‹ Cuvier. Histoire de ses travaux (volume 2)Chapitre 112 sur 265 · INTELLIGENCE · texte numérisé non relu

INTELLIGENCE

la formatioQ des idées, accorde beaucoup trop aux sens ; Condillac leur accorde beaucoup plus encore. Il y a des moments où Buffon semble enchérir sur Condillac et sur Locke.

« On ferait bien, dit-il, de laisser à Tenfant le libre usage de ses mains, dés le moment de sa naissance ; il acquerrait plus tôt les premières notions de la forme des choses, et qui sait jusqu'à quel point ces premières idées influent sur les autres? Un homme n'a peut-être beaucoup plus d'esprit qu'un autre que pour avoir fait, da&s sa première enfance, un plus grand et un plus prompt usage de ce sens ^ n

Voilà, pourtant jusqu'où va Buffon, lorsqu'il oublie Descartes pour Locke. Mais avec quel bonheur il se corrige lui-même ! « L'esprit, quoique resserré, dit-il, par les sens, quoique souvent abusé par leurs faux rapports, n'en est ni moins pur ni moins actif; l'homme qui a voulu savoir a

1 . Tome m, page 362. 11 dît ailleura précisément le eootralre : « L'excellence des lens et la perfeeUon mèmt qu'on peot lear donner, n'ont des efTeta bien sensibles que dans Tanlmal: Il nous parattra d'autant plus actif et plus inteUigenI, que ses sens seront meilleurs ou plus perfeeUbnnés. L'homme, au oontralrr, n'en est pas plus raisonnable, pas plus spirituel, pour avoir beaucoup exercé son oreille et ses jeux. On ne voit pas que les personnes qui ont les sens obtus, la vue eourte, l'oreilla dure, l'odorat détruit on insensible, aient moins d'esprit que les antres : preuve évidente qu'il y a dans Vhomme quelque ehoaa do plus qu'un sens Inlérienr animal. • (tome IV, page 33).

DE l'homme. ii3

commencé par les rectifler, par démontrer leurs erreurs ; il les a traités comme des organes mécaniques, des instruments qu*il faut mettre en expérience pour les vérifier et juger de leurs effets'.»

Buffon a résumé toutes ses idées sur les erreurs des sens dans ces belles pages où il imagine un homme, a tel, dit-il, qu^on peut croire qu'était le premier homme au moment de la création, c'està-dire un homme dont le corps et les organes seraient parfaitement formés, mais qui s'éveillerait tout neuf pour lui-même et pour tout ce qui l'environne ^. »

J'ouvris les yeux, quel surcroU de sensor-

tian ! La lumière, la voûte céleste, la verdure de la terre, le cristal des eaiLx.., Je crus d* abord que tous ces objets étaient en moi. . . Je commençai à soupçonner qu'il y avait de V illusion dans cette sensation qui me venait par les yeux ^

Mais, tout en admirant ces pages brillantes où la précision des idées se joint au charme des mots, et la méthode à la fiction, puis-je ne pas remarquer que Buffon n^y parle que des idées qui viennent des sens? Il n'y dit rien des idées qui viennent de l'&me; il peint l'àme qui découvre

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