‹ CuvierChapitre 6 sur 57 · PP MR IT NT ON D · texte numérisé non relu

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qui aurait l'honneur de prononcer son Éloge devant vous, oserait à peine les reproduire.

Georges Cuvier est né le 23 août 1769, à Montbéliard, ville qui appartenait alors au duc de Wurtemberg, mais qui depuis a été réunie à la France. pen

Sa famille était originaire d’un village du Jura, qui porte encore le nom même de Cuvier. A l’époque de la réforme, elle s'établit dans la petite principauté de Montbéliard, où quelques-uns de ses membres ont occupé des charges distinguées.

Le grand-père de M. Cuvier était d’une branche pauvre; il fut greffier de la ville. De deux fils qu'ileut, le second s'engagea dans un régiment suisse au service de France; et devenu, à force de bonne conduite et de bravoure, officier et cheva-

ÉLOGE HISTORIQUE, 69 lier de l’ordre du Mérite, il épousa à cinquante ans une femme encore assez Jeune, et dont le souvenir sera cher à la postérité ; car elle a été la mère de Cuvier, et de plus, son premier maitre.

Femme d'un esprit supérieur, et mère pleine de tendresse, l'instruction de son fils fit bientôt toute son occupation. Bien qu’elle ne sût pas le latin, elle lui faisait répéter ses leçons; elle le faisait dessiner sous ses yeux; elle lui faisait lire beaucoup de livres d'histoire et de littérature; et c’est ainsi qu’elle développa, qu’elle nourrit dans son jeune élève cette passion pour la lecture et cette curiosité de toutes choses, qui, comme M. Cuvier le dit lui-même dans les Mémoires qui me sont confiés, ont fait le ressort principal de sa vie.

On remarqua de bonne heure, dans cet enfant, cette prodigieuse aptitude à tous les travaux de l'esprit, qui a fait plus tard un des traits distinctifs de son génie. Tout réveillait, tout excitait son

” activité.

Un exemplaire de Buffon qu'il trouve, par hasard, dans la bibliothèque d’un de ses parents, allumeñtout à coup son goût pour l'histoire natu-

relle. Il s'applique aussitôt à en copier les figures et à les enluminer d’après les descriptions ; travail qui, dans un goût naissant, révélait déjà une sagacité d'observation d’un ordre supérieur.

Le séjour du jeune Cuvier à l’Académie de Stuttgard est trop connu pour que je m y arrête beaucoup ici.

Le souverain d’un petit État, Charles, duc de Wurtemberg, semblait s'être proposé de montrer dès lors à de plus grandes nations ce qu'elles pourraient faire pour l'instruction de la jeunesse.

Il avait réuni dans un magnitique établisse= ment plus de quatre cents élèves qui y recevaient des leçons de plus de quatre-vingts maîtres. On y formait tout à la fois des peintres, des sculpteurs, des musiciens, des diplomates, des jurisconsultes, des médecins, des militaires, des professeurs dans toutes les sciences. Il y avait cinq facultés supérieures : le droit, la médecine, l’administration, l’art militaire et le commerce.

Le cours de philosophie terminé, les élèves de Stutigard passaient dans une des einq facultés

ÉLOGE HISTORIQUE. 67 supérieures. Cuvier choisit l'administration ; et le motif qu'il en donne doit être rapporté : « C’est, « dit-il; que, dans cette faculté, on s’occupait « beaucoup d'histoire naturelle, et qu’il y aurait, « par conséquent, de fréquentes occasions d’her- « boriser et de visiter les cabinets. »

Tout intéresse dans la vie d’un grand homme ; mais on y recherche avec une sorte d'avidité ce qui peut jeter quelque jour sur la marche de ses travaux. On voudrait le suivre dans tous les progrès par où il à passé pour changer la face des sciences ; on voudrait démêler, jusque dans ses premiers pas, quelque chose de la tournure de son esprit et du caractère de ses pensées.

On vient de voir comment, dès les premières figures d'histoire naturelle qui lui tombent entre les mains, notre naturaliste, encore enfant, conçoit tout à coup l'heureuse idée de Les enluminer d'après les descriptions

Étant à Stuttgard, un de ses professeurs, dont il avait traduit les leçons en français, lui fait présent d’un Linnæus. C'était la dixième édition du Système de la nature ; et ce livre fait, à lui seul

pendant plus de dix ans, toute sa bibliothèque d'histoire naturelle.

Mais, à défaut de livres, il avait les objets; et cette étude directe, exclusive, des ohjets les lui gravait bien mieux dans la tête que s’il avait eu, je me sers de ses propres expressions, que S'il avalt eu à sa disposition beaucoup d’estampes et de descriptions. N'ayant, d’ailleurs, ni ces figures, ni ces descriptions, 1l les faisait luiméme.

Cependant toutes ces excursions dans l’histoire naturelle n'avaient point nui aux études prescrites; 1l avait remporté presque tous les prix; il avait obtenu l’ordre de chevalerie, qui ne s’accordait qu'à Cinq ou six parmi tous ces jeunes sens ; et, selon toutes les apparences, il devait promptement obtenir un emploi.

Mais, fort heureusement pour lui, et plus heureusement encore pour l'histoire naturelle, car ces deux destinées sont désormais inséparables, la position de ses parents ne lui permettait pas d'attendre.

Ïl lui fallut donc prendre un parti : une place

ÉLOGE HISTORIQUE. 69 de précepteur lui ayant été offerte dans une famille de Normandie, au moment où il quittait Stuttgard, il se hâta de l’accepter, et il partit aussitôt pour Caen, où il arriva au mois de juillet 1788, âgé d'un peu moins de dix-neuf ans. |

Dès ce moment, sa passion pour l'histoire naturelle prit une nouvelle vigueur. La famille d'Hérici, chez laquelle 1l était, alla bientôt résider. dans une campagne du pays de Caux, à une petite lieue de Fécamp. C’est là que notre jeune naturaliste passa les années de 94 à 94, entouré, comme il le dit lui-même, des productions Îles plus variées que la mer et la terre semblaient lui offrir à l'envi; toujours au milieu des objets, presque sans livres, n'ayant personne à qui communiquer ses réflexions, qui, par là, n’en acquéralent que plus d'énergie et de profondeur.

C'est dès lors, en effet, que son esprit commence à s'ouvrir de nouvelles routes; c’est dès lors qu'à la vue de quelques térébratules, déterrées près de Fécamp, il conçoit l’idée de comparer les espèces fossiles aux espèces vivantes; c’est dès lors que

Ja dissection de quelques mollusques lui suggère

cette autre idée d’une réforme à introduire dans la distribution méthodique des animaux ; en sorte que les germes de ses deux plus importants travaux, la comparaison des espèces fossiles aux espèces vivantes et la réforme de la classification du règne animal, remontent à cette époque.

C’est de cette époque que datent aussi ses pre-

mières relations avec M. Tessier, que les orages ‘de la révolution retenaient alors à Fécamp, et

qui, depuis quelque temps, y occupait l'emploi de médecin en chef de l'hôpital militaire.

M. Tessier ne put voir le jeune Cuvier sans être frappé de l'étendue de son savoir. Il l'engagea d’abord à faire un cours de botanique aux médecins de son hôpital ; il écrivit ensuite à tous ses amis de Paris pour leur faire part de l’heureuse découverte qu'il venait de faire; 1l en écrivit surtout à ses amis du Jardin des Plantes, qui eurent aussitôt l’idée d’y appeler et d'y attacher le Jeune Cuvier, en qualité de suppléant de Mertrud, alors chargé de l’enseignement de l’anatomre comparée.

«Je me suis sans cesse rappelé, dit à cette oc-

ÉLOGE HISTORIQUE. 11 « casion M. Cuvier, je me suis sans cesse rappelé « une phrase de M. Tessier dans sa lettre à M. de « Jussieu : Vous vous souvenez, disait-il, que c’est

( MO? qui a? donné Delambre à l'Académie ; dans

un autre genre, ce sera aussi un Delambre. »

C'est donc à M. Tessier que l’Académie et les sciences ont dû Delambre et Cuvier. Un homme qui d’ailleurs n'aurait rendu que ces deux services aux sciences devrait compter à Jamais sur le respect et sur la reconnaissance de tous ceux qui les culivent. Mais combien de pareils traits touchent plus vivement notre âme, quand ils ornent une vie consacrée tout entière aux sciences, à leurs progrès, à leurs applications, et qui devait se prolonger en une suite si respectable de tra-

vaux utiles et de vertus!

Fontenelle a dit que c'était un bonheur pour les savants, que leur réputation devait appeler à la capitale, d’avoir eu le loisir de se faire un bon

fonds dans le repos d’une province.

Le fonds de M. Cuvier était si bon que, quelques mois après son arrivée à Paris, en 1795, sa réputation égalait déjà celle des plus célébres na-

turalistes, et qu'en effet, dès cette année même,

qui est celle de la création de l'Institut national, il fut immédiatement nommé pour être adjoint à Daubenton et Lacépède, qui formaient le noyau de la section de zoologie.

Dès l’année suivante, il commença ses cours, devenus si rapidement célèbres, à l’école centrale du Panthéon. |

En 1799, la mort de Daubenton lui laissa une chaire beaucoup plus importante, celle d'histoire naturelle au Collége de France. Enfin, en 1802, Mertrud étant mort, M. Cuvier devint professeur titulaire au Jardin des Plantes.

On se souvient que les fonctions des secrétaires de l’Institut étaient d’abord temporaires. M. Cuvier fut appelé, un des premiers, à remplir ces fonctions dans sa classe; et, bientôt après, en 18053, une nouvelle organisation de ce corps sa-

vant avant rétabli la perpétuité de ces places, al

fut nommé secrétaire perpétuel pour les sciences

physiques ou naturelles, à la presque unanimité

des voix.

Ce fut en cette nouvelle qualité de secrétaire

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perpétuel qu'il composa son mémorable Rapport sur les progres des sciences naturelles depuis

1789. Delambre avait été chargé du rapport sur

« les sciences mathématiques ; et chaque classe de

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… Plinstitut dut ainsi en présenter un sur les sciences | ou sur les arts dont elle s'occupait.

On sait avec quel appareil l'empereur reçut ces rapports. Il exprima par un mot heureux la satisfaction particulière que lui fit éprouver celui de M. Cuvier. « Il m'a loué comme j'aime à l'être, » dit-il. « Cependant, ajoute M. Cuvier, je É « m'étais borné à l'inviter à imiter Alexandre, et

« à faire tourner sa puissance aux progrès de « l'histoire naturelle. »

—. Mais cette sorte de louange est précisément - celle qui devait le plus flatter un homme qui F avait compris tous les genres de gloire que peut 4 ambitionner le fondateur d'un empire, et qui eût voulu ne demeurer étranger à aucun. Il est permis de croire, d’ailleurs, que la louange qui n'a ” d'autre but que de porter un souverain à faire de grandes choses, n’est point indigne d'un philosophe. |

A toutes ces occupations d’historien des sCIen- 1 ces, de secrétaire perpétuel, de professeur au Muséum et au Collège de France, M. Cuvier en joi-

enait plusieurs autres. Il avait été nommé membre | du conseil de l'Université en 1808, et maître des | requêtes en 18153. | La Restauration sut respecter une grandere- . nommée. M. Cuvier conserva sa position; et même il ne tarda pas à se voir revêtu de fonctions nouvelles. Nommé successivement conseiller d'État, président du comité de l'Intérieur, chancelier de l'Instruction publique, enfin, en 1831, pair de France, l'étendue de son esprit embrassait tous les ordres d'idées, et se prêtait à tous les

œenres de travaux.

Il était membre, comme on pense bien, de tou-" tes les Académies savantes du monde ; car quelle”

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