‹ Cuvier. Histoire de ses travaux (volume 2)Chapitre 23 sur 265 · ET DU GENRE · texte numérisé non relu

ET DU GENRE

Buffon définit V espèce « une succession con- « stanle d'individus semblables et qui se reproc< duisent (1) : » par où il mêle deux choses distinctes, le fait de la reproduction et celui de la ressemblance. Or, il avait déjà remarqué, et fort judicieusement, que la comparaison de la ressemblance nest qu une idée accessoire (2). Reste donc

(!) OEuwet de Buffon, t. IV, p. 386 de l'édition in-4 de l'Imprimerie royale.

(2} « La comparaison du nombre ou de la ressemblance ■ des individus n'est, dit Buffon, qu'une idée accessoire et « souvent indépendante de la première (la succession con- « slante des Individus par la génération ) ; car l'àne ressem-

• ble an cheval plus que le barbet au lévrier, et cependant « le barbet et le lévrier ne font qu'une même espèce, puis-

• qu'ils produisent ensemble des individus qui peuvent eux- • • mêmes en reproduire d'autres ; au lieu que le cheval et

• ràne sont certainenàent de différentes espèces, puisqu'ils « ne produisent ensemble que des individus vicies et infc-

• condt. • Ibid.f p. 385.

le fait de la reproduction, et par conséquent Te»pèce n'est, pour lui, que la svf cession des indivis dus qui se reproduisent,

H. Cuvier définit aussi Tespëce : « La réunion des individus descendus Tun de Tàutre ou de parents communs (1).» L'espèce n'est donc pour M. Cuvier, comme pour Buffon , que la succès^ sion des individus qui se reproduisent et seperpe^ tuent.

Voilà donc X espèce définie par le fait : Vespèc€ est la succession des iîidividus qui se reproduisent.

Mais n'y a-t-il pas aussi quelque fait par lequel

on puisse définir le genre f C'est cette définition

que je cherche.

Que deux individus mâle et femelle, semblables

entre eux, se mêlent, produisent, et que leur pro-

(1) 11 ajoute : « Et de ceux qui leur reMemblent autant

• qu'iU ëe rfsseniblrnt eiiiie eux. » Mais ce D*«f&i là eneore» Diéine pour iui/qu*une idée acressoire, car il dit aillean : « Lc$ dUVétcncee uppaicnteis d'un niàUn et d'un barbet, d'an « lévrier et d'un doguin s^ont plu» furies que celle» d'aucunea

• espèces sauvages du même genre. » L'idée foadameotala de l'espèce est doue la succesiion petr ta génération, « Ca

« caractère seul, dil encore BulTuo, constilue la réalité el • « l'unité de ce que l'on doit appeler eapèce. » T. V. p. €4.

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duit soit susceptible à son tour d6 se reproduire* et voil& Tespèce : la succession des individus qui se reproduisent et se perpétuent. A côtô de ce premier fait , que deux individus , m&le et femelle , moins semblables entre eux que n'étaient les deux précédents, se mêlent, produisent , et que leur produit soit infécond, ou immédiatement, ou après quelques générations, et voilà le genre. Le caractère de Tespèce est la fécondité qui se perpétue , le caractère du genre est la fécondité bornée. La génération donne donc ainsi les espèces par la fécondité qui se perpétue, et les genres par la/^cojidiié bornée.

Je sais bien que le groupe que je propose, et qui résulterait du a-oisenient fécond ôes espèces, ne répondrait plus exactement aux genres ordinaires des naturalistes, formés par la seule comparaison des ressemblances; mais on pourrait donner à ce groupe tel nom qu'on voudrait, le point essentiel ici est de le constater. Je sais bien encore que les expériences nécessaires pour en généraliser rétablissement sont loin d'être faites, et ne le senmt peut*èlre jamais : « Lp plus ^rand

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K obstacle qu'il y ait à ravancement de nos con- « naissances, disait Buffon, est Tignorance près- « que forcée dans laquelle nous sommes d*uQ (( très grand nombre d'eflets que le temps seul « n'a pu présenter à nos yeux , et qui ne se dé- « voileront même à ceux de la postérité que par « des expériences et des observations combinées. « En attendant nous errons dans les ténèbres, ou « nous marchons avec perplexité entre des pré- « jugés et desprobabilités, ignorant même jusqu'à « la possibilité des choses , et confondant à tout a moment les opinions des hommes avec les actes c( de la nature (1). »

Toutefois on a déjà quelques faits. On sait que les espèces du cheval, de Tàne, du zèbre, peuvent se mêler et produire ensemble ; celles du loup et du chien se mêlent et produisent aussi ; il en est de même de celles de la chèvre et de la brebis» de la vache et du bison. Le tigre et le lion ont produit à Londres, fait remarquable et qui renverse ce principe que Ton s'était trop hâté de poser, savoir, que , pour que le croisement de deux es-

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pèces fût fécoud, il fallait au moins que Tune d'elles fût domestique.

Je m'en tiensà ces exemples certains, tirés de la classe des mammifères. On connaît, dans celle des oiseaux, les unions croisées de plusieurs espèces, du serin avec le chardonneret, avec la linotte, avec le verdier, etc., des faisans dorés, ai^ntés et communs, soit entre eux, soit avec la poule, etc.

Au milieu de tous les autres grovpes de la Wihode , Vespèce et le genre se distinguent donc en ce qu'ils ne se fondent pas seulement sur la conxparahon des ressemblances^ mais sur des rapports directs et effectifs de génération et de/écondiié.

TRANSFORMATION DE LA THÉORIE DES CAUSES FINALES EN THÉORIE DES CONDITIONS D'EXISTENCE,

Un des plus grands services que M. Cuvier ait rendus à l'histoire naturelle, a été d'y ramener la théorie des causes finales.

J'ai parlé bien souvent, dans cet ouvrage, de la loi des corrélalions organiques : on a vu que, dans un animal, toutes les parties tiennent les unes aux autres, se donnent les unes les autres, tranchons le mot, ont été faites les unes pour les autres.

La Toi des congélations organiques est la loi des

co7iditions d'existence (nul être ne pourrait exis-

• ter, si toutes ses parties n'étaient pas faites les

unes pour les autres) ; la loi Aid^conditions t^eris-

tence est la loi môme des causes firiales.

« L'histoire naturelle, ditM. Cuvier, aunprin- « eipe qui lui est particulier ; c'est celui des roni( ditions d^existence^ vulgairement nommé des

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