‹ Cuvier. Histoire de ses travaux (volume 2)Chapitre 48 sur 265 · SUR LA MÉTHODE · texte numérisé non relu

SUR LA MÉTHODE

« Nos nomendateurs modernes, dit-il encore, paraissent s*étre beaucoup moins souciés de restreindre et réduire au juste le nombre des espèces, ce qui néanmoins est le vrai but du travail d'un naturaliste, que de les multiplier, chose bien moins difficile et par laquelle on brille aux yeux des ignorants ; car la réduction des espèces suppose beaucoup de connaissances, de réflexions et de comparaisons, au lieu qu'il n'y a. rien de si aisé que d'en augmenter la quantité; il suffit pour cela de parcourir les livres et les cabinets d*bistoire naturelle, et d'admettre, comme caractères spécifiques, toutes les différences, soit dans la grandeur, dans la forme ou la couleur, et de chacune de ces différences, quelque légère qu'elle soit, faire une espèce nouvelle et séparée de toutes les autres; mais malheureusement en augmentant ainsi très gratuitement le nombre nominal des espèces, on n*a fait qu*augmenter en même temps les difficultés de l'histoire naturelle, dont l'obscurité ne vient que de ces nuages répandus par une nomenclature arbitraire, souvent fausse, toujours particulière, et qui ne saisit jamais l'ensemble des caractères, tandis que c'est de la réunion de tous ces caractères , et surtout de la différence ou de la ressemblance de la forme, de la grandeur, de la couleur, et aussi de celles du naturel et des mœurs , qu'on doit

18 IDÉES DE BDFFON

conclure la diversité ou Tunité des espèces ^i» Enfin, n'y a-t-il pas, dans le passage qui suit» quelque chose de plus remarquable encore , et comme un sentiment confus de la belle théorie de la subordination des parties?

« Les différences extérieures ne sont rien en comparaison des différences intérieures; celles-ci sont, pour ainsi dire, les causes des autres qui n'en sont que les effets. L'intérieur dans les êtres vivants est le fond du dessein de la nature ; c'est la forme constituante, c'est la vraie figure ; l'ex* térieur n'en est que la surface ou même la draperie; car combien n'avons-nous pas vu, dans l'examen comparé que nous avons fait des animaux, que cet extérieur, souvent très différent , recouvre un intérieur parfaitement semblable, et qu'au contraire la moindre différence intérieure en produit de très grandes à l'extérieur, et change même les habitudes naturelles, les facultés, les attributs de l'animaP?»

Lorsqu'on parle des idées de Buffon sur la méthode, il faut donc tenir compte, et grand compte, de l'époque où il les a eues, et, si je puis dire ainsi, de leur date '. Et il en est de presque tontes

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