‹ Cyrano de BergeracChapitre 29 sur 94 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

GENEVOTE, GRANGER, PAQUIER, CORBINELI

GRANGER Mon fils a vécu, Mademoiselle, et je dirais qu'il vit encore, si j'avais achevé un poëme que je médite sur le genre de son trépas. Je vous avertis, toutefois, que vous seriez sacrilège si vous lamentiez la fin d'un homme qui, pour une vie méchante et périssable, en recouvre une dans mes cahiers, immortelle et tranquille.

GENEVOTE Quoi! monsieur Granger n'est plus? Nous étions trop bien unis pour être sitôt séparés! Je veux, comme lui, sortir de la vie : mais, d'autant que la nature, qui nous a mis au jour sans notre consentement, ne nous permet pas de le quitter sans le sien, je veux sortir de la vie et rester entre les vivants; c'est-à-dire que, dès aujourd'hui, je vais faire dans un cloître un solennel sacrifice de moi-même. Je n'ignore pas, Monsieur, ce que je dois à votre affection ; mais l'honneur, qui me défend de manquer à ma foi, ne me défend pas de manquer à mon amour; et je vous jure que si, par un impossible, ces deux incidents ne souffraient point de répugnance, je me sacrifieras de tout mon cœur à votre désir.

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