X:DKI0SIT£S THÉ0L0GIQUB
satos une messe de délivrance pour laquelle les pareats da défiutt 8<ml Aslreints de donner à l*Egl«e un nombre de yacbes et de pots de bière ou d*bydromel suffisant pour défrayer un banquet. Cette coutume est si enracinée qu'on voit de pauyres gens économiser toute leur vie pour avoir de quoi payer ce teskar ou festin mortuaire.
Les Gallasy peuple peu civilisé qui est établi au midi del'AJi^yssinier croient à un dieuqulls regardent comme assez iadiflërent aux choses d'ici-bas, et ils se préoccupent beaucoup plus des bons on mauvais génies qu'ils sop^osenl résider dans Tintérieur d'une pierre ou dans eeloi d'un arbre. Leurs cérémonies religieuses sontmé- Jaugées de pratiques du paganisme; ils répandent, en forme de sacrifice, du beurre sur une pierre ; dans le cas de maladie, ils égorgent une poule sur un chemia, afin d'expier la malédiction ou de conjurer le mauvais sort. Pour connaître le résuliat d'une entreprise, ils sacrifient une brebis et ils examinent si le péritoine est l>lanc ou s*il a quelques taches de sang; dans le premier cas« Taogure est favorable ; dans le second, il est fioneste. Cette pratique se rattache À la tradition soi* vante : on rapporte qu'un jour le livre sacré descendit du ciel et que daus ce livre on lisait l'avenir ; quelque temps après une brebis mangea ce livre qui devint de la graisse, et voilà pourquoi cette graisse est omsQitée. Dans toute l'Aby&sinie, on croit au mauvais œil, et lorsqu'un homme de distinction se met à boire, un domestique étettd un liage devant lui afin de le préaenrer de cette influence pernicieuse. On ne doute pas qu'on na paisse ôtre garanti .des maladies et des blessures esportanleiur soi des sachets qui contiennenl d^&x^i* fats tirés de rEeriture sainte. Enfin on ^VXiVIbvv^ kt«t* uiBâg plasaa» des renas singnUèreB > \e\\^^ ^^91^ ^
foire retrouver un objet perda, de préserver de la morsure des serpents, de rendre les femmes enceintes.
Fia da m«Bd«.
L*esprit humain a toujours voulu pénétrer dans les mystères qui lui sont inaccessibles ; déterminer la date précise de la destruction de notre planôle est un problème qu'on a tenté de résoudre, mais le succès n'a pas couronné les tentatives faites dans ce but. Les rabbins prétendent que le monde doit durer six mille ans, et ils basent cette opinion sur des arguments qui leur semblent d'un grand poids, mais que bien des gens trouveront assez futiles : 1* le nom de Dieu est formé en hébreu de six lettres, dont chacune forme un millénaire; 2* la lettre m est répétée six fois dans le premier chapitre de la Genèse ; 3* ce fut après six générations que le patriarche Enoch fut enlevé au ciel; 4"^ le Seigneur employa six jours à créer le monde; 5<» le nombre six est formé de trois binaires, le premier d*entre eux, c'est-à-dire 2,000 ans, représente la durée de la loi de nature ; le second est le domaine de la loi écrite; le troisième est affecté à la loi de grâce, au règne du Messie.
D'anciens philosophes avaient posé en principe que le monde doit être détruit lorsque les cieux et les astres auront achevé leurs cours, c'est-à-dire lorsqu'ils seront revenus au point où ils étaient au moment de la création; mais quelle est la durée de cette grande révolution? C'est ce qu'il est bien difficile de déterminer : . quelques-uns ont pensé qu'il fs^Uait 7,777 ans, d'autres se sont prononcé pour 9,977 ; on a aussi parlé de 49,8(^4 années. Nous faisons grâce a.\i\QcX^\a ^<&% ^^V;^% «ur lUfsquels on a prétendu élabWx ce^Oci:\tùtei^.l\^^\\
CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES. i&9
trouYé des docteurs qai ont heurensement montré que le monde devait durer bien davantage : on a parlé de 25,000, de 40,000 et même de 300,000 ans.
A la fin du dixième siècle, on se persuada que la fin du monde était très-prochaine, car l'on calculait que les six mille ans d*existence accordés à notre globe allaient expirer. De riches pécheurs se flattèrent de racheter leurs fautes en faisant aux couvents et à l'église donation de leurs biens, et on conserve encore des actes qui portent la formule appropinquante mundi termino.
Des signes effrayants doivent d*«illeurs annoncer rapproche de la catastrophe finale ; ils sont au nombre de quinze , s'il faut en croire un opuscule , intitulé . Qumdeeim signa horribilia de fine mundiy pvibhé vers 1 490. Un autre écrit : Epistola ad omne humanum genus^ imprimé vers la même époque , annonce Tarrivée du prophète Enoch et se termine judicieusement en disant : Qui potesi capere capiat.
Nous avons eu sous les yeux un volume intitulé : Romœ ruina finalis^ anno Domini 1666, imprimé à Londres en 1665, in-4'^. L'auteur est un presbytérien anglais caché sous les initiales J. W., lequel annonce qu'il est de son devoir de s'adresser aux Anglais qui résident à Rome , attendu que cette ville doit être détruite de fond en comble en 1666, et qu'ils pourront, à l'aide de cet avertissement, échapper aux dangers qui les menacent. Voici les graves motifs qui déterminent cet auteur à fixer l'année 1666 comme celle de la destruction de Rome, et à prétendre que la fin du monde doit arriver quarante-cinq ans après cette date, c'est-àdh'e en HH . Le nombre de la bête de V A^o^^V^^^ ^^X uee; Je$ lettres numérales que renleraveûX \^^ \ûSiN& Âlacmderepiseopus Romœ (AlexaudTQyiL,6VQL^Ti \W^
iM) CURIOSITÉS THÉOI«061QUB8k
fonnent parleur adéilioak mèmer nombre 4666. Daniel % prédît que le aoid» fininil ^araQle ai» après laehute de rAiilecbri«;dofte«Tfteii n'est plus certain qoe les dates qm fixe notre acitènrpear cesi grands cataclysines.
Parmi les propbétes de ce genre, n'oublions pas T^sphere ëe Cusance, qui date ses écrfts^ de fHermitage du ebamp berealéen, près Tbëbes, Tan t3S6. Il raconte qne, par suite â*ane Tision, il se rendit à Tbèbes pour reebereber des livres de prophéties; dans le nombre de ceux qu'il trouva et dont il fit usage, nous cflerensles Kvres dn granad proplièfe Josebim, la Révélation de Robeam, eto.
Les pronosticatSons qne Télesphore cbercfae s expii q^ïer sont des pbrases d'un latin barbare et inintelligible. En vord on exemple ; Defncep^ virgtms araetato paneris a^ possum nwn nnlfonum regnabwnt fttmosr chvif actiùnarff.
Après avoir racooté fort longuement les faits et gestes de r Antéchrist, Fauteur suppute combien de temps Tanîvers doit exister. D'après ses calculs, la fin du monde doit tomber en fan 1800. Le prophète s*ést trompa, mais il avah pris ses précautions , car il a eu soin db dire: « Toutefois, nul ne sçait de certain combien lamonde doit durer. »
Toutes ces belles choses sont consignées.dans un p6«tit volume devenu rare, le Livre inervetUeux contenant en bref la peur et substance de pliÂsiturs traitez de prophéties et révélations; Pai'is, 1588.
Un grand nombre de savants ont voulu fixer aniosle' Tannée qoi verrait la destruction du monde.
EnrHie, Bengei tenta de donner une expUeatîon àm tij^pse; il fixe la fin.deftqoaranle-deiuE moift et.
CUaiOSlTËS THÉOLOGIQUESb tU
da nombre de la bête aa Si mai 4840; la destraclkii de la bote doit avoir lieu le 48 juin 1836.
Dans OD jE^c^oî sur les nombres de Daniel ei de saèa Jeariy écrit en 4766, Barton établit, à Taide de calculs très-compliqués, que c'est Tan S436 que les Gentils se convertiront et que le millenium commencera; le combat de Gog et de Magog aura lieu en 3430. Giayton, évéque de Clogher, chercha, en Tan 4754 , à démontrer que l'an 2000 ou à peu près, Ta papauté cessera d'exis-* ter et que la nation juive formera un corps de nation. Galfoerston, dans ses Lectures npon Ihe prophecies of J9hn (Édinburgh, 4848, S vol. in-8<>), explique que la bataille d*Annageddon a commencé en 1815, et qu'elle doit finir, en 4821, parla destruction totale de 1* Église romaine.
Antoine Vîeîra, prédicateur portugais qui jouissait an dix-septième siècle d^nne réputation étendue, s*est exprimé de la sorte, à Tégard du jugement dernier, dans un de ses sermons :
« Les âmes étant unies aux corps et les hoinmes étant retournés à leur première forme, ils se rendront loos an lieu du jugement; ceux qui seront ressuscites pour être heureux seront gais et alertes, et ceux qai seront ressuscites pour leur malheur seront mélancoliques. Ge sera alors pour la première fois que le genre humain se verra lui-même, parce que tous ceux qui n'ont jamais été, qui sont et qui doivent encore être, se trou- ▼eront tous rassemblés dans la vallée de Josaphat. Ah! si ee jour n'était pas si fâcheux, que ce serait un beau spectacle de voir là ensemble les fameux personnages de tous les âges ! »
Le prédicateur se propose ensuite une difficulté : « Je prévois qu'on va me demander : « Gomment est-il pos- « sible qu'une multitude si immense avl v^ «TvXt^t Vs^
âd2 CURIOSITÉS THË0L06IQUES.
«I entière dans une vallée t o Avant de répondre à cetle objection , il s'écrie naïvement : « La difficulté est bonne, plaise à Diea que la réponse le soit aussi. »
F«flUB«s visioBBair«s.
Comme modèle de visions absurdes et souvent fort inconvenantes, on peut citer la Vie et les Révélations d'Agnès Blannbeckin, religieuse, en Autriche, au treizième siècle, écrites par son confesseur et publiées d'après un ancien manuscrit à Vienne, en 4731, par le savant bénédictin 6. Pez, qui y a Joint un ouvrage d'un autre bénédictin, résidant dans un couvent près de Ratisbonne. Ce dernier livre est intitulé : Liber de mirar cuits sancti Deigenitriciis Mariœ; il est rempli d'absur* dites et de contes ridicules ; on y lit, entre autres choses, qu'une certaine abbesse se trouvant enceinte, la sainte Vierge lui envoya deux anges pour l'accoucher; ils firent les fonctions de sage-femme , et ils remirent ensuite le bâtard à un ermite, afin qu'il l'élevàt jusqu'à rage de sept ans. La Vie d'Agnès de Blannbeckin n'a guère sa pareille en fait d'inconvenances.
A propos de visionnaires n'oublions pas Catherine Théot, à laquelle on fit prendre le nom de Theos (mot qui, en grec, signifie divinité) et qui joua un rôle public en 4794, au moment le plus périlleux de la période révolutionnaire. Née dans un village près d'Avranches^ et venue jeune à Paris, son cerveau s'était dérangé; elle crut avoir des visions; elle se donna tantôt comme une Eve nouvelle, tantôt comme la mère de Dieu; elle était appelée à régénérer le genre humain. Elle fut enfermée comme folle avant la révolution, et .cette mesure ayant calmé son exalta-
tioD, elle fdt rendae à la liberté. Sons le règne de la ConyentioD, elle recommença à débiter ses rêyeries devant des niais et surtout devant des femmes du peuple qui ne doutaient pas de sa mission surnaturelle. La police Tarrôta dans un grenier au fond du faubourg Saint- Jacques, et on voulut rattacher les folies de cette vieille illuminée à quelque grand complot politique. Un membre du Comité de salut public , Yadier, fit un rapport dans lequel il prétendit découvrir là une conspiration dirigée par Pitt, Cobourg et le pape, afin de renverser la République. Le fougueux conventionnel soutint que cette affaire était dirigée par les Jésuites, nom qu*on fut très-étonné d'entendre prononcera Paris en 1794. La pauvre Catherine, déjà septuagénaire, allait passer devant le tribunal révolutionnaire, c*est-à' (tire devant des juges qui n'acquittaient pas et qui n'appliquafent jamais d'autre peine que la mort; mais quelques semaines après son arrestation, elle trépassa tout naturellement à la Conciergerie.
Gerson, dans son Traité des vérités nécessaires au salut, parle d'une visionnaire de Savoie dont le procès fut Instruit à Bourg-en- Bresse. Cette femme se donnait modestement pour une des cinq personnes que Dieu avait choisies afin de racheter les âmes de Venfer.
A l'époque du règne de Louis XVI , une demoiselle Brohaneut l'idée de créer une association, et elle trouva des sympathies parmi des personnes de la haute société, et des membres du clergé.
Il s'agissait de former un ordre, dit des Victimes, destiné à reproduire avec des grâces nouvelles Tineffable bienfait de la médiation du Sauveur. Les victimes devaient avoir, à ce qu'alQrmait leur institutrice, un excès de grâce divine qu'elles pouvaient utilement appliquer à détourner les fléaux dont éuit menacé le genre hu-
Ifé CURIOSITÉS TRÊOLOGIQUES.
maio; allei prenaient sur elles Taiiatlièine général» et derenaient de la sorte le centre commou, le réservoir de tontes les fayears diyines, IHen se servant de leur canal ponr les répandre snr la terre. En 4774, la pro* phétesse écrivit iirarehevéqne Christophe de Beaomont» ponr loi prédire qne Dien allait jnger les nations, dé^ cimcrla tPrre et faire choix d*an penple nouvean; il était donc indispensable, ponr détourner les coups de hi colère céleste, d'établir des victimes qui s'immolassent continuellement à Dieu. Le prélat ne tint point compte des aberrations de cette visionnaire. Elle se retourna alors revs Louis XV» aiu[uel il ne restait que bien peu de temps à yiyre, et, lai exposant fort en détail dans un placet ses idées snr le rôle des victimes , elle demanda aa m(marque une de ses filles. Madame Victoire, pour être du nombre. Ces victimes devaieot être douze, dont six hommes placés au second rang ; tout l'honneur de la mission nouvelle revenait aux femmes.
Uvr»B dm piété himmrrmm «t omxi&maL,
Très longue serait la liste des ouvrages de piété qui, composés par des auteurs guidés par des intentiona louables, mais dénués de jugement et de goût» sont tombés dans le domaine du ridicule. Nous nous bornerons à signaler quelques-unes de ces productions.
Commençons par les AUamettes du feu divin, de Pierre Doré, docteur en théologie, de l'ordre des Frères Prêcheurs ; l'ouvrage est divisé en vingt-neuf chapitres, dont les titres sont assex singuliers. On y voit le nouveau fusil à allumer le feu, les sept soufflets pour faire le feu, la cloche du couvre-feu, etc. L'auteur annonce qu'il veut, au moyen de son paqnet soufré, reoiédier ^aux poutres méchancetés et aux méchantes pam^retés.
G0EIOSITËS THÉOLQGIQ0E& i»
aux lammUMeê mûères et aux misérables lœnmta^ tiims, aux pêrtls dasègereux et anx dangers périlleux du monde. Bien n'arrête sa verve en ce genre, pat même les louchantes paroles de Jésus-Christ sur la croix: «Mon Père, je remets mon esprit en tes mains! » Paroles, dil-il» qni sont on sifflet et xm soufflet pour faire hrûJer nos ocBora du feu d'amonr divin. »
Un volome imprimé à Paris vers 1 520 est intittdé : Quadragésimal spiritnel on la Salade du carême. C'est une allégorie assez singulière, ainsi qu'on peut en juger par Textrait suivant :
« La salade qu'on mange en carême à rentrée è» tahle, c*est la parole de Dieu qui doit nous donner appétit et courage. L'huBe de douceur et le vinaigre d'aigreur qu'on met par parties égales dans la salade, sont l'image de la miséricorde et de la justice divine. Les fèves frites représentent la confession. Il faut pour bien cuire que les fèves trempent dans l'eau ; il faut que le pë&iteni se trempe dans Feau de méditation. Les pois' qoà ne cuisent bien que dans l'eau de rivière, emblème delà pénitence qui dkût être accompagnée de la contrition véritable. La purée qui pare bien les diners de ca* rême et qui se passe par Tétamine, c'est l'image de la résolution de s'abstenir de péché. La lamproye, poisson excellent et d*nn lurix élevé, c'est la rémission des pé* chés; il faut la payer en rendant tout ce qu'on retient ii^usteiaent, en étant toute rancune du coffre du cœur^ « sinon vous ne mangeres cette lamproie dignement avec son sang, dnqael est faicte la bonne sauce, c'est àiçavoir le mérite de la passion. »
«Par le safran qui doit estre mis en tous les potages, sauces et viandes quadragésimales, s'entend la joie de paradis, laqoeUe i^us devons penser en toutes nos opérations, odorer et assortir. Sans le safran, nous n'aurons
iM CURIOSITÉS THÉ0L06IQDES.
Jamais bonne purée, bons pois passés, ni bonne sauce ; pareillement, sans penser aux Joies de paradis, ne pouYons avoir bons potages spirituels. »
Le Fagot de rniprrhe^ imprimé à Paris vers la fin du quinzième siècle, ou Diwt traité^ prêché par un beau père de Tobseryance de Saint-François, est une espèce d'homélie qui a pour texte ces paroles du Cantique des Cantiques : Pasdeulus myrrhe^ dilectu8meu8,mihi mtra ubera eommorabitur. Cet interminable sermon de cent quatre-vingt-douze pages fat prêché pendant le carême de 4525; il est divisé en trente-trois branches qui sont subdivisées en chapitres; c*est un récit de la vie de Jésus-Christ mêlé de contemplations et d'oraisons.
Voici quelques passages assez curieux : « Dieu envoyaàlaViergerarchangeGabrielaveclettresdecréance où quatre points étaient contenus. — mon Dieu ! avez différé de venir cinq mille ans pour la punition d'un seul péché qui n'était point mal, sinon prohibé, pour bien nous montrer combien juge austère vous serez par delà. — En la maison d*autruy Jésus fut né, en maison d*autrny il conversait; au monument d'autruy a été enseveli, et, pour montrer qu'il n*avait point un pied de terre, comme Moïse a écrit de lui, il a voulu mourir en l'air. •
Le Moutardier spirituel qui fait étemuer les âmes dévotes constipées dans la dévotion^ est un titre fait à plaisir, vers le milieu du dix-huitième siècle, pour un opuscule qui n*a rien do commun avec la piété (1 ) ; mais on assure qu'il a existé deux livres de dévotion intitulés : la Tabatière spirituelle pour faire étemuer les âmes dévo'.es vers le Sauveur^ et la Seringue spirituelle pour
(1) Voir le Jtfafitiel du libraire de M. J. Cb. BruDet, t. III, p. 470.
Uê âmes cofutipées en dévotion. Ces écrits sont d'ailleurs très-peu connus, et les bibliophiles les plus actifs ne les ont jamais rencontrés.
Le P. Paul Barry, jésuite, fit rire à ses dépens au dixseptième siècle en publiant le Paradis ouvert à PhUagée par cent dévotions à la Mère de Dieu. Entre autres preuves singulières d'attachement pour Marie que mentionne ce bon Père, on distingue celle-ci : choisir plutôt Tenfer que si la Vierge n'était pas la mère de Dieu; donner aux pauvres pour l'amour de la Vierge le gain du jeu ; fléchir cent fois les genoux pour honorer la Vierge, en récitant xm Ave Maria chaque fois ; quitter sa place du paradis, si besoin était, pour la céder à la sainte Vierge ; prier les anges de la saluer de notre part ; prendre tous les jours au sort une dévotion à la Vierge ponr la pratiquer ce jour-là ; regarder avec amour toutes les images de la Vierge qu'on rencontrera.
Quelques amateurs de liyres singuliers recherchent, à cause de leurs titres étranges et de leur contenu parfois bizarre, d'autres ouvrages du même genre, que d'ailleurs on se garde bien de lire, tels que :
Le Cerf spirituel exprimant le saint désir de Tàme d'être avec sonDiea, selon le psaume 41 : Quemadmodum desiderat cervus. Paris, sans date.
Le Collège de sapience fondé en l'université de vertu auquel s'est rendue écolière Madeleine. Paris, 1555.
La Tourterelle deviduité, enseignant les veuves comment doivent vivre en bon état. ReimF, 1557.
Le Cabinet de l'àme fidèle, où sont contenus le Miroir spirituel, la Bague, la Couronne et le Coffret spirituel. Louvain, 1563.
Lunettes spirituelles pour conduire les femmes rallgienses. au chemin de perfection, traduit du latin de Denys le. Chartreux. Lyon, 1598.
458 G0RI0SITÉ8 THËOLOGIQUES.
L*Oreiller spîritael poor extirper les yices et planter les Tertas. Douai, 4599.
Le Pressoir mystiqœ, par J. Dintns, 4609.
Tablature spirituelle des offices et officiers de la coaronne de Jésus, couchés sur l'état royal de sa crèdie et payés sur Fépargne de l'étable de Bethléem. Paris, tl &20. Dans ce liyre bizarre, l'auteur n'a rien oublié pour la composition de la maison du Roi des rois. Oulre les grands dignitaires, l'o/^Setére du maiilot du petit lësuêy la filk de chambre de la Mère du petit Jésus, et la servante auleseitmge des couches, y tiennent un rang distingué. Viennent ensuite les ofôciers chargés de ianer les écudki, chasser k$ chiens etpuMer les anùnaïux de ia crèche du petit Jébus. Il n'y apas jusqu'à l'âne qui A'ait scmgentl&iDmme servant.
Dans les vieux noëis et dans les anciens cantiques, il se trouve souvent des choses que nos bons aïeux lîsatont comme œuvre pie et qui passeraient aujourd'hui à bon droit pour des plaisanteries très-hasardées. JEa voici un exemple que nous prenons dans un livret fort rare, imprimé à Paris en i5S5 : Chansons etNoUs nouveaux que composa feu Lucas le Moigne, en son vivant curé âe Saiat-George du Puy, au diocèse de Poitou :
Ainsi la Vierge pncelle Le ^otix Sauveur enfanta; Joseph lui tint la chandelle Qui tout treod^lant regarda.
Signalons un livre fort singulier, faitpasr uu Domini* cain en l'honneur du Rosaire.
Le Paradis terrestre du saint Rasaùne de Vaufusie Vierge, mère de Dieu, divisé •en douse Jardina à Ismi
CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES. ft59
Parterres, autreiaenten douze Octaves à hait Discours, excepté le onzième qui en a douze.
(( Idée qai, sans aucun trait de poésie, va produire une rose à cent feuiHes, ou cent discours très-propres sur la même matière du Rosaire ; par le P. Fatou. A Saint- Omer, 1692, in-8\ »
Ce li\rre bizarre par son titre Test aussi par les preuves qu'il contient.
Uauteur trouve toutes les utilités du Rosaire dans le mot Psalterium, composé de dix lettres; ce qui se peut, dit-il, rapporter aux dix cordes du Psautier, à la différence de la barpe.
Le P signifie que le Rosaire obtient Pénitence aux Pécheurs.
VS, qu*il donne à boire et qa*il rassasie les Sitibonds, c*est-à-dlre ceux qui ont Soif.
LU, qu'il ménage rAbsolution ou la liberté à ceux qui sont liés.
L^L, qu*il procure de la Liesse, c'est-à-dire de la joie à ceux qui vivent dans des Lamentations.
Le 7, qu'il rapporte de la Tranquillité à ceux qui sont dans la Tentation ou peine d'esprit.
• L'^, qu'il Envoie bien loin la pauvreté.
L'A, qu'il Rend la Réforme aux Religieux tombés dans le Relâchement.
L7, qu'il verse de llntelli^encedans l'esprit des Ignorants.
VU, qu'il surmonte les ruines des Vivants.
L'M, qu'il obtient la Miséricorde aux Morts par voie de suffrages.
Dix merveilles pleines de consolation, que le pieux auteur représente encore bien mieux par ces paroles latines, dont dix fois trois forment par les mêmes lettres le mot de PsaUmmi.
*9eeeaUnibu$
*rsTœUat
^tK^Mtenliam,
^^iemtibus
^tUUlat
^Àmeiatem,
WUigaiU
Wdéucit
^^fsoluiionem.
t'mgetmbui
^^argitur
btffitiam.
*.9tntatis
•Sroiitl
^^anquillUaUm,
t^genorum
t^xpellU
^.gestatem.
^neUgiosi
^ddU
^formationem,
***gnorantibus
^-^ndueit
^ntelligentiam.
^vU
-Mincit
^astitatem.
^SprtuU
^ttii
^ericordiam.
« Tons ces dix effets sont si avantageux, qn^on seul doit être capable, étant bien pris, de nous faire mourir de consolation; combien donc en donnent aux bons cœurs de nos rosaristes, ces dix canaux de satisfactions célestes que Jésus et Marie leur envoient en récompense de leur fidélité à réciter le Psautier. »
Une médecine spirituelle pour guérir la mélancolie et autres maladies intérieures est indiquée tout au long dans les Cantiques spirituels de Camowr divin, Paris, 1677, souvent réimprimés. Nous allons transcrire ces vers peu connus aujourd'hui :
Un petit grain de pure foi Qui soit simple et de bon aloi.
Un quarteron de tempérance, Douze onces de dévotion Avec autant de patience Et de mortification, Une livre de piété, Le même poids de pureté, Et guère moins d'indifférence, Un manipule de raison.
Trente dragmes de sapience Et du moins autant d*oraison.
CURIOSITÉS THÉOLOGIQUBS. iOi
Ne craignez pas d*en mal user.
Quand vous ferez tout infuser Dans une pénitence sainte, Ni de boire soir et matin.
Sans aucun dégoût et sans plainte.
De ce breuvage tout divin.
Le Ccmttque d'une mère qui ne veut plus étudier que l'amour de Jésus^Christ^ dont elle compose une conjugaison spirituelle^ est aussi chose fort singoilère :
Nominatif, Jésus mon roi, Génitif, je suis son ouvrage.
Au datif, il se donne à moi, Accusatif, c'est mon partage.
Vocatif, je Tinvoquerai, Ablatif, par lui tout ferai.
L'histoire des pèlerins d*Emmaûs est racontée d*une façon qui tient du burlesque dans un très-long cantique inséré dans un recueil publié au Puy en 1683 ; nous nous contenterons d*en citer quelques strophes :
Jésus, cédant à leurs efforts,
—Vous le voulez, dit-il; d'accord.
Je ferai ce qu*il vous plaira. Alléluia.
Ils prennent logis bien joyeux,
Ils le font asseoir auprès d'eux ;
Peu de temps après on soupa. Alléluia.
Pour lors Jésus prenant le pain
£t le bénissant de sa main,
11 dit : « C'est moi, » puis s'écljpsa. Alléluia.
Mes pèlerins bien étonnés
Se regardant Tun l'autre au nez
Après avoir fait un grand Hal Alléluia.
—Vite, allons voir, ne tardons pas,
162 CURIOSITÉS TBÉOLOGIQUES.
Pierre, Anâré, Jean, Jacques, Thomas,
Âh ! qu'est-ce que Simon dira? Alléluia.
Ils Yolent plut^ qu'ils ne vont,
A chaque pas Ils font un bond,
Ils entrent sans dire : Holà ! Alléluia.
Tout transportés, à haute TOix
Ils parlent tous deux à la fois :
-* Pierre, écoutez; Simon, paix là. Alléluia.
Vive Jésus, pour tout bonsoir.
Il vit» nous venons de le voir;
Il nous a dit ceci, cela. Alléluia.
Le cantique qui explique le bonheur des servantes et cequ*elles doivent faire pour se sanctifier dans leur état ne manque pas d*originalité :
Le grand Dieu a pris plaisir
De Venir Ici-bas pour nous servir ; Mon état est donc sublime Et je dois en faire estime .
Et il a dit fréquemment
Seulement Dans le Nouveau Testament :
Que le plus grand des apôtres Soit le serviteur des autres....
En nettoyant les babits
Noirs ou gris.
De drap, de serge en tabis Je mets toutes mes études A régler mes babitudss.
Si dans notre pot je mets
Des navets, De Toseflle ou des panais. Lorsque j'en ôte Verdure, Je songe à me rendre pure.
CURIOSITÉS THÉOLOGIQVES. âil
Lt balai et le sabloo.
Le saton, La yergetle et le torchon lie donnent la sainte envie De purifier ma vie.
Des refrains da temps qui accompagnaient maintes fois des airs très-pro&mes s'adaptaient alors tant bien que mal à des chants de piété. En Toici deax exemples :
Je me moque de Satan,
Cette sale créature ;
Je lui dis d'abord : Va-t'en !
Tnrelure !
Va-t'en avec ton ordure, ViUint turelure, lure.
Je lui erache en même temps Et je Taccable d'injures Je lui dis : Pourceau puant,
Turelure, etc.
Ecraseï, Mère de Dieu, Cette infâme créature.
Ce gros vilain serpent vieux.
Turelure, etc.
Vous qui cbantez incessamment
La cbanson du bon branle, Un Jour à votre enterrement Les sonneurs viendront tristement Uettre les eleehes en branle ; Si vous pensez à ce moment»
C'est fait de tous les branles
Quand quatre ais font notre maison Et qu^on nous porte en branle Dans la terre sur deux bâtons £t qu'on nous met d'un triste ton Toutes les clocbes en branle, Adien, plaisir; adieu ebansons; C'est fait de tonales braaUs.
m CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES.
On distingae comme un singulier mélange de dévotion et de chicane, un volume unique sans doute en son genre, et devenu peu commun, le Psautier des plaideurs équitables (Psalterium juste litlgantium) composé par un curé d'Avranches, Jacques de Camp-Rond, imprimé en 1597 et dédié au parlement de Rouen.
Cette composition bizarre indique les psaumes et cantiques qu'il faut réciter quand on vent l'emporter sur son adversaire.
Dans ce but; Taureur a divisé son psautier en autant de parts qu'il y a de jours dans la semaine.
Il y a pour chaque jour quatre psaumes et un cantique.
Le premier psaume contient une oraison en forme de supplique adressée à Dieu par le juste plaideur, qui est effrayé de voir ses ennemis animés et coalisés contre lui.
Dans le second psaume, le même juste litigans se plaint d'être en butte aux traits de ses ennemis.
Dans le troisième, il élève sa voix vers Dieu dont il implore la miséricorde.
Dans le quatrième, Dieu vient à son secours.
Le cinquième est un cantique d'action de grâces dans lequel le plaideur remercie Dieu d'avoir écouté sa plainte et confondu ses ennemis.
Supposons un mineur que d'avides parents voudraient dépouiller de son héritage.
Il dira d'abord : « Adolescentulusego sum.„ Je suis un enfant et on me méprise ; mes parents se sont assem blés et ils complotent contre moi. Usquequo exaltabitur inimicus... Jusques à quand mes ennemis remporteront-ils sur moi? »
«lïAi'dereUctus est pattper..»Se\çskfc\«,Vi'^^^w\^\i!a. qae vous Dour pro*tôcieur \ noto î^asi&Vfcx^x xoi ^\^<îi-
lin; je suis paayre, Seigneur, aidez-moi. Seigneur, tu r as entendu ma prière ; tu as donné rhéritage, hereditatem dedistik ceux qui craignent ton nom. »
Ces citations sont plus que suffisantes pour faire juger de ce livre étrange. Uauteur nous apprend d'ailleurs qu'il était en procès avec un voisin qui l'accusait d'avoir contribué au pillage de sa maison pendant les troubles • de la Ligue, et qui réclamait pour ce méfait de gros dommages et intérêts, f amp-Rond explique assez longuement son affaire, et se recommande à ses juges au nom du roi David.
Une autre composition, qui remonte à une époque assez reculée, est une fiction moitié dévote, moitié légale et passablement extraordinaire ; elle est Fouvrage d'un des plus éminents jurisconsultes du quatorzième siècle, le fameux Barthole : Processus Satanœ contra D. Virginem coram judice Jesu ; ce légiste crut faire quelque cbose de très-ingénieux en imaginant de présenter sous une fiction religieuse les règles du droit romain et le style du temps. Afin de donner une idée d*une procédure instruite dans les formes, il imagine un procès entre la sainte Vierge et le diable ; il représente Satan comme voulant remettre Vespèce humaine sous le joug où elle était tombée par la faute d'Adam ; dans ce but, Tarchange rebelle traduit les hommes devant le tribunal de Jésus-Christ.
Satan voulait donner assignation du jour au lendemain, mais le Sauveur s'y oppose et fait observer que le délai serait trop court pour comparaître, parce qu'il y a bien loin de la terre au ciel : Longa vta est a terra usque ad cœlum; il permet en conséquence d'assigner à trois jours. Satan calcule alors que VëcYiè^a^^V^tcX^^^'^ Je vendredi'SSLîntj et il cite à Jésus les \o\s ^ Xifc ^^xmettent pas d'assigûer à un jouT de %Vô*^«N&'i^«Q3b-
166 GURIOSITâS THÉOLOGIQUES.
Chrîsi dispense de cette formalité en vertu d*amres lois qui, en certains cas, donnent ce droit aux juge?.
L'assignation est donc donnée à trois jours par Vange Gabriel.
An jour indiqué, le diable comparaît et demande si qiielqu*aa ose parler pour le genre bumain. La Vierge " 86 présente, mais le diable la récuse par deux raisons, k première, parce qu*étam mère da juge, elle pourrait trop aisément le faire prononcer e^ favear de sa partie. La seconde, c'est que les femmes sont exclues de la fonction d^avocat. Il appuie ces deux motifs sur des paragr^H^s tirés du Digeste et du Code.
De son côté, la Vierge invoque les lois et les paragraphes qui autorisent les femmes à ester en juge^ went pour les veuves, les pupilles et les misérables. EUe gagne ce point : Jésus-Christ lui permet de plaider pour les hommes. Alors le diable demande la provision comme ayant été possesseur du genre humain de* puis la chute d'Adam, selon la règle de droit : Spolia^ ttAs ante omnia re$ti(uendus (il faut avaut tout remettre eft possession celui qui a été dépouillé). Il fait en outre valoir pour lui la prescription. La Vierge lui oppose le texle^da droit : Quod vi aui clamy autpreeario; eUesoiitient qu'un possesseur de mauTaise foi ne peut acquérir par la voie de prescription, et elle le prouve par la troisième loi, paragraphe dernier, du titre du Digesie : De acquirenda poaessiont^ Jésus-Christ déboute le diable de la provision ; le fond du procès se discute ensuite à grands renforts de cLtations des Pandeeles.
Barthole trouva un imitateur dans la personne de Jacques Galladino, plnt connu sous le nom de Jacques de Theramo (nom de la ville où il était né en 4 349) . Il lut archevêque, légat du pape, et mourut en un. Son livre «et iatimlé : PnKessus Ludferi canira Jesum co-
CURIOSITÉS THÉOLOGIQUfiS. 167
ramjudiee Salonume. Un moine aagustin, Pierre Far* gety en donna une tradaction française.
Des graYores sur bois passablement étranges montrent les démons habillés en huissiers, sergents, procureurs, greffiers et avocats consultants de l'enfer. Sa* lomon est lé Juge de ceUe cause importante ; Moïse est Tarocat de Jésus-Christ. On fait une enquête; on en* tend les témoins : Dayid, Isa!e, Ézéchiel, saint Jean- Baptiste sont du nombre ; ils sont tous favorables à Je* sus*€lHist ; Bélial ne s'en défend pas moins avec le plus vif aclianiement. On plaide sur le possessoire et sur le péttloire. SaUmion prononce enfin un arrêt qui cou» damna Bélial; le di2d)le ne se tient point pour battu ; il . en appelle au souverain juge, à Dieu le Père. Bialgré la parenté du jogi avec la partie adverse, Bélial ne le ré* cuse pas, mais il propose un compromis; Aristote est arbitre da côté de Jésus-Christ, Jérémie Test du côté du diable ; Isaïe est le tiers arbitre qui décidera la question. Le diable perd enfin son procès. Les juifis et les psoens qui sont intenreous sont également condamnés. Les chrétiens pécheurs de tous états seraient peut-être traités pHts sévèrement, si la sainte Vierge n'intercédait pour eux.
Parmi les ouvrages qu'enfanta le défaut de goût et la crédulité, on doit une mention spéciale aux Pia kUaria du P. Gazée; ce livre, U'aduit sous le titre des Pieuicê jofeusetés, fut maintes fois réknprimé dans la première moitié du dix-septième siècle. Il est rempli de miracles plus qu'apocryphes et de récits bizarres; donnons-en quelques échantillons.
Une cigale chantait les louanges de Dieu sur les doigts de saint François ; elle salua le saint par une inclination de tète ; le saint lui rendit son salut et lui dit : « Chantez, et que les louanges de Dieu soient l'agrément devaU^
doux concert. » Elle obéit, et chanta d'une voix plus n lodieuse que jamais ; tons les oiseaux des environsyiii ces, sœurs, filles, tout le parentage, et ce qn*il y ava de cigales dans le jardin accoururent pour entendre u si doux concert.
Un petit diablotin du dernier rang et de la dernière cuvée voulut gager pour mille verres de feo et de soufre et pour cent coups de fouet que saint Dominique tomberait dans ses filets et que tout au moins il loi ferait faire quelque petite escapade ; il entre par la cluh minée dans la chambre où le saint était en prière et prend la figure d'un singe des plus difformes; il commence au milieu de la chambre à faire mille toors» se roulant sur le plancher, faisant mille sauts ; il n*osait pas tirer la robe du saint, mais enfin il saute sur la ta* ble où Dominique écrivait; le saint lui lance un regard terrible et lui ordonne de tenir la chandelle; le diable est contraint d*obéir; il essaye en vain de souffler le flambeau qui bientôt rôtit les ongles et brûle les pattes du malin hurlant et grinçant des dents. Le saint se moque de lui, et le chasse d*un coup de verge ; le malheureux retourne en enfer où il a encore à subir les peines qui résultent de la perte de sa gageure.
Une aventure analogue arriva à saint Dnnstan. Allié à la famille royale d*Angleterre, mais « ne faisant non plus d'estime des bombances de la vanité que d'une noix pourrie, » il s'était retiré dans un ermitage où il se plaisait à fabriquer des lames de fer et d'airain et à en faire des statues. Le diable se mit en tête de le distraire; il se présenta successivement sous diverses figures, tantôt comme un vieillard édenté et plein de rides, tantôt comme un jouvenceau attrayant et gaillard; il )rit enfin une figure bien plus dangereuse, celle d'une \lle «belle, agréable, gentille, ayant la gprge ouverte.
les cheveux frisés, » espérant par le vermillon de ses Jones, la proportion de son nez aquilin et par ses lèvres de rose, embraser l'esprit du saint; mais Dunstan était sur ses gardes ; retirant tout à coup du feu ses tenailles tontes brûlantes, il attrape le nçz du malin et le serre si fort que le pauvre diable ne peut s'enfuir; il hurle, fait mille imprécations, sifQe, crie^ puis use de prières, mais en vain, car le saint lui serra le nez plus fort que jamais et se moque de lui; enOn il est relâché et s*en retourne en enfer tout rôti et cachant son nez de sa main de peur d'ôtre moqué.
Un corbeau, que nourrissait un abbé, déroba un anneau qui avait été placé sur une table; l'abbé, après de longues et infructueuses recherches, fit fulminer une excommunication contre le voleur quel qu^il fût; aus* sitôt Toisean tomba de son arbre, muet et comme frappé par le feu du ciel; il ne fit que languir et se traîner dans le plus pileux état; on retrouva enfin l'anneau qu'il avait caché dans son nid sous de la paille ; Fabbé fit lever les censures de l'Église, et sur-le-champ la vie, la voix, la force et l'embonpoint revinrent à l'oiseau.
L'abbé Brochât emportant un chêne tout entier qu'on lui avait donné en riant et par gaucherie; saint Maclou célébrant la messe sur le dos d'une baleine ; deux petits enfants déjeunant avec Penfant Jésus ; tels sont, entre mille, les récits dans lesquels se complaît naïvement l'auteur des Picmes joyeusetës, et ses lecteurs n'avaient pas le moindre doute sur la réalité des narrations étranges qu'il leur débitait.
Qa«lqii«s ooiitam«s on pratlqa«s siBffolièrog.
Autrefois un Russe, avant d'avoir comm^\^^ v^^^^^a^^
femme, avait soin de voiler toutes les images des saints qui se trouvaient dans la chambre; il ôtait aussi les croix que tous les Russes portaient alors au cou, de peur qu'elle ne fût souillée par une action aussi pro * fane.
En Islande on a longtemps rendu un culte à la lune, culte qu'on mêlait aux pratiques du christianisme ; à chaque nouvelle lune, les Islandais se prosternaient de* vant Tastre de la nuit et récitaient en son honneur Toraison dominicale et diverses autres prières. Lorsque la lune était sur la fin de son déeoors, ils renouvelaient . leurs oraisons et ils priaient cet astre de les laisser aussi sainis qu'il les avait trouvés. Ce peuple avait aussi une a£fection particulière pour les loups; il faisait des prières pour ces animaux, et il s'imaginait qu'ils étaient, de la part de Jésus-Chrisf , l'objet d'une affection partir entière.
Diverses coutumes superstitieuses étaient répandues dans cette île glacée. Quand un cheval venait à mou* rir, on ne manquait pas de pendre son pied au plancher de la maison. Un Islandais auquel on aurait demandé du feu, le premier jour de mai, se serait bien gardé d'en d(»ner, persuadé qu'en agissant ainsi, il s'exposerait à de très-grands malheurs.
On peut citer comme un singulier exemple d*orgueil la prétention des chanoines de l'église de Saint- Jean, à Lyon ; on ne pouvait entrer dans ce chapitre qu'en faisant preuve de quatre générations de noblesse paternelle et maternelle. Ces ecclésiastiques, fiers de leur origine patricienne, prétendirentque d'aussi bons gentilshommes qu'eux n'étaient pas obligés de se mettre à genoux lors de l'élévation de l'hostie. La Sorbonne condamna cette prétention comme arrogante et scandaleuse ; pourvoi : ^<9 ispait des chanoinesi qui soulinrenii^iâU Sorbonne
CURIOSITÉS THÊ0L06IQUES. 171
n'avait point de juridiction sur eux; arrêt du conseil du Toif en date da 23 août 4583, qui, sans approuver la prétention des chanoines, cassa la censure de la Sorbonne.
Une des dispenses les plus bizarres que Ton connaisse est celle que le pape Alexandre YI accorda à la famille espagnole de Borgia, à laquelle il appartenait, comoie tout le monde sait. Il lui octroya le privilège de faire à perpétuité gras le jour du vendredi saint.
Un capitulaire de Pépin le Bref commande de donner la bastonnade à tout ecclésiastique ou à tout moine qui viendra à la cour porter des plaintes contre son éfèque ou son abbé. Udo autre ordonnance de Tempereur Louisiy fils de Qiarlemagne, défend de se recoucher après matines.
Dans k Mingrélie et la Géorgie, on a beaucoup de dévotion pour saint George ; à Tépoque des vendanges, tout propriétaire met à part une futaille de vin qu*il conserve au saint martyr; on la renferme dans la cave et personne n'y touche jesqu'au jour de la fête du saint. Alors le maître de la maison remplit de ^in un flacon et le porte à Téglise afin d'en faire hommage à son pa* trou. De retour chez lui, il immole un chevreau dont il Téfi&SÈà le sang autour de la futaille ; ensuite il se met à rœuvre, aidé de sa famille et de ses amis, pour la vider complètement, et la fête se termine par une scène dégoûtsmte d'ivrognerie.
Qoiétlsiii*.
On sait que vers la fin du dix-septième siècle quelques dévots, à force de vouloir s'élever aux plus sublimes hauteurs de la contemiglaim, %'Vc&a^^^\& ^3^
leur âme pouvait se réunir à Tessence divine, et qu'alors ce que faisais le corps était chose très-indifférente.
Un prêtre, nommé Molinos, ayant affirmé quelque chose de semblable, fut arrêté à Rome par Tloquisition et mourut en prisoû.«£n France, une femme, douée de beaucoup d'esprit et d'imagination, madame GuyoD, avança sur le quiétisme des idées qui devinrent célèbres par suite de l'assentiment que leur donna Féne- Ion et de la très-vive opposition qu'elles rencontrèrent de la part de Bossuet.
Nous n'avons pas à retracer ici le tableau de cette controverse fameuse ; nous mentionnerons seulement un ouvrage très-peu connu de La Bruyère : Dialogues posthumes sur le quiétisme (H99), Dans cette composition, qui rappelle à certains égards les Lettres provins cialeSf les interlocuteurs sont : une dévote jeune et belle, un directeur quiétiste et un docteur de Sorbonne. Nous citerons l'Oraison dominicale réformée, à l'usage des quiétistes :
« Dieu qui n'êtes pas plus au ciel que sur la terre et dans les enfers, je ne veux ni ne désire que votre nom soit sanctifié ; vous savez ce qui vous convient ; si vous voulez qu'il le soit, il le sera sans que je le veuille et le désire; que votre royaume arrive ou n'arrive pas, cela m'est indifférent. Je ne vous demande pas que votre volonté soit faite en la terre comme au ciel ; elle le sera malgré que j'en aie. C'est à moi à m*y résigner. Donnez-nous à tous notre pain de tous les jours qui est votre grâce, ou ne nous la donnez pas ; je ne souhaite ni de l'avoir, ni d'en être privé ; de même, si vous me pardonnez mes crimes comme je pardonne à ceux qui m'oDt offensé, tant mieux. Si vous m'en punissez, au contraire, par la damnation étemelle^ tant mieux encore, puisque c'est votre bou i^Umr. ^uûn, mon
Dieu, je suis trop abandonné à votre volonté pour vous prier de me délivrer des tentations du péché. »
Missels singuliers.
On insérait dans les anciens missels et surtout dans les calendriers qui les précédaient beaucoup de choses ridicules.
Le missel romain, imprimé à Venise en 1512, porte au mois de janvier : « Pocula Iseta plus amat, et coii« vivia Janus. > Au mois de février : « Fac sepes, statuasoliveta, rosaria sparge. » Au mois de mars : « Boves tune compara, equas maribus subdas. » Au mois d'avril : « Yentrem solvas. minuasque cruorem. » Au mois d'août : « Ac Venus absit et gula. »
Dans le missel de Chartres de 1552 et dans celui du Mans de 1559 on voit, au mois d'août : « Raro dormitet, asstum coïtum quoque vitet ; » et, au mois de novembre : « Balnea cum Venere tune nulli r rosit habere. » Dans le missel de l'ordre de Fonlevrault de 1606, on lit, à regard du mois d'avril : « Alvuin solvas minuasque craorem ; » et , au mois de novembre : « Fœcundat stercore vitem. »
Les jours heureux et malheureux sont aussi indiqués dans quelques-uns de ces ouvrages. Le missel de Chartres de 1511, celui de l'ordre de Cluni, 1523 et 1550, mentionnent le 1" mars, le 10 avril et le 15 juin comme dangereux.
« Tertius in maio lupus est et septimus anguis. »
M. Leber cite un missel dans lequel on a introduit dans l'office du mariage un passage bien singulier et tout à fait déplacé : Gaudeint sponsus super sponsam, et in medio ejus erit. Alkluia.
i7ii CURIOSITÉS THÉOLOGJQUES.
Cdirétiess de caiat Jean.
Les Nazaréens, ou Chrétiens de saint Jean, qui vivent réduits à un bien petit nombre vers rembouchure du Tigre dans le golfe Persique, pro^^ssent des doctrines où le christianisme, le manichéisme en Tancienne religion des Perses sont mêlés d*une façon étrange.
Selon eux, c*est par le moyen de l'eau d'une fontaine dont but la sainte Vierge qu'elle devint enceinte de Jésus-Christ; Dieu est corporel, et il eut un fils nommé Gabriel ; les anges et les démons sont corporels, mâles et femelles; ils se marient et engendrent; Dieu employa, pour créer le monde, le ministère de Gabriel et de cinquante mille démons.
La terre flotte sur l'eau comme un grand ballon. Le soldil et la lune, montés chacun sur un grand vaisseau, voguent autour des sphères célestes, qui sont environnées d'eau. Dans les premiers jours du monde, la fécondité de la terre était si grande, qu'après avoir semé le matin, on avait le plaisir de récolter le soir.
Les Nazaréens ont une fl^te pendant laquelle ils immolent un bélier dans une cabane faite de branches de palmier. Un autre sacrifice beaucoup plus solennel est celui de la poule; en voici les principales cérémonies. Le prêtre plonge la poule dans une rivière ; ensuite il lui coupe la tête et laisse égoutter tout le sang. Il a soin de se tourner du côté de l'orient, et, tandis que le sang de la poule tombe sur le rivage, il prononce ces paroles : « Au nom de Dieu, que cette chair soit en bénédiction à tous ceux qui en mangeront ! > La poule est parmi eux un animal privilégié ; le droit de la tuer est réservé aux prêtres seuls.
lèsMBMit des âmes
L'idée du posément des âmes (ou psychostasie) après la mort, afin de déterminer lear sort, mérite notre attention.
L'examen da mérite et du démérite de la vie de riiomme se comparait assex naturellement à un pèsement dans lequel Dieu» tenant une balance, constate le poids des vertus et des vices.
Cette idée remome à une haute antiquité. Il y est fait allagîoii dans les poèmes d'Homère, de Virgile, de Qnintus de Smjrme. En Egypte elle jouait un grand rôle. Anubis et Horos pesaient les âmes, et divers monuments représentent cette scène. On a retrouvé ch'^z les Hindous et chez les Til)étains des figures analogues. La Bible et les Pères de TÉglise font de bien fréquentes ailosions à cette idée métaphorique. Les artistes du moyen âge la prirent au pied de la lettre et représentèrent saint Michel comme chargé de cette fonction importante. Les bas*reliefs d*une foule d'églises offrent aux regards Fange et la balance ; nous nous bornerons à citer Paris, Arles, Bourges, Rouen, Amiens, Antnn, Chartres ; il en existe une multitude d'autres ; trèssouvent un démon cherche à faire pencher de son côté le plateau chargé des actions coupables ; la Vierge et les anges s'opposent à ses tentatives.
Sur le tombeau du pape Paul UI, au Vatican, on voit saint Michel tenant une balance.
Ajoutons que la question du pèsement des âmes a été (au point de vue historique et artistique bien entendu) Vobjet d'un savant travail de M. Alfred Maury, dans la Revue archéologique (Paris, Leleux); nous ne croyons pas qu'un seul auteur chrétien se solti^t^^^-^^^
176 CURIOSITÉS THÉOLOGIQUBS.
pour la réalité de cette opération ; mais, chez les musulmans, elle est regardée comme chose très-réelle.
cruoifix mlraoule
Diverses légendes sont relatives à des crucifix miraculeux.
Celui de Téglise de Lorette fut, dit-on, Tœuvre de saint Luc, et les anges rapportèrent de la Palestine en Italie avec la santa casa. A Naples, il en existe trois qui jouissent d'une grande célébrité : Tun passe pour avoir baissé la tête afin de témoigner à saint Thomas Tapprobation que le ciel donnait à ses doctes écrits ; un autre parla au pape Pie V; un troisième baissa aussi la tète afin d^éviter un boulet de canon. La ville de Lucques se vante de posséder un crucifix commencé par Nicodème et achevé par la main des anges. On prétend qu'il vint de lui-même se placer dans la cathédrale et qu'il se soutint en Tair jusqu'à ce qu'on eût élevé un autel sur lequel il fat posé. Il y a dans la ville de Trente un crucifix qui fit, dit-on, un signe de tête pour approuver les décrets du concile. On en voit un autre dans l'église des Béguines de Gand qui a la bouche ouverte, et l'on dit qu'une béguine déplorant devant lui les désordres du carnaval, il ouvrit la bouche pour la consoler et il ne la referma plus depuis.
Images symboliquos.
Les figures symboliques adoptées dans l'origine du christianisme subirent plus Urd des modifications.
Dans les premiers temps, on rencontre sur les monuments le phénix regardé comme l'emblème de Jésus
CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES. i77
cracifié» le chevâl aa galop » le flambeau allumé, le paon ; mais ces emblèmes, de provenance païenne, cessent bientôt de se montrer; l'ànon» le pélican, le cerf, la licorne sont aussi d'un usage peu fréquent ; un vaisseau auquel la croix sert de mât devient le symbole de TEglise; parfois des diables, figurés par des vents, cherchent à faire chavirer ce navire.
La représentation de la Trinité a donné lieu à quelques images étranges : dans la cathédrale de Saint- Pol de Léon, on voit une peinture singulière, représentant trois faces humaines, réunies par le front, ayant trois nez et trois bouches, mais seulement trois yeux. A volonté, on réunit ces yeux deux à deux pour chaque face prise isolément. Ailleurs la Trinité est représentée tantôt par deux têtes humaines ayant trois yeux^ tantôt par deux tètes avec des ailes.
la légende do Théophile. '
Dans la multitude des traditions singulières qui remplissent l'histoire ecclésiastique on distingue la lé* gende de Théophile, vidame (vicedominus) de Téglise d*Adana dans le sixième siècle ; voulant rentrer dans sa charge, dont il avait été dépouillé par son évèque, il s'était donné au démon, et il avait signé de son sang une cédule qu'il avait remise au malin esprit; la Vierge intervint et força le diable à rendre l'engagement témérairement contracté.
Peu d'histoires ont été aussi répandues que eelle-ci. Écrite d'abord en grec par un disciple de Théophile, qui prétend avoir été témoin oculaire des faits qu'il rapporte, elle fut traduite en latin et passa dans divers recueils. Au moyen âge on en fit le sujet de CQm\^Qil-
lions dramatiques; Rutebeuf, Tan des plas célèbres trouvères dn treizième siècle, la mit en vers, sous le nom de Mirack, et cette production a été imprimée plusieurs Ibis, notamment dans le Théâtre Français ofi mcyen âge publié par MM. Monmerqué et Francisque M h cliel. (Paris, i 840, gr. in-8».) Des auteurs ecclésiastiques fort en renom, saint Bernard et saint Bonayenture dans leurs sermons, Albert le Grand dans sa Bible de la Sainte Vierge, eviX cité cette légende comme un fait incontesta^e; elle ne fut pas moins en faveur auprès des artistes; on la trouve sculptée deux fois à Notre-Dame de Paris ; elle est peinte sur une verrière de la cathédrale de Laon ; on la voit dans des églises de Troyes et du Mans. Nous nous bornons à ces détails, auxquels il nous serait facile de donner bien plus d'extension.
DissertatioD sur une question étrange.
Parmi les nombreux ouvrages qui ont été écrits dans le but de traiter des questions de théologie qui paraissenl aujourd'hui ne pouvoir être discutées sans impertinence, on peut citer un volume composé par Wllbelm Horder, ministre à Stuttgardt, superintendant général, etc.
Dirigé contre les jésuites dlngolstadt, ce livre a, selott l'habitude de l'époque, un titre bizarre : Mus esfeft" teratus, hoe est traetatus vaktè magistralis,.. Le Rat éventré, «m Traité superlativement magistral sur une certaine question théologale, épineuse et des plus subtilBS. Tubingue, 1593. in-4<. L'ouvrage parut si digne d'intérêt ^*il fut réimprimé en 1677 et en I68S (4).
ir
(1) Kfus empruntons les éétails qsl vont suivre à oie m» êOMlià de la plume d'un jeune écrivain, M. Albert, mort
CUHIOSItÉS THÉOLOGIQUBSL 179
s*est proposé de se moquer de eertames opînioas q^ poussaient Tinterprétatioa des doffmes jnaftt^au lîteole; il s'est partieolièreineBl oceopé du dogme de la tnwasiibstaiitiatioD.
n dérivait à la fin da seizième siècle, et on sait combien les querelleft théolegiqaes étaient alors animées, on ne reculait devant ancon excès de paixrie. Dans son prologne, Border déboCe par une sortie contre ies Jésuites auxquels il prodigne les qualifications d*Anes> de chien», de cœbooa, d'imbéciles. Ces épithètes s'échangeaient de partetd*antre; c'étaient formules banales et sans conséquence. Après de longues digressions sur des points domeux relatifs au sacrement de baptême, après avoir recueilli les dires et opinions ridicules que ses adversaires avaient publiés à ce sujet, l'auteur se décide enfin à'iintrer en matière et à justifier le titre de son livre.
Il se pose d'abord cette question : « Si un rat ou tout autre animal ronge ou mange une hostie consacrée, ronge-t-il ounange-t-il le corps mèmede Jésus-Christ, et, dans le cas négatif, que devient ce corps? » Sur cette question première, il se livre à une foule de recherches appuyées sur les dires et opinions pour et contre des théologiens les plus renommés, saint Thomas d*Aquin, saint Bonaveniure, Pierre Lombard, Alexandre de Haies et Men d'autres. Comme il s'agit avant tout de connaître le sort d'une hostie mangée par un animal, de déterminer sa marche dans le corps de cet animal, il entre dans des considérations anatomiques et décrit suceiDCteiAent l'estomac et le canal digestif.
en 1947; hisérée dans des journaux consacrés à la science des libres, mais pea répandus, elle n*a passé sont les yeux que d'un bien petit nombre de lecteurs.
La question principale portait snr ce point : a L*hostie consacrée continae-t-elle d*ètre le corps même de Jésus-Christ lorsqu^un rat y porte la dent, ou cesse-t-elle, dès ce moment, d'être le corps de Jésus-Christ, et redevient -t-elle une substance vulgaire comme avant la consécration ? » Parmi les théologiens, les uns soutenaient la première opinion, les autres la dernière.
Holder examine d'abord les arguments de ceux qui soutenaient que le rat dévorant ne mangeait pas le corps de Jésus-Christ. Il expose ensuite la raison de C'iux qui soutenaient la thèse opposée.
Cette dernière opinion prévalant, on devait sévir contre le rat sacrilège avec toute la rigueur des droits canoniques et des décrets pontificaux.
Cependant, disaient quelques théologiens» il faut procéder avec prudence, dans la crainte de tomber sur un rat innocent Toutefois, on reconnaissait encore que, dans le doute, le prêtre pouvait exorciser le rat ainsi que les décrets le permettent. Mais, observaient certains docteurs plus subtils, cette première opération, faite ainsi dans le doute, n*est-elie pas tenter Dieu?
Au contraire, si l'on était sûr du fait, si le rat capturé pouvait être convaincu d'avoir dévoré l'hostie consacrée, alors on devait procéder à des recherches minutieuses ; et d'abord s élevait une question nouvelle et préliminaire : devait-on ou non adorer l'hostie consacrée que le rat venait de manger et qu'il s'apprêtait à digérer?
A ce propos, Holder se lance dans une digression^ sur les adorations diverses que l'on doit à Dieu dans diverses circonstances.
Le rat étant pris et convaincu du crime, radoration. de l'hostie étant, nous supposons, convenue en prin-clpe, que devait-on faire?
Saint Antonin, archevêque de Florence, dit, dans sa Somme tkéologique^ que le rat doit être solennellement brûlé. Mais, répondait-on, si vous brûlez le rat, yoas brûlez aussi l'hostie consacrée. Là-dessus disputes nouyelles.
Quelques-uns voulaient que le rat fût égorgé, puis éventré ; queThostie fût retirée de son corps et rétablie à Fusage des fidèles, après avoir été lavée et nettoyée. D*autres ajoutaient que si les fidèles répugnaient à avaler une hostie déjà mangée par un rat, cette hostie devait être déposée dans le tabernacle et y rester jusqu'à ce qu'elle tombât en poussière. D'autres, enfin, pensant qu'il fallait, autant que possible, éviter de laisser l'hostie périr sans emploi dans le tabernacle, soutenaient que, s'il ne se trouvait pas de fidèle porté d'une foi religieuse assez vive pour consommer l'hostie, le prêtre, ministre du ciel» devait accomplir cette œuvre de dévouement.
Tout cela ne donnait pas une solution entière du problème. De nouveaux cas plus ou moins embarrassants se présentaient.
Si, lors de la capture du rat, il était trop tard pour qu'on pût retrouver l'hostie en substance dans son corps, que devait-on penser? C'était ici un des points las plus ardus de la question. Certains docteurs prétendaient que la substance de l'hostie avait disparu avec la sueur de l'animal. On répugnait généralement à admettre qu'elle avait passé par le canal digestif. Toutefois, quelques-uns plus hardis admettaient cette dernière hypothèse. Cependant, dans l'une et opinion, le rat était toujours considéré comme imprégné de la substance, sinon naturelle, du moins spirituelle de l'hostie et dans cette pensée que fallait-il faire?
A ce snietf on citait un passage &^ \db VeUVA ^t^m^
182 CUniOSITÉS THÉOLOCIQOES.
de Raymond: «Si sacerdo* la¥€t calieem, et mvisima Btercorisaret in têWcem, eonseeratioiie jam fàetà, tum dubitatar otram sacerdos débet totam siimere, hoe est •t stercas et sangninem Christi. • Raymond conciliait que si le prêtre n'éprouvait pas trop de répugnance, il devait tout avaler. Ainsi devait-on faire à l'égard du rat, car c'est par là que concluaient les plus exigeasts.
Albéric, moiae du Mont-Cassin au douzième siècle, a fait le récit d'un voyage qu'il fit dans l'autre monde. Dans le coars de sa dixième année, il est saisi d'unéfanouissement et il reste neuf jours et autant de indts comme mort. A peine est-il tombé en cet état quYm oiseau blanc C'imme une colombe s'approche de lui, met Bon bec dans sa bouche et enlève son àne, qui est apportée auprès de saint Pierre. Le prince des apôtres, accompagné de deux anges, prévient Albéric qu*l va lui faire parcourir les régions où sont punk k» méchants, en commençant par les peines les mohs sévères. On trouve d'abord un endroit rempli de chariM)ns ardents et d'une vapeur enflammée. C'est là que sent purifiés les enfants ; ceux d'un an y passent sept }oras; ceux de deux ans quatorze jours, et ainsi de suite. Les individus qui se sont livrés à une conduite déréglée sont plongés dans un lac de glace qui les brdle comme du feu. Les femmes adultères sont suspendues parles cheveux au-dessus de brasiers ardents ; d'autrea soat percées par des pointes de fer, et d 'S serpents leur déchirent le sein. Les calomniateurs et les foux témeins sont plongés dans les flots noirs d'un lac de soufre plein de reptiles et de scorpions ; les homiddes sofll plcmgés éân$ an fleuve debronie axd«aV^\iM^\s^<in»a^2f»^ V^^
dans un puits sans fond. Tous les erimes ont ainsi leur châtiment particulier. L'abîme recèle dans ses dernières profondeurs un yer d'une longueur infinie, dont Thaleine d^Torante aspirait et rejetait comme autant d'étincelles des milliers de damnés. Sur le fleuve qui servait de limite à ce ténébreux empire, un pont se rétrécissant ou sMlargîssant au besoin retenait les âmes encore souillées et laissait échapper celles dont les épreuves étaient finies. Les récits d'Albéric présentent, à certains égards, de l'analo^e avec les idées de Dante, qoi avait sans doute en connaiseance de cette composition ; elle a été publiée pour la pmniôre f^s à Rome en 1814 par le savant CaaceUieri dans ses Qtservuzkmi ioj^a lOrt^inalita délia dioma Conwâia.
Parmi les ouvrages qui ont conservé les légendes qui circulaient an moyen âge, un des plus curieux est la relation des voyages de saint Brandan» Nous n'examinerons pas quelle a pu être la véritable biographie de ce saint qui avait vu le jour en Irlande au sixième siècle ; nous nous contenterons de signaler les singolarités que présente sa vie.
Il en existe une rédaction latine faite au onzièoïc siède ; elle fut traduite dans la plupart des langues de l'Europe; et elle est parvenue jusqu'à nous en vers et en prose dans divers manuscrits.
Le saint moine quitta Tile d'Érin pour aller chercher, à travers les mers occidentales, la terre de promis- 8ioa des saints. Après de longues navigations, à arrive au paradis des oiseaux, demeure des anges demi-tombés qui, sans parUger la révolte de Lacifer, ne 8*as69cièrent point à la résistance des ralliées célestes. Plus loin se montre la montagne d'enfer, dont le sommet volcanique domine l'Océan; de noirs forgerons l'habitaient, et leurs marteaux intaûsabk^ T^^Ti^^\i\TSSè&
et jour sur les enclames où se tordaient des réprouvés. Le saint aborda eufin aa rivage désiré. Là, fut jadis le paradis terrestre, désert maintenant, mais destiné à de venir un jour l'asile des chrétiens quand recommencera Fère des persécutions. C'est ce qu'un ange prédit aux voyageurs.
Une contre-épreuve des voyages de saint Brandan, avec la différence des lieux, des mœurs et de la couleur littéraire, se trouve dans une relation grecque écrite vers le treizième siècle (mais basée sur des traditions bien plus anciennes), relatant le voyage de trois moines de la Mésopotamie à la recherche du paradis (i). Ils trayersent le Tigre, parcourent la Perse et l'Inde et arrivent enOn dans des régions inconnues peuplées de monstres et de nains.
Us rencontrent un lac de soufre à la surface duquel s'agitent des serpents de feu ; sous ces flots empestés se fait entendre un murmure pareil à celui d'une multitude innombrable. Une voix venant du ciel s'écrie : « C'est ici le lien des châtiments réservés à ceux qui ont renié leur Sauveur. » Les voyageurs découvrent deux montagnes trës-élevées entre lesquelles est placé un homme dont la taille est de cent coudées et qui est tourmenté par des flammes ardentes. Plus loin, ils voient une femme dont le corps est entouré dans les replis d'un énorme serpent, et quand la malheureuse veut ouvrir la bouche, le reptile lui mord la langue. Ensuite vient une forêt d'arbres ressemblant à des figuiers sur lesquels se tiennent des oiseaux dont la voix estcomiQi&eeUe des hommes, et qui implorent la miséricorde divine. Continuant leur route, les religieux ar-
(i) Une traduction latine de cet écrit se rencontre dans
rivent à un pays enchanteur au milieu duquel s*élëTe une église ; des ruisseaux de lait coulent d'un magnifique autel. Ils finissent par atteindre une masure où réside un vieillard dont la chevelure, plus blanche que la neige, recouvre le corps entier. C'est saint Macaire; il leur dit que Tendroit où se joignent le ciel et la terre et où se trouve rentrée du paradis n*est qu*à bien peu de distance, mais il leur conseille de ne pas aller plus loin : lui-même voulut une fois s'aventurer dans cette direction, un ange le lui défendit. Les trois moines retournent alors à leur couvent.
Use âme enfermée dans la glace.
Une des légendes les plus singulières que nous ait offertes le moyen âge se rencontre dans la Somme de Tarchevôque de Florence, Antonin (1480, titre XIV, ch. 10). Des pêcheurs amenant à terre leurs filets en automne y trouvèrent un gros morceau de glace, qu'ils offrirent en don à leur évèque, lequel souffrait aux pieds d'une douleur brûlante (la goutte). L'évêque mit cette glace sous ses pieds; il en obtint beaucoup de soulagement, mais un jour il fut bien surpris d'entendre une voix qui sortait de ce bloc d'eau congelée. Il demanda à la voix qui elle était; elle répondit : <« Je suis un pécheur tourmenté dans cette glace par suite de mes péchés, et je ne serai délivré que lorsque tu auras dit pour moi trente messes par jour durant trente jours consécutifs. » Le charitable évèque commença sa pieuse tâche; mais il fut soudain interrompu par la nouvelle que des ennemis s'approchaient de la ville avec l'intention de l'attaquer et de la détruire. Quand ce danger fut passé, il se remit à l'œuvre ; on vint l'interrompre derechef eu \^ ^\^^^\i^\!\ ^n^^
émeme avait éclaté dans la cité; Le prélat reconnut sans peine les ruses de Tesprit malia qui voulait Tempêcher d'accomplir son dessein; il recommençases messes et il ne s'interrompit point, bien que la ville entière parût tout à coup en flammes et que les habitants se }eUssent autour de lui avec de grands cris. A peine achevaiit-il la dernière messe que la glace fondit, l'âme emprisonnée s'enfuit et le feu disparut sans avoir fait aucun mal.
Les Saints Fatrons>
Des opinions singulières avaient déterminé le choix des saints qui servaient de patrons aux corporations d'artisans.
Les bouchers avaient saint Barthélémy, saint Hubert et saint Nicolas; les cordonniers, tanneurs et corroyeurs, saint Crépln, saint Crépinien, sainte Catherine, saint Simon et saint Jade ; les orfèvres, saint Éloi et sainte Anne; les tisserands, sainte Lucie, saint Biaise, saint Sévère; les drapiers, saint Nicolas, saint Pierre, saint Paul, sainte Catherine, sainte Barbe ; les tailleurs et couturiers, saint Louis, saint Urbain, saint Michel; les marchands, saint Michel^ samt Nicolas, etc.
Ua arbre menreilleuz.
Au nombre des merveilles qui figurent dans les récits des vieux théologiens, il faut distinguer 1* Arbre- Sec.
D'après le témoignage d'un crédule voyageur du
treizième siècle, Guillaume de Mandeville, cet arbre
s*élève près d'Hébron, non loin du sépulcre de Loth.
Oa dit gu'il a été en cet endroit depuis le commenee-
^^ent du monde et qu*n avaU \ow\o\ff^ ^v^ euvxN^i^x ^x^
fenîUage abonâaot jusqa*à l'époque où Jésns maorut sur kt croix; alors il devint tout sec et aride. Le vieux touriste ajoute en son naïf langage : « DIent aucunes propbecîes que on seigneur, prince d'Occident, gaingnera la terre de promission avec Faide des crestiens» et fera chanter messe dessoubs cet Arbre-Sech, et puis l'Arbre reverdira et portera feuille, et pour le miracle mains Sarrasins et mains Juifs se convertiront à la loy crestienne, et pour ce a-t-on rAri)re a grant révérence^ et on le garde bien et chierement. »
Personne au moyen âge ne révoquait esi doute qtf on ne fût préservé â*un grand nombre de maladies en portant sur soi un morceau de rAii>re-Seo.
y^rgatoire de taiat Fatrioo.
Dès le treizième siècle, on trouve quelques traces dans les écrits du temps de la légende relative au porgatoire de saint Patrice; on signale Tile placée dans un petit lac (le Lough-Dery) comme divisée en deux parties , l'une riante , fertile et contenant une église très-révérée, l'autre aride, désolée et regardée comme n'ayant pour habitants que des esprits malms; elle renfermait neuf cavernes ; et si quelqu'un avait l'audace d'y passer la nuit, il était tellement tourmenté par les démons^ qu'il était rare qu'on ne le trouvât pas mort le lendemain matin ; toutefois, s'il survivait à ces épreuves, il était délivré des tourments de l'autre monde. Saint Patrice, l'aptoe de l'Irlande, avait obtenu de Dieu quMl en fût ainsi, afin de convaincre ses incrédules auditeurs de la vârité de ce qu'il leur prêchait à l'égard de la vie future (4 ).
(i) Ce qui eoncênt cette tTaèVVvon %Vù\pâ^\^t^^^^ «ir^ftA^
188 CURIOSITÉS THÉOLOGIQUBS.
Les nombreuses biographies de saint Patrice réanies dans le recueil de Golgan (Trias Thaumaturga, Louvain, 1647, in-folio) racontent toutes ces circonstances de diverses manières ; Tune d'elles affirme que le saint n'expulsa les diables du territoire irlandais que pour sept ans, sept mois et sept jours. Les démons, déguisés en oiseaux noirs, tourmentaient le saint tandis qu*il s'appliquait à la méditation et à Toraison ; il les chassa du pays en frappant sur un tambour, et il frappa si rudement et si longtemps que le tambour creva, mais un ange le raccommoda aussitôt. La marque de Taccident se voyait encore du temps de l'un des biographes du saint (Joscelin; son travail est inséré dans la vaste collection des Acta Sanctorum, publiée par le jésuite Bolland et ses successeurs, t. n, de mars).
Un grand nombre de fidèles vinrent jeûner et prier à Tendroit où s'était retiré Patrice, et l'opinion se répandit que ceux qui se livraient à ces actes de piété devaient, grâce aux prières et aux mérites du saint, échapper à toute punition après leur mort.
Les relations de voyages faits à cet endroit merveilleux ne tardèrent pas à se répandre ; celle qu'en fit un bénédictin de l'abbaye de Saltrey, nommé Henri, obtint un grand succès ; elle relate la descente dans la caverne et de là dans les régions de l'autre monde d*nn chevalier nommé Owen ; ce qu'il y écrit est d'ail-
avec une ingénieuse drudilion dans le livre de M. Thomas Wright : Saint Patrick't Purgatory, an euay on the Ugends of purgatory, hell and paradise current during the middle ages^ Londres, 1844. On peut, si l'on tient à remonter anx sources premières, consuMer VBittoire de la vie et du purgatoire de saint Patrice par le révérend Père Franwiê Bouillon, de l'ordre de Saint»Francoi$; elle est rematrqusLblepikv tout lemene\\\e\a <(o^\i t&x.'^t^^x^^.
lenrs conforme aux nombreux récits de ce genre; cette relation, dont il existe des copies dans un certain nombre d'anciens manuscrits latins, fut au moyen âge mise plusieurs fois en vers anglais et français. Une de ces dernières rédactions fait partie des poésies de Marie de France.
Le purgatoire de saint Patrice joue aussi un rôle important dans un roman de cbevalerie fort goûté auquinzième et au commencement du seizième siècle» Guerino el Meschino ; ce paladin descend dans la caverne, il visite Tenfer, qu'il trouve partagé ea sept cercles (Judas, Néron et Mabomet sont dans le dernier) ; il parcourt enfin^ le paradis, après avoir traversé un pont ; Enoch et Élie lui servent de guides.
Froissart et autres auteurs du moyen âge parlent longuement du purgatoire de saint Patrice, lequel, vers la fin du quinzième siècle, courut un grand danger; le pape Alexandre YI (si connu par ses verttis, selon la remarque malicieuse d'un écrivain moderne) supposa, non sans raison peut-être, d'après des rapports qui lui furent faits, que la caverne mystérieuse n'était pas exempte de fraude ; il ordonna qu'elle fût fermée ; la chose eut lieu en U97. Peu de temps après, elle fui rouverte et alors sa célébrité reprit de plus belle. L'office de saint Patrice inséré, en 1532, dans les missels romains, parle en détail du purgatoire; l'un des plus célèbres auteurs dramatiques de l'Espagne, Caldéron, en fit le sujet de l'une de ses pièces.
Lorsque la domination protestante fut établie en Ir^ lande, les pèlerinages aux lieux consacrés par le souvenir de saint Patrice continuèrent, mais ils furent, à plusieurs reprises, l'objet des mesures répressives de la part de l'autorité. En 1632, il fut ordonné de fermer la caverne; en 4705, un acte du parlement défeudit dA
s*y réunir en foule. En dépit de ces ordonnamces, les paysans irlandais continoent d'aller en pèlerinage à Pile du Loogh-Dery; mais il n'est plus question de visions miraculeuses.
lie SacrA-aœnr.
La dévotion du Sacré-Goear, aujourd'hui fort répandue, doit son origine à une visionnaire (pi fut luiease, il y a plus d'un siècle, Marie Alacoque, religieuse ée la Visitation.
On trouve dans des livres de mysticité la formnlB de la donation que Jésos-Christ et la sœur s'étaieac faite de leurs deux cœurs. La mère Greffier, sup^ieure du ooove&t, voulut bien, pour obéir à Jésus-Christ, écrire la donation de la religieuse. Le Sauveur en fut trèssatif laH, et ii dicta à son tour la sienne à la sœur, qai l'écrivit de son sang en ces termes : «Je te ofmstiPÊe héritière de mon cœur et de tous ses trésors pour le temps et pour Téternité ; je te promets que tu ne manqueras de secours que lorsque je manquerai de puissance. Tu seras pour toujours la disciple bien«aimée, le jouet de mon amour et Tholocauste de mon amoor. »
Ûabbé Thiers, dont Féruditton inépuisable nous est d'un grand secours^ cita un carme déchaussé, appelé Frère Arnoux de Saint-Jean-Baptiste, qui faisait c(mtract^ i ses dévoles un mariage avec Jésus-Christ. Voici le contrat qu'il faisait passer et qu'il recevait luimême en qualité d'indigne secrétaire de Jésus-Christ ; il a été copié sur l'origins^ qui était eutre les mains d'OB' curé d'Orléans.
«Je^ Jésus» fils de Dieu vivant, r^ux des âmes « fidèles» prends ma. fille Madeleine Gassehn pour bioii
« épouse et loi promets fidélité, et de ne rabandonier < jâiuais,et lui d(H[iDer pour avantage et ponr dot ma grâce « en cette vie, loi promettant ma gloire en Tantre et le « partage à Thérltage de mon Père. En foi de quoi j*ai « signé le contrat irrévocable de la main de mon seoré- (( taire. Fait en présence de mon Père éternel, de ma « très-digne mère Marie, de mon père saint Joseph et « de tonte ma cour céleste, l'an de grâce 1650, jour de « mon père saint Joseph.
« Jësus, réponx des âmes fidèles. »
« Ce contrat a été ratifié de la très-sainte Trinité, le même jour da glorieux Saint- Joseph en la même ann(
Y. Âjuvoux de Saint-Jean-Baptiste , carme déchaussé, indigne secrétaire de Jésus.»
rfî7 Madeleine Gasselin, indigne servante de Jésus, prends mon aimable Jésus pour mon époux et lui pro* mets fidélité et que je n'en aurai jamais d'autre que lui, et je lui donne pour gage de ma fidélité mon cœur et tout ce que je ferai jamais, m'obligeant à la vie et â la mort de faire tout ce qu'il désirera de moi, et de le servir de tout mon cœur pendant toute Téternité. £n foi de quoi j*ai signé de ma propre main le contrat irrévocable en la présence de la suradorable Trinité, de la sainte vierge Marie mère de Dieu, mon glorieux père saint Joseph, mon ange gardien et toute la cour céleste. »
On peut rapprocher de ceci un trait que signalent divers légendaires.
Sainte Catherine, récitant un jour b Mùerere^ arriva au verset : Cor mundum créa in me, Deus; le Seigaenr lui apparut et lui 6ta son cœur; elle resta ainsi trois jours , après lesquels Jésus-Christ lui donna im cfl^NS.
i9S CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES.
noaveaa, en lai disant : « Ma fille Catherine, je t'ai donné un cœar noaveau, afin que tu sois totalement nette i mes yeax. » La sainte garda toujours une cicatrice au côté, %i elle disait en ses prières : « Seigneur, je te recommande ton cœur et non pas le mien. »
lies Mormons.
Nous ne pouvons oublier le culte étrange connu sous le nom de Mormonisme; il occupe un rang distingué parmi les aberrations religieuses ; il s'est montré à une époque où Ton aurait pu croire impossible le succès de semblables prédications. La singularité de quelquesuns de ses principes Ta rendu célèbre. Il n'est pas hors de propos d'en placer ici une esquisse rapide (1).
Les Mormons sMntitulent les saints du dernier jour (latter day saints); c'est l'attente de cette grande catastrophe qu'ils regardent comme prochaine, qui les a conduits à se séparer du reste de la chrétienté^ et à choisir un genre de vie qui doit, à ce qu'ils prétendent', leur assurer un sort favorable lorsque Dieu jugera toutes ses créatures. Pour atteindre le degré de mérite qui doit faire d'eux son peuple élu, les Mormons veulent revenir à l'état social que nous montre l'Ancien Testament. Le fondateur de cette secte, Joseph Smith, était un Américain, sans instruction, qui prétendait avoir des visions. Il annonça que le Seigneur lui était apparu, lui avait annoncé que tous ses péchés étaient remis et que la véritable doctrine lui serait bientôt révélée. Il affirma
(1) Nous avons fait usage d'une curieuse notice de M. Alfred Haurv, Revue des Deux-Mondes, septembre 1853. Voir aussi lé petit livre de M. Amédée Pichot, le$ Mormons, un Tol. in- 18 (Paris, Hachette).
CURIOSITÉS THÉOLOGIQURS. 193
plus tard qa*ùn ange lai avait annoncé où se trouyaU le livre saint, écrit par des descendants d'Israël réfagiés dans le Nouveau- Monde. Ce fut enfin le 22 septembre 18^7 qne renvoyé du ciel remit dans la main de Smith le volume surnaturel. Il était formé de plaques d*nn métal qui ressemblait à de For et qui étaient attachées ensemble par trois anneaux dont elles éiaient traver« se. s. Sur plusieurs de ces feuilles on voyait un sceau mystérieux. Les caractèrjs étaient rangés en colonnes et de forme étrange. Smith a dit que c'était de Tégyptien réformé; ce qu'il y a de sûr, c'est qnà en juger par un spécimen qui en a été pubUé, ii n'y avait entre eux et les hiéroglyphes de l'époque des Pharaons aucune similitude.
Il ne paraissait pas facile de traduire ce mystérieux écrit, mais, fort heureusement, à côté des pages métalliques, la main d'un ange avait déposé deux pierres transparentes comm^) du cristal et qui étaient tout simplement l'urti/i et le ihurin placés jadis sur le pectoral du grand prêtre hébreu. En regardant le texte sacré à travers ces pierres, le sens en était révélé. Ce fut grâce à ce secours merveilleux que Smith traduisit tout le contenu des plaques, c'est-à-dire qu'il composa audacieusement le Livre de Mornon, on Histoire sacrée dex peuples aborigènes âe CAinériqae; un des apôtres de la secte, M. John Taylor, en a donné une version en français; mais comme elle pst très-peu répandue, elle ne nous dispense pas de placer ici un« esquisse de cette production étrange.
Le Lime de Mormon est une contrefaçon de la Bible, une sorte de pastiche d^ la Genèse, des Livres des rois, des Épîiresdes Apôtres et de l'Apocalypse. L'imitation est palpable ; les emprunts les moins dé<!;ul&é% ne sont pas r^res. Les in\Taisçmb\^ii(i^?>^\^«i vci^j^t^-
194 CORIOSITÊS THÉOLOOIQUES.
nismeê, Tétrange discordance des noms, font sourire de pitié les lecteurs éclairés. Des prophéiio.^ placées dans la bouche de persoonages de rÂncien Testament, dans celles de Jésus-Christ lui môme , qu'on supposa s*étre rendu en Amérique après sa résurrection, en avoir prêché rÉvangile aux descendants d'Israël, annoncont, comme de juste, les destinées futures de John Smith. Plusieurs parties distinctes forment cet écrit; elles portent chacune le nom du patriarche américain qui en estrauteur : Nephti, Jacob, Rnos,Âlma>H^laman, Mormon enfin, dont le nom a été étendu à l'ouvrage entier, et qui est censé en avoir composé la dernière partie. Vient ensuite une sorte d'appendice dont l'auteur est un a ge, du nom de Uoroni , qui avait été un anciea prophète parmi les descendants de la tribu de Joseph sur le continent américain. C'est Moroni qui a scellé les annales en les accompagnant d'une exhortation à ses frères.
L") peuple de Jared^ dont les ancêtres sont venus en Amérique après la confusion des langues, a péri ; mais les plaques mystérieuses qu'il a laissées constituent lo Livre ofEt/iér ; le peuple de Dehi, quia alandcnné la ville sainte sous le règne du roi Scdécias, constitue lo Téritable sujet de la Bible nouvelle. Il se divise eniVéphùes qui sont bons, en Lamanites qui sont méchants ; mais les premiers se sont laissés corrompre; ils ont disparu ; les Lamanites seuls sont restés en Amérique : ce sont les Indiens, les Peaux-Rouget.
Il n'est pas facile de se rendre compte comment un personnage aussi peu lettré que Smith aurait pu composer un pareil livre dans lequel ii règne, malgré beaucoup d'absurdités, une imagination puisante appuyée sur des connaissances étendues* On a donc tout lieu de croire que, de fait, ii n'en est
CURIOSITÉS THÉOLOGIQUEti.
pas l'auteur ; on attribua ce travail àuu ministre qui, en 1818, le composa comme fiction, après avoir eu Tesprit échauffé par la découverte d'antiquités amérlcai-; ncsdontil se plaît à eipliquer l'origine. Employant oa artifice auquel les romanciers ont eu mille fois recours, il donnait cette production comme un manuscrit qu'un liasard heureux avait fait découvrir, et qu'avait traoé la main d'un des derniers descendants d'une race éteinte. Ce roman fut rtmis à un imprimeur qui ne jugea pas à propos de le mettre sous presse, du moins sans lui faire éprouver des changements que l'auteur; repoussa. Le manuscrit rest^ oublié, et finit par tomber, bien des années après la mort de celui auquel il devait l'existence, entre les mains de Smith, qui y vit le germe d'une publication qu il jugea Immensément utile à ses desseins. Il y introduisit les remaniements qui cadraient avec ses pnijets ; il en résulta use foule d'auachrooismes et de fautes grammaticales; mais on n* s'arrête pas à ces détails, et au fond, il y a, pour bien des Américains, un intérêt véritable dans ces écrils qu'il ne faut pas apprécier au point de vue d'un IcLteur français.
Nous n'avons pas ici à exposer le système religieus. des Mormons ; ayant la prétention de posséder les vxaîs principes du christianisme, ils affiiment que U doctrine divine a été perdue de vue, corrompue depuis des siècles, et qu'elle ne subsiste plus parmi les hommes*
Smith habiuit dans i'état de l'Ohio la petite vitie de Fayette; après avoir réuni quelques adhérants, il se mit à donner le baptême par immersion. Traité d'im* posteur, menacé par ses compatriotes, il s'éloigLa.^ii établit la NauveUe Sion dans le Missoun, ^\ \V vs^i^^^xrai ensuite les États-Unis, prècbauli^at\ox^V, v^iWûXasaa. des prosélytes. Des joaruaux for eaX toûâjfes^ ^V \^ ««^«l-
Af« CURIOSITÉS THÉOLOGIQUBS.
bre des sectaires allait après de trois mille, lorsqu'une catastrophe vint les frapper craellement. Une de leurs feuilles ayant recommandé l'affranchissement des noirs, les défenseurs de Tesclavage, tiès-nombreax dans le pays, se levèrent, et les Mormons furent expulsés du Missouri. I s errèrent de divers côtés, soutenant parfois des luîtes à main armée, et s*établirent enfin dans miinois, où ils jouirent quelque temps d'une tranquillité dont ils avaient grand besoin. Elle leur servit à faire des recrues; leur nombre s'éleva à plus de cent mille; John Smith, dont lactivité était extraordinaire, se crut un personnage et sq posa en 4844 comme candidat à la présidence. Il va sans dire qu'il eut peu de suffrages. Trompé dans son espoir d'être le successeur de Washington, il vit $>on Église déchirée par des dissensions intesUnes. il fat attaqué par des enuemis exaspérés, et, le n juin 4844, un coup de feu lui donna la mort au milieu d'une ém* nte.
Il fut remplacé par Brigham Young, et après deux ans de séjour à Nau^oo, dans illlinois, la colonie mormoniste, en bnite à des attaques inces>antes, se décida à chercher un asile dans des pays éloignés. En septembre 1846, elle franchit la chaîne des Mon'agnes-Rucbeuses et s'établit définitivement dans le.territoired Uiah, près du grand lac Sale. Elle est là entourée dedéserti^, sans Yoisms, et elle a pu se soumettre à une organisation qui en a fait un» petite nation.
Les Mormons ont pris pour modèle l'ancien peuple dlsraël; ils ont emprunté à TAncien Testament leurs doctrines politiques et 1» urs idées religieuses; ils se regardent comme le peuple de Dieu, et comme étant gouvernés directement par le Très -Haut; amenés à regarder Dieu comme un roi tout humain ayant les ^ §M$sioas .les idées e tmème La usure d un homme. Jo-
CURIOSITÉS THÉOLOGIQUES. iVI
seph Smitti anDonce dans un de ses écrits que Diea appartient en effet à notre espèce, quoiqu'il soit infiniment supérieur à nous sous le rapport de la perf ction.
La constitution des Mormons repose sur un codé intitulé : The Book of doctrine an'i covenants, le livre de la doctrine et des alliances de TÉglise de Jésus-Christ, des saints du dernier jour; c*est la seconde composition de John Smith, et il prétend qu'elle lui fut révélée par un auge.
La société a pour gouverneur un ponlife, un chef suprême, représentant de Dieu sur la terre. Au-dessous de lui sont douze apôtres, puis un conseil des soixante-dii et un certain nombre d'anciens, de prêtres, d'enseignants, de diacres. Il existe deux ordres de sacerdoce, celui de Melchisedech, et celui d'Aaron qui n'occupe qu'un rang inférieur.
Le baptême se donne par immersion; il n'est administré qu'aux adultes qui croient et se rep^'utent ; Timposition des mains est un droit réservé aux apêtres et aux anciens leurs délégués, et c^est cette cérémonie qui doit perpétuer parmi les saints le don du Saint- Esprit.
Nous n'avons pas le projet de retracer ici un tableau complet de la société mormoniste, mais nous ne pouvons passer sons silence le trait le plus caraciéristique de cette secte, celui qui Ta surtout désignée à Tattention de l'Europe, la tolérance en matière de polygamie. Les Mormons soot très-réservés dans leurs aveux à cet égard, mais les témoignages de divers voyageurs américains sont décisifs. Chz ces sectaires, lorsqu'on homme déjà marié désire prendre une seconde femme^ il faut qu*il obtienne d*abord le consentement de l'épouse quMl a encore et celui de ses parents ou tuteurs ; il doit ensuite faire approuver son \m\oi[i'^^t \^ ^3Q^Q?^^^
os CUniOSITÉS THÉOLOGIJQUBSL
et la femme Ini est alors scellée sons la sanction solennelle de l'Église. La seconde épouse entre dans la maison de son mari sur le m^me pied qnela première; elle jonit d*aatant de respect et de considération. Ce second mariage peut prendre le caractère d'nn vrai sacerdoce, considéré comme plus sacré et plus obligatoire que le mariage ne l'est chez les Gentils. Enfin, il est de foi chez les Mormons qu'aucune femme ne peut arriyer àla béatitude céleste sans le mari, et que le mari ne peut arriver à la plénitude de la perfection dans le monde à venir, sans au moins une femme. Ainsi plus le nombre de femmes qu*un homme peut prendre est considérable, plus il fera d*élues, plus son siège dans le paradis sera élevé. Aussi la polygamie est-elle désignée chez les Mormons sous le nom de système de la femme spirituelle. Cette étrange liberté, qui sape par la base toute la doctrine de la famille admise chez les peuples civilisés, a révolté l'Amérique et l'Europe ; elle a môme suscité une espèce de schisme ; car un grand nombre de Mormons qui ont pris la nom de Gladdonistes (ayant jour chef Gladdon, un des leurs), repoussent la pluralité des femmes; d'un autre côté, cette pratiqua a pu attirer à la secte un certain nombre de partisans.
CURIOSITÉS THÉOLOGIQUBS. 199