SCÈNE II
GAREAU, CHATEAUFORT GAREAU
Vartigué, vêla de ces mangeux de petits enfants! La
i i iii» \M JOUÉ 2 1
tegne l i) de La Courtille : belle montre, 3 pet de rapport.
CHATEAUFOIU
( >ù vas-tu, bonhomme?
GAHEAU
Tout devant moi.
CHATEAUFORT
Mais je t<> demande où va Le chemin que tu suis?
GAREAU
Il n<> va pas, il oe bouge.
CHATEAUFORT
Pauvre rustre, ce n'est pas cela que je veux savoir. Je W demande si tu as encore bien du chemin à faire aujourd'hui?
GAREAU
Nanain da, je le trouverai tout fait.
CHATEAUFORT Tu parais, Dieu me damne, bien gaillard, pour n'avoir pas dîné?
GAREAU Dix nez? Qu'en fera-je de dix? il ne m'en faut qu'un.
CHATEAUFORT Quel docteur ! Il en sait autant que son curé.
GAREAU
Aussi si je (2) ; n'est-il pas bian curé, qui n'a rien au
ventre? Hé! là, ris, Jean, on te frit des œufs. Testigué,
est-ce à cause qu'ous êtes Monsieu, qu ous faites tant de
menés (3)? Dame, qui tare a, guare a (4). Tenez, n'avous
(1) Vi-ne.
(2) Aussi ainsi suis-je.
(3) Mines.
(4) Terre, guerre.
CYRANO I-E BKROERAC
poiutvumal va?Bonjou donc, Monsieu, s'tu l'es. Hé, qu'estce donc? Je pense donc qu'ous me prendrais pour queuque inorant? Hé! si tu es riche, dîne deux fois. Aga, quien, qui m'a ange (i) de ce galouriau (2)? Bonnefi sfesmon ! vêla un homme bien vidé; vêla un engin de belle dégaine;, vêla un biau vaissiau (3), s'il avait deux saicles (4) sur le cul. Par la morguoi, si j 'avouas une sarpe et un bâton, je le 10 uas un gentizome tout auqueu. C'est de la noblesse à Maquieu Furon: Va te coucher, tu souperas demain. Estce donc, pelamor (5), qu'ous avez un engin de far (6) au côté, qu'ous faites l'Olbrius et le Vespasian? Vartigué, ce n'est pas encore comme ça. Dame, acoutez, je vous dorais (7 ) bian de la gaule par sous l'huis, mais, par la morg-uoi, ne me jouez pas de trogédies, car je vous ferouas du bezot (8). Jarnigué, je ne sis pas un gniais. J'ai été sans repruche marguillier, j'ai été beguiau (9), j'ai été portofrande, j'ai été chasse-chien, j'ai été Guieu et Guiebe (10), je ne sais pus qui je sis. Mais ardé de tout ça, brerrrrr, j'en dis du mirliro, permets que j'aie de stic.
CHATEAUFORT Malheureux excommunié, voilà bien du haut style.
GAREAU Monsieu de Marsilly m'apelait bian son bâtard. Il ne s'en est pas falli l'épaisseur d'un tornas (11), qu'il ne m'ait
(1) Les mots difficiles non expliqués de ce jargon paysan nous sont restés mystérieux. Beaucoup de ces mots obscurs semblent bien être le produit de fautes d'impression dans les éditions originales.
(2) Godelureau.
(3) Vaisseau, tonneau.
(4) Cercles.
(5) Par la mort.
(6) Fer.
(7) Donnerais.
(8) Cf. argot ancien : bazir, tuer bezarder, mourir, (g) Bedeau.
(10) Dieu et Diable.
(11) Tournois.
il PÉI
ait. apprenti conseiller, a Vi( ""• Bt-ilunef
,1s de Putain (car j'équions toul comme deux Frères , je bux, ,r lit-il, que tu venais, ce fit-il, autour de njpi,cefatl, dans la Turquise (i), ce me fit-il, - 0 1 ce lj fl via vous plaît a dire. — Non est, ce mefitrii. - < > . s. ..t. ce l'y Bs-je. -0! ce mefis-je, à part moi : u Ecoute, [ean, ne faut point faire le bougre, faut sauter. 0 Dame, e ne fesi point de défi&urance davantage, je ..." boutis lVec I. canin caha, tout à la maxite françoase. Mais quand ,n gn'y est, on gn'y est. Bonnefi, pourtant, je paraissis in sot basquié (2), un sot basquié je paraissis; car Martin lmet...Et 5 àpropos Denis le Balafré,son onque, ce grand cné (3), s'en venit l'autre jour la remontée lantarner envion moi. AI-.! ma foi, ma foi, je pense que Guieu marci, us l\ ramenis le plus biau chinfregniau (4) sus le noustafa qu'oui l'y en demeuri les badigoines écarbouillées ant avaux l'byvar. Que Guiebe aussi ! Tous les jours que îuieu faisait, ce bagnoquier-là me ravaudait comme un Satan. G'étet sa sœur qui épousit le grand Thiphome. Vcoutez, ol n'a que faire de faire tant l'enhasée (5), ol n a routte ne brin de biau. Par ma fi, comme dit l'autre, ce l'est pas grand chance ; la reine de Nior, malheureuse en âauté. Pour son homme, quand oui (6) est déshabille, î'est un biau cornu. Mais regardez un petit : ce n'était >re qu'une varmene (7), et si (8) ol faisait déjà tant la tévarsondée, pour autant qu'ol savait lire dans les besaaumes (9), qu'on n'en savait chevir. 01 se carrait comme in pou dans eune rogne. Dame, aussi ol avait la voix,
(1) Turquie.
(2) Bâté ?
(3) Hacquené ?
(4; Horion.
(5) L'empressée.
(G) Oul=il ; ol=elle.
(7) Vermine.
(8) Cependant.
(9) Sept psaumes.
révérence parler, aussi finement claire qu'eune iau de roche. L'en disait que Monsieu le curé avait bian trampé souvent son goupillon dans son benaiquié (i), mais ard, sont des médiseux, les faut laisser dire; et pis, quand oui aurait ribaudé un tantinet, c'est à li à faire et à nous à nous taire; pis qu'il donne bian la pollution (2) aux autres, il ne l'oublie par pour li. Monsieu le vicaire itou était d'une humeur bian domicile et bian turquoise; mais ardé...
CHATEAUFORT Et î de grâce, villageois, achève-nous tes aventures du voyage de monsieur de Marcillv.
GAREAU Oh, oh! ous n'êtes pas le Roi Minos, ous êtes le Roi Priant. 0 donc je voyagisme sur l'Or riant, et vers la Mardi Terre Année.
CHATEAUFORT Tu veux dire, au contraire, vers l'Orient, sur la Méditerranée?...
GAREAU
Eh! si je ne veux pas dire comme ça, moi? Tanquia qu'à la parfin je nous en revinsmes.il apportit de ce payslà tant de guiamans (3) rouges, des hemoroïdes (4) vartes, et une grande épée qui atteindrait d'ici à demain. C'est à tout ces farrements que ces mangeux de petits enfants se battent en deuil (5). Il apportit itou de petits engingornaux remplis de naissance (6), à celle fin de conserver, ce fai^ sait-il, l'humeur ridicule, à celle fin, ce faisait-il, de vivre aussi longtemps que Maquieu Salé (7). Tenez, n'avons
(1) Bénitier.
(3) L'absolution.
(3) Diamants.
(4) Emeraudes.
(5) Duel.
(6) D'essence.
(7) Mathusalem.
hoint veu Niquedouille qui ne saurait rire sans montrei ses dants?
(.n tTEAUFORT
.le no lis pas de la vertu « 1 « * les essences. GARBÀU
() guian, sachez que les naissances oui des merveilleuses propretés (i). [Il le frappe.) Ces! un certain oignement dont les Àncians s'oignienl quand ils étieni morts, dont ils vivient si longuement. Mais, mourgué, si vous ries un si bon diseux, mourgué, tapons-nous donc la gueule comme il faut. Dame, il ne faut point tant de beurre pour faire un quartron. Eh quien, et vêla pour toi !
Il le frappe encore.
CHATEAUFORT Ce coup ne m'offense point ; au contraire, il publie mon cOurage invincible à souffrir. Toutefois, afin que tu ne te rendes pas indigne de pardon par une seconde faute, encore que ce soit ma coutume de donner plutôt un coup d'épée qu'une parole, je veux bien te dire qui je suis. J'ai fait en ma vie septante mille combats, et n'ai jamais porté botte qui n'ait tué sans confession. Ce n'est pas que j'aie jamais ferraillé le fleuret ; je suis adroit, la grâce à Dieu, et, partant, la science que j'ai des armes, je ne l'ai jamais apprise que l'épée à la main. Mais que cet avertissement ne t'effraie point; je suis tout cœur, et il n'y a point, par conséquent, de place sur mon corps où tu puisses adresser tes coups sans me tuer. Sus donc, mais gardons la vue, ne portons point de même temps, ne poussons point de près, ne tirons point de seconde. Mais vite, vite, je n'aime pas tant de discours ; mardieu! depuis le temps, je me serais mis en garde, j'aurais gagné la mesure, je l'aurais rompue, j'aurais surpris le fort, j'aurais pris le temps, j'aurais coupé sous le bras, j'aurais marqué tous les battemens,
(i) Propriétés.
j'aurais tiré la flanconade, j'aurais porté le coup de dessous, je me serais allongé de tierce sur les armes, j'aurais quarté du pied gauche, j'aurais marqué feinte à la pointe et dedans et dehors, j'aurais estramaçonné, ébranlé, empiété, engagé, vol té, porté, paré, riposté, quarté, passé (i), désarmé et tué trente hommes.
GAREAU
Vrament, vrament, vêla bian la musicle de Saint-Innocent, la pus grande piqué (2) du monde. Quel embrocheux de limas! Et quien, quien, vêla encore pour t'agacer !
Il le frappe encore.
CHATEAUFORT
Je ne sais, Dieu me damne, ce que m'a fait ce maraud : je ne me saurais fâcher contre hù.(Gareau le frappe. ,)Foi de Cavalier, cette gentillesse me charme. Voilà le faquin du plus ^rand cœur que je vis jamais. (Gareau le frappe encore.) Il faut nécessairement, ou que ce bélître soit mon fils, ou qu'il soit démoniaque. (// est frappé derechef) D'égorger mon fils à mon escient, je n'ai garde ; de tuer un possédé, j'aurais tort, puisqu'il n'est pas coupable des fautes que le Diable lui fait faire. Toutefois, 0 pauvre paysan ! sache que je porte à mon côté la mère nourrice des fossoveurs ; que, de la tête du dernier sophi, je fis un pommeau à mon épée; que, du vent de mon chapeau, je submerge une armée navale, et que qui veut savoir le nombre des hommes que j'ai tués n'a qu'à poser un 9, et tous les grains de sable de la mer ensuite qui serviront de zéros. (// est encore battu.) Quoi que tu fasses, ayant protesté que je gagnerais cela sur moi-même de me laisser battre une fois en ma vie, il ne sera pas dit qu'un maraud comme toi me fasse changer de résolution. (Gareau se retire en un coin du théâtre, et le Capitan demeure seul.) Quel-
(1) Termes d'escrime.
(2) Pitié.
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que faquin, de cœur bas e( ravalé, aurait voulu mesurer sou épée ;i\«v ce vilain; mais moi qui suis gentilhomme, ci gentilhomme d'extraction, je m'en suis Forl bien bu tarder. Il ne s'en esl 1 ependant quasi rien fallu, que je ne l'ai»- percé de mille coups, tanl les noires vapelirs de la bile offusquent quelquefois la clarté des |>lus beaux génies. En effet, j'allais tout massacrer. Je jure donc aujourd'hui bar cette main, cette main dispensatrice des coi ronm des houlettes, de ne plus dorénavant recevoir personne au tombât, qu'il n'ait lu devant moi, sur le pré, ses lettres de ■oblesse; et, pour une plus grande prévoyance, je m'en tais faire promptemeni avertir m< l< - Maréchaux
Qu'ils m'envoient "1rs gardes pour m'empécher de me batcar je sens ma colère qui croît, mon cœur qui s'enfle, ci les doigts qui me démangent de l'aire un homicide. Vite, vite, des gardes, car je ne réponds plus de moi ! EL tous autres, Messieurs, qui m'écoutez, allez m'en quérir tout à l'heure, ou, par moi, tantôt vous n'aurez point d'autre lumière à vous en retourner, que celle des éclairs de mon sabre, quand il vous tombera sur la tête; et la raison est que je vais, si je n'ai un garde, souffler d'ici le soleil dans les cieux comme une chandelle. Je te massacrerais, mais tu as du cœur, et j'ai besoin de soldats.
Gareau, revenant, le frappe encore, et le Capitan s'en va.