d*une maison ou dans un four pour lai faire recouvrer la santé.

Ne pas sortir de sa maison ayant que le coq n*ait chanté, ce qui met en fuite les esprits malins.

Brûler une tète humaine, en mettre les cendres dans de Teau, et la boire pour recouvrer la santé.

Percer d*un pieu le corps d'un enfant mort sans baptême ; autrement il ressusciterait et tracasserait fort les vivants.

Enfouir son argent avec du pain et du sel après ravoir lavé dans de Teau pure; les voleurs ne peuvent le dérober.

Donner à un garçon le nom d*Adam, à une fille celui d*Eve; ils jouissent alors d'une longue vie.

Rencontrer le matin une vieille femme, mauvais pré* sage»

Une femme enceinte passe sur un tombeau, son enfant meurt.

Lorsqu'un grain de poussière ou quelque autre petit objet se glisse dans votre œil, il sort de lui-même si vous crachez trois fois sur votre bras droit.

Ne pas casser les coquilles des œufs qu'on a mangés, c'est s'exposer à avoir la fièvre.

H ne faut pas lever le doigt vers le ciel pour mon-

CURIOSITÉS THËOLOGIQUES. IM

trer la lune et les étoiles; on le met dans les yeux des anges.

Lorsque deux époux se donnent la main deyantranteU eelni dont la main est la pins froide meurt le premier.

Porter an doigt un anneau d'argent fait de pièces de monnaie recueillies comme aumônes, c'est un préseryatif certain contre toute maladie.

Gelai qui récite chaque matin et chaque soir, pendant une année entière, le 409' psaume, peut ainsi fiire périr son ennemi, mais s'il y manque une seul« Mh, c'est lui qui mourra.

Si yous yoyez de la rougeur sur la face d*uu cadavre, c'est signe qu'un de vos amis mourra bientôt.

Le diable ne peut faire aucun mal à un homme qui se trouye dans un endroit dangereux mais qui a an àne auprès de lui.

Si yous êtes sans argent et si yous entendez chanter un coucou, yous resterez sans argent l'année entière.

Si an enfant nouyeau-né reste longtemps sans être baptisé, il a des yeux grands et beaux.

Taer une hirondelle, c'est occasionner des ploies qui durent quatre semaines.

Il ne laui pas faire griller la chair du premier yeau qoe metbasuneyache; autrement cette yache mourra.

Quand les charpentiers enfoncent le premier clou dans une maison acuye, s'il jaillit du feu de ce clou, c'est signe que la maison brûlera.

Il ne faut pas éteindre des lumières dans la nuit de Noël ; si on le faisait, quelqu'un mourrait dans la maison

Si yous achetez un couteau, donnez à un chien le premier morceau que yous couperez, et yous ne pourrez perdre ce couteau.

(M COnJOiSrÉiS TErÉOlfiVGIQimL

Si wovis afcz^M pigcans, n*6npftrieci^ara«8è lilito; ils ne manquerai 3Dt pas de s'envoler, et ils se rai e rt ptpâos ptnrToi».

n ne fMtiiis remeraier pon" daMt «[u'^ni wotattrait donné; la vache en tomberait malade.

SU '*iprès avoir roça le TAtique, im maàMàB^roÊUâe à manger, e'est signe qé!û naarni; s'il àsmMÊÊ^à* boire il guérira.

Si une femme enceinte portsitim «oteit ponr (Ota bfvptisé, cet eiifant ou le sien mourrait infùUibkmiBi.

Il faut liTûler les ctaevenx gu^^n^ifesl ftiiteouperoU' les jeter dans de Teau courante; si un MCMi'let enpmte, l'homme auquel ils appartenavevt 49? ient^tixaiv.

Si on bouleverse lesnids que les liiroBdetltfsiHil^*^ oés'daos une m»son, les vadies rendent du sang;

S'il pleut le jofur des noees, o^st un signe' qn la mariée pleurera souvent.

SEelaî des deux nouveaux époax qnls'endDitlepitirffer meurt le premier.

SI Ton enfèuît de l'argent et qu'on leocwre deoralp, les voleurs ne pourrent le déterrer.

Harcher sur des balayures est une canEise' de v&lheur.

Siiin tromme égaré reftcontre un Ifèvre.sor 'son'chemiii, c'est un mauvais présage.

Qaand on veut couper pour la première fèis les ong)i?s nux r^tits enfants, il fÀul que oe seit la m^e qui les coupe avec ses dents; autrement ils deviendront volenrs.

Mettre de la joubarbe sur hî toit dHine maison, c^t en éloigner le tonnerre.

Si les chats se battent et fc mordent* dans une maison ofe fl y a un nisclad^, c'est signe ie-mort. ■ Il ne faut pas que, le douzi'lime joufdu mois, les ber-

CeitroSITËS TflÉOLOGiQOBS. 403

Hers-pitmoiiceat le nom de loup; s'ils le font, cet animal ravage les troupeaux.

Si qoeiqu'nii vient poar la première fois dans nne ouésoB nevre elqn*!! y dorme, les rôves qu'il fera celte nuit s*iecoaiplîiN»t.

Gifoi foi mange da pain dans lequel un autre a mordu, aura en lui un ennemi.

Si le oîerge placé sur l'autel s'éteint de lai-môme, <re8t signe te la mort du prêtre.

Il ne faut pas épouser sa commère, car il tonnerait ii fci ti ie fois qQ'cii aurait commerce avec elle.

Si on laisse é9 pelits eoluits marcher pieds nus sur la iaUe* ib a«roirt mal aux pieda*

il convient de préparer, le jour de saint Pierre, des tids peur les pootas; alors elles pondent des oea£s en quantité.

Il ne faut pas redonaer à teter à un enfant qui a été sevré ; il deiâeaâfait un blasphémateur.

Si un chien passe entre les jambes d'une femme, c'est signe qu'elle battra son mari.

Si un dûea passe entre deux amis, leur attachement stssem.

Qaa«dûn met pour la première fiois an habit seof, il faol plieer quelque ehose dans la poche, aulreiBOiit on j*«zpose À de ^-ands malheiirs.

Il est à propos, lorsqu'on porte un enfant au baptèma, de le faire entrer dans l'église par la fenêtre ; il 8*«n portera mieux et vivra plus longtemps.

Si» le soir de Noël, on porte une pierre sur lei arbres, ils dttiiiormit plas de fruits.

Si, la veille de la fête de saint Marc, on resie toute k noit sous le portail de l'église, on verra passer les àntÉHKs de tous les halKtants de la pansisse qmi doivent mourir da|is le cours de l'année.

104 CURIOSITÉS TUÉOLOGIQUëS.

Il ne faut pas laisser s'embrasser deux enf^ints qui ne parlent pjs encore.

Une maison où il se trouve deâ coqs, des chats et des chiens, tons de coaleur noire, est à l'abri de l*inceiidie.

L'araignée est un signe de bonheur; plus une étable est garnie de toiles d'araignée, plus elle jouira des ùiyeurs de la Providence.

11 ne faut pas, le jour de Noél, mener au pâturage les bêtes à cornes avant midi; elles se battraient aussitôt et se blesseraient.

Lorsqu'à la messe de minuit, à la Noël, ou lit la généalogie, tous les trésors cachés s'ouvrent.

Au moment de l'élévation, à une messe de mariage, il convient do frapper trois petits coups, avec le manche d'un couteau, sous les talons des mariés, afin d'empêcher qu'ils ne deviennent jaloux.

Un enfant mâle qui n'a pas connu son père aie pouvoir de fondre les lonpes en les touchant pendant irois matinées de suite, étant à jeun et récitant quelques prières.

Le cinquième des enfants mâles venus au monde , sans qu'une fille soit venue interrompre cette série masculine, guérit les maux de rate par le simple attouchement répété pendant trois matinées consécutives.

En voyage, rencontrer des pies en très-grand nombre, signe de malheur.

Lorsqu'il meurt quelqu'un dans la maison d'un propriétaire d'abeilles, il doit aller annoncer à chaque ru^ che l'événement funosle qui est arrivé el y attacher un petit morceau d'étoffe noire; sans cela elles périraient bientôt.

Il convient de se marier à jeun; ceux qui y manqueraient sans des motifs bien puissants n'auraient que des enfants muets.

Onpeuteacore;

Se servir de l'os d'an mort pour faire mourir quoiqu'on au moyeu de diverses cérémonies.

Empêcher les gens de dormir en mettant dans leur lit unœild*hirondelle.

Se préserver d'être noyé en écrivant certaines lettres au bas de l'évangile de la fête de saint Paul et en s'attachant cet écrit au cou.

Fcar retrouver une chose perdue, prendre un morceau de pain, mettre dedans une poignée de sel avec un i»ou marqué, le poser sur le manteau d'une cheminée, et, après qu'il y aura été quelque temps, le donner au premier pauvre qui viendra demander l'aumône.

Quand on étend un mort sur la table de la chambre où il est décédé, il meurt quelque autre personne de la maison dans la même année. C'est pourquoi il faut placer le mort sur un banc ou sur le parquet.

Une femme en travail d'enfant est plus tôt délivrée si elle chausse les bas ou les souliers de son mari.

L'aiguille qui a servi à ensevehr un mort, mise sur une table, empêche les gens qui sont assis de manger.

Un malade est préservé de la mort s'il est couché sur un lit garni de plumes de perdrix.

Des œufs de poule pondus le jeudi ou le vendredi saint, pendant le service divin, éteignent les incendies dans lesquels ils sont jetés.

Trois pains cuits le vendredi saint et mis dans un monceau de blé, empêchent qu'il ne soit mangé des rats ou des insectes.

Tremper un balai dans l'eau amène la pluie.

Si une femme file le mercredi des Cendres, les souris mangeront son fil tout le reste de Tannée.

Quand un malade est à l'extrémité, le vouer à sainte Christine la première heure après minuit, 9^&n diob^

IM CURIOSITÉS THÉOLOOIQUES.

uir (le Diea sa gaérisou par rinteroession de O0ttt taiole.

Ne pas chanter ÀlMmia ni Nœî en (aoréffle, 4e penr 4e faire pleurer la benne Vierge.

Metlro du sel aux quatre coins des "barbares le pmmior jour d avril, afia de ppéserver les bestiaiUL de maléOocs.

Laver les brebis la veille de la Saint-Jean et les petits enfants le jour du vendredi saiot, afin de les préserver de la g:ile.

Ne point vouloir manger de dionx le jour de Saint- Etienne, parce que ce saint s'^^tait caebédans un rhamp de choux afin d'éviter le martyre.

Refuser du feu à ses voisins depuis Noël josqa'à la Gireoncisiou de peur do s'exposer à de grands maA heurs.

Laiseer, pendant la môme période, du pain sur la table le jour et la nuit, parce que la sainte Vierge j vient prendre ses repas.

Ne pas nier le jour de Saint-Satar&iD,de crainte que les moutons, les brebis et les agneaux niaient le tors.

Ne pas garder chez soi son fil éem pendant la roaine sainte, parce que Notre Seigneur a été lié avec BB fil de ce genre.

Se rouler sur de la rosée d'avoine le jour de Saint- Jean, avant le soleil levé, pour guérir de la fièvre.

Croire que Teau qui a été bénite le premier dimanche après les Quatre-Temps a plus de vertu que celle qui aurait été bénite un autre jour.

Se persuader qu'on n'aura aucun uleène toute Taniiée si Ton s'abstient de manger des prunes le jour de Noèl.

Diverse-ssnperstitions sont indiquées dans les aoeien» BNlentieri qui exposent les fuites qpie Ton peut

eORIOSITÂS THÉOLOGIQLES. 107

BeHne el joâlqueat les peines qae chacune doit ertraîner ; le Pém'tentier de Borcdiard , évoque de Worms, pose à me pésitcAe la question que voici :

« N*svez-¥onB pas fait oe que certaines femmes ont contiimc ée fatrct £lles se dt^ouillent de lems habits, ftaUent JAiir carps«a: aveodamiel, étendent à terre xm dfap sar Icqnel elles i^andent da blé et se rouleul dessus à plusieurs reprises; puis «elles recueillent avec soin tons les grains qui se ssntitUachés à lenr corps, et elles les metîent sur une meule qu*elit'8 fi nMonrner au rebours. Quand ils sont réduits en farine, elles en font nn pain qu'elles donnent à manger à leurs maris ailu qu'ils s'afTaibiissont et qu'ils meurent. Si vous l'avez fait, vous ferez pénitence pendant quarante jours au pain et à Teau. »

Bien d'autres pratiques plus étranges et fort indécentes sont signalées dans ces naïfs interrogatoires; nous nous abstiendrons de les rapporter (1).

On attribuait à des paroles mystérieuses des veNns surnaturelles. Citons-en qudqnes exemples :

On empêche un scorpion de faire du mal en prononçant, lorsqu'on Taperçoiî, le monosyllabe hwd.

On guérit les morsures des chiens en disant ou en faisant dire : ffax, jmx, max, etc.

(l)Dulaii» a eu moins de scrupule que nous (BeêDivinilit $m&rairieô$, lS05,p. 232). Nous nous bornerons à transcrire un des passages dont il donne le texte latin : FeciUi qmod quœdam mulieres facere soient ? Tollunt pUcem vttmnLet mittunt eum in putrperium suumei tanidiu ibi te- Dent, donec mortuus fuerit, et decocto pisce, vel assato, maritis suis ad comedendnm traduot. Ideo faciunt hoc, ut pins in amoreni eanim exardescatit. Si fecisti, duos annoi per légitimas feThs pœnïieas.

On chasse la peste oa les fièyres pestilentielles en portant sur soi le mot ananizapta.

On est guéri du mal caduc en proférant ces paroles : Dabit, habetj hebtty ou en portant aa doigt un anneau d'argent au dedans duquel il y aurait écrit : Dabi^habi, liabeTy hebar (chacun de ces mots précédé d*nne croix), ou en portant sur sol les noms des trois rois mages, Gaspar, Melchior, Balthasar. Plusieurs rituels, entre autres celui de Qiartres, de l'an 4500, témoignent du crédit qu*avait obtenu cette tradition :

Gaspar fert Diyrrham, thus Melchior, Balthasar aunun. Hœc tria qui secum portabit nomina regum Solvitur a morbo, Ghristi pietate, eaduco.

On est à Tabri de toute blessure causée par des armes à feu lorsqu'on porte sur soi, écrits sur du parchemin vierge, les motst6e/, habol, chaboly habelyVabeL

Les mots a6a, aluy, abafroy^ aycra, prochUy font gagner à toutes sortes de jeux.

On guérit une personne mordue d*un chien enragé en lui faisant avaler un morceau de pain sur lequel on aura écrit : Izioni Kirioni esseza Kader feze. Un morceau de pomme où Ton a écrit : Hax, pax, max^ Deus adimax, produit le même effet.

En disant pendant neuf jours cinq Pater et autant 6' Ave Maria à jeun en mémoire des cinq plaies de Kolrc-Seigneur, on est guéri de la fièvre si on porte en même temps, pendu au cou, un écrit où sont les paroles suivantes : « Quand Dieu vit la croix où son corps fut mis, sa chair trembla, son sang s'émut ; les Juifs lui ont dit : « Je vois que tu as peur et que les fièvres te tiennent. — Je n'ai point peur et les fièvres ne me tiennent point. »

De prétcnâns parents de saint Paul, de saint Rocli, la sainte Catherine, de saint Martin, s*attribaaient le pouvoir de guérir diverses maladies; les en&nts nés le vendredi saint passaient pour être en mesure de guérir la flèvre, ainsi que les septièmes garçons nés de légitimes mariages, sans que la suite des sept eût été interrompae par la naissanee d'aucune fille.

L'abbé Thiers, que nous avons déjà cité, signale un grand nombre de saperstitions relatives aux sacrements. En voici quelques-unes.

Ueacbaristie reçue par une femme enceinte, sanctifie l'enfant, et 11 n*a pas besoin de baptême.

n ne faut pas baptiser après avoir mangé.

Dans les premiers siècles, il y ent des sectes, notamment les Cataphrjgiens, qui baptisaient les morts et qui prétendaient qu'un défont, s'il était baptisa, faisait partie de la réunion des fidèles.

Saint Bernardin de Sienne mentionne comme un usage de son temps que, pour guérir du mal caduc, on allumait douze cierges à chacun desquels on donnait le nom d*un apôtre ; puis on rebaptisait le malade au nom du diable, on lai changeait son nom en lui donnant celui de Tapètre qne désignait le cierge qui restait allumé le dernier.

Deux démonologues, Jacques Sprenger et Henri Institor, remarquent qu'on rebaptisait les somnambules afin de les guérir.

D'anciens hérétiques prétendaient qu'il y avait convenance à ce que des vivants se fissent baptiser pour des morts qui ne l'avaient point été. Les Maronites, selon le témoignage de Théophylacte, avaient coutume, lorsqu'il mourait quelqu'un parmi eux sans baptême, de foire cacher sous le lit du défont un homme vivant qui loi demandait s'il voulait qu'on le baptisât. Celui

iio cimiosiTÉs Tii£oi.O€:iQtinKs.

qui éuûk caché ne man^nait pas de répondre qii*i U Tonlait bien, et en le baptisait pour le mort.

Oa s'étaitaussi avisé de baptii^er une femne eBceaie dans la pensée qne ce serait avantageux à la sanlé^Je Vev. Tant.

On baptisait des imag«s de cire on de métal poorn faire des uia'éflcos. On eut la peitôée de baptiser <b mer, ponr deviner l'avenir d'après TagltalÉon des flots.

Dos chrétiens orientanx impriment le signe da -la croix, les uns sur le visage, les avtces sur les bras de lecrs onfants, avec un fer cliaud, avant du les baptiser. Quelqu^'s-uns appliquent ce signe aprè» et non avant le baptême.

Cet usage pouvait bien venir de ropminn de ^elques hérétiques mentiomiés par saint Augustin et per d'antres Pôref:, et qui prétendaient que le baptême devait ôtrc administré avec du feu ; ils se fondaient sv une parole do saint Jcan-Bnptiste, qu'ils interprëBdent certalne{r>ent fort mal. « Cest lui qui veus baptism dans le Snint-Esprit et dans le feu.*

Il s'introduisit aussi des idées bifirres au sujet des parrains et marraines.

Jean Moschus, dans son Pré spérifuel, paiie de deK anges qui servirent de parrain à une Jeune -fille -foi Toulait être baptisée.

Garabdeu et Deirio afOrment que les Irlandaît, Uk seizième siècle, avaient un tel respect pour les loepe, qu'ils les prenaient pour parrains de leurs enfants.

Saint Jean-Chry^ostome rapporte que des ehrétîens de son temps, lorsqu'il fallait donner un nom à leurs enfants nouveau-nés, allumaient un œrtain nombre de cierges eu de chandelles à chacvn desquels ils doaoaient un nom ; puis ils imposaient aux enfbnts le<neai ie la chandelle qui était demeurée la dernière et Je

CrORIOSITÉft 'raÉOLOGI^QtJE& lit

lilofl longtemps allumée, 9âm qu'ils panrmstcKt ploB teîleBieal.à «ne loïk^e vie.

Des* 80fcier& se faisaient, dH-oft^ rebaptiser .par \ê <iiaM»rtl quittaient lem mm pour en prendre miiiUHi* YesMCt qae lenr donnait maître Satan.

Bb Fitegne, oaae donnait U som è& Marie à ancoM iiJè, par respect poiir la Vierge.

Des doctem^ judicieux ont condamné certains noait fréquents dans les couvents de religieuses, tels que la Hère oft k Sœur de la Passion, de l'Incaraatkmr <le rAssomptien» de la Cooeeption, de rAnnoneiatrei», du Sùnt-SacrameAt,. etc. On a blàaé amsi les noms de fêtes, tels que : Noël, Toussaint, donnés à des enfants^ •ilauttiltiplictté des noins, préAoms H soneHRirs.

Le fils de Téleeteor de Bavière, né ea 469â, fut wf^ pelé : Joseph -Ferdinand -Léopold- Antoine -Cajétan- Je^yBhAdam-Simmi-Thâdée-Ignûue-JoaGiiÉnrGabrie).

Le pape Alexandre VU donna treize noms à un de ses^ neveux, lorqa'il le tiapiisa.

Dans la classe dos idées sopertitienses^ il faut nmgir les croyances relatives aox Jenrs heureux et maHKU" t&mi; câiles refiM)nt6ftt à une antiquité très-^recoléa ot neattotipas encore: détruitts. Voici, à eet égard* qoriques détail»' empruntés à une lettre de M. A. âDiiHier, insérée dans le Jo^rmil yénéral de ^'/nslniciéon pvtbip- ^pse (4-' juillet 4857).

ollexistedans les eomarane&riiraiiceel même dansles iriUes de VAJsace, des taMes renfermant les jours péitt^ leva de l'année» et diaprés lesquelles les gens du peuple règlefiiserupnleosemeat tonte entreprise, toute affaire importante. D'après une de ces tables, il y a dant l'année quarante-deux jours malhenrenx:: «bk ^tlN^^lâer {4, 2, 6> H, 47, fê), trois en tâmts ^%, A^, VVV OWiCw êB mat$ (4, n, 43» 45>» ele* itâtk ^ ^tiN*n%

lis CURIOSITÉS THËOLOGIQUES.

n*ont chacun que deux de ces jours néfastes. Si l'on se marie on de ces jonrs-là, on vivra très-malhenrenx et en dispute continuelle avec sa femme. L'enfant qui naît un de ces quarante-deux jours, mourra bientôt, et si par exception il reste en vie, il sera en butte à la misère. Ceux qui entreprendront un voyage seront exposés à toutes sortes de périls. Il faut bien se garder d'entreprendre quelque affaire ou de commencer une bâtisse. »

Les trois jours les plus malheureux de l'année soDt: Le i" avril, jour de la naissance du traître Judas; Le 4*' août, jour auquel le diable a été précipité dans l'enfer ;

Le i" décembre, jour de la destruction des villes maudites englouties dans la mer Morte.

L'homme qui naîtra un de ces trois jours périra de la façon la plus déplorable et sera couvert d'ignominie.

Après ces trois jours maudits entre tous, viennent, comme spécialement malheureux , le 3 mars , le 47 mai, les 4«% 2 et 3 septembre.

Tous ces jours se basent sur des motifs religieux, ainsi que la désignation des jours heureux ou malheureux qui figurent dans quelques éditions des Admira' blés secrets attribués à Albert le Grand.

Parmi les superstitions locales, dont le nombre est immense, on peut signaler celle qui se rattache à la maison d'Hercule, à Tolède , soigneusement fermée avec un cadenas, parce que le jour où elle viendrait à s'ouvrir, la ruine de l'Espagne serait prochaine. Cette tradition est recueillie dans la Cronica delrey don Rodrigo et dans plusieurs romances.

Qaelqaes personnes cTo^^xtxiX cv^^^^^ \<b \^ ^4^^iiOB à sainte Barbe» qu'on 3i^^e\^\V ôat& ^VossvfcTa^ ^»l-

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES. tU

droits la mère de ]a confession, ils ne moarraient point sans confession, de quelque manière qu'ils eussent vécu.

En récitant tous K s jours, pendant un an entier, les p«;tttes couronnes de sainte Anne, on se flattait d'obtenir infailliblement une des trois choses qu'on demanderait à I)ieu à la fin de l'année.

Henri Estienne, dans son Âpologt'e pour Hérodote (t. a, chap. 38), Pierre Viret et autres auteurs protestants du seizième siècle, prétendent que, dans le diocèse de Bourges, les femmes stériles venaient faire une neuYaine à un prétendu saint appelé saint Guerlichon; elles s'étendaient pendant chacun des neufs jours sur sa statue qui était placée horizontalement, et elles buvaient de l'eau mêlée avec certaine partie de l'image du saint. Saint Gilles^ en Portugal, était de même invoqué avec des cérémonies particulières par les femmes qui aspiraient à devenir mères; d'autres cérémonies avaient lieu en l'honneur de saint René, et elles étaient sans doute bien inconvenantes, car, Henri Estienne, qui est loin d^ètre timoré dans ses expressions^ dit qu'il avait honte de les écrire. Il est po3^ible qu'i y ait quelque exagération dans ces témoignages ; toutefois on est fondé à croire que le fond des choses est vrai ; le culte étrange rendu à saiat Guignolé, près de Brest, jusque vers le milieu du dix-huitième siècle, et qu^attestcnt des témoignages sérieux (i), rend en ce genre bien des choses probables.

D'autres moyens moins ridicules furent employés par les femmes affligées de stérilité : les unes allaient -boire les eaux d'une fontaine consacrée à un saint;

(g) NoUiiBment celui de Caœbry, Fiiyaye dant le ¥Vi^\lr ière, fat't en Î79i et 179Ô, iom. II, p. 150.

d*atitros, comme à Roc-Amadonr, dans lé Rouergne, iDaienl baiser le verrou de l'église ou nue barre de fer à laquelle on rattachait le souvenir de Roland; d antres te tenaient couchées sur le tombeau de quelque saint. Cest amsî qu'à -Saragosse les femmes Tenaient an eouvent de Saint-Antoine-de-Paule, entraient dans la ilic.) 'Ile où était le tombeau du sahit, s'agenonillaîeBr, téeitciient des prières, faisaient trois fois le tonr du tombeau, se couchaient dessus et^ retiraient.

Qnand les anciens chrétiens delÉ^gypte avaient ^s doutes sur la vertu de leurs femmes, ils leur faisaient avaler de Teau sotrfrée dans laquelle ils mettaîotHde la poussière et de Thuile de la lampe de Véglise^'ecils lifQnnaient que, si elles étaient^ coupables, ce breuvage leur causerait des donleurs atroces.

it yavait, en Italie,iine superttition'étrange : des gens -erédales se lavaient, la veille de la Saint- Jean, les fiieds 'dans du vin; ainrès cette ablution, ils jetaierot le Tin Hansla rue, et, penchés aux fenêtres, ils recuèHhneiit, -avec une attention inquiète, la premrère parole tfui ' échappait à un passant, et ils étaient persuadés «pie cette parole était un présage de ce que Pavenirtemût en réserve.

Les idées superstitieuses qu'on rencontre chea les peuples étrangers au christianisme poarraient être l'occasion d'un travail dMne extrême étendue; nous ' ^rons seulement qu'à Siam, la chute d'un meuble que le hasard renverse passe pour un très-mauvais présage; "d Ton rencontre un serpent sur le chemin que l'on suit, iîfaut, au plus vite, rentrer chez soi. Chei quelques-peapies de la côte d'Afrique, on regarde comme un augure très favorable qu'une femme accouche de deux ju-

C1IR109I9fiS TtÉOLOGIQ0ES. ifS

Rérét:qii«s.

PafÊùï leê Bedes innombrables qui, depnis la nai»» ftniTica éa cbristianisme, n*oal eessé de défigarer qneK qaM^DDftde ses dogmes, il en est qui offrenl des sing»larflés asflei tfiraoges ; nous Be pouvons en offrir qa'oiie esqaisge trës-rapîde.

Les Abélimê^ établis en Afrique an qaatrième siè- ^9 se piquaient d*ane eontineoce birn méritoire. Regaffdant k maiiage comme nne union paremeiC spmkwlle, ils voulaient qu'un mari vécût avee sa tanaie eomme avec une sœur; ils réprouvaient le ctfKèat, parée qu'il ne faut pas que l'homme seit Beol. Un Abélien devait se choisir une eompagne, et passer ses jours avec elle en imitant scrupuleusemenc leoiemple d'Abel, qui, bien que marié, ne s'était jamais approché de sa femme. Cette secte s'éteignit bien vite; elle exigeait trop de la nature humaine, et ne pouvait le perpétuer puisqu'elle détruisait radicalement le peineipe de la population.

Les Àdamitts ne partageaient nullement les princi* pes des Abéliens ; ils se proposaient également Texem* pie d*an patriarche, mais ce qu'ils voulaient imiter dane Adam, c'était Tabsence de costume dans lequel se troo* fait le premier homme avant son péché. Ils prétendaient qu'étant rentrés dans l'état d'innocence, ils étaient au&si simples et aussi purs que nos premiers parents dans le paradis terrestre. Il parait qu'ils corn» mencèrent à dogmatiser dès le troisième sicole. Saint Epiphane, évéqae de Salamine, qui vivait an qoatrième siècle, nous apprend qu'avant d'entrer dans leurs temples, ils quittaient tous leurs vêtements» et allaient, comme l'enfent qui vient de naître, hommes et femmes, pMaHBiâie;, .prendre Jet^ place pour onteadt^teiV^c^t^

ne CURIOSITÉS théologiqdjjbs.

ou le sermon. Aa rapport de saint Augoslin, ils abhorraient le mariage, parce qa Adam n'avait connu Eve qu'après son pécbé, mais ils se permettaient Tusage des femmes en commun. Ils avaient, pour cet eff.^t,nn lieu particulier où tous se rendaient à certains jours. Là, nus et en silence, ils attendaient que le chef de l'assemblée eût prononcé ces paroles de la Genèse : <( Croissez et multipliez, » et ils mettaient eu pratique leur audacieuse doctrine, sar.s respect même pour les liens du sang les plus sacrés. Ils chassaient d'ailleurs leur secte, tout comme Adam et Eve furent expulsés de VEden, ceux qui auraient, en dehors de leurs assemblées, commis quelque action immorale, et ils prétendaient donner à leurs réunions un caractère sacré et religieux.

Ces doctrines étranges flattaient les passions; aussi, malgré leur singularité, se sont-elles reproduites à diverses reprises. Quelques sectes du moyen âge pratiquèrent, dit on, Tadamisme; on le reprocha aux Pauvres Frères du quatorzième siècle , aax Picards du quinzième ; on donna ce nom à des hérétiques établis en Bohème du temps des Hussites, et on prétend qu'il en subsiste encore dans quelques localités reculées de cette province. On a dit aussi que les Adamites s'étaient établis on Angleterre à l'époque de Cromwell, qu'ils ont compté des congrégations en Hollande, et, d'après les Nouvelles Annales des Voyoj^eSy t. XX, on en aurait, vers Tannée 1822, découvert dans le canton de Berne.

Une belle gravure de Bernard Picard représente une assembléo d'Adamites, et fait partie d'un recueil intitulé : Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples, U vol. in-folio. (Amsterdam, i7i3.)

Les A nlilacles prétendaient que le bien etle mal élaiea^

CURIOSITÉS THÉOLOGIQDES. 117

l'oavrage d'un mauvais priocipe qui, \oa1ant trompei les hommes, avait établi bien ce qui était mal et mal ee qui était bien. Pour rentrer dans Tordre, il fallait donc faire tout le contraire de ce qae prescrivent les lois.

On vit, vers la fin du second siècle, surgir les Apolactiques^ lesquels, précurseurs de quelques écrivains beaucoup plus modernes, réclamaient Tabolition de la propriété ; l'Evangile, disaient-ils, enjoint de renoncer aux biens qu'on possède, et on ne peut, sans pécher, conserver l'héritage de ses pères. Cette doctrine obtint peu de partisans, et les Antitactes s'éteignirent dans un prompt oubli ; au douzième siècle, ils reparurent sous le nom ^^Apostoliques; ceux-ci nièrent le mariage et voulurent établir une communauté générale ; U fallut avoir recours à des moyens rigoureux pour arrêter, dès son début, le développement de principes qui se trou* valent du goût de bien des gens.

Les Artoryiites, dont les oblations se composaient de pain et de fromage, afin de se modeler sur celles des premiers patriarches, conféraient aux femmes les or* dres sacrés; ils avaient des prêtresses et des évêchesses.

Les Catnùes affirmaient que les actions regardées comme les plus répréhensibles parmi les chrétiens étaient précisément celles qui méritaient le plus d'éloges. Caîn, Coré, les habitants des villes englouties dans la mer Morte, et surtout Judas Iscariote étaient, selon eux, les saints qu'il fallait prendre pour modèles.

Les PassolorynefùleSf qui subsistaient encore dans la Galatie à l'époque de saint Jérôme, se distinguaient par leur silence rigoureux. Ils prenaient au pied de 1^^ lettre les expressions du Psalmisle : « Mettez, Seigneur, une garde à ma bouche, et une porte de circonspection

M6 GURJ06ITÉS JUtOLQQlQVB^,

à mes lèvres. » Cette idée les amenailÀ avoir constamnent un doigt sur la bouche ; il y en avait qai portaient leurs scrupules jasqu*à se boucbar le aei. Ils auraient cru se rendre coupables d'un grand crime sMls avaienl proféré une parole, mais ils ne se faisaient faute da commettre des délits très réels, demeurant persuadés que le silence les dispensait de toute aatre Yorta*

Les liényccLiiles surgirent au quatorziènie siècle dans \es cuuvt:nLs du mont Aibos. G s moines prétendaient qu'en contemplant attentivement leur nombril* • ils eu Yoyaiout sortir la luiiiièrc ineffable qui entoura le trône du Tout-Puissant et qui se montra sur leinoBt Thabor. Cette abeurdité étrange fut accueillie avec transport ; bientôt il y eut dans Constautinople une multitude de dévots, passant la journée entière, iKmoobUes sur un siège, les yeui Hués sur leur nombril eX atten* dant lavisioii céleste. Unix empereurs, JeauiCantac»zène et Jean Pal l'olnguo, piotégèront ccb étranges illusions.

L^empire grec fut rtMii[;li de quiétisles qui priaieni sans cesse, et qui, les yeux ûxés sur leur nombril» se flattaient de jouir do rapparilion de la lumière du Tbabor. Les maris quittaient leurs femmes pour se livrer a cet exercice ; on leur donnait la tonsure monacale, et la discorde se met!ait dans tous les ménages.

Divers conciles eurent lieu; les Hésy castes furent tantôt condamnés, tantôt triom4)hants; la question ne roulait pas bur Texistence de la lumière sortant du iiombiil des extatiques personnages; ce point éUit admis sans conte>tation , mais il s'agissait de savoir- si ette lumière était Incréée, incorruptible, si elle o tait ia splendeur sortant de l'essence divine, ou si, comme le soutenaient d'autres moines, elle élail créée. Il restait %iM8i à savoir si c'était la même que eelle qui avait

CUrRIOSITÂS TH£0L0GIQUB8. U0i

para snr 1« Thatwr; on comprend qail était dilBcite de s'entendre snr ces diverses questions

Les MtUimarùtei soutenaient qu'après le jngeœrnt dirnier le monde devait durer mile ans, pendant lc&^ quels, sous la domioation de Jésns-Chri&t, les ëln^ saî livreraiaDt à toutes sortes de pIai^irs. Quelqnes-nns (àsoient de cette période d'allégresse des peintures fM, pmùoes. Un passage mal interprété de ÏApocafyuJê (eiL.XX, y. I) fut la source de cette erreor, qui se moar tra dès les premiers siècles, et qui s*rst plusieurs Liv reproduire. Elle a trouvé depuis deux on trois siècles des pailisans en Angleterre et en Allemagne.

Les Coiiyridîtms étaient des hérétiques qui offraient, à la Vierge des gà^eaui appelés col yries, PcrsuadéSi qo!il était plus décent d'employer au culte de Marie des feauues plutôt que des hommes, ils avajent établi dos prétresses chargées da tontes les cérémonies en Theob^ nenr de la Vierge, et spécialement du soin d*offrir les: gàt:anx en question. Mais ces off.andes fiirentcondamnée&eotfflBie un reste de Tidolâtrie, e: 1 tglise n'ad.aii. pasque des fonctions sacerdotales pussent ctreezercéas? par des femmes.

Les êhuorius ont formd une secte d'birétiques peu conaue ; elle rendait un culte aux souris.

Les Fralicelles ou Frérots se montrèrent an q-:atonième siècle ; ils eurent pour cb'f^ des Franciscains qui vonlorent outrer la pauvreté, caractère dis: in :tif d<^ la règle de leur foudaleur ; ils ne travaillaient jamais; de penr que leur travail ne leur donnât droit à la possession de quelque chose, -et ils s'excusaient de leur oisiv«;té en disant que leur conseienee ne leur permei^i' tait pas de travailler pour une nourriture périssable» et-. qu'ils ne «levaient se livrer, pour ohleiiir uu; nourritoie céleste, qQ!âun travail spirituel, c'efi-â-clire à la médii..

iSO CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES.

tation, à la prière et bu chant des loi^anges du Seigneur.

Condamnés parle pape Jean XXII, les Fraticelles résistèrent avec vigueur à la cour de Rome, et II fallut de longs efforts pour les disperser.

Parmi les Anabaptistes qui surgirent an seizième siècle et qui occasionnèrent les troubles les plus sérieux en Allemagne et en Hollande, on distingua plasieurs sectes qui se firent remarquer par la singularité de leurs opinions.

Les Apostoliques, pratiquant à la lettre Vordre de Jésus-Christ de prêcher sur les toits, montaient sur la couverture des maisons, et de là faisaient entendre leur voix aux passants.

Les Parfaits prétendaient que donner le moindre signe de satisfaction, se permettre le plus léger sourire, c*était s'exposer infailliblement à la menace de l'Evaii' gile : Maf/ieur à vous qui riez, car vous pleurerez.

Les Impeccables pensaient qu*après la régénératioa nouvelle, ils ne pouvaient plus commettre de péchés; aussi retraochaient-ils de rOraiscn dominicale ces mots : Pardonnez-nous nos offenses.

Les Sabbataires voulaient observer le jour du sabbat et non le dimanche.

Les Pleureurs, persuadés que les larmes étaient agréables à Dieu, s'exerçaient à verser continuellement des pleurs et ne cessaient de donner les marques de la plus vive douleur.

Les Dosithéens avaient entre autres pratiques singulières, celle de demeurer vlogt-quatre heures dans la posture où ils se trouvaient lorsque le sabbat commençait.

Les Eustathiens condamnaient le mariage et soute- IkMkient que les gens mariés ne pouvaient être sauvés ;

CURIOSITÉS THêOLOGIQDES. ISf

ils rcnoDçaieiit à tous biens terrestres comme iceompatibles avec Fespérance dn paradis; ils ne pouvaiect prier dans les maisons, ils jeûnaient le dimanche.

Les Lollards, on Yaadois du moyen âge, s'étaient subdivisés en sectes nombrenscs, parmi lesquelles se maintenaient les anciennes théories du manichéisme, an sQjet de deux principes l*an bon, l'antre méchant. Us soutenaient que Lucifer et les démons aTaient été diassés dn ciel injustement, et qu'ils y seraient rétablis un jour; que saint Midiel et les autres anges conpables de cette injustice seraient frappés de la réprobitîoB étemelle ; ils niaient la messe et le sacerdoce, regardaient le mariage comme une prostitution jurée.

Un des chefs de cette secte choisit douze de ses disciples et les qualifia d*apôtres; il y avait parmi eux deux vieillards qui étaient les chefs des antres et qui prétendaient entrer tous les ans dans le paradis, où ils recevaient d*Énoch et d'Élie le pouvoir de remettre tous les péchés à ceux de leur secte, pouvoir qu'ils communiquaient à d'antres sectaires, dans chaque ville ou village.

Les /?tincaires, qui parurent au treizième siècle, soutenaient que Ton ne commettait point de péché par la partie iuférieure du corps ; ce principe les menait à commettre tjutes sortes d'actions fort réprouvées parla morale.

Us avaient entre autres devanciers, Origène, dit Fimpur, qui était né en Egypte et qui enseigna, à la fin du troisième siècle, que le mariag>3 était une invention du démon, et qu'on pouvait se livrer aux actions les plus infâmes afin de mettre obstacle à la génération. Cette secte s'éteigm't bientôt. -

ii9 CUUIOSJTÉS TUàOLOGIQUXSL

Emanqves ToloatairMk — Ftaffelli

Entre antres exemples de fanatiqoes étranges, oi pont signaler les oaouques Yok>ntairâs et les fiagellams.

Les premiers remontent à une période fort ôloignétde Dons. Valertns, né en Arabie, imita Tezcmple donné par Origèiie, et voalat avoir deî^ imilatcars (I). Ses dis* cipV^s ne pouvaient manger rien qai eût vie. jasqa*àc« qu'ils fussent dans Tétat où il s'était réduit. Quiconque n» se faisait pas ennnque était, selon lui, dans la voie do la perdition et livré au crime. Tout ûdèlo doit travailler au salut de son prochain ; les Valérieits crurent qu'il n*y avait pas d^, moyen plus sûr de remplir cette obiption que de m;^ttre, autant qa'ils le pourraient, leur prochain dans Tétat où ils étaient eux-mêmes ; lorsqur'ib ne parreuaient pas à les convaincre, ils les regardaient comme des enfants ou comme des malades en déUre, dont il y aurait de la barbarie à ménager la répugnance pour un rem>''de infaillible, quoique désagréâblei

Ils rr-gardaient donc comme devoir prescrit par la charité de mutiler tous les homoios dont ils pouvaîeat

(1) 11 existe une dissertation de P. Zornius : De eunueh%^ mo OrigeniSf Gissœ, 1708, in-4*. On connaît le Traité ées iunuquesy par Ancillon ; mais on ne lit guère aujourd'Inri \t curieux ouvrage d:i JJsiiite ThéophHe Raynaud : Eitnucki naiiy facti, mystici, Dijon, 1655, 10-40, publié sous le psendoayiBC de J. IK^nbert; il a été réimpni&é dans le tome XV des OEuvrêi de ce polygrapha Lyon, 1665) ; on remarque daofi ce traité un chapitre De ecutrandis muUerihus, saieL assez délicat qui a provoqué, de, la part d'uu mcdeciu alleniaud, un travail spécial : G. Francus , De ccutratione mu- Mgwn, Hcidclberga», 1673, in 4'.

eVBIOftiTÉS TflÉOLOGIQUES. U$

arar; k teniioke qu'ils habitaient dans obooîa

rabÎB4eYiat It terreur des voyageurs.

1806, uxk cordonnier italien, nommé Lova^, éUr

Viaftise, se ^srucifia lui-même après avoir opéré

L personne Topération de la castration ; il fat soi»

i lampSy et il échappa à ses terribles blessures.

'elation a été publiée, en une brochure in-i", da

Irès-extraordinaire.

flagellants poussaient moins loin la haine dn jj

homain,

fat seulement vers la fin du deuxième siècle

vit surgir la flagellation volontaire. {

Iques habitants de Pérouse, éaïus des maux qui aient Tltalie, se flattèrent d'en obtenir du ciel cissement au moyen dune pénitence publique.

s vit , avec étonnement , marcher à demi nu3 i9S rues, armés d'uu fouet avec lequel ils se fas- )nl vigoureusement et ensanglantaient leurs 28. Ce spectacle piqua d'émulation les pécheurs irs nombreux en tous pays ; la flagellation vo- 'e se répandit dans toute 1 Iidie. La cour de Rome prouva ce zèle qui était loin d'être exempt d'aes flagellants disparurent, mais, un siècle plus Is se montrèrent de plus belle en Allemagne, à ûon d'une épidémie qui fit de grands ravages. ofipes de pénitents parcouraient les villes et les i, S9 fouettant de toutes leurs forces, pour apai* Isaient-ils, la colère céleste. lisinvc^quaient Taud'une lettre apportée dn ciel par un ange , laî déclarait expressément qne Jésus-Chrîsr, solllir la sainte Vierge de pardonner aox pécheurs, répondu qu'il ne leur ferait grâce qu'à condition parcourraient le pays en se flagellant pendant une e de trente-quatre jours. Au commencement du

quinzième siècle, d^aatres Allemands avancèrent qae la flagellation était le seul moyen d*ètre sauvé, qu*il n'y avait plus d'autre devoir à observer, et que cette pratique devait remplacer tous les sacrements et toutes les œuvres de piété précédemment en usage. On sévit avec vigueur contre ces novateurs, et ils disparurent promptement.

Au quatorzième siècle, elle se montra derechef. On fit circuler une lettre apportée par un ange à Téglise de Saint- Pierre à Jérusalem ; elle annonçait que Dieu, irrité de la corruption des hommes, voulait les faire périr ; mais que, sur Tintercession de la sainte Vierge, il avait déclaré que, si les pécheurs voulaient obtenir miséricorde, il fallait que chacun sortît de sa patrie et qu'il se flagellât pendant trente-quatre jours, en mémoire du temps que le Sauveur avait passé sur h terre. Cette secte condamnée à Rome, dispersée, se représenta plusieurs fois. L'inquisition fit arrêter et brûler des flagellants ; si ceux-ci avaient été les plus forts, ils auraient brûlé l'inquisiteur et tous ceux qui n'auraient pas voulu se flageller (\).

(1) Ou peut consulter VHistoria »ive de recto et perverso usu flagellorum apud Christianos y par Jacques Boileau, docteur de Sorbonne et frère du ( élèbre poète. Ce fut le censeur qui exigea l'iusertion du mot recto dans le titre. L'ouvrage fit du bruit et provoqua des controverses. Il en existe deux traductions françaises ; Tune anonyme, 1700, rend sans ménagement des passages écrits dans l'original avec la liberté que tolère la langue latine; l'autre, par l'abbé Granet, 1732, adoucit et supprime.

Un Anglais, Delolme, a profité des recherches de J. Boileau pour une Hittory of flagellation, London, 1777, in-8«, livre curieux, mais qu'il ne faut consulter qu'avec précau-

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES. i25

Mabillon , le savant bénédictin, raconte avoir vu à TariD, le vendredi saint, une confrérie de pénitents à gages ; ils commoDcèrent à se fouetter dans la cathédrale, en attendant le prince ; ils frappaient d*abord assez lentement, ce qui ne dura pas une demi-heure ; mais dès que le prince parut, ils flrent tomber une grêle de coups sur leurs épaules, et la procession sortit de l'église.

Observons, en passant, que la flagellation était en usage parmi les juifs : le patient s'étendait par terre, le visage tourné vers le nord ; il faisait Taveu de ses fautes, en récitant le 38* verset du psaume 78, composé de treize mots, et chaque mot était accompagné d'un coup de fouet ; en récitant trois fois ce verset, on infligeait trente -neuf coups. Nous lisons ce qui suit dans une lettre insérée dans la Bibliothèque universelle de /. Leclercj t. VIII, p. 455, et écrite de Dusseldorf :

« Vers la fin du carême, presque tous les soirs, on voit des personnes se fouetter dans les rues; elles sont enveloppées d'un linge qui les couvre depuis la tète jusqu'aux pieds pour qu'elles ne soient pas reconnues, mais les épaules restent découvertes. Ces pénitents ont à la main un fouet fait de cordes et garni de petites pointes de fer ; le linge dont ils sont enveloppés, et qui est blanc, se rougit bientôt de sang à mesure qu'ils se frappent les bras, les cuisses et les jambes. Ils se promènent ainsi suivis de la populace qui tient des torches et qui chante des litanies ou des cantiques. Un homme que je vis en cet équipage s'étanf , comme font la plupart, étourdi la tête de quelques verres de vin, et ne se trouvant pas capable de supporter les vapeurs de ce qu'il avait pris, se laissait aller comme un hoawcL^vwsN.^ fait ivre de côté et d'autre, dounaTiX ôlôX^ ^^^^ ^^\^xfe Jes maisons. A Ja fln, il s'égara» Tio sî^çJûaxiX ^x^a» ^^"^

IM CURIOSITÉS THÊOLOGIQUBS.

était iii oti il derah afler. Le peuple, cpcri Va^nrtt suivi d*iboTd avec one apparenee ùê dë vrt tw i , se mil à te imrr, et toaf le monde lai eoonit aprfts aree grand lirriL Ceb fil Qn grand scai.dale, et le lendenainilfQtdéfeBAi an penpir* de rbanter , et ordre fol de«Hé à ceux qai Tonlaient se fouetter de le Cure sans brail et sans Mil. Parmi les gens qui se fostigent ainsi, il j en a dn pr»» mior rang qni se font flairer par leurs laquais durastli réréinonîe.i»

Saint Dominique l'Enenirassé fol ainsi nennié, 9^ quelques auteurs, parce qu'il portail me cwvasse diarfiir sur sa chair nue, et, selon quelques autres, à cause de h noirceur de sa peau. ïotrte meurtrie à force de coup^. A peine se passait-il un jour qu'il ne récitât en enliir deux fois le Psautier, en se fosu'geanl des deux nMtfli à chaque psanme.

Pierre Damien , qui rapporte ces cinsonstanees, dois il ftit témoin oculaire, assure que le visage de Dominique était plein de tumeurs et de bosases, liride et êècihiré comme des herbes qu*on aurait pilées daosQS mortier pour en faire de la tisane.

Les constitutions des Carmes stipulent qve le matin des novices les flagellera doucement après leur atoir découvert modestement une partie du dm (kÊÊ^km «oeîitoruii leniier fUi§eHabU fintùm, $ergi pawie nw* éestè dei9ctfi). Dans quelques communauté, les dwmises devaient être fendues par le dos, aân ça^écaviisi facilement, elles laissassent un champ libre aux: ter* ges. Le temps ordinaire de la discipline était li donli d*un Miserere.

Dans plusieurs couvents, les novices dtaieni drcmfe

régulièrement à rexereiee de la disciplinet Cbes tes

Ihrsulines, une maîtresse était chargée* de leur iqipii '

fa^ à iMir cet instnment^ à aHongev oa à sseeeonlr

CfTRfWITÉS THÉOLOGIQDES. 127

les bras afin tiaeles ^-^ups portas:seDt, -et à se mainte* nirilans une posture déeente. Le père Jalien de la Croix, un des pins i^ands mahres dans Fart delà dhciplme, Yoalait que les cordes en fussent inégales, afin que chacune portât différemment et que la douleur fût p^us unirerselle. La fondatrice des Annonciades, Jeanne de France, fille de Louis XI, avait inventé une discipline des -cinq plaies, qui était une croix d'argent avec cinq dons d'argent bien pointus.

Pnmtiqaes-et Tislofiaaires.

T}n noble Breton du douzième siècle, nommé Eon, avait entendu souvent chanter ces paroles du symbole: Per ewn qui venturus est judicare vivos et mortvos; il s'imagina que c'était lui que désigriait le mot etup, et flen conclut qu'il était fils de Dieu et qn'il viendrait un jour juger les vivants et les morts. Sor orgueil se reput de cette illusion ; il voulut trouver des gens qui y coassent, et il en rencontra. Il se \it à la tète d'un parti assez nombreux ; et, donnant à ses disciples des noms analogues au rôle qu'il jouait, il appela les nns des anges^ les autres des apôtres. Ces fanatiques ne se bornèrent pas à débiter des absurdités, ils se livrèrent à toutes sortes de brigandages.

Un Espagnol, nommé Gonzalve, se donna comme étant Tarchange saint Michel qui devait combattre l'Antéchrist; l'inquisition le réfuta péremptoirement; à cette époque on ne doutait pas que brûler ne fût répondre. Un disciple de Gonzalve, nommé Nicolas, vonhU se faire passer pour le Fils de Dieu, et il avança qu'au jour du jugement dernier il délivrerait par ses Iffières tous les réprouvés. D mourut également sra* un bûcher.

128 CURIOSITÉS THÊOLOGIQUESu

Les cbcvaliers de TApocalypse ânrcnt leur origine, vers laflo du dix- septième siècle, à un nommé ÂDgastin GabriDo, natif de Brescia,qQe lalectore conti Quelle des révélations de saint Jean avait rendu fou. 11 s'imagina que FAntechrist allait bientôt se montrer, et il voulnt s'armer afin de défendre TEglise contre on aussi redoutable ennemi. Il s'associa queliqnes onvriers ignares, et il forma ainsi un ordre à la tète duquel il se plaça en prenant les titres pompeux de Prince du nombre septénaire et de Monarque de la sainte Trinité. Ces illaminés, dont le nombre ne dépassa guère quatre-vingts, afTectaieni de ne vaquer à leurs occupations que Tépce au côté. Les armes de leur ordre étaient une étoHe rayonnante, avec les noms des anges Michel, Gabriel et Raphaël. Ils y joignaient im sabre et un bâton arrangés en sautoir. Ne se bornant pas à ces pratiques insignifiantes, ils voulurent dogmatiser et ils avancèrent des propositions bien malsonnantes. Après avoir préconisé le divorce, ils soutinrent qu'une femme pouvait, sans pécher, avoir des relations avec tout autant d'hommes qu'elle le voulait, pourvu qu'elle ne refusât pas à son mari Texercice de ses droits. On ne faisait pas attention à ces obscurs et peu moraux sectaires; mais en 1694, le jour des Rameaux, Gabrino étant dans une église et entendant chanter l'antienne : Quis est iste Bex gloriœ ? s'élança en criant que c'était lui qui était le roi de gloire. On le prit, on le lia, on le mit dans une maison de fous ; il paraît qu'il y mourut. Quelques Chevaliers de C Apocalypse, sur qui cet incident fit jeter les yeux, furent envoyés en prison ; les autres se dispersèrent.

Adalberl, imposteur, Gaulois d'origine, qui vivait au huitième siècle, faisait circuler une lettre miraculeuse écrite, disait-il, par Jésus Chris lui-même et ap-

CURIOSITÉS THËOLOGIQUES. iJ9

portée da Paradis par saint Michel. Le titre do cette pièce fait juger da mérite de son contenu. « Ici com- « mence la lettre de Notre-Seignear Jésus-Christ, qui « est tombée à Jérusalem, et qui a été trouvée par Tar- « change saint Michel à la porte d'Éphrem, lue et copiée « par la main d*un préire nommé Jean, qui Ta envoyée * à Ja ville de Jérémie à un autre prêtre nommé Fala- « sius, et Falasius Fa envoyée en Arabie à un autre préire « nommé Léoban, et Léoban i*;i envoyée à la ville de « Bétsamie, où elle a été reçue par le prêtre Macarius « qui Ta envoyée à la montagne de Tarchange saint « Michel, et la lettre est arrivée par le moyen d'un « ange à la ville de Rome, au sépulcre do saint Pierre, <x où sont les clefs du royaume des cieux et les douze « prêtres qui sont à Rome, ont fait des veilles de trois a jours avec des jeûnes et des prières jour et nuit.»

Guillaume Postel, qui vivait à Tépoque do François I*s fut un homme d'une érudition immense. Mais ce savoir mal digéré ne le mit pas à Tabri des extravagances les plus étranges ; il s'enticha de Tidée d'une femme-Messie destinée à régénérer l'espôce humaine et à racheter les péchés du monde. Il crut l'avoir trou* Yée à Venise, dans une vieille femme nommée Jeanne, et il écrivit à cet égard un livret intitulé : Les très^ merveilleuses Histoires des femmes du Nouveau-Monde, qui fût imprimé à Paris, en 1553, et qui est devenu extrêmement rare {\). Nous en citerons un passage :

(1) Les bibliophiles du siècle dernier payaient très-cher rédition originale de ce livret. Elle fut vendue 220 fï*. à la vente Gaignat, 144 fr. à celle du duc de la Yallière. Depuis cette époque, les écrits extravagants s'étant fort multipliés, ks écrits de Postel ont beaucoup perdu de la valeur qu*y attachaient les curieux ; 11 existe d'ailleurs deux réimpres-

430 CURIOSITÉS TKÉOLOGIQUES.

« Sur tomes les créatures qui (me farent, qaî sont ou qui seront, a esté en cette vie admirable la trèssaincle mère Johanne qui est Eve nourelle ; laquelle par trente ans ou environ a esté en continuelle méditation spirituelle et mentale, et quasi autant de temps à ministrer aux pauvres malades à Tbospital, ayant cure de femmes et d*hommes malades, de laquelle j'ai TU choses si miraculeuses et si graBdes qu'elles excèdent tous les miracles passés, sauf ceulx d'Adam nonveau Jésus, mon père et son espoux. Oullr» qu^elleme révéla innumérables secrets des escriptures, elle me prédist aussi choses principalement touchant la destruction du règne de Satan et de la restitution de eeloi du Christ, qui doibvent advenhr, et entre les antres que je devois être son fils aîné, ce queàla vérité je n'aijao mais entendu ne creu jusques à ce que sensibiemoit fta substance et corps spirituel deux ans depuis son ascension au ciel est descendu en maj et par tout moo

sio&s modernes des MerviiUeuses Htsloiret, mais elles sont peu recherchées. Ces sortes de h>res n'ont de prix aux yeux des amateurs que lorsqu'ils sont presque tnlrouTaMes.

Sallengre, dans ses JHémoirei de Uttératufê, a dtnné va extrait étendu du livre dont non^ partons. Malgré ses folies. Poste! fut un homme d'nne érudition extraordinaircy et d'os esprit éminemment chercheur et hardi. Dans un autre siècle, il eût été un grand homme. «Leibnitz n'a pas été plus savant, ni Bacon plus universel. (Nortier.) De nos jours on a vu se reproduire, avec quelques yariantes dans la forme dues ao cours des siècles, quelques-unes de ses idées. L'apothéose de la Hère Jeanne présageait Tapostolat de la femme prèclié par les Saint-Simoniens. Postel avait deviué le mcsmérisme, et quelques-unes de ses Tues snr I» métaphysique et la politiMt ^aoiverselle sont remarqntbU^. Nq\t \i& iHcUMAoCra 4m

CORimrTfiS TU<010G]QUE8. 191

I msibiemâiilestenâu, tellement qne c'est elle et

fSA moy qai ris en moy • »

tt eitratagaooes sur Etie, sur Enoch, sur la fin da

le annoncée comme prochaine complètent ce tissa

Teries. L*aatcar cherche à établir qne dansThomme

fiM est la partie masculine, anima la partie fémi-

; eUes ont été Tone et l'antre corrompues par >e

é, mais 1» Mère Jeanne réparera la partie féminine, I

ne Jésos-Christ a réparé la masculine.

stel, ne reculant devant aucune étrangeté, n*hésita

à dire que Tàme de saint Jean TEvangéliste était

» en lui, et an autre insensé qui lui tenait compa-

et qai avait été orfèvre, se présenta comme ayant

rame de saint Jean-Baptiste.Ce dernier, er. ant uo-

\ et no-téte, et portant une longue chevelure, allait

lant qa*il fallait faire pénitence et que la fia

KAde approchait. Le parlement de Toulouse lui

«a silence en le faisant brûler.

rmi les plus célèbres illuminés se place le Soë*

Swedenborg, né en 4689.

irôa de longues et brillantes études scientifiques,

livra à des méditations religieuses, d*oti il fit dé-

sr sonsy stëme non veau. Cinq époques partageaient,

i loi, rhistoire de l'humanité : la religion d*Àdam,

de Noé, le mosaïque, le christianisme, Tère imk^

t qu*il inaugurait. Il s^hnaginait être en rapport

nœl avec le monde invisible, avec les anges et les

ta; il conversait avec eux, et, dans ses hallucina-

, H aMmaginait parcourir le monde iotelif ctuel, et

donnait une description minutieuse. 11 fonda ainâ

Bte de la Nouvelle-Jérusalemf qui prit une certaine

ision; elle rencontra des adeytes eu Sm^^^ ^^

ade et en Angleterre.

oamges de Sw^deobwg^ éch\% esi XsAxdl^ ^vmv.

ISS CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES.

fort nombreux , il a para des traductions françaises de quelques-uns d*entre eux; nous citerons sen]ement ceux que recommande la singularité des titres :

Les Délices de Vamoar conjugal dans ce monde et dans loutre, 4781.

Du Jugement dernier et de la destruction de Babylone, 4787.

^ Les Merveilles du ciel et de f enfer, 4782, 2 vol.

Du Cheval blanc mentionné au chapf ire XIX de l'Apoca/ypse, 4758.

Vers la fin de 48S7, on fit circuler dans la Grande- Bretagne un écrit soi-disant émané des douze apôtres du Saint-Esprit, et adressé à tous les patriarches, archevêques, évêques, et autorités quelconques de Tordre spirituel, ainsi qu'aux empereurs, rois, princes et tous autres dépositaires du pouvoir chez les nations baptisées. On y annonçait formellement que de nouveaux apôtres avaient reçu la mission de préparer le monde chrétien à la pénitence, et de frayer les voies du Sei^ gneur, car le sanctuaire du Très-Haut allait être bâti. Ces idées étranges provoquèrent une sorte de persécution contre des ministres qui s'en étaient fait les promoteurs, et qui, pour la plupart, étaient Ecossais; ils constituaient une Eglise à part. Parmi eux se distinguait le presbytérien Edouard Irwing; il se fit remarquer par la fougue de ses prédications ; il tonna avec talent contre la corruption du siècle, il annonça la fin prochaine du monde avec véhémence; il passa, parmi ses adhérents, pour un évangéliste et un prophète. Il mourat le 8 décembre 4834, possédant, à ce qu'affirmaient ses disciples, le don des langues et celui de guérir les maladies les plus rebelles à ]a science hu-

njâine.

^ //paraît qu'aujonrtftoi \\ ue wîîû^\«»\ft\^^ «irwa-

. CURIOSITÉS THÊOLOGIQUES. iSS

gkns^ ou da moins qu'ils sont réduits à nn bien petit nombre. Se vantant de représenter les saints qui composent pendant le milléniam le royaume de Jésus- Cbrist, ils s'efforcent de reproduire les formes de la bîérarcbie du cbristianisme primitif. L*Église, gouvernée par le Sauveur comme grand prêtre, est administrée par trois sortes de pasteurs auxquels la puissance di?ine est conférée, les évêques ou anges^ les Tprètres ou anciens^ les diacres, ils se rendent deux fois par jour au temple et soutiennent que la société cbrétienne actuelle est la grande Babylone dont il est question dans TApocalypse.

Prèdioat«nrs biaarr«s.

Des écrivains du seizième siècle rapportent des traits singuliers de l'ignorance et de la naïveté de certains prédicateurs de Tépoque. Peut-être y a-t-il dans ces récits quelque exagération, toutefois on ne saurait contester qu'il ne se dit alors en chaire de bien étranges choses. Quoi qu'il en soit, on prétend qu'un curé de la Savoie, exhortant ses paroissiens à payer les dîmes, leur citait l'exemple d'Abel, qui ne manquait jamais de les acquitter très-régulièrement et qui entendait la messe chaque jour, tandis que Gain ne voulait ni aller i l'église, ni payer les redevances du clergé. Un autre prédicateur citait l'exemple d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, et autres patriarches qui n'allaient jamais se coveher sans faire le signe de la croix et dire leur Paier et leur Ave,

Un prédicateur flamand décrivait la robe c^w^ ^^\\:^\\ JésnS'Cbmt avec antanX d'exactitude que %'\\\v«^vV rae: * Elle estait de couleur de ceikdxes, t^tx!^^ \%2ûX

IM CUAI06IT&8 THtOUMXQniS.

par haot que par bts, ayuit aussi les maiieliea faietea en road, et des bordures par bas, à fat façon des Jiifs; eeate robbe estoil faicte à l*aîgiâlle, de la nain de ]a bieiitiearense vierge Marie, et à nesare foe Jésus Christ croissoit, sa robbe eroissoit aussi, eC «e ifosoît point. \Jû an ayant sa Passion, il ayoil aeooustumé de porter ime autre petite robbe sous ceste-ei. »

Cet orateur savait aussi combien de coups Jésus- Cbrist reçut pendant la flagellation ; les uns ont avancé le cbiffre de cinq miRe; lui 8*estproiioneé pour mille de plus; cinq mille coups sur le corps, mille sur la tête. Il n'ignorait pas que la couronne d*épines se composait de mille pointes , et qu'elle était faite avec du joDc marin.

Il existe d'ailleurs un grand nombre d'anciens recueils de sermons remplis de choses qui nous paraîtraient aujourd'hui singulières ; les plus célèbres de ces vieux prédicateurs sont l'Italien Barlette, et les Français Menot et Maillard. Nous citerons à peu près au kar sard quelques-unes de leurs étrangetés. Barlette dit que lorsque l'ange Gabriel parut devant Marie, celle-ci avait avec elle trois demoiselles. Prudence, Virginité et Humilité. Elle s'*adreësa d*abord à Pradenee, pour avoir sou avis, et elle dit : « ma compagne, dites-mm ce qu'il vous semble que je dois faireu » Prudence répondit : « Marie, je considère ce qui est écrit au un* chapitre de VEcdésiasiique : Qui croit légèrememi* est volage de cœur, n Marie répondit : a Oui, :mai8 ii est dit aussi en ce même livre, cbap. xxxu : Écoute en te lai* sant, et tu en seras récompensé. » Le dialogue se poursuit longtemps de cette étrange façon.

C'est encore Barlette qui, en parlant de la résurrec- Uon, agite la quesitou ^e ^%qàs <vf^\ ^^w. ^^^ 'iiaafcaasadeçr chargé ôe ç^tiei c^x^ «^»^^««^à^

GUBIOSITÂS THÉOLOGIQOES. 105

à la sainte ITierge. Adam ^ à Jésns-Christ : « Cestmoi, mihi nuMnéit. » Jésos loi répondit : « Ta t'arrôterais peat'ètre en cbemîn pour manger des figaes. » Abel parai ensuite : « Non eertaioement ; ta troayerais peat-ètre en route Caan qai te ferait eneore on maavais parti. » ▲ Noé, Jésns-Cbristdit : « Ta aimes trop à boire. » A saint Jean-Baptisie : « Ta as un habit trop velu. » Au bon larron: «Tb n'iras pas, car tu as les jambes rompues. » Enfin un ange fat envoyé qui se mit à ch^mter : Re* §ùm ooBitt , lœtan ; reswrrexit ticiU dtxitj etc.

Dans le sermon de la Pentecôte, Barletle rapporte ainsi le motif qui a déterminé le Saint-Esprit à prendre la forme sous laquelle il est Tenu Ters les apôtres. Yoîd le colloque qui eut lieu entre les trois personnes 4e laSainta-Trinité: LeFitedit à son Père : «J'ai promis le Saiut-Ësprit à mes apôtres ; il est temps de tenir ma parole. » Le Père répond : « Je suis content, faiies-le savoir auSaint-Esprtt. » Le Saint-Esprit s'informe commemle Filsavait été traité ; le Fils expose ses plaies. Le Saint-Esprit, toucbé de cet état afllreux^s'ëorie : « Malheur à moi 1 mais firai dans une antre forme quUlsnV seront toocher, b et il descendit sar la terre en langues 4e hn.

Burlette avance dans on de ses sermons que plusieurs partait gens de bien pouraller en pèlerinage et qu*ilsen reviennent méchants, et qae des ûlles allaîent vierges à saint Jacques et en revenaient pécheresses. Deux veuves de Valence ayant faiit ce pèlerinage derinrent des femmes de mauvaise vie {maretriceê).

En parlant de Tévangile de la tentation de Jésus- Oirist, notre prédicateur introduit le diable disant poliment à Jésas : « Passons au désert, nous y sevou^ seafs. p Et après que Jésus a remporta \a v\tX««^ A^ saùiie Vierge lai earoh le dîner qtf ^Ue av^\ v^^«^^

pour elle-même : c'étaient des choQx, de la soape, des épioards, peat-étre aussi des sardines (cauksy vel broiftum, ut spinaria et forte sardinas) .

Le jour des cendres, Barlette dit qae ceux qui voyagent à pied par nécessité sont dispensés du jf une, mais que les cavaliers ne pourraient s*en exempter sans péché ; le cheval peut toutefois prendre sa nourriture {equus poterit cœnare). Dans le sermon du mardi delà Pentecôte^ il reproche aux prêtres leurs distractions dans la prière ; il cite pour exemple un ecclésiastique qui, récitant le Pater, le fait de la manière suivante : « Pater noster qui es in ccdis^ garçon, selle mon dieval pour aller en ville ; sanctifketur nomen tuum^ Catherine, mets la viande au feu; fiatvoluntas tua, empêche le chat de manger le fromage ; panem nostrum quotidianum, donne Tavoine au cheval blanc... » Est-ce là prier?»

Menot, en mentionnant le jugement de Salomon, dit que les deux femmes se disputant en présence du roi, il leur dit : «Taisez- vous, taisez-vous, car, à ce que je crois, vous n'avez jamais étudié à Angers ou à Poitiers pour savoir bien plaider. »

Le cordelier Olivier Maillard est un des prédicateurs les plus remarquables du commencement du seizième siècle; un sermon qu'il prêcha à Bruges, le cinquième dimanche de carême, en 4500, imprimé à Anvers, sans date , et qu'un savant chanoine de l'église de Paris, bibliophile zélé, M. Labouderie, a fait réimprimer, en 1824, est curieux par les hem, liem, hem 1 que l'auteur a jugé à propos d'insérer dans son texte afin de marquer les endroits où il lui paraissait convenable de tousser.

II y a slh surplus dans MaîWai^ xoivvx ^\i\.t^ ^\k»^ o^ des traits qui peigneniU navieXÂ ôi^Vè^^^^N'^^^^xV

CURIOSITÉS THÉOLOGIQURS. i87

mande sans ménagement les vices et les abus, et il s'élève parfois à une sorte de pathétique :

« Dites-moi, par yotre âme, s'il yons plaît, avez-YOtis point peur d'ôtre damnés? « Et frère, direz-vous, pourquoi serons-nous damnés? Ne voyez-vous pas que nous sommes si soigneux de venir à un sermon tous les jours ; nous allons à la messe, nous jeûnons, nous iki<^ sons des aumônes ; Dieu aura pitié de nous et nous exaucera. » Seigneurs, vous dites bien, mais vous ne dites point tout ; je vous assure, si vous êtes en péché mortel, Dieu ne vous exaucera pas en vos prières et oraisons.»

II interpelle les gens de tout état, et il s'adresse à eux de façon à faire impression sur ces cœurs difficiles à toucher :

« Où sont les trésoriers, les argentiers? ètes-vous là qui faites les besognes de votre maître et les vôtres? Bien ; écoutez, à bon entendeur il ne faut que demi -mot. Les dames de la cour, il faut laisser vos alliances, il n'y a ni si ni là. Jeune gaudisseur, là, bonnet rouge, il faut baisser vos regards; il n'y a de quoi rire, non.»

Le Révérend Père fait quatre divisions de ceux qui Tiennent entendre la parole divine.

Les premiers, ceux qui viennent sinon pour reprendre le prêcheur ou pour voir ceux qui sont au sermon. Les seconds, ceux qui entendent prêcher et n'en retiennent rien et n'en font compte. Les troisièmes, ceux qui entendent et retiennent, mais ne s'amendent point pourtant. Et toutes ces trois manières de gens s'en vont avec les diables. Les quatrièmes sont ceux qui enten-* dent et retiennent et mettent la doctrine à exécution et s'amendent; ceux-ci sont de la part de Dieu et profitent MO sermoD. Or, levez les esprits; q^xCèn dW^vs^'^'i»^ seigneurs; ètes-vous de la part de Dteu^ 1a \îiVûRft ^X

iS8 CURIOSITÉS TBÉOLOGIQUEa

la prlneesse, en ôtes-vons? baissée le IPuntYoïis aatref, ^os fourrés , en èbes-Tons ? baisseï le IroDCEl vons^fines tanelles de coar,eB étes-Toiis? baisses le iroiit. V«as tesécriles an grand lin» des damnés. Yotnetêxàm asi tonte marquée avec les diaUes. Dites^iioi, s'il ions plail, ne vous 6tes-7ons pas, anjowd'liai bien lamées et éponsselées f — Ooi bien, frère. *- A ma voionté qoe YDOs fossies aussi soigneuses de nettoyer ^ns ânes.*

Saint Vincent Ferrier, dans fcn sermon sor saint J«nn-Baptiste, a raconté nne bisloîre ^nî Calt pea d'bennenr à son jugement et qiiiesC nn lémoiçnage onriecz de la naïveté de Tépoqae. L'anecdote a passé elMS Boceaoe et cbes La Fostaine. Noos ]a planerons iei en latin:

(( Zacharias ergô veoiens de oratione mutas, imrafit « doronm snam, et nom poUut lof» uxori, née pdtere « éebitom verbo, sed signis. fit admînms Elizalwtàdi- « eebat : Hay, hay, bay , Démine, benedietns Deos, qmi * habetis? Qnid aeddk vobîs? Nibil sciens de annon- « tiatione Angeli, Et cepit eam înlef braclna. Cogitale « qnaliter Elisabeth antiqna mîmbailvt Sad ftnalilBr « videns Tolontalem yiri soi, consensit. Nota bie qnod « ex qao snnt in matrimonto, nnns débet alteri en»- « seatire, sire sint jnvenes, sivesenes; née débet aller « se exeusare aliqnâ fidâ deTotkme, alias damnait se, « et aiism. Idée Apostolas : Uxorîiirir debilmn reddat, a simiiiter et nxor Yiro. (Corwtf*., 47.)

« Nota hic de illa moltere derotà, qn» qiUBdd Tir « exigebat debitnm, semper inreniebat excnsatîones. <« Si in Dominicà : Hay, saneta Mater Oei, hodiè qnaB<est « dies pesnrrectionis Domioi, vultis talia Cacerel Si die M Lame, dicebat : Hay, bodiè débet homo rogire pro ^ mortuis. Si die Martis *. Hoâàè 'BJC!«^«fe\^Ufcv\^l^ ks^ * ignlf8. Si foria <ïuarta : Ho^Otvrô»» Vâi.^«dôa»,

CURIOSITÉS THË0L06IQUBS. IB9

« Si ferla qomU : Hay DooiiBe, qfoia Chnstus hodi u- « OBodiC in Cœlam. Si féria sexia : Quia bodiè Christns « fait pamis pro nofais. Si Sabbato : Hodiè, qme est « dios Virginis Mariie, qwa taii die in ipsà sola reman- « ait fides. Videns yîr qnodipsa semper inYenîel)at ex- « eosationes, yocablt andllam, dieens : De sero veniat « ad me m dormias rnecam. Respondit : Libeoter, mi a Domine. Qnod videns, mulier voluit se ponere in « leclo ; et vir noiuit : Non, domina, oreiis pro nobis « peccsOnrilms. Et nonqoam ei imic Toloit nxorem « cognoscere, ita abhornuieam,sed adamayit captiram. « Ipaepeecabatmortaliter, etdamnabatse ex cnlpàuxo- « ris. Ideô sanota Ëlizabeth^ liei t esset devota, sanda c et aotiqna, ex qoo requirebatnr à yiro, consensit, « et concepit ab eo. Transactis tribus mensibos, venter « întnamit ; et dicebat ipsa : Hay , misera, qoid est hoc ? c Nnnqnid essem bydropîea? Fioaliter cogaoyit qnod « erat gravida. De hoc sancta Elizabeth mnltùm vere- ■ cnndabatar, in tantum qndd dicit Lncas, qood occol- « tsTit se mensibus quinque . Gogito ego quod fecit sibi « amplas bopalandas, sivè vestes, at absconderet parte nicn, timens ne gentes dicerent : Ëecô, liceC sit devota, « lamen attnc vacat iibidioi. »

Le célèbre réformateur Luther mêlait dani^: ses sermons me foale d'images grotesques qui ne choquaient alors personne; en voici un exemple tiré d'un discours destiné à prouver qu'il ne faut pas différer de (aire pé^ nilenoe:

« Quand Sodome et Gomorrhe furent englouties en on din d'œtl, tons les habitants de ces villes, hommes, femmes et enfants, tombèrent morts et roulèrent dans les abîmes de Tenfer. Alors on n*eut pas le tem^ dA eompiersoa argent^ ni d'aller coarlr la pTe\axi\a[vQ.%v^%.^ /t A»., mais en on instant tout ce cvv^xVwivVV^snâBiiib

ihO CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES.

mort.' Ce fat la timbale et la trompette du bon Dieu, c'est ainsi qu'il fit son : poumerlè poump I poumerlè poumplplizl pluzl schmiy schmirl Ce fat le coup de timbale du Seigneur, ou» comme dit saint Paul, la voix de Tarchange et la trompette de Dieu ; car lorsque Dieu tonne, cela fait presque comme un coup de timbale : Poumerlè poump \ Ce sera le cri de guerre et le tarataniara du bon Dieu. Alors tout le ciel retentira de ce bruit : Kirl Kir 1 poumerlè poump 1 »

A des époques plus récentes, la chaire chrétienne présentait des choses singulières.

L*éyèquede Grenoble, Camus, s'eiprimait ainsi dans un de ses sermons en parlant de la fidélité conjugale; il trouvait une preuve de ce devoir dans la conduite « des lyons et des lyonnes. »

« On tient que cesbestes, les plus farouches de toute?, l'observent invîolablement, si que la lyonne n*oseroit seulement s'approcher du léopard, à peine d'estre déchirée parle lyon. L'éléphant est la plus grosse, la plus honneste et la plus fidèle beste du monde pour ce regard ; je n'oserois dire sa pureté, de peur de porter le vermeil au front de nostre desraisonnable raison. »

S*agissait-il d'opinions contraires à la foi, le prédicateur s^écriait :

c( L'hérésie est représentée par cette paillarde effrontée de l'Apocalypse abreuvant toute la terre du vin de ses fornications qu'elle présente dans la couppe dorée de ses prétextes raisonnes de ses raisonnettes prétextées. »

Il recommandait de sonner les cloches pour écarter les orages et il en donnait une raison qui paraissait alors sans réplique :

^ <r Les cloches dissipenWes vetu^^^i^^ ^x ^^»t\KQX\«^ BhMDS gui se meslenl dans ce^ m^VÀoi^^ ^x *\\u^t^%-

CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES. lili

sions aériennes pour nuire aux humains. L'expérience faist voir que le diable est ennemi de's bonnes odeurs, tout yilain qu'il est, ne se plaisant que dans les puanteurs et voiries; il bait aussi Tharmonie, la musique et tout son qui est bon et a^éable. Le son des cloches parfumées est donc naturellement utile contre les dé* mons et les orages. »

n signalait avec indignation, à propos du baiser de Judas, l'usage d'échanger des baisers sous prétexte de politesse :

« Icy, mes frères, permettez-moy d'invectiver contre ces traistres voleurs de l'honneur des filles, et qui commencent leurs trahisons par des impudiques baisers. baisers libertins des salutations françoises, que vous rendez nostre nation infâme et descriée parmy les estrangers!»

L'abbé Gottin, devenu fameux par le ridicule auquel Boileau Ta livré, prêchait un jour devant le cardinal de Richelieu, à l'époque où ce grand ministre cherchait des distractions dans l'art dramatique, et il dit : « Quand Jésus-Christ acheva sur le théâtre de là croix la pièce de notre salut, etc. » 4

On a attribué au père Maimbourg, jésuite connu par de nombreux ouvrages historiques, un sermon sur les chiens. Cette anecdote repose sur le témoignage du célèbre janséniste Antoine Arnauld ; il n'est pas vraisemblable, pour quiconque connaît l'humeur grave et sévère de ce théologien rigide, qu'il l'ait complètement inventée. Qaoi qu'il en soit, elle est consignée dans une préface mise en tête de la Défense de la traduction du NouveaU'Testament imprimée à Mons (par Arnauld et Nicole), Cologne (Paris), 4668. Cette préface n'a pas été réimprimée dans i'édition faite à Gen^NQ ^^ Vsv^^^ Jes pièces qui concernent cette traduction, ^\ ^'^^\ ^^wi^

141 CQM081T&S THÉOLOGtQITES.

doHle QO des {NriDeipau niotib de FoubU duit lequel ce récit esllombé.

Ariauld prétend qa*ëlaBt allé daae la cliapelle dn collège de Clermont, il tit monter en diaire nn prédicatenr dont le sermon ronla sorVéTaagile du jour, snr la parabole du Bon Pasteur. « U prh siqrt snr cela de relever Tétatdes bergers, en remarquant que cen*était pas autrefois la profesi>ion de gens de néaint comme à présent, mais qne les rois et les prtees ne la jngeomii pas indigne d*eux. Il ût nn grand dénombremeat des princes bergers, il n'f OQl)lia pas les patriarebes, et il en conduisit le catalogue jQsqu*à DaTid, sur leqsel il s'arrêta fort longtemps, car il fit wê» description bdidiae de sa beauté, de la coulenr de ses cheveux, de ses ba^ bits, et enfin de soa chien. < Cétoit un brsve cfaien^et « qui avoit tant de courage qu'il est à croire que pes* « dant que son maître se battoit contre GoUalb, ce diien, c pour n'avoir pas le déshonaev de rester sans ries • faire, alla chercher de Foccupaiion contre les lenps. • Quand ce bon père lut entré dans la matière des ehienSt comme s'il y eût été attaché par une secrète sympathlOr il n*eD put sorlir, et il en tira la division de son sermon qui fut divisé en quatre pomts, selon quatre espèces de chiens. La première espèce était des dogues d'Angleterre , la seconde des mâti», la troisième des bichons, la quatrième des bons chiens; il en fit Tap^ piicaiion aux diverses sortes de prédicateur». Les dogues d'Angleterre étaient ks Jansénistes, qu'il représenta comme des geus indiserets déchirant indiflléremment tout le monde. Il décrivit les mâtins comme des^chlens poltrons qui ne sont vaiilanls qne sur leur fumier, et qui, hors de là, sont toujours dans la crainte, ce q«'il âpfiiiqask aux prédicateurs di« <^e\\j& Ykïibvkqx. V«v vaetiKifls étaient^ selon lai, \ttS) a!b\^te ^ «srar %\aàd^A^ tsi^

CUBIOSITÊS THÉOLOGIQU&S. 143

lioftft, et faisuit beancoiqi de brait, maûs qoaDd on les Tolt de près, on se mogiie de leur Yanàt. » iJ décrivit 801 cela leurs manchettes, leurs rabats, leurs surplis^ leart gestes, etc. EnOii, les bons chiens étaient les jé- SQhes et les prédicateurs tels que lui. Il est impossible de sTimagiBcr de quelle sorte il traita ce ridicule scyet, et joiqu^à quel eieës il porta la boaffonDerie de ses descriptions. Tous les réyérends pèros se tenaient lee eâtea de rke depuis le coHunoacemeat du sermon lAsqu'à la in, et dans le reste de Taiiditoire ce n*étaît fa'éclats que Ton ne pouvait empêcher. Tout cela di* Tertinait le prédicateur et lui donnait une ardeur noo- ▼rile à augmenter les rires de ses auditeurs par de iMinvelles grimaces. »

Un prédicateur protestant prit pour texte d*un de ses aeimons un passage extrait de Férangile de saint Mattbîeu : « Si tu es le Fds de Dieu, dis à ces pierres de deTeoir de pain, » et il commença son homélie en ces termes : « Mes frères, on a la cootumo de vous expliquer dans cette chaire la parole de Dieu» mais je vais prêcher aujavd*hui la parole du diable. »

QMl«aM IdéM blsarns a¥anoé«s par d— théol«|Ei«ms.

U existe un ouvrage latin d'autant plus étrange qu'il esi l'œuvre d*un cardinal, Pierre de Ailly, sur la concordance de l'astronomie avec la théologie et la narration historique (Augsbourg, 1490, in-4°}. Les mystères les plus profonds de la religion chrétienne sont, dans cette composition singulière, subordonnés à l'astrologie judiciaire.

Plus tard le mathématicien écossais loYvu Gta\^,\ûsstV en 1709, œnçut l'idée d'appliquer les ca\cu\s <iôV ^^^^ùii^

ikh CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES.

à la théologie: il rechercha cpiel devait être Taffaiblissèment des preuves historiques suivant Tintervalle des temps et la distance des lieux, et il trouva que la force des témoignages sur lesquels est appuyée la vérité de la religion chrétienne ne pouvait subsister que quatorze cent cinquante-quatre ans, à partir de 1699, année où il mit au jour ses Theologim chrisUanœ prmcipia mathematica. Il en conclut qu'il y aurait un second avènement de Jésus-Christ, une seconde révélation pour rétablir la foi chrétienne dans toute sa force. Ces paradoxes furent combattus dens des ouvrages spéciaux ; aujourd'hui le livre de Graig a tout aussi peu de lecteurs que ceux qui l'ont réfuté, mais le contraste du sujet et de la méthode a empêché qu'il ne fût complètement oublié.

On sait combien est compliqué le système de l'écriture japonaise. Il est qualifié par le père Oyanguren d'artifice du démon qui voulait ainsi augmenter les difficultés contre lesquelles les missionnaires ont à lutter.

Le jésuite Léonard Lessius [DejusUtia etjure^ lib. iv, c. 3) voulant faire connaître toute Ténormité de l'adultère, affirme qu'il est en horreur même chez les animaux, et il en apporte pour preuve le supplice que des cigognes firent subir à l'une d'elles, convaincue d'infraction à la foi conjugale. Le bon père cite Guillaume de Paris, qui assure avoir été témoin de cette exécution: « Tempore meo, ciconia tanquam de adulterio convicta « per olfaclum niasculi sui, congregata multitndine ci- « coniarum, nescio quallter accusante masculo, vel « detegente ejus crimen à tota illa multitudine de- « plumata atque dilacerata est, tanquam concilio aut « judicio omnium esset adulterii judicata. »

CUBIOSITËS THÉOLOGIQUBS. 449

iîtraBf • applIoatloB d« la dtma.

On sait avec quelle rigueur la dime fut perçue durant le moyen âge, mais bien des personnes ignorent )Tisqu*à quels excès la chose paraît avoir été poussée, dans des circonstances sans doute exceptionnelles. Des auteurs qui écriyaient il y a quelques siècles ont raconté que certains ecclésiastiques, très-dignes de punitions sévères, s'avisaient de réclamer une dîme sur les plaisirs conjugaux. Le jurisconsulte Guillaume de Benoit (Guilldmus Benedecti), conseiller au parlement de Bordeaux et plus tard à celui de Toulouse, porle dans son Commentaire sur les décrétales (plusieurs fois réimprimé) d*un prêtre qui perçut sur une de ses pénitentes cette étrange redevance, et Philippe de Bergame, dans le supplément de ses Chroniques (livre xiv) mentionne semblables fourberies de certains fraticeltt dutempâdu pape Jean XXII.

Trajan an paradia.

Parmi les récits les plus étranges qu'on rencontre dans les vieux livres de théologie, il faut distinguer celui qui concerne Tâme de Trajan délivrée de Tenfer par les prières de saint Grégoire, à ce que racontent Vincent de Beauvais (Miroir historial, 1. x, c. 68), Gerson, Testât, les révélations de sainte Brigitte (lib. nr, c. 13), et d'autres auteurs.

La grâce accordée à un damné est chose tellement extraordinaire, surtout lorsque ce réprouvé, qui cessa de Tètre, est un empereur païen dont la Tie était loin d'être édifiante, que ces récits ont été l'objet de vives discussions. Un docteur établi à Rome, C\^cou\ii»&^ ^u a AUrobjet d'une dissertation spéciale.

H^ CURIOSITÉS THÉOLOGIQOES.

Des écrivains da dix-sâptième siècle, Baronius, Bellarmin, Théophile Raynaud, le père Alexandre, dans soa HUtoire eeclésiastique^ et biea d'autres auteurs oit réfiolé ces allégations.

Des traits du même genre se trouvent dans les anciens auteurs ecclésiasticiues. On peut citer Falconilla qui, morte dans Tinûdélité, fat sauvée par les prières da sainte Thècla; un crâne desséché qui répcuiâit à saint Macaire; Dinocrate, frère de sainte Perpétue; un enfant tiré de l'enfer par l'intercession de saint Etienne ; le père de sainte Ottilie ; un juif mort dans le parjure et sauvé par saint Nicolas ; mais tous ces récits épan ont passé presque inaperçus et n'ont pas eu la célébrité momentanée qu'avait obtenu ce qui concernait l'àme de Trajan.

En Abyssinie, nul ne peut être dispensé du jeûne, lequel ne peut être rompu qu'à trois heures de relevée. Il y a doux jours de jeûne par semaine, le mercredi et le vendredi, et deux carêmes^ Tun de cinquante-cinq jours avant la fête de Pâques, l'antre de quinze jours pour la fôte des apôtres en juin. L'^fant mâle on femelle est cîrcoDcis deux semaines après sa naissance; le soitt de cette opération est laissé aux femmes. L'enfant, mâle est baptisé le quarantième jour, l'enfant femelle ne Test qu'au bout de quatre-vingts. Jusqu'après le baptême, la mère est considérée comme impure et û» peut eiKrer dans 1 église. Les enfants commuaieot la jour même de leur baptême. A sept ans Tenfaot commence à se confesser, et dès lors il est assujetti aux Jeàaes.

On ne croit pas qtfutiiûarv v^^^ eïjxwt ^aafia\%^8à.

Page 1