‹ CuvierChapitre 8 sur 57 · DISTRIBUÉ D'APRÈS SON ORGANISATION · texte numérisé non relu

DISTRIBUÉ D'APRÈS SON ORGANISATION

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Pour servir de base à l'Histoire naturelle des Animaux, et d’Introduction à l’Anatomie comparée (1).

L'histoire naturelle à proprement deux objets :

V'un, de faire connaître les êtres de la nature pris

(1) La première édition est de 1817. La seconde est de 1829. |

Nore. — Dans cette Histoire des travaux de M. Cuvier, il était impossible que je n’eusse pas à redire, plus d’une fois, ce que j'avais déjà dit dans l’Æloge. J'ai tâché, du moins, de ne laisser de répétitions que celles qui étaient absolument nécessaires pour le développement des grandes idées que j'expose.

en eux-mêmes; l’autre, de faire connaître les rapports de ces êtres entre eux.

Le premier point serait donc d’avoir le cataloque complet des êtres de la nature; le second point serait d'en avoir une classification exacte,

Or, cette vaste et double entreprise du cataloque et de la classification des êtres, Lin næus est le premier des hommes qui l'ait tentée ; et c’est là ce qu'il a rendu si célèbre sous le nom de Système de la nature. Le Système de la nature de Linnæus n'a sans doute été qu'une ébauche ; mais une nation qui reprendrait au jourd'hui l’ébauche de Linnæus, et qui la reprendrait avec les moyens de tout genre, matériels et scientifiques, qui se sont accumulés depuis ce

orand homme, cette nation élèverait à l'hëstoire naturelle un monument capable de caractériser et d'immortaliser à lui seul une nation et bn,

siècle.

AE, En attendant que ce grand monument s ‘élève,

voici un ouvrage qui, pour la zoologie, laissera peu à faire, sinon comme calaloque complet des

CLASSIFICATION DU RÉGNE ANIMAL. 80 animaux, du moins comme classification exacte, et comme determination precise du plus grand nombre de leurs espèces.

À vouloir pénétrer un peu dans le détail du orand ouvrage que J'analyse, ce serait la matière de vingt chapitres, et non d’un seul. Je me bor-

nerai donc à quatre points principaux, savoir : la distribution générale du règne animal, laquelle montrera mieux que tous les détails l'éten- “ due de la nguvelle réforme; la formation des genres, faits avec un tel art que leurs sous-genres D ne comprennent que des organisations parfaltement conformes; l'exposition des caractères, qui, par cet art même qui a présidé à la formation des genres, ont pu être exprimés avec une

brièveté dont on n'avait point encore d'exemple; enfin la crèfique, la determination, la distinction precise des espèces, lesquelles font toujours, comme chacun sait, l’objet définitif de l'histoire

naturelle d'un règne quelconque.

Linnæus divisait le règne animal en six classes : les quadrupèdes , les oiseaux, les reptiles, les

poissons , les 2nsectes et les vers. Ajoutez que tou-

86 é ZOOLOGIE,

tes ces classes, regardées comme étant de mème ordre, c'est-à-dire comme étant séparées les unes des autres parun même intervalle, se réunissaient en deux grandes divisions, celle des animaux à 4 sang rouge et celle des animaüx à sang blanc, ou, comme les a dénommées plus tard le célèbre naturaliste M. de Lamarck, celle des animaux vertébrés et celle des animaux sans vertèbres , deux grandes divisions regardées encore comme étant de même ordre, ou comme équivalant l’une à l’autre. |

Ainsi, une première coupe partageait le règne animal en deux grandes moitiés supposées pareilles : les animaux à sang rouge ou à vertèbres, et les animaux à sang blanc ou sans vertèbres ; et

une seconde coupe partageait ces deux moitiésen

mi ou, di a 34 he 1 à KE- do ER ne po 2 ii cr EN OT us dé

- six Classes, supposées pareilles encore : les qua-

drupèdes, les oiseaux, les reptiles, les poissons,

les 2nsectes et les vers.

D'ailleurs, aucune limite précise ne circonscrivait ces classes; les celaces se trouvaient parmi les porssons ; les porssons cartilagineux parmi les reptiles ; les crustacés, les vers artlicu-

- les, tous animaux qui ont une vraie cireulation,

L | se trouvaient parmi les 2nsectes qui n’en ont point ;

À et far intestinaux, les polypes, les infusorres, | "É mollusques, jusqu’à des poissons même, setrou= vaient réunis et confondus dans la classe des vers, la dernière et la plus informe de toutes.

7. ; Cette classe des vers était, en effet, ce qui avait À Gtôle moins étudié. On n'avait que quelques ob- . servations éparses de Swammerdamm, de Redi, sd de Monro sur la seiche, de Pallas sur Les aphrodi- 1 tes et les nérétdes, etc. Aussi, dans la classe de À Linnæus, l'actinie, qui est un zoophyte, Se trou- 1 vait à côté D qui est un mollusque ; D'E méduse | s ï pourtant est ü un Dans date classe des vers, Linnæus avait donc

4 mis là confusion partout, et Bruguières la laissa

ouvait éloignée de l’astérie, qui ne méduse, etc.

partout où Linnæus l'avait mise. On songeait encore si peu à consulter l’intérieur de l’organisation de ces animaux, que ce dernier auteur, par exemple, prenant pour mollusques tout ce qui n'a pas de coquilles, en sépare, sous le nom de lestaces, tout ce qui à des coguilles, comme si le petit caractère extérieur d'avoir des coquilles em-

pôchait les fesfacés d’être de vrais mollusques par toute leur nature ou organisation interne. #

Ce fut en 1795 que M. Cuvier fit remarquer l'extrême différence des êtres confondus dans sl cette classe, et qu'il les sépara nettement les un xl des autres, d'après un examen détaillé et d’apr 5 des caractères puisés dans leur Mae ’

même. % Cet examen détaillé produisit une un dis- Î

tribution générale des animaux à sang blanc en

six classes : les mollusques, les crustacés, les vers,

les insectes, les échynodermes et les zoophytes. De cette nouvelle distribution, des ANIMAUX à

sang blanc date la révolution de la zoologie. "4 Plustard, M. Cuvier rapprocha les crustacés des

insectes, à cause de la symétrie commune de leurs

parties, et de la structure articulée, pareillement commune, de leurs membres et de leur corps; il sépara les annélides ou vers à sang rouge des vers éntestinaux ; Car 1l fit voir que les premiers ont : une vraie circulation, un système nerveux dis- | tinct, un corps articulé, tandis que les autres

er

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CLASSIFICATION DU RÈGNE ANIMAL, S9 n'ont ni circulation, ni système nerveux distinct, ni corps proprement articulé. Il montra que les mollusques, qui ont une organisation si riche, un cerveau, des yeux, et des yeux souvent très com-— pliqués, quelquefois des oreilles, toujours des glandes sécrétoires nombreuses, une circulation double, etc., devaient d’abord être élevés fort audessus des polypes et des autres zoophytes, dont la plupart n’ont pas même des organes distincts, et à côté desquels on les avait pourtant si longtemps laissés, et ensuite que l'ensemble de ces mollusques formait un groupe qui, par l'importance de ses caractères généraux et par le nombre des espèces qui le composent, répondait non à telle ou telle classe ou fraction des vertebres, mais à tous les vertébrés joints ensemble ; et reprenant alors chacune des grandes masses du règne animal, 1l vit que presque aucune des divisions générales, jusque-là admises, ne pouvait plus subsister, du moins avec les attributions et les limites qu'elle avait jusque-là reçues.

Par exemple, on opposait les anmaux verté-

bres aux animaux sans vertèbres , comme si ces

deux divisions eussent été de même ordre; on appelait également du nom de classe, et l’ensemble des mollusques et une fraction quelconque des vertébrés, comme si, en effet, l’ensemble des mollusques n’eût équivalu qu’à une fraction ou subdivision des vertébrés, etc. |

Assurément, depuis que l’organisation si variée des animaux sans vertèbres était enfin connue,

personne ne pouvait plus prétendre qu'il n’y eût,

entre tous ces divers animaux, infiniment plus de différences qu'il n’y en a d’un vertébré, quel

qu'il soit, à l'autre. Or, si de ces deux divisions,

l'une comprenait des structures infiniment plus variées que l’autre, l’une n’équivalait donc pas à l'autre, elles n'étaient donc pas de méme ordre, elles ne devaient donc pas être appelées de même nom. |

De même, depuis que l’organisation des mo/lusques était connue, on ne pouvait plus prétendre qu'il n’y eût, entre tous ces animaux, beaucoup plus de différences qu'entre les animaux d'une seule classe de vertébrés ; et par conséquent encore, puisqu'il n'y avait pas parité entre les

ôtres compris dans ces deux divisions, 11 n'y avait

CLASSIFICATION DU RÈGNE ANIMAL. 91 pas parité de division, il ne devait pas y | avoi ir parité de nom. … Maisce n’était pas tout. À comparer toujours “les structures, et à se régler par elles, il n’était | + pas Horse évident que les crustaces réunis aux 4 “insectes, et ces deux groupes à celui des vers à | Fe ang rouge ou articules, formaient, par leur imd | portance, par le nombre de leurs espèces, par $ É leurs structures si essentiellement diverses , une troisième division pareille ou à celle des verté- | brés ou à celle des mollusques, et que tous les au- + tres animaux, réunis dés lors sous le nom de z00- L phytes, en formaient une quatrième, pareille à s chacune des trois précédentes.

LE FConsidéré de ce nouveau point de vue, le règne animal offre donc quatre grandes divisions ou M embranchements : celui des vertébrés, celui des ; mollusques, celui Le articulés , et celui des z00- EL” plytes.

ï Chacun de cesembranchements est formésurun à plan particulier, distinct, c'est-à-dire qui ne se Ë “É laisse point ramener à celui des autres; et 1ls

SA à

soñttous pareils les uns aux autres, ou de même

ordre, c'est-à-dire que les êtres qu'ils renfer-

ment offrent, dans leur structure, des ressem— blances ou des différences pareilles ou due lentes. Fi

Ainsi les vertebres ont leur plan ; les mollusques ont leur plan; les articulés, les zoophytes ont le leur; et tous ces plans sont également cir-

conscrits, c’est-à-dire qu'aucune nuance, qu'au=

cun intermédiaire, qu'aucun lien, ne peut faire passer de l’un à l’autre sans rupture, sans hralus, sans saut.

Une sorte de c#rconvallation les sépare. On He

peut aller, par des modifications plus ou moins oraduées, de /’Aomme, considéré dans son orge

nisation aux autres mammufères, des ts

fères aux oiseaux, des oîseaux aux reptiles, des

reptiles aux pois:ons ; mais, des poissons aux mol-

lusques, des mollusques aux articules, des arti=

cules aux zoophytes , il n° Y à plus de nuance, de

gradation, de passage. Tout à coup le plan change, et une nouvelle forme se montre; mais, prise en elle-même, cette nouvelle forme, ce nouveau type est également constant, dominant, uniforme :

tous les mollusques répétent aussi exactement leur

; ; ne pu n # z Ë

D 1e, le type mollusque, que les vertébrés, les ar-

iibulés , les zoophytes, répètent le leur, le type

| Reibre. articulé ou zoophyte.

Dans la chaine immense des êtres du règne ani-

mal, 1ya donc quatre grandes formes, quatre grands éypes ; et il n’y en a que quatre.

Ce grand fait, le plus élevé de tous , est également beau, soit qu'on le considère du côté par lequel il montre qu'à quelques modifications secondaires près, tous les animaux rentrent exactement dans l’une ou l’autre de ces grandes formes;

soit qu'on le considère par le côté qui montre

qu'entre chacune de ces grandes formes iln°y à nulle nuance, nul degré, nulle forme intermé-

diaire.

Les vertébrés seuls ont une moelle épinière, long cône médullaire aux côtés duquel viennent se rendre les nerfs, et qui s’épaissit, à son bout antérieur, pour former l’encéphale; seuls ils ont un double système nerveux, celui de la moelle épinière et celui du grand sympathique ; seuls ils ont un canal composé de vertèbres osseuses où car-

tülagineuses. Mais tous ont cette moelle épini dre > ce grand sympathique, ces vertèbres ; ils onttous des sens au nombre de cinq, des mâchoires au nombre de deux et horizontales, le sang ronge,

un cœur musculaire , un système de vaisseaux chylifères et absorbants, un foie, une rate, un pancréas, des reins, etc. En un mot, plus on examine toute leur organisation, is. om leur trouve de ressemblances. |

Mais plus aussi on leur trouve de différences avec tous les autres embranchements. Les moi

lusques, par exemple, ont bien encore un cerveau, quoique infiniment réduit; mais ils n’ont plus de moelle épinière, et par suite plus de vertèbres ; ils n'ont plus de grand sympathique : etleur système nerveux unique, au lieu d’être placé au-dessus du canal digestif, comme dans les vertébrés, est tou oil

jours placé, au contraire, sauf le seul ganglion .« | qui représente le cerveau, au - dessous de ce canal, et relégué parmi les viscères; enfin, ilsnont ni vrai squelette, ni vaisseaux absorbants, ni rate, | ni pancréas, ni veine porte, ni reins; l'organe de À l'odorat manque à tous; celui de la vue à plusieurs; une seule famille possède celui de l'ouie,

CLASSIFICATION DU RÈGNE ANIMAL. 95 ete. , mais ils onttousun système complet et dou- | ble de circulation, des organes respiratoires circonscrits, un foie, etc. En un mot, si, par le manque de moelle épinière, de vertèbres, de squelette , de grand sympathique, etc., ils diffèrent essentiellement des vertébrés, ils semblent, par la richesse de leurs organes vitaux, par leur double circulation, leur respiration, leur foie, etc., venir immédiatement après eux, et mériter de former ainsi le second des quatre embranchements du règne animal.

Le troisième, ou celui des articules, ne diffère pas moins de celui des mollusques que ceux-ci ne diffèrent des vertébrés. Les animaux de cet embranchement ont un petit cerveau comme les mollusques, et ce petit cerveau est aussi placé sur l’œsophage ; mais, ce qui manque aux mollusques, ils ont une sorte de moelle épimière, composée de deux cordons qui règnent le long du ventre et s'y unissent d'espace en espace par des nœuds ou ganglions, d'où partent les nerfs; et toutefois cette moelle épinière, qui les éloigne des mollusques, ne les rapproche pas des vertébrés, car, à l'inverse de celle des vertébrés, toujours placée au-

96 ZOOLOGIE. | dessus du canal digestif, elle est toujours placée au-dessous. Par une inversion opposée, le cœur, qui est au-dessous de ce canal dans les vertébrés, estau-dessus dans les articulés ; et ce que je viens de dire de leur moelle épinière peut se dire de leur squelette, quand 1ls en ont: c’est que ce squelette, tout en les éloignant des mollusques, n’est pas un trait qui les rapproche des vertébres; car, à l'inverse de celui des vertebres, qui est intérieur et recouvert par les muscles , 1l est extérieur et recouvre les muscles. En un mot encore, les traits qui séparent les aréicules des mollusques sont essentiels, profonds, sont de ces traits qui décident de la nature des êtres; et les traits qui semblent les rapprocher des vertebres, ne les en rapprochent qu'en apparence.

Le quatrième embranchement n'offre pas des caractères moins circonscrits, moins déterminés que les trois autres. Le premier de ces caractères est que toutes les parties y sont disposées autour d'un centre comme les rayons d'un cercle; le second est la dégradation, la simplification successive de leur structure. Du premier caractère vient le nom d'animaux rayonnés, ou d'animaux dont

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