‹ Cuvier. Histoire de ses travauxChapitre 22 sur 47 · ZOO · texte numérisé non relu

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forme particulière, comme il leur avait trouvé un système dentaire propre; et il ne tarda pas à trouver tout ce qu’il avait prévu.

Les dents étant rétablies, il fallait s’occuper de la restitution des têtes ; et bientôt il fut évident qu’il y en avait aussi de deux genres. Les pieds sont, après les dents et la tête, les parties les plus caractéristiques du squelette ; et leur restitution donna de même deux genres. 11 ne restait donc plus qu’à rapporter chaque pied à sa tête, et chaque tête à son système dentaire.

Or, la restitution des pieds de derrière en avait donné de deux sortes, les uns à trois doigts, et les autres à deux seulement ; et la restitution des pieds de devant en avait pareillement donné de deux sortes, les uns à trois doigts, les autres à deux. S’aidant, tour à tour, de l’analogie générale des espèces qu’il reproduit avec les espèces vivantes les plus voisines, et des rapports particuliers de proportion et de grandeur des diverses parties dont il s’agit, les unes avec les autres, M. Cuvier réunit d’abord les pieds de derrière à

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deux doigts à ceux de devant qui en ont deux ; il réunit ensuite les pieds de derrière à trois doigts à ceux de devant qui en ont trois aussi; et toujours guidé par la même analogie, par les mêmes rapports, il réunit les premiers au système dentaire sans canines saillantes, et les seconds au système dentaire à canines saillantes. Il réunit successivement ainsi, pour chaque genre, tous les os du crâne, du tronc, des extrémités; il refait, enfin, leur squelette entier ; et à peine ce grand travail est-il terminé, que, par un hasard singulier, un squelette à peu près complet de l’un d’eux, trouvé à Pantin, vient confirmer tous les résultats déjà obtenus. Dans ce squelette, si heureusement découvert, tous les os étaient réunis, joints ensemble, comme les avait réunis M. Cuvier ; et la nature n’avait pas agi autrement que n’avaient agi, et les lois admirables saisies par lui, et sa sagacité merveilleuse.

Une première espèce de chaque genre étant ainsi reconstruite, et, en quelque sorte, de nouveau rendue à la lumière, leur nombre 11e tarda pas à s’accroître : M. Cuvier compta bientôt jus-

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qu'à cinq espèces d ' anoplothèriums , et jusqu’à onze ou douze palœothèriums .

Tous les anoplothèriums sont des environs de Paris. Le plus commun était de la taille d’un âne; un autre était de la taille d’un cochon ; un troisième de la taille d’une gazelle ; un quatrième, de la taille d’un lièvre ; le cinquième était plus petit encore.

Parmi les palœothérivms, il y en avait, à Paris seulement, jusqu’à sept espèces : une de la taille du cheval, une de celle du tapir, une de celle du mouton, une de celle du lièvre, etc.; une autre espèce, découverte près d’Orléans, égalait à peu près le rhinocéros, etc.

Le palæothérium qui, à Paris, s’accompagne toujours de ranoplothérium, s’accompagne, presque partout ailleurs, d’un autre genre non moins remarquable, et qui, par une opposition singulière, manque absolument à Paris, le lophiodon. Ce nouveau genre se rapprochait aussi beaucoup des tapirs, comme le palæothérium, comme ranoplothérium; il est, comme ces derniers, entièrement perdu, et, comme eux, déjà riche en espèces:

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M. Cuvier en fait connaître jusqu’à douze, toutes de France.

Le genre chœropotame , le genre adapis, ne comptent chacun qu’une espèce. Le genre anthracot/iérium en compte deux, dont une approchait du rhinocéros par sa taille. Les deux premiers genres sont des environs de Paris ; Le troisième a été trouvé d’abord près de Savone, et ensuite en Alsace et dans le Yelay.

Avec ces nombreux pachydermes, première population des mammifères terrestres, M. Cuvier a recueilli quelques débris de carnassiers du genre des chiens, de celui des genettes, de celui des ratons, etc. ; une chauve-souris du genre des vespertilions; une espèce de sarigue, voisine de la mannose ; deux rongeurs, l’un du genre des loirs, l’autre de celui des écureuils ; jusqu’à six espèces (Y oiseaux de divers ordres ; des crocodiles, des

trionyx , des êmydes ; et quelques espèces de poissons d’eau douce.

Mais, pour nous en tenir ici aux seuls pachy *

dermes , lesquels forment la partie, sans aucune comparaison, la plus importante de cette antique population du globe, voilà près de quarante espèces, et jusqu’à cinq genres entièrement perdus ; et, ce qui n’est pas moins notable, aucune de leurs espèces ne se trouve mèlèe avec les espèces de la population des éléphants et des mastodontes. Ces deux populations appartiennent donc à deux âges essentiellement distincts.

Les ruminants , dont M. Cuvier fait succéder l’étude à celle des pachydermes, nous ramènent aux animaux des terrains meubles; ce n’est, en effet, que dans ces terrains que leurs os abondent. Deux genres surtout s’y montrent en grand nomlire, les cerfs et les bœufs.

M. Cuvier commence toujours par l’ostéologie et la détermination des espèces vivantes; il passe ensuite aux espèces fossiles. La plus célèbre de ces espèces, dans le genre cerf, est le cerf à bois gigantesque , si commun en Irlande, et par cela même connu pendant quelque temps sous le nom d 'élan fossile d’Irlande , mais retrouvé depuis en

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Angleterre, en Allemagne, en Italie ei en France, etc.

Avec cette grande espèce, dont la taille surpassait même celle de l’élan, vivaient deux espèces très voisines du renne ; la première , des environs d’Étampes et de la caverne de Breugue, la seconde, de Scanie ; une espèce de daim gigantesque, trouvée dans la vallée de la Somme et en Allemagne ; une espèce de chevreuil, à peu près de la taille de celui d’Europe, trouvée à Montabusard; enfin, les cerfs des brèches osseuses de Gibraltar, de Cette, de Nice, etc.

Le genre des bœufs compte huit espèces vivantes : le bœuf commun, l’aurochs, deux espèces distinguées pour la première fois l’une de l’autre par M. Cuvier; le buffle, dont une variété à longues cornes est Tarai , le bison, le buffle à queue de cheval, le buffle musqué, le buffle du Cap, et le bœuf des Jongles.

Les espèces fossiles sont moins nombreuses. On n’en connaît encore que trois : une très voisine de l’aurochs , l’autre du bœuf commun, et la troisième du buffle musqué.

Les brèches osseuses donnent quelques débris d’une espèce de mouton ou d’ antilope : c’est Y antilope ou mouton de Nice. Tous les autres genres de ruminants, les chèvres, les girafes , les chameaux, les lamas, les chevrotains, n’ont point encore montré de leurs os à l’état fossile

C’est dans les cavernes d’Allemagne, d’Angleterre, de France, etc., qu’abondent surtout les restes fossiles des carnassiers.

Après avoir débrouillé la détermination, jusque-là si confuse, de leurs espèces vivantes, M. Cuvier décrit les espèces fossiles des carnassiers : quatre espèces d’ours, Y ours des cavernes , l’espèce de toutes la plus nombreuse , Y ours arctoïde, Y ours intermédiaire , et Y ours à dents comprimées; une hyène, presque aussi abondante que l’espèce d’ours qui l’est le plus; deux tigres ou panthères , un loup , un renard , une mouffette , deux belettes , un glouton , etc.

Les rongeurs fossiles sont peu nombreux. Les grandes couches de terrains meubles n’ont meme

donné jusqu’ici qu’une grande espèce de castor ,

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nommée trogonthérium par M. Fischer; les brèclies osseuses montrent deux espèces de Icigomys , deux espèces de lapins , des campagnols , des rate, etc.

L’ordre des èclentés n’a que deux espèces fossiles, mais gigantesques: le mègalonyx , de la taille des plus grands bœufs , et le mégathérium, de la taille des plus grands rhinocéros. Ces deux énormes espèces sont d’Amérique. Une phalange onguéale , trouvée dans un canton de l’ancien Palatinat, non loin du Rhin, en indique une troisième voisine du pangolin, et tout aussi gigantesque que les deux autres.

Ici finit la population des terrains meubles. Les cétacés appartiennent tous à des couches essentiellement marines ; et il en est des mammifères dits amphibies, c’est-à-dire des phoques et des morses, comme des cétacés.

Un premier groupe de ces mammifères marins, dont l’ostéologie et les espèces vivantes ellesmêmes étaient encore si peu connues, un premier groupe a précédé tous les mammifères terrestres.

Ses dépouilles ont montré à M. Cuvier des os de dauphins , de lamantins , de morses. Un second groupe a succédé aux palæothériums ; M. Cuvier y a reconnu un dauphin , voisin de Yèpaulard ; une haleine , voisine des rorquals; et tout un genre entièrement perdu , les ziphius , voisin des cachalots et des hypêroodons.

J’arrive aux reptiles. M. Cuvier étudie successivement les crocodiles , les tortues , les lézards, les batraciens ; il finit par la famille si extraordinaire des ichthyosaurus et des plesiosaurus .

Les crocodiles fossiles sont très nombreux. M. Cuvier en décrit jusqu’à quinze espèces, dont quatre appartiennent au sous-genre des gavials : le gavial de Monheim , crocodilus priscus de Sœmmerring, le gavial de Caen , et les deux gavials de lÆnjleur ; les autres sont des crocodiles proprement dits, tels que celui de Sussex, celui d’Argenton, etc.

Les tortues fossiles sont plus nombreuses encore que les crocodiles; il y en a déjà jusqu’à seize ou dix-sept espèces, dont plusieurs tryonix , plusieurs èmydes ou tortues d’eau douce, plu-

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