‹ CurumillaChapitre 5 sur 8 · GUBmnixA · texte numérisé non relu

GUBmnixA

idole, et qu'elle abandonnait, se tordant sor un lit de douleur.

Nous devons coi»tater pour Fhonneur des plénipotentidres français que, dans le traité qu'ils avaient signé, la liberté du comte avait été formellement garantie.

Maintenant, par quel concours inouï de circonstances le comte, dans une position aussi critique, avait il été abandonné ainsi de tous ses amis?

Commentle général Guerrero, son ennemi achamé, s'était-il montré si bénin et presque généreux à l'égard de don Luis lors des derniers événements que nous avons rapportés ?

C'est ce que nous allons expliquer ; mais pour cela il nous faut reprendre les événements de plus haut et revenir à Valentin et à ses compagnons, que nous avons Isûssés galopant à toute bride sur la route de l'hacienda.

La route ^Hermosillo à l'hacienda ÛA Hitagro est parfsutement tracée, droite et large dans tout ^n parcours*

Bien que là nmt fût sombre et sans lune, comme le cinq cavaliers galopiâent de front, il leur aurait été impossible de dépasser don Cornelio sans le voir s'ils l'eussent rencontré dans le trajet, mais ils at-^ teignirent Thacienda sans en avoir eu de nouvelles.

La route avait été tellement foulée dans tODS lips sens depuis quelques jours, soit par les Françiàs^ soit par les Mexicains, qu'il fat imposs3>Ie à ces cbasseurs expérimentés de distinguer ou de relever aucune empreinte qui servit à les guider dans lètirs recherches,

Les traces de chevaux, de chariots et d*bo^iii^ étaient tellement enchevêtrées les unes dans les ^ires qu'elles étaient complètement indéchiffirabM?', même pour Tœil le plus expérimenté.

A plu^eurs reprises, Yalentin avait essayé, mais vainement, de lire dans ce livre du désert '

Aussi, plus ils avançaient vers le but de leur course, plus les chasseurs étaient-ils inquiets et soucieux.

Il étut environ huit heures du matia lorsqu'ils atteignkent Tbacienda.

Us avaient voyagé toute la nuit sans s'arrêter, autrement que pour chercher les traces de Thomme qu'ils poursuivaient.

L'hacienda était calme ;^ les peones se livraient à leurs travaux ordinaires ; le ganado paissait en li« beité dans les prairies.

Les chasseurs entrèrent

Don Rafaël se préparait à monter à cheval pour aller, selon toute apparence, faire une tournée aux environs.

Un pèon tenait en bride, devant lui, un magnifique mustang qui broyait son m(H^ et piétinait d'im« patience d'être si longtemps maintenu.

Lorsque l'haciendero aperçut les arrivants, il àc^ courut vers eux en les menaçant gatment de sott picote*

B8S GUmiMILLA*

— Ail I dit-il en riant, voilà mes déserteurs de retour. Bonjour, messieurs I

Ceuxsâ, étonnés de c^tte joyeuse réception à laquelle ils ne comprenaient rien^ demeurèrent muets»

Don Rafaël s'aperçut alors de leur air sombre et embarrassé.

. : — Ab I çà^ qu'avez-vous donc ? leur demandat-il sérieusement. Seriez-yous porteurs de mauvaises nouvelles ?

: — E^t-ètre, répondit tristement Yalentin. Dieu veuille que je me trompé I

r- Parlez, expliquez-vous. Je montais justement à cbeval pour aller en quête cUf^i^ouyelles; puisque vous voilà, c'est inutile.

; Les chasseurs^ écbangèrent un r^ard' d'intelligence.

•^ Parfaitement,, nous vous fournirons tous les renseignements que vous déau^rez.

— Tant mieux. D'abord, mettez pied à terre et /entrons dans la maison, nous causerons plus à notre Aise.

Les chasseurs descendirent de cheval et suivirent don Rafaël dans une vaste pièce qui servait de «salon ' et de cabinet à Fbaciendero.

, Lorsqu'ils furent entrés* Valentin s'opposa à ce que la porte fût fermée.

. -r- De cette façon, dit-il> nous ne cr^ndcons pas les oreilles indiscrètes.

— Pourquoi tant de précautions? .

. — ' Je vais vous le dire. Où sont en ce moment ftoça.Luzetdona Àngela? ^ ^

— Elles dorment probablement encor^.

CPRUIIILIA. 28S

^"-Très-bien. BiteB-moi, GcBur-Loyal^ n'avec-vous reçu aucune visite depuis vingt-quatre heures ?

— Je n'ai vu âme qui vive depuis le départ du MJDlB de Prébois^Crancé.

— Ah I fit le .chasseur ; ainsi vous n'avez pas reçu 4m courrier cette nuit 7

— Aucun.

— I>e sorte que vous ignorez les événements qui se sont accomplis hier.

— Complètement

. — Vous ne savez pas que le comte a livré bataille? •

— Non,

— Qu'il s'est emparé d'HermosîlIo?

— Non.

— Et que Tannée du général Guerrero est en complète déroute ? .

— Pas davantage. Ce que vous m'annoncez là est-il donc vrai ? *

— De la plus grande vérité,

— Ainsi, lé comte est vainqueur ?

— Oui, et m^ntenant il est installé h Hermosillo.

— C'est inouï î Maintenant, mon ami, que j'ai répondu à toutes' vos questions, franchement et sans commentaires, voulez-vous me ftire le i^aisir de m'apprendre dans quel but vous me les avez adres* sées ?

— - Hier, à peine maître d'Hemosillo, le comte a pensé à vous, et probablement aussi à une autre personne ; il vous a expédié un eourriar chargé de vous remettre une lettre.

— A moi? y(dlà qui: est étrange V ce courrier était un homme du pays, sans doute, un Indien ?

iSh CUR^MILLA.

— Non, ce courrier était don ConneSio Meodoza, un gentilhomme espagnol que peut-être tous tous rappellerez.

— Certes ! un excellent compagnon, jovial, et pinçant continuellement de la vihuela.

— C'est cela même, dit Valentin d'un ton ironique ; eh bien , cet excellent compagnon jovial et qui pinçait continuellement de la vihuela, mon cher Cœur-Loyal, est tout simplement un traître qui veudait bel et bien nos secrets à l'ennemi.

— Oh I Valentin, il faut être bien sûr pour porter une telle accusation contre un caballero I

— Malheureusement, reprit tristement le chasseur, le plus léger doute à cet égard n'est pas possible ; le comte a entre les mams toute sa correspondance avec le général Guerrero.

— Cuerpo de Cristo .1 s'écria don Rafaël ; ceci est fort sérieux, savez-vous, mon ami ?

— Je sms tellement de votre avis que, malgré la fatigue qui m'accablait, j'ai prié ces messieurs de m'accompagner, et je suis venu à toute bride, espérant le surprendre en route et m'emparer de lut, d'autant plus qu'en sus de la lettre qu'il devait vous remettre, il en a d'autres fort com{>romettanl£s adressées à plusieurs personnes influisntes de la province.

— Voilà une ficbeuse afiaire» dit le C<sur-Loyal d'un air pensif, Il est évident que le misérable, au lieu de se rendre ici, est allé tout droit livrer ses papiers au général.

— * Cela ne fait malheureusement pas le moindre

doutet

ccAintuxA» 285

— Que fiâi%? murmura madiinalement dou

Il y eut un instant de silence ; chacun songeait au moym à employer pour neutraliser Teffet de cette trahison.

Curumilla et la Tête-d' Aigle se levèrent et se pr^[>arërent à sortir de la salle.

— Où allez-yous ? leur demanda Yalentin.

— Pendant que leurs frères délibèrent, répondit TAraucan, les chefs indiens iront à la découverte.

— Vous ayez raison, chef; aUez, allez, dit le chasseur. Je ne sais pourquoi, ajouta-t-il avectris^ tesse, mais j'ai le pressentiment d*un malheur»

Les deux Indiens sortirent

— Connaissez^vous le contenu de la lettre que m'adressait le comte ? demanda don Rafaël au bout d'un instant

— Ma fd, non ; mais il est i»*obable qu'il vous faisait part de sa victmre et qu'il vous priait d'amener doBa Angola à HérmosiUo. Sans tous les cas, cette missive était assez compromettante*

' — Quant à cela, je m'en inquiète peu \ le général Guerrero y r^ardera à deux Ms avant que de s'at^ taquer à moi.

-^ A quoi bon délibérer A longtemps et peBire inutilement un temps précieux ? Nous n'avons qu'une chose à fûre, c'est de nous rendre à Hermosillo et d'y conduire doua Angola, dit Belhumeîtf«

<— En effdt, c'est le plus simple, appuya ValeiHio,,

— Oui, fit don Rafaël^ le comte ne pomrra (f^* nous savoir gré de cette démarche*

— Alors, mettons sans plus tarder ce projet à exécution, reprit Belhumeur; pendant que l'Elan-»

8M GoimiUA.

Woir et moi»' ooos ptéptiiefùos toutpoor le Teyage, cbargez-vons, Gcsur-Loyal, d*aimoncer à do&a Aa^ gela la déteraûiiation que uous ayoos prise»

., -^ Faites dope et surtoat bâtes-vou», dit Vakntin ; je ne sais pourquoi, mais je voudrais déjà être

parti» .'

Sans pins de paroles ils se séparèrent, et le ohaaseur de^eora seul.

Valentin -était malgré lui en proie à une inquiétude poignante; il marcbsdt avec agitation dans la salle, s'arrètant parfois pour prêter Toreille ou pour jeter un regard à travers les fenêtres, comme s'il se fût atten4u à voôr surgir un emiemi.

Enfin, n'y pouyant plos tenir, il sortit ' Les deux chasseurs s'occup^ent activement de lacer les chevaux et de les seller» tandis que des peones amenaient des mules pour transporter les bagages.

. Valçntin sentait son mquiétude augmenter d'instant en instant : il aidait ses compagnons avec une, impatience fébrile et engageait chacun à se bâter.

Une heure s* écoula. Tout étjût prêt, on-n'attenrdait plus que âoui^.AjÇigela; elle amva accompagnée de dofia Lmz et de don Rafaël.

^^ Enfin I s'écria Yalentin, à cheval I à cheval et partons I

— partons^ répéterait les assistants.

Chacun se mit en selle.

Tout à coup, un grand bruit se fit entendre au dehors, et Gurumilla parut :les traits décomposés, la poitrine haletante.

— Fuye;^:! fuyez. l s',écria-t-U, ils arrivent. . — En avant I s'écria Yalentin,

«URUMILLA. SW

Mais tfn obstacle insurmontable se dressa deraàl èiix. Au moment où ils allaient franchir la porto àt Fhacienda, elle se trouva subitement encombrée-par les bestiaux que les peones ramenaient es toate b&lè des champs, probablement afin d'éviter qa^ûà Qè fussent enlevés par les mârandeiirs.

Les pauvres bêtes se pressaient toutes à la p(»t^ comme pour enti'er k la fois, en poussant de lasîentables mugissements, et piqués par derrière parles peones.

Il était inutile de solder i sortir avant que tout le ganado fût rentré ; l'obliger à rétrogader afin de débarrasser la porte, il n'y faHait pas songer. Aussîi bon gré, mal gré, les fugitifs furent-Ils eontrai&tp d'attendre.

Valentin était comme fou de colère. •

— Je le savais 1 je le savais I murmurait-il d'une voix étranglée, en serrant lés poings avec rage.

Enfin, au bout de près d'une heure, csr don Miguel possédait de nombreux troupeaux, la porté tf ouvrît:

— Aflons, au nom dn cîêl î s'écria Vdentîn.

— Il est trop tard, dit la Tête-d' Aigle en apparaissant tout à coup sur le seuil de la porte.

— Malédiction 1 hurla le chasseur, et il se prédi* pita en dehors.

Le chasseur jeta un regard autour de lui et poussa un cri de découragement. ,

L'hacienàa était complètement cffimée par plus de cinq cents cavaliers mexicains, au milieu desquels on distinguait le général Guerrero»

— Oh î le misérable traître ! s'écria le ehasseun

'— Voyons, ne fious laissoifô pas abattrez dit iè

1$8 Gçaoïiiiu.

Cfl»ir-*Loyàl; cuerpo de Cristo! il u'y a pas assez longtemps que j'ai renoncé à la vie du désert pour en avoir oublié les ruses. Ne donnons pas à ces gens le temps de se reconnaître : cbargeoavles et faisons une trouée 1

— Non, dit avec autorité Valentin, cela ne se peut Fermez et barricadez la porte, Belbumeur.

Le Ganadi^ se bâta d* obéir.

— Mais... fit don Rafaël.

— Cœur-Loyal, reprit Valentin, vous n'êtes plus maître d'agir à votre guise et de vous jeter dans des entreprises désespérées, vous devez vivre pour votre femme et vos enfants : d'ailleurs, pouvons-nous exposer doua Angela à êtt*e tuée au milieu de nous ?

— C'est vrai, répondit-il. Pardonnez-moi, j'étais foui

— Ob I s'écria dona Angela, que m'importe de mourir, si je ne dois pas revoir celui que j'aime?

— SeTiorita, dit sentencieusement le cbasseur, lais^z les événements smvre leur cours : qui sait s'il ne vaut pas mieux qu il en soit ainsi? Quant à présent, reuti^zdans la maison, et laissez-nous con- Âme cette aflaire.

— Venez, mon enfant, venez, lui dit affectueusement doua Luz, votre présence est inutile icl^ et peut-être que bientôt elle sera nuisiUe.

— Je vous obéis, sefiora, répondit tristement la jeune fille.

Et elle s'éloigna à pas lents^ appuyée sur le bras de dona Luz, qui Im prodiguait toutes les consolations que lui dictait son cœur.

Don Rafaël avait donné Tordre à tous ses serviteurs de s'armer et de se tenir prêts à opposer une

as%vmwu SâO

vigoureme résislsnce, si l'hacienda étoit atta<!j[uée, éventualité à laquelle, d'après les mouvements ordonnés par le général à ses troupes, on devait s'attendre d'un moment à Tauti^.

Les peones de Thacienda étaient nombreux, dé^ voués à leur maître ; la lutte menaçait d'être sérieuse- Tout à co«p on frappa à coups redoublés contre la porte.

Valentin, qui, depuis quelques minutes, semblait profondément réfléchir, se pencha à l'oreille de don Bafa^l et lui dit quelques mots.

— Ohl répondit celui-ci, c'est presque une lâjcbeté que vous me proposez, 4}on Yalentin.

— Il le faut 1 dit le chasseur avec insistance.

Et penda&t que le Cceur-J^oyal se dirigeait d'assez mauvaise humeur vers k porte, il entra vivement dans la maison.

Don Rafaël ouvnt un guichet pratiqué dans la porte et demanda qui était là et ce qu'on voulait; puis, au grand étonnement de tous les assistant», après avoh* parlementé quelques instants avec ceux qui demandaient si péremptoirement à entrer, il ordonna de débarricader la porte et de Touvrin . En un instant, elle fut ouverte.

Le général païut alors accompagné de plusieurs officiers et s'avança résolument dans l'intérieur.

— Je vous demande pardon de vous avoir fait attendre, générad; nuâs j'ignorais que ce fût vous, lui dit don RafaëL

— Garamba, amigo, répondit le général en sou-* riant tout en jetant un regard autour de lui^ vous avez une noml^reuse garnison ici, à ce que je vois?

-^ Depuis les derniers événements qui ont eu lieu

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