‹ CuvierChapitre 7 sur 57 · CS · texte numérisé non relu

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î Académie eût pu omettre d'inscrire un pareil nom } sur sa liste? Et, ce qui est un honneur dont il y a | eu peu d'exemples avant lui, il appartenait à trois “ Académies de l'Institut, l’Académie française, celle des sciences, et celle des inscriptions et belles-lettres.

Sa grande renommée lui amenait, de toutes :

à ts, tout ce qui se faisait d'observations et de découvertes. C'était d’ailleurs son esprit, c’étaient ses leçons, ses ouvrages qui animaient tous les observateurs et qui en suscitaient partout ; et jamais on n’a pu dire d’aucun homme avec plus de vérité que de lui, que la nature s’entendait

…. partout interroger en son nom.

Aussi, rien n'est-il comparable à la richesse des collections qu il a créées au Muséum, et qui toutes ont été mises en ordre par lui. Et quand on songe à cette étude directe des objets qui fut l’occupation principale de sa vie, et de laquelle il à fait sortir tant de résultats, on n'est point étonné de ce mot qu'il a répété souvent : « Qu'il ne « croyait pas avoir été moins utile à la science « par ces collections seules que par tous ses au-

« ires ouvrages. »

Dañs le cours d’une carrière si pleine de succès et de gloire, M. Cuvier avait été frappé des plus rudes coups. Il avait perdu ses deux premiers enfants, ou peu de jours, ou peu d'années aprés leur naissance ; le troisième, qui était un garçon,

76 ÉLOGE HISTORIQUE. ÿ mourut à l’âge de sept ans; et toutes ces douleurs devaient se renouveler quelques années plus tard, avec bien plus d’amertume encore, quand il perdit sa fille, jeune personne de l'esprit le plus distingué, et qui, dans la tournure de cet esprit, et Jusque dans les traits de son visage, rappelait quelque chose de son père. |

Dans tous les malheurs de sa vie, sa consolation ordinaire à été de redoubler de travail. Il trouvait une consolation plus puissante encore dans les soins dont sa famille, et surtout madame Cuvier, se plaisaient à l’entourer.

Quand on songe aux nombreux emplois de M. Cuvier, à tous ses travaux, à tous les ouvrages qu'il a produits, et à l'étendue, à l'importance de ces ouvrages, on est étonné qu'un seul homme y ait pu suffire. Mais, outre tant de facultés supérieures de son esprit, il avait une curiosité passionnée qui le portait, qui le poussait à tout ; une mémoire dont l’étendue tenait du prodige; une facilité, plus prodigieuse encore, de passer d’un travail à un autre, immédiatement, sans effort : faculté singulière, et qui, peut-être, a plus con-

ÉLOGE HISTORIQUE. 17 tribué que toute autre à multiplier son temps et ses forces.

D'ailleurs, aucun homme au monde ne s'était jamais fait une étude aussi suivie, et, Si Je puis ainsi dire, auss) méthodique, de l’art de ne perdre aucun moment.

Chaque heure avait son travail marqué ; chaque travail avait un cabinet qui lui était destiné, et dans lequel se trouvait tout ce qui se rapportait à ce travail : livres, dessins, objets. Tout était préparé, prévu, pour qu'aucune cause extérieure ne vint arrêter, retarder l'esprit dans le cours de ses méditations et de ses recherches.

. M. Cuvier avait une politesse grave, et qui ne se répandait point en paroles; mais 1l avait une bonté intérieure et une bienveillance qui allaient droit aux actions. On aurait dit qu'en ce genre encore 1l craignait aussi toute perte de temps.

Je ne vous rappellerai point, Messieurs, en finissant, cette mort si funeste et si prompte qui vint le frapper au milieu de tant de travaux et de grandes pensées. Ces souvenirs vous sont trop présents, trop pénibles ; et votre douleur, toujours

aussi vive, toujours aussi profonde, est l'hom-

mage le plus digne de sa mémoire. ;

D'ailleurs, dans cette faible esquisse des travaux d’un grand homme, j'ai moins considéré l'homme que le savant. J'ai cherché surtout à retracer cette suite de vérités sublimes que les

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sciences doivent à son génie. Et ce génie est im—

mortel!

Sa gloire s'accroîtra sans cesse, comme les progrès des sciences qu'il a créées. Le temps qui efface tant d'autres noms, perpétue, au contraire, et entoure sans cesse d'un nouvel éclat le nom de ces hommes rares qui semblent avoir révélé de nouveaux ressorts dans l'intelligence, et donné de nouvelles forces à la pensée. Et comme leur esprit, devançant leur siècle, avait surtout en vue la postérité, ce n’est aussi que de la postérité, ce n'est que de la suite des siècles, qu'ils peuvent attendre tout ce qui leur est dû de reconnaissance et d'admiration.

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